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mercredi 17 décembre 2025

La femme reconnue comme « la première Britannique noire » par la BBC était en réalité blanche

Reconstitution par Face Lab de la femme de Beachy Head, blonde aux yeux bleus
Des tests ADN montrent que la femme de Beachy Head était originaire du sud de l'Angleterre
 

Une analyse ADN prouve que la femme de Beachy Head était blonde aux yeux clairs.

Une nouvelle étude génétique a révélé qu'une femme reconnue comme « la première Britannique noire » par la BBC était en réalité blanche.

En 2016, la série Black and British: A Forgotten History suggérait que le squelette romain d'une femme trouvé à Beachy Head provenait d'Afrique subsaharienne.

Une plaque a été érigée pour commémorer son héritage, mais elle a ensuite été retirée lorsqu'une étude a suggéré que la femme était plus probablement originaire de Chypre, avec un teint méditerranéen.

Une nouvelle analyse ADN du squelette réalisée par des scientifiques du Musée d'histoire naturelle a maintenant montré que la femme était originaire du sud de l'Angleterre et qu'elle était blanche, avec des cheveux blonds et des yeux clairs.

La plaque dédiée à la femme de Beachy Head. Elle a été retirée en 2022.

Le Dr William Marsh, qui a mené l'étude génétique, a déclaré : « Grâce à des techniques ADN de pointe, nous avons pu déterminer les origines de cette personne. Nous avons montré qu'elle possède un patrimoine génétique très similaire à celui d'autres individus issus de la population locale de la Grande-Bretagne à l'époque romaine. »

L'affirmation selon laquelle le squelette était d'origine africaine a été faite dans la série documentaire du professeur David Olusoga, qui racontait l'histoire de la « relation durable entre la Grande-Bretagne et les personnes dont les origines se trouvent en Afrique ».

Dans le premier épisode, la femme de Beachy Head était présentée comme « d'origine subsaharienne » et le programme montrait une reconstitution de ses traits, avec une peau, des cheveux et des yeux foncés.

Dans l'émission, le professeur Olusoga a fait remarquer qu'« elle est une Britannique noire », tandis que Jo Seaman, archéologue experte, a expliqué que ses origines africaines et l'âge de ses restes faisaient probablement d'elle la « première Britannique noire ».

L'émission de la BBC présentait la femme de Beachy Head comme « originaire d'Afrique subsaharienne » sous cette forme.

Cependant, en 2017, une première étude génétique a suggéré qu'elle venait de la Méditerranée, peut-être de Chypre, plutôt que d'Afrique. À la lumière de ces recherches, la plaque a été retirée en 2022.

Le squelette datant de l'époque romaine aurait été découvert dans les années 1950, bien qu'aucun détail sur les fouilles n'ait jamais été trouvé. Les restes ont été redécouverts dans une boîte parmi les collections de la mairie d'Eastbourne en 2012, avec une étiquette suggérant qu'ils avaient été trouvés à Beachy Head.


Localisation de Beachy Head dans le Sud-Est de l'Angleterre.

Il est désormais confirmé que cette femme descendait de la population britannique locale du sud de l'Angleterre à l'époque romaine. La datation au radiocarbone a montré qu'elle est morte entre 129 et 311 après J.-C., ce qui correspond à l'occupation romaine de la Grande-Bretagne.

L'analyse de ses restes squelettiques suggère qu'elle était âgée d'environ 18 à 25 ans au moment de sa mort et mesurait un peu plus d'1,50 mètre. Une blessure cicatrisée à la jambe suggère qu'elle a subi une blessure grave mais non mortelle à un moment donné de sa vie.

L'analyse alimentaire des valeurs de carbone et d'azote dans ses os a également révélé que son régime alimentaire comprenait probablement beaucoup de fruits de mer.

Le livre pour enfants de l’auteur britannique d’origine nigériane Atinuke affirme que « chaque Britannique est issu d’un migrant », mais que « les tout premiers Britanniques étaient noirs ».

Le Dr Selina Brace, du Musée d'histoire naturelle de Londres, a déclaré : « Nos connaissances et notre compréhension scientifiques évoluent constamment, et en tant que scientifiques, notre travail consiste à continuer à chercher des réponses.

