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mardi 9 décembre 2025

France & Québec — 9 décembre 1905, promulgation de la Loi de la séparation de l'État et des Églises

En 1900, la congrégation des assomptionnistes, propriétaire de La Croix, journal qui fut en pointe dans le camp antidreyfusard, est dissoute. Waldeck-Rousseau vient de déposer un projet de loi qui constitue une guillotine pour l’ensemble des communautés religieuses. Cette loi, qui va devenir la loi du 1er juillet 1901 sur les associations, est libérale pour les citoyens ordinaires : une déclaration en préfecture suffit à donner une existence légale à une association. Pour les associations religieuses, la loi est liberticide, puisqu’elle les contraint à obtenir leur autorisation d’un vote au Parlement. 30 000 religieux et 130 000 religieuses sont menacés. Ceux qui refusent de se soumettre choisissent l’exil. D’autres préfèrent la sécularisation (vivre dans le siècle en habits civils, en restant fidèle à ses vœux et en maintenant des liens de communauté), expérience souvent désastreuse. D’autres congrégations — les dominicains, les capucins, les cisterciens, certains bénédictins, la quasi-totalité des congrégations féminines — déposent une demande d’autorisation.

En 1903, la Chambre repousse la totalité des demandes d’autorisation des congrégations, à l’exception des missionnaires dont le régime a besoin pour son entreprise coloniale. Expulsées de leurs couvents, leurs biens saisis, la plupart des communautés s’exilent en Europe ou en Amérique du Nord. En 1904, une dernière loi étend l’interdiction d’enseigner aux congrégations jusqu’alors autorisées. Entre 1901 et 1904, 17 000 œuvres congréganistes (écoles, dispensaires, maisons de charité) auront été fermées, et de 30 000 à 60 000 religieux et religieuses ont dû quitter la France.

Les congrégations françaises expulsées au Québec

Selon Guy Laperrière, peut penser que près de 2 000 religieux français ont immigré au Québec entre 1900 et 1914. Selon B. Denault, il y aurait eu au Québec en 1901 quelque 2 000 religieux et 6 600 religieuses, ces chiffres passant respectivement en 1911 à 3 000 et 10 000. C’est donc au moins un religieux sur sept qui aurait été d’origine française au Québec entre 1902 et 1914. Autre trait frappant : ces religieux sont répartis à peu près également entre les hommes et les femmes, tant pour le nombre d’immigrants que pour le nombre de congrégations : ils proviennent en effet de quelque 26 congrégations d’hommes et de 29 congrégations de femmes. Cet équilibre entre hommes et femmes est particulièrement remarquable quand on sait que tant en France qu’au Québec, les effectifs des congrégations féminines étaient alors beaucoup plus considérables que ceux des congrégations masculines.

Au-delà de ces conséquences d’ordre démographique ou institutionnel, l’arrivée d’un si grand nombre de religieux français au Québec et surtout les circonstances et le climat qui ont entouré leur venue ont eu un impact idéologique qui, s’il n’est pas facile à mesurer, n’en est pas moins réel. Cette influence s’est certainement fait sentir dans le domaine de l’enseignement. Des 55 congrégations immigrées au Québec, 36 (18 masculines et 18 féminines), soit les deux tiers, se consacrent entièrement ou de manière significative à l’éducation. Si on prenait le nombre absolu de religieux immigrants plutôt que le nombre de congrégations, la proportion serait beaucoup plus forte. L’arrivée d’un nombre important de religieuses et de religieux français dans le système scolaire québécois a sans doute considérablement renforcé la cléricalisation du corps enseignant relevée par André Labarrère-Paulé pour la fin du 19e siècle33. Chaque congrégation arrivait au Québec avec une solide tradition pédagogique, mise au point dans le climat de grande rivalité existant en France entre l’école publique et l’école libre. Naturellement les évêques canadiens insistaient pour que les religieux s’adaptent aux méthodes du pays, et on voit des religieux français des nouvelles congrégations aller faire des stages d’étude de quelques semaines dans les maisons de congrégations canadiennes ou de congrégations françaises implantées depuis longtemps au Canada. Le manuel scolaire est aussi un puissant canal idéologique. Chaque congrégation, particulièrement chez les frères enseignants, avait les siens.

L’impact le plus grand des congrégations françaises au Québec au début du XXe siècle se situe au niveau des mentalités. Il faut voir des descriptions de l’arrivée de « ces pauvres exilés », les récits de leurs malheurs, l’accueil empressé qu’on leur réserve, notamment en leur apportant une foule d’objets de première nécessité. Ainsi, le 4 mai 1903, quatre Filles de Jésus arrivent à Notre-Damedu-Lac, au Témiscouata. Le dimanche suivant, le curé fait appel à la générosité des paroissiens. Son appel, rapporte la Supérieure, fut entendu. Depuis midi jusqu’au soir, le temps des Vêpres excepté, nous arrivent avec abondance : literie, vaisselle, lingerie, ustensiles de cuisine, tables, chaises, provisions de toutes sortes et même « deux vaches et demie », c’est-à-dire deux vaches et une petite génisse. Les jeunes gens du patronage sacrifient le fruit d’une partie de cartes et de thé qui avait rapporté 30 $. Dans les discours et les écrits, l’insistance est mise sur la réalité de la persécution et de l’exil. Un parallèle est souvent établi entre « la France catholique qui a implanté la foi au Canada » et la Nouvelle-France qui paie sa dette de reconnaissance en accueillant les exilés.

Les événements qui se dérouleront ensuite en France, et notamment la séparation des Églises et de l’État (1905), seront interprétés de la même manière. On voit immédiatement les conséquences idéologiques que cette lecture des événements aura au Québec : méfiance envers la France républicaine, crainte des idées laïques, rejet de toute initiative du gouvernement québécois qui pourrait ressembler à une immixtion dans les secteurs réservés à l’Église, particulièrement dans le domaine de l’éducation, chasse aux francs-maçons et aux libres penseurs…

Loi de 1905

Le 9 décembre 1905, le député socialiste Aristide Briand (43 ans) fait voter la loi concernant la séparation des Églises et de l’État. La nouvelle loi met fin au Concordat napoléonien de 1801 qui régissait les rapports entre le gouvernement français et l’Église catholique.

Solennellement condamnée par le pape Pie X, la loi de Séparation parachevait vingt-cinq années de mesures laïcistes imposées à la France par des gouvernements anticléricaux.

Stricto sensu, cette loi ne crée rien. C’est une loi en creux, dont la philosophie tient dans les deux premiers articles. Il est d’abord mis fin à la notion de culte reconnu : le catholicisme, le protestantisme et le judaïsme perdent ce statut qui était le leur depuis le Premier Empire. La loi supprime ensuite le budget des cultes : le clergé catholique, les pasteurs luthériens ou calvinistes et les rabbins cessent de recevoir un traitement de l’État. Si la République reconnaît la liberté de culte, l’État (en théorie au moins) ne veut donc plus avoir affaire avec la religion, qui est reléguée dans la sphère privée. Les autres articles de la loi de 1905 règlent des questions de police des cultes ou d’attribution des biens ecclésiastiques : ces derniers, propriété de l’État ou des communes depuis la Révolution, affectés au clergé par le Concordat napoléonien, doivent être remis à des associations cultuelles qui en assureront la gestion, la puissance publique en conservant toutefois la propriété.

Alors que l’épiscopat français est prêt à se soumettre à la loi, Pie X, en février 1906, par l’encyclique Vehementer Nos, condamne la séparation de l’Église et de l’État comme contraire à l’ordre surnaturel. Le pape proteste contre cette rupture unilatérale du Concordat, et critique une loi qui prétend confier l’administration du culte public à des associations de laïcs, détruisant le principe hiérarchique de l’Église.

À l’instar du Souverain Pontife, une bonne partie des fidèles a choisi la résistance. En février et mars 1906, les inventaires des biens ecclésiastiques, prévus par la loi de Séparation, provoquent de violents incidents à Paris et en province : la crise se solde par 300 condamnations à des peines de prison, par la démission de dizaines de fonctionnaires, d’officiers ou de maires, et ne prend fin que parce que la mort d’un manifestant, dans le Nord, force le gouvernement à interrompre la procédure.

