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dimanche 18 janvier 2026

Selon étude, les enfants prodiges deviennent rarement des adultes prodiges

Novak Djokovic a pris une raquette de tennis pour la première fois à l'âge de quatre ans. À 12 ans, il a quitté sa Serbie natale pour intégrer une académie de tennis en Allemagne. Il a remporté son premier titre majeur, les Internationaux d'Australie 2008, à l'âge de 20 ans. Aujourd'hui, il compte 23 autres titres majeurs à son palmarès et a passé plus de temps à la première place mondiale que tout autre joueur.

La brillante carrière de M. Djokovic correspond à l'idée courante de l'excellence humaine : un enfant prodige, formé de manière intensive dès son plus jeune âge, qui finit par conquérir le domaine qu'il a choisi. Mais un article publié dans Science à la fin de l'année dernière suggère qu'il pourrait s'agir d'une exception plutôt que d'une règle. Il conclut que les meilleurs talents, dans tous les domaines, au-delà du sport, ont tendance à suivre un parcours assez différent.

Cette étude, menée par Arne Güllich, scientifique du sport à l'université RPTU de Kaiserslautern-Landau, en Allemagne, a analysé les données de plus de 34 000 athlètes d'élite dans plusieurs domaines, notamment le sport, les échecs, la musique classique et le monde universitaire. Elle a conclu que, bien qu'ils atteignent souvent un niveau élevé, les adolescents les plus performants et les plus intensément entraînés ont tendance à ne pas devenir de véritables vedettes à l'âge adulte. En revanche, ceux qui atteignent ce niveau ont tendance à ne pas se démarquer dès le début. Ils mettent plus de temps à atteindre leur apogée et semblent conserver plus longtemps des intérêts plus variés.

Ce n'est pas un hasard si le Dr Güllich et l'un de ses coauteurs sont des scientifiques du sport (les deux autres sont des psychologues).

Le sport constitue un excellent laboratoire pour étudier le développement de l'excellence. Les volontaires ne manquent pas, sous la forme de jeunes talents qui rêvent de devenir célèbres. Les performances sont faciles à mesurer. Et comme il est essentiel pour les équipes professionnelles de repérer les futures étoiles, il existe de nombreuses équipes juniors bien financées.

Selon la sagesse populaire – et la logique sur laquelle reposent ces centres – la meilleure façon de former les jeunes talents est de les repérer tôt et de les entraîner sans relâche. Mais la plupart des recherches qui soutiennent cette approche ne se sont intéressées qu'aux athlètes de niveau scolaire ou universitaire, explique le Dr Güllich. Elles n'ont pas suivi leurs sujets dans leur carrière professionnelle à l'âge adulte.

Certaines études plus récentes l'ont toutefois fait. Le Dr Güllich et ses collègues les ont rassemblées et ont trouvé le point de départ de leur nouvelle hypothèse, car toutes ces études s'accordaient à dire que la sagesse populaire était erronée et que les performances précoces n'étaient pas un indicateur fiable des résultats à l'âge adulte. Poussés à agir, ils ont étendu leur analyse au-delà du domaine sportif et sont parvenus à des conclusions similaires.

Il leur a fallu deux ans pour recueillir des données dans d'autres domaines. Les échecs étaient assez simples. Les fédérations nationales et internationales d'échecs tiennent à jour des classements Elo des joueurs. Ceux-ci donnent une évaluation numérique des forces de ces joueurs. Les universitaires peuvent être classés de la même manière grâce à des bases de données qui utilisent les citations de leurs travaux comme indicateur de leur influence, ainsi que par l'attribution de prix tels que les Nobel ou la médaille Fields.

La musique a été le domaine le plus délicat, explique le Dr Güllich. Pour cela, lui et ses collègues se sont en partie appuyés sur une étude menée à l'université de Californie à Davis, qui a tenté de classer les compositeurs classiques en se basant sur le consensus des experts, les mentions dans les encyclopédies musicales et (pour ceux qui ont écrit de telles œuvres) la fréquence à laquelle leurs opéras ont été joués dans les meilleurs opéras du monde.

Lorsqu'ils ont analysé leurs données, une tendance fiable s'est dégagée. Dans tous les domaines, les jeunes talents et les adultes talentueux formaient des groupes presque totalement distincts. Environ 90 % des étoiles adultes n'étaient pas des étoiles dans leur enfance, tandis que seulement 10 % des enfants de haut niveau étaient devenus des adultes exceptionnels (voir graphique 1). Non seulement les performances exceptionnelles dans l'enfance ne prédisaient pas des performances exceptionnelles à l'âge adulte, mais les deux étaient en fait négativement corrélées, explique le Dr Güllich.

Rêver d'être différent

Les superstars adultes avaient également une approche de leur domaine très différente de celle des enfants prodiges, dans la mesure où ils semblaient conserver d'autres centres d'intérêt que celui qui les avait finalement menés à l'élite. Les meilleurs sportifs avaient généralement pratiqué plusieurs sports à un niveau relativement élevé (et avaient même suivi un entraînement officiel) pendant beaucoup plus longtemps que leurs confrères moins performants. Leurs performances dans le sport qu'ils ont finalement pratiqué étaient inférieures à celles de leurs pairs plus spécialisés lorsqu'ils étaient jeunes. Mais lorsqu'ils se sont spécialisés, leurs progrès ont été beaucoup plus rapides : ils avaient une meilleure « efficacité d'entraînement », selon le jargon des sciences du sport.

Il en allait de même dans d'autres disciplines. Les scientifiques lauréats du prix Nobel étaient moins susceptibles d'avoir obtenu des bourses d'études que ceux qui avaient été sélectionnés pour le prix Nobel sans l'avoir remporté. Ils mettaient également plus de temps à atteindre des postes universitaires de haut niveau, avaient des publications moins impressionnantes au début de leur carrière et conservaient un intérêt pour des domaines autres que celui pour lequel ils avaient remporté leur prix (voir graphique 2).

Il est difficile d'expliquer pourquoi tant de personnes exceptionnelles présentent le même profil, à savoir des intérêts variés et un épanouissement tardif. Mais les chercheurs ont tout de même tenté de répondre à cette question. Ils ont passé au crible les publications sur l'excellence afin de trouver des théories expliquant son origine, mais aucune ne semblait compatible avec leurs données. Ils ont donc proposé trois théories de leur cru.

La première, intitulée «recherche et correspondance», est issue de l'économie du marché du travail. Elle soutient que le fait d'avoir un large éventail d'intérêts et d'attendre avant de choisir dans quel domaine se spécialiser augmente les chances de trouver le domaine le mieux adapté à ses talents. Le jeune Rafael Nadal, autre grand joueur de tennis de tous les temps, a caressé l'idée d'une carrière dans le football avant de se lancer dans le tennis.

La deuxième est l'« apprentissage amélioré », l'idée que l'apprentissage est en soi une compétence qui s'acquiert et qu'un bon moyen de la perfectionner est de s'adonner à diverses activités. Lorsque vient le moment de se concentrer sur l'une d'entre elles, une meilleure capacité d'apprentissage rend la formation plus efficace, ce qui signifie que les progrès sont plus rapides.

La dernière possibilité est l'hypothèse du risque limité, un nom ronflant pour désigner l'idée simple selon laquelle éviter la pépinière de jeunes talents, au moins pendant un certain temps, peut empêcher les jeunes de s'épuiser, de se lasser des entraînements incessants ou simplement de se lasser d'une activité après avoir passé des années à la pratiquer à l'exclusion de toute autre chose.

