Affichage des articles dont le libellé est école. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est école. Afficher tous les articles

mercredi 9 septembre 2026

Baisse du niveau scolaire : l'alerte de Madeleine de Jessey

Madeleine de Jessey, professeur de lettres classiques et auteur de «L'École des illettrés» (éd. Albin Michel), est l'invitée de Vincent Roux dans Points de Vue.


jeudi 9 juillet 2026

Maire français au sujet d' une école catholique : « Je l'aurais fermée deux fois plus » [qu'une école musulmane]

En assistant à une réunion publique au Grand Orient de France, consacrée à l'éducation, Anne Coffinier a pu constater la vigueur de l'anticléricalisme qui y persiste.

Le maire de Raismes (dans le département du Nord) y expliquait, non sans fierté, avoir fait fermer une école musulmane qu'il jugeait islamiste. Lorsqu'une personne de l'assemblée lui a demandé ce qu'il aurait fait s'il s'était agi d'une école catholique, sa réponse a fusé : « Je l'aurais fermée deux fois plus. » Et toute la salle applaudit.

Une scène édifiante, qui en dit long sur le rapport très inégal de certaines institutions à la religion : autant (voire plus) de zèle à traquer l'influence catholique qu'à combattre un certain islamisme.


mardi 10 mars 2026

Hausse de la violence envers le personnel scolaire : un symptôme du bouleversement des écoles québécoises

La hausse des incidents impliquant des élèves et du personnel scolaire au Québec s’inscrit dans un contexte plus large de transformation du système éducatif. Selon les données compilées par les organisations syndicales et relayées dans les médias, les réclamations pour violence envers le personnel scolaire ont augmenté d’environ 77 % entre 2020 et 2023. Les situations rapportées incluent des insultes, de l’intimidation, des menaces et, dans certains cas, des agressions physiques.

Plusieurs épisodes récents ont attiré l’attention du public, notamment des altercations dans ou autour d'écoles de Brossard sur la Rive-Sud de Montréal et des incidents signalés dans des établissements de Repentigny ou chez un dépanneur proche d'une école de Repentigny (ci-dessous). Pris isolément, ces événements restent ponctuels, mais pour de nombreux enseignants ils témoignent d’un climat scolaire plus tendu qu’auparavant.

Une transformation démographique rapide

Ces difficultés apparaissent dans un contexte de changement démographique marqué.

Selon l’Institut de la statistique du Québec et le ministère de l’Éducation :
  • environ 36 % des élèves du Québec sont immigrants ou enfants d’immigrants (première ou deuxième génération) ;
  • dans la région de Montréal, cette proportion dépasse 60 % dans le réseau scolaire francophone ;
  • dans plusieurs établissements urbains, les élèves issus de l’immigration constituent un très grande majorité des cohortes.

Parallèlement, la fécondité des Québécois a fortement diminué. L’indice synthétique de fécondité se situe autour de 1,33 enfant par femme en 2024, bien en dessous du seuil de remplacement des générations (2,1). Une part croissante des nouvelles cohortes scolaires provient donc de l’immigration récente.


Des univers sociaux parfois séparés

Plusieurs recherches en sociologie de l’éducation ont observé que, dans les écoles très diversifiées, les élèves ont tendance à se regrouper par affinités linguistiques, culturelles ou communautaires. Les chercheurs décrivent souvent ce phénomène comme une segmentation sociale informelle : les amitiés et les réseaux d’élèves se structurent fréquemment autour d’origines communes.

Ce phénomène n’implique pas nécessairement de conflit ouvert, mais il peut limiter les interactions entre groupes et réduire la formation d’une culture commune à l’échelle de l’établissement.

Dans certaines écoles montréalaises, des études ont montré que les contacts sociaux entre élèves francophones d’origine et élèves issus de l’immigration restent relativement limités, en particulier dans les milieux où aucun groupe ne constitue une majorité claire.

Une faible intégration culturelle 

Les données disponibles suggèrent également que l’intégration identitaire au Québec se fait de manière variable selon les parcours.

Les enquêtes sur l’identité montrent que :
  • une majorité de francophones se disent d’abord Québécois avant Canadiens ;
  • chez les allophones, l’identification au Canada est souvent plus forte que l’identification au Québec
  • les allophones s'inscrivent en plus grand nombre aux cégeps et universités anglophones ce qui tend à montrer un faible attachement au français (en 2020, les allophones représentaient environ 37 % des effectifs des cégeps anglophones, tandis que les francophones en composaient environ 26,6 % alors la proportion d’allophones dans l’ensemble de la population québécoise était autour de 7,9 % en 2021).
Chez les jeunes issus de l’immigration ayant étudié au Québec, plusieurs recherches indiquent que l’adoption d’une identité québécoise se produit parfois plus tard dans le parcours, notamment au cégep ou à l’université. Dans d’autres cas, l’identité demeure principalement liée à l’origine familiale ou à une identité canadienne plus large.

La question de la culture commune

Un autre élément souvent évoqué par les chercheurs concerne la consommation culturelle des jeunes. L’univers médiatique des adolescents est aujourd’hui largement internationalisé et dominé par la culture anglophone nord-américaine. Dans ce contexte, la culture québécoise joue parfois un rôle limité dans les références culturelles quotidiennes des élèves, en particulier dans les milieux très diversifiés.

Un angle encore peu étudié (tabou ?)

Certains enseignants et intervenants scolaires affirment également entendre, dans des situations de conflit ou de provocation, des propos exprimant une distance ou un rejet de la culture québécoise.

Cependant, ces perceptions reposent pour l'instant surtout sur des témoignages individuels. À ce jour, il existe peu d’enquêtes systématiques mesurant directement les attitudes des élèves envers la culture québécoise, leurs enseignants ou les institutions francophones. Dans quelle proportion considèrent-ils, par exemple, que l'école québécoise et le français sont des options inférieures ? Y a-t-il une forme de mépris pour la culture d'accueil qui est non seulement minoritaire en Amérique du Nord, mais considérée comme décadente ? 

La question reste empiriquement peu documentée, non parce qu’elle serait impossible à étudier, mais parce que les données quantitatives sur ces perceptions sont encore limitées, peut-être parce qu'il s'agit de sujets sensibles pour une société qui croit dans l'assimilation facile de toute immigration.

Le progressisme enseigné à l'école sape-t-il le respect envers les éducateurs ?

Plusieurs études, dont celles menées par le groupe militant LGBTQ GRIS‑Montréal et analysées par le politologue de gauche Francis Dupuis‑Déri (UQAM), montrent une augmentation du malaise des élèves face aux contenus liés à la diversité sexuelle et de genre entre 2017 et 2024. Par exemple, la proportion d’élèves se disant inconfortables avec l’orientation sexuelle d’un ami homosexuel est passée de 25 % à 40 %, et pour l’homoparentalité, de 10 % à 24 % sur la même période. Ces attitudes, principalement observées chez les jeunes issus de familles religieusement pratiquantes (lesquels sont issus très majoritairement de l'immigration), ont un effet indirect sur la perception de l’autorité et de la légitimité de l’école.

Dans la pratique, cela se traduit par des incidents de contestation ponctuels, tels que le refus de participation ou les moqueries envers les enseignants, signalés récemment dans des écoles de la Rive-Sud, de Brossard à Repentigny. Bien que minoritaires, ces comportements mettent en évidence que certains élèves perçoivent l’école québécoise comme un système en décalage avec leurs valeurs, ce qui peut fragiliser le respect des enseignants et des administrateurs. 
 
 
 
Le programme scolaire ECR (récemment aboli) a-t-il miné l'intégration ?

On se rappellera que l'État québécois a imposé le cours d'Éthique et de culture religieuse dont le but était précisément le vivre-ensemble, l'ouverture à la différence, célébrer la diversité (y compris des formes familiales). On peut se demander si son effet majeur n'aura pas été de dire que les Québécois ne pouvaient imposer leur culture aux arrivants, que toutes les religions et croyances se valaient.

mardi 24 février 2026

Radio-Canada, le PLQ et QS : annonces catastrophistes sur l'effet des restrictions en immigration sur l'école

Dans un paysage médiatique où les titres accrocheurs occupent souvent le devant de la scène, il arrive que Radio-Canada adopte un angle de traitement qui met surtout en relief les critiques envers les politiques d’immigration du gouvernement québécois. Récemment, la société d’État a publié un article intitulé « Fin du PEQ : une situation “catastrophique” en éducation, dit l’opposition », relayant largement les réactions de certains partis à la disparition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Présentée comme l’annonce d’un grave problème pour le réseau scolaire, cette situation mérite toutefois d’être examinée avec un peu de recul : s’agit-il d’une analyse équilibrée ou d’une amplification d’un discours politique particulier ? Un regard attentif sur les faits et le contexte permet de mieux distinguer ce qui relève du constat et ce qui tient davantage de l’interprétation.