En août 1906, une seconde encyclique de Pie X interdit de constituer les associations cultuelles prévues par la loi. En décembre 1906, un an après sa promulgation, la Séparation entre en vigueur. Les protestants et les juifs ont formé leurs associations. Mais le refus des catholiques met l’État dans l’embarras. À qui remettre les biens de l’Église ? Dans quel cadre légal le culte catholique pourra-t-il s’exercer ? La messe deviendra-t-elle un délit ? L’État ou les communes, propriétaires des évêchés et des séminaires, s’en attribuent l’usage : leurs occupants sont expulsés. Mais vider les églises, ce serait la guerre civile. Dès 1907, la République est contrainte d’adopter de nouvelles lois qui, corrigeant le texte de 1905, laissent les édifices du culte (dont la puissance publique reste propriétaire) à la disposition du clergé et des fidèles, le culte étant assimilé aux réunions publiques. En 1908, la loi autorise les pouvoirs publics à entretenir les cathédrales et les églises. Libéralisme du législateur ? Non, c’est l’intransigeance de Pie X et la résistance des catholiques qui ont contraint l’État a trouvé une solution de compromis.

Bilan de la Séparation ?

Contrasté. D’un côté, l’Église a perdu son rang officiel dans l’espace public. Sur le plan matériel, le préjudice est énorme : outre le patrimoine spolié (évêchés et séminaires), la disparition du budget des cultes livre le clergé à la générosité aléatoire des fidèles. Mais d’un autre côté, l’Église a retrouvé la liberté de nommer ses évêques, et bénéficie d’une liberté de plume, de parole et de réunion que ne menacent plus des articles organiques datant de Napoléon. Et avec le temps, la prise en charge des frais d’entretien des églises par l’État ou les communes s’avérera une aubaine…

La Grande Guerre mettra fin à trente années d’anticléricalisme d’État. En 1920, les relations diplomatiques avec le Saint-Siège sont rétablies. En 1923, un accord intervient entre Paris et le Vatican, accord ratifié, en 1924, par une encyclique de Pie XI (Maximam gravissimamque) : la gestion des biens ecclésiastiques est confiée aux associations diocésaines, présidées par les évêques et reconnues par le droit français. En 1940 et 1942, les lois anticongréganistes sont levées par le gouvernement du maréchal Pétain, mais en reprenant un projet étudié par Daladier en 1938 : en 1945, personne ne reviendra sur le sujet.

Sources : « Persécution et exil » : la venue au Québec des congrégations françaises, 1900-1914 et Face cachée de la loi de 1905 

Voir aussi

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mercredi 5 novembre 2025

« La France est-elle encore chrétienne ? »

Débat exclusif entre Éric Zemmour et Jérôme Fourquet dans le Figaro Magazine.  Autrefois qualifiée de « fille aînée de l’Église », la France est un des pays les plus déchristianisés d’Occident. Mais est-ce irrémédiable ?   La citrouille d’Halloween va-t-elle définitivement l’emporter sur le chrysanthème de la Toussaint ? « La messe n’est pas dite », répond Éric Zemmour dans son nouvel essai. Le président de Reconquête en appelle à un sursaut spirituel, seul moyen selon lui de préserver l’identité de la France face à un islam conquérant.  Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP et analyste lumineux de la société française, observe pour sa part des signes d’un regain d’attrait pour le catholicisme, mais doute qu’une rechristianisation du pays soit pour autant possible. Ils ont accepté de confronter leurs points de vue pour Le Figaro Magazine.

Question. — Comment qualifieriez-vous la situation du christianisme en France ?

Éric Zemmour. — Je commencerai par rappeler une réalité historique : c’est le christianisme qui a fait la France. Le général de Gaulle disait : « L’histoire de mon pays a commencé avec la conversion de Clovis au catholicisme. » Au cours de mille ans d’histoire, l’Église a fait les rois, les rois ont fait la nation et la nation a fait la République. Mais, dès le milieu du XVIIIe siècle, avant même la Révolution française donc, un phénomène de déchristianisation colossal s’est amorcé avec les Lumières. Je cite dans mon livre cette phrase magnifique de Chateaubriand : « Voltaire eut l’art funeste, chez un peuple capricieux et aimable, de rendre l’incrédulité à la mode… » Il y a eu des vagues de rechristianisation très puissantes, en général d’ailleurs après nos catastrophes militaires, en 1815, 1870 ou 1940, mais qui n’ont pas arrêté la déchristianisation du pays. Dans une période plus récente, je pense que Vatican II a accéléré ce mouvement. La chanson de Brassens : « Sans le latin la messe nous emmerde » résume, sur un registre évidemment rigolard, le sentiment général. De façon un petit peu plus savante et malheureusement moins talentueuse, je dirai que l’Église a protestantisé le catholicisme. Là où le christianisme avait eu le génie depuis 2000 ans de fonder la liturgie sur l’émotion, la hiérarchie catholique a fait sienne la philosophie du protestantisme qui est de faire appel à la raison. Et je pense que ce fut une erreur historique.

Jérôme Fourquet. — Je partage le constat d’Éric Zemmour sur la déchristianisation de la France. En ce qui concerne Vatican II, je ferais volontiers un parallèle avec ce qu’avait tenté Gorbatchev en Union soviétique. Voyant que les lézardes dans le barrage étaient de plus en plus importantes, la hiérarchie catholique comme les dirigeants soviétiques ont essayé de relâcher la pression en desserrant le carcan. Et ce faisant, on n’a fait qu’accélérer un mouvement qui était déjà entamé et qui a finalement tout emporté. L’historien Guillaume Cuchet raconte comment les éléments de piété populaire, faire maigre le vendredi par exemple, ont été abandonnés, parce qu’on préférait que les églises soient moins remplies, mais avec des gens ayant vraiment la foi. Tout cela n’a fait qu’accélérer la déchristianisation. Aujourd’hui, 5 % de la population française va encore à la messe le dimanche. C’était 35 % avant Vatican II. 30 % des enfants sont baptisés à la naissance, contre 70 % au début des années 1980. Les constantes vitales du catholicisme en France sont donc très dégradées. Mais de surcroît, le soubassement culturel et anthropologique judéo-chrétien s’est lui-même disloqué. La citrouille d’Halloween n’a pas encore complètement remplacé le chrysanthème, mais on s’en approche. Dans nos enquêtes récentes, plus personne ou presque ne connaît les fondements de la doctrine chrétienne comme l’Assomption ou la Pentecôte. Le substrat chrétien est en voie d’effacement en ce qui concerne par exemple le rapport au corps, l’institution du mariage, la hiérarchie homme-animal ou les rites funéraires, etc. En 1980, 1 % des obsèques donnaient lieu à une crémation en France. On est à 45 % aujourd’hui. Un autre signe de la déchristianisation est l’évolution des prénoms : en 1900, 20 % de petites filles s’appelaient Marie, c’est 0,2 % aujourd’hui. Le catholicisme, comme les autres religions est non seulement une foi, mais également une identité culturelle, qui est en voie de disparition.

Disparition du prénom Marie en France

samedi 20 septembre 2025

Exil des chrétiens d’Orient : une fatalité ?

Les paroles apaisantes du nouvel homme fort de Syrie, Ahmed al-Chaara, ne suffisent pas à rassurer. Sans sécurité, les communautés chrétiennes seront tentées plus que jamais par l’exode. Un texte par Benjamin Blanchard,  directeur général de SOS Chrétiens d’Orient.

Au début de l’été, j’étais en Syrie. C’était ma première visite dans ce pays depuis la révolution qui a vu, en décembre 2024, la victoire et l’arrivée au pouvoir de djihadistes. Je suis arrivé quelques jours après l’attentat de l’église Saint-Élie de Damas. Le dimanche 22 juin dernier, souvenons-nous, un djihadiste a fait sauter sa ceinture d’explosifs en pleine messe, laissant derrière lui 25 morts, plus de 60 blessés et une église largement endommagée.

