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vendredi 10 juillet 2026

L'écart de natalité a explosé pour atteindre presque 4 contre 1 entre les jeunes Républicains blancs et les jeunes Démocrates blancs

L'écart de fécondité entre les jeunes Blancs républicains et les jeunes Blancs démocrates a atteint des proportions spectaculaires : les premiers ont désormais près de quatre fois plus d'enfants que les seconds.

Cela tendrait, selon certains observateurs, à montrer que les racines de la crise de la faible natalité — et, par conséquent, les moyens d'y remédier — relèveraient bien davantage de facteurs culturels que des seules conditions économiques.



Ces données sont cohérentes avec une littérature assez abondante montrant que, dans les pays occidentaux, les variables culturelles (religion, mariage, normes familiales, désir d'enfants, âge au premier enfant, études courtes et vivant principalement dans de petites villes ou à la campagne) expliquent souvent une part importante des écarts de fécondité, parfois davantage que le revenu. 

Les politiques économiques (allocations, fiscalité, logement, garde d'enfants) influencent aussi la natalité, mais leurs effets observés sont généralement modestes comparés aux différences de comportements et de valeurs.

Sans constituer une preuve, le cas des juifs hassidiques illustre que des facteurs culturels peuvent, dans certaines circonstances, l'emporter largement sur les contraintes économiques. Malgré un niveau de vie souvent modeste et des un mode de vie essentiellement urbain, leur fécondité demeure exceptionnellement élevée. Cela suggère que les normes familiales, les convictions religieuses et l'organisation communautaire peuvent exercer une influence déterminante sur le nombre d'enfants.

Les travaux classiques de science politique américaine (notamment The American Voter et les études ultérieures de l'ANES) trouvent généralement que :
  • Si les deux parents sont républicains :
≈ 60 à 75 % des enfants deviennent eux-mêmes républicains à l'âge adulte.
  • Si les deux parents sont démocrates :
≈ 60 à 75 % des enfants deviennent démocrates.
  • Si les parents sont mixtes (un de chaque parti) :
les enfants sont beaucoup plus partagés et plus nombreux à devenir indépendants.

Le chiffre exact varie selon les périodes et les méthodes, mais l'idée importante est que la transmission est forte, sans être totale.

mercredi 13 mai 2026

Québec : légère augmentation de la fécondité (1,36 enfant/femme) grâce aux enfants nés d'étrangers

On estime que 78 200 bébés sont nés au Québec en 2025, comparativement à 77 400 en 2024 (+ 800). Cette hausse est de faible ampleur (+ 1 %), et le contexte plus général reste celui d’une baisse du nombre de naissances depuis 2013.

La fécondité demeure extrêmement faible

L’indice synthétique de fécondité est estimé à 1,36 enfant par femme en 2025. Il s’agit d’une légère augmentation par rapport au creux historique de 1,35 enfant par femme survenu en 2024. Néanmoins, l’indice demeure parmi les plus faibles observés au Québec. Le précédent niveau le plus faible avait été enregistré en 1987 et l’indice s’établissait alors aussi à 1,36 enfant par femme. Au cours des dernières années, un maximum de 1,73 enfant par femme a été atteint en 2008 et en 2009. Depuis, la tendance est à la baisse. 

La fécondité du Québec est inférieure à celle de certains pays industrialisés, comme les États-Unis (1,56 enfant/femme), la France (1,53) et plus particulièrement Israël (2,89), mais elle est supérieure à celle d’autres, comme l’Italie (1,14) et la Corée du Sud (0,80 enfant/femme). À l’instar de ce qui s’observe au Québec, une hausse de la fécondité a aussi été observée dans trois des neuf pays où l’on dispose déjà de données pour l’année 2025. Dans les six autres, la baisse a continué. À l’échelle canadienne, la fécondité du Québec est supérieure à celle de la majorité des autres provinces, selon les données de 2024 (les plus récentes disponibles).

Le nombre de nouveau-nés ayant au moins un parent né à l’extérieur du Canada a augmenté en 2025, tandis que le nombre de naissances issues de deux parents nés au Canada a diminué, comme c’est généralement le cas depuis quelques années. Dans l’ensemble, 4 bébés sur 10 (42 %) nés au Québec en 2025 ont au moins un parent né dans un autre pays. Cette proportion tend à augmenter au fil du temps; elle était de 21 % en 2000. En 2025, les principaux pays d’origine des parents nés à l’étranger sont l’Algérie, la France, Haïti et le Maroc.