Grâce aux progrès technologiques réalisés au cours de la dernière décennie, depuis que la femme de Beachy Head a été découverte, nous sommes ravis de présenter ces nouvelles données complètes et d'en savoir plus sur cette personne et sa vie. »

Le débat scientifique sur la couleur de peau des premiers Britanniques fait rage, certains chercheurs suggérant que les constructeurs de Stonehenge étaient noirs.

Cependant, certaines études génétiques ont montré que les habitants de la Grande-Bretagne à l'époque où Stonehenge a été achevé, vers 2 500 avant J.-C., étaient des agriculteurs précoces à la peau claire, dont les ancêtres s'étaient répandus depuis l'Anatolie, l'actuelle Turquie.

Une analyse du « Cheddar Man » (le squelette d'un individu qui vivait dans le Somerset il y a 10 000 ans) réalisée par le Musée d'histoire naturelle suggère qu'il avait la peau foncée et les yeux bleus.

Cette étude a été publiée dans le Journal of Archaeological Science.

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vendredi 21 novembre 2025

Beethoven sous la loupe de la génétique : santé fragile, ascendance européenne, et fin d’un mythe « mauresque » tenace

Ludwig van Beethoven reste l’un des compositeurs les plus étudiés de l’histoire. Mais depuis 2023, il l’est avec des certitudes nouvelles. Cette année-là, une équipe internationale publiait dans Current Biology le séquençage presque complet de son génome, reconstitué à partir de mèches de cheveux authentifiées.

Les résultats sont d’une clarté rare : ils éclairent les raisons probables de sa mort, apportent des précisions sur ses fragilités médicales et dissipent au passage des théories identitaires qui s’étaient récemment invitée dans le débat public.

Un génome enfin lisible

Huit mèches de cheveux attribuées au compositeur ont été analysées. Parmi elles, la “mèche Stumpff”, soigneusement conservée depuis 1827, a livré la plupart des données.

Grâce à une profondeur de séquençage exceptionnelle, les chercheurs sont parvenus à reconstruire la quasi-totalité du génome de Beethoven, un exploit pour un matériau aussi ancien.

La conclusion la plus simple est aussi la plus solide : Beethoven avait une ascendance entièrement nord-ouest européenne, conforme à ce que l’on sait de ses origines familiales en Flandres et en Allemagne. L’analyse ne détecte aucun apport génétique d’origine africaine ou maure.

Un autre élément intrigue les généalogistes : un “événement de non-paternité” survenu entre le XVIᵉ et le XVIIIᵉ siècle. Rien de surprenant pour une lignée ancienne, mais un rappel utile sur la fragilité des arbres généalogiques reconstitués.

Les causes probables de sa mort

Le séquençage apporte aussi un éclairage décisif sur la fin de Beethoven, un sujet longtemps controversé.

Le compositeur portait plusieurs variants associés aux maladies du foie, dont une mutation du gène PNPLA3, aujourd’hui bien connue pour favoriser la stéatose et la cirrhose.

Les lettres, les témoignages et les carnets de l’époque s’accordent : Beethoven buvait régulièrement, parfois beaucoup.

Les analyses de kératine des mèches les plus tardives montrent des fragments d’hépatite B, signe d’une infection récente ou réactivée.

La combinaison de ces trois facteurs compose un tableau médical cohérent : une cirrhose avancée, aggravée par une infection virale et un terrain génétique défavorable.

En d’autres termes, la science actuelle offre une explication bien plus solide que les hypothèses anciennes d’empoisonnement.

Une zone d’ombre persistante : la surdité

Les chercheurs espéraient peut-être trouver un variant rare expliquant sa surdité progressive.

Il n’en est rien : aucun gène connu responsable de perte auditive n’a été repéré. Les causes probables restent multifactorielle — otosclérose, infection, maladie auto-immune — sans certitude définitive.

Le mythe du “Beethoven noir” : un récit à la mode infondé

Depuis une dizaine d’années, une théorie, surtout relayée sur les réseaux sociaux, prétend que Beethoven aurait eu des ancêtres maures ou africains. Elle repose principalement sur quelques descriptions anciennes évoquant un teint “sombre” — descriptions ambiguës et peu fiables.

L’étude ADN de 2023 règle la question d’un point de vue strictement factuel : aucun marqueur génétique ne va dans ce sens.