Syrie — Au moins 20 morts dans un attentat contre une église grecque-orthodoxe

Pour les chrétiens de Syrie, ce lâche attentat est particulièrement douloureux et inquiétant. Jamais, même au plus fort de la guerre, ils n’avaient connu un tel drame. Dans son sermon à l’occasion des funérailles des victimes, le patriarche d’Antioche des Grecs orthodoxes, Jean X, n’a pas manqué de le rappeler. Il a surtout vivement demandé « la sécurité et la paix » pour tous les Syriens et, parmi eux, pour les chrétiens. Parce que sans sécurité, ces derniers ne pourront faire face aux multiples groupes djihadistes qui pullulent dans le pays, sèment la terreur et cherchent à les faire partir de Syrie. « Les Alaouites à la mer, les chrétiens à Beyrouth », clamait-on déjà dans les manifestations il y a presque quinze ans.

Les paroles apaisantes du nouvel homme fort de Syrie, Ahmed al-Chaara, ne suffiront pas à rassurer. Sans sécurité, à Damas, à Alep ou Homs, au sein des communautés chrétiennes, largement affaiblies par l’émigration, la tentation de l’exil se posera plus que jamais. Et derrière elle, celle de la disparition définitive des chrétiens d’Orient…

Mon propos semble excessif ? Il ne l’est pas. D’un point de vue purement arithmétique, le constat est déjà plus qu’alarmant : les chrétiens d’Orient sont de moins en moins nombreux sur les terres qui ont vu naître le christianisme.

Trois exemples. En Syrie, avant la guerre, les chrétiens étaient 1,5 million. Ils ne sont plus qu’entre 400000 et 700 000… En Irak, on compte aujourd’hui entre 150 000 et 180 000 chrétiens, installés principalement dans la région autonome du Kurdistan irakien. Ils étaient 1,2 million il y a vingt-cinq ans. Enfin, au Liban, s’il n’existe pas de chiffres fiables, force est de constater que le poids démographique des chrétiens s’érode un peu plus chaque année. La pauvreté, les guerres, les persécutions sont passées par là, avec comme conséquence, notamment, l’exil, l’arrachement à la terre natale pour de nombreuses familles. L’histoire montre d’ailleurs que ce n’est pas la première fois que les chrétiens de ces contrées orientales sont forcés au départ définitif. Ainsi, à partir de 1915, des centaines de milliers d’Arméniens fuient leurs génocidaires turcs et fondent une puissante diaspora partout dans le monde. Plus récemment, il y a seulement deux ans, l’Artsakh a été vidé, en quelques jours, de toute sa population chrétienne.

Aujourd’hui comme hier, la question de l’avenir des populations chrétiennes en Orient se pose. C’est pour cela que SOS Chrétiens d’Orient réunit, à Paris, le 11 octobre prochain, spécialistes, universitaires, diplomates, religieux mais aussi hommes et femmes de terrain, autour de la question suivante : l’exil des chrétiens d’Orient est-il une fatalité ?

Il s’agira de répondre, par des rappels historiques, des analyses géopolitiques, des témoignages, des exemples de chrétiens ayant fait le choix du retour dans leur pays d’origine, à cette question existentielle des chrétientés orientales. 


lundi 1 septembre 2025

École publique : pourquoi rien ne bouge en France

Billet d'humeur d'Éric Brunet sur LCI:


mercredi 15 janvier 2025

L’Algérie ne tolère plus les conversions au christianisme


Vue de la chapelle Santa Cruz d’Oran.

Toutes les églises protestantes évangéliques du pays sont désormais fermées, s’inquiète l’association Portes ouvertes dans son «Index mondial de persécution des chrétiens».

Inquiétées depuis des années, «les 47 églises protestantes chrétiennes évangéliques d’Algérie sont fermées ou sous scellés. Le pasteur Youssef Ourahmane, vice-président de l’Église protestante d’Algérie (EPA), a même été condamné le 2 mai 2024 à un an de prison ferme pour avoir célébré un culte “non autorisé”», expliquait, mardi à Paris, Guillaume Guennec, l’un des responsables de l’association protestante Portes ouvertes , lors de la présentation du dernier « Index mondial de persécution des chrétiens », publié chaque année depuis 1993.

En 2019, le pasteur Ourahmane était venu à Paris pour tirer la sonnette d’alarme. Depuis, les choses ont empiré pour les 60.800 chrétiens évangéliques algériens, sans compter les 42.900 pentecôtistes. En mai dernier, 4 des 47 églises de l’EPA étaient encore ouvertes, aucune n’est accessible à présent selon Portes ouvertes : «C’est la fin d’une exception,commente Guillaume Guennec. L’Algérie était le seul pays de cette région du nord de l’Afrique où des chrétiens convertis pouvaient se réunir dans leurs propres églises. »

Mais il précise : «Il y a deux situations très différentes pour les chrétiens. Les églises catholiques sont tranquilles parce que seuls les expatriés les fréquentent, ils sont 7000. Mais les églises protestantes, constituées par des Algériens convertis de l’islam, ne sont plus tolérées. Les protestants évangéliques doivent désormais fonctionner en mode clandestin en raison d’un tour de vis très sévère des autorités. » Le pasteur Ourahmane n’est d’ailleurs pas le seul à être inquiété, «une vingtaine de chrétiens convertis sont actuellement aux prises avec la justice ». Dans le classement mondial publié par Portes ouvertes, la Corée du Nord occupe toujours le premier rang. «Le seul fait d’être chrétien vaut la mort sur-le-champ ou l’internement, les chrétiens n’ont pas le droit d’exister en Corée du Nord », dénonce l’association, même si 400.000 personnes y vivraient secrètement leur foi.

25% d’augmentation des persécutions

Comme l’an passé, l’association est fortement inquiète pour les chrétiens d’Afrique subsaharienne qui sont «pris pour cibles privilégiées par le déchaînement de la violence djihadiste ». Le Nigeria détient ainsi depuis 2015 le triste record de chrétiens tués : 3100 en 2024, pour 4476 chrétiens tués à travers le monde. «Les milices fulani (peules) radicalisées, observe le rapport, font désormais plus de victimes que les groupes terroristes comme Boko Haram et ISWAP (État islamique en Afrique de l’Ouest). » Certes les chrétiens ne sont pas les seuls ciblés, mais ils totaliseraient trois fois plus de victimes que les autres catégories de la population malgré les efforts du nouveau président, qui n’a pu, toutefois, endiguer des massacres à Pâques 2024 dans le sud de l’État de Kaduna.

Comme elle le fait chaque année, Portes ouvertes comptabilise aussi le nombre d’églises détruites, endommagées, fermées : elles sont au nombre de 7679 en 2024, dont 4000 au Rwanda. C’est moins qu’en 2023, où la Chine, à elle seule, avait bouclé 10.000 lieux de culte chrétiens. L’« Index » publie aussi le chiffre des chrétiens détenus. Ils étaient 4744 l’an dernier, dont 2 176 en Inde, à la suite d’une « utilisation abusive des lois “anticonversions” mises en place dans 11 États de l’Inde ».

Plus globalement, ces dix dernières années ont vu, selon les indicateurs de cet observatoire, la persécution des chrétiens dans le monde augmenter de 25 % ; 380 millions de chrétiens seraient ainsi confrontés à de «fortes persécutions ou discriminations en raison de leur foi» dans 78 pays. Soit «1 chrétien sur 7 dans le monde ».

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L’Algérie ferme les portes de 42 églises (janvier 2024)

jeudi 26 décembre 2024

Le polythéisme antique était-il synonyme de tolérance religieuse ?

Pour l’historien Stéphane Ratti dans l'article ci-dessous, la «tolérance» romaine à l’égard des pratiques religieuses relève en partie d’une construction postérieure. Rome moquait et punissait même sévèrement les cultes qui lui étaient étrangers. Stéphane Ratti  est professeur émérite d’histoire de l’Antiquité tardive à l’Université de Bourgogne-Franche-Comté. Son dernier ouvrage: Histoire Auguste et autres historiens païens, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2022.

