vendredi 31 décembre 2021

Meilleurs vœux pour 2022 !

Que la liberté de choix en éducation croisse en 2022, que les parents et leurs enfants soient protégés du monopole éducatif de l'État si c'est leur choix !

Pour 2022, nous souhaitons aux enfants et à la jeunesse du Québec et d'ailleurs de pouvoir vivre librement. Libres de la peur (très souvent démesurée et bien alimentée) de leurs aînés et de leurs gouvernants.

















Données suggèrent qu'Omicron semble provoquer une maladie plus bénigne chez les enfants

Selon le New York Times : « … Les données préliminaires suggèrent que, par rapport à la variante Delta, l’Omicron semble provoquer une maladie plus bénigne chez les enfants, similaire aux premiers résultats chez les adultes. »

Plusieurs États américains ont signalé une augmentation d’environ 50 % des admissions pédiatriques pour Covid-19 en décembre. La ville de New York a connu l’augmentation la plus spectaculaire, avec 68 enfants hospitalisés la semaine dernière, un bond de quatre fois par rapport à deux semaines plus tôt.

Mais alors même que les experts s’inquiétaient d’une augmentation marquée des hospitalisations — une augmentation plus du double de celle des adultes — les médecins et les chercheurs ont déclaré qu’ils ne voyaient pas de preuves qu’Omicron était plus menaçant pour les enfants.

En réalité, les données préliminaires suggèrent que, par rapport à la variante Delta, Omicron semble provoquer une maladie plus bénigne chez les enfants, similaire aux premiers résultats pour les adultes.

« Je pense que ce qu’il faut retenir ici est que la gravité est très faible et que le risque de maladie grave et significative semble être plus faible », a déclaré le Dr David Rubin, chercheur à l’Hôpital pour enfants de Philadelphie.

Une grande partie de l’augmentation des admissions pédiatriques résulte du grand nombre d’enfants infectés à la fois par la variante Delta et la variante plus contagieuse Omicron, ont déclaré lui et d’autres experts, ainsi que de faibles taux de vaccination chez les enfants de plus de 5 ans.

Les enfants infectés restent beaucoup moins susceptibles de tomber malades que les adultes. Mais à travers le pays la semaine dernière, 1 200 enfants en moyenne ont été hospitalisés chaque jour avec le coronavirus, contre 800, à la fin novembre, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux. Plusieurs de ces enfants sont arrivés à l’hôpital avec d’autres problèmes médicaux.

Ces chiffres sont bien en deçà des pics atteints en septembre dernier, bien que les experts craignent également une vague d’hospitalisations pédiatriques dans les semaines à venir, alimentées par la propagation d’Omicron, les rassemblements des fêtes de fin d’année et un retour en classe après le 1er janvier.

Voir aussi

Covid19 – Omicron : La bonne nouvelle venue du Royaume-Uni

 


jeudi 30 décembre 2021

S'envoyer des vœux de Nouvel An, une pratique antirépublicaine...sous la Révolution

On sait que les révolutionnaires de 1789 tentèrent d'interdire aux Français le vouvoiement et l'usage de Monsieur ou Madame. On sait moins que le parfum et le maquillage étaient suspects et qu'ils tentèrent aussi d'interdire socialement l'envoi de vœux de Nouvel An.

 Ainsi, le Secrétaire des républicains qui paraît sous la Révolution se donne comme mission non seulement d'imposer le tutoiement et de supprimer systématiquement les usages établis sous l'Ancien Régime. « Nous ne sommes plus au temps du cérémonial », explique son auteur, qui rappelle qu'il faut désormais cesser d'envoyer à ses parents des vœux de bonne année, « cette lettre ridicule et bizarre » dont la politesse ancienne faisait une obligation : « Je ne crois pas, écrit ainsi un fils à son père que tu sois fâché de ne plus [les] recevoir [...]. C'est un usage que le républicain doit annuler. Les bienfaits d'un père sont autrement [précieux]; il n'y a point de jour marqué pour lui témoigner la reconnaissance qui, dans un fils, doit être continuelle... » Et le père d'opiner, en réponse : « Combien d'hypocrisie ! Que de faux baisers ! Il faut que le vice n'ait plus de subterfuges, et la vertu n'a plus besoin d'époque ».

Ce qui, dans ce manuel de correspondance républicaine, semble n'être qu'une recommandation prend dans la vie quotidienne un tour parfois plus menaçant. Trois ans plus tard, la République proclamée, la célébration du Jour de l'an — qui correspondant au 12 nivôse dans le calendrier républicain — est interdite : « La mort à qui fera des visites ! » commentent les Goncourt, historiens aussi partiaux que perspicaces. « La mort à qui osera des compliments ! Et les gouvernants vont jusqu'à faire décacheter, ce jour-là, toutes les lettres à la poste, pour s'assurer si tous ont bien oublié le calendrier grégorien et les souhaits de bonne année ». Plus que des historiens, les frères Concourt sont des romanciers, et l'on sent qu'ils dramatisent à plaisir la situation. Pourtant, le fait est que ceux qui célèbrent le « Jour de l'an » sont désormais des suspects, comme le note un agent secret du ministre de l'Intérieur dans un rapport du 31 décembre 1793 : « L'Ancien Régime n'est pas encore supprimé dans les cœurs. On voir partout à Paris les trois quarts des citoyens s'apprêter pour souhaiter une bonne année. » Le lendemain, un autre mouchard, Rolin, confirme dans son rapport : « Les anciens préjugés ont bien de la peine à disparaître. On a remarqué que, quoique l'année [républicaine] soit déjà au quart, beaucoup de citoyens ne la considèrent encore que commençant en ce jour. Les visites ont existé presque comme de coutume dans les rues mêmes on a entendu des citoyens se souhaiter une bonne année » — ce qui est un comble, et une information qui mérite d'être rapportée au ministre. « Il faut du temps, conclut Rolin, pour oublier des préjugés, des habitudes que nous avons contractés en naissant ».

Source : Histoire de la politesse, de Frédéric Rouvillois, pp. 38-39.




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mercredi 29 décembre 2021

Belgique — Pourquoi nos ministres négligent-ils notre appartenance à la Francophonie ?

Une carte blanche de Paul-Henry Gendebien, ancien député, étudiant à l’Université de Louvain-Leuven de 1959 à 1964, publié dans La Libre (Belgique)

Je viens de le constater : un panneau annonçant "l’University of Louvain" a été installé sur l’autoroute Namur-Bruxelles. On est en droit de s’interroger : qui a pris cette décision, qui l’a demandée ? À qui veut-elle complaire ? À un voyageur anglophone incapable de comprendre "Université de Louvain" ?

On peut aimer et pratiquer la langue de Shakespeare et dans le même temps s’inquiéter de la promotion systématique d’innombrables anglicismes à Bruxelles et en Wallonie. C’est un phénomène en progrès constant, véhiculé par la publicité commerciale, par les médias, par la communication des pouvoirs publics, par le monde de la culture. Illustrations récentes : nous avons eu droit à un "Heritage Day" à Bruxelles, à un "Inside Magritte" à Liège, à un "Get up Wallonia", sans oublier les "testing et tracing" sanitaires, ou encore les quotidiens "booster la relance" et même un ahurissant "l’immobilier a boomé cette année"… On en conviendra, nous voici en face d’une inventivité hautement productive, aussi époustouflante que ridicule.

Une véritable submersion

Nous abdiquons. Nous nous résignons collectivement à une diminutio capitis de notre langue française, comme s'il était désormais gênant, voire honteux, d'en conserver l'usage, d'en assurer la défense et l'illustration. Tout se passe comme si une minorité agissante et puissante, parmi nos élites et nos dirigeants, se laissait envahir par un snobisme déplacé doublé d'un complexe d'infériorité à l'égard de sa propre langue.

Il est grand temps de combattre ce fléau, sans quoi nous subirons une véritable submersion non seulement linguistique mais également culturelle. Une servitude volontaire. Déjà elle nous contamine, peu ou prou, non pas lentement mais sûrement, non pas sournoisement mais ouvertement. Si nous nous laissons aller, c'est une colonisation des esprits qui nous guette, suivie d'une dénaturation de notre vie sociale. Notre identité n'est pas définie par notre domicile, ni par notre origine, ni par la couleur de notre peau, mais bien par la langue que nous parlons. Albert Camus le proclamait : "La langue française est ma patrie." Plaise au ciel que cette patrie-là, au moins, soit protégée et promue.