Les chercheurs espèrent étendre leur analyse à d'autres domaines, tels que les affaires et l'art. En attendant, le Dr Güllich tient à souligner que son équipe ne dit pas que le modèle de la pépinière ne fonctionne pas. C'est un moyen fiable, dit-il, de former des personnes hautement compétentes, mais pas nécessairement de classe mondiale. En d'autres termes, les écoles de sport, les écoles sélectives et les conservatoires haut de gamme devraient peut-être repenser leur façon de faire. 

Pourquoi cette étude ne condamne pas les écoles sélectives classiques

Si l’étude citée met justement en évidence que la spécialisation trop étroite et trop précoce dans une discipline unique tendrait à freiner l’émergence de trajectoires d’exception — en raison sans doute d’une diversification insuffisante —, cette critique ne saurait s’appliquer aux écoles sélectives proposant une formation classique, exigeante et intrinsèquement pluridisciplinaire.

Ces établissements, en recrutant des élèves motivés pour un cursus équilibré associant sciences, humanités, arts et langues, s’inscriraient au contraire pleinement dans les enseignements des recherches sur la « diversification précoce », popularisées notamment par David Epstein dans Range, qui suggèrent que les profils généralistes et polyvalents disposeraient d’un avantage à long terme.

S’opposer à de telles écoles au nom de cette étude reviendrait donc à méconnaître leurs effets potentiellement positifs en matière de stimulation intellectuelle globale, d’émulation collective et de développement d’esprits adaptables — autant de conditions qui seraient essentielles non seulement à la formation d’experts solides, mais aussi à l’émergence de d'innovateurs dans un monde complexe et incertain.

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dimanche 26 mars 2023

« J’ai préféré tricher pour que ma fille soit dans un bon public » : ces parents prêts à tout pour éviter leur école de quartier

Attachés à l’enseignement public, incapables de faire le choix de l’enseignement privé, certains parents jouent avec les règles de la sectorisation que l’école publique leur impose pour concilier réussite de leurs enfants et convictions politiques.

Tous les matins Amandine(1), 49 ans, traverse Paris pour accompagner sa fille Coline, 10 ans, en classe. Trente minutes en métro en heure de pointe au lieu des cinq minutes à pied pour rejoindre l’école primaire publique de son secteur. En France, dans l’enseignement public, la carte scolaire affecte chaque élève dans une école proche de son domicile (sauf demande de dérogation). Pour Amandine, qui habite la Goutte d’Or, un quartier très populaire [euphémisme, comprendre à très forte immigration] du 18e arrondissement, y scolariser sa fille était inenvisageable. En cause ? Un quartier trop « populaire » et un niveau scolaire bas selon la quadragénaire. « Je n’avais pas envie que ma fille régresse », affirme la mère. Cette dernière aurait pu choisir d’inscrire Coline dans une école privée afin de s’affranchir de cette sectorisation imposée, comme le font 17 % des collégiens français (35 % à Paris), d’après les chiffres du ministère de l’Éducation nationale. « Le privé coûte très cher sans la garantie d’un meilleur enseignement, alors j’ai préféré tricher pour que ma fille soit dans un bon public », confie Amandine. Elle a donc demandé à un ami de lui faire une attestation d’hébergement dans un quartier plus huppé.


À demi-mot et sous couvert d’anonymat, Amandine regrette le manque d’enfants issus de classes sociales plus aisées dans l’école de son quartier. Ils sont effectivement nombreux à être partis vers les établissements privés qui concentrent les catégories socioprofessionnelles les plus privilégiées. D’après une étude de 2021 du service statistique du ministère de l’Éducation nationale, 40,1 % des collégiens du secteur privé sous contrat sont issus de milieux sociaux très favorisés contre 19,5 % dans le public. « La France est un des pays de l’OCDE où la ségrégation scolaire est la plus forte », affirmait le ministre de l’Éducation nationale Pap Ndiaye lors d’un débat au Sénat le 1er mars dernier. Tout en reconnaissant les « raisons qui poussent certaines familles à choisir de contourner la sectorisation », le ministre a promis des mesures en faveur de la mixité sociale mettant davantage à contribution l’enseignement privé. En attendant ces annonces prévues pour ce printemps, des parents comme Amandine jonglent entre différentes tactiques pour ni sacrifier leur progéniture sur l’autel de la mixité ni renier leurs idéaux.

« Pour certains parents, il y a un véritable déchirement entre convictions politiques et réussite de leurs enfants. Certains d’entre eux, très attachés à la laïcité, ne peuvent se résoudre à envoyer leurs enfants dans l’enseignement privé catholique. L’État leur propose de choisir entre un ghetto de riches et un ghetto de pauvres, alors ils se retrouvent à trouver des moyens de contournement », analyse Julien Grenet, chercheur à l’École d’économie de Paris.

mercredi 28 décembre 2022

États-Unis — École de premier plan refuse de décerner les prix du mérite national pour éviter de blesser les sentiments des autres élèves

Une école secondaire de premier plan dans le comté de Fairfax, Thomas Jefferson High School for Science and Technology, est accusée d’avoir refuser de décerner les prix du mérite national (qui pourraient aider les étudiants à entrer à l’université) pour éviter de blesser les sentiments des autres étudiants.

L’un des meilleurs lycées publics de Virginie du Nord (près de Washington DC) a privé les élèves de leur prix du mérite national, selon un parent dont le fils est une des victimes.

Les parents du lycée Thomas Jefferson pour la science et la technologie exigent que les administrateurs soient tenus responsables.

Près de 1 200 étudiants de Thomas Jefferson ignoraient qu’ils étaient boursiers du mérite national. Parent et journaliste, Asra Nomani, a écrit un article récent détaillant ce qu’elle appelle une « guerre contre le mérite ».

 Les parents interrogés par la chaîne locale de télévision FOX 5 sont absolument scandalisés.

« Le rôle de ces éducateurs est de faire en sorte que les enfants réalisent tout leur potentiel, pas de limiter leur potentiel. Or c’est ce qu’ils ont fait », a déclaré Harry Jackson, un parent de Thomas Jefferson. « Ils ont trahi la confiance de notre communauté. On ne peut pas leur faire confiance. Je ne peux plus leur faire confiance avec mon enfant. »

Des élèves de la Thomas Jefferson High School for Science and Technology ont mis au point un satellite à partir de zéro. Certains élèves ont passé 7 ans à concevoir, construire et coder le satellite TJ REVERB. Thomas Jefferson High School a admis en 2020 moins de 10 étudiants noirs dans la future promotion de 2024 ce qui avait suscité l’indignation et le débat parmi les étudiants actuels et les anciens élèves.


L’inconduite présumée de l’école a été découverte par un parent dont le fils n’a pas été informé qu’il faisait partie des 3 % des meilleurs élèves du pays. Le parent a déclaré qu’on leur avait dit que les enseignants avaient laissé tomber les certificats sans cérémonie sur les bureaux des élèves environ un mois après la date-butoir de demande de bourse pour les récipiendaires du prix du mérite national.

Cette pratique d’occultation et de remise trop tardive des prix au mérite national durerait depuis cinq ans.

La mère d’un élève a déclaré que lorsqu’elle a confronté le directeur des services aux étudiants à ce sujet par téléphone, il lui aurait dit que les chefs de classe (des étudiants) avaient minimisé l’importance de ces prix parce qu’ils ne voulaient pas blesser les sentiments des autres étudiants auxquels ces prix n’étaient pas décernés.