L’épisode Bozar : l’insinuation par l’image

En 2020, le Centre des Beaux-Arts de Bruxelles (Bozar) proposait pour le 250ᵉ anniversaire du compositeur l’exposition Hotel Beethoven. Parmi les œuvres figuraient des pièces contemporaines, dont la vidéo Synapse de Terence V. Adkins.

Cette vidéo appartient à sa série Black Beethoven, et le texte d’accompagnement officiel (en anglais!) était tout sauf ambigu:

La vidéo “Synapse” d’Adkins a été développée dans le cadre de sa série “Black Beethoven”, qui explore le mythe de Ludwig von Beethoven étant noir, car il avait une ascendance maure. Dans l’œuvre, Adkins présente un portrait du compositeur emblématique qui se transforme lentement en celui d’un jeune homme noir avec des dreadlocks courts et inversement. La transformation répétée de l’image traduit la réticence d’Adkins à régler le débat sur la race de Beethoven. Il a expliqué : “J’espère générer un sentiment de recherche dans le public… Vous pourrez alors combler les lacunes et participer à l’histoire à votre manière”. 

Autrement dit, l’œuvre entretient délibérément l’idée d’un “débat” sur l’identité raciale de Beethoven, débat qui n’a jamais reposé sur des preuves historiques — et dont l’ADN confirme aujourd’hui l’inanité.

Bozar n’affirme pas frontalement que Beethoven était d’ascendance africaine, mais en intégrant cette œuvre et son commentaire, l’institution laisse clairement entendre que la question pourrait rester ouverte, du moins sur le plan symbolique.

Le séquençage de 2023 accomplit deux choses à la fois simples et essentielles :

  • Il documente précisément les maladies, les risques génétiques et la fin de Beethoven, replacés désormais dans un cadre médical cohérent.
  • Il met un terme scientifique aux spéculations sur une ascendance africaine, révélations qui n’avaient aucun soutien historique ou génétique.

Il subsiste des mystères — la surdité notamment — mais la génétique a rendu un Beethoven plus humain, plus concret.

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samedi 8 novembre 2025

Les Carthaginois avaient peu de sang phénicien

À Acragas (Agrigente, Sicile), les temples de Héra et d’Héraclès portent encore les traces de l’incendie provoqué par les Carthaginois en 406 av. J.-C.. Grands rivaux des Grecs dans la Méditerranée occidentale, ils étaient aussi leurs partenaires commerciaux : l’huile sicilienne alimentait les marchés puniques.

Mais une étude récente menée par Harald Ringbauer et David Reich (université Harvard) bouleverse notre vision de ce peuple : avant 400 av. J.-C., les Carthaginois auraient partagé des origines génétiques proches de celles des populations de la mer Égée, plutôt que du Levant. Une découverte qui remet en question leur ascendance traditionnellement dite « phénicienne ».

Égéens, Grecs et Phéniciens : trois mondes distincts

Le mot « Égéen » désigne les civilisations installées autour de la mer Égée à l’âge du Bronze (env. 3000–1200 av. J.-C.). Ce monde comprend :
  • les Minoens de Crète, grands bâtisseurs et navigateurs, parlant une langue non grecque,
  • puis les Mycéniens, ou Achéens des poèmes d’Homère, installés sur le continent grec, qui parlaient déjà une forme ancienne de grec.
Les Mycéniens sont donc à la fois des Égéens et les premiers Grecs historiques.

Après l’effondrement du monde mycénien vers 1200 av. J.-C., de nouvelles populations grecques, les Doriens, migrent vers le sud. Elles marquent le passage à l’âge du Fer et à la Grèce classique.

Ainsi, parler d’un « fonds génétique égéen » revient à évoquer un héritage ancien, issu des peuples du monde mycénien (grec ancien) et de leurs proches voisins des îles, antérieur à la Grèce historique.

Les Phéniciens, en revanche, formaient un peuple sémitique du Levant (Liban et Syrie actuels). Leur langue, leur écriture et leur culture étaient très différentes, bien que leurs routes maritimes aient croisé celles des Grecs dès le IIe millénaire av. J.-C.

Or, la tradition raconte que Carthage fut fondée par des Phéniciens venus de Tyr, sous la conduite de la reine Didon, en 814 av. J.-C. : on les pensait donc naturellement descendants de Phéniciens.