Je le pressens : en invoquant l’idée de patrie, j’emploie un gros mot qui fera mal aux oreilles des activistes de la "déconstruction" de notre histoire et de notre culture qui vont me qualifier d’élitiste, de passéiste, d’identitaire, de réactionnaire. Que ne voient-ils pas, comme l’ont montré une Jacqueline de Romilly et une Anne-Marie Ortese, qu’une bonne connaissance de la langue maternelle est un chemin vers plus de liberté mais aussi un sésame pour accéder à un statut personnel et professionnel, pour une meilleure insertion dans la société, un facteur d’intégration, un outil de promotion sociale ?

L’appauvrissement de notre langue

Faut-il ajouter que les nouvelles générations sont les premières victimes de l’appauvrissement dramatique de notre langue, sans cesse aggravé par les technologies modernes ? Je me joins dès lors à ces enseignants qui s’efforcent encore de donner un bon apprentissage du français à leurs élèves et qui refusent de se rallier à l’inqualifiable écriture inclusive déjà encouragée par certaines administrations et même par des universités…

Par ailleurs, j’ose espérer qu’il se trouvera quelques "justes" parmi nos responsables politiques et nos journalistes pour s’attaquer à cette anglomanie qui s’infiltre partout. Nombreux sont les citoyens qui s’interrogent : pourquoi la Fédération Wallonie-Bruxelles et nos deux Régions se désintéressent-elles de ce devoir ? Pourquoi ne donnent-elles que peu de suites aux recommandations de la commission permanente de contrôle linguistique ? Pourquoi notre Conseil supérieur de la langue française et nos Académies ne s’expriment-ils pas ? Pourquoi le décret Spaak sur la protection de la langue française demeure-t-il lettre morte ? Pourquoi nos parlementaires ne réagissent-ils pas comme l’auraient fait jadis les Marcel Thiry, les Jacques Hoyaux, les André Lagasse ? Pourquoi nos ministres négligent-ils notre appartenance à la Francophonie, qui est un privilège qui nous oblige ?

Le français expulsé de l’Université

Je reviens au panneau installé sur l’autoroute E411 pour la gloire de l’University of Louvain. Je demande comment serait jugée cette incongruité par ceux-là mêmes qui furent les accoucheurs de Louvain-la-Neuve, de Mgr Massaut à Yves du Monceau et à Michel Woitrin. Il me semble qu’ils n’auraient pas apprécié une initative de cette espèce, même s’ils étaient largement ouverts sur le monde extérieur.

En 1968, la section française multiséculaire de Louvain était expulsée de Leuven [en français Louvain] parce que française ; aujourd’hui notre Université francophone et wallonne expulse elle-même la langue française de l’image qu’elle donne. Puisse l’autorité compétente réparer cette bévue illégale avant que la Commission permanente de contrôle linguistique en soit saisie.

Il faut remplacer le panneau litigieux par un autre, en français s’il vous plaît, et sans honte. [S'il n'y avait que les panneaux... Les cours en anglais y sont de plus en plus nombreux...]


mardi 28 décembre 2021

« Le Tour du monde en 80 jours » revisité : Phileas Fogg est un anti-héros, Passepartout est d'origine malienne, le détective Fix une femme journaliste

Des chaînes francophones comme France 2 et la RTBF diffusent depuis la semaine dernière les premiers épisodes du « Tour du monde en 80 jours », une version « modernisée » du chef-d’œuvre de Jules Verne, portée par le Britannique David Tennant.

 

Extraits de la version de 1956 avec David Niven dans le rôle de Phileas Fogg

Coproduite pour l’Alliance européenne (un consortium de télévisions publiques notamment française, britannique, belge, italienne et allemande), ce feuilleton tourné en anglais met en scène David Tennant dans la peau du gentleman Phileas Fogg aux côtés de l’acteur d’origine malienne Ibrahim Koma dans le rôle de son fidèle serviteur Jean Passepartout. On a avait déjà plus tôt cette année, le très français Arsène Lupin incarné par Omar Sy, acteur d’origine sénégalaise exilé en Californie. Qui propose ces acteurs d’origine africaine dans le rôle de Français lors des « réinventions » des classiques de la littérature française ?

Il s’agit donc d’une version « modernisée » du chef-d’œuvre de Jules Verne. C’est ainsi que le détective Fix du livre disparaît dans cette version. Il est remplacé par une journaliste intrépide et féministe, Abigail Fix. Passepartout, comme on l’a vu est un Français d’origine africaine. Quant à Fogg, c’est un antihéros. La princesse indienne sauvée in extremis d’un satî disparaît. Pas de mariage en vue entre elle et Fogg donc. L’idylle naît plutôt sous nos yeux entre Passepartout au torse nu et avantageusement brillant et Abigail Fix de plus en plus émoustillée. Idylle que Fogg, grand distrait, ne voit pas naître. On comprend sa cécité : Ibrahim Koma n’a pas le visage avenant d’un jeune premier avec son nez busqué et épaté.

Extraits de la version 2021

Cette version « réinventée » a visiblement bénéficié des largesses des diffuseurs publics européens : les décors, costumes, animations et trucages respirent l’argent. Elle est plus animée que la version de 1956. La version avec David Niven, assez fidèle au roman de Jules, pêchait aussi par des scènes longues qui viraient au documentaire folklorique, sans doute intéressant à une époque où très peu de gens prenaient l’avion. Malgré ces défauts, le long métrage de 1956 était un véritable divertissement familial qui ne donnait pas dans la culpabilisation.

Ce qui nous a frappé avec le feuilleton de 2021 (la plupart de ces remarques sont illustrés par la vidéo d’extraits ci-dessus) :

