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lundi 5 octobre 2026

France — le parcours du combattant des familles qui veulent faire l’école à la maison

RÉCIT - En 2020, le discours des Mureaux annonçait la restriction draconienne de l’instruction à domicile. Depuis l’entrée en vigueur de cette loi, les familles se plaignent de complications administratives arbitraires. Une enquête parlementaire sera publiée le 7 octobre.

Le 1er octobre 2020, Josué Rauscher obtenait une excellente nouvelle. Son école lui annonçait que sa demande de disponibilité avait été acceptée. Ce professeur de 57 ans allait pouvoir se consacrer à l’instruction de son fils Célestin, alors âgé de 5 ans, pour qui son épouse et lui ne trouvaient aucune solution de scolarisation du fait d’une atypie. Formé par une méthode toute personnelle de son père, le petit garçon savait lire depuis ses 2 ans 1/2. Le lendemain, 2 octobre 2020, en consultant la presse, Josué Rauscher a déchanté aussi vivement qu’il s’était réjoui. Ce jour-là, Emmanuel Macron a prononcé son discours «des Mureaux» consacré au séparatisme islamiste et à un projet de loi imminent. « Je l’ai pris très personnellement ce discours,se souvient cet Aixois, il remettait en question un choix crucial pour lequel on avait fait le sacrifice de mon salaire.»  

De la guerre d’Algérie aux attentats de Charlie Hebdo, le président a pendant plus d’une heure déploré les racines et les conséquences d’un «projet conscient, théorisé, politico-religieux, qui se concrétise par des écarts répétés avec les valeurs de la République». Obligation de neutralité étendue aux salariés des entreprises délégataires de service public, extension des motifs de dissolution des associations… Les futures mesures du projet de loi furent ainsi égrenées dans la ville des Yvelines. Jusqu’à la plus inattendue, celle qui a heurté Josué et des dizaines de milliers de familles, présentée par le président comme l’une des décisions éducatives «les plus radicales depuis les lois de 1882 et celles assurant la mixité scolaire entre garçons et filles en 1969».

«Rappeler l’importance de l’école»


Ce 2 octobre 2020, Emmanuel Macron a annoncé qu’à l’avenir, l’instruction en famille (IEF) serait «strictement limitée, notamment aux impératifs de santé». Un changement «de paradigme» devenu, «une nécessité». Les parents de plus de 60.000 enfants apprirent qu’ils devraient faire état d’une maladie de leur progéniture ou d’un motif quasi aussi restreint pour poursuivre cette pratique, jusque-là très libre, déclarative, aussi bien choisie par des zadistes [gauche anarchiste] que par des familles traditionnelles, et au milieu des deux par des foyers aux profils variés. Consacrée par les lois Ferry dans lesquelles le législateur précisait qu’elle pouvait être dispensée « par le père de famille » ou «par toute personne qu’il aura choisie ». En 1998, une révision avait instauré des vérifications annuelles obligatoires pour lutter contre l’emprise des sectes [et la secte gauchiste?]. 

«À ce moment-là, la loi a aussi été reformulée pour dire que l’instruction devait être assurée “ prioritairement” dans les établissements scolaires, explique Philippe Bongrand, maître de conférences en sciences de l’éducation à CY Cergy Paris Université et co-auteur de L’Instruction en famille en France. Mais au fond, ça ne changeait pas grand-chose. La loi de 2021, votée moins d’un an après le discours des Mureaux, a été une restriction autrement plus importante.» Assumée avec fierté par ses artisans, parmi lesquels l’ancien ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. «Notre but était double : rappeler l’importance de l’école [et non de l'instruction] en tant qu’élément de notre vie républicaine et empêcher que, sous couvert d’IEF, des enfants soient enrôlés dans des sectes ou des écoles intégristes», raconte celui qui portait ce projet main dans la main avec Gérald Darmanin quand il était à l’Intérieur.

En décembre 2018, une école coranique clandestine de Marseille avait dû fermer pour des questions de sécurité dans le bâtiment. Parmi ses 43 élèves, plus d’un tiers avait plus de six ans - âge de la scolarisation obligatoire avant 2019 - étaient déclarés en IEF [Rappel: «par toute personne qu’il aura choisie»]. «Et d’autres cas, moins médiatisés, nous ont été rapportés, témoigne Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté au moment de l’écriture du texte. L’IEF a pu être instrumentalisée.» Quelques jours plus tard, Samuel Paty était décapité par un fanatique musulman. C’est dans ce contexte qu’après six mois de débats parlementaires houleux, et malgré l’opposition du RN à LFI en passant par LR, la majorité présidentielle a obtenu le remplacement du système déclaratif par un régime d’autorisation préalable géré par les académies.

Cinq ans plus tard, quel bilan ? En juin 2025, la Cour des comptes rapportait que 10.202 demandes d’IEF sur 40.846, soit 25%, avaient été refusées en 2024-2025. Le 7 octobre, les députés Josiane Corneloup (LR) et Vincent Trébuchet (UDR) publieront le rapport tiré d’une mission parlementaire de six mois sur le sujet. Une vaste investigation durant laquelle ils ont interrogé institutions, chercheurs, avocats, associations et parents. Et dont ils nous livrent une première observation : «la relation entre le ministère de l’Éducation nationale et les familles est très très abîmée». Ces dernières estiment que l’importante restriction entrave la liberté d’instruction.

«La loi de 2021 dit “L’instruction est donnée à l’école”. Point. Et par dérogation, par autorisation, elle peut éventuellement, pour des cas très particuliers, être donnée à la maison», reprend le chercheur Philippe Bongrand. En 2020, l’IEF concernait environ 60.000 enfants. En 2021, 70.000. En 2025, le chiffre avait chuté à 30.000. Il omet une statistique fantôme : le nombre de parents en «désobéissance civile», qui la pratiquent sans autorisation. L’association Enfance Libre porte leurs doléances. D’autres comme Laïa, Enfance et liberté ou Unie, représentent les familles dans les clous mais exaspérées. Pour Me Antoine Fouret, avocat au barreau de Paris, cette législation est «un nid à contentieux». Prudente déjà à l’époque, Marlène Schiappa admet une forme de loupé. «On a visé tout le monde et je pense qu’on aurait dû procéder autrement… Depuis, beaucoup de familles m’ont raconté les difficultés administratives auxquelles elles sont confrontées, c’est à rebours de l’esprit de simplification qu’on promettait en 2017.»

Célestin, Sibylle et le tribunal

Au lieu de l’ancienne déclaration simple à la mairie et à l’inspection académique, les familles qui désirent faire l’IEF doivent aujourd’hui envoyer une demande d’autorisation au département en avril. 
  • Motif 1 : médical. 
  • Motif 2 : pratique d’activités sportives ou artistiques intensives.
  • Motif 3 : itinérance de la famille ou éloignement géographique.
  • Motif 4 : situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif.
En 2023, 16% des demandes pour le motif 1 ont été refusées. 32% pour le motif 3. Pour le motif 4, le pourcentage de refus est de 38%. «Sans surprise, personne n’est capable de définir ce qu’est une situation propre», constate Me Fouret. «Pendant les débats, les députés de la majorité ont précisé que les motivations pédagogiques, politiques, religieuses des parents ne pouvaient pas être des critères pertinents, relève Philippe Bongrand. La simple envie d’élever un enfant d’une certaine manière n’est pas un élément constitutif d’une situation propre.» Du moins, cela dépend de votre académie relevait la Cour des comptes…

Quand Josué Rauscher et son épouse ont décidé de faire l’IEF à Célestin, leurs motivations étaient exclusivement pédagogiques. «On me prend pour un fou mais déjà quand il était tout petit, j’ai senti chez mon fils un désir de lire. Alors j’ai essayé. J’ai inventé les outils. De gros cartons avec de grosses lettres…» Les premières années du petit garçon en IEF ont eu lieu sous le régime déclaratif. Son père a obtenu l’autorisation auprès de l’académie d’Aix-Marseille grâce à un dossier de motivation pourtant assez modeste, de 6, 7 pages - Me Fouret en compulse parfois qui font 150 pages. 

Ailleurs, Jehanne Malod, diplômée de l’ENS, agrégée, bientôt docteur en histoire, vient d’essuyer un refus après une demande similaire pour sa fille Sibylle, 3 ans. «En avril, j’ai envoyé un dossier d’une quinzaine de pages où je présentais mon programme, un emploi du temps, où j’expliquais que je comptais m’appuyer sur la méthode Montessori et la méthode Charlotte Mason, j’étais assez confiante.» Le premier non l’a surprise. Le second veto, obtenu après un «RAPO» (Recours Administratif Préalable Obligatoire) auprès du recteur d’académie l’a indignée.

«Il n’existe pas d’établissement avec ce genre de pédagogie autour de nous, j’ai la disponibilité et les compétences nécessaires, on a un parc, un potager, des animaux, ce qui me paraît quand même mieux qu’une classe bétonnée avec trente élèves, surtout vu le niveau actuel de l’école…» , énumère-t-elle. Depuis le refus, les Malod sont entrés en «désobéissance civile» : ils ont gardé Sibylle à la maison. « Car on peut tourner le problème dans tous les sens : pour déterminer “l’intérêt supérieur” de nos enfants, nous autres parents savons mieux que d’obscurs fonctionnaires qui ne les connaissent même pas», s’indignent-ils. Que risquent-ils ? Rien ou une suppression des aides de la CAF, une dénonciation aux services sociaux, une amende, de la prison avec sursis, etc. En attendant, la famille a formé un recours. Jugement dans 18 mois. 