Certains parents d’élèves, cependant, estiment qu’il est criminel de refuser aux élèves qui ont obtenu ce prix le droit d’améliorer leurs perspectives d’admission à l’université et de se voir décerner des bourses. Ils veulent que le directeur de l’école soit tenu responsable.

« Cela m’a rendu malade. Ça me fait bouillir le sang, je déteste dire ça », a déclaré Srilekha Palle, mère d’un élève qui fréquente Thomas Jefferson.


dimanche 19 juin 2022

France — Parents de gauche, attachés à la mixité ethnique, se résignent à éviter le collège public

À Paris, la ruée vers l’école privée. Dans la capitale, l’enseignement privé sous contrat attire 37 % des élèves du secondaire. Certaines voix dénoncent une « concurrence déloyale » avec le public.

Un cri du cœur. « Le collège de mon enfant est fortement pénalisé par la nouvelle carte scolaire et la réforme Affelnet. Résultat, les parents sont en panique totale et se ruent vers le privé ! », lance cette mère de famille, qui intervient lors de la conférence sur « La tentation du privé » organisée par la FCPE Paris, ce 15 février. Cette rivalité entre le privé et le public déchaîne les passions. 


 

La polémique engendrée par l’entrée prochaine des prestigieux Henri-IV et Louis-le-Grand dans le dispositif Affelnet (logiciel qui gère l’affectation dans les lycées depuis 2008) a encore durci le débat. Dorénavant, ces deux institutions ne pourront plus choisir elles-mêmes leurs recrues sur dossier, et devront se plier — en partie — aux mêmes règles que les autres établissements publics. L’idée ? Diversifier la sélection des candidats, aujourd’hui massivement issus des catégories sociales très favorisées. « Il y aura une fuite vers le privé », répondent ceux qui contestent cette réforme. La ruée a déjà commencé : 37 % des élèves parisiens étudient dans le privé. L’académie de Paris se place ainsi en troisième position de celles où la part du public est la plus faible, juste en dessous des académies de Rennes et de Nantes.

À Paris, la situation est d’autant plus brûlante que la mixité sociale est un défi constant. « Les collèges de la capitale comptent 16 % d’élèves d’origine sociale défavorisée. Or, dans le privé, on n’en retrouve que 3 %… Contre 23 % dans le public. Cet écart est le plus élevé de France », explique Julien Grenet, chercheur spécialiste des inégalités scolaires qui préside le comité de suivi d’Affelnet. Le fait que les CSP+ [catégories socioprofessionnelles les plus favorisées] cèdent aux sirènes du privé n’est certes pas un phénomène nouveau. Dans les arrondissements les plus privilégiés, comme le XVIe ou le VIIe, 50 à 70 % des familles font le choix du privé. Beaucoup de parents mettent en avant une tradition familiale, mais aussi l’adhésion à certaines valeurs morales et religieuses.

Opter pour un « ghetto privé » ou pour un « ghetto public »

Ces dernières années, un autre profil de familles a gagné du terrain, notamment dans le Nord et l’Est parisien. De plus en plus de parents, plutôt marqués à gauche, attachés à la mixité et jusqu’ici « pro-public » se résignent à rédiger des lettres de motivation pour inscrire leurs enfants dans des institutions religieuses : il s’agit là de la seule alternative… pour éviter le collège public de secteur. En cause, une forme de ségrégation sociale, criante à certains endroits. « Ces parents se retrouvent face à un choix cornélien : opter pour un “ghetto privé” ou pour un “ghetto public”. Sachant que ni l’un ni l’autre ne reflète la réalité sociale de leur quartier », déplore Julien Grenet.

Cette stratégie d’évitement n’est évidemment pas le seul facteur qui explique le succès des écoles privées sous contrat à Paris. « Leur atout est qu’elles ne sont pas dans une logique administrative, mais dans une logique d’adhésion à un projet qui tient compte des besoins spécifiques de chaque enfant », avance Gilles Demarquet, président national de l’Association de parents d’élèves de l’enseignement libre. Ceux qui font ce choix évoquent aussi un meilleur encadrement, une certaine stabilité des équipes pédagogiques, une plus grande diversité d’activités périscolaires, un climat scolaire plus apaisé…

Inès, une habitante du XIIIe arrondissement qui ne jurait que par l’école publique, a fini par déchanter. « Dès sa première année de maternelle, mon fils se plaignait de ne rien faire en classe. Lui qui était si calme s’est mis, peu à peu, à devenir violent, sans doute influencé par l’ambiance générale », raconte-t-elle. Un jour, le petit Mickaël revient avec une plaie sous l’œil. « L’un de ses camarades l’avait blessé avec des ciseaux, mais personne n’avait pris la peine de me prévenir. Ça a été le déclic », poursuit Inès. À la rentrée suivante, son petit garçon intègre l’école Sainte-Jeanne-d’Arc voisine. « Un établissement à taille humaine avec une seule classe par niveau, un directeur qui connaît chaque enfant personnellement, des parents invités à collaborer aux différents projets. Bref, l’école rêvée ! » s’enthousiasme-t-elle. Un rêve coûteux puisque Inès doit débourser 117 euros par mois de frais de scolarité et 7 euros de cantine par jour pour chacun de ses deux enfants.

Une concurrence « déloyale » L’autre particularité de Paris est l’extrême densité de population. D’où une large offre d’établissements au sein d’espaces relativement réduits… et l’élaboration de stratégies visant à inscrire son enfant dans le « meilleur » établissement. « On a choisi notre appartement, situé dans le XIIe arrondissement, en fonction de la carte scolaire », reconnaît Aurélie. Mais, à l’entrée en troisième de son aîné, le découpage avait changé. « L’opacité du système d’affectation au lycée nous angoissait terriblement. Ne sachant pas du tout où mon fils allait atterrir, on a préféré l’inscrire dans le privé, à Saint-Michel de Picpus », explique-t-elle. Les témoignages en ce sens se multiplient depuis la réforme d’Affelnet de l’année dernière et l’introduction du nouvel « indice de position sociale ». Ce bonus IPS, calculé par collège en fonction de la profession des parents, donne droit à un certain nombre de points. « L’idée est d’inciter les familles plus favorisées à revenir dans les collèges fortement ghettoïsés en attribuant un avantage à leur enfant au moment de leur entrée au lycée », explique Julien Grenet.

Une intention certes louable, mais de nombreuses voix dénoncent les effets pervers de ce nouveau système. « Dans le public, ça devient le chaos ! Beaucoup de parents cherchent à quitter le navire en urgence, alerte Loys Bonod, professeur de lettres au lycée Chaptal, dans le VIIIe arrondissement. Le fait que les notes deviennent un critère secondaire, que la sélection se fasse de moins en moins au mérite, est un non-sens. » L’enseignant cite l’exemple du collège Condorcet (Paris VIIIe) : l’année dernière, aucun élève n’a pu accéder à l’excellent lycée du même nom. Le fameux indice IPS les a disqualifiés d’office. « Durant toute leur scolarité, on leur avait répété que, en travaillant dur, ils arriveraient à atteindre leurs objectifs. Imaginez leur désarroi ! » se désole Loys Bonod. Pour lui, les nouvelles mesures annoncent la mort des lycées d’excellence parisiens, comme Henri-IV ou Louis-le-Grand, qui réussissaient encore à se hisser en tête des palmarès.