La contribution des mères nées à l’étranger à la natalité est encore plus importante à l’échelle canadienne selon une étude récente de Statistique Canada (Provencher 2025).

Au Canada, en 2024 (plus récentes données disponibles), 42 % des nouveau-nés ont une mère née à l’étranger.  Cette proportion varie toutefois grandement selon la région. Les provinces de l’Ontario et de la Colombie-Britannique affichent les parts les plus élevées de naissances de mères nées à l’extérieur du Canada, soit un bébé sur deux (49 %), suivies de près par l’Alberta (46 %).

À l’opposé, elle est la plus faible dans les provinces. La proportion de naissances de mères nées à l’étranger est associée à la représentation des femmes immigrantes au sein de la population d’âge fécond. Selon les données du Recensement de 2021, la vaste majorité des immigrants vivaient dans un centre urbain et la RMR de Toronto est celle qui comptait la plus forte part d’immigrants au sein de sa population (47 %), suivie de Vancouver (42 %) et de Calgary (32 %) (Statistique Canada 2022a).

À l'opposé elle est plus faible dans les provinces de l’Atlantique et en Saskatchewan (environ 25 %). Le Québec (avec 34,1 %) se situe en position intermédiaire parmi l’ensemble des provinces, aux côtés du Manitoba (de l’ordre de 35 %). 

Une comparaison avec neuf pays sélectionnés par Statistique Canada a permis de constater que le Canada affiche la plus forte proportion de naissances de mères d’origine étrangère, selon les données de 2023. Le Canada (39 %) devance ainsi, en ordre, l’Australie, l’Angleterre et le Pays de Galles, l’Allemagne, l’Espagne, les États-Unis et la Suisse (de 30 à 37 %), de même que
la France, le Danemark et les Pays-Bas (de 21 % à 25 %).

La forte immigration des dernières années a eu un effet modeste sur le vieillissement de la population

La structure par âge de la population évolue selon une trajectoire prévisible qui dévie difficilement, puisqu’elle est déterminée par les effectifs des générations qui se sont succédé au fil du temps. Comme attendu, la part des personnes âgées de 65 ans et plus a ainsi augmenté de façon accélérée à partir de 2011 environ, soit lorsque les nombreux baby-boomers ont commencé à atteindre cette tranche d’âge et, par le fait même, à quitter le groupe des 20-64 ans, dont la part a décliné.

Le vieillissement de la population n’a ralenti que ponctuellement et modestement dans le contexte de forte immigration qu’a connu le Québec entre 2022 et 2024. Durant cette période, l’arrivée de nombreux migrants internationaux a entraîné une croissance notable des effectifs chez les 20-64 ans, qui rompait avec la relative stabilité de la décennie précédente, et a ainsi freiné la baisse du poids démographique de ce groupe d’âge au sein de la population. La part des personnes âgées n’a pas cessé d’augmenter pour autant, mais la hausse a été atténuée.

Légère baisse du nombre d'immigrants dits « non permanents » (RNP)

Encore relativement négligeable il y a une dizaine d’années, leur nombre a commencé à augmenter de manière notable à partir de 2016, et cette tendance s’est amplifiée après la pandémie. Alors qu’on en comptait moins de 100 000 jusqu’au début des années 2010, on estime que ce nombre était de 565 450 au début de 2025. La baisse de la dernière année porte leur effectif à 514 050 personnes au 1er janvier 2026. À cette date, les RNP représentent 5,7 % de la population québécoise, comparativement à 6,3 % un an auparavant.


dimanche 3 mai 2026

Moins d’enfants, plus de chambres dans des maisons plus grandes : les chiffres d’un paradoxe américain

Les États-Unis offrent aujourd’hui un cas d’école démographique : jamais les logements n’y ont été aussi vastes, et pourtant la natalité n’y a jamais été aussi faible. L’argument souvent avancé du « manque de place » ne résiste tout simplement pas à l’examen des données.