Observer une réelle tolérance religieuse serait, dit-on, le meilleur moyen d’éviter les diverses tensions qui traversent les sociétés occidentales contemporaines. Il y a un peu moins de dix ans, en 2016, l’intérêt suscité par un ouvrage qui semblait dans son titre proposer, sous la plume de l’universitaire italien Maurizio Bettini, un Éloge du polythéisme, a conduit un peu vite la critique qui a rendu compte de l’ouvrage à célébrer les vertus du paganisme ancien comme s’il s’agissait d’un antidote magique aux fanatismes monothéistes. Or, il convient, même si, dans le contexte actuel, on saisit bien les enjeux, de nuancer les choses et de relativiser la tolérance des Anciens afin de mieux comprendre la véritable nature du paganisme gréco-romain.

Commençons par les sources latines anciennes afin de mettre un terme à un malentendu : la notion de tolérance est inconnue du monde gréco-romain, y compris de l’Antiquité tardive après la victoire du christianisme au IVe siècle. La notion n’existait pas et aucun mot n’existe en latin pour dire la tolérance. En effet, Cicéron n’emploie qu’une seule fois le mot tolerantia — il semble bien, en outre, que ce soit la première apparition de ce mot dans l’histoire de la littérature latine, un mot qui réapparaît plus tard chez Pétrone pour qualifier la complaisance des courtisanes — lequel mot désigne, dans un passage qui propose une définition du stoïcisme, la force de caractère qui permet de supporter l’adversité. Chez les Romains de l’époque classique tolerantia est synonyme de toleratio, l’endurance. Sous l’Empire, le philosophe Sénèque n’emploie le mot tolerantia qu’à cinq reprises dans toute son œuvre et, chez lui, comme chez Cicéron, il s’agit de la vertu qui permet au sage de demeurer ferme en face de l’adversité, une vertu parfois aussi désignée par les termes de constantia, aequanimitas, patientia ou encore perpessio.

Romains massacrent les druides et brûlent leurs bois consacrés au Ier siècle comme le décrit Tacite

On ne se battait pas dans l’Antiquité pour des raisons religieuses. La chose demeure vraie jusqu’aux persécutions contre les chrétiens aux IIIe et au début du IVe siècle, à l’époque de l’empereur Dioclétien, puis, après l’édit de tolérance de Constantin en 313 jusqu’à la fin du IVe siècle, à l’époque où l’on observe à nouveau d’importantes violences religieuses lors du conflit entre païens et chrétiens, par exemple la destruction du temple de Sérapis à Alexandrie en 392 ou le meurtre de la philosophe néoplatonicienne Hypatie en 415. Cette relative indifférence à la religion de l’autre, une spécificité de l’Antiquité pendant des siècles jusqu’au IVe siècle, s’explique par le fait que, ni en Grèce ni à Rome, le paganisme n’est un choix ou un engagement, et ce pour une raison simple : on était païen comme on respirait autour de soi l’air méditerranéen, sur les bords du Mare nostrum ou plus loin dans les terres. On ne pouvait être rien d’autre que païen et d’ailleurs ce dernier mot n’existait même pas en latin (sauf sous la forme pagani qui désignait les paysans dans les villages ou pagi) : inutile de nommer ce qu’on était naturellement. Imaginons qu’aujourd’hui on veuille faire du paganisme une religion parmi d’autres, la décision apparaîtrait ipso facto comme un choix décidé par ses adeptes, ce qui ôterait incontinent à la nouvelle religion son innocence naturelle et primitive. On ne saurait aujourd’hui être païen qu’en vertu d’un choix et d’un refus – celui des grands monothéismes –, ce qui n’était pas le cas, et pour cause, dans l’Antiquité.

Le paganisme était, dit-on, polythéiste et par conséquent tolérant. Même l’éminent historien Paul Veyne le pensait, allant jusqu’à écrire, il est vrai dans un article de vulgarisation simplifiant quelque peu sa pensée, que « le monde antique avait vécu dans une tolérance universelle, comparable à celle des sectes hindouistes entre elles ». Dire le paganisme antique polythéiste et tolérant, c’est pourtant aller deux fois trop vite en besogne. La pluralité infinie des dieux du paganisme est sous-entendue par le préfixe grec, polu, mais une polyphonie n’est pas constituée d’un nombre infini de voix. Hésiode comptait certes, dans Les Travaux et les Jours, 30 000 dieux. Mais le caractère innombrable des dieux païens est aussi un mythe né des caricatures peintes par les chrétiens : c’est saint Augustin, dans les premiers livres de La Cité de Dieu, vers 413-415, notamment les livres IV et VI, qui a brocardé, à partir d’emprunts déformés et mal intentionnés à Varron, le nombre extravagant des dieux païens. Si on ajoute, comme le faisait saint Augustin, que les païens avaient en outre un dieu spécialisé dans les accouchements, un autre pour faire tomber la fièvre, d’autres encore pour veiller sur les bornes de propriété ou encore sur les égouts, on est sûr de son effet. On n’oubliera jamais que saint Augustin était non seulement un brillant rhéteur mais aussi maître en l’art de la satire : on décrédibilise le paganisme en infantilisant ses adeptes. C’était l’objectif du maître-livre de l’évêque d’Hippone. Combien de dieux connaissait réellement un Romain ordinaire ?

La question est celle-ci : les Romains étaient-ils tolérants en matière religieuse ? Bien sûr les Romains ont accepté d’importer à Rome des dieux étrangers, Cybèle, la déesse phrygienne de l’Ida, importée à Rome en 204 avant J.-C., en étant l’exemple le plus fameux à défaut d’être le plus représentatif, mais on pourrait aussi citer Mithra ou Isis, sans parler des dieux grecs. Les Romains « importaient » des dieux, mais ce verbe est inadéquat : ils les « romanisaient » plutôt, les débaptisaient même parfois (on sait que Jules César, dans La Guerre des Gaules, appelle tous les dieux gaulois de noms latins) et surtout les faisaient « leurs ». Et c’était d’ailleurs une cérémonie religieuse qui permettait de faire du dieu d’une cité ennemie vaincue un dieu romain désormais non plus hostile mais ami, la procédure de l’euocatio. Scipion Émilien, par exemple, promit à la divinité de Carthage, en 146 avant J.-C., de lui offrir un sanctuaire en terre romaine. Nous possédons, grâce à l’un des derniers écrivains païens de Rome, Macrobe, actif au début du Ve siècle, le texte poétique, datant du IIe siècle avant J.-C., de la prière par laquelle on suppliait les dieux de l’ennemi de quitter leur panthéon d’origine pour migrer dans celui des dieux romains. La cérémonie, en outre, était strictement encadrée par les prêtres d’un collège spécialisé. Pour éviter d’ailleurs que l’ennemi ne fasse de même avec les divinités romaines la divinité Roma portait un nom secret, jalousement gardé. La supposée tolérance romaine passait donc par un filtre institutionnel, patriotique et religieux et n’avait pas de caractère systématique ni le visage accueillant d’une tolérance idéalisée par certains de nos contemporains.

Interdictions, punitions et moqueries des cultes étrangers

Plusieurs épisodes dans l’histoire prouvent plutôt, et au contraire des idées reçues, l’intolérance de Rome envers les cultes étrangers. La crise la plus fameuse est celle que déclencha, en 186 avant J.-C., la découverte de pratiques secrètes associées au culte de Dionysos et qui provoqua le scandale des Bacchanales, connu pour nous par le fameux et fort détaillé récit de Tite-Live, scandale à la suite duquel le Sénat de Rome prononça de lourdes condamnations et engagea pour de longues années une féroce et systématique persécution contre les adeptes du culte de Dionysos soupçonnés, pour simplifier, de complot contre l’État et de licence morale. Les limites de la tolérance religieuse ne s’imposaient pas uniquement en temps de guerre mais aussi dans les contextes de crise politique. Sous l’Empire, Auguste, réprima le culte d’Isis tout en réorganisant profondément la religion romaine. Mécène, son conseiller, poussa le prince à la sévérité la plus grande envers les cultes étrangers selon le témoignage de l’historien grec Dion Cassius : « … que les fauteurs des cérémonies étrangères soient haïs et punis par toi, non seulement en vue des dieux, attendu que, lorsqu’on les méprise, il n’est rien autre chose dont on puisse faire cas ; mais aussi parce que l’introduction de nouvelles divinités engage beaucoup de citoyens à obéir à d’autres lois ; de là des conjurations, des coalitions et des associations que ne comporte en aucune façon un gouvernement monarchique ». L’empereur Tibère reprocha aux Gaulois la pratique de sacrifices humains (mentionnés par Tacite) et les fit interdire en même temps qu’il s’attaqua aux pratiques druidiques, ainsi que nous l’apprend Pline l’Ancien. Tibère encore, à la suite d’Auguste, voulut éteindre le culte d’Isis, fit brûler les vêtements et objets sacrés de ses adeptes et exila les Juifs en les menaçant d’une « servitude perpétuelle » aux dires de Suétone. L’empereur Claude, enfin, si l’on se fie à la thèse de Jérôme Carcopino, fit fermer la basilique souterraine de la Porte Majeure, à Rome, au motif que le culte pythagoricien représentait un danger religieux peut-être lié au fait que les stucs qui ornaient les plafonds et les murs de cette « église païenne » célébraient l’immortalité de la poétesse Sappho, un destin — l’apothéose — en principe réservé aux princes de l’Empire.