  • une « photographie » à dominante brune sauf sous les tropiques, l'image est alors mal éclairée contrairement aux couleurs chatoyantes de la version de 1956. 
  • Des personnes « modernes » comme nous l’avons déjà mentionné (un Anglais névrosé et maladroit, un Français noir, une journaliste féministe). 
  • Aucun mariage ne conclut heureusement l’aventure (c’est vieux jeu). 
  • Étrange anachronisme, Abigail dit que « nous sommes en 1872 », mais on voit des troubles liés à la Commune, soulèvement qui dura moins de trois mois en 1871 sans rapport avec le droit de vote restreint des pauvres, contrairement à ce qu’affirme Passepartout. On ne sache pas non plus qu’il y ait eu un attentat contre Adolphe Thiers à l’époque. Tentative d’attentat dont le tireur d’élite est un noir (en 1872 à Paris !). Au même moment, un figurant planté là bien visible auprès d'Adolphe Thiers est également un subsaharien. Décidément...
  • Passepartout de gai, aimable, serviable et astucieux se transforme ici en un polyglotte souvent impertinent.
  • Scène étrange (inventée bien sûr) où Fogg interrompt un père italien à l’ancienne qui morigène son fils. Fogg sauvera la vie de ce fils par la suite. Le bobo malingre, mollasson célibataire et sans enfant qui défend mieux les enfants que le père traditionnel ?
  • Fogg et Passepartout arrivés à Suez se perdent dans le désert d’Arabie en route vers Aden (scène inventée) et sont sauvés par deux femmes : Fix et une autre Anglaise mariée à un cheikh bédouin, mais c’est l’Anglaise qui semble porter le sarouel dans le ménage. Image d'Épinal du féminisme autoritaire et du mariage « mixte », très moderne, excellent pour les enfants. Cela permet de placer la figure historique Jane Digby à la vie scandaleuse pour l’époque. Elle vivait près de Damas et non dans le désert yéménite où elle aurait pu croiser Fogg. Il n’y a pas d’épisode en Arabie dans le roman de Jules Verne ni dans le film de 1956, Fogg empruntant simplement un bateau pour aller de Suez en Inde.
  • Plus aucun satî (immolation d’une veuve hindoue) sans doute parce qu’il ne faut pas présenter des coutumes barbares. L’épisode en Inde tourne donc plutôt autour d’une joyeuse noce interrompue par la soldatesque commandée par un officier-enfant britannique. Elle recherche un déserteur. On « apprend » alors que l’Inde avait des universités depuis 2000 ans. Ce qui est très exagéré. D’une part, le plus vieil établissement d’enseignement supérieur est habituellement considéré comme le grand monastère de Nâlandâ construit au Ve siècle de notre ère (1400 ans avant Fogg) et détruit plusieurs fois, la dernière en 1202 par les mamelouks (musulmans donc) du Sultanat de Delhi. D’autre part, la plus ancienne université (au sens moderne du terme) toujours en fonctionnement en Inde a été fondée dans l’ancien comptoir danois de Sérampour en 1808. 
  • Plus aucun mariage forcé (la princesse Aouda est promise à l’âge de 7 ans à son radjah dans le roman), mais un mariage d’amour entre autochtones roturiers que le vil occupant anglais veut briser.
  • Aucune attaque des Sioux ni torture de Passepartout attaché à un poteau (c’est mal d’attribuer un mauvais rôle à des non-Blancs). 
  • L’attaque est donc remplacée par celle de méchants sudistes très racistes qui pensent que Fogg est aussi raciste (et s’opposerait donc à l’idylle entre Passepartout et Fix). Bien évidemment, le feuilleton « moderne » laisse croire que les seuls sudistes auraient pu avoir d’aussi vilaines pensées à l’époque. Rappelons qu’Abraham Lincoln déclara au cours de l’un de ses célèbres débats sénatoriaux avec son adversaire Stephen Douglas en 1858 : « Il existe une différence physique entre les races blanche et noire qui, je crois, interdira à jamais aux deux races de vivre ensemble en termes d’égalité sociale et politique. »
  • Le shérif qui a arrêté le méchant suprémaciste blanc est un noir (les shérifs noirs étaient pourtant rarissimes à l’époque). On tombe en fait, comme par hasard, sur Bass Reeves, le tout premier shérif adjoint fédéral à l’ouest du Mississippi…
  • La convoyeuse armée de la diligence où se retrouvera ce sudiste est une femme (chose rarissime à l’époque). Elle veut bien se marier un jour, mais uniquement avec un homme qui la laissera faire absolument tout ce qu’elle veut.
  • Alors que le Phileas Fogg de Jules Verne (et du film de 1956) est un maniaque de ponctualité et d’ordre, celui de 2021 bronche quand le sudiste Abernathy évoque les valeurs d’ordre (cela sent-il déjà trop le nazisme et son ordre nouveau ou encore l’ordre moral trop réactionnaire ?)
  • L’épisode inventé dans la version de 2021 à New York où Fogg rencontre celle qu’il a abandonnée des années auparavant tombe comme un cheveu dans la soupe. Cette histoire qui doit expliquer la personnalité troublée de Fogg et la carte marquée d’un « lâche » qui l’a poussé à entreprendre le périple est une addition moderne mal venue à nos yeux. Cette plongée psychologique brise le rythme du récit déjà plombé par les sentiments si métissement corrects que tissent Fix et Passepartout. S’agit-il encore d’un récit d’aventures pour la jeunesse ?
  • La scène dans la salle de bal alors qu’un passager de première classe confond Passepartout avec un serveur est assez typique de la volonté didactique antiraciste du feuilleton. Le tout est pesant, lourd, caricatural. Passepartout et Fix sont dignes, dansent bien, les blancs racistes sont guindées, odieux, heureusement leur jeune fille, Agatha, est attirée, excitée même (le geste soudain des mains sur le ventre…) par ce couple métissé qui s’amuse, danse si bien et si librement. Les parents sont perclus de préjugés, mais l’espoir antiraciste réside dans la jeunesse qui laissera parler ses pulsions.
  •  Si les gentlemen du Reform Club chez Jules Verne s’acquittent bien évidemment de leur dette, il n’en va pas de même dans la version moderne : il n’y a plus qu’un parieur, Bellamy, et c’est un fieffé fourbe, un félon failli qui ne peut honorer sa dette (mais félon il peut l’être, il est blanc après tout).
  • Très peu d’humour britannique contrairement à la version de 1956, dans la nouvelle version le comique tourne plutôt autour du ridicule qu’inspire le maladroit Fogg.
  • Le ton est souvent agressif.
  • Faisant le tour du monde où de nombreux personnages de couleur peuvent être mis en valeur pourquoi changer la race de Passepartout pour en faire un noir ? Juste pour provoquer ?
  • Dialogues fréquemment sans intérêt, didactiques ou lourds.
  •  Bref, feuilleton le plus souvent sentencieux et ennuyeux, malgré de gros moyens de production et un rythme rapide.


Le journal 20 Minutes nous relate la genèse de cette « modernisation » :

Tout a commencé il y a cinq ans chez un bouquiniste. « Nous cherchions de grandes histoires avec du souffle. Le Tour du monde en quatre-vingts jours s’est imposé », se souvient le producteur Simon Crawford Collins, que 20 Minutes a rencontré au festival Canneséries [l’anglais « series » a remplacé le mot français « feuilleton » dans le sens d’histoire découpée en épisodes]. En pleine crise des [im] migrants [illégaux], alors que le Royaume-Uni se déchire sur le Brexit et que Trump est élu aux États-Unis, « nous avions l’impression que des murs se construisaient un peu partout dans le monde », explique-t-il. Adapter le roman de Jules Verne semblait « vraiment opportun, et avant même d’avoir entendu parler du Covid. » « Une occasion de montrer le monde, d’autres peuples et cultures » [au-delà des clichés on en voit très peu, on est dans l’exotisme de pacotille], renchérit le scénariste, producteur et cocréateur de la série avec Caleb Ranson, Ashley Pharoah.

« Des personnages authentiques avec des failles »

La série rend hommage aux grands films d’aventures, comme on en voit trop peu, à la façon d’un Indiana Jones ou des Diamants du Nil. [C’est exact.] « C’est un peu passé de mode, mais je pense qu’après la crise du Covid, que le monde a besoin d’aventures, surtout si elles ont du cœur et peu de cynisme », estime le créateur. « Souvent tout tourne autour de l’action, et pas assez autour de l’émotion. Ashley a trouvé le moyen de mélanger l’action avec des personnages authentiques, avec des failles », considère le producteur.

Phileas Fogg dans l’édition Hetzel. Jules Verne le décrit comme un « fort galant homme », « l’un des plus beaux gentlemen de la société anglaise », « haut de taille », « blond de cheveux et de favoris ».

Cette adaptation prend [beaucoup !] des libertés tout en respectant l’esprit de l’œuvre d’origine. « Je pense que faire de Phileas Fogg un antihéros blessé, un peu naïf, presque enfantin, est une idée moderne [mais justement pas fidèle à l’esprit originel]. Il va au même club tous les jours, il y mange la même chose et il voit les mêmes personnes… Et une petite carte postale va changer tout cela », raconte le scénariste. Passepartout est tout l’opposé. [Normal, Fogg est blanc donc décadent, névrosé, tourmenté et faible, ce Passepartout est noir donc débrouillard, plein de vitalité, dynamique, etc.] « C’est un homme qui ne se pose jamais, qui a peur de tomber amoureux, peur de s’installer », continue-t-il.

Si le rôle de Phileas Fogg n’a pas été écrit spécialement pour David Tennant, l’acteur s’est vite imposé comme le seul capable d’incarner parfaitement ce gentleman. « Il fallait qu’on saisisse les traumatismes qu’ils cachent. Nous devions trouver un capable d’être drôle, et d’avoir cette profondeur. On s’est dit : “David Tennant serait parfait pour cela” ».

Jean Passepartout dans l’édition Hetzel. Jules Verne le décrit comme « de physionomie aimable », « les yeux bleus », « le teint animé », « la taille forte, une musculature vigoureuse ».

« Nous voulions un personnage féminin fort »

Pas de détective Fix dans cette version, mais une journaliste intrépide, jouée par l’Allemande Leonie Benesch. « Abigail Fix est notre invention. Nous voulions un personnage féminin fort. En tant que reporter, elle représente un peu le public. Quand Phileas Fogg est malpoli avec ses hôtes en Inde, elle le remet en place et lui rappelle les bonnes manières. Mettre en avant son féminisme nous sert, à la fois en tant que thème, mais aussi pour apporter de l’humour comme lorsqu’elle balance “une femme a autant besoin d’un homme qu’un poisson d’une bicyclette” », glisse le créateur. [Quelle saillie drolatique ! De l’humour féministe à n’en point douter…]

L’humour joue la carte du choc des cultures, notamment entre le Britannique Phileas Fogg et le Français Jean Passepartout, en revanche, pas question de moquer les autres cultures [sauf de l’Anglais incarnant l’Occidental maladroit ou malpoli ?]. « Le colonialisme est un sujet brûlant. Voilà, un aristocrate Anglais qui fait le tour du monde. Nous devions donc trouver un sens de l’humour pour permettre un contrepoint. Nous ne rions pas des gens qu’il rencontre, mais nous rions de sa réaction embarrassante », analyse Ashley Pharoah.

