Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
mardi 13 mai 2025
États-Unis : Le libre choix de l'école pourrait désamorcer les guerres culturelles
mardi 7 janvier 2025
France — Obtenons le financement public du libre choix
Chers amis,
Plus le succès de ces valeureuses écoles est patent, plus les tracasseries administratives et les discriminations en tous genres s’abattent sur elles. Mais nous sommes sans cesse leur bouclier pour les défendre et amortir au maximum les coups qui les frappent, de sorte qu’elles continuent à se développer envers et contre tout. Citadelles de l’espérance, elles rendent le sourire à toujours plus d’enfants et leur transmettent notre précieux héritage européen : plus de 130 000 enfants bénéficient aujourd’hui d’une scolarisation dans l’une des 2 500 écoles libres et indépendantes de France !
Ces victoires, c’est grâce à votre mobilisation que nous avons pu les arracher, et je veux ici vous en remercier chaleureusement. Nous pouvons être fiers d’avoir tenu ensemble dans la tourmente, et d’avoir su développer ces écoles coûte que coûte. Mais nous pouvons faire plus. Nous pouvons faire en sorte que ce trésor qu’elles apportent bénéficie à bien plus d’enfants sur tout le territoire.
Nous seulement nous pouvons faire plus mais nous y avons même collectivement intérêt, parce qu’il ne suffit pas de former une élite morale et intellectuelle pour assurer l’avenir de notre pays. Bien sûr que c’est fondamental de forger des élites, pour tenir allumé le flambeau du génie européen. En quelque sorte, les écoles libres et indépendantes d’aujourd’hui jouent un rôle comparable à celui que jouèrent les monastères au Moyen-Âge, dans la sauvegarde et la transmission du patrimoine gréco-romain.
Mais il faut aussi apporter une solution accessible à tous les enfants, car la France ne demeurera la France que si notre culture et notre art de vivre sont inculqués à chacun de ses futurs citoyens. Et nous en sommes très loin.
Il n’est évidemment pas possible d’accueillir dans des écoles indépendantes tous les enfants qui sont dans l’école publique aujourd’hui. Et nous n’avons d’ailleurs pas les moyens de payer les frais de scolarité de 30, 50, 70 fois plus d’écoles qu’aujourd’hui, alors que l’État ponctionne des impôts toujours plus écrasants. En revanche, il est à notre portée de changer le mode de financement de notre système éducatif de sorte que l’argent public aille uniquement aux écoles plébiscitées par les parents. Il nous faut obtenir la mise en place d’un financement public des écoles publiques comme privées, qui dépendrait seulement du nombre d’enfants qui y ont été librement inscrits par leurs parents. C’est l’esprit du chèque éducation que l’on doit repenser pour l’adapter au contexte présent.
Nous n’y parviendrons pas en un seul jour, mais nous pouvons réussir, en conduisant une campagne résolue et bien organisée. D’autres États nous montrent la voie, à commencer par les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, l’Irlande, ou certains États des États-Unis bien sûr.
💣 La polémique sur l’éducation sexuelle montre l’urgence pour l’enseignement catholique sous contrat de retrouver le goût de défendre ses propres libertés.#EVARS @Eglisecatho pic.twitter.com/DxnpGWtZXE
— Anne Coffinier-Barry (@AnneCoffinier) December 4, 2024
L’introduction du financement public du libre choix de l’école fera faire de puissantes économies à l’État. Chaque enfant passant d’une école publique à une école privée fait économiser jusqu’à la moitié des dépenses publiques d’éducation. Dans le contexte budgétaire actuel, c’est vraiment un atout auxquels les hommes politiques ne peuvent qu’être sensibles. Notre pays n’a plus les moyens financiers de garder plus longtemps le système éducatif actuel qui est à la fois trop coûteux et pas assez performant. La méritocratie scolaire était le fondement du pacte républicain. Elle n’existe plus aujourd’hui, et tout le monde en convient. Il est urgent de permettre de nouveau aux élèves méritants d’origine modeste de s’élever socialement grâce à l’école. Et ce n’est pas simplement en renforçant l’autorité et la place des fondamentaux à l’école que l’on pourra relever notre école publique. Cela aurait pu suffire il y a… 40 ans, mais plus aujourd’hui, au regard de ce que sont devenus l’ensemble des acteurs éducatifs : les élèves bien sûr mais aussi leurs parents, les enseignants et, plus largement, tout l’écosystème éducatif. Nous ne pouvons plus faire l’économie d’une profonde restructuration de notre système d‘éducation français, et la voie de la réforme de son financement est la plus efficace pour y parvenir. Elle permettra aussi de redonner vie à la méritocratie en France.
Cette refonte du système éducatif par la réforme de son financement devra être préparée dans le détail et expliquée dans le cadre d’une campagne d’information et d’influence de longue haleine. Il y a urgence à lancer le chantier du libre choix de l’école sans plus tarder. Nous ne pourrons pas continuer bien longtemps à payer des impôts si lourds tout en payant ou soutenant par nos dons des écoles indépendantes de plus en plus nombreuses. C’est intenable.
Il nous faut investir aujourd'hui avec détermination pour que demain, ce soient les impôts qui financent les écoles que les familles auront librement choisies. Il est temps d’allouer l’argent public à des écoles qui fonctionnent et qui confortent le rôle éducatif des parents. Non plus à des écoles publiques en faillite qui pèsent sur les finances de l’État sans pour autant offrir une instruction de qualité.
C’est le moment d’être audacieux et déterminés en lançant une puissante campagne d’influence qui aboutisse à l’adoption d’une loi donnant enfin aux familles le libre choix de l’école. Le pire qui puisse arriver à une vieille nation comme la nôtre est de baisser les bras, par lassitude, devant les grands chantiers politiques qui s’imposent.
Ne nous résignons pas. Seules les batailles qui ne sont pas livrées sont perdues d’avance. Rendons le pouvoir aux familles et aux contribuables. Nous le devons à nos enfants comme à nos ancêtres. Aidez-nous à faire campagne pour obtenir le financement public du libre choix de l’école.
Nous comptons sur vous. Nous avons deux à trois ans pour construire et mener à bien cette campagne. Si nous gagnons, vous n’aurez plus tant à dépenser en frais de scolarité pour vos enfants tout en payant des impôts écrasants pour financer une école publique en faillite. Soutenez-nous maintenant et vous réaliserez demain de fortes économies tout en rendant à notre pays une école dont il puisse être fier.
Faites sans tarder un don à Créer son école.
NB-2 : Pour rappel, 66 % de votre don est déductible de votre impôt sur le revenu. Un don de 200 euros vous revient, après déduction, à 68 euros seulement.
Pour un don déductible au titre de l’IFI, vous pouvez soutenir la Fondation Kairos pour l’innovation éducative-Institut de France, que j’ai fondée pour conduire des actions complémentaires à celles de Créer son école, au bénéfice des enfants. En savoir plus : https://www.fondationkairoseducation.org/
mercredi 11 septembre 2024
Suède — Le système éducatif est décentralisé, le privé y est entièrement subventionné
« Dans une vitrine à l’entrée, parmi des trophées remportés par les élèves, trône le livre de Barbara Bergström Tough Love (non traduit, Ekerlids, 2018), décrit le reportage. Dans ce manifeste à la gloire de l’enseignement privé, la fondatrice de l’école, âgée de 77 ans, raconte comment, en trente ans, elle est parvenue à bâtir un empire, en devenant propriétaire de quarante-six établissements en Suède. Des écoles primaires et des collèges qui lui ont rapporté plus de 85 millions d’euros depuis 1993. »
L’année précédente, le gouvernement du conservateur Carl Bildt lançait un programme de réformes du système scolaire national qui accordait à chaque élève un « chèque éducation » permettant son inscription dans l’école de son choix (en fait du choix de ses parents). La somme distribuée annuellement par les 290 communes du royaume correspondait d’abord à 85 % des frais. Elle a vite gonflé pour les couvrir entièrement.