On le constate, bien avant les persécutions contre les païens, ni la liberté religieuse ni la tolérance à l’égard des cultes étrangers n’étaient, la plupart du temps, garanties à Rome. Bien avant ces persécutions l’étrangeté de certains cultes venus d’ailleurs suscitait incompréhension et moqueries. C’était le cas des divinités égyptiennes pourvues de têtes d’animaux ou encore des premiers chrétiens, caricaturés au IIe siècle, à Rome, comme adorateurs d’un dieu à tête d’âne, ainsi que le montre le célèbre graffito d’Alaxamenos, retrouvé sur le Palatin. À cette date la question du refus de la part des chrétiens de sacrifier en l’honneur de l’empereur ne se posait pas encore, seule l’étrangeté de ce culte nouveau dont on calomniait les croyances dérangeait.

Quant à la tolérance du paganisme impérial romain à l’égard du monothéisme chrétien, on sait bien ce qu’il en fut : si elle a été à de longues périodes la règle (en gros pendant les deux premiers siècles de l’Empire), elle s’est affaiblie en face de « l’entêtement » des chrétiens, pour parler comme Marc Aurèle dans ses Pensées pour lui-même et a tourné à la persécution lors de brefs et relativement limités épisodes paroxystiques, sous l’empereur Dioclétien, entre 303 et 311 notamment. Le paganisme institutionnel romain n’a pas pu indéfiniment tolérer une croyance religieuse qui niait le caractère sacré du principe impérial, celui de la personne même du prince.

Le paganisme, religion révélée

Les Romains, enfin, auraient-ils pu être tolérants par indifférence religieuse ? Il est, en effet, un aspect du polythéisme gréco-romain qui est particulièrement difficile à appréhender : c’est ce qu’on pourrait appeler, après Lucien Jerphagnon, le coefficient personnel de leur adhésion à la transcendance divine. On a généralement, à la suite de travaux des chercheurs américains notamment, suiveurs d’Alan Cameron, remis en question à la fin du siècle dernier « la croyance » des Anciens en leurs mythes : tout à leurs occupations commerciales, sociales et militaires, les Romains n’auraient réellement cru ni en leur mythologie ni en l’existence de leurs dieux, mais n’auraient eu qu’un goût d’antiquaires pour les textes de leur littérature ou même, au pire, fait semblant d’y croire. À vrai dire, on le sait, Cicéron déjà racontait qu’un prêtre païen, à Rome, ne pouvait en croiser un autre sur le forum sans échanger un sourire de connivence. C’est là, en réalité, largement caricaturer la complexité des mentalités anciennes et faire fi de ces poèmes funéraires gravés sur les tombeaux et qui donnaient ce conseil aux passants : « Croyez les mythes d’antan ! ».

Pour expliquer la tolérance des Romains, qui, on l’a compris, n’avait rien d’aussi solide qu’on le dit, on a souvent avancé que le paganisme n’était point une religion révélée et que les Anciens n’appuyaient leur croyance sur aucun livre sacré. Ils ne pouvaient donc nourrir aucune foi, tout juste respectaient-ils un formalisme ritualiste qu’on nomme parfois orthopraxie. C’est oublier que ce mot même de foi vient du latin fides. C’est négliger surtout toute une tradition intellectuelle et philosophique, celle de l’hermétisme et du néoplatonisme. Ces deux courants, sous l’Empire romain, du IIe au IVe siècles, ont nourri les grands esprits. Ils ont surtout inspiré toute une série d’ouvrages, la plupart en grec, qui forment comme la bible du paganisme. Ce sont des recueils « de sagesses révélées » selon la formule du grand savant chrétien André-Jean Festugière qui n’avait pas hésité à donner au magnifique livre qu’il leur consacra un titre révélateur, La Révélation d’Hermès Trismégiste. La dernière tentative de réhabilitation d’un paganisme d’État fut menée au IVe siècle par l’empereur Julien (361-363), auxquels les chrétiens revanchards donnèrent par la suite le cruel surnom de « l’Apostat ». Or Julien avait ressenti la nécessité, pour soutenir son entreprise politique et religieuse, de l’appuyer sur un catéchisme : il demanda à son ami le philosophe Saloustios, afin d’édifier la population, de rédiger un bref manuel du parfait païen. Nous avons la chance de posséder encore ce traité Des dieux et du monde qui résume ce qu’il faut savoir sur le sujet. Le paganisme était donc lui aussi une religion révélée, fondée sur des livres. Il était même la seule pensée à identifier absolument la culture livresque antique, des poèmes homériques aux traités néoplatoniciens de Plotin, Porphyre et Jamblique, en passant par Virgile, ce qu’on appelle la paideia, avec le trésor de l’enseignement des dieux.
 
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Afficher le nom des proscrits, c'est ainsi que mourut Cicéron en 43 av. J.-C.

Le télé-enseignement ? C’est très surfait, nous dit Platon

mercredi 13 novembre 2024

Laïcité — oui aux caricatures de Jésus, mais pas « du » prophète  ?

La région île de France lance un programme pédagogique sur l’humour, le droit de caricaturer et les valeurs de la République dans les lycées en partenariat avec Charlie Hebdo.

Valérie Pécresse, présidente du conseil régional d'Île-de-France, rassure tout de suite : on y apprendra qu'on peut se moquer des religions (mais attention pas « du » prophète).

 Caricaturer Jésus, c'est bien; caricaturer Mahomet c'est mal (haram devrait-on dire ?)

Pour le journaliste et essayiste Laurent Dandrieu, « Prétendre défendre la laïcité tout en appelant Mahomet "le prophète" : toute l'inconséquence et, disons le mot, la bêtise de la droite française résumée en une phrase. »

Déclaration de Mme Pécresse faite le 13 novembre 2024. Neuf ans auparavant, le 13 novembre 2015, une série d'attentats, revendiqués par l'organisation terroriste État islamique (Daech), étaient perpétrées dans la soirée à Paris et dans sa périphérie par trois commandos distincts. Le bilan officiel des victimes fait état de 130 morts et de 413 blessés hospitalisés, dont 99 en situation d'urgence absolue.

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mercredi 30 octobre 2024

Il faut cesser de parler « des religions » et oser parler de l’islam et de l’islamisme

Extraits d'un texte de Mathieu Bock-Côté paru dans le Journal de Montréal.


On parle beaucoup de «religion», des «religions» et du «religieux» au Québec en ce moment.

Le discours est à peu près le suivant: l’envahissement du religieux dans nos sociétés serait très inquiétant, et il faudrait aujourd’hui aller jusqu’au bout de son refoulement hors de la vie publique, notamment en cessant de financer les écoles «religieuses».

[...]

La sécularisation de nos sociétés semble achevée, elles sont plus que jamais indifférentes à leur religion historique, le christianisme, et préfèrent se lover dans des spiritualités contrefaites, comme le new age, lorsqu’elles ont le souci de l’au-delà.

Résumons le tout d’une formule: ce n’est pas la religion qui revient, c’est l’islam qui arrive. Il arrive dans notre société, et dans toutes les autres sociétés occidentales.