Chaque année, les tribunaux administratifs traitent des dizaines de demandes. En 2025, celui de Nancy a par exemple annulé le refus du rectorat concernant un enfant franco-américain que ses parents voulaient voir suivre une part de ses enseignements en anglais en vue d’une installation aux États-Unis. Sur le plan judiciaire aussi, la disparité prévaut. «À Rouen, on a peu de chance d’obtenir une annulation du refus, à Marseille ça peut aller...», recense Me Fouret qui, parmi ses clients, compte «énormément de professeurs de métier», sur le plan religieux, «pas mal de protestants puis des catholiques »et seulement quelques adeptes du «unschooling», l’instruction autogérée par l’enfant. «Essentiellement des gens bien intégrés qui font faire beaucoup d’activités à leurs enfants.» «Parfois on gagne avec des projets éducatifs bourrés de fautes, parfois on perd avec des dossiers très bien motivés de 50 pages pour un enfant en maternelle.»

La fatigue et le renoncement


Parfois les familles n’ont l’envie ni d’enfreindre la loi ni de batailler. Le refus reçu en juin a poussé Justine, 45 ans, à abandonner pour un temps l’IEF de sa fille Anita, tout juste 13 ans, qui en bénéficiait depuis 2020. Ce choix tenait à plusieurs motifs notamment la précocité de la jeune fille : «elle a su lire très tôt». Le métier de sa mère : «Je suis danseuse, maquilleuse, conteuse et comédienne. Je travaille souvent le soir et les week-ends. Quand elle était à l’école, je la voyais très peu…» Après le confinement et son IEF contrainte, Justine et son mari ont choisi ce mode éducatif avec enthousiasme. «Anita a pu progresser plus rapidement et pourtant sans se forcer sur le rythme.»

En 2024, le père décède. «J’avais envie de continuer, elle aussi mais je me suis demandé si j’allais réussir à continuer seule. Finalement, je me suis entourée.» Anita a un professeur de piano, un professeur de bengali, un professeur pour l’histoire-géo et l’anglais. Chaque année, les contrôles pédagogiques ont été élogieux. Mais en juin dernier, la demande d’IEF pour cette rentrée est pourtant refusée. «Un des éléments de motivation était choquant : il était indiqué que le deuil avait eu lieu en 2024 et que, désormais, ma fille pouvait retourner à l’école.»  Ce même mois, Anita a obtenu le brevet, à l’âge de 12 ans. [2 à 3 ans d'avance] Justine a embauché un avocat, qui lui a conseillé, comme les associations de parents, de faire diagnostiquer chez elle le Haut Potentiel Intellectuel et le Trouble du spectre autistique déjà repérés. «Ça va me permettre de faire une demande motif 1. Même si la psychologiser pour obtenir ce droit me déprime…» Épuisée par les démarches administratives, la Francilienne vient de prendre une décision : «en attendant, je vais l’inscrire dans une école hors contrat» .

Cette fatigue, Magali Dumas, co-fondatrice de l’association UNIE la comprend très bien. «Tous les ans, en fonction de la personne qui va traiter votre dossier, vous n’êtes pas certain d’avoir l’autorisation. C’est vraiment aléatoire.» En IEF motif 3 car sa famille appartient à la communauté des gens du voyage, cette mère de cinq enfants a elle-même reçu un premier refus en 2024 après… 17 ans de pratique - un avocat est parvenu à le débloquer.

Le rapport très attendu


Cinq ans après la promulgation de la loi, le regard des familles embêtées par ces nouvelles exigences administratives est bien sûr sévère. Quid des institutions ? Le but anti séparatisme a-t-il été atteint ? Du côté de l’Éducation nationale, impossible d’obtenir une réponse ni du ministère ni des académies ni des syndicats d’inspecteurs en charge des contrôles. Même s’il n’est plus en poste, Jean-Michel Blanquer continue de s’en féliciter. «Je n’ai rien gagné politiquement mais j’ai fait gagner quelque chose à la République. Dans une grande partie de l’Europe, l’instruction en famille a explosé. La France a clairement inversé la tendance. Avec cette loi, ce sont des dizaines de milliers d’enfants qu’on a soustraits à la possible influence de sectes ou d’écoles intégristes. Maintenant, pondère l’ancien ministre, s’il existe des rigidités excessives par endroits, charge au ministère de faire un travail d’harmonisation [pas d'assouplissement ?].»  

Dans leur rapport du 7 octobre, les députés Josiane Corneloup et Vincent Trébuchet consacreront d’ailleurs «toute une partie à des statistiques». «C’était une demande très forte des familles qui n’avaient jusque-là pas accès aux chiffres précis sur le nombre de refus, par exemple», nous explique Vincent Trébuchet. Sans pouvoir en dire davantage pour l’heure, ils plaideront pour «un changement qui ne sera ni un statu quo, ni un retour pur et simple à la législation antérieure».


Source : Le Figaro

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lundi 20 juillet 2026

Chez les Baldeck en Savoie, l’école à la maison et le brevet à 9 ans

Le 10 juillet, Agnès Baldeck est devenue l’une des plus jeunes élèves française à obtenir le brevet des collèges, diplôme national français obtenu à la fin du collège, généralement vers 14-15 ans ; il correspond approximativement au premier diplôme de fin d’études secondaires dans plusieurs pays. Texte paru dans le Figaro.

Déscolarisée [ce terme à une connotation coupable, de décrocheur problématique, on dira mieux « instruite à la maison »], elle bénéficie d’une instruction à domicile très libre, tournée vers le jeu et principalement orchestrée par sa mère, une mathématicienne. Très déçue par le système français, la famille déménagera à l’étranger dans l’année.

Ils ont de belles reliures rigides, d’un orange, d’un vert, d’un bleu très vifs. Rangés sur une étagère à côté de la cuisine où cuit la croziflette, ces manuels de français datent des années 50, du temps où le certificat d’études  sanctionnait le niveau à la fin du primaire [supprimé en 1989 après avoir été pendant près d’un siècle un symbole de l’instruction de base]. Dans le bleu vif, éditions Bourrelier, un texte raconte l’histoire de Marceline et Jean-Claude qui, avec leur maman, vont soigner la basse-cour où l’on entend les animaux «beugler, mugir, hennir, grogner, taper du pied». Récemment ces livres au charme désuet et au langage châtié que possèdent les Baldeck ont eu le droit aux gros titres. C’est grâce à eux, mais aussi à des chansons réalisées avec l’IA et d’autres méthodes maison tirées du savoir-faire Montessori qu’Agnès 9 ans, l’aînée de Nicolas et Katya, a décroché le  brevet des collèges  le 10 juillet avec la mention bien. 15,85. Une des [plus] jeunes élèves françaises à l’obtenir.
« Ah, on ne dirait que t'as ton certif, toi ! »

Le 2 juillet, son père, Nicolas, informaticien autodidacte, inventeur de la pomme de terre connectée, objet de dérision présenté au CES de Las Vegas en 2020, avait publié un long message sur X pour expliquer le choix de cette inscription. Pour les Baldeck, ce diplôme pouvait jouer un double rôle : celui d’attestation de niveau pour l’instruction à domicile d’Agnès - dont ils craignent chaque année qu’on ne la leur interdise -, et celui de pied de nez politique au système français qui fétichise des totems désormais sans valeur. En début de semaine, Le Figaro s’est rendu à la Chapelle Blanche, village des montagnes savoyardes, à la rencontre d’une famille à part, pas marginale du tout mais férue d’excellence dans différents domaines.

Le durcissement de l’instruction en famille par le gouvernement Macron

«Vous en prendrez, hein ?» Longue natte dans le dos, Agathe, neuf mois, dans les bras, Katya Baldeck pose le plat de croziflette sur la table de la cuisine carrelée aérée par la clim. La maison rose pâle offre une vue sur des montagnes et des champs, «la vraie campagne où on va chercher le lait avec le bidon», sourit Nicolas Baldeck en tendant un verre à Adèle, trois ans, «grande timide» selon sa sœur Agnès. Cette dernière ne l’est pas et répond «merci» dans un sourire radieux quand on la félicite pour ses résultats. 20 en anglais, 17 en sciences, 16 en français... Elle est très contente, elle n’était «pas trop stressée»,se demandait surtout si elle allait pouvoir rester plusieurs heures à une table. La première journée, le chocolat qu’elle avait pris pour se câliner le moral a fondu. Elle rit : « on a dû nettoyer le sac». Agnès a 9 ans et ça se voit. Elle fait gouzi gouzi au bébé, se lève plus tôt de table pour partir jouer. Son père soulevait ce point dans son message sur X : sa fille est certes au-dessus de la moyenne - « sans être Einstein» - mais elle est encore une enfant qui fabrique des bracelets en perles, chahute dans la piscine avec ses copines du tennis ou de la danse sans leur parler de fonctions logarithmiques. Il n’est pas question de la préparer pour le bac.

L’entreprise du brevet est partie d’une blague familiale. L’an dernier, curieux, le couple jette un œil aux épreuves. Un exercice de français retient son attention. Noté sur dix points, il demandait de réécrire un passage d’un texte de Beauvoir en remplaçant «je» par «nous». On s’est dit «mais ce n’est pas possible, Agnès peut largement le faire» , se souvient Katya. Cette mathématicienne d’origine russe spécialisée en probabilités et statistiques connaît le niveau matière par matière de sa fille, c’est elle qui supervise son apprentissage. Un mode de scolarité appelé IEF (instruction en famille) dont la popularité a été monumentale ces vingt dernières années. Entre 2007 et 2021, les effectifs [instruits à la maison] avaient grossi d’environ 900%. De 7000 enfants à 70.000. En 2021, la loi contre le séparatisme [!?] l’a restreinte en instaurant un régime d’autorisation préalable.

