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mercredi 9 avril 2025

Enseigner à une génération qui s’ennuie

Texte de Francis O’Shaughnessy publié dans Le Devoir, l’auteur est professeur dans un cégep à Montréal.

J’enseigne à des étudiants qui ont une fixation maladive sur les écrans. Ils sont dépendants aux réseaux sociaux, aux séries et aux jeux vidéo et passent la majeure partie de leurs temps sur leurs machines sophistiquées. Quand j’arrive en classe, je les salue. Tous ont la tête baissée, happée par leur téléphone intelligent. À l’habitude, il y a peu de réactions ; un ou deux bonjours isolés, mais souvent, je fais face à un silence total. Devrais-je enseigner en langage SMS pour capter leur attention ?

Depuis 2020, je m’interroge sur ma motivation à enseigner et si mon rôle a encore un sens. Mes salles de classe sont loin du lieu d’échange et de savoir auquel j’aspirais. Ce siècle, empreint de vacuité, a engendré des générations qui s’ennuient, qui éprouvent un profond vide intérieur et qui trouvent refuge dans une réalité virtuelle illusoire.

Le désintérêt d’une génération pour le travail

Les jeunes de la génération Z sont de plus en plus passifs en classe, ayant du mal à se concentrer et à participer activement. Ils montrent également une nette aversion à s’investir dans leurs lectures, à construire des textes cohérents et à communiquer efficacement. Ils se tournent souvent vers l’intelligence artificielle pour compenser ces lacunes, et leurs créations artistiques manquent d’originalité et de profondeur.

Depuis quelques années, j’observe avec inquiétude le désintérêt des étudiants pour le travail intellectuel et plastique. Depuis la pandémie, mes classes se vident progressivement dès le troisième cours, car la présence en classe n’est pas obligatoire, mais fortement encouragée, surtout en atelier pratique. Sur les 25 personnes qui composent mes groupes, seulement 12 assistent réellement aux cours sur une base régulière. Ainsi, à mon cégep, l’absentéisme et les retards en classe sont un problème majeur qui touche toutes les disciplines.

De plus, nous n’avons pas en application la notion du double seuil, c’est-à-dire l’obtention de 60 % pour l’ensemble de la session et pour l’épreuve certificative. Ainsi, une nouvelle tendance est apparue chez les étudiants : l’absence aux examens finaux. Dans mes classes, la participation aux évaluations de fin de session s’élève à 10 étudiants sur un effectif de 25, les autres ayant choisi de ne pas se présenter en raison de l’obtention préalable de la note de passage de 60 %. Cette tendance nous amène à penser que le dépassement de soi n’est pas une priorité, signe d’un désintérêt pour l’effort, la progression personnelle et la cote R (un indicateur de performance scolaire utilisé au Québec pour l’admission à l’université). Cela soulève aussi des inquiétudes sur leur capacité à relever les défis futurs.

lundi 2 décembre 2024

Suède — Des enfants exécutent une vague de meurtres sous contrat alors que les gangs exploitent une faille dans la loi

Les « manipulateurs » recrutent des jeunes marginaux de 11 ans sur les médias sociaux, alors que les services publics de prise en charge des jeunes délinquants sont débordés.

 Carin Götblad, chef de la police de Stockholm, déclare que de nombreux enfants assassins sont « totalement dépourvus d'empathie ».

Fernando, tueur à gages pour un gang de narcotrafiquants suédois, consulte son téléphone qui émet ses derniers ordres : rassembler les armes, se rendre à la porte d'entrée de la cible et tirer jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de balles.

« Oui, je comprends, mon frère », répond-il avec désinvolture. Il rassemble deux pistolets, un fusil Kalachnikov et un complice, avant de se précipiter vers leur cible, dans la banlieue de Stockholm.

Mais il ne s'agit pas d'un banal règlement de comptes entre gangs. Fernando a 14 ans, c'est un assassin adolescent qui jouait à Fifa dans son club de jeunes lorsque les ordres lui sont parvenus par texto.

Il fait partie des dizaines d'enfants tueurs à gages en Suède, recrutés par des intermédiaires de gangs sur les réseaux sociaux qui paient jusqu'à 150 000 couronnes (13 000 euros, 19 000 dollars canadiens) par mission.

Le nombre d'affaires de meurtre impliquant des enfants suspects en Suède, où le taux de violence armée par habitant est le plus élevé de l'Union européenne, a explosé au cours de l'année écoulée. Les chiffres sont passés de 31 chefs d'accusation au cours des huit premiers mois de 2023 à 102 au cours de la même période de cette année, selon le ministère public suédois.

jeudi 3 octobre 2024

« Ce sont des copies d’histoire, de philosophie qu’on ne comprend plus » : les professeurs face à la chute dramatique du niveau de langue

En théorie, l’orthographe ou la grammaire ne relèvent pas du bagage qu’ils doivent transmettre à leurs élèves. Mais les professeurs rivalisent d’ingéniosité pour remédier à la baisse du niveau de français.


« J’ai toujours eu des collègues qui ne prêtaient pas attention au niveau de langue des copies. Ils sont de moins en moins nombreux », lance d’emblée Aude Denizot, professeure de droit à l’université du Maine. « Cette question ne peut plus rester accessoire. Dans aucune des disciplines qui demandent de la rédaction. Parce qu’au-delà d’un défaut d’orthographe, ce sont désormais des copies qu’on ne comprend plus », continue l’auteure de « Pourquoi nos étudiants ne savent-ils plus écrire ? » (Enrick).