Le cœur de l’annonce : une « catastrophe » annoncée


Selon l’article de Radio-Canada, publié récemment, près de 1 000 employés du réseau scolaire québécois — dont plus de 200 enseignants et plus de 700 membres du personnel de soutien issus de l’immigration — pourraient voir leurs permis de travail expirer en 2026. Cette situation découlerait de la fin du PEQ, remplacé par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).

Les critiques les plus appuyées proviennent notamment de la gauche radicale Québec solidaire et du Parti libéral du Québec, parti immigrationiste appuyé par à peine 10 à 20 % des francophones. Ruba Ghazal, co-porte-parole de QS, a ainsi déclaré : « C’est catastrophique ! On est en train de nuire au Québec, à nos enfants dans nos écoles. On nuit à nos entrepreneurs, à notre économie, à nos services publics, c’est ridicule ! » De son côté, Madwa-Nika Cadet, du PLQ, a demandé au gouvernement d’accorder rapidement une clause de droits acquis, jugeant la situation « absolument inacceptable ».

L’article du diffuseur gouvernemental fédéral met l’accent sur l’incertitude qui touche ces travailleurs temporaires arrivés notamment par le Programme des travailleurs étrangers temporaires. Le risque évoqué est celui de départs forcés qui viendraient accentuer la pénurie de main-d’œuvre en éducation. On y cite des exemples, notamment d'enseignants immigrés en Montérégie ou à Montréal confrontés à des délais administratifs importants. Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, est également critiqué pour ne pas avoir étendu au personnel scolaire les garanties accordées au secteur de la santé, où 6 300 employés ont bénéficié d’une clause dite « grand-père ».

Un contexte nettement plus nuancé : la réalité des politiques d’immigration

Ces chiffres — compilés par Radio-Canada à partir de données provenant de 10 centres de services scolaires sur 72 — peuvent sembler préoccupants à première vue, mais ils doivent être replacés dans un cadre plus large. Le gouvernement de la Coalition Avenir Québec a annoncé en novembre 2025 une réduction des seuils d’immigration permanente à 45 000 personnes par an jusqu’en 2029, soit 15 000 de moins qu’auparavant, dans l’objectif déclaré d’alléger la pression sur les services publics.

Cette décision s’appuie notamment sur certains constats : en 2025, le ministre Roberge indiquait que 62 000 enfants de résidents temporaires fréquentaient le système scolaire québécois, ce qui avait nécessité l’embauche d’environ 4 500 enseignants supplémentaires. Les flux migratoires temporaires, encouragés par certaines politiques fédérales mises en place après 2016, n’ont pas résolu les pénuries de main-d’œuvre ; dans plusieurs cas, ils ont aussi accru la demande en logement, en soins de santé et en services éducatifs.

L’abolition du PEQ vise ainsi à privilégier une immigration plus ciblée par l’entremise du PSTQ, avec 29 000 invitations prévues en 2026. Le secteur de l’éducation fait d’ailleurs partie des priorités annoncées par le gouvernement le 30 janvier 2026, notamment pour les enseignants du primaire et du secondaire. Parmi les 221 déclarations d’intérêt admissibles soumises par des enseignants, 84 invitations avaient déjà été envoyées depuis juillet 2025.

Dès lors, la question se pose : faut-il parler d’une « catastrophe » ? Certains acteurs politiques le soutiennent, mais d’autres observateurs invitent à nuancer ce diagnostic. En août 2025, le ministre Bernard Drainville évoquait déjà plus de 4 000 postes d’enseignants vacants à la rentrée, un chiffre néanmoins en baisse par rapport aux années précédentes grâce à des efforts de recrutement local. La perte potentielle d’environ 1 000 employés issus de l’immigration dans un réseau qui compte plus de 92 000 postes (données de 2025) représente un défi réel, mais pas un effondrement du système. Des spécialistes, dont l’avocat en immigration Yves Martineau, parlent plutôt d’une situation incertaine, tout en rappelant l’existence de voies alternatives par le PSTQ.

Une couverture médiatique à examiner avec prudence

Au-delà du débat politique, certains estiment que la manière dont la question est présentée dans les médias peut accentuer une perception d’urgence ou de crise. Dans ce cas précis, Radio-Canada a surtout mis en avant les réactions les plus alarmistes provenant de partis généralement favorables à des niveaux d’immigration plus élevés, sans toujours accorder le même poids aux éléments de contexte ou aux ajustements en cours dans les politiques publiques.

Autrement dit, le débat porte moins sur l’existence de difficultés réelles potentielles — qui ne sont pas contestées — que sur la façon de les interpréter et de les présenter. La transition entre programmes d’immigration comporte inévitablement des zones d’incertitude, mais elle s’inscrit aussi dans une volonté politique de rééquilibrer un système qui a fortement reposé sur les statuts temporaires au cours des dernières années.

En définitive, la situation décrite par Radio-Canada ne correspond pas à une catastrophe imminente, mais plutôt à une phase d’ajustement dans la gestion de l’immigration au Québec. Le défi pour le gouvernement sera d’assurer une transition efficace afin de retenir les travailleurs essentiels, tandis que le débat public gagnerait sans doute à s’appuyer sur des analyses plus complètes et moins polarisées dans les médias de grand chemin.

jeudi 5 février 2026

Loi 9 sur la laïcité (lutte à l'entrisme islamiste à l'école publique) : école privée protestante menacée de fermeture

Le projet de loi 9 sur la laïcité dans le milieu scolaire, déposé par le gouvernement Legault, trouve directement son origine dans une série de controverses survenues au cours des dernières années dans certaines écoles publiques, où des cas d’entrisme islamiste ont été dénoncés par des enseignants, des parents et des organismes citoyens. Des établissements primaires publiques de Montréal — notamment Bedford, Saint-Pascal-Baylon (Côte-des-Neiges) et Bienville (Saint-Michel) — ainsi que l’école secondaire La Voie, à Côte-des-Neiges, ont fait l’objet de plaintes, d’enquêtes administratives ou de signalements concernant l'entrisme islamique, à savoir des pressions religieuses, la contestation de contenus pédagogiques (égalité hommes-femmes, sexualité, sciences) et des atteintes au principe de neutralité religieuse de l’État.

Selon le gouvernement, ces dérives observées dans le réseau public, associées à des courants islamistes militants, justifient un resserrement du cadre légal afin de réaffirmer le caractère strictement laïque de l’école québécoise.

Une école privée protestante de Québec, L’École L’Eau‑Vive, pourrait devoir fermer ses portes si le projet de loi 9, qui renforce les exigences de la laïcité dans le système éducatif québécois, la prive de ses subventions provinciales. Établie depuis 25 ans sur l’avenue Chauveau, l’école accueille environ 580 élèves et est, selon sa direction, la seule de la grande région de Québec dans une situation aussi précaire. La direction a présenté un mémoire de 70 pages à l’Assemblée nationale pour tenter de convaincre les législateurs de l’exclure des nouvelles règles.

Le projet de loi, défendu par le gouvernement, conditionne désormais le financement public à l’absence de toute pratique ou enseignement religieux pendant les heures de cours et interdit la sélection d’élèves ou d’enseignants selon leur foi. Les écoles visées auraient trois ans pour se conformer à ces nouvelles exigences. L’École L’Eau‑Vive affirme déjà ne pas offrir d’enseignement religieux pendant les matières obligatoires et ne pas faire de sélection selon la religion de ses élèves, mais elle consacre une petite portion de son horaire à un enseignement chrétien évangélique facultatif.

Actuellement, la subvention provinciale couvre près de la moitié des frais de scolarité. Si elle était supprimée, la direction estime que les coûts pour les familles — aujourd’hui d’environ 3 800 $ par élève — pourraient tripler, rendant l’école économiquement intenable et excluant de facto la majorité des parents. L’école soutient que sa mission éducative et sa cohérence avec les valeurs familiales et québécoises légitimes justifient sa survie.

Dans son mémoire, l’établissement souligne qu’il respecte déjà le régime pédagogique et qu’aucune plainte ni dérive n’a été signalée. Il déplore que le projet de loi risque d’exclure des écoles confessionnelles qui respectent les règles, faute de distinction claire entre pratiques religieuses coercitives et activités spirituelles facultatives.