Agnès et Adèle Baldeck dans la chambre d’Agnès le 14 juillet à la Chapelle-Blanche, France

«C’est devenu très compliqué», assure Nicolas qui, en «bon geek», a compilé les données de 3000 décisions de justice au sujet de l’IEF, disponibles sur le site Le droit d’instruire. «Dans certaines académies [direction régionale scolaire], on observe un taux de refus de 100%, dans ce cas-là, ce n’est pas une question de dossier bien monté ou non, mais une question de doctrine.» D’idéologie anti-IEF, soutient-il. À laquelle il est courant de reprocher de désocialiser l’enfant ou de le pénaliser en ne lui offrant pas la scolarité idoine. Le gouvernement la soupçonne aussi d’être un faux nez pour des dérives sectaires ou séparatistes, notamment religieuses. «Chaque année, on est un peu shaky [précaire en français] en redemandant l’autorisation», explique Katya. En 2025, on ne comptait plus que 30.000 enfants en IEF. 

Outre le défi, l’obtention du brevet est une façon de dire vous voyez que ça marche. Ainsi qu’une attestation de niveau car jusque-là l’académie n’acceptait que de lui faire passer les épreuves correspondant à sa classe d’âge. «Donc on n’avait aucune trace, sauf notre parole, qu’elle savait des choses au-delà», soupire sa mère. Embêtant. Car l’IEF, sauf cas rares, ne dure pas toute la vie. 

Ennui savoyard contre méthode Singapour

Pour Agnès, l’IEF a commencé en maternelle. Pas d’emblée. Au début, ses parents envisageaient une scolarité relativement classique. Relativement car le public était exclu. Non par Katya dont la scolarité en Russie s’est passée dans un excellent établissement d’État d’Akademgorodok, une cité scientifique de Sibérie, la Silicon Taïga. Mais par Nicolas. Fils de communistes français très attachés à l’instruction pour tous, lui a gardé un sale souvenir de ces trop nombreuses heures passées à regarder la pendule au bout desquelles il a eu son bac S avec peine. 

À Aix-les-Bains, dans leur quartier «d’HLM gentils car c’est pas la Seine-Saint-Denis non plus» , ils ont à l’époque le choix entre l’école juive, l’école publique et l’école Montessori. La première les tente, la troisième, où les enfants apprennent en manipulant des objets selon les préceptes de la pédagogue star, les séduit. Agnès y passera deux mois agréables à couper des carottes et à faire du café. À la faveur du confinement, ses parents découvrent que l’établissement en question ne vaut pas ce qu’ils paient. 

Ils la déscolarisent, à l’époque c’est plus simple, et se mettent à chercher des outils pour l’instruire. Pour le français, de vieux manuels achetés en ligne font très bien l’affaire, pour les maths, «on a choisi la méthode Singapour» , fondée sur les schémas et appliquée dans 70 pays (mais assez mal en France). Comme les Baldeck s’inspirent beaucoup de Montessori, une grande place est accordée à l’autonomie, donc au jeu libre d’accès. 

Dans la chambre d’Agnès, les boîtes s’empilent. Folix, le mémo des multiplications, médaille d’or au concours Lépine. Découvrons la France. Le jeu des conjugaisons. Elle prend un sablier. « Alors on pioche une carte et là on lit conjuguez choisir à la deuxième personne du pluriel, au futur.» Il faut se dépêcher, le sable s’écoule. Katya nous fait un signe. «Regardez !» Adèle, la petite de 3 ans, s’est saisie d’une planche velleda couverte de courbes destinées à apprendre la formation des lettres. Elle suit soigneusement le tracé. «Elle joue mais elle apprend, parce qu’elle imite sa sœur.»

Alors qu’on imaginait Agnès bûcher comme une folle, on découvre qu’elle travaille beaucoup moins, selon l’acception courante du terme, qu’elle ne le ferait à l’école. Mais quand elle tricote - car elle tricote -, c’est devant un documentaire sur les régions. Quand elle gribouille, elle a au-dessus de la tête un mémo hiéroglyphes qui lui rappelle que m = p x V (la formule de la masse volumique). Quand elle chante, c’est parfois folklorique. Comme elle ne parvenait pas à se passionner pour les denses fiches d’histoire tirées des denses manuels, sa mère lui a composé des cours chantés à partir d’« airs de l’enfance parce que ça reste pour toute la vie », explique la petite fille.  

Très branchée données ouvertes - Nicolas a créé le site OpenWindMap pour les amateurs de parapente - la famille s’est occupée de mettre les textes en musique afin de les partager. Le copain musicien n’était pas dispo alors l’IA -  Claude - a servi de compositeur. Katya s’en sert aussi pour élaborer des exercices. Ça fait mal au cœur de l’écrire mais la mathématicienne a notamment demandé au modèle d’Anthropic d’inventer des exercices qui familiarisent Agnès avec les consignes parfois illogiques des intitulés. « On appelle ça la méthode Ombrage. » Dans Harry Potter, ce professeur habillée tout de rose et n’aimant que les chats, réprime durement les élèves qui demandent des comptes sur ce qu’ils apprennent en classe. 

Agnès adore Harry Potter dont elle est en train de terminer le 7e tome. Rêve-t-elle parfois d’être avec des amis à l’école ? « Oui, pour pouvoir leur demander quand je ne comprends pas quelque chose.» Des amis, la petite fille n’en manque pas dans l’absolu. Ils lui viennent de la gym, de la danse, de la clarinette, du tennis, de ce qu’elle a le temps de faire en ne passant que peu d’heures assise à un bureau. Mais la scolarité classique la tente. C’est pour répondre à ce vœu et aussi aux ambitions de Katya, qui avant d’avoir des enfants travaillait sur des plateformes pétrolières aux quatre coins du monde pour Schlumberger, que les Baldeck ont pris la décision d’émigrer.

Le départ à venir pour l’Irlande

Au  classement PISA , qui évalue plus de 80 pays dans trois disciplines, l’Irlande fait partie des très bons élèves. En lecture, elle se classe juste derrière Singapour. C’est dans ce pays que les Baldeck s’établiront d’ici à la fin de l’année scolaire 2027. « On a déjà mis la maison en vente », raconte Nicolas. Le choix s’est fait lentement. La Suisse voisine était une option. Mais la perte de niveau de vie serait trop sèche. Autrement, il y a « de très bonnes écoles en Estonie ou en République tchèque ». Mais bon, l’usage de l’estonien reste limité. L’Irlande donc. La pluie, le coddle [? le ragoût irlandais?], l’uniforme à l’école. « Un esprit pro kids aussi, qui nous attire beaucoup. En France, on est trop rigide avec les enfants et on ne leur fait pas assez de place. » La vie professionnelle n’est pas un sujet, les Baldeck peuvent la recréer où ils veulent.

Quid de la France ? Leur manquera-t-elle ? Le oui est maigrelet. Le couple dénonce une cécité à propos de notre système scolaire. « Beaucoup ne veulent pas voir qu’il va dans le mur. Aujourd’hui, insiste Nicolas, la France et son système unique égalitariste présentent l’un des écarts de performance les plus élevés entre élèves favorisés et défavorisés de l’OCDE... »

S’il était ministre de l’Éducation, comment procéderait-il ? « J’instaurerais des classes de niveau, tout simplement. Parce que quand on a des gamins en quatrième qui ne savent pas lire, c’est mauvais pour eux et pour les autres de les avoir tous dans la même classe. » Katya est plus radicale. « Pour elle,sourit-il, il faut supprimer la carte scolaire, accorder une liberté totale aux établissements et les subventionner en fonction du nombre d’élèves qui s’inscrivent chez eux. » Plus modestement, Édouard Geffray, notre ministre de l’Éducation, vient d’annoncer dans Le Parisien , qu’il comptait lancer « un travail important» à la rentrée afin de « reconsolider le niveau du brevet ».


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mercredi 27 mai 2026

L'Essor de l'enseignement à domicile dans le monde

Dans le sillage de la pandémie, de plus en plus de parents scolarisent leurs enfants à la maison

Quelques mois après que deux enfants ont agressé le fils d'Enna Pink à coups de bâton à la maternelle, celui-ci a commencé à la supplier de rester à la maison. « Je ne voulais pas le forcer à y aller », explique Mme Pink. Elle et son mari, qui travaillaient tous deux dans une jeune entreprise, pensaient que l’enseignement à domicile conviendrait mieux à leur fils, qui est « hypersensible ». Mais cette pratique est illégale en Allemagne, où ils vivaient. Ils ont donc déménagé au Costa Rica, où l’enseignement à domicile est interdit aux résidents locaux, mais où il y a peu de contrôles pour les nomades numériques.

Aujourd’hui, ses enfants, âgés de sept et quatre ans, ne suivent pas de programme scolaire ; ils apprennent plutôt en jouant dehors, en participant à des activités locales avec d’autres enfants et en voyageant à travers le monde. Elle estime que tout cela stimule leur curiosité et leur confiance en eux. « Nous pensons que ce dont notre société a besoin à l’avenir n’est pas ce que le système scolaire peut offrir », dit-elle.

L’enseignement à domicile a longtemps été associé à des parents excentriques, des enfants maladroits et une pédagogie bancale. Mais il connaît une croissance rapide. Les chiffres étaient déjà en hausse avant la pandémie ; ils ont depuis explosé dans des pays comme la Grande-Bretagne, l’Australie et le Canada (voir graphique ci-dessous). Aux États-Unis, 3,2 millions d’enfants, soit 6 % de la population d’âge scolaire, suivaient un enseignement à domicile en 2024 — plus du double du nombre enregistré en 2019.



À mesure que l'enseignement à domicile s'est développé, les familles qui y ont recours ont également changé. Prenons l'exemple des États-Unis, où l'enseignement à domicile, autrefois une mode parmi la gauche contre-culturelle des années 1970, était, dans les années 1980, porté par des conservateurs qui dénonçaient les écoles comme des « pépinières sataniques ». Il est toujours associé aux chrétiens évangéliques blancs.