Les chercheurs se sont procurés 398 génomes provenant de nombreux sites carthaginois du bassin méditerranéen occidental et de plusieurs populations anciennes contemporaine des Puniques à fins de comparaison.


Quand la génétique contredit l’histoire

Les travaux de Harvard remettent ce récit en cause. Une première étude menée à Kerkouane (Tunisie) avait déjà révélé une absence d’ascendance phénicienne parmi douze individus puniques.

Les chercheurs ont alors élargi l’échantillon à 398 génomes issus de 14 sites carthaginois de Sardaigne, Sicile, Afrique du Nord et Levant. Après datation, 128 individus clairement de culture punique ont été analysés.

Les résultats sont frappants : les Carthaginois se situent génétiquement entre les populations nord-africaines et les Égéens, mais très proches de ces derniers, et éloignés des Levantins.

Autrement dit, le peuple punique semble lié biologiquement au monde égéen, c’est-à-dire à l’ancien substrat mycénien et insulaire grec, plutôt qu’à la Phénicie.

Les origines possibles d’un tel métissage

Comment expliquer qu’un peuple de culture phénicienne ait un ADN d’origine égéenne ?
Les chercheurs envisagent deux scénarios :

L’hypothèse chypriote
  • Au Bronze final, Chypre était un carrefour entre Égée et Levant : on y trouvait des communautés parlant grec mais influencées par les Phéniciens. Des Chypriotes d’origine égéenne auraient pu adopter la culture phénicienne avant de fonder Carthage. Ils auraient donc exporté en Afrique du Nord une culture levantine, mais avec un fond biologique égéen.

L’hypothèse du métissage commercial
  • Une petite élite phénicienne, venue de Tyr, aurait établi Carthage, mais, isolée de sa région d’origine, elle se serait rapidement mêlée aux populations méditerranéennes déjà présentes dans les réseaux grecs et siciliens.
  • La forte diversité des chromosomes Y chez les Carthaginois indique d’ailleurs une circulation intense d’hommes entre les colonies puniques (Afrique, Sicile, Sardaigne, Ibérie). Ce brassage aurait produit un peuple mêlé, culturellement phénicien, mais génétiquement méditerranéen.

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Reportés dans le plan des composantes principales élaborées par les chercheurs, les génomes carthaginois s’étirent entre ceux des Nord-Africains et ceux des Égéens, mais sont massés près de ceux de ces derniers, indiquant une origine génétique commune. Ils se distinguent clairement de ceux des Européens (à gauche) et de ceux des Levantins (à droite).


Une civilisation méditerranéenne hybride


Ce mélange expliquerait pourquoi les Carthaginois apparaissent à la fois proches des Grecs par leurs gènes et distincts par leur langue et leur culture.

Leur fond égéen aurait été entretenu par les échanges constants entre les deux rives : commerce, mariages, esclavage et alliances locales.

Ainsi, les grandes cités puniques auraient formé un monde propre, relié mais indépendant, où circulaient les mêmes marins, artisans et marchands que dans les cités grecques voisines.

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lundi 29 septembre 2025

Le mariage entre cousins germains au Royaume-Uni : la santé publique cède-t-elle au calcul électoral ?

Alors que le député conservateur Richard Holden dénonce avec vigueur la « complaisance » du NHS envers les mariages consanguins, le gouvernement de Keir Starmer reste silencieux. Pourtant, les chiffres sont éloquents : à Bradford, ville du nord de l’Angleterre, où près de 50 % des unions au sein des communautés indo-pakistanaises sont endogames, 700 à 800 enfants naissent chaque année avec des maladies génétiques graves, liées à cette pratique. Malgré l’urgence sanitaire, le Parti travailliste, soucieux de préserver ses circonscriptions à forte population sud-asiatique (il a remporté les 4 circonscriptions électorales de Bradford en 2024), semble préférer l’immobilisme à l’action. 

Un débat notamment relancé par des directives controversées du NHS

En septembre 2025, le Programme d’éducation génomique du NHS a publié des directives soulignant, de manière pour le moins surprenante, les « avantages non médicaux » des mariages entre cousins germains.  Parmi ceux-ci figurent des arguments socio-économiques, comme la stabilité financière des familles ou le renforcement des liens communautaires. Étonnant pour un service de santé national qui sortait ainsi de ses prérogatives. Une approche qui, loin de rassurer, a suscité l’indignation. Comme l’a rappelé le député conservateur Richard Holden dans les colonnes du Mail on Sunday, « le rôle du NHS n’est pas de promouvoir des pratiques culturelles, mais de protéger la santé des citoyens ».