Le libre-choix 100 % subventionné, selon la logique de la socialisation des risques et de la privatisation des profits, a donc stimulé la création d’un réseau parallèle tentaculaire et la constitution d’empires scolaires cotés en Bourse. Seuls 1 % des jeunes Suédois fréquentaient une école privée avant la réforme. Ils totalisent maintenant 16 % des effectifs au primaire et 30 % au secondaire.
« Il faut une longue perspective historique pour comprendre cette transformation », dit au Devoir le professeur Håkan Forsberg, de l’Université d’Uppsala. Il explique que la Suède a développé un système d’éducation extrêmement centralisé et très inclusif en instaurant l’école obligatoire pour tous dès un très jeune âge et jusqu’à 15 ans, système qui propose des formations techniques et générales dans les mêmes établissements. Les problèmes économiques des années 1970 et 1980 ont sapé les fondations de l’État-providence et forcé les remises en cause.
« Les tensions et les discussions ont duré deux décennies, et ce sont les sociaux-démocrates qui ont avancé les premiers la possibilité d’une déréglementation et d’une décentralisation, ajoute le professeur. L’idée du bon a ensuite été imaginée pour permettre au privé de concurrencer et de stimuler le public tout en offrant le libre-choix subventionné aux parents. »
Stockholm-en-Québec
Lui-même ancien enseignant d’histoire et de suédois au secondaire, M. Forsberg est spécialisé en sociologie de l’éducation. Ses recherches quantitatives portent principalement sur le marché scolaire. Elles cherchent à expliquer comment les familles s’y comportent et les effets de la ségrégation socioéconomique engendrés ou accentués par la grande privatisation.
« En fait, on peut observer un mouvement semblable dans plusieurs pays du monde, fait remarquer le professeur. La Chine a aussi choisi de déréglementer son système pour permettre la concurrence entre différents types d’offres de services. » Il ajoute qu’en Suède, le mouvement de déréglementation et de privatisation a aussi touché le système de santé et ainsi permis la mise en place de cliniques privées et de tout un réseau d’hospices pour les personnes âgées.
Qu’en est-il au Québec, où nous aimons bien nous comparer aux pays scandinaves, souvent à notre désavantage ? La Révolution tranquille n’a pas osé s’attaquer aux écoles privées. Il s’en trouve maintenant environ 270, qui attirent quelque 125 000 élèves, dont 70 % sont au secondaire, 25 % au primaire et 5 % au préscolaire. Au total, un élève québécois du secondaire sur cinq (20 %) fréquente une école privée, surtout en milieu urbain.
Un système « à trois vitesses », qui comprend également le réseau public « ordinaire » et les écoles publiques à programmes enrichis qui viennent concurrencer le privé, s’est ainsi développé ici. La subvention accordée par Québec au réseau privatisé représente 60 % des frais alloués au public.
[...] les écoles privées du Québec sont des OBNL [sans but lucratif] qui ne peuvent générer de profits [alors qu'elles le peuvent en Suède], et il n’est plus possible d’obtenir ici un permis pour en ouvrir une nouvelle.
Lutte des classes
Les premières initiatives privées suédoises venaient parfois de coopératives d’enseignants sans but lucratif. Les entreprises commerciales ont vite pris le relais. « On se retrouve en situation de quasi-monopole sur le marché, dit le professeur Forsberg. La plupart des écoles privées appartiennent maintenant à quelques grands groupes. Il n’y a aucune limite à leur niveau de rentabilité. Les réseaux les plus importants sont maintenant milliardaires en couronnes suédoises. »
L’Internationella Engelska Skolan est du nombre. Le poids lourd AcadeMedia s’internationalise, lui qui compte pas moins de 100 000 élèves répartis dans ses écoles de la Suède, mais aussi de la Norvège, de l’Allemagne et, plus récemment, des Pays-Bas. Le groupe compte 700 écoles, y compris dans le secteur de l’éducation aux adultes. Il emploie plus de 18 500 personnes. Le holding AcadeMedia AB a réalisé un profit de plus de 35 millions de dollars canadiens au dernier trimestre, dont près de 23 millions distribués à ses actionnaires.
Toutes les compagnies scolaires ne s’en tirent pas aussi bien. En 2013, la faillite du groupe JB Education a laissé en rade 11 000 élèves et un millier d’enseignants. Le service national d’inspection a fermé 25 écoles au cours des cinq dernières années pour divers manquements, dont l’embauche d’enseignants non qualifiés.
Qualité variable du public selon la zone géographique
N’empêche que le développement des empires scolaires dans le pays réputé social-démocrate découle aussi du libre-choix donné aux parents suédois. Alors pourquoi certains favorisent-ils les écoles privées avec leur « chèque éducation » ?
Le professeur Forsberg a beaucoup étudié la situation à Stockholm, là où le réseau privé s’étend le plus, comme ici, dans la région métropolitaine. Il explique que sa société très égalitaire négocie avec une importante « ségrégation résidentielle » qui stimule le choix de certaines écoles au détriment de certaines autres. Comme au Québec, quoi, où des parents préfèrent se saigner pour inscrire leur progéniture au magnifique collège privé situé à quelques kilomètres de la maison plutôt que de l’envoyer dans la polyvalente-bunker déglinguée de leur quartier.
Le professeur envoie ses propres enfants dans le réseau public, mais il précise habiter un secteur privilégié de sa ville universitaire, où les écoles sont excellentes. Des programmes particuliers du réseau privé, offrant par exemple une éducation bilingue ou promettant de transformer les jeunes en futurs entrepreneurs du numérique, s’avèrent aussi attrayants pour certaines clientèles.
« Il reste qu’au niveau secondaire, les meilleures écoles sont encore celles du réseau public », conclut le professeur Forsberg. Un sondage diffusé en juin 2022 montre en plus que 60 % de la population suédoise est favorable à l’interdiction des profits en éducation.
« Pourtant, nous n’avons qu’un seul parti à gauche qui se déclare contre ce système privatisé, alors que le lobby des grands groupes scolaires fait beaucoup pression sur les autres partis. Chose certaine, la Suède se retrouve dans une situation dérégularisée extrême, assez unique au monde et inédite en Scandinavie. »
mercredi 21 février 2024
« Le monopole d’État sur l’éducation n’est pas dans l’esprit des Lumières »
Ancien professeur à l’ESCP et maître de conférences à HEC, Philippe Nemo est l’auteur de Pourquoi ont-ils tué Jules Ferry ? (Grasset) et du Chaos pédagogique (Albin Michel). Il revient ici sur la longue histoire des combats pour la libéralisation de l'école. Philippe Nemo, ci-dessus, a traduit et préfacé l’année dernière le livre important du philosophe Enzo Di Nuoscio, Pourquoi les humanités sauveront la démocratie (Éditions PUF).
— De quoi l’affaire Stanislas est-elle révélatrice ?
— La campagne menée contre Stanislas, visiblement concertée, est un déchaînement de haine contre le christianisme, la bourgeoisie, l’excellence, la liberté. Je suis assez âgé pour avoir été témoin de cent autres éruptions du même genre, qui sont retombées ensuite du fait de leur inconsistance. L’épisode ne m’inquiète donc pas. Mais il est une occasion de reposer le problème des structures de l’éducation en France. Nous savons, grâce à Mediapart, que l’Inspection générale chargée d’enquêter sur Stanislas a écrit qu’elle « ne confirme pas les faits d’homophobie, de sexisme et d’autoritarisme mis en avant par les articles de presse », tout en ajoutant que « la culture de l’établissement, “l’esprit Stan”, peut favoriser de telles dérives ». Voilà donc que l’État voit d’un mauvais œil, non des contraventions réelles à des règles juridiques, mais des intentions supputées. Il sonde les cœurs et les reins, comme jadis l’Inquisition. L’école Stanislas sent le fagot. on voit que, dans cette affaire, les plus « catholiques » ne sont pas ceux qu’on croit. En tout cas, cet exemple où l’État s’en prend directement à l’esprit (le mot est écrit) montre bien qu’il prétend exercer un pouvoir spirituel, être une Église.
— Qu’entendez-vous par « pouvoir spirituel » ?