Mais aujourd’hui, les parents qui font l’école à la maison aux États-Unis ressemblent globalement au reste de la population, explique Angela Watson, responsable de la recherche sur l’enseignement à domicile à l’université Johns Hopkins. En fait, dit-elle, c’est parmi les familles de couleur que l’enseignement à domicile connaît la croissance la plus rapide, beaucoup d’entre elles s’inquiétant de la discrimination et de programmes scolaires peu adaptés à leur culture. Pour des raisons peut-être similaires, dans l’enquête Household Pulse Survey du Bureau du recensement menée en 2022-2023, un pourcentage plus élevé de parents pratiquant l’enseignement à domicile s’identifiait comme LGBT que parmi les parents dont les enfants fréquentaient l’école publique ou privée. Mme Watson note que la plupart des familles « mélangent » les types d’enseignement : environ la moitié des enfants scolarisés à domicile aux États-Unis ne suivent ce mode d’enseignement que pendant un à trois ans.

Les raisons qui poussent à l’enseignement à domicile évoluent également. Les parents sont désormais plus enclins à dire que leur principale préoccupation est la sécurité physique et psychologique de leur enfant. « Depuis la naissance de [mon aîné], le monde est devenu un peu fou », explique Rebecca Hardman, une mère britannique. Elle et son mari avaient prévu d’envoyer leur jeune fils à l’école à la fin du confinement lié à la pandémie. Mais ils ont commencé à considérer l’enseignement à domicile comme une alternative à long terme. Les enfants à l’école semblaient davantage exposés à la pression de leurs pairs et à l’influence néfaste des réseaux sociaux. « Tout cela a changé si rapidement que chaque fois que je me disais : “Oh, c’est peut-être le moment”, je me disais aussitôt : “Mon Dieu, en fait, qu’est-ce qu’il apprendrait ?” »

Les parents s’inquiètent également de la course effrénée à la réussite. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans une enquête menée auprès de 280 000 jeunes dans 44 pays, a constaté que la proportion de filles de 15 ans se sentant sous pression à l’école était passée de 54 % à 63 % entre 2018 et 2022. C’est particulièrement préoccupant pour les enfants qui ont des difficultés d’apprentissage, sont autistes ou souffrent de troubles de santé mentale. (Un enfant sur six parmi les 126 000 scolarisés à domicile pendant le trimestre d’automne en Angleterre l’année dernière a cité la santé mentale comme principale raison.) L’éducation traditionnelle est « rigide, peu accueillante, stressante, bureaucratique et tout simplement insupportable », affirme Hanna Lippi, une mère slovène. Elle a scolarisé ses enfants à domicile avant le durcissement de la réglementation en 2024 et envisage de s’installer à l’étranger pour pouvoir continuer à le faire. En raison de l’importance accordée à l’évaluation scolaire, dit-elle, « les familles sont épuisées ».


D’autres parents pensent simplement pouvoir offrir un meilleur enseignement. Beaucoup considèrent que les programmes scolaires nationaux sont dépassés sur tous les sujets, de la question raciale à l’intelligence artificielle, ou trop rigides pour un monde en constante évolution. Issy Butson, animateur d’un balado populaire consacré à l’enseignement à domicile, s’est lancé dans cette voie en Nouvelle-Zélande après avoir travaillé pendant vingt ans dans des entreprises de logiciels et des jeunes pousses. Il rejette les matières traditionnelles si ses enfants ne les apprécient pas. « Notre aîné est un conteur : c’est un écrivain, un lecteur et un illustrateur, et ça a toujours été sa passion. Il serait donc complètement fou de penser que nous pourrions un jour nous asseoir pour lui enseigner les maths. Ça semblerait tout simplement inutile. » À la place, il utilise des tutoriels en ligne pour enseigner des sujets comme le codage, qu’il juge plus utiles. Les écoliers ont « été formés selon un modèle totalement différent pour un monde totalement différent », dit-il.

Le rejet de l’école en inquiète plus d’un. Certaines études menées par des défenseurs de l’enseignement à domicile montrent que les enfants scolarisés à la maison obtiennent de meilleurs résultats que leurs camarades. Mais cette pratique apparaît sous un jour moins favorable dans d’autres études qui prennent en compte le milieu familial.

En 2025, Cardus, un groupe de réflexion canadien, a publié une étude qui tenait compte de la pauvreté pendant l’enfance, du fait que le répondant ait grandi avec ses deux parents biologiques et de son appartenance à un foyer religieux. L’article, rédigé par Mme Watson et Albert Cheng de l’université de l’Arkansas, a révélé que les adultes américains ayant suivi un enseignement à domicile étaient moins susceptibles de travailler à temps plein ou d’avoir un revenu familial supérieur au salaire médian. Une étude de 2014, s’appuyant sur les données de l’enquête nationale américaine sur la consommation de drogues et la santé, a montré que les enfants scolarisés à domicile âgés de 12 ans et plus étaient deux à trois fois plus susceptibles de déclarer avoir un retard par rapport à leur niveau scolaire. Et en 2020, une méta-analyse réalisée par Robert Kunzman et Milton Gaither a révélé que les enfants scolarisés à domicile avaient tendance à obtenir de bons résultats aux tests verbaux, mais à prendre du retard en mathématiques.

Les études sur la santé mentale et l’intégration sociale dressent également un tableau contrasté. La plupart des données sont recueillies par le biais d’auto-évaluations, et la plupart des familles pratiquant l’enseignement à domicile ont tendance à affirmer que leurs enfants sont bien socialisés. Mais la durée de l’enseignement à domicile semble jouer un rôle important. Le rapport Cardus a révélé que les élèves scolarisés à domicile pendant huit ans ou plus faisaient état des niveaux d’optimisme les plus élevés et des liens sociaux les plus étroits. En revanche, ceux scolarisés de cette manière pendant un à deux ans présentaient les niveaux d’anxiété les plus élevés, et ceux scolarisés à domicile pendant trois à sept ans avaient le moins de liens sociaux étroits et la satisfaction de vie la plus faible (voir graphique ci-dessous).



Un aspect difficile à mesurer est le degré d’isolement des enfants et leur vulnérabilité face à la maltraitance à la maison. C’est un point central pour les défenseurs d’une réglementation accrue de l’enseignement à domicile, comme la Coalition for Responsible Home Education, une organisation américaine dont de nombreux membres du personnel ont eux-mêmes été scolarisés à domicile.

Il n’existe aucune preuve validée par des pairs établissant un lien entre l’enseignement à domicile et des taux plus élevés de maltraitance ou de négligence. Mais à l’échelle mondiale, ce sont les enseignants qui signalent le plus souvent les cas aux services de protection de l’enfance ; ainsi, la réduction des contacts entre les élèves et le personnel scolaire peut permettre à la maltraitance de passer inaperçue. Certains experts s’inquiètent en outre que des parents maltraitants puissent retirer leurs enfants de l’école sous prétexte de leur faire suivre un enseignement à domicile. En 2024, une étude du Child Safeguarding Practice Review Panel (Comité d’examen des pratiques de protection de l’enfance) en Angleterre a révélé que les enfants scolarisés à domicile étaient « moins visibles » pour les organismes de protection de l’enfance, bien qu’elle ait également indiqué que la plupart des enfants scolarisés à domicile « mènent une vie heureuse et sûre ».

De nombreux pays ont des réglementations extrêmement strictes en matière d’enseignement à domicile. La scolarisation est obligatoire dans des pays tels que la Chine, l’Allemagne, la Grèce, les Pays-Bas, l’Espagne et la Turquie ; les dérogations sont rares. Dans d’autres pays, notamment en Corée du Sud et à Singapour, l’enseignement à domicile est soumis à des restrictions strictes. Cette année, la Grande-Bretagne a adopté la loi sur le bien-être des enfants et les écoles (Children’s Wellbeing and Schools Act), qui met en place un registre national des enfants non scolarisés et renforce la surveillance locale de l’enseignement à domicile ; auparavant, les parents devaient simplement s’assurer que leurs enfants reçoivent une éducation à temps plein « adaptée » à leur âge. Et en 2021, après une série d’attentats terroristes, la France a adopté une loi limitant l’enseignement à domicile à des circonstances exceptionnelles dans le but de lutter contre l’extrémisme et de protéger les valeurs laïques. 

[Un prétexte fallacieux selon ce carnet:  aucun des terroristes n'avaient été instruits à la maison, ils avaient dans l'immense majorité suivi leur scolarité à l'école PUBLIQUE.

Mohammed Merah (attentats de Toulouse et Montauban, 2012) : 
Élevé et scolarisé en écoles publiques à Toulouse (quartiers sensibles). 

Frères Kouachi (attaque contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015)
Saïd Kouachi (né en 1980) et Chérif Kouachi (né en 1982). Ils fréquentaient le collège Lakanal à Treignac (établissement public).  

Amedy Coulibaly (prise d’otages et tuerie à l’Hyper Cacher le 9 janvier 2015)
Né en 1982 à Juvisy-sur-Orge (Essonne), grandi à Grigny (cité de la Grande Borne).  
Scolarité dans des établissements publics de l’Essonne.  


Les trois terroristes du Bataclan 13 novembre 2015 (tous français)
Ismaël Omar Mostefaï (29 ans)  Scolarisé en écoles et établissements publics en France.  
Samy Amimour (28 ans) Bon élève au collège Paul-Bert de Drancy (établissement public).  
Foued Mohamed-Aggad (23 ans) Scolarisé en écoles publiques locales, puis dans un lycée technique.  

Figures belges / franco-belges importantes de l’opération
Abdelhamid Abaaoud (coordinateur principal, belgo-marocain)  Inscrit en 1999 au Collège Saint-Pierre d’Uccle (établissement catholique privé et prestigieux de Bruxelles). Il n’y reste qu’un an (expulsé pour comportement disruptif et mauvais résultats).  Ensuite scolarité classique dans le système belge (public ou ordinaire) à Molenbeek.
Salah Abdeslam (logistique, seul survivant).  A fréquenté l’Athénée Royal Serge Creuz (établissement public secondaire à Molenbeek).  