Une natalité au plus bas historique

Le recul de la fécondité américaine n’est pas une impression, mais un fait statistique massif. Selon le Centers for Disease Control and Prevention (CDC), le taux de natalité a atteint en 2023 un niveau historiquement bas, avec environ 54,5 naissances pour 1 000 femmes âgées de 15 à 44 ans, en baisse de 3 % sur un an .

La tendance ne s’est pas inversée depuis :

Si l’on raisonne en fécondité synthétique (nombre d’enfants par femme), le constat est tout aussi net : environ 1,6 enfant par femme aujourd’hui, très loin du seuil de remplacement de 2,1. Ce niveau constitue un nadir historique en temps de paix.

La baisse est continue depuis près de vingt ans, avec une chute particulièrement marquée après la crise de 2008. Depuis 2007, le nombre de naissances a reculé d’environ 16 %, tandis que la fécondité a baissé de plus de 20 % .

L'indice synthétique de fécondité de l'Italie pour 2025 serait plus bas : 1,14

Des maisons toujours plus grandes

Alors que les Américains faisaient moins d’enfants, ils construisaient des maisons toujours plus vastes.

L’évolution de la surface moyenne est spectaculaire :

1950 : 983 sq ft (≈ 91 m²)
1960 : 1 289 sq ft (≈ 120 m²)
1970 : 1 500 sq ft (≈ 139 m²)
1980 : 1 740 sq ft (≈ 162 m²)
1990 : 2 080 sq ft (≈ 193 m²)
2000 : 2 266 sq ft (≈ 211 m²)
2010 : 2 392 sq ft (≈ 222 m²)

En un demi-siècle, la surface moyenne a donc plus que doublé, alors même que la taille des ménages diminuait. Autrement dit : plus d’espace par personne, mais moins de personnes.

Explosion du nombre de chambres

Le détail des nouvelles constructions rend le contraste encore plus frappant.

  • 1950 :
    • 1/3 seulement des nouvelles maisons ont 3 chambres
    • 1 % seulement en ont 4 ou plus
  • 2024 :
    • 45 % des nouvelles maisons ont 3 chambres
    • 49 % en ont 4 ou plus

Autrement dit, les logements américains sont devenus non seulement plus grands, mais structurellement conçus pour accueillir davantage d’enfants — alors même que ceux-ci sont de moins en moins nombreux.

Si les grands logements existent, ils seraient de plus en plus détenus par des ménages âgés ou aisés (Boomers et Older Millennials), tandis que l’accès des jeunes à la propriété est retardé par la hausse des prix et des taux d’intérêt. Ce décalage s’explique principalement par une croissance des coûts du logement supérieure à celle des revenus des jeunes ménages. Notons cependant que les logements que les jeunes acceptaient il y a 50 ans étaient non seulement plus petits mais souvent de moindre qualité, voir Éco­no­mie des âges de la vie par Hip­po­lyte d’Albis. Ajoutons à cela une offre très rigide dans les zones côtières et métropolitaines attractives en raison du zonage restrictif. S’ajoute une augmentation du nombre de ménages due aux séparations, aux divorces et à la baisse de la taille moyenne des foyers (notamment par la hausse du célibat) et à la croissance démographique via l’immigration, exerçant une pression supplémentaire dans certaines régions. 

Ce carnet pense cependant que les explications économiques n'épuisent pas les raisons de la formation tardive de familles et la naissance d'enfants : pourquoi ces zones « côtières et métropolitaines » sont-elles attrayantes à l'époque du télétravail,  pourquoi l'allongement des études, pourquoi le retard du mariage et même la formation des couples ? 

Un contre-exemple. Les Juifs ultra-orthodoxes aux États-Unis et au Canada qui vivent surtout dans des zones aux logements coûteux (Outremont, Brooklyn, Lakewood, etc.) et dans les grandes villes israéliennes comme Jérusalem ou Bnei Brak. Ils ne bénéficient pas d’un « prix spécial ». Ils font face aux mêmes prix de marché (ou parfois pires, à cause de la forte concentration dans certains quartiers). Les jeunes adultes haredims (18-25 ans) quittent généralement le foyer après le mariage, qui arrive tôt. Présenter le « coût du logement » comme cause principale pour la société générale en négligeant les facteurs culturels est simpliste.

mardi 13 janvier 2026

France — Chute de la fécondité en 2025 pire que la pire prévision de l'INED en 2021

Les chiffres 2025 de la natalité viennent d'être publiés par l'INSEE, et ils sont catastrophiques.