Est-ce à dire que l’enseignement est meilleur dans le privé ? Pour Julien Grenet, les écarts de performance entre les collèges publics et privés s’expliquent en grande partie par les écarts de composition sociale. « Pour le dire crûment, c’est surtout l’écrémage des CSP+ qui permet d’avoir de bons résultats au brevet » dans les collèges privés. Pour Loys Bonod, la différence concerne surtout l’environnement et l’ambiance de travail. « Évidemment, puisque le privé est totalement libre de son recrutement ! À eux les meilleurs élèves et ceux qui posent le moins de problèmes de discipline. Le public, lui, doit composer avec certains profils plus difficiles, ce qui a forcément une incidence sur les conditions d’apprentissages », explique le professeur, qui évoque une « concurrence déloyale ». D’autant que l’enseignement privé sous contrat est financé à 77 % par l’État et les collectivités territoriales. « Ce qui représente 7 milliards d’euros par an. Je connais peu de secteurs de l’économie où la puissance publique met autant d’argent sans demander aucun compte », renchérit Julien Grenet.

Source : L’Express.

mardi 21 décembre 2021

Stratagème pour éviter le concours à Sciences Po : les profs inscrivent leurs enfants dans écoles de banlieue sélectionnées

Dans son dernier livre La France n’a pas dit son dernier mot, Éric Zemmour relate un entretien qu’il a eu l2 septembre 2016 avec Frédéric Mion, directeur de l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po) de 2013 à 2021. Il a démissionné en 2021 dans le cadre d’une affaire d’inceste qu’il avait cachée. La macronie sachant protéger les siens, Mion a réintégré le Conseil d’État à partir du 10 février 2021.

Dans sa conversation avec Zemmour, Mion concède que certaines critiques de Zemmour à l’encontre de Sciences Po étaient fondées :

À un moment, il baissa la voix : « je vous avoue que le système mis en place par Richard Descoings [prédécesseur de Mion à la tête de Sciences Po] est un peu à bout de souffle. Les profs ont repéré les lycées de banlieue que nous avons sélectionnés et y mettent leurs enfants pour qu’ils soient dispensés des épreuves écrites. Autant les supprimer pour tous.

[…] Il faut bien que vous compreniez, un parcours comme le vôtre serait impossible aujourd’hui. Il y a une trop grande différence entre un élève d’un lycée de banlieue et celui d’un grand lycée parisien. Il lui faudrait cent ans pour rattraper ce retard. »

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vendredi 8 octobre 2021

New York supprime les classes réservées aux élèves doués dans les écoles publiques car Blancs et Asiatiques y sont surreprésentés

Le maire démocrate de New York, Bill de Blasio, va réformer les très sélectives, mais aussi ségréguées racialement, classes d’enseignement pour les élèves doués et talentueux de sa ville. Il s’agit d’un changement radical pour le plus grand système scolaire public du pays, qui pourrait constituer l’acte le plus important du maire dans les derniers mois de son mandat.

Le maire Bill de Blasio a résisté à la réforme du programme pour élèves doués et talentueux de la ville de New York pendant près de huit ans. Son échevine de l’éducation, Meisha Porter, à sa droite, l’a persuadé de remanier ce système.

Le programme pour les élèves doués et talentueux du primaire que New York applique depuis plusieurs décennies n’existera plus pour les nouveaux élèves de la maternelle à la rentrée prochaine, et sera d’ici quelques années complètement éliminé, ont déclaré des responsables de la ville au New York Times. 

Les élèves actuellement inscrits dans les classes pour élèves doués deviendront la dernière cohorte du système actuel, qui sera remplacé par un programme proposant un apprentissage accéléré à tous les élèves des dernières années de l’école primaire. 

L’élimination progressive du programme existant supprimera une composante majeure de ce que beaucoup considèrent comme le système éducatif à deux vitesses de la ville, dans lequel un groupe relativement restreint d’élèves, essentiellement blancs et asiatiques, a accès aux écoles les plus performantes, tandis que de nombreux enfants noirs et latinos restent dans des écoles en difficulté. 

Environ 75 pour cent des quelque 16 000 élèves des classes pour élèves doués des écoles primaires de New York sont blancs ou d’origine asiatique. Ces groupes représentent environ 25 pour cent de l’ensemble du système scolaire, qui dessert environ 1 million d’élèves. Pendant des années, ces élèves ont suivi des programmes de maternelle pour enfants doués à la suite d’un test standardisé. 

Le changement présente un défi fâcheux pour M. Eric Adams, lui-même noir, le candidat démocrate à la mairie, qui devrait mettre en œuvre un tout nouveau système éducatif surdoué au cours de sa première année de mandat.

« Eric évaluera le plan et se réserve le droit de mettre en œuvre des politiques basées sur les besoins des élèves et des parents, s’il devait être élu maire », a déclaré Evan Thies, porte-parole de la campagne de M. Adams. « Il est clair que la direction de l’Éducation doit améliorer les résultats des enfants des zones à faible revenu. »

M. Adams a endossé une approche très différente dans le dossier des élèves doués ou talentueux : conserver ces classes, mais en augmenter le nombre dans les quartiers populaires. Bien que cette idée ait été remise en question par certains chercheurs, qui ont déclaré que cela ne changerait pas grand-chose pour l’intégration, elle est populaire auprès de certains parents, y compris les familles noires et latinos qui souhaitent avoir plus choix pour les élèves doués.

Source : New York Times


vendredi 18 décembre 2020

Malgré le fort secteur privé, le Québec aurait le système scolaire le plus équitable au Canada

Selon David Bowles, président de la Fédération des établissements d’enseignement privé :

De plus, contrairement à un discours populaire [anti-école privée], le Québec n’a pas un système scolaire inéquitable. Les tests PISA évaluent l’équité des différents systèmes scolaires en mesurant l’écart entre les élèves les plus performants et les moins performants.

En 2018, de toutes les provinces canadiennes, c’est au Québec que cet écart était le plus faible en lecture et en mathématique, ce qui en ferait en fait le système scolaire le plus équitable au Canada, qui se classe lui-même parmi les pays les plus équitables au monde.

M. Bowles poursuit en disant « Nos élèves se démarquaient dans les tests internationaux. Les jeunes de 15 ans, évalués tous les trois ans par le biais des tests PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), se classaient parmi les meilleurs au monde, particulièrement en mathématique. »

Dans le dernier TEIMS (2019), les résultats des élèves québécois en mathématiques sont dans la moyenne supérieure, mais en rien parmi les premiers au monde. Les élèves québécois en 4e année du primaire se classent ainsi 17e avec la Flandre belge et juste derrière les États-Unis… C’est bien, mais encore faut-il comprendre les limites de ces tests (aucune démonstration, aucune dissertation, rien sur la culture générale ou même scientifique, rien qui évalue la faculté de pourvoir bien écrire dans sa langue maternelle (en français ici), etc.) 

Voir Les élèves québécois parmi les meilleurs au monde ? et Québec et PISA 2018 — bons résultats en maths, baisse en sciences, immigrants à la traîne et fort taux de non-participation des écoles.