Comme souvent dans ces débats sur la laïcité au Québec, ce sont une fois de plus les établissements chrétiens qui écopent en premier : écoles privées protestantes comme L’Eau-Vive aujourd’hui, ou auparavant l’école catholique anglophone Loyola à Montréal, lourdement affectée par les réformes liées au programme Éthique et culture religieuse (ECR) imposé par l’État. Cette approche semble frapper plus durement les communautés chrétiennes historiques, bien intégrées et peu prosélytes dans le cadre scolaire, alors qu’elle change peu de chose à la dynamique plus large d’islamisation perçue de la société québécoise. Celle-ci relève avant tout d’une réalité migratoire et démographique : l’immigration massive combinée au faible taux de natalité chez les Québécois de souche (parents nés au Québec) modifie progressivement le paysage culturel et religieux, indépendamment des règles appliquées aux écoles privées confessionnelles chrétiennes.

vendredi 23 janvier 2026

Rive-Sud de Montréal — Des « jeunes » causeraient bien des « maux de tête » aux commerçants

À Brossard (au Québec), une bagarre entre plusieurs jeunes s’est terminée de manière violente. Deux coups de feu ont été tirés, une personne a été poignardée et une autre aspergée de gaz poivré. 

Les événements se sont produits dans le stationnement du petit centre commercial situé juste en face de l’établissement scolaire Antoine-Brossard fréquenté par de nombreux enfants issus de l'immigration.



Billet du 2 décembre 2025
 
Bagarres, menaces, agressions armées, vols qualifiés, méfaits : des commerçants sont exaspérés par les comportements violents d’élèves de l’école secondaire Antoine-Brossard. Depuis la rentrée scolaire, la police de Longueuil est intervenue à 25 reprises près d’un centre commercial où des centaines d’adolescents s’attroupent tous les jours à l’heure du midi.

Écoutez les accents des jeunes, le fait qu'il y ait de plus en plus d'élèves à l'école Antoine-Brossard (alors que les Québécois ne font plus assez d'enfants depuis 50 ans), notez la carnation (leur teint) des jeunes. Ali Barat, propriétaire d’un dépanneur, tente tant bien que mal de contrôler les entrées et sorties des élèves qui se bousculent à l’intérieur. « Ils volent beaucoup. Tous les jours, je vais en [attraper] un ou deux », explique-t-il, l’air dépassé.

La semaine précédente, les élèves se sont rués… sur le lait. Un gaz irritant a été pulvérisé par quelqu’un dans la foule. Les élèves voulaient rincer leurs yeux brûlants. Ali Barat refuse désormais de leur vendre des œufs. Trop de batailles. « C’est fatigant », dit-il.

Dans le commerce adjacent, Mario Lacombe, un serrurier, observe la scène à travers la fenêtre de sa boutique. « Là, c’est tranquille, c’est une petite journée. » Normal, remarque-t-il, la police est venue hier. Une opération de visibilité d’envergure a eu lieu pour tenter de refroidir l’ambiance.
 
Feux d’artifice et eau de Javel

La situation perdure depuis des années, déplore le serrurier. Une vidéo captée devant le commerce en 2023 montre par exemple des jeunes qui prennent le stationnement pour un ring de boxe. Une autre séquence filmée à l’arrière, en 2022, montre un jeune homme qui brandit quelque chose qui a la forme d’une arme de poing.

« Cette vidéo montre une agression armée survenue à la suite de méfaits commis sur un véhicule par projectile d’arme s’apparentant à une arme à feu. L’enquête a permis d’identifier un suspect, mineur au moment des faits, mais la victime n’a pas été localisée », précise le SPAL.

« C’est inquiétant. Je ne comprends pas que les parents réagissent si peu », ajoute la fille de M. Lacombe, Annie Lacombe, dont la voiture a déjà été endommagée lors d’une bagarre.

« Un gros problème, c’est que l’école dit que dès qu’ils sortent du terrain, elle n’est plus responsable », souligne celle qui doit souvent accompagner les clients vers leur voiture.

Dans un salon de beauté situé au bout du centre commercial, la coiffeuse Marie-Josée Demers raconte qu’en juin dernier, elle a secouru un élève qui avait été aspergé d’eau de Javel et de sardines. Une adolescente le menaçait avec des ciseaux. « Ils essayaient de tabasser le garçon », raconte-t-elle.

Mme Demers explique que les bagarres sont très fréquentes. 
 
« Ce n’est pas normal, je m’excuse, mais ils sont sauvages. Ils sont très sauvages », dit-elle.

« C’est mauvais pour le commerce », ajoute sa collègue Alice Gaudreault. Des clients évitent d’ailleurs de prendre des rendez-vous sur l’heure du dîner.

Pendant ce temps, au restaurant Pizza Pizza, c’est la cohue. Des dizaines d’élèves s’entassent à l’intérieur du restaurant même s’ils ont leur boîte à lunch. Il est presque impossible de se frayer un passage. Parmi les deux employés sur place, Sakshi Sairi raconte qu’il y a une semaine, des élèves ont lancé des feux d’artifice dans le portique de la pizzéria. Une vitre a aussi été fracassée par un bloc de glace lors d’une bataille de boules de neige. Elle raconte que des bagarres ont déjà éclaté à l’intérieur.
 
Les adolescents à qui nous avons parlé racontent avoir vu des élèves avec des couteaux et des matraques. Plusieurs disent avoir reçu du gaz irritant. Pourquoi continuer de fréquenter le lieu ?

Quand arrive l’heure du midi, c’est la cohue au restaurant Pizza Pizza.

« On n’a pas peur du danger », a répondu un autre garçon du groupe.
 
De pire en pire

La situation s’est aggravée depuis septembre, disent les commerçants. Une réalité corroborée par le SPAL. « En trois mois, 25 déplacements policiers, ça commence à être considérable », confirme l’agent relationniste François Boucher.

Quelle est la nature des évènements commis ? Des bagarres « impliquant des dizaines de jeunes », des vols qualifiés sur des personnes, des méfaits sur des commerces, des agressions armées, la possession d’arme blanche, l’usage de gaz de type répulsif contre les ours et des incivilités près d’établissements, rapporte le corps policier municipal.

La situation est préoccupante en raison de la « gradation de la violence », affirme François Boucher. C’est pourquoi la présence policière s’est intensifiée.

Mario Lacombe raconte qu’une policière s’est récemment « fait entourer » par une cinquantaine de jeunes. « Écoute, tu ne la voyais plus », explique le serrurier.

Source : La Presse
 
Voir aussi 
 
 

jeudi 22 janvier 2026

Une école davantage faite pour assurer la paix sociale que pour instruire

Si la dégradation de notre système scolaire [français] n’a pas été directement causée par l’immigration de masse, celle-ci en aggrave tous les aspects : communautarisme conquérant, violence débridée, niveau en chute libre. Et puisqu’il est encore interdit d’en faire le constat, il paraît difficile d’envisager ne serait-ce que l’ébauche d’une solution.

Le récent retour du débat sur les “temps scolaires”, à l’occasion de la publication du rapport de la convention citoyenne sur le temps de l’enfant, prouve, s’il était encore besoin d’une preuve en la matière, le refus définitif de nos gouvernants de s’attaquer aux véritables maux de l’école. Quand le niveau des élèves s’effondre, quand la violence se banalise dans les établissements et quand il devient impossible de pourvoir tous les postes d’enseignants, on ergote sur l’organisation des journées et sur la durée des vacances… Naturellement, le nombre d’heures de cours et leur répartition resteront des données accessoires tant que le professeur devra passer la majeure partie de son temps en classe à faire la discipline et tant qu’aucune forme d’exigence ou de sélection ne viendra pousser les élèves à travailler.



Chacun en a bien conscience désormais, notre école est malade et notre système éducatif au bord de l’effondrement. La raison en est d’abord la disparition de l’autorité du professeur et de toute l’échelle des sanctions sous l’effet de l’idéologie post-soixante-huitarde, ainsi qu’une orientation pédagogique délirante, qui fait encore dire à des inspecteurs aujourd’hui que l’enseignant ne doit pas incarner une “posture de savoir” face aux élèves ni leur transmettre ce savoir de manière “descendante”. La plupart des acteurs du système sont encore partie prenante de cette idéologie et ce faisant, ils ont largement contribué à creuser leur propre tombe depuis des années.

Cependant, à côté de ces dérèglements propres au système éducatif, d’autres facteurs extérieurs sont venus dans le même temps peser sur lui et aggraver son délitement depuis les années 1980 ; il s’agit en particulier de l’immigration massive de personnes issues du monde arabo-musulman et de l’Afrique subsaharienne. Certes, excepté quelques hypocrites ou fanatiques, chacun reconnaît désormais le poids de cette immigration dans différents domaines, comme la délinquance, le trafic de drogue, l’insécurité ou le terrorisme. On commence également à prendre conscience du poids de ce phénomène sur notre système social et notre système de santé, même si le sujet est rarement abordé de manière directe.