Je le dis tout de suite pour qu’on ne me comprenne pas mal: l’islam est une religion parfaitement honorable, et il est en droit de se sentir chez lui dans ce qu’on pourrait appeler sa zone historique ou naturelle. J’ajoute, sur une base bien personnelle, que je ne suis pas de ceux qui exècrent le phénomène religieux en lui-même.

La chose devient toutefois plus complexe quand l’islam s’implante massivement en Occident, dans la suite des grands courants migratoires de notre temps.

[...]

 Il cherche moins à s’adapter aux sociétés où il s’installe qu’il n’entend les forcer à s’adapter à lui.

Il arrive dans nos sociétés porté par une dynamique idéologique, culturelle, démographique, qui déstabilise profondément les sociétés occidentales.

On ajoutera, car ce n’est pas un détail, et parce qu’il nous faut penser sur la longue durée si on veut comprendre la dynamique des sociétés humaines, que l’islam est animé à certains égards par une forme de revanchisme historique.

[...]

L’islam a connu un grand réveil au XXe siècle, dans une forme assez radicale. La fondation des Frères musulmans, en 1928, qui porte explicitement le projet d’une conquête islamique de l’Europe, comme l’a remarquablement démontré Florence Bergeaud-Blackler dans son livre Le frérisme, paru en 2023, ou la révolution khomeyniste en Iran, en 1979, qui entendait ramener l’islam à sa définition fondamentaliste, autrement dit, qui le convertissait à l’islamisme, en témoignent.

Les Occidentaux, longtemps, ne sont pas parvenus à le comprendre puisqu’ils s’imaginaient le monde entier engagé dans une dynamique de sécularisation semblable à la leur. L’islam, de leur point de vue, était appelé à connaître le même mouvement que le christianisme – ses manifestations intégristes étaient ainsi perçues comme les derniers spasmes d’un traditionalisme religieux agonisant.

[...]

Cela dit, l’islamisme est indissociable de l’islam – il en représente la radicalisation pathologique. Et une société qui s’islamise progressivement verra inévitablement l’islamisme croitre chez elle. Elle lui fournira le terreau nécessaire à cela.

Surtout, comme je l’ai dit un peu plus haut, l’islam ne s’est implanté dans le monde occidental, où il n’avait jusqu’ici qu’une présence marginale, qu’avec l’immigration massive des dernières décennies.

Qui a sérieusement cru un jour qu’on pouvait permettre et même encourager l’immigration massive de millions de personnes porteuses de cultures et d’une civilisation profondément étrangères au monde occidental en pensant que tout cela pourrait se passer sans le moindre souci? La question du nombre demeure ici la plus fondamentale.

C’est une leçon élémentaire d’anthropologie: les cultures, et on devrait plutôt parler des peuples, qui cohabitent sur un territoire ne le font pas paisiblement et sont inévitablement appelées à connaitre des frictions, pour savoir laquelle se posera comme culture de référence. C’est pour cela qu’elles sont normalement portées chacune à se constituer en État et à réclamer des frontières, pour clairement marquer le pays où elles s’institutionnalisent comme normes.

L’histoire de la différenciation des cultures et des nations se confond avec celle de la multiplication des frontières et des États.

Car une culture n’est pas seulement une série de préférences personnelles, ce n’est pas qu’un folklore familial privé, n’ayant pas vocation à déborder dans la vie publique: elle structure les rapports sociaux fondamentaux, les rapports entre les sexes, la conception de la pudeur, du sacré, de la violence, de la propriété. Cette vérité est encore plus évidente quand on parle de civilisations.

On ne saurait par ailleurs assimiler la résistance des Occidentaux à l’islamisation de leur société et des mœurs de leurs pays respectifs à de l’islamophobie. Philippe d’Iribarne a démontré dans un ouvrage déterminant que l’accusation d’islamophobie n’avait aucun fondement à propos des sociétés occidentales. Il avait justement pour titre Islamophobie : intoxication idéologique. Il décortiquait ce concept de fine manière en montrant que les Occidentaux acceptent aisément la pratique personnelle d’une foi, mais ne s’enthousiasment guère lorsqu’une religion-civilisation cherche à redéfinir de manière unilatérale le fonctionnement de leur société.

On pourrait ajouter que ce concept cherche à mettre dans le même sac la critique de l’islam, celle de l’islamisme, ainsi que le simple constat de la très difficile intégration de l’islam en Occident.

La bêtise intellectuelle, conjuguée à l’inculture, et à une naïveté d’enfant d’école qui se prend pour de la bienveillance, pousse les sociétés à l’autodestruction. Seuls les théoriciens et idéologues du multiculturalisme ont pu croire un instant que le vivre-ensemble diversitaire, paisible et fructueux, était possible, et même probable.

Dans leur esprit, l’État devait devenir culturellement neutre, et s’ouvrir à la diversité des identités en traitant la culture du pays d’accueil comme une identité parmi d’autres, sans droits spécifiques. Le seul obstacle à cette grande conversion multiculturaliste se trouvait dans l’intolérance prêtée aux sociétés occidentales, refusant le pari diversitaire, en refusant justement de devenir chacune chez elle une culture optionnelle. Au Québec, de ce point de vue, le rapport Bouchard-Taylor, paru il y a un peu plus de quinze ans, fut d’une bêtise himalayesque.

C’était une logique à la fois aliénante et déracinante, contraire à un principe élémentaire, sans lequel aucune paix civile n’est possible: à Rome, on fait comme les Romains. Les peuples historiques occidentaux redoutent désormais, avec raison, de devenir étrangers et minoritaires dans leurs propres pays. Le sort de Londres, de Bruxelles, de Malmö, de la Seine-Saint-Denis, en France, et de tant d’autres territoires dans le monde occidental laisse présager un triste avenir.

Si le Maroc et l’Algérie devenaient des pays majoritairement catholiques, ils ne seraient plus marocains et algériens que de nom. Ils auraient alors perdu leur identité. Nul ne leur souhaitera cela. De même, il faut convenir qu’une société occidentale qui deviendrait majoritairement musulmane, même si elle ne devenait pas islamiste pour autant, ne serait plus elle-même, et est en droit de ne pas souhaiter le devenir.

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« Toutes les religions ne se valent pas »

« Un Dieu, trois religions »

Rémi Brague sur l'islam, la culture classique et l'Europe

Rémi Brague : « Dans les gènes de l'islam, l'intolérance »

Rémi Brague : Y a-t-il un islam des Lumières ?  

L’idée banale selon laquelle il suffirait d’oublier ce qui sépare ne mène à rien…

Le dialogue, au sens strict, entre les religions est impossible


 page 85 de Métamorphoses françaises de Jérôme Fourquet

dimanche 6 octobre 2024

Les religions font-elles plus de bien que de mal ?

Les religions sont-elles à l’origine des conflits ? Mènent-elles à la violence, ou bien pacifient-elles les rapports humains ? Font-elles plus de bien que de mal ?

Ce débat oppose Pierre Conesa, historien, ancien administrateur civil au ministère de la Défense, auteur de nombreux essais sur les fondamentalismes religieux, et Rémi Brague philosophe et historien de la philosophie, membre de l'Institut de France.


lundi 5 août 2024

Controverse olympique — quand Erdogan « murmure à l’oreille de François »

ROME – Quels que soient ses objectifs ou ses tactiques, le président turc Recep Tayyip Erdogan est sans aucun doute un redoutable acteur politique. Au cours de ses vingt années au pouvoir, il a mis au point une stratégie économique populiste connue sous le nom d'Erdonomique, a fait de l'islam modéré une force politique puissante et a positionné la Turquie comme une puissance régionale et mondiale, tout en conservant une base solide de soutien national.

Samedi, le dirigeant turc a ajouté un autre exploit à son CV, sans doute non moins impressionnant : obtenir du pape François qu'il fasse quelque chose qu'il ne voulait manifestement pas faire – dans ce cas, s'exprimer, enfin, sur la controverse autour de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris, huit jours auparavant.
 

Étant donné l’entêtement notoire du pontife argentin lorsqu’il se sent acculé, le fait qu’Erdoğan ait réussi là où d’autres avaient échoué, y compris des membres de la hiérarchie du pape, doit être considéré comme assez impressionnant.