Et d’ajouter : « David Tennant apporte lui-même beaucoup d’humour, parce qu’il est hyperprécis. Il a parfaitement saisi toutes les nuances. C’est le rêve des scénaristes d’avoir un acteur qui apporte beaucoup plus que ce qu’il y a sur le scénario. » « Ibrahim et Leonie sont beaucoup moins expérimentés que David. Il leur a servi de modèle extraordinaire à suivre, en apportant à chaque fois une petite touche en plus. Ils se sont révélés tous deux brillants et professionnels », se réjouit Simon Crawford Collins. L’alchimie du trio à l’écran est telle qu’une saison 2 a d’ores et déjà été commandée !  

[Aïe ! Les sous-contribuables seront à nouveau investis dans la « modernisation » des classiques qui n’en demandaient pas tant.]


dimanche 26 décembre 2021

Faut-il vacciner les 5-12 ans contre le SARS-CoV-2 ? Entretien avec une épidémiologiste

Avec Alice Desbiolles,  médecin épidémiologiste spécialiste de la santé publique. Selon la Haute Autorité de Santé, la vaccination contre le Covid-19 est désormais recommandée dès l'âge de 5 ans pour les enfants « qui présentent un risque de faire une forme grave de la maladie, de décès et ceux qui vivent dans l'entourage d'une personne immunodéprimée ou vulnérable non protégée par la vaccination et n'ayant pas pu être vaccinée. »


La stratégie axée sur le seul vaccin et le passeport vaccinal est-elle efficace contre le variant Omicron ? (m à j)

Données islandaises, les double vaccinés (bleu foncé) proportionnellement beaucoup plus sujets à un infection par omicron que les non-vaccinés (bleu clair), les triples vaccinés (noir) voient aussi leur taux d'infection monter vite.


Le Dr. Kierzek contre la stratégie du tout-et-seul vaccin et du passe vaccinal.


Dre Alice Desbiolles : « Le Sars-CoV-2 n’est pas un bon candidat à l’éradication », car il ne faudrait pas de réservoir animal de cette maladie (or ils existent) et que ce vaccin soit stérilisant (comme pour la variole ou la polio par exemple où il met fin à la transmission), ce n’est pas le cas. » Plusieurs chevreuils au Québec auraient contracté la Covid. En Iowa, plus de 82 % des chevreuils ont contracté la Covid. Rappelons que sept principaux coronavirus sont généralement cités comme pouvant contaminer l’humain, quatre d’entre eux sont considérés comme sources d’infection bénignes : 229E, NL63, OC43 et HKU1. Ils seraient la cause de 15 à 30 % des rhumes courants. Aucun vaccin n’a jamais été mis au point et inoculé en grand nombre contre ceux-ci avant la Covid-19. En effet, les éléments viraux produisant l’immunité ne sont souvent pas assez conservés dans la même famille virale. « Ainsi, s’il y avait eu un vaccin contre le coronavirus de 2003, il est pratiquement certain qu’il n’aurait pas marché de manière satisfaisante contre le Covid-19 », selon Bruno Canard, directeur de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) à l’Université Aix-Marseille

« Nous devons nous concentrer sur la protection des personnes à risque de formes graves », de conclure Alice Desbiolles.


Ce qui désorganise le pays, ce n’est pas le virus, mais des protocoles disproportionnés, peu efficaces et non ciblés qui abiment les indicateurs sanitaires, sociaux et économiques.

Étude JAMA citée : https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2787098

Nous allons très certainement vivre avec ce virus. Il faut renforcer le système de santé et ne pas réduire la santé aux seuls indicateurs Covid. Il est très important d’avoir une lecture globale de cette gestion de crise. 5/5 Sur l’endémicité, lire : https://www.nature.com/articles/d41586-021-00396-2

Pour Véran en juillet, les vaccins suffiraient à protéger de l’infection au Covid-19

« Si nous étions tous vaccinés, le virus ne pourrait plus cheminer. La protection collective c’est ça. »

Déclaration du Dr Olivier Véran, Ministre des Solidarités et de la Santé de la France en date du 13 juillet 2021.

À opposer à ceux qui disent aujourd’hui à la Noël 2021 que : « Il n’a jamais été prétendu que les vaccins étaient efficaces contre la transmission. »

Pour Rachel Maddow la passionaria de l’extrême gauche le vaccin empêcherait la propagation

La présentatrice phare de MSNBC, la très gauche et toujours très sûre d’elle-même, Rachel Maddow disait la même chose le 29 mars 2021 : le virus empêchera la propagation du virus. Aucune mention des formes graves, la simple propagation.


Transcription du début de la vidéo ci-dessus : « Cela signifie au lieu que le virus puisse sauter d’une personne à l’autre, se propager et se propager, rendant certains d’entre eux malades, mais pas tous, et ceux qu’il ne rend pas malades ne savent pas qu’ils l’ont et ils le donnent à plus de gens parce qu’ils ne l’ont pas reconnu, n’est-ce pas ? Au lieu que le virus puisse passer d’une personne à l’autre, muter potentiellement et devenir plus virulent et résistant aux médicaments en cours de route, nous savons maintenant que les vaccins fonctionnent suffisamment bien pour que le virus s’arrête avec chaque personne vaccinée. Une personne vaccinée est exposée au virus. Le virus ne les infecte pas. Le virus ne peut alors pas utiliser cette personne pour aller ailleurs. Il ne peut pas utiliser une personne vaccinée comme hôte pour infecter plus de personnes. » 

Les pleinement vaccinés attrapent désormais la Covid autant que les non-vaccinés en Ontario

Les deux courbes (non-vaccinés, entièrement vaccinés) se rejoignent le 24 décembre. Avec une forte augmentation des cas de personnes entièrement vaccinés ces derniers jours alors que le variant omicron se propage.




Voir aussi

« Les non-vaccinés sont les boucs émissaires de la crise de l’hôpital public ! »

Québec — des médecins et chercheurs sont-ils censurés ?

Pr Jean-Michel Claverie : « le variant Omicron est beaucoup moins pathogène que le delta.. Le vaccin ne marche pas du tout.. Je connais des gens positifs vaccinés trois doses.. la troisième dose dure moins longtemps que les précédentes.. le gain disparaît au bout de 3 mois ! »


Grande-Bretagne — les avantages de la vaccination de tous les enfants et jeunes de moins de 18 ans ne l’emportent pas sur les risques

Les vaccins anti-Covid fonctionnent-ils ? Si oui, jusqu’à quel point ?   

Québec — 43 % des parents observent un retard dans le développement de leurs enfants dû à la pandémie  

Québec — Des parents saisissent les tribunaux au nom de leurs enfants non vaccinés

Vaccination des jeunes : faits et « communication gouvernementale »  

La Presse élimine un texte du docteur René Lavigueur contre la vaccination des enfants publié la veille (m à j)

Vaccins : jouons-nous aux apprentis sorciers ?

Les confinements ont nettement réduit les capacités physiques et intellectuelles des enfants

Covid — Les enfants ne devraient pas être obligés de porter des masques, selon des chercheurs

 

Noël, le Jour de l'An, les Étrennes, la bénédiction du pater familias au Canada français


Article du Devoir de 2006 en question

Il est un jour entré dans nos vies en passant par la cheminée. Depuis ce jour, on ne remet plus, ou si peu, son existence et son pouvoir en question. Le père Noël, tel qu'on le connaît aujourd'hui, n'a pourtant pas toujours vécu parmi nous. Dans Hourra pour Santa Claus, un essai qui paraît chez Boréal, le sociologue Jean-Philippe Warren retrace l'histoire de l'arrivée au Québec, à la fin du XIXe siècle, du gros bonhomme vêtu de rouge, qui a supplanté le petit Jésus dans nos maisons comme distributeur de cadeaux.