C’est par le biais de questions comme celle du financement de l’aide médicale de l’État, de la dette des étrangers dans nos hôpitaux, des visas accordés pour soins ou encore de la pénurie d’organes pour les greffes que le rôle joué par l’immigration dans l’effondrement de notre hôpital parvient à se frayer une place dans le débat public.

Mais s’agissant de l’école, le mot n’est pratiquement jamais prononcé et, pourtant, il est notoire que les établissements difficiles, classés en “réseau d’éducation prioritaire” (Rep ou Rep+), sont fréquentés en très grande majorité par des élèves issus de l’immigration. « C’est l’éléphant dans la pièce », écrivait dans un article du Figaro Joachim Le Floch-Imad, l’un des rares à aborder la question, notamment dans son dernier livre, Main basse sur l’éducation nationale (Les Éditions du Cerf), mais également dans une récente note pour l’Observatoire de l’immigration et de la démographie.

Le déni de la société sur ce sujet reste aujourd’hui presque total et n’a d’égal que le déni des acteurs sur le terrain. Ainsi, une étude de l’association Le choix de l’école, sortie le 15 octobre 2025, stipulait que « sept professeurs sur dix travaillant en Rep l’ont fait par choix », et que « deux professeurs sur trois disent vouloir rester dans les cinq prochaines années » à leur poste. Le président de l’association insistait encore sur la « fierté d’enseigner en Rep », procédant chez ces enseignants d’un « fort sentiment d’utilité sociale ». Ce type d’enfumage est classique concernant des zones et des établissements où, en réalité, personne n’a envie d’aller travailler, comme en témoignent on ne peut plus clairement les “barres” de mutation de l’éducation nationale, qui indiquent le nombre de points qu’un professeur doit avoir gagné, par ancienneté ou par sa situation familiale, pour obtenir sa mutation dans un établissement. Évidemment, plus un établissement est demandé, plus il faut de points pour l’obtenir. Dans une matière comme le français, il faut 14 points pour enseigner dans un collège de Seine-Saint-Denis, et il en faut entre 700 et 1000 pour enseigner dans un bon établissement de Paris intra-muros. On trouvera donc toujours pléthore de ces enseignants qui clament leur amour pour les élèves de ces établissements et affirmeront mordicus qu’ils sont heureux d’y travailler ; cependant, presque aucun n’y reste une fois les fameux points acquis, comme en témoigne le jeune âge des équipes travaillant en Rep et Rep+.

lundi 12 janvier 2026

« Aujourd’hui, on se méfie de la mémoire. Et de la beauté »

Emmanuel Godo, l’écrivain et professeur de lettres à Henri-IV a publié Avec les grands livres, une ode à la lecture des classiques. À l’heure où la littérature tend à s’effacer derrière les écrans, il alerte sur l’avènement d’un totalitarisme insidieux, dans lequel la contemplation est laissée en jachère. Entretien paru dans le Figaro.

LE FIGARO. — Pourquoi répète-t-on inlassablement qu’il faut lire ?

EMMANUEL GODO. — Nous vivons dans un monde de divertissement généralisé. Aujourd’hui, un individu a tout ce qu’il faut, et même plus qu’il n’en faut, pour prendre du plaisir : entre les séries, les réseaux sociaux ou le cinéma à grande échelle, il peut se divertir - dans une forme de passivité - jusqu’à plus soif. Il est donc intéressant de rappeler qu’il existe une autre manière d’envisager le temps libre, avec la lecture, qui requiert un dialogue constant. En ne lisant plus, nous laissons en jachère des instances, des puissances intérieures, qui ont pourtant besoin d’être activées : la pensée profonde, la contemplation et la vraie rêverie - pas celle que l’on nous impose mais celle qui vient se glisser entre les lignes d’un texte.

—N’est-ce pas justement difficile pour les jeunes de lire quand des dizaines d’activités plus « faciles » leur tendent les bras ?

— Dans cette perspective, il y a une responsabilité du monde professoral. Les personnes que les jeunes rencontrent, et qui peuvent être des éveilleurs, sont d’abord les enseignants. J’ai passé près de quarante ans avec des élèves et ils n’étaient pas toujours favorisés socio-culturellement. Quelles que soient les conditions, le professeur doit être la passerelle entre un monde exigeant, celui de Balzac, de Molière, de Maupassant et celui de ces jeunes consciences en devenir. Il faut leur faire entendre que, dans ces textes, il y a une parole non seulement vivante, mais plus vivante encore - car plus riche, plus nuancée, plus féconde - que celle qu’on leur offre habituellement. Là, vous les arrimez et vous éveillez leur désir enfoui. Évidemment, c’est un long chemin. D’autant que la lecture devient intéressante précisément quand elle devient difficile : lorsque l’on sent une résistance en nous-même, un achoppement. Souvent, on s’autocensure dans l’audace de lecture car on est soi-même claquemuré dans des préjugés, dans des certitudes qui ne sont pas des vérités expérimentées et abouties, mais des représentations hâtives. Cette responsabilité concerne aussi les parents s’ils sont eux-mêmes des prescripteurs ou des praticiens de la lecture. La maison n’est pas seulement un lieu de vacuité où chacun est laissé à son épanouissement anarchique; elle peut être un lieu d’étude et de vraies conversations.

samedi 20 décembre 2025

Études (n = 400) — Correcteurs noteraient plus sévèrement les garçons

L’école se veut le lieu par excellence de la méritocratie, où les élèves sont évalués uniquement sur la base de leurs compétences et de leurs efforts. Pourtant, une étude publiée en 2020 dans la revue scientifique Economics of Education Review par l’économiste Camille Terrier met en lumière une réalité plus dérangeante : les pratiques d’évaluation des enseignants ne sont pas toujours neutres et tendent, en France, à désavantager les garçons. 

Une étude fondée sur la comparaison entre notation anonyme et notation classique

Pour mener son analyse, Camille Terrier s’appuie sur un ensemble de données particulièrement riche, portant sur plus de 4 000 élèves suivis de la classe de sixième à la troisième dans 35 collèges français, majoritairement situés dans des zones socialement défavorisées.

L’originalité de la démarche réside dans la comparaison entre deux types d’évaluations :
  • des épreuves corrigées à l’aveugle, c’est-à-dire anonymement, par des correcteurs extérieurs ne connaissant ni l’identité ni le genre des élèves ;
  • des notes attribuées par les enseignants, dans le cadre habituel de la classe, où l’identité des élèves est connue.
Cette double source permet d’isoler l’effet propre des pratiques d’évaluation des enseignants, indépendamment du niveau réel des élèves.

Un désavantage net pour les garçons en mathématiques

Les résultats sont sans équivoque. Lorsque les copies sont corrigées à l’aveugle, les performances des filles et des garçons sont comparables. En revanche, dès lors que les enseignants savent à qui ils attribuent une note, un écart apparaît.

En mathématiques, les garçons reçoivent des notes inférieures à celles des filles pour un niveau de compétence identique. L’écart atteint 0,259 écart-type, ce qui correspond à un avantage d’environ 5 % en faveur des filles dans la notation non anonyme.

Ce biais, loin d’être anecdotique, s’accumule au fil des années. Sur l’ensemble du collège, il conduit à une progression plus lente des garçons, avec une perte estimée à 0,123 écart-type par rapport aux filles. À lui seul, ce mécanisme explique jusqu’à 6 % de l’écart de performance observé entre les deux sexes en fin de collège.

Des effets durables sur les trajectoires scolaires

L’étude montre que ces biais d’évaluation ne se limitent pas à des différences de notes ponctuelles. Ils influencent également les choix d’orientation des élèves.

Les meilleures notes obtenues par les filles en mathématiques — en partie dues au biais d’évaluation — augmentent leur probabilité de s’orienter vers des filières scientifiques au lycée. À l’inverse, si les notes reflétaient strictement les compétences mesurées par les évaluations anonymes, l’avantage des garçons dans ces filières serait plus marqué, de l’ordre de 12,5 % supplémentaires.

Ainsi, des écarts initialement modestes dans la notation contribuent à façonner des parcours scolaires différenciés, avec des conséquences potentielles sur l’accès aux études supérieures et aux carrières scientifiques.

Des biais liés aux attentes et aux stéréotypes

Comment expliquer ces écarts ? L’étude suggère que les enseignants, le plus souvent sans en avoir conscience, peuvent être influencés par des attentes différenciées selon le genre.