Samedi soir à Rome, la salle de presse du Vatican a publié un communiqué en français dans lequel elle affirmait que le Saint-Siège était « attristé » par la cérémonie du 26 juillet et souhaitait se joindre aux « voix qui se sont élevées ces derniers jours pour déplorer l'offense faite à de nombreux chrétiens et croyants d'autres religions ».



 Le communiqué a minima du Saint-Siège:

Communiqué du Saint-Siège, 03.08.2024
 


Le Saint-Siège a été attristé par certaines scènes de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris et ne peut que se joindre aux voix qui se sont élevées ces derniers jours pour déplorer l’offense faite à de nombreux chrétiens et croyants d’autres religions.

Dans un événement prestigieux où le monde entier se réunit autour de valeurs communes ne devraient pas se trouver des allusions ridiculisant les convictions religieuses de nombreuses personnes.

La liberté d’expression, qui, évidemment, n’est pas remise en cause, trouve sa limite dans le respect des autres.


La référence était bien sûr à l’apparente parodie de la Cène, qui a provoqué une indignation mondiale.

Le communiqué du Vatican ajoute qu'un événement destiné à favoriser l'unité mondiale ne devrait pas ridiculiser les croyances religieuses et précise que même si la liberté d'expression n'est pas en cause, elle doit être mise en balance avec le respect des autres.

Dans les écoles de journalisme, on enseigne aux futurs journalistes que parmi les six éléments classiques d’un article de presse – qui, quoi, où, pourquoi, comment et quand – le « quand » est généralement le moins important. Il s’agit là de l’exception qui confirme la règle, car dans ce cas précis, le « quand » est en fait le cœur du problème.

Le communiqué du Vatican a été publié à 19h47, un samedi soir, une heure inhabituelle pour un communiqué sur autre chose qu'une situation d'urgence. Il est clair que cela n'était pas admissible, puisque la cérémonie en question avait eu lieu huit jours auparavant. Le Vatican a eu de nombreuses occasions de commenter de manière plus classique, notamment lors du discours de l'Angélus du pape lui-même la semaine précédente.

En fin de compte, c’est Erdogan qui semble avoir débloqué la situation.

Mardi dernier, le président turc a déclaré aux membres de son parti au pouvoir, l’AKP, qu’il appellerait le pape François « à la première occasion » pour l’exhorter à dénoncer la scène « dégoûtante » des Jeux olympiques. Jeudi, son bureau a publié un communiqué sur les réseaux sociaux indiquant que l’appel avait eu lieu, affirmant que François avait remercié Erdoğan pour sa « sensibilité contre la profanation des emn rs religieuses ».

Le Vatican se retrouva alors face à deux choix : soit ne rien dire, et laisser ainsi le dirigeant turc dans l'expectative, soit dire quelque chose, même à contrecœur. Finalement, le Vatican a choisi la deuxième option.

Avant samedi, le silence du pape sur la controverse de la Cène donnait presque l'impression qu'il cherchait à remporter une médaille olympique en se taisant. Sa réticence était particulièrement frappante étant donné le nombre d'évêques catholiques qui s'étaient exprimés, le pape brillait par son absence.

Pour ce qui est des raisons, plusieurs facteurs s’imposent.

Tout d’abord, ce n’est pas le seul cas où des critiques se sont plaintes de son silence présumé. Depuis des années, un flot de mécontentement circule autour de la réticence du pape à condamner publiquement la politique de la Chine en matière de droits de l’homme et de liberté religieuse. Plus récemment, des voix se sont élevées contre la retenue du pape lorsqu’il s’agit de condamner la Russie et Vladimir Poutine pour la guerre en Ukraine.

Dans les deux cas, les partisans du pape François affirment qu'il vise un objectif plus important : avec la Chine, il s'agit de relations diplomatiques complètes ainsi que de la protection de la petite minorité catholique du pays, tandis qu'avec la Russie, il s'agit de la possibilité de servir d'arbitre neutre dans une tentative de négociation de la paix.

Certains observateurs ont détecté ici un calcul similaire.

Le pape François n'a peut-être pas été enclin à engager un combat diplomatique avec la France en ce moment, ont-ils avancé, en partie à cause de la décision prise en mars dernier d'insérer un prétendu droit à l'avortement dans la constitution du pays. D'autant plus qu'une coalition de gauche est peut-être sur le point d'arriver au pouvoir, une coalition qui ne serait probablement pas encline à se montrer amicale envers l'Église. Peut-être le pontife a-t-il estimé que le moment était venu de prendre de la hauteur. [Ceci nous apparaît un calcul naïf si c'est ce que pensait le pape argentin : la gauche française (et cela comprend Macron) ne tiendra nul compte d'une objection timorée du Vatican de toute façon. Un silence papal sera considéré comme un soutien tacite ou un aveu de très grande faiblesse.]

Plus fondamentalement, les partisans du pape François affirment qu'il n'a pas voulu envenimer la situation et que, de toute façon, il a d'autres chats à fouetter. C'est ce qui ressort, par exemple, d'une analyse du site d'information italien Il Sussidiario, généralement favorable au pape, concernant l'appel d'Erdogan avec François.

« Le 'profil bas' du pape François vise à ne pas jeter davantage d'huile sur le feu, dans un conflit où la religion est loin d'être le véritable thème central », affirme l'article de Niccolò Magnani.

« La cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, plutôt ennuyeuse, parle de provocations, qui sont une fin en soi, de culture woke, etc. », écrit Magnani. « La liberté chrétienne et la distinction entre foi et politique sont très claires, et ce sont des thèmes à peine plus profonds et plus intéressants qu’une bataille médiatique pour savoir si vous êtes pour ou contre les travestis. »

Il ne faut pas non plus écarter la possibilité que François n'ait pas voulu être associé à certaines des personnalités qui menaient la charge.

En effet, toute chance pour le pape de s’exprimer de son propre chef a probablement été étouffée le 28 juillet, lorsque l’archevêque et ancien nonce italien Carlo Maria Viganò, récemment excommunié et bête noire de la papauté de François, a publié sa propre déclaration de deux pages insistant sur le fait que « la tolérance ne peut pas être l’alibi de la destruction systématique de la société chrétienne ».

À ce stade, François aurait sans doute été plus consterné à l’idée d’être publiquement d’accord avec Viganò que de laisser passer sans commentaire une attaque maladroite contre les sensibilités chrétiennes.

Il faut aussi noter que François était théoriquement en vacances en juillet, les audiences générales et la plupart des autres activités pontificales étant suspendues. De plus, beaucoup de gens s'attendaient à ce que le pape François ait quelque chose à dire, et depuis le début, ce pape se plaît à bouleverser les attentes.

Compte tenu de tout cela, comment Erdogan a-t-il pu convaincre le pape de rompre son silence – même indirectement, par le biais d’une déclaration non signée, et publiée à une heure apparemment conçue pour minimiser l’attention qu’elle susciterait ?

Premièrement, Erdogan a habilement intégré son appel sur les Jeux olympiques à une discussion sur la guerre à Gaza lors de son appel avec le pape, suggérant notamment que François organise des discussions avec les pays soutenant Israël dans le cadre d'efforts diplomatiques visant à éviter l'escalade.

Arriver à une paix en Terre sainte est un rôle que le pape et son équipe au Vatican souhaiteraient ardemment jouer, et si le prix à payer pour obtenir le soutien de l'un des dirigeants musulmans les plus influents du monde dans cet effort était de lui jeter un os sur la controverse olympique, ils ont peut-être estimé que c'était un prix qui valait la peine d'être payé.

En outre, le pape François tente de réorienter le Vatican, qui s'éloigne de son profil historique d'institution occidentale pour jouer un rôle plus global et non aligné, et l'un des éléments clés de ce programme est la sensibilisation du monde islamique. Face à la vague croissante d'indignation islamique suscitée par le tableau olympique, François a peut-être estimé qu'il était plus important de faire preuve de solidarité que de donner libre cours à ses propres penchants.