On n'a dénombré que 645 000 naissances en France en 2025, c'est 150 000 bébés nés en moins par rapport à 2015.

C'est l'équivalent :
  • de la population d'une  ville comme Grenoble ou Angers
  • de 7000 classes d'école primaire ou de 300 collèges
  • des naissances de 85 maternités en 2015.

L'année 2025 est un tournant : pour la première fois en temps de paix, on compte plus de personnes qui meurent que d'enfants qui naissent en France.

Le solde naturel, c'est-à-dire l'écart entre les naissances et les décès connaît une trajectoire vertigineuse.
Encore largement positif il y a une décennie, il est désormais négatif.

 025, c'est aussi l'année où pour la première fois, le taux de fécondité passe sous la barre des 1,6 enfants par femme en France. 

À 1,56 enfant par femme, c'est un plus bas historique.

Tout cela dépasse les scénarios les plus pessimistes développés jusqu'à présent. 

Il faut chercher dans les annexes des projections INED/INSEE de 2021 pour trouver une hypothèse de "fécondité très basse", qui tablait sur... 1,69 enfant par femme en 2025.

Pourquoi les Français ont moins d'enfants ? Quatre facteurs principaux sont fréquemment évoqués :

  • Parce qu'ils en veulent moins (les « valeurs » modernes...)
  • Parce que leurs modes de vie ne sont pas favorables (moins de couples, plus de séparations)
  • À cause de contraintes matérielles (difficulté de logement, mode de garde car femmes travaillent plus en dehors du foyer)
  • À cause d'une incapacité biologique (études plus longues, formation des couples conjugaux plus tardives)

Si les Français ont moins d'enfants, la première raison est tout simplement qu'ils en veulent moins.

En seulement 20 ans, le nombre d'enfants souhaités s'est effondré, et ce, quelle que soit la tranche d'âge (il est cependant toujours supérieur d'environ 30 % au nombre d'enfants nés dans la famille).

L'évolution des modes de vie est à bien des égards défavorable à la natalité.

La part des personnes vivant en couple a très fortement reculé. Pour les jeunes femmes de 25 ans, ce taux a même baissé de 30% en 30 ans.

Si, statistiquement, moins de personnes sont en couples à un moment donné, c'est en partie lié à la hausse des séparations conjugales.

Certaines séparations ont lieu avant qu'il y ait eu un enfant et d'autres ont lieu après la naissance d'un ou plusieurs enfants. On peut supposer que le doublement du taux de familles monoparentales parmi les foyers avec enfants freine la naissance d'autres enfants.

Au-delà des modes de vie différents, les ménages se heurtent à des contraintes matérielles et financières. Les prix du logement, en particulier en milieu urbain, ont explosé en 20 ans, augmentant 4 fois plus vite que le revenu des ménages.

Enfin, même quand les conditions sont satisfaisantes, le désir d'enfant se heurte parfois à une autre barrière, biologique cette fois. Les femmes ont leur premier enfant de plus en plus tard, à des âges où la fertilité est plus faible.


mardi 2 décembre 2025

Indice de fécondité et descendance associée illustrés



Il est toujours surprenant de constater que les gens ne comprennent pas ce que signifie un indice synthétique de fécondité de 1,0. C'est-à-dire 1 enfant par femme. Après seulement deux générations, la population diminuera de 75 %. 

La Corée du Sud, la Chine, l'Italie, la Pologne et certains autres pays sont proches de 1,0. C'est probablement la fin de ces sociétés telles que nous les connaissons.

En 2024, le Québec était à 1,33 (selon Québec) ou 1,34 (selon Ottawa). La Belgique à 1,42, la Suisse à 1,27 et la France à 1,58.


vendredi 10 octobre 2025

Moins de catéchisme, moins d’enfants : quand la fin de l’enseignement religieux façonne la société allemande

La suppression progressive des cours religieux obligatoires dans les écoles allemandes entre 1972 et 2004 a laissé une empreinte durable sur les adultes d’aujourd’hui : pratiques religieuses réduites, revenus et emploi en hausse… mais moins d’enfants. Cette étude montre que l’école ne se contente pas de transmettre des savoirs : elle façonne profondément croyances, comportements et choix de vie.
 