Des risques de maladies bien réels

Les risques sont bien réels : les enfants issus de ces unions ont deux fois plus de risques de développer des pathologies graves (drépanocytose, thalassémie, mucoviscidoses, malformations congénitales) que ceux nés de parents sans lien de parenté. Chez ces enfants, 4 à 6 % des naissances sont affectées par ces pathologies, contre 2 à 3 % dans la population générale.  Le risque de 2-3 % concerne les maladies récessives graves ou modérément sévères détectables à la naissance ou dans les premières années (ex. : mucoviscidose, drépanocytose, phénylcétonurie). Cela exclut les maladies plus rares ou à apparition tardive (p. ex. : certaines formes de cancer d'origine génétique). Ces maladies peuvent nécessiter des soins intensifs, des hospitalisations fréquentes ou des traitements coûteux (ex. : thérapies géniques émergentes comme Trikafta pour la mucoviscidose). Des chiffres qui semblent relégués au second plan au profit d’une approche relativiste, où la santé des enfants est subordonnée à des considérations identitaires ou électoralistes.

Selon une étude de 2010 de l’Université de Bradford, environ 25-30 % des mariages dans les communautés britanniques d’origine pakistanaise et bangladaise sont entre cousins germains. Les taux sont plus élevés dans certaines villes comme Bradford, Birmingham ou Manchester, où les communautés sud-asiatiques sont concentrées. À Bradford, jusqu’à 50 % des mariages dans ces communautés peuvent être consanguins. 

Un gouvernement travailliste en difficulté, pris entre deux feux

Keir Starmer, dont le parti est en chute libre dans les sondages, se trouve face à un dilemme. D’un côté, une partie de l’électorat britannique, toutes origines confondues, soutiendrait une interdiction de ces mariages, comme le suggère le député Richard Holden. De l’autre, des circonscriptions clés, où les communautés sud-asiatiques sont majoritaires, pourraient lui reprocher une mesure perçue comme stigmatisante.

Le Premier ministre paraît préférer temporiser, proposant des mesures d’accompagnement (conseil génétique, dépistage) sans remettre en cause la légalité de ces unions. Une position que ses détracteurs qualifient de « lâcheté », d’autant que des pays comme la France ont depuis longtemps choisi l’interdiction, avec des résultats tangibles en matière de réduction des risques génétiques.

L’héritage occidental : une leçon ignorée ?

Contrairement à une idée reçue, l’interdiction des mariages consanguins n’est pas une invention moderne. Dès le Moyen Âge, l’Église catholique avait instauré des règles strictes pour éviter les risques génétiques, façonnant ainsi une Europe où ces unions sont devenues marginales.

Les cartes présentées ici illustrent l’impact historique de l’influence de l’Église médiévale sur les pratiques matrimoniales et leurs conséquences sociales à travers le monde. 


Carte A : Exposition à l’influence de l’Église médiévale.

Cette carte mesure la durée d’exposition à l’autorité de l’Église catholique médiévale, en années, dans différentes régions. L’Europe occidentale (notamment la France, l’Italie, l’Allemagne) et une partie de l’Amérique du Nord (par l'apport d'Occidentaux) affichent une exposition prolongée, allant de 861 à 1000 ans, reflétant une domination ecclésiastique marquée depuis le Haut Moyen Âge. En revanche, des régions comme l’Afrique subsaharienne, le Moyen-Orient, l’Inde et une grande partie de l’Asie du Sud-Est sont largement exemptes de cette influence prolongée, avec une exposition nulle ou très limitée (0 à 30 ans), en raison de l’absence d’implantation durable de l’Église catholique dans ces zones.