Voir aussi 

PISA — analyse des résultats de la Finlande (en baisse) et de l’Estonie (1re en Occident)

Effet d’écrémage lié à la liberté scolaire : faible ou déjà présent

L’école privée n’est pas à blâmer

« Ségrégation scolaire » : harcèlement scolaire des bons élèves

Grande-Bretagne : se débarrasser des écoles privées ? Mieux vaudrait résorber l’inégalité entre les écoles publiques

QS et le PQ s’uniraient contre la « ségrégation scolaire »

Québec — Moins d’élèves, mais dépenses en forte hausse

Très forte augmentation des élèves allophones à Montréal (coûts supplémentaires en francisation et remédiation)

Nombre d’élèves en difficulté a près de doubler en 10 ans, coût : 2,3 milliards par an

lundi 25 novembre 2019

Bras de fer sur les commissions scolaires et la centralisation des pouvoirs

Une partie de bras de fer oppose les partis de l’opposition et le gouvernement Legault, qui souhaite adopter le projet de loi 40 sur l’abolition des commissions scolaires avant la pause du temps des Fêtes. Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEÉS), Jean-François Roberge, a toujours espoir de faire adopter le projet de loi 40 d’ici la fin de l’année « si les partis de l’opposition collaborent », a indiqué son cabinet au Devoir.

Ceux-ci répliquent qu’il est impossible d’entériner aussi rapidement ce projet hors de l’ordinaire, envers lequel ils ont d’importantes réserves, qui viendrait bouleverser l’équilibre des forces dans la gouvernance scolaire. La réforme du réseau de la santé par le ministre Gaétan Barrette, qui avait mené à l’abolition des régies régionales de la santé, avait nécessité près de cinq mois de travaux parlementaires avant son adoption, indique-t-on à Québec. Le projet de loi 40 est aussi important, mais les auditions en commission parlementaire n’ont commencé que le 4 novembre dernier. Il est hors de question que les partis « bâclent leur travail », souligne la députée libérale Marwah Rizqy. « Une réforme de cette ampleur ne peut fonctionner avec une approche bulldozer. Le ministre doit avoir l’appui des gens qui l’appliqueront sur le terrain », ajoute sa collègue péquiste Véronique Hivon. La députée solidaire Christine Labrie a aussi invité le ministre à tenir compte des critiques envers le projet de loi, mercredi à l’Assemblée nationale.

Avant même le début de l’étude détaillée du projet de loi en commission parlementaire, de nouvelles voix s’élèvent pour critiquer cette réforme phare du gouvernement Legault. « On espère que le ministre Roberge va retravailler son projet de loi, qui cache des modifications beaucoup plus importantes qu’un simple changement de nom des commissions scolaires », dit Ève-Lyne Couturier, chercheuse à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), marqué à gauche.

Dans une fiche technique qui sera rendue publique jeudi, l’IRIS fait valoir que le projet de loi centraliserait des pouvoirs entre les mains des bureaucrates et du ministre de l’Éducation sans renforcer la capacité d’agir des parents contrairement à ce que prétend le gouvernement.

 Le ministre Roberge cherche aussi à réduire au silence un palier intermédiaire de gouvernance — les commissaires (trop mal) élus — qui ne se gêne pas pour critiquer les décisions du gouvernement.

L’IRIS partage le constat émis la semaine dernière par Yvan Allaire et Michel Nadeau, de l’Institut sur la gouvernance : le conseil d’administration des futurs centres de services scolaires n’aurait que le pouvoir d’approuver les décisions proposées par des bureaucrates. Des comités formés d’« experts » (directions d’école ou gestionnaires scolaires) proposeront la répartition des ressources entre les établissements, les orientations pédagogiques et la priorisation des budgets. Les parents auront beau détenir 8 des 16 sièges sur le conseil d’administration des centres de services (qui remplaceront les commissions scolaires), ils n’auront pas de réels pouvoirs, estime l’IRIS. Surtout qu’ils devront siéger bénévolement à la fois sur le conseil des centres de services et sur un conseil d’établissement. « Ça représente beaucoup d’heures de bénévolat pour des parents de jeunes enfants qui ont déjà des horaires bien remplis », dit Ève-Lyne Couturier.

Concurrence et choix (limité)

L’IRIS estime aussi que le projet de loi « accentuera la mise en concurrence des écoles » — ce qui est pourtant en soi une très bonne chose —, car il simplifiera l’inscription d’élèves sur un autre territoire que celui de leur centre de services scolaires. « Les parents pourront magasiner leur école sur l’ensemble du territoire du Québec, dit la chercheuse. On transforme les écoles en petites PME qui devront avoir un département de marketing pour aller chercher davantage de clientèle. Les écoles sont financées en fonction du nombre d’élèves. Si moins de parents choisissent leur école de quartier, elle aura moins de ressources. On ne voit pas trop le problème, si ce n’est que les écoles n’auront toujours pas plus de liberté pédagogique, de recrutement ou de publicité...

 Résultat : on peut prévoir que les écoles à projet particulier qui sélectionnent leurs élèves (arts-études, sports-études, programme international) se multiplieront encore, ce qui nuira à la mixité scolaire. On ne comprend pas très bien ce que mixité scolaire signifie ici : parle-t-on de mixité sociale, ethnique ? Mais les bons élèves des quartiers aux mauvaises écoles pourront, au contraire, s’inscrire plus facilement à l’école de leur choix sur l’ensemble du territoire !

Les élèves les plus vulnérables sont tirés vers le haut par les élèves les plus forts, tandis que ceux-ci ne souffrent pas de la présence d’élèves en difficulté, prétend l’IRIS. Pour que cela soit vrai et que tout le monde suive, il faut que le programme soit nivelé par le bas, les bons élèves ne sont pas pénalisés parce que le programme est sous-dimensionné pour eux : ils n’apprennent pas grand-chose.

Mais comme les écoles ordinaires n’accueillent que des élèves ordinaires, les élèves les plus faibles sont susceptibles de rester faibles. C’est déjà le cas dans les quartiers desservis par de mauvaises écoles, mais les élèves en sont captifs.

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vendredi 4 octobre 2019

L’école privée n’est pas à blâmer

Lettre ouverte de Jim Gordon, Enseignant dans une école privée.

En lisant récemment dans Le Devoir que notre système scolaire se classe bon dernier sur l’échelle de la justice sociale, et au moment où Québec s’apprête à démanteler les commissions scolaires, je présente humblement mon témoignage en guise de piste de réflexion.

J’enseigne dans l’un des plus prestigieux collèges privés de Montréal depuis bientôt quatre ans. Et pourtant, j’ai fréquenté une très modeste école publique de Trois-Rivières. Milieu peu scolarisé, famille disloquée, adolescence plus que difficile : l’éducation publique m’a certainement sauvé du naufrage. Elle m’a permis de me faufiler du cégep au collège militaire, de la littérature à la philosophie, pour aboutir à l’enseignement au secondaire. Parcours ironique d’un jeune homme qui détestait l’école. Et qui aujourd’hui enseigne dans une école privée. Honte à moi !

Vraiment ?


Après des études de deuxième cycle en littérature et en philosophie, je fus pris par l’envie de transmettre aux jeunes le savoir qui m’avait sauvé. Mais n’enseigne pas qui veut dans ce « système »… Dépourvu du brevet d’enseignement, j’ai dû subir, pendant trois ans et demi, la maîtrise « qualifiante » offerte à temps partiel depuis quelques années. L’horreur ! Que de temps perdu ! Que de sectarisme !

Enfin, j’ai tenu bon. Puis, deux stages non rémunérés dans des écoles publiques m’ont permis de mesurer la terrifiante réalité des enseignants du « système » public. Aucune valorisation. Très peu de soutien. Une énorme machine administrative qui déshumanise le rapport à l’école. Et, je dois le dire, des enseignants pas toujours motivés, souvent blasés, presque toujours étouffés par l’anxiété et souffrant très souvent d’une formation disciplinaire très lacunaire. Mais il va sans dire que les écoles publiques comptent aussi parmi leurs rangs des enseignants chevronnés qui changent le monde un élève à la fois.