Abdoullakh Anzorov (assassinat de Samuel Paty, 16 octobre 2020)  
Éducation : Scolarisé en école publique française depuis l’âge de 6 ans (arrivé comme réfugié de Tchétchénie). Il a fait toute sa scolarité en France, avec des problèmes de comportement signalés dans les établissements publics (bagarres, déscolarisation progressive). 

Brahim Aissaoui (ou Issaoui, attentat de Nice, 29 octobre 2020) 
Éducation : Tunisien arrivé récemment en France (clandestinement). Il avait un parcours de décrocheur scolaire en Tunisie (écoles publiques locales), avec des petits boulots et une radicalisation récente. Pas d’IEF ni d’école privée française notable. 
]

Mais dans d’autres pays, la réglementation est remarquablement souple. Les États-Unis, berceau de l’enseignement à domicile, ont connu plusieurs vagues de déréglementation, en partie grâce à des décennies de plaidoyer mené par la Home School Legal Defence Association, un groupe conservateur désormais actif dans le monde entier.

Dans presque tous les États américains, les tuteurs peuvent dispenser un enseignement à domicile même s’ils ont été condamnés pour des crimes violents ou sexuels commis contre des enfants. Dans 42 États, il n’existe aucun seuil de qualification minimum pour l’enseignement parental. Seuls huit États américains exigent que tous les enfants scolarisés à domicile passent des évaluations scolaires, et 27 n’imposent aucune exigence en matière d’évaluation. Onze États n’exigent même pas que les familles informent les districts de leur intention de scolariser leurs enfants à domicile. Et certains États subventionnent désormais l’enseignement à domicile, permettant aux parents de dépenser l’argent des contribuables pour des services tels que le soutien scolaire.

Dans les cas extrêmes, l’absence de contrôle réglementaire peut permettre à des idéologies pernicieuses de se propager sans entrave. En 2023, un réseau d’enseignement à domicile de l’Ohio, qui regroupait pas moins de 3 000 suprémacistes blancs sur les réseaux sociaux, a été dénoncé ; Mein Kampf d’Hitler constituait la pierre angulaire de son programme scolaire. Les autorités ont enquêté sur le groupe mais ont finalement conclu qu’aucune loi n’avait été enfreinte, car les lois de l’État sur l’enseignement à domicile ne réglementent pas le contenu des programmes scolaires.

Tels sont peut-être les risques stéréotypés [caricaturaux dirions-nous] de l’enseignement à domicile, mais d’une manière plus générale, cette pratique trouve un écho favorable à travers tout le spectre idéologique. Mme Watson note que dans une enquête de 2024, les parents américains pratiquant l’enseignement à domicile étaient à peine moins susceptibles de se définir comme progressistes ou modérés que leurs homologues dont les enfants fréquentent l’école publique. Les parents de tous bords ont désormais tendance à affirmer – malgré des résultats mitigés en matière de résultats scolaires et d’adaptation sociale – qu’ils veulent simplement ce qu’il y a de mieux pour leurs enfants. 

mardi 10 février 2026

Le télétravail, remède inattendu à la crise démographique ?

Une étude de Stanford révèle qu'un simple jour de travail à domicile pourrait faire plus pour la natalité que des milliards d'euros en allocations familiales.

Dans un monde occidental confronté à l'effondrement de sa natalité — 1,6 enfant par femme aux États-Unis en 2024, souvent moins encore en Europe et en Asie de l'Est —, les gouvernements multiplient les initiatives coûteuses : primes à la naissance, crèches subventionnées, congés parentaux allongés. Pourtant, une étude récente de l'université Stanford suggère qu'une mesure bien plus simple et économique pourrait inverser la tendance : laisser les salariés travailler de chez eux, ne serait-ce qu'un jour par semaine.

Publiée en août 2025 sous le titre « Work from Home and Fertility », cette recherche menée par l'économiste Nicholas Bloom et plusieurs co-auteurs s'appuie sur une vaste enquête internationale de plus de 19 000 travailleurs répartis dans 38 pays. Le constat est frappant : les couples où les deux conjoints télétravaillent au moins un jour par semaine affichent une fécondité totale supérieure — de l'ordre de 0,2 enfant supplémentaire par femme en moyenne dans l'échantillon mondial, et 0,18 aux États-Unis. Selon certaines projections intégrant les intentions de fécondité future, cet effet pourrait même atteindre 0,3 à 0,5 enfant par couple.


290 000 naissances américaines liées au télétravail en 2024

L'ampleur de l'impact dépasse les prévisions initiales. Aux États-Unis, l'essor du télétravail consécutif à la pandémie de COVID-19 expliquerait environ 290 000 naissances supplémentaires pour la seule année 2024 — soit près de 8 % des naissances totales enregistrées cette année-là. Sur l'ensemble de la période 2021-2025, les chercheurs estiment à 80 000 par an en moyenne le nombre de naissances attribuables à cette nouvelle organisation du travail.

Ces chiffres, qui peuvent paraître considérables, reposent sur une méthodologie rigoureuse. Les auteurs ont pris soin de contrôler les biais de sélection — par exemple en tenant compte du potentiel de télétravail propre à chaque métier  avant la pandémie — afin d'isoler l'effet réel du travail à domicile de celui d'autres facteurs socio-économiques.


« On ne peut pas tomber enceinte par courriel »
 
Pourquoi le télétravail favorise-t-il la natalité ? Les mécanismes identifiés par l'étude sont à la fois simples et puissants. D'abord, une dimension purement biologique : moins de stress, moins d'épuisement lié aux déplacements quotidiens, des horaires plus souples… autant de facteurs qui créent davantage de moments propices à la conception. Nicholas Bloom le résume avec une formule provocante mais révélatrice : « On ne peut pas tomber enceinte par courriel. »

Ensuite, une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Le temps gagné sur les trajets — souvent plusieurs heures par semaine — peut être réalloué à la parentalité, au sommeil, au sport, ou tout simplement à la vie de couple. Les femmes ayant déjà des enfants expriment d'ailleurs dans les enquêtes un désir particulièrement marqué de télétravailler, signe que cette organisation répond à un besoin profond de flexibilité.

Une politique familiale par accident

L'étude ne prétend pas que le télétravail constitue une solution miracle à la crise démographique. Les freins structurels demeurent massifs : coût du logement prohibitif dans les grandes métropoles, précarité économique croissante, absence de services de garde d'enfants abordables et accessibles, évolution des aspirations individuelles. Mais elle suggère qu'un modèle de travail hybride généralisé — entre un et trois jours à domicile par semaine — pourrait représenter l'une des politiques natalistes les plus efficaces… et les moins coûteuses pour les États.
 
Car, contrairement aux allocations familiales ou aux infrastructures de garde d'enfants, le télétravail ne nécessite aucun budget public. Il repose sur une simple autorisation accordée par les employeurs, souvent sans perte de productivité — voire avec des gains, comme l'ont montré de nombreuses études menées durant et après la pandémie.

Pourtant, depuis 2023, de nombreuses entreprises — notamment dans les secteurs technologique et financier — ont entrepris de forcer le retour au bureau à temps plein, invoquant pêle-mêle la culture d'entreprise, la collaboration spontanée ou le contrôle managérial. Si l'étude de Stanford se confirme, ces politiques de rappel pourraient constituer, presque par inadvertance, l'une des mesures anti-natalistes les plus discrètes jamais mises en œuvre.

Des résultats à confirmer, un débat à ouvrir

Comme toute étude observationnelle, celle-ci présente des limites. Malgré les contrôles statistiques, il reste difficile d'exclure totalement l'hypothèse selon laquelle les couples choisissant le télétravail possèdent déjà d'autres caractéristiques favorables à la parentalité : revenus plus élevés, stabilité professionnelle, niveau d'éducation, valeurs familiales. De plus, les projections sur les intentions futures de fécondité — qui font grimper l'effet estimé à 0,3 ou 0,5 enfant — demeurent fragiles : vouloir un enfant dans cinq ans ne garantit pas qu'on l'aura.

Enfin, le chiffre de 290 000 naissances attribuées au télétravail en 2024 aux États-Unis — soit 8 % du total — paraît considérable et mériterait d'être vérifié par des recherches indépendantes utilisant d'autres sources de données.

Reste que ces résultats, même s'ils nécessitent confirmation, ouvrent une piste de réflexion majeure. Ils rappellent que la natalité ne dépend pas seulement de transferts monétaires ou d'infrastructures publiques, mais aussi — peut-être surtout — de la qualité de vie quotidienne, du temps disponible, de la réduction du stress et de la possibilité de concilier ambitions professionnelles et désir d'enfants.

À l'heure où les démographes multiplient les scénarios catastrophes sur le vieillissement des populations occidentales, et où les gouvernements cherchent désespérément des leviers d'action, le télétravail offre une solution paradoxale : une des politiques familiales les plus efficaces pourrait bien être… de laisser les gens travailler chez eux.

vendredi 6 juin 2025

En 2020, Macron promettait la guerre à l’islamisme… il l'a fait contre l'instruction à la maison sans lien avec l'islamisme

En 2020, Macron promettait la guerre à l’islamisme… En 2021, il s’en prend à l’école à la maison, sans aucun lien prouvé avec une instrumentalisation islamiste. 

Pendant ce temps, l’islamisme gagne du terrain dans l’école publique. Mais là : on tergiverse…



mercredi 7 mai 2025

Instruction à la maison interdite en France: l’ECLJ saisit le Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU

L’école à la maison, qui fut toujours une liberté en France, nécessite désormais une autorisation préalable très difficile à obtenir, à la suite de l’adoption d’une loi en 2021. L’ECLJ (European Centre for Law and Justice) a saisi un Comité de l’ONU pour qu’il rappelle à la France que les parents sont les premiers responsables de l’éducation et de l’instruction de leurs enfants.