En fait, avant la moitié du XIXe siècle, c'est bien le jour de l'An, et non Noël, qui est la grande fête de l'hiver dans la vie des Canadiens français. C'est à ce moment-là que la parenté se retrouve et échange des cadeaux [les Étrennes]. La fête de Noël, quant à elle, passe pratiquement inaperçue. Les collégiens n'ont pas de congé scolaire à cette occasion et ne retournent pas dans leur famille pour la célébrer. Tout au plus fréquente-t-on la messe de minuit et confectionne-t-on un petit réveillon à la maison. «[...] à une exception près, aucun article de The Gazette de Montréal ne mentionne Noël entre 1785 et 1840», note Warren. Noël est alors l'une parmi d'autres très nombreuses fêtes religieuses du calendrier. Mais vient la révolution industrielle, et les patrons d'entreprise de cette époque font pression pour que le nombre de fêtes de ce calendrier, qui sont autant de congés pour les employés, diminue.

Entre le XVIIe et la fin du XIXe siècle, le nombre de fêtes d'obligation passe, au Canada, de 40 à neuf, relève Warren. «Les temps modernes sont temps de progrès par l'accroissement du temps de travail. On ne peut tolérer que le quart de l'année (40 jours de fête et 52 dimanches) soit rendu improductif. En 1900, 85 % des jours sont disponibles pour le travail», écrit, à ce sujet, Ollivier Hubert, dans Sur la terre comme au ciel.

Moins de fêtes, donc, et par conséquent plus de temps pour les espérer et les préparer. C'est l'une des explications que propose Jean-Philippe Warren pour justifier l'ampleur phénoménale qu'a prise la fête de Noël depuis plus d'un siècle. L'autre étant, bien entendu, la venue de la société de consommation. Quant à Santa Claus, qui deviendra ensuite le père Noël, c'est un Allemand d'origine, qui a transité à travers la Hollande pour devenir momentanément Sinter Klaas [Saint Nicolas en néerlandais], avant d'être adopté aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. Contrairement à saint Nicolas, personnage mythique d'origine française et qui ressemble à Santa Claus à plusieurs égards, ce dernier donne indifféremment à tous les enfants. En effet, alors que, traditionnellement, saint Nicolas était accompagné du père Fouettard [en France, Belgique, Hollande et en Allemagne] et emmenait les enfants qui n'avaient pas été sages dans une grotte, Santa Claus est généreux sans condition.

Rien de tel que ce gros bonhomme prodigue pour faire le bonheur d'une société de consommation en émergence, avec en ligne de front les nouveaux magasins à rayons, dont le refrain est de vendre, vendre, vendre, à tout prix et à tout le monde. Ce sont les magasins John Murphy, Scroggie's, Hamilton, S. Carsley, Au bon marché, Dupuis frères et Zéraphin Paquet qui ouvrent, à la fin du XIXe siècle, leurs édifices à étages à Montréal, rue Sainte-Catherine ou Saint-Joseph.

«Autrefois, c'était bien le petit Jésus qui distribuait les cadeaux», précise Warren. C'est lui qui venait remplir de présents les petits souliers des enfants durant la nuit. Mais n'était-il pas devenu embarrassant de mettre en vitrine autant de petits Jésus qu'il y a de magasins, ou encore de faire monter des petits enfants sur les genoux d'un chérubin pour établir leur liste de souhaits pour Noël?

Car ce sont les marchands, d'abord et avant tout, qui ont intérêt à importer au Canada français la folie de Santa Claus qui a gagné l'Amérique anglophone. Non contents d'attirer chez eux les milliers de consommateurs en mal d'étrennes à donner, ils forcent ensuite les parents à leur rendre visite avec leur famille en créant entre leurs murs de véritables pays des jouets, qui se reproduisent de commerce en commerce. C'est sans parler du célèbre défilé du père Noël, qui attire des milliers d'enfants dans la rue. La formule, désormais incontournable, a dû être jugée gagnante puisqu'elle a réussi à se frayer un chemin jusqu'à nous.

Ainsi, à partir de la fin du XIXe siècle, inverse-t-on, le jour de Noël, le rapport qui régit habituellement les relations entre parents et enfants. Alors que la société traditionnelle était axée vers les besoins, la nouvelle société de consommation est orientée vers le désir, note Warren. Et qui de mieux que les enfants pour entretenir cette fièvre débridée du désir, cette envie de goûter et de toucher à tout, sans distinction et sans réserve? «L'enfant veut tout et n'importe quoi», relève Warren. En ce sens, il est tout à fait en phase avec la mentalité nouvelle des commerces, avec leur avalanche de jouets bruyants et d'objets de luxe, mêlant allègrement le nécessaire et le superflu.

Reste que les Canadiens français n'ont pas fait la vie si facile à Santa Claus, cet Allemand d'origine à l'accent américain. À son arrivée ici, le rouge bonhomme est en fait un illustre inconnu. «Au début, il fait peur aux enfants», dit Warren en rigolant. Puis vient la Première Guerre mondiale, et le passé allemand de Santa Claus ne lui fait pas bonne presse.

«On se sert au Québec des hostilités avec l'Allemagne pour monter une campagne contre cet immigré teuton, ce "prince de la camelote teutonne", ce "gros vieil Allemand du pôle Nord", ce fantoche "made in Germany" [in Deutschland hergestellt], ce "boche", infiltré pour ainsi dire illégalement dans le pays et qui mériterait d'en être prestement délogé», écrit Warren.

Il fallait donc tout au moins rebaptiser Santa Claus.

«Saint Nicolas, de par son nom, aussi de par sa figure plus émaciée et son allure plus austère, sans compter sa fréquentation du père Fouettard, continuait à être trop associé à l'univers religieux dans une société de plus en plus gagnée par la commercialisation et l'industrialisation», ajoute-t-il. C'est donc le père Noël, précédé du bonhomme Noël et du petit Noël, qui gagnera le cœur des Québécois et qui a pignon sur rue ici depuis lors.

Il n'y a d'ailleurs pas que les origines allemandes de Santa Claus qui incommodaient les nationalistes canadiens-français. La frénésie de cadeaux qui n'ont rien de catholique fait aussi froncer les sourcils des conservateurs, qui suggèrent l'achat d'images pieuses plutôt que les oursons en peluche devenus l'usage. Mais la grande fête de la générosité et de la consommation, traînant les paradoxes les plus criants, allait avoir raison de la morale, tout en récupérant certaines de ses valeurs, dans une sorte de syncrétisme dont, il faut l'avouer, tout un chacun s'accommode depuis sans problème.

Car la fête de Noël, avec tous ses excès, a bien fini par rallier les marchands et le clergé. Les premiers parce que la fête fait évidemment leur affaire et leur promet les ventes les plus importantes de l'année, les seconds parce que, fête religieuse d'abord et avant tout, elle supplante le jour de l'An, fête païenne, dans les mœurs de la population et redonne, malgré tout, entre le clinquant et la pacotille, une place certaine à la Nativité.

Présentation de l'éditeur

On s'imagine d'ordinaire que le Noël qui fait désormais partie de notre culture nord-américaine est de création récente. C'est pourtant dans le dernier quart du XIXe siècle qu'a été progressivement moulé, dans les officines commerciales, le nouvel esprit de Noël. Cet esprit s'impose à travers deux grandes batailles. D'une part, le petit Jésus a progressivement été remplacé par Santa Claus. D'autre part, au fur et à mesure que l'on avance dans le siècle, la fête de Noël tend à supplanter le jour de l'An dans la culture populaire. En cherchant à comprendre comment la fête de la Nativité est devenue l'événement mercantile par excellence de la société contemporaine, l'auteur nous invite à nous interroger sur l'origine et la genèse de coutumes qui nous semblent immémoriales. Le sociologue Jean-Philippe Warren nous donne ici un livre aussi divertissant qu'érudit.

Hourra pour Santa Claus !
par Jean-Philippe Warren,
paru en octobre 2006,
chez Boréal,
à Montréal
Pages : 304 pp
ISBN : 9782764604861 (2764604866)

vendredi 24 décembre 2021

Les contes de Noël publiés aujourd’hui diluent voire effacent les valeurs chrétiennes

Pourquoi est-il important de lire des contes aux enfants ?