Certains comportements plus fréquents chez les garçons — agitation, prise de parole jugée excessive, moindre conformité aux normes scolaires — peuvent être interprétés négativement et se traduire par une évaluation plus sévère, y compris lorsque le niveau scolaire est équivalent. Il ne s’agit donc pas d’un favoritisme volontaire, mais de biais implicites, profondément ancrés dans les représentations sociales.

La notation anonyme comme levier d’équité

L’un des enseignements majeurs de cette recherche est la supériorité, en matière d’équité, de la notation à l’aveugle. En supprimant toute information sur l’identité des élèves, cette méthode permet de recentrer l’évaluation sur les seules compétences scolaires.

Déjà utilisée pour certains examens nationaux ou concours, sa généralisation dans les évaluations scolaires pourrait contribuer à réduire les inégalités de traitement entre filles et garçons, mais aussi à renforcer la confiance des élèves dans la justice du système éducatif.

Repenser l’évaluation pour garantir l’égalité


L’étude de Camille Terrier invite à une remise en question profonde des pratiques d’évaluation à l’école. Elle rappelle que l’égalité des chances ne dépend pas uniquement des programmes ou des moyens alloués, mais aussi de mécanismes plus discrets, comme la manière dont les performances sont jugées.

Former les enseignants à la reconnaissance de leurs biais implicites, développer la notation anonyme et repenser les critères d’évaluation constituent autant de pistes pour faire de l’école un espace réellement équitable, où les trajectoires scolaires reflètent les compétences réelles plutôt que des attentes genrées.

Voir aussi

Quand l’anonymat récent des copies révèle un biais historique… favorable

 

Le sport à l’école primaire a un effet positif sur la réussite scolaire selon une étude

Étude — École non mixte n’augmente ni résultats ni intérêt des filles pour les sciences, mais bien pour les garçons

Syndicats : « Adapter l’école aux garçons nuirait à leur réussite »  

La sous-scolarisation des hommes n’intéresse pas le pouvoir

Boris Cyrulnik : l’école valorise la docilité des filles et dévalorise la hardiesse des garçons

Étude de 2018 (n=2064) : pas d’effet de menace du stéréotype sur résultats en maths des filles

La menace stéréotypée n’expliquerait pas la différence de résultats entre les sexes en mathématiques (suite)

Femmes et mathématiques, un désamour tenace

Paradoxe confirmé : l’égalité juridique des sexes renforce les stéréotypes sexuels (chasser le naturel, il revient au galop ?) 

Le mythe d’Ada Lovelace, « première programmeuse »

Stéréotypes à l’école : au nom de l’égalité des filles, on veut les empêcher de choisir ce qu’elles veulent 

dimanche 14 décembre 2025

Paris — Hidalgo coupe à nouveau les vivres au collège catholique Stanislas

Les collectivités locales sont obligées par la loi à verser chaque année une dotation financière aux écoles privées sous contrat avec l’État qui se trouvent sur leur territoire. Certaines ne remplissent pas leurs obligations. C’est le cas de Paris aujourd’hui avec le collège catholique Stanislas.

Le 9 décembre, lors d’une réunion préparatoire au prochain Conseil de Paris, Patrick Bloche, premier adjoint d’Anne Hidalgo a déclaré : « Je me dois de supprimer les subventions. » Ainsi annonce-t-il que Paris, au mépris de la loi, refuse de verser le forfait qu’il doit. Et il l’assume au nom de la morale arc-en-ciel. 

Selon lui, le controversé programme EVARS (éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité dès la maternelle : deux associations juridiques viennent de saisir l’ONU pour faire respecter le droit des familles actuellement bafoué) ne serait pas enseigné à Stanislas comme certains voudrait qu'il le soit. 

M. Bloche affecte ne penser qu’à « l’intérêt » des élèves, il feint la crainte : « J’ai peur pour les enfants. » 
 
Ce n’est pas la première fois qu’Anne Hidalgo coupe les vivres à Stanislas. Il s'agit d'un vieux combat idéologique entre les laïcards et l’Église catholique, une dizaine de visites ayant été effectuées par l’Académie de Paris, et Médiapart répandant bruyamment l’idée que Stanislas serait « sexiste et homophobe », deux péchés mortels pour la gauche moderne.

samedi 6 décembre 2025

Le 6 décembre, la Saint-Nicolas, début de la saison de Noël

Pour célébrer la Saint-Nicolas, le début de cette saison de Noël, nous vous offrons cette vidéo originale où des Américains n'ont cure du prétendu devoir de réserve des croyants dans l'espace public qui se doit d'être « neutre » (faire plaisir uniquement aux athées) afin de garantir le « vivre-ensemble » et autres calembredaines pour intellectuels de pacotille atteints de psittacisme. 

Cela se passe en Californie dans une foule multiculturelle chère à nos têtes pensantes. Comme on le verra ci-dessous, la voix des croyants (ils font partie de Journey of Faith) a du bon et le public semble ravi.


Dans le Nord et l'Est de la France, ainsi qu'en Belgique, la Saint-Nicolas est l'occasion de donner des cadeaux aux enfants. Saint Nicolas jouant le rôle du Père Noël, le Père fouettard lui est une figure antimoderne : il corrige les enfants qui n'ont pas été sages.

Dans les petites classes, on apprend parfois encore cette chanson :


Ô grand Saint Nicolas,
Patron des écoliers,
Apporte-moi des pommes
Dans mon petit panier.
Je serai toujours sage
Comme une petite image.
J'apprendrai mes leçons
Pour avoir des bonbons.
Venez, venez, Saint Nicolas,
Venez, venez, Saint Nicolas,
Venez, venez, Saint Nicolas, et tra la la...


ou

Ô grand Saint Nicolas,
Patron des écoliers,
Apportez-moi du sucre
 Dans mes petits souliers.
Je serai toujours sage
Comme un petit mouton,
Je dirai mes prières
Pour avoir des bonbons
Venez, venez, Saint Nicolas
Venez, venez, Saint Nicolas
Venez, venez, Saint Nicolas,
 tralalala.



(Jeunes écoliers flamands)




Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

lundi 1 décembre 2025

Quand l’immigration exacerbe les difficultés de l’école française

Joachim Le Floch-Imad, contributeur à l'OID et auteur de Main basse sur l'Éducation nationale (Cerf), est l'invité de Vincent Roux dans Points de Vue.
 
 


Voir aussi

France — le poids de l’immigration sur l’école


vendredi 7 novembre 2025

École catholique subventionnée en France : un enseignant doit-il pouvoir prier en classe avec ses élèves ?


Pour Anne Coffinier, présidente de Créer son école, les établissements catholiques sous contrat sont aujourd’hui menacés dans leur identité même. Face à une offensive politique et idéologique, elle défend le droit de ces écoles à rester fidèles à leur caractère propre, tel que garanti par la loi Debré. Son texte paru dans Famille chrétienne est repris ci-dessous.

Le temps n’est pas au beau fixe pour les écoles catholiques sous contrat, qui sont sous le feu des critiques croisées de l’extrême gauche et des milieux anticléricaux traditionnels. Il faut dire que la baisse de la population scolaire alimente ce regain de tension : il suffit actuellement de quelques élèves en moins pour qu’une classe voire une école publique ferme. Dans ce contexte de pénurie d’élèves, les défenseurs de l’école publique sont tentés de faire de l’école catholique sous contrat un bouc-émissaire. À lire aussi

Tout en tenant bon sur ce qui le différencie, l’Enseignement catholique doit trouver les outils pour rejoindre les élèves sur les questions actuelles.


Des contrôles à charge 
 
Au lendemain du scandale des abus sexuels dans l’Eglise mis en exergue par la CIASE en 2021 puis de son pendant dans l’Enseignement catholique cette année, notamment avec l’affaire Bétharram, les tenants et acteurs de l’école catholique rasent les murs et les ennemis historiques de l’école catholique mettent à profit ce moment favorable, ce kairos, pour mener leur guerre scolaire. Le député LFI Paul Vannier est l’emblème de cette offensive acharnée qui touche autant au financement de l’école catholique qu’à la nature des libertés spécifiques qui font la force et, au fond, la raison d’être de ces écoles catholiques. 

C’est ainsi que des contrôles « à charge » se sont abattus sur de nombreux établissements catholiques sous contrat partout en France, sans même que le cadre juridique de ces contrôles n’ait été préalablement fixé. Les inspecteurs de l’Éducation nationale manquent cruellement de culture de ce qu’est une école libre avec des classes sous contrat. La loi Debré de 1959 n’est pour eux qu’un vague souvenir et la plupart d’entre eux sont enclins à nier le droit au respect du caractère propre des écoles catholiques, vu qu’ils ont oublié la raison d’être de sa sanctuarisation constitutionnelle. 
 