Contexte historique de l’interdiction des mariages consanguins

Cette exposition a coïncidé avec les politiques matrimoniales de l’Église catholique, qui a commencé à interdire les mariages consanguins dès le IVe siècle, une règle confirmée au Moyen Âge (notamment par le Concile de Latran IV en 1215). Ces interdictions limitaient les unions jusqu’au quatrième degré (voire le 7e degré) de parenté (incluant les cousins germains) sans dispenses papales, visant à promouvoir l’exogamie et à réduire les structures claniques. Les régions fortement influencées par l’Église ont donc été soumises à cette régulation, tandis que celles en étant exemptes ont conservé des pratiques d’endogamie plus marquées.

Carte B : Intensité de la parenté (indice de consanguinité)

En contraste, la carte B révèle une intensité de parenté élevée (indice de consanguinité) dans les régions non influencées par l’Église médiévale. L’Afrique subsaharienne, le Moyen-Orient, l’Inde et certaines parties de l’Asie du Sud-Est affichent des taux élevés (zones rouges), indiquant une forte prévalence de mariages consanguins, notamment entre cousins. Ces zones, exemptes de l’influence normative de l’Église, ont maintenu des traditions d’endogamie, favorisant les unions au sein de cercles familiaux étroits pour des raisons sociales, économiques ou culturelles.

(cliquer pour agrandir)


Graphiques A, B et C : Corrélations sociales

Les graphiques (A, B, C) établissent des liens statistiques entre la fréquence des mariages consanguins et des traits sociaux :  
  • Graphique A : Une corrélation négative significative (-0,54, p < 0,001) entre le taux de mariages consanguins et l’individualisme, suggérant que les sociétés pratiquant l’endogamie tendent à valoriser la collectivité familiale au détriment de l’autonomie individuelle.  
  • Graphique B : Une corrélation positive significative (0,71, p < 0,001) entre les mariages consanguins et la conformité-obéissance, indiquant que ces sociétés privilégient l’adhésion aux normes familiales et sociales.  
  • Graphique C : Une corrélation négative significative (-0,78, p < 0,001) entre les mariages consanguins et la confiance généralisée, montrant que l’endogamie est associée à une moindre cohésion sociale ou confiance envers des cercles extérieurs à la famille.
Interprétation globale

Plus la fréquence des mariages entre cousins est élevée, plus les sociétés semblent orientées vers des structures collectivistes, avec une moindre attention portée à l’individu et une confiance sociale réduite au-delà des liens familiaux.   Cette tendance est particulièrement marquée dans les régions exemptes de l’influence de l’Église médiévale, où l’absence de restrictions sur la consanguinité s'accompagne de pratiques d’endogamie durablement ancrées.

Historique de la Légalité et Comparaison Internationale
  • Royaume-Uni : Le mariage entre cousins germains est légal depuis depuis la Réforme protestante du XVIe siècle.
  • Droit canon : interdit le mariage entre parents proches (jusqu'au 4e degré de consanguinité en ligne collatérale), ce qui inclut les cousins germains (3e degré),  cf. canon 1091, §3. Cependant, une dispense peut être accordée par l'évêque (ou un prêtre délégué) après une étude du cas, notamment pour des raisons pastorales ou culturelles. En pratique, cette dispense est souvent accordée si les futurs époux suivent un conseil génétique et qu'il n'y a pas de risque grave pour la descendance. Jusqu'au Concile de Latran de 1215, il était interdit de se marier avec un parent jusqu'au 7e degré, selon le droit canonique.À partir du Decretum de Gratien (aux alentours de 1140), les canonistes du Moyen Âge ont motivé les prohibitions matrimoniales pour consanguinité jusqu’au septième degré en invoquant le besoin d’étendre les unions conjugales, afin de diminuer les querelles féodales. Cette pratique exogame était interprétée comme une manifestation de la caritas chrétienne, reliant les populations dans le Corps mystique du Christ, en harmonie avec la conception théologique d’une Église catholique universelle.
  • Italie : L’interdiction catholique historique a été intégrée dans le droit civil jusqu’au XXe siècle. Aujourd’hui, bien que légal (Code civil italien, article 87), il est rare et souvent découragé pour des raisons génétiques, avec des conseils médicaux requis.
  • Belgique :Les mariages en ligne directe sont prohibés depuis le Code Napoléon (1804), conformément à l'article 161 du Code civil. Les unions consanguines collatérales (comme entre cousins germains) sont légales mais rares, avec des informations sanitaires sur les risques génétiques.
  • Canada : Légale dans la plupart des provinces (ex. : Common Law et Québec).
  • France : Les mariages en ligne directe (ascendants/descendants) et entre alliés dans la même ligne sont prohibés par l’article 161 du Code civil depuis 1804. Les mariages entre cousins germains (ligne collatérale) sont légaux, sans nécessité de dispense, et restent autorisés aujourd’hui. Bien que rares, ces unions ne font l’objet d’aucune restriction légale, mais des conseils génétiques peuvent être proposés pour des raisons de santé publique.
Endogamie et consanguinité : comprendre les risques génétiques