Les contes véhiculent un imaginaire qui permet de structurer leur intelligence et leur apprend à construire leur univers intérieur. Parce qu’ils placent d’emblée le récit hors du temps, hors de la réalité, les contes ont la vertu de stimuler l’imagination de l’enfant, de lui montrer que le champ des possibles est ouvert devant lui, et de le pousser ainsi à grandir, à devenir adulte. On voit malheureusement se développer toute une littérature destinée aux enfants qui consiste essentiellement à explorer des problèmes psychologiques auxquels ils peuvent être confrontés. C’est un dévoiement de la lecture, parce qu’on les prive dans ces livres de la dimension imaginaire, si structurante à leur âge.

Quels sont les ingrédients d’un bon conte de Noël ?

Comme dans tous les contes, il faut qu’il délivre une morale qui élève l’enfant. Pour Noël, cette morale est par essence chrétienne. Et il faut de belles illustrations, car l’image est pour les enfants une porte d’entrée dans la lecture. À Noël, cette nécessité de créer une ambiance qui fasse rêver et donne envie de lire est plus importante encore, car c’est une période de l’année où la vue est très sollicitée, on le voit bien avec les illuminations dans les rues, les vitrines de Noël… C’est le moment par excellence où l’on peut toucher les enfants par de beaux livres illustrés.


Les contes de Noël sont-ils en voie de disparition ?

De nombreux contes liés à Noël continuent d’être publiés chaque année. Ce qui, en revanche, est en voie de disparition, c’est le conte de Noël traditionnel, celui qui est pétri de traditions chrétiennes. Dans les contes de Noël publiés aujourd’hui, ces valeurs chrétiennes sont très souvent diluées, voire effacées. Seule persiste la connotation positive de Noël. On continue d’y trouver l’idée du don de soi, souvent d’ailleurs à travers les cadeaux qui sont une tradition païenne, l’idée de convivialité, de rassemblement, d’esprit de famille qui disent quelque chose de ce qu’est l’amour.

Est-ce pour cette raison que vous ne choisissez que des contes de Noël plus anciens ?

Le principe de TétrasLire est de mettre à la portée des enfants la littérature classique à laquelle ils n’ont plus vraiment accès, notamment parce qu’il y a de moins en moins de bibliothèques familiales dans lesquelles ils peuvent puiser. Chaque mois, nous leur faisons découvrir un auteur classique et les aidons à entrer dans son œuvre. Nos numéros de Noël n’échappent pas à cette logique, et la plupart des contes antérieurs au XXe siècle sont imprégnés de tradition chrétienne, y compris chez les auteurs non croyants. C’est le cas par exemple de l’auteur américain O. Henry, dont nous avons publié le conte Le Cadeau des rois mages, ou d’Alphonse Daudet avec Les Trois Messes basses. Nous avons à cœur de faire découvrir des contes vraiment liés à la tradition chrétienne de Noël qui donnent à cette période de fêtes une dimension spirituelle, et qui présentent la naissance de Jésus comme la révélation de l’amour faite au monde.

Il arrive toutefois que des contes anciens soient revisités et vidés de ces valeurs chrétiennes…

Oui, il arrive fréquemment que des contes soient réécrits pour s’inscrire dans un registre plus matériel en phase avec la société actuelle. L’exemple le plus flagrant est probablement La Reine des neiges que les enfants connaissent à travers la version complètement modifiée qu’en a donné Disney. La version initiale, écrite par Andersen, raconte l’histoire de deux enfants liés par une amitié très forte qui se dévouent l’un pour l’autre afin d’échapper à la reine des neiges qui incarne le mal, la froideur et l’extinction de l’amour dans le monde. Ce conte qui célébrait le triomphe de l’amour sur le mal a été vidé de son message.


Comment s’assurer que l’on achète la bonne version d’un conte ?

Il est difficile de s’y retrouver, car les éditeurs donnent généralement peu d’indications sur la nature des contes qu’ils publient. Et surtout, la plupart des contes proviennent du folklore, de la tradition orale. Cette absence d’auteur laisse une totale liberté à ceux qui souhaitent les retranscrire. Or, on observe aujourd’hui une large tendance à retourner les contes pour casser les stéréotypes culturels et moraux. Il y a une volonté de les transformer jusqu’à obtenir quelque chose de totalement subversif. On se retrouve ainsi avec un petit chaperon rouge qui mange le loup ou une princesse qui envoie balader son prince charmant. Ce phénomène affecte tous les contes, ceux de Noël y compris. Le seul conseil que je peux donner, c’est de feuilleter les livres avant de les acheter pour vérifier qu’ils sont bien écrits et que la morale n’a pas été escamotée ou l’histoire transformée.

Source : Famille chrétienne

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Manuel ECR (au procès de Drummondville) :  Mme Lavallée a fait ressortir des paragraphes montrant que le vocabulaire et contenu sont « tendancieux, superficiel, complexe et parfois irrespectueux » et que des « récits invraisemblables, le réveillon des souris voisine sur un pied d'égalité le récit de la naissance de Jésus ». Et ce que la Presse en a dit : Bêlements de Panurge au groupe Gesca.

Mémoire en Cour  suprême :  « Ce traitement morcelé et superficiel des religions entraîne des distorsions dans la représentation de toutes les religions, distorsions reproduites dans les manuels d’ECR pour élèves. Ce nivellement donne l’impression que les religions sont équivalentes. Il ne s’agit pas là d’un portrait objectif de la religion, de leur essence et des valeurs complexes qui les sous-tendent. L’effet est frappant quand on consulte les manuels du primaire : les récits religieux historiques comme Noël (sans explication sur le fondement spirituel) côtoient des récits animaliers (le réveillon des souris !)19 et des contes autochtones clairement mythiques. Cette banalisation, cette réduction de la religion à la dimension humaine festive et l’omission de la dimension transcendante renforce le message qu’il n’existe pas d’absolu, de vérité religieuse, que les croyances sont interchangeables, aléatoires, d’égale valeur et relatives. Ces juxtapositions sont légion dans les exemples du programme : récit d’Abraham comparé au récit de Glouskap (p.759), Pâques à la fête des Mères (p.759), Jésus au guru Nanak (p.763). Cette approche phénoméniste discrédite le christianisme et mène à l’inculture religieuse. »

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À force de gommer les différences, de multiplier les règlements et d’aplanir les cultures, voilà à quoi pourrait ressembler Noël dans trente ans...

par Marc Fourny

L’horreur des Noëls nordiques d’antan : patriarcaux, traditionnels, familiaux et religieux.
 
La famille attablée autour d’un foie gras prometteur, le sapin qui clignote, un feu ronflant dans la cheminée, les santons de Provence au garde-à-vous dans du papier rocher en attendant la naissance du petit Jésus... L’image d’Épinal d’un Noël bientôt révolu ? En exagérant un peu, et avec une pointe d’ironie, on pourrait supposer qu’on n’en est plus très loin, surtout si l’État, qui se mêle de tout sauf de l’essentiel, continue à nous casser les pieds.

À quoi pourrait bien ressembler Noël dans trente ans ? Disparue la crèche, cette manifestation gothique, dangereuse et tendancieuse, au nom de la laïcité et du « vivre ensemble ». Même les églises n’oseront plus la dresser sur les parvis pour éviter toute polémique. Seuls les plus fervents catholiques, comme jadis sous la Révolution, oseront perpétuer encore la tradition au fond de leur salon. Le sapin ? Il est en plastique, interdiction de couper de vrais arbres, et tout juste toléré : pas d’étoile au sommet, qui pourrait rappeler celle de Bethléem, plus d’anges, ces créatures fantasques issues de textes sacrés, encore moins de guirlandes clignotantes, car les écologistes ont si bien œuvré qu’il est désormais interdit, pour cause d’économies de bout de chandelle — c’est le cas de le dire —, d’utiliser ces serpentins électriques. Sans compter le sacro-saint principe de précaution qui a été brandi pour éviter tout risque d’incendie.

La messe de minuit désertée

Et la messe de minuit ? Cela fait belle lurette qu’on la déserte : il n’y a plus un curé à trente kilomètres à la ronde, on ne va pas brûler de l’essence pour aller se geler dans des édifices mal entretenus, faute de moyens et de fidèles. On pourra toujours regarder la cérémonie du Vatican retransmise en direct sur la Toile, car voilà bien longtemps qu’aucune chaîne de France n’a plus l’audace de la programmer sur son antenne. Et pour ceux qui sont adeptes des carillons qui bourdonnent, tant pis : les clochers sont sommés de rester silencieux pour ne pas choquer les autres confessions.