École à la maison en France : bref état des lieux

Cette année en France, l’école à la maison, également appelée instruction en famille (IEF) est toujours pratiquée pour plus de 30.000 enfants. Au lieu de scolariser les enfants dans un établissement public ou privé, l’IEF consiste à instruire les enfants à la maison, très généralement par l’un des parents et plus rarement par les deux ou un tuteur.

Alors que cette pratique de l’école à la maison était encore en France jusqu’à il y a peu, une liberté fondamentale, la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République voulue par Emmanuel Macron a radicalement restreint les possibilités de poursuivre ce mode d’instruction. Cette loi impose la scolarisation dans une établissement, public ou privé, et ne permet qu’il soit dispensé en famille que par dérogation. Une dérogation qu’il faut demander et obtenir chaque année de l’Éducation nationale. C’est là tout le nœud des difficultés pour tous les parents pratiquant l’instruction en famille : justifier d’un des quatre motifs limitativement énumérés par la loi pour obtenir le droit de faire l’école à la maison. En trois ans d’application, cette loi a déjà démontré son impact délétère : le nombre d’enfants en IEF a été divisé par deux.

Une affaire emblématique

C’est de cette situation grave que l’ECLJ vient de saisir le Comité des droits économiques, sociaux et culturels. Dans une requête individuelle déposée vendredi 11 avril 2025, l’ECLJ représente les parents d’une jeune fille de 3 ans à l’époque des faits, Noémie*, qui a été empêchée de bénéficier de l’instruction en famille avec sa grande sœur, sans qu’aucune justification ne soit donnée aux parents.

Les parents faisaient pourtant depuis plusieurs années l’école à la maison et avaient été plusieurs fois positivement contrôlés par les inspecteurs de l’académie. Soucieux de la baisse du niveau dans les écoles publiques et souhaitant passer plus de temps avec leur (très) jeune Noémie, ils firent une demande auprès de l’académie, conformément à la loi.

Leur parcours judiciaire est tout simplement ubuesque, comme pour beaucoup d’autres familles. Ils ont d’abord reçu une réponse négative de l’Académie puis une deuxième réponse négative de la Commission+ de l’Académie, suite à un recours administratif préalable. Ils ont ensuite saisi le juge administratif qui leur a donné raison, et a autorisé l’instruction en famille de leur fille. Cependant, l’Éducation nationale fit appel, et alors que l’année scolaire se terminait, la Cour administrative d’appel annula la décision du premier juge, et confirma le refus d’autoriser Noémie de bénéficier de l’instruction en famille.

Sauf que, entre le mois de mars et de mai, les parents avaient refait une demande d’autorisation pour faire l’école à la maison avec Noémie l’année suivante. Et alors même que la Cour administrative d’appel était saisie par l’Éducation nationale, celle-ci autorisa Noémie à faire l’école à la maison pour l’année suivante. Cela n’a aucun sens. Cette affaire est la preuve même que les refus ou autorisations donnés par l’Éducation nationale ont un caractère arbitraire et imprévisible. De nombreuses familles l’ont vécu : de manière incompréhensible, certaines obtiennent l’autorisation une année, mais pas l’année suivante, sans qu’il n’y ait de justification claire de l’administration publique.

Requête individuelle auprès du Comité des droits économiques, sociaux et culturels

C’est un des éléments que nous dénonçons dans la requête que nous avons déposée auprès du Comité des Nations unies. Noémie a fait l’objet d’une décision arbitraire et imprévisible. Elle a également subi une discrimination intrafamiliale, puisque sa grande sœur elle, a eu l’autorisation de faire l’école à la maison, alors qu’elles sont toutes deux dans des situations similaires.

Surtout, cette restriction du droit à l’instruction en famille est par nature contraire au droit international et il appartient à ce Comité d’avoir le courage de le rappeler. En effet, l’article 10 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels stipule clairement que :

Une protection et une assistance aussi larges que possible doivent être accordées à la famille, qui est l'élément naturel et fondamental de la société, en particulier pour sa formation et aussi longtemps qu'elle a la responsabilité de l'entretien et de l'éducation d'enfants à charge.
C’est bien la famille qui a la responsabilité de l’éducation des enfants qui en sont membres. S'ils scolarisent leurs enfants dans des établissements publics, les parents choisissent volontairement de déléguer à l’État leur compétence en la matière. Or, le système légal français actuel prive indûment les parents de cette responsabilité. Ce sont des fonctionnaires, qui ne connaissent pas Noémie ni les autres enfants, qui jugent sur dossier de l’intérêt de l’enfant d’être instruit en famille ou non, et qui impose leur choix aux parents, sans se justifier.

De plus l’article, l’article 13 de ce même Pacte stipule que :

Les États parties au présent Pacte s’engagent à respecter la liberté des parents et, le cas échéant, des tuteurs légaux, de choisir pour leurs enfants des établissements autres que ceux des pouvoirs publics […] et de faire assurer l'éducation religieuse et morale de leurs enfants, conformément à leurs propres convictions.

Le nouveau régime d’autorisation, qui impose aux parents de se justifier de leur choix ne respecte pas, par définition, « la liberté des parents ».

En outre, les parents ont certes le choix de l’établissement scolaire pour leurs enfants et ne peuvent pas être obligés d’inscrire leurs enfants dans un établissement public, mais les établissements privés étant moins répandus et parfois très chers, l’école à la maison est parfois la seule alternative pour les parents « de faire assurer l’éducation religieuse et morale de leurs enfants, conformément à leurs propres convictions. » Par conséquent, si le droit de faire l’école à la maison n’est pas garanti, les parents sont de fait forcés de mettre leurs enfants dans des établissements publics dont l’enseignement n’est pas nécessairement conforme à leurs convictions.

C’est en substance ce que défend l’ECLJ dans sa requête individuelle pour Noémie. Nous demandons au Comité de condamner la France pour l’atteinte à la liberté des parents et au droit à l’éducation de Noémie qui est certainement mieux garanti par ses parents que par l’école publique française.

Reste qu’une décision rapide de ce Comité contre la France sera difficile à obtenir, car il est saisi de nombreuses demandes. C’est avant tout aux députés et sénateurs d’agir pour garantir les droits parentaux et nous espérons que l’exemple de cette requête y contribuera. À cette fin, l’ECLJ invite les parents ayant été déboutés par les juridictions nationales et souhaitant agir auprès de cette instance onusienne, à nous contacter.

* Prénom modifié.

Source : ECLJ

samedi 15 février 2025

France — Instruction en famille : victoire en Cour d’appel de Versailles

Il aura fallu plusieurs années de persévérance à un couple franco-américain en IEF (instruction en famille) pour obtenir gain de cause. Accompagnés par notre association, notre président-avocat et la HSLDA (ligue du homeschooling aux Etats-Unis), la Cour d’appel de Versailles leur a donné raison avant-hier.

Bernard, Tracy et leur fils Emmanuel ont passé outre un refus d'instruction à la maison.

Le rectorat de Versailles dans une décision du 3 juillet 2023, suivi par le tribunal administratif de Versailles le 6 novembre 2023, avaient rejeté leur demande d’instruction en famille alors même qu’il faisait état que c’était la seule solution pour permettre à leur fils de rester bilingue, du fait de l’impossibilité pour l’enseignement public, de garantir le maintien de son bilinguisme.

Le père ayant eu des fonctions militaires importantes était également appelé à déménager très souvent et l’instruction en famille était un facteur de stabilité pour l’enfant.

L’enfant était également très précoce et diagnostiqué haut potentiel intellectuel. Les parents avaient finalement obtenu l’autorisation 2024-2025 mais ont persévéré pour demander l’annulation de la décision de refus de 2023-2024 devant la Cour administrative d’appel de Versailles.L’État ne peut contraindre à des frais de scolarité élevés

Par un arrêt rendu le 12 février 2025, la Cour administrative d’appel de Versailles a enfin reconnu que l’enfant avait bien une situation propre et a cassé le jugement de première instance validant celle du recteur d’académie et du DASEN des Yvelines.

Parmi les apports intéressants de cet arrêt, l’État ne peut, sous couvert de l’obligation scolaire, contraindre une famille à exposer des frais dans une école hors-contrat.

Les requérants auraient en effet étaient tenu de mettre leur enfant dans une école bilingue, exposant des frais de scolarité élevés, alors même que cette école était située très loin de leur domicile.

Une ouverture pour le choix d’une pédagogie alternative

Ceci pourra servir à des familles qui choisiront une pédagogie spécifique pour leur enfant, comme par exemple le choix la pédagogie Montessori, ne trouvent pas d’école publique adaptée, souhaitent donc choisir l’instruction en famille et sont confrontés à des frais très élevés des écoles hors contrat.

Le maintien du bilinguisme est donc ici considéré comme un critère pouvant justifier une situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif.

Ceci ne doit pas faire oublier que toutes les familles sont confrontées aujourd’hui à de grandes difficultés avec de nombreux refus selon les académies, une discrimination territoriale doublée d’un grand flou sur les refus, avec une absence de chiffres au niveau régional et local, et donc un limpide manque de transparence, motif par motif, académie par académie, département par département.

…Malgré la chute vertigineuse de ce libre choix de l’instruction

Rappelons ainsi que nous sommes passés de 72.000 enfants instruits en famille en 2021 à 35.000 enfants instruits en famille en 2025, soit une chute de 57% de ce libre choix de l’instruction, et -36% par rapport à l’année dernière, selon le ministre de l’Education nationale le 16 janvier dernier à l’Assemblée nationale, au moment de l’évaluation de la loi par la Commission des lois.