Le droit de prier, pas l'obligation 
 
Mais de quoi s’agit-il ? Le caractère propre est reconnu par la loi Debré, qui est la loi voulue par le général de Gaulle pour organiser la place des écoles catholiques dans le paysage éducatif français. Les classes qui ont passé le contrat avec l’État doivent admettre les enfants de toutes origines et ne pas les contraindre à poser des actes de foi personnels (c’est ce qu’on appelle le respect de la liberté de conscience), et respecter les programmes scolaires définis par l’Éducation nationale dans le cadre des heures financées par l’État pour les dispenser. En échange de cela, les classes sous contrat reçoivent un financement total de leurs enseignants, et doivent percevoir une couverture de leurs frais de fonctionnement équivalente à celle que perçoivent les écoles publiques du même territoire.

Mais ces classes ont aussi droit au respect de leur caractère propre dans toutes les dimensions de la vie de l’établissement y compris l’enseignement des matières scolaires, et ce point est capital. Elles peuvent organiser des cours d’instruction religieuses obligatoires et des cours de catéchisme (ou éveil à la foi) facultatifs. Les enseignants du privé sous-contrat ne sont pas soumis au principe de neutralité des fonctionnaires (qu’ils ne sont pas) et encore moins à celui de la laïcité. Les enseignants, s’ils le souhaitent et dans le respect de leur liberté de conscience, ont ainsi le droit – pas l’obligation !- de prier et de faire prier les élèves en classe. 
 
Un enrichissement précieux

Ces prières sont brèves et il est aisé de compenser le temps en empiétant sur la récréation pour ne pas mordre sur le temps des cours imposés et financés par l’État. Ceux qui ne veulent pas prier doivent avoir tout loisir de s’en dispenser, rêver, lire à la place…. Ce n’est en tout état de cause pas un drame d’entendre une prière voire d’assister à une cérémonie religieuse, dès lors que ces familles ont choisi sciemment une école catholique. N’est-ce pas l’occasion d’un enrichissement culturel précieux ou d’une pause méditative bienvenue, dès lors qu’on ne contraint évidemment pas l’enfant à prononcer des prières, se confesser, communier, ou à poser des actes publics de foi ? L’ampleur des difficultés de l’Éducation nationale doit pousser ses protagonistes et défenseurs à concentrer tous leurs efforts sur son relèvement, au lieu de regarder dans l’assiette du voisin et de mener une guerre d’arrière-garde contre les libertés de l’enseignement libre ! 

mercredi 5 novembre 2025

« La France est-elle encore chrétienne ? »

Débat exclusif entre Éric Zemmour et Jérôme Fourquet dans le Figaro Magazine.  Autrefois qualifiée de « fille aînée de l’Église », la France est un des pays les plus déchristianisés d’Occident. Mais est-ce irrémédiable ?   La citrouille d’Halloween va-t-elle définitivement l’emporter sur le chrysanthème de la Toussaint ? « La messe n’est pas dite », répond Éric Zemmour dans son nouvel essai. Le président de Reconquête en appelle à un sursaut spirituel, seul moyen selon lui de préserver l’identité de la France face à un islam conquérant.  Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP et analyste lumineux de la société française, observe pour sa part des signes d’un regain d’attrait pour le catholicisme, mais doute qu’une rechristianisation du pays soit pour autant possible. Ils ont accepté de confronter leurs points de vue pour Le Figaro Magazine.

Question. — Comment qualifieriez-vous la situation du christianisme en France ?

Éric Zemmour. — Je commencerai par rappeler une réalité historique : c’est le christianisme qui a fait la France. Le général de Gaulle disait : « L’histoire de mon pays a commencé avec la conversion de Clovis au catholicisme. » Au cours de mille ans d’histoire, l’Église a fait les rois, les rois ont fait la nation et la nation a fait la République. Mais, dès le milieu du XVIIIe siècle, avant même la Révolution française donc, un phénomène de déchristianisation colossal s’est amorcé avec les Lumières. Je cite dans mon livre cette phrase magnifique de Chateaubriand : « Voltaire eut l’art funeste, chez un peuple capricieux et aimable, de rendre l’incrédulité à la mode… » Il y a eu des vagues de rechristianisation très puissantes, en général d’ailleurs après nos catastrophes militaires, en 1815, 1870 ou 1940, mais qui n’ont pas arrêté la déchristianisation du pays. Dans une période plus récente, je pense que Vatican II a accéléré ce mouvement. La chanson de Brassens : « Sans le latin la messe nous emmerde » résume, sur un registre évidemment rigolard, le sentiment général. De façon un petit peu plus savante et malheureusement moins talentueuse, je dirai que l’Église a protestantisé le catholicisme. Là où le christianisme avait eu le génie depuis 2000 ans de fonder la liturgie sur l’émotion, la hiérarchie catholique a fait sienne la philosophie du protestantisme qui est de faire appel à la raison. Et je pense que ce fut une erreur historique.

Jérôme Fourquet. — Je partage le constat d’Éric Zemmour sur la déchristianisation de la France. En ce qui concerne Vatican II, je ferais volontiers un parallèle avec ce qu’avait tenté Gorbatchev en Union soviétique. Voyant que les lézardes dans le barrage étaient de plus en plus importantes, la hiérarchie catholique comme les dirigeants soviétiques ont essayé de relâcher la pression en desserrant le carcan. Et ce faisant, on n’a fait qu’accélérer un mouvement qui était déjà entamé et qui a finalement tout emporté. L’historien Guillaume Cuchet raconte comment les éléments de piété populaire, faire maigre le vendredi par exemple, ont été abandonnés, parce qu’on préférait que les églises soient moins remplies, mais avec des gens ayant vraiment la foi. Tout cela n’a fait qu’accélérer la déchristianisation. Aujourd’hui, 5 % de la population française va encore à la messe le dimanche. C’était 35 % avant Vatican II. 30 % des enfants sont baptisés à la naissance, contre 70 % au début des années 1980. Les constantes vitales du catholicisme en France sont donc très dégradées. Mais de surcroît, le soubassement culturel et anthropologique judéo-chrétien s’est lui-même disloqué. La citrouille d’Halloween n’a pas encore complètement remplacé le chrysanthème, mais on s’en approche. Dans nos enquêtes récentes, plus personne ou presque ne connaît les fondements de la doctrine chrétienne comme l’Assomption ou la Pentecôte. Le substrat chrétien est en voie d’effacement en ce qui concerne par exemple le rapport au corps, l’institution du mariage, la hiérarchie homme-animal ou les rites funéraires, etc. En 1980, 1 % des obsèques donnaient lieu à une crémation en France. On est à 45 % aujourd’hui. Un autre signe de la déchristianisation est l’évolution des prénoms : en 1900, 20 % de petites filles s’appelaient Marie, c’est 0,2 % aujourd’hui. Le catholicisme, comme les autres religions est non seulement une foi, mais également une identité culturelle, qui est en voie de disparition.

Disparition du prénom Marie en France

vendredi 10 octobre 2025

Moins de catéchisme, moins d’enfants : quand la fin de l’enseignement religieux façonne la société allemande

La suppression progressive des cours religieux obligatoires dans les écoles allemandes entre 1972 et 2004 a laissé une empreinte durable sur les adultes d’aujourd’hui : pratiques religieuses réduites, revenus et emploi en hausse… mais moins d’enfants. Cette étude montre que l’école ne se contente pas de transmettre des savoirs : elle façonne profondément croyances, comportements et choix de vie.
 
Une étude publiée en octobre 2025 dans le Journal of Human Resources par Benjamin Arold, Ludger Woessmann et Larissa Zierow apporte un éclairage rare sur la manière dont l’école façonne durablement les croyances religieuses et certains comportements de vie.

L’école peut façonner les croyances et comportements bien au-delà de l’acquisition de connaissances. C’est la conclusion d’une étude publiée dans le Journal of Human Resources par Benjamin Arold, Ludger Woessmann et Larissa Zierow, qui s’appuie sur l’expérience allemande unique d’une abolition progressive de l’enseignement religieux obligatoire entre 1972 et 2004. Environ 1000 heures de cours religieux sur la scolarité, soit plus de quatre fois le volume consacré à la physique, sont devenues optionnelles dans différents Länder, les élèves pouvant choisir entre religion et cours d’« éthique » non religieux.