Messe de minuit

Heureusement, il reste les agapes, ce réveillon qui réveille les papilles et resserre, pour un temps, la famille dispersée. Mais, là encore, tout a changé : le foie gras est désormais interdit, le Sud-Ouest s’est définitivement reconverti dans le chocolat bio, l’État a finalement cédé face au combat mené par les défenseurs de la cause animale. Personne n’ose peler des clémentines et des oranges sur la majeure partie du territoire français depuis qu’on est tenu de manger local sous peine d’amende. Quant à la bûche de Noël, elle n’est plus à la mode : elle avait un côté chrétien dérangeant et rappelait avec trop de perversité l’agonie de nos forêts décimées...

« Il est né, le divin enfant », bien trop clivant

Au petit matin, les enfants se précipitent autour d’une cheminée décorative qui ne crépite plus depuis maintenant vingt ans : on n’a plus le droit de faire des feux de bois, trop polluants. Les chorales de circonstance entonnent encore timidement quelques chants, mais surtout pas « Il est né, le divin enfant » ou « Douce Nuit », bien trop clivant, on se reporte à la rigueur sur « Vive le vent » ou « Mon beau sapin ». La Manécanterie des Petits Chanteurs à la croix de bois, rebaptisée à la hâte, a revu tout son répertoire et laissé les aubes au vestiaire. Saint Nicolas n’a plus le droit de cité à Strasbourg — un évêque qui distribue des bonbons, ça va pas la tête ? — et le père Noël se fait rarissime : ce vieillard autoritaire finissait par traumatiser les enfants, les psychologues ont fini par avoir sa peau. Sans compter que ses amples vêtements pouvaient cacher une bombe : bien trop dangereux pour un rassemblement, le costume est désormais proscrit dans les lieux publics.

L’horreur des Noëls nordiques d’antan (suite)


Bref, Noël pourrait ressembler demain à une grande fête collective où seuls subsistent les cadeaux que l’on s’offre avec excitation autour d’une date symbolique, avec le vague souvenir qu’il s’agit d’un anniversaire. De qui déjà ? Chut, dire son prénom, c’est politiquement incorrect. Allez, joyeux Noël — pardon, joyeux décembre ! — quand même...

Source : Le Point

jeudi 23 décembre 2021

Québec — des médecins et chercheurs sont-ils censurés ?


Au Québec, alors que la vaccination des enfants a commencé, certains experts concernés dénoncent l’absence de débat sur le sujet et sur le prolongement des mesures sanitaires. Le professeur Patrick Provost fait partie de ces rares voix dissidentes.

« Dans les médias, les seuls médecins qui osent remettre en question des décisions du gouvernement sont retraités. De peur d’être sanctionnés, les médecins qui pratiquent n’osent rien dire ! Ça en dit long sur la liberté des médecins au Québec actuellement », fustige Patrick Provost.

Professeur et chercheur à la Faculté de médecine de l’Université Laval, à Québec, M. Provost dirige depuis vingt ans un laboratoire de recherche sur la biologie des ARN. Il y a mené des travaux de recherche sur l’ARN de plusieurs virus, parmi lesquels le VIH, l’hépatite C, Ebola et plus récemment le SARS-CoV-2, qui provoque la Covid-19.

Vaccination des enfants, [autre] sujet tabou ?

Patrick Provost déplore le « climat de censure » qui empêcherait les chercheurs dans le domaine de la santé de prendre position sur les mesures sanitaires et autres décisions liées à la pandémie :

« Il est aberrant qu’aucune discussion n’ait eu lieu sur la vaccination des enfants, alors que la balance risques-bénéfices est clairement désavantageuse. C’est une loterie, puisqu’on ne connaît pas encore les effets secondaires à long terme […] On voit que les décisions sont souvent plus politiques que scientifiques », tonne le professeur au Département de microbiologie-infectiologie et immunologie de l’Université de Laval.

Le 29 novembre dernier, la direction cette même université a annoncé qu’elle se « dissociait entièrement » des propos tenus par l’un de ses professeurs de biologie, Nicolas Derome, au sujet des risques que pouvait selon lui représenter la vaccination des 5 à 11 ans. Aucune sanction n’a toutefois été annoncée à l’encontre du chercheur pour sa vidéo publiée sur les réseaux sociaux.

« Ces propos ne reflètent d’aucune façon les positions de l’Université Laval et de sa Faculté des sciences et de génie quant à la crise sanitaire », a déclaré Andrée-Anne Stewart, porte-parole de cette institution.

Pour Patrick Provost, cette nouvelle affaire s’ajoute au retrait quelques heures après sa publication d’une lettre signée par le docteur René Lavigueur, parue le 26 octobre dernier dans le journal La Presse.

Un grand journal retire la lettre d’un médecin

Intitulée « Les dilemmes d’un médecin de famille en temps de pandémie », la lettre mettait l’accent sur l’importance du consentement libre et éclairé des patients pour recevoir un vaccin. Toutefois, elle contiendrait un certain nombre de fausses informations concernant la vaccination des enfants, selon une réplique parue deux jours plus tard. Un argument qui ne convainc guère notre interlocuteur, pour qui les experts qui critiquent certaines mesures font l’objet d’une bien plus grande vigilance de la part des médias que ceux qui soutiennent la politique sanitaire des autorités. Un exemple de deux poids, deux mesures ?

« L’Université Laval va toujours se dissocier des opinions contraires de ses professeurs qui ne reflètent pas la politique officielle du gouvernement du Québec sur la pandémie. […] La plupart des médecins que l’on interroge répètent que le système de santé est sur le point de s’effondrer, mais la Covid est seulement la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Accuser une goutte au lieu de vider le vase n’a pas de sens », tranche Patrick Provost.

Fin juillet 2021, le journaliste Stéphan Bureau a été étrillé par l’ombudsman (médiateur chargé de recevoir les plaintes des citoyens) du réseau Radio-Canada pour avoir invité le médecin Didier Raoult à son émission Bien entendu.

La polémique Didier Raoult

L’ombudsman a estimé que le célèbre journaliste avait enfreint les normes et pratiques journalistiques en se montrant trop complaisant envers le directeur de l’IHU Méditerranée Infection. Une autre affaire illustrant le manque d’ouverture envers les points de vue divergents au Québec, estime le professeur Patrick Provost :

« Je ne suis pas une marionnette. Pourquoi ne parle-t-on pas à des chercheurs indépendants qui ne sont pas en situation de conflit d’intérêts ? […] De quoi ont-ils vraiment peur, les scientifiques qui portent la parole du gouvernement ? Si un argument évoqué par un collègue ne tient pas la route, ils ont juste à le contredire. »
Le gouvernement québécois de François Legault a décrété l’état d’urgence sanitaire le 13 mars 2020 durant la première vague de la pandémie. Il n’a jamais été levé depuis, ce qui lui permet de contourner nombre de procédures à l’Assemblée nationale. Le Premier ministre a annoncé qu’il n’abandonnerait pas les pouvoirs exceptionnels qui lui sont confiés avant la fin de la vaccination des 5 à 11 ans, courant 2022.

Source

Voir aussi

Stéphan Bureau blâmé par l’ombudsman de la radio gouvernementale pour son entrevue avec Didier Raoult 

Grande-Bretagne — les avantages de la vaccination de tous les enfants et jeunes de moins de 18 ans ne l’emportent pas sur les risques

Les vaccins anti-Covid fonctionnent-ils ? Si oui, jusqu’à quel point ?   

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Québec — Des parents saisissent les tribunaux au nom de leurs enfants non vaccinés

Vaccination des jeunes : faits et « communication gouvernementale »  

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Une étude révèle que l’immunité naturelle serait supérieure à la vaccination 

Le cours ECR, école de l’unanimisme politiquement correct 

Québec, pays du consensus mou et des pressions centralisatrices. Sur ce sujet voir : Votes et motions unanimes, une spécialité québécoise ? 