— C’est la faculté de discerner le vrai du faux, le bien du mal, le beau du laid. L’État ne peut prétendre à aucun titre détenir un tel pouvoir, pressé qu’il est par des responsabilités pratiques urgentes, qui l’empêchent de cultiver pour lui-même ces idéaux de l’esprit. C’est là l’office de pouvoirs spirituels détachés, jadis l’Église, aujourd’hui encore en partie les Églises, mais aussi les scientifiques, les intellectuels, les artistes, la presse, les think tanks, en fait toute la société civile. Or en France, du fait du monopole qu’il exerce sur l’école, l’État détient ce pouvoir spirituel simultanément à son pouvoir temporel. Il prétend dire ce qu’il faut enseigner et comment l’enseigner. Par la voix des inspecteurs généraux, il énonce que ne pas vouloir enseigner la sexualité à Stanislas de la manière souhaitée par l’idéologie LGBTQ+ est « mal », que c’est une « dérive ». Qu’est fini le temps où on accusait les éducateurs d’attenter aux bonnes mœurs, qu’en notre temps il faut condamner ceux qui refusent d’y attenter. Cette confusion des pouvoirs spirituel et temporel est le propre des sociétés totalitaires. Au contraire, dans toutes les démocraties libérales, les deux pouvoirs sont séparés.
—Pourquoi en va-t-il autrement en France ?
— C’est un héritage de notre histoire récente. Le monopole de l’État sur l’éducation n’est nullement un « droit régalien » ancien. Il a été établi par Napoléon en 1806. Auparavant, l’éducation était faite ou contrôlée par l’Église. La Révolution a été partagée à ce sujet : seuls les Jacobins voulaient une éducation monopolistique d’État. Quand la Terreur prit fin, la Constitution de l’an III affirma la liberté d’enseignement, conforme aux idées des Lumières. Les hommes des Lumières avaient promu la liberté de resont cherche scientifique et l’esprit critique ; ils n’avaient certes pas combattu le dogmatisme de l’Église pour applaudir à la mise en place d’un nouveau dogmatisme d’État. Tout ce qui était libéral en France au XIXe siècle contesta donc le monopole napoléonien, qui fut aboli par trois lois, celle de Guizot (1833) libérant le primaire, la fameuse loi Falloux (1850) le secondaire, la loi Dupanloup-Laboulaye (1875) le supérieur (d’où la création des universités catholiques de Paris, Lille, Lyon, Angers, Toulouse). Mais, quand les républicains obtinrent le pouvoir complet en 1879, ils voulurent réutiliser et durcir le monopole napoléonien parce que c’était un outil bien commode pour terrasser l’Église. Cependant, Jules Ferry vit très bien qu’il y avait un grave danger à placer pouvoirs spirituel et temporel dans les mêmes mains. Il crut résoudre le problème en instituant des conseils, des commissions, des jurys « souverains » qui proposeraient des programmes et nommeraient les professeurs. Il crut ainsi pouvoir scinder le pouvoir d’État en deux pouvoirs, l’un gouvernemental, l’autre scientifique, chargés respectivement de l’intendance et des choses de l’esprit.
Donc, tout était pour le mieux ? Hélas non, car des forces partisanes s’emparèrent très vite de l’enseignement public. Elles étaient animées, depuis leurs origines, par un profond mouvement néomillénariste, très proche, dans sa structure, de la religion judéo-chrétienne qu’elles combattaient. Elles avaient donc un dogme. Peu de temps après, quand elles devinrent marxistes, leur philosophie de l’histoire les persuada qu’elles savaient très bien ce que le vrai et le faux, le bien et le mal et qu’elles n’avaient pas à attendre ces connaissances d’une pratique modeste, progressive, collective et critique de la science. Dès lors, le pluralisme disparut de l’Éducation nationale. L’État républicain, qui s’était attribué un monopole scolaire déjà contestable en lui-même, se laissa déposséder de ce monopole par lesdites forces partisanes. Et ce sont elles, non l’État démocratique, qui persécutent aujourd’hui les écoles privées sous contrat et hors contrat coupables de ne pas partager leur idéologie.
— Comment pourrait-on séparer à nouveau les pouvoirs spirituel et temporel dans l’éducation ?
En développant le pluralisme scolaire. Je crois qu’on peut poser les principes suivants. D’une part, l’école doit être libre, si l’on veut échapper à la tyrannie des nouveaux Torquemada. Mais, d’autre part, elle ne doit pas être abandonnée au pur marché, car il y a des motifs impérieux pour que l’éducation, qui profite à toute la société, soit financée et contrôlée en partie par la puissance publique. Or il existe un moyen bien simple de concilier ces deux exigences : c’est de découpler financement et prestation. On peut parfaitement avoir un financement collectif de l’éducation, ou du moins de l’éducation générale de base, et une prestation du service éducatif par une pluralité d’acteurs libres et concurrentiels. Cette formule peut se décliner de différentes façons. On peut financer les familles par des « bons » (vouchers) éducatifs apportés ensuite aux établissements qu’elles choisissent. On peut aussi, et cela est sans doute plus réaliste, financer des établissements qui, dès lors qu’ils satisfont à un certain cahier des charges, auront le droit de définir eux-mêmes leur pédagogie et leurs programmes, c’est-à-dire leur « esprit ». C’est ce qui se fait déjà en partie en France, bien imparfaitement, avec les contrats d’association : l’État finance des établissements privés tout en reconnaissant leur « caractère propre ». Ce principe peut et doit être généralisé.
Source : Le Figaro Magazine
Le Figaro Magazine
jeudi 24 août 2023
Liberté scolaire dans l’Iowa : 18 600 comptes d’épargne éducation pour les enfants
C’est la première année du programme, qui n’a pas de plafond budgétaire et chaque demandeur approuvé reçoit un financement. L’État prévoyait d’approuver 14 000 demandes, mais les résultats ont largement dépassé cette estimation. La gouverneure républicaine Kim Reynolds a passé trois ans à défendre cette politique pour étendre le choix scolaire quel que soit le revenu. “La réponse considérable des familles de l’Iowa démontre qu’il existe à la fois un besoin et un fort désir de choix scolaire dans notre État”, a déclaré Reynolds en juillet après la clôture des candidatures. “Permettre aux parents de choisir l’éducation qui convient le mieux à leurs enfants égalise les chances et crée des chances égales pour les étudiants de l’Iowa”. Seuls les républicains ont soutenu cette législation en janvier. Un membre du parti démocrate, qui a qualifié les ESAs de “chèques-éducation”, a soutenu que donner aux parents la possibilité de choisir où utiliser l’argent de leurs impôts sur l’éducation “risquait de fermer les écoles publiques”. Cependant, lors de la cérémonie de signature, Reynolds a précisé que, malgré les accusations de ses détracteurs, elle soutenait fermement les écoles publiques de l’État. “Les écoles publiques sont le socle de notre système éducatif et, pour la plupart des familles, elles continueront d’être l’option de choix”, a-t-elle déclaré. “Mais elles ne sont pas la seule alternative. Et pour certaines familles, un chemin différent peut être meilleur pour leurs enfants”. Environ 33 700 étudiants de l’Iowa fréquentent des écoles privées, tandis que 486 500 fréquentent des écoles publiques. La loi de l’Iowa fait suite à d’autres États, comme la Floride et l’Arizona, qui ont approuvé des comptes d’épargne éducation face à une demande croissante de choix scolaires. De nombreux États, dont l’Utah, le Tennessee, l’Arkansas, le Nebraska et l’Alabama, ont mis en place d’autres formes de législation pour promouvoir le choix scolaire.
jeudi 16 août 2018
Portrait — James Tooley, l’aventurier de l’école perdue
Béotien gavé de léninisme, le jeune Anglais, qui obtint une licence en logique et en mathématiques, puis une maîtrise du Service de recherche sur la politique scientifique de l’Université du Sussex. Il postula alors pour aller enseigner dans un pays communiste. Ses parents rêvaient qu’il devienne professeur de mathématiques. Il l’est devenu, mais il enseignera… au Zimbabwe !