L’endogamie, pratique consistant à se marier au sein d’un même groupe social, ethnique ou culturel, diffère du mariage entre cousins, bien que les deux soient souvent confondus. Le mariage entre cousins, où les partenaires partagent environ 12,5 % de leur ADN, augmente le risque que leurs enfants héritent de maladies génétiques récessives, comme des troubles métaboliques ou des malformations congénitales, si les deux parents portent le même gène défectueux. L’endogamie, cependant, pose un problème plus large : en limitant les unions à un groupe restreint sur plusieurs générations, elle réduit la diversité génétique de la communauté. Cela concentre les gènes récessifs néfastes dans le pool génétique, rendant plus probable leur transmission, même entre partenaires non consanguins. À Bradford, par exemple, où 50-70 % des mariages dans la communauté pakistanaise britannique sont consanguins, l’endogamie prolongée amplifie les risques, avec des taux de malformations congénitales deux à trois fois supérieurs à la moyenne nationale, selon le Bradford Institute for Health Research.

Ce phénomène n’est pas unique aux Pakistanais britanniques : des communautés comme les Amish ou les Juifs ashkénazes, historiquement endogames, présentent des risques similaires, avec des maladies spécifiques comme le syndrome de Tay-Sachs ou la maladie de Gaucher. L’isolement génétique, souvent renforcé par des traditions culturelles ou religieuses, crée un "effet fondateur" où des mutations rares deviennent plus fréquentes. Contrairement à un mariage entre cousins isolé, l’endogamie répétée sur des générations aggrave ce problème en réduisant les apports génétiques extérieurs qui pourraient diluer ces mutations. Pour y remédier, des solutions comme le conseil génétique et les tests prénataux, déjà disponibles dans certaines cliniques britanniques, permettent d’identifier les risques et de prévenir les maladies sans imposer de changements culturels radicaux, notamment le (tant vanté) métissage hors de la communauté pakistanaise (il existe pourtant de nombreux musulmans non pakistanais au Royaume-Uni...)



jeudi 25 septembre 2025

Apparition et diffusion des yeux bleus : une longue histoire européenne

On les dit mystérieux, séduisants, parfois glacials : les yeux bleus sont depuis longtemps chargés d’imaginaire. Mais d’où viennent-ils vraiment ? Une vaste étude génétique, portant sur plus de 4 000 génomes anciens et publiée récemment dans Molecular Biology and Evolution, révèle que cette couleur si caractéristique a une histoire bien plus ancienne et surprenante qu’on ne le croyait.

(cliquer sur l'image pour l'agrandir. IA = Âge du fer, BA = âge du bronze, N = néolithique, HG = chasseur-cueilleur)

Des chasseurs-cueilleurs aux Vikings

Le premier individu porteur du gène lié aux yeux bleus connu à ce jour aurait vécu il y a environ 35 000 ans en Crimée. Mais ce n’est qu’au Mésolithique, chez les chasseurs-cueilleurs d’Europe occidentale, que la proportion d’yeux bleus explose : près de 60 % dans le site d’Oberkassel (Allemagne), il y a environ 9 000 ans.

Ces populations, ancêtres directs des Européens modernes, ont laissé une trace durable. Toutefois, avec l’arrivée des agriculteurs venus d’Anatolie puis des pasteurs des steppes, majoritairement aux yeux foncés, cette proportion a fortement chuté.

Il faudra attendre l’âge du Bronze et surtout le Moyen Âge pour que le bleu regagne du terrain, probablement favorisé par des facteurs de sélection encore débattus : préférence sexuelle, adaptation à la lumière du Nord ou simple hasard génétique.

La France : du brun au bleu

Et la France dans tout ça ? Un des graphiques de l’étude permet de suivre l’évolution sur plusieurs millénaires.