En tout état de cause, le fait demeure que pendant une semaine entière, les catholiques de tous bords - y compris, en privé, plusieurs évêques qui estimaient que le silence papal portait atteinte à leurs propres protestations et qui ont fait part de leur déception à Rome - ont été incapables d'obtenir une réponse du Vatican, alors que Erdogan, lui, y est parvenu.

Dans la politique turque, l'attribution de surnoms aux dirigeants fait partie du jeu depuis longtemps. Au fil des ans, Erdogan a été surnommé Reis, ce qui signifie "chef", Beyefendi, ce qui signifie soit " gentilhomme ", soit " camarade ", selon que vous l'entendez de manière admirative ou péjorative, et, bien sûr, Calife.

Il reste maintenant à voir si un autre surnom pourrait être ajouté à cette liste croissante : Erdogan en tant que " Celui qui murmure à l'oreille de François ".

Source : John L. Allen Jr. sur Crux Now via Belgicatho

samedi 19 août 2023

« Les contestations juridiques du programme [ECR] ont miné la confiance du public »

Georges Leroux est un des pères du programme contesté d’éthique et de culture religieuse (ECR) qui a été imposé (pardon « offert ») aux élèves du Québec en 2008, qu’ils soient inscrits dans des écoles publiques ou privées. Le tout censément afin d’imposer le respect de la « diversité » en forçant l’enseignement d’un programme unique gouvernemental à la place de la diversité de programmes préexistants : catholiques, protestants ou laïques. Ce professeur militant a été jusqu’à défendre ce programme « audacieux » plusieurs fois devant les tribunaux.

Il reconnaît dans les colonnes du Devoir que la stratégie des parents de contester ce programme en justice a porté ses fruits malgré les ressources importantes de l’État québécois pour imposer ECR.
Les multiples contestations juridiques du programme ont miné la confiance du public, selon lui. « Ça nous a fait perdre beaucoup de temps. Ça a donné l’impression que quelque chose n’allait pas dans cette maquette-là », dit-il.
Le même article du Devoir relate ces propos de Mireille Estivalèzes de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal :
La professeure est convaincue que ce programme faisait l’affaire de la majorité silencieuse. Elle reconnaît qu’il a été contesté de toutes parts — y compris jusqu’en Cour suprême —, pour les mauvaises raisons, selon elle. Les catholiques le trouvaient trop multireligieux, les religieux le trouvaient trop laïque, les athées le trouvaient trop religieux, les nationalistes identitaires y voyaient une promotion du multiculturalisme à la Trudeau…
Il s’agit apparemment d’une croyance qui relève de la foi, car Mme Estivalèze ne fournit aucune preuve alors que, d’une part, mécontenter les catholiques, les religieux, les athées et les nationalistes cela fait beaucoup de monde et, d’autre part, que plusieurs sondages ont montré que la majorité des parents — malgré la propagande gouvernementale et médiatique en faveur du programme ECR — n’appuyait pas l’imposition de ce programme contesté.

54 % contre l’imposition du programme ECR

En octobre 2008, un autre sondage Léger-Marketing indiquait que 72 % des Québécois étaient en accord avec cette proposition : « Seriez-vous d’accord pour que les parents aient le choix entre l’enseignement religieux confessionnel et le cours d’éthique et de culture religieuse ? » Enfin, en mai 2009, la même question à nouveau posée par Léger-Marketing recueillait désormais 76 % d’appui dans la population (voir les résultats du sondage). Ces deux sondages n’ont été publiés par aucun journal québécois alors que tous ont reçu un communiqué portant sur ceux-ci.

On a aussi l’impression que Mme Estivalèzes pense que les opposants ne pouvaient tous avoir raison en même temps (et donc que les critiques étaient infondées). Or, le même programme peut être trop relativiste, trop multiculturaliste, trop multireligieux et trop teinté de vague religiosité en même temps selon la perspective propre de chaque parent, car les parents ont diverses perspectives. Et c’est pourquoi ce carnet a toujours milité pour rendre ce programme optionnel ou l’éliminer.

Mme Estivalèzes affirme encore que « le programme d’ECR présentait les religions comme un sujet d’étude et n’avait rien à voir avec du prosélytisme ». Si elle prétend par là que le programme ECR ne présentait que des faits sur les religions, qu’il était neutre, froid et encyclopédique, elle est contredite par Georges Leroux qui le dit très clairement : « Dans l’univers très riche des programmes formulés selon des compétences, nous ne travaillons pas à partir de contenus prédéterminés : les jeunes ne recevront pas dans ce programme des connaissances encyclopédiques sur telle ou telle religion, ou doctrine morale ». L’important dans le programme ÉCR, ce sont les « compétences » et les « visées éducatives ».

Quelles sont ces visées éducatives ? Selon le rapport Proulx (p. 90) qui a servi de base théorique à l’imposition de ce programme, il s’agit de développer « l’ouverture et la tolérance ».  Dans le programme, l’accent était mis sur les « attitudes » et les « comportements » que les enfants doivent adopter à l’égard de la diversité religieuse, et non sur la transmission de connaissances, car ces connaissances ne faisaient même pas partie du programme comme tel, mais elles n’étaient qu’au strict service des compétences d’ouverture à la diversité.

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mardi 27 juin 2023

Un journaliste israélien se fait passer pour un prêtre - et se fait cracher dessus à Jérusalem

Le reportage réalisé dans la vieille ville de Jérusalem par la chaîne israélienne Canal 13 intervient dans un contexte de recrudescence des crimes de haine contre les chrétiens dans le pays.
 

Le journaliste de Canal 13, Yossi Eli, s’est déguisé en prêtre pour son reportage sur les violences contre les chrétiens à Jérusalem.


Un journaliste israélien a été la cible de moqueries et de crachats, y compris de la part d’un enfant et d’un soldat, alors qu’il passait une journée habillé en prêtre à Jérusalem pour enquêter sur la montée en flèche des crimes haineux contre les chrétiens dans la ville.

Vêtu d’une bure brun foncé, Yossi Eli, de Canal 13, a essuyé des crachats cinq minutes à peine après être parti avec un ecclésiastique franciscain, le père Alberto.

Un peu plus tard, un homme s’est moqué d’eux en hébreu en leur disant : « Pardonnez-moi, mon père, car j’ai péché ». Un enfant de 8 ans leur a ensuite craché dessus, de même qu’un soldat lors du passage d’un groupe de soldats.

Ce n’est pas la première fois que des soldats sont surpris en train d’insulter et offenser des chrétiens à Jérusalem. En novembre, des soldats de la brigade d’infanterie de Givati ont craché sur l’archevêque arménien lors d’une procession. Ils ont ensuite fait l’objet de mesures disciplinaires de la part de l’armée.

Le reportage de Canal 13 intervient alors que les attaques contre les chrétiens de Jérusalem — allant du vandalisme sur les tombes aux agressions physiques — se multiplient et que la police hésite à en traquer les auteurs.

Dans sa première interview à la télévision israélienne, le Custode de la Terre Sainte du Vatican, le père Francesco Patton, a critiqué les politiciens israéliens, affirmant que la vague d’attaques a commencé « lorsque le langage politique est devenu plus violent ».

Le père Patton a mentionné la profanation d’un cimetière luthérien, le vandalisme d’une salle de prière maronite et l’inscription « mort aux chrétiens » sur des propriétés arméniennes, le tout en l’espace de quelques semaines. Il a également souligné « la responsabilité des dirigeants, de ceux qui ont le pouvoir ».

Le Canal 13 a évoqué plusieurs incidents récents, notamment la profanation de 33 tombes dans le cimetière protestant du Mont Sion. Deux adolescents ont été inculpés.

Canal 13 s’est également entretenu avec le père Gurion, un ecclésiastique arménien, qui a été agressé par un groupe de Juifs dans la vieille ville, avant d’être arrêté par la police. Arrivé en Israël en 1996, le père Gurion a déclaré qu’il y a toujours eu des crimes de haine, mais que la situation s’est détériorée.

En l’absence de sanction, « ils estiment que tout est permis », ajoute-t-il, ajoutant que des personnes ont uriné sur des lieux saints et se sont même filmées en train de le faire.

Source : Haaretz
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