Nous sommes en 1983. Mugabé est au pouvoir depuis 1980. D’abord Premier ministre, il devint président en 1987 et le demeura jusqu’en 2017. N’écoutant que sa foi, James Tooley, qui avouera avoir également suivi une fille, y voit l’eldorado du socialisme en action. Il va vite déchanter.
Tooley découvre, ébahi, le prêt-à-penser d’un catéchisme liberticide qui assassine l’esprit critique, le recul des libertés individuelles, l’assignation à résidence de l’État de droit, les arrestations sans preuve, la confiscation des terres et les conséquences tragiques du mariage sanguinaire de l’interventionnisme extrême et de la tentation dictatoriale. Chômage explosif, hyperinflation, corruption et famine achèveront de le déniaiser.
Ce partisan du régime de Mugabé prend alors le communisme en horreur. Un livre, paru en 1986, contribue à ce revirement : South Africa, the Solution de Leon Louw, lui-même un ancien marxiste sud-africain. Le livre fut un succès de librairie en Afrique du Sud. Il le lit en cachette puis participe à deux groupes universitaires de lecture critique du Capital de Karl Marx.
Louw est une figure importante du libéralisme sud-africain. L’ANC au pouvoir depuis 24 ans ne l’a pas écouté, c’est le moins qu’on puisse dire, alors que l’Afrique du Sud devient politiquement et démographiquement de moins en moins arc-en-ciel.
En mars 1981, Louw déclara au sujet de la discrimination dite positive qui sera pourtant mise en place dans l’Afrique du Sud de l’ANC :
« L’aspect le plus offensant dans la discrimination positive est la façon dont elle humilie les Noirs. Elle sous-entend qu’ils sont inférieurs, qu’ils ne sont pas assez bons pour s’en sortir même si la loi les traite strictement comme les égaux des Blancs. C’est la forme la plus sournoise et la plus arrogante de paternalisme pseudo-libéral blanc. »
En 1987, lors d’une conférence de l’Institut des alternatives démocratiques en Afrique du Sud (IDASA) à Port Elizabeth, Louw déclara que la lutte contre l’apartheid visait à gagner la liberté et non le pouvoir pour les Sud-Africains noirs et que les Blancs craignaient qu’un gouvernement noir ne soit coercitif. [Ce qu’il devient de plus en plus, il a ainsi annoncé la spoliation des propriétaires fonciers blancs] Il a soutenu que la démocratie et la liberté économique étaient des concepts interdépendants qui ne peuvent pas exister l’un sans l’autre. La même année, lors d’un symposium en l’honneur de Martin Luther King Jr à Atlanta, en Géorgie, Louw déclara qu’une solution pacifique au conflit racial de l’Afrique du Sud de l’apartheid consisterait à accorder aux Noirs les libertés dont les Blancs avaient jusque-là bénéficié. Les Blancs, en revanche, exigeraient que soient garanties leurs libertés contre un gouvernement noir potentiellement vindicatif. [Comme si une constitution ne se changeait ou ne s’ignorait pas...] Avant tout, la solution politique devrait inclure « l’abolition de l’apartheid, la pleine égalité devant la loi et la citoyenneté pour tous »
De retour à Londres, il se lance dans un doctorat en sciences de l’éducation à l’Institute of Education. Margaret Thatcher, au pouvoir depuis presque dix ans, engage une grande réforme de l’éducation nationale. Tooley découvre au même moment un ouvrage qui va bouleverser sa vie : “Education and the State”, d’Edwin G. West.
James Tooley avait initialement décidé de lire ces travaux pour les réfuter. Comme chacun ou presque, il considérait que le gouvernement intervenait de façon légitime dans l’éducation et que l’école universelle, obligatoire et gratuite était la panacée. West plaidait l’inverse en démontrant par exemple que, bien avant deux lois de 1870 – l’Elementary Education Act, qui a rendu l’école obligatoire, et le Forster Act, qui a créé les premières écoles financées par l’impôt –, 87 % des enfants britanniques savaient lire et 53 % savaient écrire. Et ce, grâce aux bons soins de l’Église paroissiale et d’établissements philanthropiques, mais surtout des Dame schools, un terme péjoratif qui décrivait des écoles privées à bas coût tenues à leur domicile par des femmes.
Tooley y consacra sa thèse et s’interrogea sur l’état de l’enseignement dans le monde. La Société financière internationale lui offrit de parcourir le monde, mais la démarche lui parut rapidement biaisée. Les prestigieux établissements visités au Pérou, au Brésil, en Côte d’Ivoire, en Inde ou en Afrique du Sud sont réservés à l’élite. Il se sentit à distance de ceux qui ont à ses yeux le plus besoin d’émancipation. Il décida de se rendre dans les bidonvilles.
Ce fut en l’an 2000 que James Tooley fera sa grande découverte. Déambulant dans les méandres de la banlieue de Hyderabad, en Inde, notre archéologue de l’agir humain chercha à comprendre ce qu’y faisaient les enfants. Il découvrit une multitude d’écoles privées à bas coût. Dans l’enchevêtrement de tôles, d’activités manuelles et de pétarades de Mobylettes, Tooley parla aux élèves, à leurs parents, aux professeurs qu’il croisa, c’est selon, en cercle dans la rue, au fond d’un hangar ou dans des salles plus ou moins bien éclairées. Il fut saisi par leur énergie, leur désir d’apprendre. Partout, il fut accueilli avec la douceur et l’empathie de ceux qui agissent pour le bien commun sans chercher ni lumière ni reconnaissance. Ici, aux marges de la capitale du Telangana, comme ailleurs, la transmission du savoir suffit à nourrir l’existence de ceux qui ont entrepris de s’y consacrer. Et cela se voyait.
Ces écoles ne sont pas des centres de formation financés par des instances nationales ou internationales. Elles sont le fruit d’initiatives privées — et bien souvent rentables ! — payées quelques dollars par mois par les parents.
Enthousiasmé par ce chapelet interminable de classes de rue, Tooley se rendit, de 2003 à 2005, au Ghana, au Nigeria, au Kenya, en Sierra Leone et en Chine. Chaque fois, il se plongea dans les zones les plus fragilisées et reculées. Chaque fois, son intuition fut confortée : le scénario indien n’était pas un phénomène isolé. Où qu’il allât, la même mécanique humaine était à l’œuvre. Les travaux de Tooley levèrent alors le voile sur un pan considérable de l’action spontanée des hommes. Il devint à l’éducation informelle des plus pauvres ce que son collègue péruvien Hernando de Soto Polar est à l’économie des bidonvilles. Fort de nombreuses missions sur le terrain, le Britannique démontra que, dans les zones urbaines et périurbaines des pays étudiés, la majorité des enfants allant à l’école sont scolarisés dans des écoles privées. Pour la plupart d’entre eux, on les pensait errant ou travaillant dans les rues, sans autre bagage que l’école de la vie. Avant Tooley, seules les statistiques des écoles publiques faisaient foi, comme si le reste n’existait pas. Pourtant, le phénomène est massif. Dans les bidonvilles de Hyderabad comme dans le district Ga, au Ghana, 65 % des enfants scolarisés se rendent tous les jours dans des écoles privées. À Monrovia, au Liberia, 71 % des enfants de 5 à 14 ans sont scolarisés dans des écoles privées, 8 % dans des écoles publiques et 21 % sont déscolarisés. Ils sont 75 % à aller à l’école à bas coût dans trois des zones les plus pauvres de l’État du Lagos, au Nigeria.
Recensant méticuleusement les témoignages et reconstituant le parcours des anciens élèves, Tooley découvrit que ces populations avaient souvent été déçues, quand elles l’avaient connue, par l’éducation publique : absentéisme des professeurs, classes surchargées, manque de suivi et dépenses misant davantage sur les bâtiments que sur le projet pédagogique.