Enfin, c’est à ce moment qu’une alerte d’emploi a surgi dans ma boîte de réception. Une entrevue, et je fus engagé. Du jour au lendemain, j’étais devenu un enseignant. Et j’étais parmi d’autres enseignants au parcours atypique, des gens avec plusieurs diplômes, qui valorisent la culture et le savoir ; des gens qui me considéraient déjà comme leur égal. Ainsi l’école privée me donna accès à un bureau personnel, à du soutien administratif, à une source de valorisation constante et à des moyens concrets pour atteindre mes objectifs pédagogiques. Allais-je refuser cette chance inouïe pour éviter d’encourager un système à deux vitesses ? Allais-je plutôt m’entêter à passer par l’enfer de la suppléance, de la bureaucratie et des tâches d’enseignement ridicules que l’on offre aux nouveaux enseignants ? Non, merci.

À vous qui avez du pouvoir : si vous voulez que l’école publique rivalise avec l’école privée, donnez-lui les moyens de le faire. Cela commence par des enseignants passionnés qui se sentent soutenus et valorisés. Que ces professionnels de l’éducation deviennent réellement une élite culturelle ! Et qu’ils soient fiers, comme je le suis, d’enseigner dans leur école. Pour cela, il faut décentraliser le « système ». Suivez le modèle norvégien et donnez davantage de pouvoir aux écoles. Et valoriser les études ne ferait pas de mal : comment est-ce possible qu’un enseignant qui a 20 ans de scolarité ne puisse accéder in fine à un meilleur salaire qu’un simple bachelier ? Je n’y comprends rien.

Non, selon moi, le problème du « système » ne réside pas dans les écoles privées, mais dans le sectarisme pédagogique des facultés d’éducation, dans la mauvaise formation des maîtres, dans le sous-financement du réseau public et dans la déshumanisation de l’appareil administratif des commissions scolaires.

Mais qui suis-je pour juger ? Je ne suis après tout qu’un enseignant…

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dimanche 18 août 2019

Grande-Bretagne : se débarrasser des écoles privées ? Mieux vaudrait résorber l'inégalité entre les écoles publiques

Pour deux chercheurs de l’Université de Stirling en Grande-Bretagne, Dave Griffiths et Jennifer M Ferguson, il ne faut pas tant se débarrasser des écoles privées, mais plutôt se pencher sur la grande inégalité qui existe au sein même du réseau scolaire public.

Alexander Boris de Pfeffel Johnson est le vingtième ancien élève d’Eton à devenir Premier ministre du Royaume-Uni. La majeure partie de son cabinet est composée de personnes privilégiées ayant une éducation privée. Les deux tiers de ses ministres en ont une, alors que seuls 7 % de la population générale fréquentent des écoles payantes.

Avec plus de la moitié des hauts magistrats, des hauts fonctionnaires et des diplomates britanniques ayant également fréquenté des établissements privés — sans oublier un nombre substantiel dans les médias, les arts et le sport — le Royaume-Uni continue d’être un pays dirigé par une minorité éduquée dans le secteur privé.

L’ancien élève d’Eton,
Alexander Boris de Pfeffel Johnson,
dit Boris Johnson

Le même mois, Labor Against Private Schools, le groupe de pression du Parti travailliste (socialiste), a annoncé son intention d’inclure l’abolition de l’enseignement privé dans le prochain manifeste électoral du parti. La résolution #AbolishEton vise à ce que l’« intégration de toutes les écoles privées dans le secteur public » et la suppression de statut d’organisme de bienfaisance pour ces écoles fasse partie du programme électoral du Parti travailliste. Bon nombre considère les écoles privées comme des établissements de reproduction de privilèges hérités qui étouffent toute mobilité sociale.

Père riche, père pauvre

Même si l'on a l'habitude de présenter Eton comme emblématique de l'école privée britannique, Eton n’est en rien une école privée typique. Il ne s’agit que de l’une des 2 500 écoles payantes au Royaume-Uni et ses 1 200 élèves inscrits représentent moins de 0,2 % des 650 000 inscrits dans ces écoles payantes. Connu pour avoir éduqué de nombreuses personnalités publiques, telles que George Orwell, Ian Fleming et les princes William et Harry, un an à Eton coûte environ 40 000 £ (44 000 €, 64 500 $ canadiens), tandis que le droit de scolarité annuel moyen des écoles privées du nord-ouest de l’Angleterre (la moyenne régionale la plus basse) est inférieur à 11 000 £.

La plupart des écoles payantes ne diffèrent guère des écoles publiques les plus performantes, car elles ont peu à avoir avec des écoles aussi prestigieuses et privilégiées qu’Eton. L’écart entre les pensionnats privés d’élite (prestigieux) et les externats privés (plus modestes) est peut-être plus grand que celui qui sépare les secteurs privé et public.

Il existe également de grandes variations entre les écoles publiques, liées aux conditions socio-économiques de leurs zones de recrutement. En Écosse, plus de 20 % des écoles gouvernementales ont moins d’un tiers des élèves qui décrochent trois « highers » (grosso modo leur baccalauréat avec mention en France, leur DEC avec une bonne note au Québec), alors que dans les 15 % d’écoles publiques les plus performantes 70 % de leurs élèves atteignent ce niveau.


Eton

Les inégalités existent aussi parmi les étudiants qui postulent à l’université — souvent considérée comme un moyen d’accroître la mobilité sociale. C’est ainsi que 73 % des élèves candidats à l’université issus des 20 % des écoles publiques les mieux cotées (selon les notes aux examens) s’inscrivent aux établissements les plus prestigieux. Alors que dans la tranche des 20 % des écoles les moins bien cotées, seuls 34 % des élèves le font. Près de 88 % des élèves issus d’écoles privées qui poursuivent des études supérieures s’inscrivent dans ces universités renommées.

Nombre des meilleures écoles publiques sont plus proches des écoles privées que des écoles publiques défavorisées. Les écoles des zones les plus favorisées sont plus susceptibles de disposer d’enseignants titulaires d’un diplôme dans leur domaine et d’étudiants qui produisent de meilleures lettres de motivation, élément clé qui accompagne le dossier d’un candidat qui désire étudier à une université.

Les caractéristiques et les pratiques des écoles publiques peuvent expliquer en partie ces variations. Les études des deux chercheurs de l’université de Stirling sur le rôle des conseillers d’orientation ont montré que les écoles publiques des quartiers nantis comptaient de nombreux parents universitaires ou pratiquant une profession libérale sur lesquels elles pouvaient s’appuyer et qu’elles considèrent que leur rôle était de faciliter l’admission de leurs élèves à l’université en les aidant à se constituer un CV qui plaisent aux bureaux d’admission des meilleures universités. Ces caractéristiques et pratiques sont similaires à celles observées dans les écoles privées.

En revanche, dans les zones les moins riches, les conseillers d’orientation décrivent souvent leur rôle comme celui d’accroître les aspirations des élèves doués. Les parents avaient souvent peu d’expérience universitaire et les élèves connaissaient peu de gens diplômés qui auraient pu leur faire comprendre les avantages de l’enseignement supérieur. Les écoles situées dans des zones défavorisées essaient donc de convaincre leurs élèves d’aller à l’université, plutôt que de convaincre les universités d’admettre les élèves de ces écoles de quartiers moins nantis.