Cette victoire masque également toute la difficulté de la jurisprudence du Conseil d’État qui nécessite de démontrer la plus-value de l’instruction en famille par rapport à la scolarisation à l’école. Une difficulté de plus pour les familles, qui doivent chaque année établir un dossier de plusieurs dizaines de pages sans aucune garantie toutefois d’obtenir l’autorisation, alors que s’ouvre de nouveau, à partir du 1er mars et jusqu’au 31 mai seulement, la période d’annualisation, elle-même liberticide.

Cette situation de précarité administrative doit cesser pour le bien de tous les enfants et pour éviter des marathons judiciaires comme celui-ci, qui ne sont pas suspensifs des décisions des recteurs d’académie et sont très onéreux en frais d’avocats. Comment admettre qu’une famille puisse avoir gain de cause après trois ans de procédures ?

Par ailleurs, comme l’a tweeté hier un autre avocat spécialiste d’éducation et d’instruction en famille, Me Fouret, d’autres victoires ont été obtenues devant les tribunaux administratifs de Nancy et Melun…, sans compter les situations de désobéissance civile, qui se multiplient (*).

Nous luttons pour une juste cause, celle de nos enfants, et tôt ou tard, nous finirons par l’emporter définitivement contre cette loi inique, à rebours de toutes les conventions internationales, comme l’ONU l’a rappelé à la France.

(*) Mardi prochain 18 février 2025 à 14h, le couple leader de l’association Enfance Libre, comptant plus de 140 familles en IEF et en désobéissance civile sur le territoire national, sont convoqués pour la seconde fois au tribunal correctionnel de Foix. Ils avaient déjà été condamnés à 500€ d’amende avec sursis chacun pour ne pas avoir déposé de demande d’autorisation. 

Source : Liberté éducation

mardi 4 février 2025

Québec — le droit d'instruire ses enfants à la maison a été retiré plus de 1000 fois

Le gouvernement du Québec a demandé à plus de 1000 élèves scolarisés à la maison de retourner en classe depuis 2021, notamment parce que certaines exigences administratives n’avaient pas été remplies par leurs parents, a constaté Le Devoir.

Entre le début de l’année scolaire 2021-2022 et le 30 octobre dernier, ce sont exactement 1079 enfants qui ont été rappelés sur les bancs d’école après avoir perdu l’autorisation de suivre un enseignement à la maison, montre une demande d’accès à l’information rendue publique sur le site Web du ministère de l’Éducation. La dispense dont ils disposaient pour pouvoir apprendre à la maison leur a été retirée à la suite de « non-conformités » au Règlement sur l’enseignement à la maison relevées par les fonctionnaires de l’État.


« Ça peut exister, des parents qui ont retiré leurs enfants sans avoir mis en place un vrai projet d’apprentissage », relève la professeure Christine Brabant. Or, l’encadrement de l’éducation à domicile est bien ficelé au Québec et compte notamment des suivis auprès des parents en cours d’année. Ainsi, lorsque ceux-ci sont incapables de répondre aux exigences de l’État, l’autorisation d’enseigner à leurs enfants à la maison peut leur être retirée, explique l’experte.

Par courriel, le ministère de l’Éducation rappelle qu’il a comme mandat de veiller « au respect du cadre juridique applicable, notamment au respect des programmes d’études établis par le ministre et de l’obligation de réaliser les épreuves ministérielles ».

Ainsi, même s’il privilégie « une approche de soutien et de collaboration avec les familles en enseignement à la maison », lorsque le règlement encadrant cette pratique n’est pas respecté, « le Ministère informe le parent que leur enfant ne fait plus l’objet d’une dispense de l’obligation de fréquenter une école aux fins de recevoir à la maison un enseignement approprié pour l’année scolaire en cours et qu’il doit, par conséquent, être inscrit dans une école afin que cette obligation soit respectée », ajoute-t-il.
 
Québec faisait état de 8104 enfants suivis en enseignement à la maison en date du 27 décembre dernier.

Croissance du nombre d'enfants instruits à la maison

Le nombre d’enfants québécois qui sont scolarisés à la maison a augmenté à un rythme beaucoup plus rapide que celui de la population étudiante en général au cours des dernières années. Les doléances de parents qui enseignent à leurs enfants à domicile sont aussi nombreuses à l’endroit du réseau scolaire, qui peine à répondre à leurs demandes en contexte de pénurie de main-d’œuvre. État des lieux.

Après avoir atteint un sommet en 2020-2021, pendant la pandémie, le nombre d’élèves suivis en enseignement à la maison est en diminution depuis. Il s’établissait à 8104 en date du 27 décembre dernier, selon des données fournies par le ministère de l’Éducation à la suite d’une demande d’accès à l’information.

Ce nombre demeure néanmoins 63,12 % plus élevé que celui de 4968 observé lors de l’année scolaire 2018-2019. Pendant cette même période, le nombre total d’élèves au primaire et au secondaire, qui dépasse le million, a augmenté de 9,64 %, montrent des données tirées du tableau de bord du ministère de l’Éducation.

« La croissance qui n’est pas liée à la pandémie, elle est assez stable », confirme en entrevue Christine Brabant, professeure à l’Université de Montréal et chercheuse spécialisée en éducation à domicile. Selon elle, le nombre d’enfants scolarisés à la maison serait sans doute le même actuellement, même si la crise sanitaire n’avait pas eu lieu.

Cet attrait grandissant pour l’école à la maison est notamment associé à l’incapacité du réseau scolaire, aux yeux de plusieurs parents, de répondre aux besoins de leurs enfants. L’Association québécoise pour l’éducation à domicile constate d’ailleurs qu’environ la moitié des enfants dont les parents comptent parmi ses membres présentent des défis d’apprentissage ou encore un problème de santé psychologique ou physique.

Des demandes de parents (contribuables...) sans réponse

Christine Brabant souligne que les études réalisées à l’échelle internationale font état, en général, d’un niveau de socialisation et de réussite scolaire similaire pour les enfants qui suivent l’école à la maison et ceux qui se rendent en classe. « Il y a peu d’études qui ont réussi à trouver des inconvénients et des résultats négatifs » rattachés à l’école à la maison, souligne-t-elle.

Il est toutefois difficile d’avoir un état des lieux clair en la matière au Québec en raison du manque de données publiques disponibles, évoque la professeure.

L’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED) constatait cependant, au terme d’un sondage mené l’an dernier auprès de 200 familles, que 68 % des demandes effectuées par des parents membres de son association pour avoir accès à des services auxquels ils ont droit en vertu du Règlement sur l’enseignement à la maison auraient été refusées par leur centre de services scolaire. Ces requêtes portaient notamment sur l’accès à des locaux, à du matériel pédagogique et à des services professionnels — de la part d’orthopédagogues ou de psychoéducateurs, par exemple.

Cette situation ne surprend pas le président de la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec, Jacques Landry. « Déjà, ce qu’on voit, c’est que même quand les enfants sont à l’école, on n’arrive pas à leur offrir le service adapté, alors imaginez quelqu’un qui est à la maison, la marche est encore plus haute », tente-t-il d'expliquer.

Des résultats variables

C’est dans ce contexte qu’au sein du CSS de Laval, pendant l’année scolaire 2023-2024, la note moyenne à l’examen ministériel de lecture en français, administré en quatrième année du primaire, a été de 14,76 % inférieure chez les élèves scolarisés à la maison.

Pendant cette même période, ceux-ci avaient aussi obtenu une note moyenne de 17,39 % inférieure à celle obtenue par leurs collègues fréquentant les bancs d’école pour l’examen de mathématiques en sixième année du primaire. La différence était de 13,28 % en 2022-2023.

« En raison du grand écart entre le nombre d’élèves qui fréquentent nos établissements et ceux qui font l’école à la maison, la comparaison devient difficile », nuance toutefois par courriel le centre de services scolaire, qui appelle à la « prudence » dans l’interprétation de ces données.

La réponse du CSS Marguerite-Bourgeoys, quant à elle, montre que ceux-ci ont obtenu des résultats moyens sous la note de passage pour l’ensemble des épreuves dans les matières à sanction en 4e et 5e secondaire. La moyenne était aussi une note d’échec pour les examens de français en quatrième année du primaire.

Au CSS de la Pointe-de-l’Île, les élèves scolarisés à la maison ont à l’inverse mieux réussi  que les autres dans une majorité d’examens, en 2022-2023 comme en 2023-2024. Le bilan est plus partagé dans les commissions scolaires anglophones de Montréal, où les élèves scolarisés à la maison semblent réussir davantage dans certaines matières, comme le français, tout en ayant une moyenne moindre dans d’autres, par rapport à ceux qui se rendent sur les bancs d’école.

lundi 20 janvier 2025

France — Suite aux lois liberticides, baisse de 36% de l’instruction en famille

Le député LR (centre-droit) Xavier Breton est intervenu jeudi dans l’hémicycle sur l’instruction à domicile lors d’un débat portant sur l’évaluation de la loi confortant le respect des principes de la «République». Voici son intervention ainsi que la réponse de M. François-Noël Buffet, ministre auprès du ministre d’État, ministre de l’Intérieur.



— M. Xavier Breton —

J’aimerais revenir sur l’instruction en famille. Si l’instruction est obligatoire depuis la loi Ferry de 1882, la liberté de choisir la méthode d’instruction est reconnue aux parents. La liberté de l’enseignement constitue même un principe fondamental reconnu par les lois de la République ainsi qu’en a décidé le Conseil constitutionnel en 1977.

Or la loi dont nous débattons aujourd’hui remet en cause cette liberté puisqu’on passe d’un régime de déclaration à un régime d’autorisation. C’est une atteinte à la liberté, qui devient l’exception et non plus la règle.

Les motifs allégués à l’époque de cette modification tenaient au risque de communautarisme et de séparatisme. Or aucun élément fiable et documenté ne permet d’identifier des risques de telles dérives pour l’immense majorité des enfants qui suivent l’instruction en famille. Celle-ci leur permet au contraire d’obtenir des résultats scolaires supérieurs à ceux des élèves scolarisés en établissements, parce que, très majoritairement, les parents s’appliquent à instruire leurs enfants en construisant un projet éducatif, pédagogique et familial adapté à chacun d’eux, et cela dans le respect des exigences de la loi.