Une étude publiée en octobre 2025 dans le Journal of Human Resources par Benjamin Arold, Ludger Woessmann et Larissa Zierow apporte un éclairage rare sur la manière dont l’école façonne durablement les croyances religieuses et certains comportements de vie.

L’école peut façonner les croyances et comportements bien au-delà de l’acquisition de connaissances. C’est la conclusion d’une étude publiée dans le Journal of Human Resources par Benjamin Arold, Ludger Woessmann et Larissa Zierow, qui s’appuie sur l’expérience allemande unique d’une abolition progressive de l’enseignement religieux obligatoire entre 1972 et 2004. Environ 1000 heures de cours religieux sur la scolarité, soit plus de quatre fois le volume consacré à la physique, sont devenues optionnelles dans différents Länder, les élèves pouvant choisir entre religion et cours d’« éthique » non religieux.

Pour mesurer l’impact de cette réforme, les auteurs exploitent trois grandes enquêtes représentatives : le National Educational Panel Study (NEPS), le German General Social Survey (ALLBUS) et le German Socio-Economic Panel (SOEP). Leur base fusionnée contient jusqu’à 58 000 observations d’adultes entrés à l’école primaire entre 1950 et 2004. L’approche économétrique utilise un modèle à effets fixes sur l’état et la cohorte, contrôlant pour les caractéristiques individuelles, et compare les trajectoires des élèves exposés ou non à l’enseignement religieux obligatoire.

Les résultats sont clairs : la fin des cours religieux obligatoires réduit significativement la religiosité à l’âge adulte. Les anciens élèves pratiquent moins la prière, fréquentent moins l’église et adhèrent moins souvent à une Église, avec des effets plus marqués dans les régions majoritairement catholiques. Les analyses temporelles indiquent que l’effet sur la prière se développe progressivement, tandis que celui sur l’adhésion à l’Église correspond à un changement quasi immédiat.

La réforme a également des conséquences sur la vie économique et familiale. Les adultes ayant suivi des parcours scolaires plus séculiers affichent une participation accrue au marché du travail, plus d’heures travaillées et des revenus plus élevés, tandis que leur fécondité diminue, reflétant la moindre influence des valeurs religieuses sur les choix familiaux. En revanche, aucun effet n’est observé sur les valeurs éthiques (réciprocité, confiance, bénévolat, satisfaction de vie) ni sur les valeurs politiques (intérêt politique, vote, satisfaction de la démocratie).

Loin d’être neutre, la place donnée à la religion — ou à son absence — dans les programmes scolaires semble façonner la sécularisation et certains choix de vie au cœur des sociétés modernes. 

La robustesse des résultats a été testée de multiples manières : aucune relation n’est observée avec des variables placebo comme la durée de scolarité ou l’âge du premier emploi, et les effets demeurent stables en contrôlant d’autres réformes éducatives contemporaines ou en comparant des comtés voisins situés de part et d’autre des frontières d’État. Les auteurs confirment également la fiabilité de leurs estimations avec des tests récents sur les modèles à deux effets fixes.

En résumé, cette étude illustre la puissance durable de la socialisation scolaire sur la religiosité et certains choix de vie. La place accordée à la religion à l’école influence non seulement la pratique spirituelle mais aussi les comportements économiques et familiaux, renforçant l’idée que l’éducation façonne profondément la société.


mercredi 17 septembre 2025

Brève : mise à jour de l'indice de fécondité en Israël pour 2024 et (1T2025)

En Israël, le taux de fécondité pour 2024 s'est élevé à 2,87 enfants/femme en Israël alors que cet indice en 2024 était de 

  • 1,33 au Québec, 
  • 1,24 au Canada, 
  • 1,62 en France, 
  • 1,29 en Suisse et 
  • 1,44 en Belgique.

L'indice synthétique de fécondité (nombre de naissances par femme) des femmes juives laïques israéliennes a eu tendance à augmenter au cours des 25 dernières années.