La proposition travailliste risque d’accroître les inégalités

La proposition du parti travailliste d’intégrer les écoles indépendantes dans le système étatique risque d’accroître, et non de réduire, les inégalités existant dans le système éducatif. La plupart des enfants qui reçoivent une éducation privée vivent dans les zones de recrutement des écoles publiques les plus riches, augmentant ainsi le nombre de parents nantis, tant sur le plan des connaissances et que de l’argent, à ces écoles publiques déjà favorisées. Ces écoles en profiteraient et certains élèves qui fréquentent à l’heure actuelle ces écoles publiques devraient s’adresser ailleurs, peut-être auprès d’écoles moins favorisées.

La plupart des élèves des écoles privées qui obtiennent de bonnes notes et sont admis à l’université obtiendraient les mêmes résultats dans les meilleures écoles publiques. Les élèves des écoles privées qui y perdraient seraient probablement ceux qui habitent les zones les plus pauvres. Rappelons que les écoles privées admettent des élèves des zones moins nanties grâce à un système de bourses. C’est le cas de Boris Johnson, issu d’une famille de la classe moyenne supérieure et qui a bénéficié d’une « bourse royale ».

Abolir les écoles privées ne supprime pas les privilèges. Les Premiers ministres continueraient d'être des anciens élèves d'écoles prestigieuses mais ils auraient fréquenté les écoles gouvernementales les plus sélectives plutôt qu'Eton. Ce n’est pas la fréquentation d’une école en tant que telle qui explique l’admission dans de bonnes universités. Les familles qui envoient leurs enfants dans les prestigieuses écoles privées continueraient à créer des réseaux et à cultiver un mode de vie qui favorisent l’admissibilité à l’université.

De nombreuses écoles privées ferment déjà leurs portes. Elles deviennent hors de prix et des écoles subventionnées (comme les « écoles libres » et les « académies ») attirent la clientèle de la classe moyenne qui ne peut plus se permettre d’envoyer sa progéniture à une école privée. Pour Dave Griffiths et Jennifer Ferguson, il faut mettre l’accent sur les politiques scolaites pour faire en sorte que les inégalités existantes ne soient pas aggravées si ces écoles payantes reviennaient dans le giron du secteur public.

Certaines écoles publiques essaient déjà d'exclure les élèves issus des foyers pauvres et à recruter des élèves issus de milieux riches. Pour les deux chercheurs de l’université de Stirling, il est essentiel de veiller à ce que les écoles (publiques ou privées) ne créent pas d’inégalités involontaires.

La recherche de stratégies visant à limiter les inégalités entre les écoles publiques devrait constituer un objectif politique central. L’intégration des écoles privées dans le système étatique est une question idéologique qui offre peu d’avantages réels et pragmatiques qui permettraient aux jeunes socialement défavorisés de s’épanouir. En outre, cette étatisation ne résout pas le problème de la reproduction de privilèges.

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vendredi 4 janvier 2019

Accès à l'université — Sélectivité et égalité sont-elles antithétiques ?

La sélectivité et l’égalité sont souvent considérées comme antithétiques ; mais il y aurait des preuves contraires dans le domaine de l’éducation. The Economist s’est penché sur la question.

Le mois dernier, parmi les demandes des Gilets Jaunes qui défilaient dans les rues de France, certains étudiants protestaient contre la manière dont le gouvernement avait modifié le système d’admission à l’université, en passant d’un système qui admettait à peu près tout le monde à un système qui mettait en place un minimum de sélectivité.

Les mécontents se plaignent que les changements sont inégalitaires. Mais les chiffres de l’OCDE semblent démontrer que certains pays parmi les plus égalitaires d’Europe ont les systèmes universitaires les plus sélectifs, et inversement. Voir le graphique ci-dessous.


L’enseignement supérieur finlandais est l’un des plus sélectifs d’Europe. Seul un tiers des candidats sont acceptés. La Finlande a également l’un des niveaux les plus élevés de mobilité intergénérationnelle en Europe, qu’il soit mesuré par les résultats scolaires ou par la différence entre les classes sociales des parents et des enfants. L’enseignement supérieur finlandais jouit d’un degré d’autonomie inhabituel : la plupart de ses universités sont indépendantes de l’État.

En revanche, le système universitaire français est une branche de l’État depuis que Napoléon l’a décrété en 1808, et c’est l’un des systèmes les moins sélectifs de l’Europe. Notons, toutefois, que les universités sont les parents pauvres de l’éducation supérieure en France, alors que les prestigieuses grandes écoles françaises sont extrêmement sélectives. Mais cette étude de l’OCDE est intéressante pour les pays où l’accès à l’université est très peu sélectif. L’entrée à l’université en France est considérée comme un droit dès lors qu’ils réussissent le baccalauréat (le DEC au Québec). Or le taux de passage au bac ne fait qu’augmenter : il était de 87,9 % en 2017 pour tous les candidats qui s’y présentaient, allant jusqu’à 90,6 pour le baccalauréat général, premier diplôme universitaire. Les bacheliers français peuvent s’inscrire dans des filières et pour des matières dont ils ne connaissent rien. Les réformes de l’année dernière, qui permettent aux universités d’obliger les étudiants à suivre des cours de rattrapage s’ils le jugent nécessaire, n’auront que peu de conséquences.

Pourtant, malgré ce système tertiaire français inclusif, la mobilité intergénérationnelle est faible en France, qu’il soit mesuré par les résultats scolaires ou par la catégorie professionnelle. C’est peut-être en partie parce que seuls 40 % des étudiants en France obtiennent leur diplôme dans les délais prévus, ce qui représente un gaspillage financier important. Les taux d’abandon ont tendance à être plus élevés chez les étudiants défavorisés.

L’approche universitaire finlandaise est également rentable sur le plan de la qualité. Le pays se classe en tête de l’indice Universitas 21, qui classe 50 pays en fonction de la qualité de leur université et du PIB par habitant. La France arrive en 19e place, derrière la Grèce et la Chine.

Source : The Economist

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Effet d'écrémage lié à la liberté scolaire : faible ou déjà présent (notamment par la géographie)

mardi 7 novembre 2017

QS et le PQ s'uniraient contre la « ségrégation scolaire »

Appuyé par le Parti québécois et Québec solidaire, le « Mouvement l’école ensemble » souhaite mettre un terme à ce qu’il appelle la « ségrégation scolaire » qui limite, selon lui, les perspectives d’avenir des enfants moins doués à l’école ou issus de familles moins nanties. Le mouvement prône la mixité sociale entre les murs des écoles publiques québécoises.

Selon un rapport du Conseil supérieur de l’enseignement au Québec, 41 % des élèves du secondaire fréquentent l’école privée (21 %) ou un programme particulier (20 %) qui sélectionne les élèves les plus performants du secteur public.

Le porte-parole du Mouvement l’école ensemble souhaite profiter de la prochaine campagne électorale, qui aura lieu dans quelque 18 mois, pour forcer les candidats à la députation à s’engager  sur ce dossier.

Le collectif de parents, dont les médias comme Radio-Canada relaient les demandes avec bienveillance,  estime que le système scolaire québécois serait le plus inéquitable de tous au Canada et propose trois mesures afin de « remettre l’école publique sur les rails » :
  • L’abolition immédiate du financement gouvernemental de l’école privée ;
  • La fin de la sélection des élèves qui fréquentent l’école publique ;
  • La consolidation de l’aide aux élèves en difficultés en ajoutant une offre d’enseignement enrichi pour les élèves les plus performants.

L'intérêt des parents et des élèves au centre des préoccupations ?

La priorité de ce mouvement de parents ne semble à nos yeux pas être d’améliorer l’instruction des élèves, de limiter les coûts de l’enseignement pour une qualité améliorée, mais de sauver « l’école publique » en privant les parents de choix et de s'assurer que plus d'écoles soient gérées par le gouvernement.