Ma question devrait s’adresser à la ministre de l’éducation nationale, mais comme cette disposition constitue une sorte de cavalier dans le texte initial, je vous la pose, monsieur le ministre auprès du ministre de l’intérieur, en vous demandant de bien vouloir la relayer, car nous attendons des éléments objectifs de la part de l’éducation nationale : quel est le nombre de cas répondant explicitement aux critères inscrits dans une loi visant à lutter contre l’islamisme radical ? Combien y a-t-il d’autorisations enregistrées, de refus, avant et après recours ? Quelle est la répartition de ces chiffres par académie – puisqu’un certain arbitraire existe parfois dans les décisions ? Quel est le nombre de contrôles effectués par les autorités académiques ? Nous demandons ces chiffres au ministère et nous comptons sur votre soutien.

— M. François-Noël Buffet, ministre —

Voici quelques éléments précis pour répondre à votre question. Pour les enfants inscrits dans les familles en 2021 et 2022, un régime dérogatoire a été prévu dans le texte : une autorisation leur a été accordée de plein droit, sans qu’ils aient à justifier d’un motif, pour les années scolaires 2023-2024 et 2024-2025, lorsque les résultats du contrôle pédagogique annuel au titre de l’année scolaire 2021-2022 ont été jugés suffisants. Sur les 47 802 autorisations délivrées en 2023-2024, 29 633 enfants faisaient l’objet d’une autorisation de plein droit.

Ce régime s’est éteint à la fin de l’année scolaire 2023-2024. Par conséquent, à partir de l’année scolaire 2024-2025, toutes les demandes d’autorisation d’instruction en famille sont fondées sur l’un des quatre motifs prévus par le code de l’éducation, en l’occurrence l’article 131-5. Le régime prévu commence à produire ses effets depuis la rentrée scolaire de 2024. D’après le tableau que j’ai sous les yeux, l’évolution du nombre d’enfants instruits dans les familles est la suivante : en 2021-2022, ils étaient 72 369, contre 47 802 en 2023-2024 et 30 644 d’après les chiffres de novembre 2024 – soit une baisse de 36 %.

Voilà les chiffres dont je peux vous faire part ; le ministre de l’éducation nationale vous donnera beaucoup plus de détails que je ne peux le faire, mais ils indiquent déjà une orientation.

— M. Xavier Breton —

Oui, on voit bien l’atteinte à la liberté dans ces chiffres !

dimanche 19 janvier 2025

Bilan annuel du Centre canadien pour l’éducation à la maison

Comme vous le savez, les gouvernements provinciaux sont responsables des lois régissant l'enseignement à domicile. 
 
Au Québec, la Direction de l'enseignement à la maison a légèrement modifié son approche démesurée en matière de réglementation de l'enseignement à la maison: la DEM a remplacé la rencontre annuelle de suivi à domicile par une réunion Zoom en ligne et la rédaction du rapport de mi-année a été facilitée. Bien qu'il s'agisse de changements positifs pour les Québécois, les résultats d'une série d'élections provinciales à travers le Canada au cours de l'année écoulée n'augurent rien de bon pour nos libertés, en général.

Au Nouveau-Brunswick, le Parti libéral est arrivé au pouvoir en octobre 2024 en promettant d'investir de l'argent dans le système d'éducation publique en déclin. Malheureusement, les libéraux ont clairement affiché leur mépris pour les droits parentaux et l'unité familiale. Ils ont déjà voté pour que les enseignants gardent secrètes les informations concernant les élèves et les parents. Les liens étroits de ce gouvernement idéologique avec les syndicats d'enseignants, son mépris pour les droits parentaux et son programme déclaré d'«inclusion» nous inquiètent profondément.

En Colombie-Britannique, le NPD provincial a été réélu en octobre avec une faible majorité. L'enseignement à domicile est depuis longtemps un choix populaire en Colombie-Britannique et de nombreux parents qui font l'école-maison considèrent leur liberté de choix comme acquise. Ils devraient toutefois s'inquiéter du fait que ce même gouvernement néo-démocrate poursuit agressivement un programme radical d'éducation sexuelle dans le système scolaire public. Ce n'est plus qu'une question de temps avant que cette éducation ne soit exigée dans les écoles privées et même dans les écoles à domicile pour que les élèves puissent obtenir le diplôme provincial d'études secondaires.

Plus préoccupant encore, le NPD du Manitoba, élu à l'automne dernier, a salarié un nouvel agent de liaison dans une commission scolaire du sud du Manitoba afin de tenter de « réintégrer » les familles dans le système scolaire public. La raison en est, selon le ministre, que « certaines de ces familles n'ont jamais connu l'expérience de l'école publique ». Mais ce qui est encore plus inquiétant, c'est que le ministre s'est lancé dans un examen formel de l'enseignement à domicile. Il a entamé une « enquête pilote » afin de déterminer les raisons pour lesquelles l'enseignement à domicile s'est développé de manière aussi importante. Le ministre déclare qu'il espère obtenir « des données concrètes qui nous permettront d'aller de l'avant.» Il s'agit d'une avancée dangereuse qui met en péril nos libertés.

Dans l'année qui vient de passer, le conseil scolaire de la province de Terre-Neuve a commencé à demander beaucoup plus d'informations aux familles que par le passé et refuse à de nombreuses familles l'autorisation de faire l'école à la maison en raison de ce qu'il considère une documentation inadéquate. Tout comme au Manitoba, cette commission scolaire provinciale a également commencé à interroger directement les parents sur les raisons qui les ont poussés à choisir l'éducation à domicile.

Peu importe que vous viviez au Manitoba, à Terre-Neuve ou dans une autre province : les motivations qui vous poussent à choisir d'éduquer vos propres enfants, ça ne regarde tout simplement pas le gouvernement ! Ça ne le concerne pas plus que les questions sur ce qui motive vos choix médicaux, vos décisions en matière d'alimentation, vos projets de voyage ou votre fréquentation ou pas d’une église.

La raison pour laquelle le gouvernement intervient dans la prise de décision des parents est exclusivement idéologique - en d'autres termes, il croit en un système public « unique » qui enseigne la conformité, évite d'enseigner la pensée logique et critique, et enrôle les enfants dans les dernières modes politiques. C'est la raison pour laquelle je suis si préoccupé par ces développements.

Les politiciens et les bureaucrates dont la motivation principale est de supprimer ou même d’interdire l'éducation à domicile ne se soucient pas vraiment de la qualité de l'éducation que reçoivent les enfants canadiens. Soyons honnêtes: s'ils se préoccupaient réellement de la qualité de l'enseignement, ils se concentreraient plutôt sur la correction des échecs du système public, avec ses résultats en baisse, ses taux élevés de décrochage scolaire et son incapacité à offrir des services complets aux enfants ayant des besoins particuliers, sans parler de l'augmentation du nombre de perturbations dans les classes et de l'intimidation dans les cours d'école.

En revanche, il n'y a aucune preuve de carences académiques de la part de la communauté école-maison. En fait, nous disposons de recherches évaluées par des pairs qui prouvent que nos élèves obtiennent des résultats nettement supérieurs à ceux du système public. En outre, tout porte à croire que les jeunes éduqués à la maison poursuivent des études supérieures réussies et mènent des carrières passionnantes. Par ailleurs, quel parent choisira d'investir autant de temps et d'argent dans l'éducation de ses propres enfants s'il n'est pas convaincu qu'il fera un meilleur travail que le système public « gratuit » ?

La seule raison de vérifier les motivations des familles est de chercher à justifier la restriction ou l'interdiction pure et simple de l'enseignement à domicile. Et, soyons clairs, si une province décide de bafouer nos libertés, d'autres provinces pourraient bien emboîter le pas.

C'est donc maintenant qu'il faut agir. Nous avons besoin de votre aide pour constituer un Fonds de défense pour la liberté qui nous permettra de lutter contre toute tentative, au Manitoba, à Terre-Neuve, en Colombie-Britannique ou ailleurs, de restreindre ou de nier vos choix parentaux. Nous avons besoin de ces fonds pour soutenir notre travail de plaidoyer auprès des décideurs et des politiciens. Et si une province va trop loin, nous nous battrons pour vos libertés devant les tribunaux. Nous devons commencer à constituer ce nouveau fonds dès aujourd'hui.

Bien sûr, c'est le travail que la HSLDA et le CCHE ont toujours fait et nous avons connu un succès considérable au cours des 33 dernières années. Mais nous sommes arrivés à un moment critique au Canada avec l'élection d'un si grand nombre de gouvernements provinciaux possiblement hostiles dont certains ont déjà pris des mesures préliminaires pour supprimer nos libertés.

Ferez-vous un don généreux aujourd'hui ?


Cordialement,
Peter Stock, Directeur général, CCHE
Centre canadien pour l'éducation à la maison

Unit 210 - 980 rue Adelaide.
S. London (Ontario)
N6E 1R3
francais@cche.ca
819.376.9739
cche.ca/fr/
Centre canadien pour l’éducation à la maison

mercredi 20 novembre 2024

Femmes tradi : retour du « patriarchat », montée en puissance de l'« extrême-droite » ?

Chaque mois, une nouvelle tendance émerge sur TikTok. Cette fois-ci, on s'attaque à celle des #tradwives. Des influenceuses d'un nouveau genre qui ont comme particularité celle d'être conservatrices et anti-féministes. Ce qu'elles souhaitent ? Rester à la maison pour s'occuper de leur foyer, puis de leur mari quand ce-dernier rentre du travail.

Est-ce là le retour du patriarchat ? La montée en puissance de l'extrême-droite ? Décryptons.