 
 
Bel unanimisme idéologique des syndicats québécois : « Adapter l’école aux garçons nuirait à leur réussite »
 
Les Québécois veulent un unanimisme complet. Le déficit démocratique est énorme et l’on n’est déjà plus capable de tolérer qu’une dizaine de chroniqueurs critiquent certaines mesures en réclamant davantage d’équilibre.  Covid — L’Occident paralysé par la peur de la mort ?
  

 

 

Le Livre de Noël de Selma Lagerlöf

Chouette un livre, un site qui conseille des lectures pour les enfants, propose Le Livre de Noël de Selma Lagerlöf.


« Nulle part ailleurs dans la région qu’à Mårbaka on distribue ainsi les cadeaux de Noël après avoir mangé le riz au lait traditionnel. Mais à Mårbaka subsistent d’anciennes coutumes et qui nous conviennent. Rien ne peut égaler cette attente qui, des heures durant, tout au long de la veille de Noël, se prolonge parce que l’on sait que le meilleur reste à venir. » Le meilleur, c’est pour la petite Selma, dix ans, ce n’est pas vraiment la boîte à ouvrage et ses accessoires, devant rappeler à la demoiselle qu’elle n’est pas très douée pour coudre et broder. Non, ce qu’elle attend, c’est un livre qu’elle lira à la lumière de sa bougie… Mais ce livre commence par « Il était une fois un roi » — en français ! 

Après ces souvenirs aigres-doux, Selma Lagerlöf conte la légende christianisée de sainte Lucie, celle de la manière dont la gorge du rouge-gorge devint rouge, celle du Nouvel An des animaux, et plusieurs autres, parfois un peu moralisatrices, mais pleines de cet inimitable charme des Noëls scandinaves. 

Avec quelques illustrations de Carl Larsson.

Dès 12 ans


Selma Lagerlöf, Le Livre de Noël, Actes Sud, 2007, 107 p., 6,60 €
2e édition, 2018, 133 pages, 15 €, ISBN-13 : 978-2330114435.


mardi 21 décembre 2021

Titania, le compte woke parodique

« La parodie n’est qu’un wokisme avec un peu d’avance. »

En publiant des gazouillis woke parodiques, le compte Titania McGrath, tenu par le comédien Andrew Doyle, a prédit une quinzaine de réelles polémiques.

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Parodier le vocabulaire des études de genre : un nouveau genre à succès ? 

Canulars embarrassants : revues « savantes » dupées par de fausses études adoptant des mots clés à la mode

 

 

 

Origine des cartes de vœux

Si l’usage des étrennes nous vient des Romains (les premiers qui aient sacrifié à la déesse Strena), celui des cartes de vœux agrémentées de quelques mots de politesse ou vierges de toute mention, et envoyées aux personnes avec qui l’on a eu commerce d’amitié ou d’affaires pendant l’année, est plus obscur.

Cette tradition d’envoyer ses vœux pour la nouvelle année serait, pour certains, venue du Moyen-Âge : les religieuses de certains ordres, séparées de leur famille, avaient le droit de leur écrire ce jour-là un petit mot. D’autres prétendent qu’il faut faire remonter cet usage à la Chine ancienne : les habitants du Céleste Empire envoyaient autrefois à leurs amis des feuilles de papier de riz dont la dimension devait être en rapport avec l’importance du destinataire. Ces feuilles pouvaient atteindre un à deux mètres de long.




Les Célestiaux se servaient bien avant nous de ces cartes autrefois dénommées cartes de visite ; seulement, chez eux, les cartes étaient de grandes feuilles de papier de riz, dont la dimension augmentait ou baissait suivant l’importance du destinataire et au milieu desquelles, avec des encres de plusieurs nuances, on écrivait les nom, prénoms et qualités de l’envoyeur. Il paraît que, quand la carte était à l’adresse d’un mandarin de 1re classe, elle avait la dimension d’un de nos devants de cheminée !

 
Carte de vœux pour l’année 1906

La distribution des cartes de vœux à Stuttgart, dans le Wurtemberg, était autrefois le prétexte d’une scène piquante : pendant l’après-midi du Premier de l’an, sur une place publique, se tient une sorte de foire ou de bourse aux cartes de visite. Tous les domestiques de bonne maison et tous les commissionnaires de la ville s’y donnent rendez-vous, et là, grimpé sur un banc ou sur une table, un héraut improvisé fait la criée des adresses.

À chaque nom proclamé, une nuée de cartes tombe dans un panier disposé à cet effet, et le représentant de la personne à laquelle ces cartes sont destinées peut en quelques minutes emporter son plein contingent. Chacun agit de même, et, au bout de peu d’instants, des centaines, des milliers de cartes sont parvenues à leur destination, sans que personne se soit fatigué les jambes.

L’usage des cartes de visite du Nouvel An est apparu assez tard chez nous. Jusqu’au XVIIe siècle, les visites se rendaient toujours en personne. On peut noter cependant, comme un acheminement vers les cartes, l’usage dont nous parle Lemierre dans son poème des Fastes et qui était courant vers le milieu du grand siècle. À cette époque, des industriels avaient monté diverses agences, qui, contre la modique somme de deux sols, mettaient à votre disposition un gentilhomme en sévère tenue noire, lequel, l’épée au côté, se chargeait d’aller présenter vos compliments à domicile ou d’inscrire votre nom à la porte du destinataire.

Mais un temps vint où le gentilhomme lui-même fut remplacé par la carte de visite. Cela se passa sous Louis XIV, dans les dernières années de son règne, comme l’atteste ce sonnet-logogriphe du bon La Monnoye :

Souvent, quoique léger, je lasse qui me porte ;
Un mot de ma façon vaut un ample discours ;
J’ai sous Louis-le-Grand commencé d’avoir cours,
Mince, long, plat, étroit, d’une étoffe peu forte.
Les doigts les moins savants me traitent de la sorte ;
Sous mille noms divers, je parais tous les jours ;
Aux valets étonnés je suis d’un grand secours ;
Le Louvre ne voit pas ma figure à sa porte.

Une grossière main vient la plupart du temps
Me prendre de la main des plus honnêtes gens.
Civil, officieux, je suis né pour la ville.
Dans le plus dur hiver, j’ai le dos toujours nu,
Et, quoique fort commode, à peine m’a-t-on vu
Qu’aussitôt négligé je deviens inutile.


Les Révolutionnaires abolirent en décembre 1791 la coutume du Jour de l’An. Elle ne fut rétablie que six ans après, en 1797. Nos pères conscrits, qui ne barguignaient pas avec les délinquants, avaient décrété la peine de mort contre quiconque ferait des visites, même de simples souhaits de jour de l’An. Le cabinet noir fonctionnait, ce jour-là, pour toutes les correspondances sans distinction. On ouvrait les lettres à la poste pour voir si elles ne contenaient pas des compliments.

Et pourquoi cette levée de boucliers contre la plus innocente des coutumes ? Le Moniteur va nous le dire. Il y avait séance à la Convention. Un député, nommé La Bletterie, escalada tout à coup la tribune. « Citoyens, s’écria-t-il, assez d’hypocrisie ! Tout le monde sait que le Jour de l’An est un jour de fausses démonstrations, de frivoles cliquetis de joues, de fatigantes et avilissantes courbettes... »
Bonne année 1921

Il continua longtemps sur ce ton. Le lendemain, renchérissant sur ces déclarations ampoulées, le sapeur Audoin, rédacteur du Journal universel, répondit cette phrase mémorable : « Le Jour de l’An est supprimé : c’est fort bien. Qu’aucun citoyen, ce jour-là, ne s’avise de baiser la main d’une femme, parce qu’en se courbant, il perdrait l’attitude mâle et fière que doit avoir tout bon patriote ! » Le sapeur Audoin prêchait d’exemple. Cet homme, disent ses contemporains, était une vraie barre de fer. Il voulait que tous les bons patriotes fussent comme lui ; il ne les imaginait que verticaux et rectilignes.

Mais enfin le sapeur Audoin et son compère La Bletterie n’obtinrent sur la tradition qu’une victoire éphémère. Ni le calendrier républicain ni les fêtes instituées par la Convention pour symboliser l’ère nouvelle ne réussirent à prévaloir contre des habitudes plusieurs fois séculaires. Les institutions révolutionnaires tombèrent avec les temps héroïques qui les avaient enfantées. Le Premier de l’an fut rétabli. Il dure encore.


Voir aussi

S’envoyer des vœux de Nouvel An, une pratique antirépublicaine...