Ni ce mouvement L'École ensemble, ni aucun parti politique d’ailleurs, ne semble vouloir promouvoir le chèque-éducation qui permettrait aux enfants doués issus de familles pauvres de fréquenter l’école de leur choix, y compris privée. Pour ce carnet, cela semble la meilleure manière d’assurer l’accès à une éducation exigeante aux enfants méritants dont les parents n’ont pas les moyens financiers de les inscrire dans une école de leur choix.

Aucun parti ne semble non plus se demander pourquoi l’État provincial devrait gérer des écoles plutôt que de simplement garantir l’égalité des moyens — afin permettre à tous de choisir une école correspondant à leurs besoins et leurs mérites scolaires — ainsi que de s’assurer de la qualité des écoles par des inspections et la mise en place d’examens.

Dans l’ensemble du réseau privé, le taux global d’élèves handicapés ou élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) a presque doublé en 5 ans pour atteindre 13 % l’an dernier, comparativement à 22 % dans le réseau public. Le secteur privé fait donc sa part. D’ailleurs, près du quart des élèves considérés comme EHDAA dans le secteur privé fréquentent un établissement d’enseignement privé spécialisé en adaptation scolaire. Car école privée ne signifie pas nécessairement école réservée aux élèves brillants, mais choix de l’école. Bien que, rappelons-le, ce choix soit limité au Québec car le programme scolaire est imposé à toutes les écoles et que celles-ci ne peuvent recruter librement leurs enseignants, même dans les écoles dites privées, même celles non subventionnées (il en existe). Les écoles hors contrat en France, notamment, sont nettement plus libres sur ces deux questions.

Un préjugé est sous-jacent à l’argumentation du « Mouvement l’école ensemble » : de mauvais élèves, turbulents ou peu studieux, s’en tireraient mieux dans des classes ou des écoles ne subissant aucune ségrégation scolaire. Tellement mieux que cela primerait sur le retard que les meilleurs élèves pourraient souffrir de cette mixité obligatoire.  Mais est-ce si sûr ? Ne vaut-il pas mieux des écoles ou des classes adaptées à ces élèves ? (Voir ci-dessous, un billet sur les effets très limités de l’écrémage vers l’école privée.)

Enfin, qu’y a-t-il de foncièrement mal à départager les enfants ? Quel parent ne désire pas éviter à ses enfants une mauvaise influence, la fréquentation de camarades peu studieux, turbulents, voire violents ? 


Les réserves du PQ, l’ouverture de QS

Bien qu’il appuie la recherche de la mixité sociale au sein de l’école québécoise, le PQ diverge toutefois d’opinion sur les moyens d’y parvenir. Le porte-parole du PQ en matière d’Éducation, Alexandre Cloutier, a rappelé que son parti veut revoir le financement du système scolaire — tant privé que public — sans pour autant cesser le financement public de l’école privée.

« Il y a des écoles publiques plus coûteuses que l’école privée. Il y a des projets spécifiques qui sont encore moins accessibles dans les écoles publiques que dans les écoles privées. »

« Nous sommes d’avis qu’il faut revoir l’ensemble de l’œuvre, l’ensemble du financement, qu’il doit y avoir un débat de société sur le vivre ensemble et la ségrégation scolaire, souligne M. Cloutier. On pense qu’il y a plusieurs approches possibles et on partage la volonté de s’attaquer à ce vrai problème. »

De son côté, le porte-parole de QS en matière d’Éducation, Gabriel Nadeau-Dubois convient que les solutions avancées par le collectif sont contenues dans le programme de son parti, mais il se dit ouvert à la discussion notamment sur le financement public de l’école privée.

Tout en convenant que « ségrégation » était un « mot fort » qui pouvait choquer certaines personnes, le député Nadeau-Dubois estime qu’il est nécessaire d’y avoir recours pour « sonner l’alarme et pour souligner une situation qui ne peut plus durer ».

Rappelons que l’écrémage et la ségrégation existent déjà au sein même du réseau public par simple répartition spatiale des différentes classes socio-économiques. Le bassin d’élèves des écoles publiques de quartiers aisés est donc très différent de celui de quartiers pauvres. Que préconise le « Mouvement l’école ensemble » pour éviter cela ? Le busing, la mixité scolaire obligatoire au-delà des bassins géographiques scolaires traditionnels ?

Quant au manque de financement dont serait affecté l’école publique selon d’aucuns, rappelons que chaque enfant inscrit à l’école privée, permet à l’école publique de disposer de 4500 $ de plus par élève inscrit au privé (puisque cet enfant coûterait plus cher au Trésor public s’il était inscrit à l’école publique, voir lien ci-dessous) et que les dépenses du Monopole de l’Éducation québécois augmentent bien plus vite que l’inflation ou le nombre d’élèves.
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Coûts des CPE [garderies] : multipliés par 11 pour atteindre à 2,4 milliards $, efficacité en question

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L’école privée ferait épargner 4452 $ par élève au Trésor public québécois

Échelle des traitements des instituteurs du Québec (2015)

L’école privée profite à tous les élèves québécois

Éducation : les variables non significatives (notamment les dépenses par élève) et la variable pertinente (la qualité)

Syndicats satisfaits : taux du nombre d’élèves par enseignant en baisse constante au moins jusqu’en 2015 (des classes de plus en plus petites, des résultats qui diminuent dans les épreuves internationales)

« Les écoles privées, c’est pour les riches »

Dépenser plus en éducation, est-ce la solution ?

dimanche 29 octobre 2017

Effet d'écrémage lié à la liberté scolaire : faible ou déjà présent

Les opposants à la liberté scolaire soutiennent que celle-ci encourage le départ des meilleurs élèves du secteur public pour se réfugier dans les écoles privées (ou aujourd’hui les écoles publiques à vocation particulière). C’est ce qu’on nomme l’écrémage. Pour ces détracteurs du libre choix, cet écrémage empirera les résultats de ceux qui restent dans les écoles publiques. Apparemment, l’amélioration des résultats de ceux qui partent est chose moins importante.

Mais quelle est l’ampleur de cet effet d’écrémage lié à une plus grande liberté scolaire ?

Trois chercheurs (Altonji de Yale, Huang de l’Université nationale de Taïwan et Taber de l’Université du Wisconsin) se sont penchés sur cette question. Ils ont développé un modèle économétrique pour étudier l’effet d’écrémage d’hypothétiques programmes de coupons (bons scolaires, « vouchers ») sur le taux d’obtention du diplôme d’études secondaires et d’autres résultats des étudiants qui resteraient à l’école publique. Leurs travaux aboutissent à prévoir de faibles effets (plutôt négatifs) liés à cet écrémage et ces résultats sont constants pour une grande variété de paramètres.

Pour le chercheur Patrick Walsh, la population scolaire de chaque école publique est déjà nettement plus homogène que la population générale puisque le bassin scolaire de ces écoles est géographique et donc relativement homogène socioéconomiquement. Les écoles publiques aux mauvais résultats scolaires sont déjà homogènes et déjà écrémées. L’impact négatif d’un libre choix supplémentaire vers le privé est donc grandement exagéré. Dans ces circonstances, pour que l’écrémage aboutisse à un retard d’un semestre en mathématiques (retard mesuré lors de tests), le déficit dû à l’absence des meilleurs devrait être aussi fort que l’augmentation de la taille des classes de 8 à 20 élèves, une importance qui ne semble pas réaliste.