Dès lors, même s’il faut payer quelques dollars, même si les locaux sont parfois vétustes, de nombreux parents préfèrent mettre leurs enfants dans l’école privée du coin. Là, ils peuvent contrôler ce qui s’y passe en retour de ce qu’ils consentent à sacrifier pour assurer un avenir à leurs enfants. Tooley se souvient ainsi d’une mère en burqa lui disant : « Dans les écoles publiques, nos enfants sont abandonnés. »
Parce que la qualité de l’enseignement privé était le premier argument avancé par les parents, Tooley entreprit de la mesurer. Ces écoles sorties de nulle part n’ont, par nature, ni charte, ni programmes unifiés, ni consignes gouvernementales ou internationales. Le pédagogisme y est, par nature, inconnu. On y enseigne sans doute comme on apprenait chez nous avant que l’éducation devienne « nationale ». En 2005, à Kibera, le plus grand bidonville d’Afrique, au Kenya, où Tooley dénombra 76 écoles privées enseignant à 12 000 enfants, pour 8 000 élèves se rendant dans l’une des 5 écoles publiques et gratuites créées par les fonds internationaux, il testa et compara le niveau en anglais, en mathématiques et en souahéli. Sur un échantillon de 3 000 enfants, la moitié provenant du public, l’autre du privé, et de questionnaires précis, les résultats étaient plus de 20 % meilleurs en mathématiques et en souahéli dans les écoles spontanées.
Comble absolu, ces écoles privées ont un coût de fonctionnement considérablement plus faible que les écoles subventionnées. Cela n’empêche en rien la solidarité privée, car la plupart de ces écoles sont gratuites pour certains enfants, notamment les orphelins. Pour autant, l’argent n’y est pas tabou. Au contraire, le fait, pour les parents, de verser une part importante de leurs revenus accroît leur degré d’investissement dans la réussite des élèves.
Quand on l’interroge sur les leçons à tirer de ses années de recherche, Tooley développe plusieurs axes. Le premier n’est pas tendre avec l’aide publique au développement, qu’il trouve aveugle et sourde aux réalités du terrain. Plutôt que de créer des écoles ab initio, comme s’il n’y avait rien sur place, ne peut-on faire le pari de l’existant et contribuer à aider ce qui a fait ses preuves ? S’il imagine un système de bons, ce n’est que pour les distribuer aux plus pauvres des plus pauvres et leur permettre d’inscrire leurs enfants dans l’école privée de leur choix. Sinon, insiste-t-il, il faut surtout laisser les parents payer, car c’est cela qui maintient la dynamique de qualité.
Il invite également nos dirigeants à prendre conscience de leur myopie pour qu’ils cessent de tirer des conclusions hâtives quant à ces zones si éloignées de leur regard. De même que Thomas Piketty décline, avec l’apparence de la scientificité, ses théories contre les inégalités sur le fondement de statistiques et de projections occidentocentrées ignorant tout de l’immense « capital mort » que constitue l’économie informelle des bidonvilles, raisonner sur l’avenir de l’alphabétisation dans le monde nécessite de mesurer pleinement le pourcentage d’enfants non scolarisés. Or celui-ci, par exemple, tombe de 50 à 26 % dans l’État du Lagos, si l’on inclut les écoles non déclarées.
Parce que « tout ce qui dégrade la culture raccourcit le chemin qui mène à la servitude », comme l’écrivait Camus, trouver une école pour son enfant, c’est lui offrir un chemin d’émancipation, une route de liberté. Cela ne nous prive évidemment pas de vigilance quand l’école se mue soudainement en entreprise d’endoctrinement. Mais ce qui tracasse le plus James Tooley, c’est la fièvre interventionniste frappant ce monde. Certaines écoles privées sont menacées. Des dirigeants politiques cherchent à les anéantir par souci d’uniformisation. Ainsi, dans l’État du Penjab, en Inde, 3 000 d’entre elles ont été fermées. Il faut mettre fin à ce massacre, prévient le professeur. En Occident, enfin, Tooley imagine non la privatisation totale de l’éducation, mais une libération réglementaire et fiscale des écoles privées à bas coût afin de venir en aide aux plus démunis. Il perçoit aussi pleinement l’apport de la numérisation pour permettre à chacun, où qu’il soit, d’apprendre et de grandir en confiance.
Le véritable enseignement de l’œuvre de Tooley pourrait bien aller au-delà de son secteur d’expérience : en démontrant l’existence de cet ordre spontané identifié par les scolastiques espagnols au XVIe siècle puis redécouvert par Friedrich Hayek, il nous invite à interroger la manière dont est pensée l’action publique, fût-elle tendue vers des objectifs louables. Le fait qu’une activité soit portée par un acteur public et même qu’elle soit en apparence gratuite ne garantit pas qu’elle soit la meilleure. Il faut donc s’assurer que le constructivisme n’intervient qu’en dernier ressort, quand on a établi que l’action humaine n’est pas déjà en train de répondre à l’impératif que l’on se fixe.
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« Les écoles privées, c’est pour les riches »
mercredi 23 mai 2018
Impact sur l’égalité des chances des modalités de financement du choix de l’école en Suède
Cela dit, « l’école libre n’est pas tellement libre puisqu’elle doit suivre le même plan d’étude centré sur l’égalité que les écoles publiques, et elle doit recruter des professeurs formés par l’État, une formation très critiquée depuis des décennies pour être orientée vers les buts sociaux et non pas vers l’apprentissage ».
Écouter l’intervention d’Inger Enkvist (11 minutes)
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lundi 12 mars 2018
Floride — Les élèves intimidés pourront fréquenter gratuitement une école privée
Le gouverneur républicain a approuvé le projet de loi HB 7055 qui était une des priorités du président de la Chambre, le républicain Richard Corcoran et le président du Sénat, Joe Negron. L’approbation de ce projet de loi s’est produite quelques heures avant la fin de la session législative de 2018.
Le député Corcoran l’a appelé un « grand jour pour l’éducation en Floride. »
Les bourses « Hope » proposées par Corcoran seraient financées par des automobilistes jusqu’à concurrence de 40 millions de dollars par année.
Les élèves intimidés de la maternelle à la 12e année seraient admissibles à ce programme. Programme que les démocrates et le plus important syndicat d’enseignants de l’État, la Florida Education Association, ont ridiculisé en la traitant d’autre expansion au programme de chèque scolaire pour l’école privée.
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Les Québécois veulent des bons d’étude
Effet d'écrémage lié à la liberté scolaire : faible ou déjà présent
Québec — Les intérêts du ministère et des syndicats au centre du système scolaire ?
mardi 7 novembre 2017
QS et le PQ s'uniraient contre la « ségrégation scolaire »
Selon un rapport du Conseil supérieur de l’enseignement au Québec, 41 % des élèves du secondaire fréquentent l’école privée (21 %) ou un programme particulier (20 %) qui sélectionne les élèves les plus performants du secteur public.
Le porte-parole du Mouvement l’école ensemble souhaite profiter de la prochaine campagne électorale, qui aura lieu dans quelque 18 mois, pour forcer les candidats à la députation à s’engager sur ce dossier.
Le collectif de parents, dont les médias comme Radio-Canada relaient les demandes avec bienveillance, estime que le système scolaire québécois serait le plus inéquitable de tous au Canada et propose trois mesures afin de « remettre l’école publique sur les rails » :
- L’abolition immédiate du financement gouvernemental de l’école privée ;
- La fin de la sélection des élèves qui fréquentent l’école publique ;
- La consolidation de l’aide aux élèves en difficultés en ajoutant une offre d’enseignement enrichi pour les élèves les plus performants.
L'intérêt des parents et des élèves au centre des préoccupations ?
La priorité de ce mouvement de parents ne semble à nos yeux pas être d’améliorer l’instruction des élèves, de limiter les coûts de l’enseignement pour une qualité améliorée, mais de sauver « l’école publique » en privant les parents de choix et de s'assurer que plus d'écoles soient gérées par le gouvernement.
Ni ce mouvement L'École ensemble, ni aucun parti politique d’ailleurs, ne semble vouloir promouvoir le chèque-éducation qui permettrait aux enfants doués issus de familles pauvres de fréquenter l’école de leur choix, y compris privée. Pour ce carnet, cela semble la meilleure manière d’assurer l’accès à une éducation exigeante aux enfants méritants dont les parents n’ont pas les moyens financiers de les inscrire dans une école de leur choix.