Si les enseignants de littérature ont pu, un temps, être seuls à tirer la sonnette d’alarme, ce sont désormais tous les professeurs du secondaire et de l’université qui font les frais de cette chute du niveau. « Mes élèves de Terminale deviennent incapables de construire une phrase avec logique. Ils ont du mal à structurer leur pensée, non pas qu’ils soient moins intelligents qu’avant, mais à cause d’une défaillance syntaxique » explique Emmanuelle*, professeure de philosophie en région parisienne.

Que le niveau d’orthographe continue de baisser n’est pas une nouvelle fraîche. Qu’on ne puisse rien construire sur du sable non plus. Car comment bâtir des fondamentaux sur un roc à ce point effrité ? Apprendre les déclinaisons latines à des élèves ne maîtrisant pas les fonctions grammaticales ? Les rouages de l’argumentation philosophique à des étudiants mauvais en syntaxe ? « Je ne comprends pas. Les professeurs alertent, les journalistes font des articles, des spécialistes écrivent des livres. Mais au niveau du ministère, on continue à se demander s’il faut être exigeant ou non avec l’orthographe et la grammaire », dénonce Aude Denizot.

samedi 31 août 2024

Québec — Chute marquée du taux de réussite en français à l'examen du ministère

Le taux de réussite à l’examen ministériel d’écriture des écoles privées québécoises est de 83,8 %, bien plus que les 66,9 % au public.


La chute marquée en français et la baisse notable des taux de réussite en sciences et technologies, contrastent avec le beau succès en mathématiques : les examens du ministère de l’Éducation de juin suscitent de vives inquiétudes.

Québec a dévoilé vendredi les résultats des derniers examens ministériels. Bien que les comparaisons d’une année à l’autre soient rendues complexes par l’allègement des contenus au fil des ans — d'abord en raison de la pandémie, puis à cause de la grève l’an dernier —, les difficultés en français sont indéniables. Les écoles privées affichent quant à elles des résultats nettement supérieurs.

En français, dans le réseau public, le taux de réussite à l’examen d’écriture n’atteint que 66,9 %, soit une baisse de 4,2 points de pourcentage par rapport à l’année précédente, malgré les contenus allégés en raison de la grève qui a privé certains élèves d’un mois d’école. Dans les écoles privées, le taux de réussite au même examen s’élève à 83,8 %.

L'écart de réussite entre les garçons et les filles à cette même épreuve de français est de 10 points de pourcentage. Les garçons ont obtenu un taux de réussite de 65,5 %, contre 75,6 % pour les filles.
 
De meilleurs résultats en mathématiques

En mathématiques, les élèves du public ont réussi l’examen de juin dans une proportion de 76,6 %. C’est un bond de 7,5 points de pourcentage par rapport à l’année précédente, où seulement 69 % des jeunes avaient obtenu la note de passage à cette épreuve.

Encore là, les élèves du réseau privé font nettement mieux : ils ont réussi l’examen de mathématiques dans une proportion de 90,7 %, en hausse de 7,6 points de pourcentage par rapport à l’année précédente.

En sciences, le taux de réussite est de 70,1 % (90,8 % pour les écoles privées). Avant la pandémie, ce taux, dans les écoles publiques, était de 74,4 %.
« Un laxisme total » en français

Suzanne-G. Chartrand, professeure à la retraite de l’Université Laval et fondatrice du mouvement Debout pour l’école !, croit que les mauvais résultats de français n’ont rien à voir avec la grève. Ils sont plutôt le résultat, à son avis, d’« un laxisme total depuis les années 1990 » du système de l’éducation qui n’accorde pas assez d’importance au français.

Les élèves, note-t-elle, peuvent écrire n’importe comment en géographie, en histoire, etc., sans jamais avoir de rétroaction ni perdre de points. Les jeunes devraient au contraire être encouragés à bien écrire dans toutes les matières, selon Mme Chartrand, et pas seulement dans les quelques textes qu’ils écriront dans leur cours de français.


Elle relève par ailleurs que les taux de réussite seraient encore plus bas si, dans la correction, moins de points étaient accordés à l’aspect « discours » pour lequel, pendant des mois entiers, les élèves apprennent « comme une recette » à écrire un texte argumentatif construit exactement selon le modèle attendu par le ministère de l’Éducation.

En mettant la recette en pratique, ils peuvent donc récolter assez de points pour obtenir la note de passage, même si leur orthographe, leur syntaxe ou leur vocabulaire sont catastrophiques.
Égide Royer, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, souligne que 3,6 milliards de dollars sont alloués annuellement aux services destinés aux élèves en difficulté, sans pour autant engendrer de meilleurs résultats.

Il insiste sur l’urgence pour le ministère de l’Éducation et celui de l’Enseignement supérieur de s’unir et de réfléchir de concert à ces enjeux.

En examinant les taux de réussite, il observe que, bien que modestes, ils demeurent élevés compte tenu qu’au moins un élève sur trois au secondaire bénéficie d’un plan d’intervention pour les élèves en difficulté.

Par ailleurs, M. Royer rappelle une statistique rapportée par Marie Montpetit, nouvelle présidente-directrice générale de la Fédération des cégeps dans La Presse : un élève sur quatre échoue à son premier cours de français au cégep.

Les résultats décevants en français aux examens ministériels, principalement dans les écoles publiques, ne devraient pas surprendre le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville. En effet, déjà en 2023, il avait annoncé qu’une consultation auprès d’experts serait engagée face à la qualité insuffisante du français, menant à l’élaboration d’un nouveau programme prévu pour la rentrée 2025.
 


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