Indice de fécondité (enfants/femme) par religion 1er trimestre 2025 (entre parenthèses indice de l'année 2024) :

  •         Juifs 3,04 (3,06)
  •         Musulmans 2,62 (2,76)
  •         Chrétiens 1,57 (1,58)
  •         Druzes 1,69 (1,66)
  •         Non classés par religion 1,13 (1,13) 

Selon Yoram Ettinger, la croissance unique du taux de fécondité juif en Israël est attribuable à l’optimisme, au patriotisme, à l’attachement aux racines juives, à la solidarité communautaire, à une mentalité de pionnier et à une diminution du nombre d’avortements (34 % depuis 1990). 

Le Kazakhstan et Israël ont un indice synthétique de fécondité similaire, mais les moyens d'y parvenir sont différents. Au Kazakhstan, beaucoup de gens ont 3, 4 ou 5 enfants, mais rares sont ceux qui en ont plus de 5. En raison des Haredim (les ultra-orthodoxes), Israël compte une forte proportion de familles très nombreuses. 2,4 % des enfants sont le 9e enfants ou plus de leurs parents, contre 0,1 % au Kazakhstan.

Voir

En Israël, le taux de fécondité en 2022 était de 3 enfants par femme (1,49 au Québec; 1,80 en France; 1,39 en Suisse et 1,53 en Belgique)

Québec — les naissances des francophones s’affaissent, celles des anglophones sont stables

Natalité au plus bas — La Presse de Montréal s'étonne des femmes tradis qui font des enfants dans une société « laïque »  [les valeurs québécoises !] 

mercredi 27 août 2025

Le rebond démographique du Kazakhstan

Dans les années 1990, juste après l’indépendance, le Kazakhstan a connu une crise économique et sociale profonde : chômage massif, chute du revenu par habitant, insécurité alimentaire. La fécondité s’est alors effondrée jusqu’à 1,8 enfant/femme en 1999 (bien en dessous du seuil de remplacement).

À partir du début des années 2000, la croissance économique a été relancée par l’exploitation des hydrocarbures (pétrole, gaz) et par des investissements étrangers. Le PIB par habitant a été multiplié par plus de 5 entre 1999 et 2013. Cette amélioration des conditions de vie a rassuré les familles et facilité les projets de parentalité.

Le gouvernement a mis en place des allocations pour enfants, des primes de naissance, et des aides aux familles nombreuses. Développement progressif des services de santé maternelle et infantile, réduction de la mortalité infantile.Promotion des valeurs familiales par l’État, avec un discours nataliste explicite.

Après l’indépendance en 1991, le Kazakhstan a lancé un programme de rapatriement pour les Kazakhs de la diaspora, notamment ceux ayant fui l’URSS dans les années 1920-1930 (vers la Chine, l’Iran, ou l’Afghanistan). Ce programme visait à compenser la faible part des Kazakhs ethniques (devenus minoritaires sous l’ère soviétique) et à renforcer l’identité nationale. Ce rapatriement a contribué à l’augmentation de la population, notamment dans le nord, où les Kazakhs ont rééquilibré la démographie face aux populations russophones. La majorité kazakhe (musulmane, aux traditions plus familiales) a gagné en poids démographique depuis l’indépendance, notamment à cause de l’émigration des populations russophones (généralement moins fécondes). Après une forte émigration des populations russophones (notamment russes et allemands) dans les années 1990 (1,3 million de départs), le Kazakhstan a stabilisé ses flux migratoires.

Les Kazakhs, en particulier en milieu rural, ont historiquement des niveaux de fécondité plus élevés.

Le pays a connu dans les années 2000-2010 une cohorte nombreuse de femmes en âge de procréer (effet du baby-boom soviétique tardif des années 1980). Cet effet de génération a contribué mécaniquement à plus de naissances.

Après avoir atteint 3,3 enfants/femme vers 2017, le taux tend aujourd’hui à se stabiliser autour de 2,9–3,0, ce qui reste nettement au-dessus du niveau européen ou russe.

Les experts estiment que cette stabilité est due à la combinaison entre la croissance urbaine (qui tend à réduire la fécondité) et le maintien de valeurs pro-famille en zones rurales et semi-urbaines.