Aucun parti ne semble non plus se demander pourquoi l’État provincial devrait gérer des écoles plutôt que de simplement garantir l’égalité des moyens — afin permettre à tous de choisir une école correspondant à leurs besoins et leurs mérites scolaires — ainsi que de s’assurer de la qualité des écoles par des inspections et la mise en place d’examens.
Dans l’ensemble du réseau privé, le taux global d’élèves handicapés ou élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) a presque doublé en 5 ans pour atteindre 13 % l’an dernier, comparativement à 22 % dans le réseau public. Le secteur privé fait donc sa part. D’ailleurs, près du quart des élèves considérés comme EHDAA dans le secteur privé fréquentent un établissement d’enseignement privé spécialisé en adaptation scolaire. Car école privée ne signifie pas nécessairement école réservée aux élèves brillants, mais choix de l’école. Bien que, rappelons-le, ce choix soit limité au Québec car le programme scolaire est imposé à toutes les écoles et que celles-ci ne peuvent recruter librement leurs enseignants, même dans les écoles dites privées, même celles non subventionnées (il en existe). Les écoles hors contrat en France, notamment, sont nettement plus libres sur ces deux questions.
Un préjugé est sous-jacent à l’argumentation du « Mouvement l’école ensemble » : de mauvais élèves, turbulents ou peu studieux, s’en tireraient mieux dans des classes ou des écoles ne subissant aucune ségrégation scolaire. Tellement mieux que cela primerait sur le retard que les meilleurs élèves pourraient souffrir de cette mixité obligatoire. Mais est-ce si sûr ? Ne vaut-il pas mieux des écoles ou des classes adaptées à ces élèves ? (Voir ci-dessous, un billet sur les effets très limités de l’écrémage vers l’école privée.)
Enfin, qu’y a-t-il de foncièrement mal à départager les enfants ? Quel parent ne désire pas éviter à ses enfants une mauvaise influence, la fréquentation de camarades peu studieux, turbulents, voire violents ?
Les réserves du PQ, l’ouverture de QS
Bien qu’il appuie la recherche de la mixité sociale au sein de l’école québécoise, le PQ diverge toutefois d’opinion sur les moyens d’y parvenir. Le porte-parole du PQ en matière d’Éducation, Alexandre Cloutier, a rappelé que son parti veut revoir le financement du système scolaire — tant privé que public — sans pour autant cesser le financement public de l’école privée.
« Il y a des écoles publiques plus coûteuses que l’école privée. Il y a des projets spécifiques qui sont encore moins accessibles dans les écoles publiques que dans les écoles privées. »
« Nous sommes d’avis qu’il faut revoir l’ensemble de l’œuvre, l’ensemble du financement, qu’il doit y avoir un débat de société sur le vivre ensemble et la ségrégation scolaire, souligne M. Cloutier. On pense qu’il y a plusieurs approches possibles et on partage la volonté de s’attaquer à ce vrai problème. »
De son côté, le porte-parole de QS en matière d’Éducation, Gabriel Nadeau-Dubois convient que les solutions avancées par le collectif sont contenues dans le programme de son parti, mais il se dit ouvert à la discussion notamment sur le financement public de l’école privée.
Tout en convenant que « ségrégation » était un « mot fort » qui pouvait choquer certaines personnes, le député Nadeau-Dubois estime qu’il est nécessaire d’y avoir recours pour « sonner l’alarme et pour souligner une situation qui ne peut plus durer ».
Rappelons que l’écrémage et la ségrégation existent déjà au sein même du réseau public par simple répartition spatiale des différentes classes socio-économiques. Le bassin d’élèves des écoles publiques de quartiers aisés est donc très différent de celui de quartiers pauvres. Que préconise le « Mouvement l’école ensemble » pour éviter cela ? Le busing, la mixité scolaire obligatoire au-delà des bassins géographiques scolaires traditionnels ?
Quant au manque de financement dont serait affecté l’école publique selon d’aucuns, rappelons que chaque enfant inscrit à l’école privée, permet à l’école publique de disposer de 4500 $ de plus par élève inscrit au privé (puisque cet enfant coûterait plus cher au Trésor public s’il était inscrit à l’école publique, voir lien ci-dessous) et que les dépenses du Monopole de l’Éducation québécois augmentent bien plus vite que l’inflation ou le nombre d’élèves.
« Ségrégation scolaire » : harcèlement scolaire des bons élèves
Effet d’écrémage lié à la liberté scolaire : faible ou déjà présent
L’IRIS et la ségrégation scolaire...
Québec — Moins d’élèves, mais dépenses en forte hausse
Très forte augmentation des élèves allophones à Montréal (coûts supplémentaires en francisation et remédiation)
L’éducation aux États-Unis (le choix pour améliorer les résultats et baisser les dépenses)
Coûts des CPE [garderies] : multipliés par 11 pour atteindre à 2,4 milliards $, efficacité en question
Nombre d’élèves en difficulté a près de doubler en 10 ans, coût : 2,3 milliards par an
L’école privée ferait épargner 4452 $ par élève au Trésor public québécois
Échelle des traitements des instituteurs du Québec (2015)
L’école privée profite à tous les élèves québécois
Éducation : les variables non significatives (notamment les dépenses par élève) et la variable pertinente (la qualité)
Syndicats satisfaits : taux du nombre d’élèves par enseignant en baisse constante au moins jusqu’en 2015 (des classes de plus en plus petites, des résultats qui diminuent dans les épreuves internationales)
« Les écoles privées, c’est pour les riches »
Dépenser plus en éducation, est-ce la solution ?
mardi 7 février 2017
Betsy Devos confirmée ministre de l'Éducation de Donald Trump
La milliardaire républicaine Betsy Devos, confirmée mardi à la tête de l’Éducation fédérale lors d’un vote très serré au Sénat, a consacré sa récente carrière à la cause de la privatisation de l’éducation et à la promotion de bourses d’études aux enfants des quartiers pauvres, bourses d'études aussi connues sous le nom de chèques-éducation ou de bons scolaires.
Sa nomination par Donald Trump a suscité tant de rejet de la part du monde syndical qu’il a fallu que le vice-président des États-Unis, Mike Pence, se déplace au Capitole pour voter en personne, comme la Constitution le lui permet en cas d’égalité, ce qui était le cas avec 50 voix pour et 50 voix contre. Deux des 52 républicains se sont joints aux 48 démocrates pour tenter de recaler Mme Devos.
« Le vote d’aujourd’hui aidera chaque enfant à avoir une chance d’obtenir la meilleure éducation possible », a déclaré Mike Pence.
Les partisans de Betsy Devos soutiennent que l’arrivée de cette étrangère au cénacle éducatif représente la meilleure chance de réforme d’un système éducatif déficient, en retard sur d’autres pays développés.
« Les sénateurs [démocrates] protestent pour conserver le statu quo », a écrit Donald Trump sur Twitter. « Betsy DeVos est une réformiste, elle fera une grande ministre de l’Éducation pour nos enfants ! »
Certains opposants à cette nomination semblent avoir perdu tout sens des proportions à l’annonce de cette confirmation. Le critique Richard Lawson de Vanity Fair prévoyait la mort d’enfants à cause de cette nomination dans une série de gazouillis enfiévrés. Il n’hésita pas à envoyer un message où il affirmait : « Les bons scolaires vont mener à plus de suicides. Les politiques de Betsy DeVos tuent des enfants. Ce n’est pas du tout une exagération. » (voir ci-dessous).
Bill Maher, sarcastique, ricana lors de son émission Real Time que « Betsy Devos est la pire personne à se trouver près de livres scolaires depuis Lee Harvey Oswald ». [Lee Harvey Oswald a tiré sur J. F. Kennedy depuis un entrepôt de livres scolaires à Dallas.] La Nouvelle République a exhorté ses lecteurs à « ne pas normaliser Betsy Devos. Ses opinions sont tout simplement trop dangereuses. »
La critique s’est vite répandue outre-Atlantique. Le journaliste Louis Colart du Soir de Bruxelles (sans doute sous perfusion de la presse progressiste américaine) a rapidement déclaré que cette nomination était « le symbole du naufrage annoncé de l’administration Trump ». Rien de moins.