Pour mesurer l’impact de cette réforme, les auteurs exploitent trois grandes enquêtes représentatives : le National Educational Panel Study (NEPS), le German General Social Survey (ALLBUS) et le German Socio-Economic Panel (SOEP). Leur base fusionnée contient jusqu’à 58 000 observations d’adultes entrés à l’école primaire entre 1950 et 2004. L’approche économétrique utilise un modèle à effets fixes sur l’état et la cohorte, contrôlant pour les caractéristiques individuelles, et compare les trajectoires des élèves exposés ou non à l’enseignement religieux obligatoire.

Les résultats sont clairs : la fin des cours religieux obligatoires réduit significativement la religiosité à l’âge adulte. Les anciens élèves pratiquent moins la prière, fréquentent moins l’église et adhèrent moins souvent à une Église, avec des effets plus marqués dans les régions majoritairement catholiques. Les analyses temporelles indiquent que l’effet sur la prière se développe progressivement, tandis que celui sur l’adhésion à l’Église correspond à un changement quasi immédiat.

La réforme a également des conséquences sur la vie économique et familiale. Les adultes ayant suivi des parcours scolaires plus séculiers affichent une participation accrue au marché du travail, plus d’heures travaillées et des revenus plus élevés, tandis que leur fécondité diminue, reflétant la moindre influence des valeurs religieuses sur les choix familiaux. En revanche, aucun effet n’est observé sur les valeurs éthiques (réciprocité, confiance, bénévolat, satisfaction de vie) ni sur les valeurs politiques (intérêt politique, vote, satisfaction de la démocratie).

Loin d’être neutre, la place donnée à la religion — ou à son absence — dans les programmes scolaires semble façonner la sécularisation et certains choix de vie au cœur des sociétés modernes. 

La robustesse des résultats a été testée de multiples manières : aucune relation n’est observée avec des variables placebo comme la durée de scolarité ou l’âge du premier emploi, et les effets demeurent stables en contrôlant d’autres réformes éducatives contemporaines ou en comparant des comtés voisins situés de part et d’autre des frontières d’État. Les auteurs confirment également la fiabilité de leurs estimations avec des tests récents sur les modèles à deux effets fixes.

En résumé, cette étude illustre la puissance durable de la socialisation scolaire sur la religiosité et certains choix de vie. La place accordée à la religion à l’école influence non seulement la pratique spirituelle mais aussi les comportements économiques et familiaux, renforçant l’idée que l’éducation façonne profondément la société.


vendredi 29 août 2025

« On ne respecte pas l'autorité parentale au Québec »

Des organisations opposées au contenu du programme de Culture et citoyenneté québécoise (CCQ) ont distribué et déposé des lettres sur le pare-brise des voitures dans le stationnement de quelques écoles de Montréal, dont les établissements Sophie-Barat et Henri-Bourassa. 

Selon elles, le programme en question fait notamment la promotion de l’hypersexualisation des jeunes et l’idéologie de genre ce qui peut menacer la santé mentale des enfants.

Écoutez Jean-Léon Laffitte, vice-président de l’organisation Ensemble pour Protéger Nos Enfants, en discuter à Lagacé le matin jeudi.


Ces parents demandent au ministère de l'Éducation le retrait de tout contenu relatif à l'identité de genre à l'intérieur comme à l'extérieur du cours de culture et citoyenneté québécoise.

M. Laffitte, qui est également président de l'Association des parents catholiques du Québec, revendique le droit des parents de retirer leurs enfants des cours d’éducation sexuelle.

C'est l'autorité parentale et ça c'est très important. C'est reconnu par toutes les chartes internationales. C'est le parent qui a l'autorité ultime sur l'éducation de l'enfant, ce n'est pas le gouvernement, ce n'est pas les professeurs. Et au Québec, c'est très différent d'ailleurs où il y a des régimes pédagogiques multiples. Ici, il y a un monopole et on impose à tous les parents le même enseignement, que le parent soit d'accord ou pas. On ne respecte pas l'autorité parentale au Québec.


Jean-Léon Laffitte

 

Liens connexes

Recommandations pour renforcer la laicité : évincer les parents, imposer les églises, priver les écoles de subventions, lutter contre les organismes pro-vie ?

Critique de la définition du sexe dans un manuel approuvé par le ministère de l'Éducation du Québec

Parents catholiques et leurs inquiétudes par rapport au nouveau cours obligatoire de Culture et citoyenneté (CCQ)

 

Sortie d'un livre sur le cours d'éducation sexuelle du Québec (m-à-j)

Québec — Appel aux parents à retirer leurs enfants des cours de sexualité

lundi 30 juin 2025

Programme d’éducation à la sexualité à l’école : « Ça va élargir le fossé qu’il y a entre [...] parents et l’institution scolaire »

Le Conseil d’État rejette le recours de sept associations qui demandaient l’annulation du programme d’éducation sexuelle à l’école : « C’était couru d’avance », réagit estime Anne Coffinier, fondatrice de la Fondation Kairos-Institut de France.

Programme d’éducation à la sexualité à l’école : « Ça va élargir le fossé qu’il y a entre un nombre important de parents et l’institution scolaire », d'ajouter Mme Coffinier.


dimanche 25 mai 2025

Éducation : le succès du cours Clovis, une école d’excellence dans la France rurale

En 2027, il faudra se donner les moyens de reproduire à l’échelle nationale de la France le succès du cours Clovis, une école d’exception à La Fère, dans la France périphérique.

Les jeunes ruraux pauvres se projettent deux fois moins dans les études supérieures

La Fère est emblématique de la France dite périphérique. Hier couverte de gloire et enjeu de batailles décisives, La Fère, ville natale du père d’Henri IV, choyée par Mazarin et Anne d’Autriche, ancien siège de l’école royale d’artillerie, semblait vouée à la disparition. 2 800 habitants, 30 % de chômeurs, des commerces qui ferment les uns après les autres. Plus d’avenir pour les adultes, pas de perspective pour les jeunes… jusqu’à ce qu’en 2017 un petit groupe de trentenaires, décidé à renverser le cours d’un destin trop triste, installe quatre Algecos sur le stationnement d’une enseigne commerciale de maxi-discompte désaffectée, et lance un appel : « Élèves décrocheurs de la région, venez apprendre et grandir avec nous ! » Le cours Clovis – nous sommes à 40 kilomètres de Soissons – était né. Huit ans plus tard, les résultats de sa pédagogie tiennent du miracle.

Dans cette région qui cumule les records (pauvreté, chômage, alcoolisme), les élèves du cours Clovis entrent en CP avec un niveau inférieur à celui des réseaux d’éducation prioritaire renforcés (les élèves en plus grande difficulté)... pour entrer en 6e avec un niveau supérieur à la moyenne nationale. Le succès ne s’arrête pas là : depuis trois ans, les élèves de 3e obtiennent des résultats semblables aux 10 % des élèves les plus favorisés de France, alors qu’ils font partie des 10 % les plus défavorisés.

Et pourtant, le coût annuel par élève du cours Clovis, qui est hors contrat et donc non subventionné par l'État, est significativement inférieur au coût moyen d’un élève de l’Éducation nationale : 6 500 euros par an contre 7 900 euros (primaire). D’où vient le miracle et peut-on le reproduire à l’échelle nationale en 2027 ?

Il y a ce qui se donne à voir dans cette école d’exception : l’uniforme pour masquer les disparités de revenus et de conditions, et libérer parents et enfants de la tyrannie dispendieuse des marques ; le vouvoiement des professeurs par leurs élèves et réciproquement ; les professeurs qui jouent au foot et au basket avec leurs élèves pendant la récréation à même le stationnement de voitures.

La discipline, bien sûr, mais d’où vient cette joie sereine sur les visages des enfants ; cette absence de tensions et de violences ; ce je-ne-sais-quoi où se mélangent le respect, la fierté d’en être ? Le directeur d’Excellence Ruralités, Jean-Baptiste Nouailhac, a la réponse. « Il n’y a pas de miracle, mais un projet fondamental : nous mettons des personnes (les professeurs) devant d’autres personnes (les élèves) ; nous ne broyons pas l’humain dans une procédure ou une bureaucratie. Des petits effectifs permettent un suivi personnalisé de chaque élève. Le projet éducatif ici, ce n’est pas de faire rentrer les élèves dans des cases idéologiques, quelles qu’elles soient ; c’est de faire en sorte que l’élève puisse voler de ses propres ailes. Nous éduquons à la liberté et à la maîtrise de soi, dans une époque où il est de plus en plus difficile de résister aux intrusions et aux tentations et prescriptions des petits écrans. » Et pour enfoncer le clou, et le compas, Pythagore vient à la rescousse : « Nul n’est libre s’il n’est maître de lui-même. » CQFD.