Le rebond au Kazakhstan tient à un effet de rattrapage post-crise, soutenu par la prospérité pétrolière, les politiques natalistes, et un contexte culturel favorable, renforcé par le poids croissant de la population kazakhe plus féconde que la russe qui a quitté le Kazakhstan. 

jeudi 8 mai 2025

Bilan démographique du Québec 2024 : plus de décès que de naissances, taux de natalité et indice de fécondité jamais aussi bas

Depuis 2013, le nombre de naissances diminue à nouveau. En 2023, on estime 77 950 naissances, soit un taux de natalité de 8,8 pour 1 000 habitants. Les données préliminaires pour 2024 indiquent une poursuite de cette tendance à la baisse, avec 77 400 naissances et un taux de natalité de 8,5 pour 1 000 habitants, le plus bas jamais enregistré au Québec depuis le début des statistiques en 1900.  


Un nadir historique pour la fécondité aussi


L’indice de fécondité (ISF) s’établit à 1,33 enfant par femme en 2024, ce qui correspond à un creux historique au Québec. Le précédent creux avait été enregistré en 1987; l’indice était alors descendu à 1,36 enfant par femme.

Cette baisse de la fécondité n’est pas unique au Québec. Elle s’observe également au Canada et dans plusieurs autres pays. La fécondité du Québec demeure légèrement supérieure à la plupart des autres provinces canadiennes (1,01 enfant/femme en Colombie-Britannique, 1,24 au Canada). En 2024, l'ISF  était de 2,86 en Israël en 2024, 1,62 en France, 1,58 aux États-Unis, 1,48 en Australie, 1,43 en Belgique, 1,40 en Russie, 1,29 en Suisse).

 
La population du Québec a augmenté de 155 300 personnes en 2024, pour se situer à 9,11 millions au 1er janvier 2025. Cette croissance est inférieure à la hausse record de 193 400 personnes qu’a connue le Québec en 2023, mais elle demeure l’une des plus élevées jamais enregistrées.

Les migrations internationales, et plus spécifiquement l’immigration temporaire, ont de nouveau été le moteur de cette forte croissance démographique. En revanche, comme on l'a vu plus haut, la fécondité est descendue au niveau le plus bas jamais atteint, et les décès ont surpassé les naissances.


Près de 617 000 résidents non permanents (RNP) étaient présents au Québec au début de 2025

La forte augmentation du nombre de RNP au cours des dernières années porte leur effectif total à 616 600 personnes au Québec au 1er janvier 2025. Au Québec comme ailleurs au Canada, les travailleurs étrangers temporaires constituent le groupe de RNP le plus nombreux :

  • Travailleurs étrangers temporaires : 273 500 (44 %)
  • Demandeurs d’asile : 181 100 (29 %)
  • Étudiants internationaux : 71 100 (12 %)
  • Titulaires de permis de travail et d’études : 59 800 (10 %)
  • Autres types de RNP : 31 000 (5 %)

Le Québec se distingue du fait qu’elle est la province où les demandeurs d’asile sont le plus fortement représentés, et celle où les étudiants internationaux le sont le moins. Il en résulte que selon l’estimation au 1er janvier 2025, le Québec compterait 40 % des demandeurs d’asile présents au Canada, 19 % des travailleurs temporaires et 12 % des étudiants internationaux.

Les gains d’espérance de vie s’essoufflent, comme dans de nombreux pays

L’espérance de vie de la population québécoise s’élève à 82,7 ans en 2024. Les femmes peuvent espérer vivre jusqu’à 84,4 ans et les hommes, jusqu’à 80,9 ans, selon la mortalité de la dernière année. Ces niveaux sont sensiblement les mêmes qu’en 2016.

Après des décennies de hausse, les gains d’espérance de vie montrent ainsi des signes d’essoufflement, une tendance également observée dans de nombreux pays. Malgré une certaine stagnation, l’espérance de vie du Québec reste parmi les plus élevées au monde. Elle est inférieure à celle de certains pays comme le Japon, mais largement supérieure à celle d’autres pays comme les États-Unis. Elle est également plus élevée que celle du reste du Canada.