Selon Ricochet, la vicieuse opposition des démocrates et des syndicats s’expliquent par le fait que Devos pourrait fondamentalement changer les choses :
- Il en va de l’avenir des syndicats d’enseignants qui ont été dépouillés de nombreux avantages au Wisconsin avec le passage de la loi 10, privilèges qu’ils ont failli également perdre en Californie si ce n’était de la décision partagée (4-4) de la Cour suprême dans l’arrêt Friedrichs c. California Teachers Association et. al.
- Il en va de l’avenir du ministère de l’Éducation fédéral : sera-t-il fortement réduit dans ses prérogatives ou restera-t-il en grande partie intact et pourra-t-il bientôt revenir à son habitude d’envoyer des lettres surnommées « Cher Collègue » aux universités, aux districts scolaires et autres administrations scolaires leur dictant de mettre de côté les droits traditionnels de l’accusé pour imposer une politique sociétale radicale sous la menace de poursuites judiciaires par l’État fédéral.
- Il s’agit de savoir si, à l’avenir, les États, les municipalités, et surtout les parents pourront librement choisir parmi une vaste gamme de choix pour l’éducation des enfants — écoles à charte, instruction à la maison, écoles publiques ou écoles privées —, ou ce choix sera-t-il sans cesse restreint en raison de nouveaux règlements dictés par bureaucrates fédéraux à Washington redevables aux intérêts des syndicats d’enseignants ?
- Il en va de ce qui sera enseigné à l’avenir aux enfants — le gouvernement fédéral sait-il mieux que les parents ce que leurs enfants devraient apprendre à l’école [comme au Québec] ? Un programme établi par le gouvernement fédéral touche plus d’étudiants si davantage d’étudiants sont contraints de rester dans les écoles publiques. Les progressistes (et les syndicats) veulent que l’idéologie progressiste soit enseignée à la prochaine génération. Qu’elle soit « offerte à tous » comme dit le ministre de l’Éducation du Québec (comprendre imposée à tous les élèves). Un ministère de l’Éducation dirigée par Mme Devos mettra probablement fin à l’imposition d’un programme scolaire centralisé commun à tous les États (un tronc commun) et rendra aux États fédérés la liberté d’établir leurs programmes scolaires...
mardi 28 octobre 2014
Les comptes d'épargne-études (ESAs) , le choix scolaire 2.0
Le mouvement en faveur du libre choix de l’école poursuit son développement aux États-Unis. Grâce à lui, le pouvoir de décision en matière scolaire a commencé à revenir vers les parents, après des décennies où il était concentré dans les mains de la puissance publique.
En 2014, on compte ainsi 41 programmes de financement public permettant d’accéder à une école privée dans 24 États et le District de Columbia. En 2011, l’Arizona a inventé un nouveau dispositif, les « Education Saving Accounts » (ESA) qui sont aussi appliqués en Floride depuis cette année. Cette initiative tire la leçon de l’échec des politiques éducatives de l’État fédéral américain qui consacre des milliards pour l’éducation sans arriver à mettre en place un système performant et juste. Aux tests PISA, les États-Unis ne sont qu’au milieu du classement et l’illettrisme est une réalité bien vivante aux États-Unis.Les ESA donnent la possibilité aux parents de décider de l’usage de 90 % de l’argent qui aurait été dépensé par l’État pour l’éducation de leur enfant dans une école publique. Ils peuvent ainsi consacrer leurs dépenses aux besoins réels et parfois bien spécifiques de leur enfant. En Arizona, ils reçoivent ainsi 3 000 dollars par enfant et jusqu’à 26 000 dollars si l’enfant présente des handicaps.
Les ESA représentent un « Choix scolaire 2.0 » c’est-à-dire une manière radicalement nouvelle, innovante de concevoir la liberté scolaire. Ils sont distribués tous les trimestres et chargés sur une carte de crédit spéciale qui ne permet que de payer des dépenses éducatives telles que les cours de soutien privés, les frais de scolarité à l’école privée, le tutorat par un professeur, le matériel et les livres scolaires, des abonnements à des leçons en ligne… lls peuvent même capitaliser l’argent non dépensé sur un compte destiné à financer les dépenses éducatives ultérieures de leur enfant.
Le pouvoir de décision en matière éducative se trouve donc placé dans les mains des parents qui peuvent avoir un accès financier à une large palette de services éducatifs agréés par l’État grâce à ces financements publics qui leur sont donnés pour l’éducation de leur propre enfant.
Deux États sont pionniers. L’Arizona applique ce dispositif depuis 2011 sous le nom de compte pour bourse-autonomie (« Empowerment Scholarship Accounts ») pour souligner le fait qu’il donne le pouvoir aux parents de tailler sur mesure les services éducatifs dont bénéficieront leurs enfants. Le programme est très populaire : 72 % des personnes utilisant un compte d’épargne-études se déclarent satisfaits. Il concerne les enfants à besoins éducatifs spécifiques, les enfants issus de mauvaises écoles (qu’ils appellent « sous-performantes »), les enfants placés en famille d’accueil et les enfants dont un parent est un militaire en activité ou mort au combat. Les parents peuvent saisir l’occasion de bénéficier de ce programme ou bien rester dans le système éducatif public. À cette rentrée, la Floride a également mis en place ce dispositif sous le nom de « comptes pour bourse éducative personnelle ».
L’idée phare qui sous-tend cette réforme est que « Personne n’aura plus à cœur les intérêts des enfants que les parents ». Une conviction qui devrait animer davantage nos hommes politiques.
Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)
lundi 9 décembre 2013
Compte rendu du colloque international sur l'éducation catholique tenu à Montréal
Table des matières
1. Mgr Christian Lépine1. Mgr Christian Lépine
2. Me Jean-Yves Côté
3. Mme Barbara Séguin
4. Mme Anne Coffinier (1re partie)
5. M. Paul Donovan
6. Mme Marguerite Bourbeau
7. Mme Anne Coffinier (2e partie)
8. M. Dominique Boily
Il fut le premier à intervenir pour rappeler les tenants de la doctrine catholique en matière d’éducation : les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants. Pour l’archevêque, la famille précède l’État. Ce droit est d’ailleurs inscrit à l’article 26 de Déclaration universelle des droits de l'homme :
3. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants.Ce droit est tenu pour évident, il n’a pas à être justifié.
Évidemment, si les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants, ils ne sont pas les seuls à pouvoir éduquer leur progéniture. Ils ont le droit d’être aidés.
La paroisse à un rôle à jouer, elle doit en effet servir les parents. Car, c’est un défi que d’être parent : il faut sagesse, formation et préparation. Les choses ne vont pas toutes seules. Il existe une alliance naturelle entre la famille et la paroisse, car cette dernière est un lieu de grâce, de ressources et de soutien mutuels. Il faut sans doute encore promouvoir ce lien.
Les parents se sentent démunis, l’école a un rôle indispensable, mais pas uniquement un rôle d’instruction, elle a également une dimension éducative. L’école est là pour servir les parents.
Mgr Lépine rappelle ensuite ces paroles de Jean-Paul II :
« La laïcité n'est pas le laïcisme ! Elle n'est autre que le respect de toutes les croyances de la part de l'État, qui assure le libre exercice des activités cultuelles, spirituelles, culturelles et caritatives des communautés de croyants. Dans une société pluraliste, la laïcité est un lieu de communication entre les diverses traditions spirituelles et la nation. »Le rôle de l’État est de protéger l’espace de liberté d’une laïcité bien comprise.
On a cru que l’on respecterait la liberté des gens en expulsant la religion de la vie publique, mais cela débouche sur une absence de liberté, car la dimension spirituelle est une question cruciale, primordiale qui donne sens à la vie.