Révolution culturelle

Comment réussir le déploiement à l’échelle nationale, au-delà du cours Clovis et de deux nouvelles écoles lancées en Charente et dans le Morvan ? Cela passe d’abord par une forme de révolution culturelle à l’Éducation nationale. Remettre la personne au centre, c’est troquer une approche massifiée par une approche granulaire, de personne à personne. Les outils numériques le permettent. Pierre d’angle du succès d’une école comme de toute entreprise humaine : son chef. Un chef d’établissement, en effet, doit avoir les moyens juridiques et financiers de son autorité; pouvoir recruter l’équipe d’enseignants qu’il souhaite, au prix qu’il aura décidé – dans le cadre d’un budget global, et en privilégiant la personnalité, la motivation, son adhésion au projet éducatif, plutôt que des enseignants choisis par le syndicat et au titre de l’ancienneté.

Comment financer cette révolution culturelle – où le principe du doublement des salaires des enseignants doit être acté, afin de rémunérer les enseignants français dignement – et au niveau de leurs homologues allemands ?

Neuf des 10 départements les plus touchés par les retards de lecture sont ruraux

Les marges de manœuvre sont toutes trouvées dans les pantagruéliques effectifs administratifs de l’Éducation nationale, tant à Paris que dans chaque établissement. 600 000 agents « encadrent » 10 millions d’élèves dans l’Éducation nationale, soit 1,5 fois plus que dans l’enseignement catholique. À l’instar de l’hôpital et d’autres services publics essentiels, le mal est là, et croissant (48 % d’effectifs non enseignants en hausse depuis 2015, source Ifrap) : dans la bureaucratisation à outrance. La solution est toute trouvée : aucun départ à la retraite ne sera remplacé chez les non-enseignants pendant le prochain quinquennat ; gel total des embauches pour ce corps déjà obèse. Priorité absolue donnée à la « ligne de front » – les enseignants, et à l’initiative des chefs d’établissement. Ce sont eux qui savent faire, au plus près des élèves ; pas des bureaucrates syndiqués à Paris, récitant souvent un mauvais catéchisme idéologique.

Une idée du cours Clovis, dont la stratégie est d’aider les élèves de leur région à pleinement se réapproprier leur territoire, son histoire et sa marque glorieuses, nous identifions le triptyque gagnant pour l’Éducation nationale en 2027. Plus un euro pour l’administratif, tout pour les enseignants ; dévolution maximale des pouvoirs au chef d’établissement et que les meilleures écoles gagnent ; et remettre la personne de l’élève, son histoire et son territoire, au cœur du nouveau contrat éducatif français. Si nous y arrivons en 2027, les enseignants-mousquetaires de La Fère n’auront pas démérité de leurs ancêtres dumasiens.


Source : JDD

samedi 15 février 2025

Repenser l'école à l'heure de l'IA

Chronique de Luc Ferry paru dans le Figaro du jeudi 13 février.

J’évoquais il y a peu ici même l’échec de « Lucie », cette IA soutenue par l’éducation nationale qu’on a dû retirer d’urgence tellement elle était nulle. L’idée de départ, pourtant, était bonne, car il va bien falloir un jour s’emparer sérieusement du sujet. Avec l’IA, certains s’imaginent qu’on pourra enfin donner chair à l’idéal porté dans l’après-68 d’un monde scolaire où tout deviendrait ludique, un monde où on supprimerait enfin toute forme d’ennui à l’école, fût-ce au prix d’un anéantissement de la notion même de perfectibilité par le travail. Avec l’IA tout deviendrait facile, il suffirait de questionner un modèle de langue de grande taille (MLGT) enfin débarrassé des «hallucinations» qui caractérisaient ses premiers pas pour avoir réponse à toutes les questions ou peu s’en faut, qu’il s’agisse de faire un devoir d’histoire, de science, de littérature ou de philosophie. Plus de travail à faire à la maison, plus d’ennui à l’école! Victoire du «jeu interactif» universel vers lequel l’IA pourra emmener tous ceux qui veulent « jouir sans entraves » !

En travaillant à notre place, l’IA pourra nous débarrasser de toute forme de pénibilité. Le problème, c’est qu’on peut bien faire travailler quelqu’un (en l’occurrence quelque chose, une machine) à sa place, mais on ne peut pas penser à notre place. Si l’IA devait non seulement supprimer une quantité faramineuse d’emplois salariés, mais en outre ôter à nos enfants le soin de penser par eux-mêmes, d’acquérir des connaissances et plus encore d’en comprendre le sens, les IA génératives faisant quasiment tout le travail scolaire pour eux, nous risquerions tout simplement de voir en quelques générations l’humanité sombrer dans la bêtise et l’obscurantisme. Il est crucial ici de bien comprendre la différence entre « sens » et « connaissance ».

L’IA est des millions de fois plus savante que moi grâce aux connaissances qu’on lui a fait ingurgiter, mais comme elle ne possède par elle-même ni valeurs ni émotions, pour elle tout se vaut! Car ce sont nos valeurs qui donnent du sens aux connaissances. Quand on écoute la radio le matin, on s’indigne, on s’attriste, on rit, bref, on donne du sens à ce qu’on entend à partir de ses valeurs. Pour L’IA, tout est équivalent, ses codes éthiques, esthétiques et politiques n’étant pas vécus par elle mais imposés par un programmateur. D’où le caractère irremplaçable du travail personnel, comme le notait déjà Kant dans ses Réflexions sur l’éducation : il est, écrivait-il, « de la plus haute importance que les enfants apprennent à travailler… C’est une idée fausse de s’imaginer que si Adam et Eve étaient demeurés au Paradis, ils n’auraient rien fait d’autre que d’être assis ensemble, chanter des chants d’Arcadie et contempler la beauté de la nature. L’ennui les eût bien vite torturés… »
Je suis convaincu qu’interdire tout usage de l’IA dans le cadre scolaire serait aussi vain qu’au final nuisible. Il me semble plus intelligent d’adapter la pédagogie à cette nouvelle donne en demandant par exemple aux étudiants de poser leurs questions à l’IA multimodale, de citer ses réponses, puis de les résumer avant d’en faire la critique, de les discuter et de les compléter, un exercice qui pourrait être tout à fait pertinent sur un plan pédagogique
On peut engager une personne pour faire le ménage ou pour entretenir son jardin, on ne peut pas engager quelqu’un pour penser et construire sa vie à sa place. Pas davantage une IA… La valorisation républicaine [pas au Royaume-Uni ou au Royaume de Belgique ?] du travail marque ainsi comme par avance une rupture radicale avec l’idéal de ces patrons de l’IA qui plaident pour un revenu universel de base. Pour autant, je suis convaincu qu’interdire tout usage de L’IA dans le cadre scolaire serait aussi vain qu’au final nuisible. Il me semble plus intelligent d’adapter la pédagogie à cette nouvelle donne en demandant par exemple aux étudiants de poser leurs questions à L’IA multimodale, de citer ses réponses, puis de les résumer avant d’en faire la critique, de les discuter et de les compléter, un exercice qui pourrait être tout à fait pertinent sur un plan pédagogique.

Pour en donner une autre illustration à l’école primaire, on montre aux enfants une carte de Noël et on leur demande de la décrire à l’IA pour qu’elle génère une image identique. On compare ensuite le résultat avec l’original et en général, les différences proviennent du fait que les enfants n’ont pas utilisé les mots exacts et les phrases correctes pour décrire ce qu’ils voyaient. On les invite alors à recommencer en employant les mots justes jusqu’à ce que la ressemblance soit convaincante – un exercice qui les obligera à soigner leur expression. On pourrait bien sûr donner bien d’autres exemples dans le domaine de la biologie, de la géographie, de la physique ou de la chimie, où les jumeaux numériques permettent de visualiser et même de pratiquer des expériences de manière extraordinaire, mais ce qui est certain, c’est qu’il y a urgence à organiser la complémentarité entre l’IA et l’élève, car, en toute hypothèse, on n’arrêtera pas le raz de marée…
 

IA; 300 millions d’emplois menacés - Luc Ferry
(Ferry pratique goulûment l'anglicisme, ainsi prompts = invites, affinages, requêtes). Luc Ferry exagère à notre avis la précision de l'IA actuelle qui, malgré son savoir encyclopédique, peine à composer des programmes d'informatique corrects dès que la tâche est un tant soit peu complexe et originale. Les IA, même les dernières versions, hallucinent encore (c'est notamment dû aux transformateurs qui sont très bons pour générer du texte qui semble cohérent mais n'est pas nécessairement exact.)

Voir aussi

Le Chat — Un agent conversationnel français très félin