2. Me Jean-Yves Côté
Le second à intervenir est Me Jean-Yves Côté. Il rappelle son parcours : avocat dans la cause ECR pour les parents de Drummondville devant les cours supérieure et d’appel du Québec. Ensuite avocat à la Cour suprême dans le même dossier pour un regroupement d'associations. Il est également l’avocat désigné pour représenter la HSLDA comme intervenante dans l’affaire Loyola contre le Monopole de l’éducation (voir ce billet de vendredi).
jeudi 14 novembre 2013
Le Portugal sur la voie du chèque scolaire
Le Portugal se met sur la voie de la liberté scolaire. Sofia Reis (ci-contre), trésorière de l'ECNAIS, a répondu aux questions d’Anne Coffinier. Elle nous explique comment ce pays a pu changer de cap en matière d’éducation.Comment se présente la liberté scolaire au Portugal : quel est le pourcentage d’enfants dans le privé ?
Au Portugal, environ 20 % des élèves sont inscrits dans des écoles privées. Celles-ci ont une bonne réputation. Le secteur des écoles privées est très varié. Il y a des écoles catholiques, des écoles à but lucratif, des écoles dirigées par des coopératives de parents ou de professeurs, ou encore des écoles tenues par des associations. Ces écoles offrent aux choix un cursus général, professionnel, un baccalauréat international, des cursus étrangers. 47 % de ces élèves bénéficient d’aides financières de l’État pour financer leur scolarité dans ces écoles privées.
Le privé est-il réellement libre par rapport au public (plan, horaires, programme, spirituel, pédagogique, diplôme, manuels scolaires) ?
Jusqu’à présent, les écoles privées sont contraintes en théorie de suivre le programme fixé par l’État, d’adopter les manuels scolaires et rythmes scolaires officiels. Beaucoup d’écoles les suivent. Quelques écoles ont une approche plus souple et peuvent ne pas les remplir intégralement (en adaptant le cursus, les programmes ou en utilisant leurs propres livres). Les nouveaux statuts des écoles privées qui doivent être publiés ce mois-ci changent considérablement la donne. Les écoles privées vont être libres de définir leur cursus avec une certaine latitude (30 %); elles seront libres de choisir leurs programmes, leur rythme scolaire, etc.
Comment est financé le privé, pareil que le public ? Est-il coûteux pour les parents ?
Autour de 47 % des élèves des écoles privées bénéficient d’une aide de l’État. Cette aide varie selon les types de contrats des écoles les liant à l’État. Il y a :
- (i) les contrats simples – l’État prend en charge les frais de scolarité. Cette aide est destinée aux élèves pauvres et ne couvre pas plus de la moitié des frais de scolarité – c’est pour le cursus général ;
- (ii) les contrats d’association – les élèves ne paient pas de frais de scolarité. L’État paie un montant fixe par classe à l’école pour couvrir toutes les dépenses – c’est pour le cursus général ;
- (iii) les contrats de parrainage – les élèves ne paient pas de frais de scolarité. L’État paie un montant fixe par élève à l’école pour couvrir toutes les dépenses – c’est pour les écoles de musique ;
- (iv) financés par le fonds social européen – les élèves ne paient pas de frais de scolarité. Les écoles perçoivent un montant fixe par classe qui couvre toutes les dépenses – c’est pour les formations professionnelles.
Dans les écoles détenues et dirigées par l’État, le ministère de l’Éducation paie directement les professeurs et donne de l’argent à l’école pour les autres dépenses.
Quel est l’argument gouvernemental pour justifier que les écoles privées soient payantes ?
Au début des années 70, il y a eu un “boom” d’écoles. L’État a construit des écoles dans tout le pays et a embauché des professeurs. Même là où il y avait une école privée, où les élèves auraient pu aller dans la mesure où l’État payait leur scolarité (il s’agissait d’enfants pauvres).
De nos jours, les gouvernements disent que si l’État aide les parents d’écoles privées, il paierait deux fois, car il doit, de toutes les manières, payer les professeurs de l’État (les fonctionnaires ne pouvant être licenciés). De plus, les partis de gauche sont puissants au Portugal et ils défendent l’idée que l’État a l’obligation de scolariser tout le monde, et rien de plus. Ainsi, les parents souhaitant scolariser leurs enfants dans le privé n’ont qu’à payer.
Quels sont les résultats des écoles privées aux tests de référence nationaux et internationaux (type PISA) ?
Les écoles privées ont de très bons résultats dans les examens nationaux et internationaux. Même les écoles privées avec un contrat d’association (ces écoles privées doivent se soumettre aux mêmes règles que les écoles publiques concernant la sélection des élèves) ont de meilleurs résultats que les écoles publiques.
Le débat sur le chèque-éducation s’est-il imposé ces derniers mois comme le sujet majeur en matière de politique scolaire ?
Le libre choix scolaire et des chèques éducation ont été au centre des débats depuis août. Le Gouvernement, qui s’appuie sur une majorité de deux partis de droite et centre droit, a introduit le débat à travers la révision des statuts de l’école privée ainsi que la réforme de l’État. De même, le FMI et la Banque mondiale, en lien avec le programme d’ajustement du Portugal, ont mis en lumière les avantages de l’élargissement du choix scolaire et des contrats d’association.
Comment cela se fait-il ?
Étant donné que nous n’avons pas d’autres informations, à part la parole du gouvernement de faire quelque chose, tout le monde débat – pour ou contre – avec des arguments basés sur des suppositions. Le débat est important, car il crée une prise de conscience, mais il ne mène nulle part, car il manque trop d’informations.
Qui propose l’introduction du bon scolaire ? En quoi consisterait-il ?
Le Gouvernement, mais jusqu’à présent seulement à titre d’expérimentation.
À quel horizon pourrait-il être introduit ?
Nous ne le savons pas encore. Pour l’heure, nous n’avons que l’engagement de cette introduction, à l’essai.
Quels sont les arguments contre ?
L’argument le plus courant est que les écoles financées par des chèques éducation vont créer une ségrégation, que ce qui compte c’est de donner aux écoles en échec, que les chèques éducation sont seulement un moyen de privatiser l’école. Tous les arguments connus du statu quo. Un système scolaire basé sur le choix doit être régulé ; le ministère doit s’assurer que les lois sont appliquées et que les élèves non privilégiés ne sont pas oubliés. Les opposants les plus farouches au choix scolaire sont les syndicats d’enseignants de gauche. Mais ils s’opposent également à l’autonomie scolaire et à tout autre outil permettant de donner plus de pouvoirs aux professeurs (parce qu’ils évolueraient d’une position de fonctionnaires vers celle de professionnels et bénéficieraient ainsi d’une plus grande liberté).
Quel modèle de chèque-éducation visez-vous ?
Nous pensons qu’un système avec un seul type de chèque éducation risque d’être décevant. Notre expérience montre qu’en disposant de plusieurs instruments, il est plus facile de s’adapter aux différents besoins (ceux des parents et des écoles).
L’OCDE dit que seul le bon scolaire ciblé sur les enfants défavorisés et non un chèque universel est socialement efficace : qu’en pensez-vous ?
Les comparaisons internationales sont difficiles à conduire valablement. Les informations ne sont pas complètes, les contextes culturels et historiques peuvent mener à des conséquences différentes alors même que les instruments utilisés sont les mêmes, aucun pays n’a le même “marché éducatif” (avec des conditions d’entrées claires et accessibles, avec des écoles qui ne sont pas réellement choisies par les parents, etc.) Ainsi, les conclusions faites sur ce sujet doivent toujours être maniées avec précautions.
Cependant, nous pensons que l’essentiel est qu’il y ait plus de choix. Ainsi, nous sommes très favorables et soutenons les chèques éducation qui permettent de couvrir tous les frais pour les élèves défavorisés. Beaucoup de nos écoles ont un caractère religieux et désirent recevoir des élèves défavorisés. Ce sont ceux-là qu’elles veulent instruire. C’est le monopole de l’État en matière d’éducation qui a maintenu les élèves défavorisés en dehors des bonnes écoles !
Propos recueillis par Anne Coffinier, directrice générale de la Fondation pour l’école.
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lundi 4 novembre 2013
« Le combat pour la liberté scolaire est un combat pour la démocratie »
Anne Coffinier participera au Colloque international sur l'éducation catholique le 7 décembre 2013 à Montréal.
Plus de détails, ici.
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