Néolithique (vers 6 000 ans avant notre ère) : la France « néolithique » n’affichait qu’environ 7 % d’yeux bleus, conséquence directe de l’arrivée d’agriculteurs venus du Proche-Orient.

Âge du fer (Iron Age, IA) : la proportion monte à 12 %, signe d’un léger regain.

Moyen Âge : grand bond en avant, la France médiévale atteint environ 67 % d’individus aux yeux probablement bleus, soit le résultat le plus élevé de tout l’échantillon représenté. Cela place la population française du Moyen Âge nettement au-dessus même des Vikings (55 %) ou encore des Néerlandais médiévaux (59 %). Ces chiffres confirment l’image des sociétés du Nord et de l’Ouest de l’Europe largement aux yeux bleus à cette époque. Ceci dit, l'étude ne précise pas où cet ADN a été trouvé ni le rang des personnes à qui cet ADN appartenait (des nobles du Nord de la France ?)

Les Romains et les Méditerranéens : la part du brun

Les chercheurs se sont aussi penchés sur Rome antique. Résultat : seulement 4 % de probabilité d’yeux bleus à l’époque impériale. L’Empire, cosmopolite et méditerranéen, tirait sa diversité génétique vers le brun. Mais dès le Moyen Âge, après les invasions germaniques, on retrouve autour de 21 % de porteurs aux yeux clairs. Voir également la note encadrée ci-dessous.

Et les yeux verts, c'est secondaire ?

L’auteur a défini trois catégories basées sur une règle pour classer les couleurs des yeux (bleu, marron, vert) en fonction de marqueurs génétiques et d’un score global :
  • Bleu : Les personnes ayant deux copies du gène G/G au marqueur rs12913832 et un score élevé (supérieur ou égal à un seuil appelé TH_BLUE) sur au moins 9 des 13 sites génétiques analysés.
  • Marron : Les personnes ayant deux copies du gène A/A au marqueur rs12913832 et un score faible (inférieur à un seuil appelé TH_BROWN) sur au moins 9 des 13 sites génétiques.
  • Vert : Tout ce qui se trouve dans une zone intermédiaire, généralement avec un mélange A/G au marqueur rs12913832 et un score moyen sur le panel génétique.
En d’autres termes, la catégorie « vert » regroupe les cas où les signaux génétiques sont mitigés : le panel indique une tendance vers des yeux clairs, mais le marqueur rs12913832 n’est pas dans l’état G/G (typique des yeux bleus). Le modèle logistique utilisé vise à identifier les cas « probablement bleus » de manière prudente, tandis que les modèles beta/OLS suivent le score continu du panel, qui augmente dans les groupes où la catégorie « vert » est fréquente.
 
(cliquez pour grandir, parts probables des yeux marrons, verts et bleus. 
I
A = Âge du fer, BA = âge du bronze, N = néolithique, HG = chasseur-cueilleur)

Latitude et histoire : un duo déterminant

L’étude montre un facteur central : la latitude. Plus on monte vers le Nord, plus les yeux bleus deviennent fréquents. La dérive génétique et une préférence de partenaires aux yeux bleus dans de petites communautés ont sans doute amplifié le phénomène.

Ainsi, les populations scandinaves ou germaniques atteignent rapidement 40 % à 60 % d’yeux bleus, tandis que les Balkans, l’Italie antique ou la Grèce ancienne plafonnent autour de 0 à 10 %.

Un héritage culturel


Au-delà des chiffres, cette histoire éclaire l’imaginaire collectif : le Viking aux yeux bleus n’est pas un cliché, c’est une réalité génétique. À l’inverse, le Romain impérial aux yeux sombres incarne bien le carrefour méditerranéen. Ceci changera après la chute de l'empire, voir encadré ci-dessous.
Le cas de Rome

De récents résultats d’analyse d’ADN indiquent qu’il y a eu un énorme changement dans l’ascendance des personnes qui ont vécu à Rome à l’époque impériale et que l’apport génétique provenait principalement de la Méditerranée orientale et du Proche-Orient.

Les siècles suivants sont quelque peu agités. L’empire se divise en deux en 395, des maladies ravagent la population romaine et la ville est envahie à plusieurs reprises. Ces événements ont marqué les habitants de la ville, dont l’ascendance est devenue plus proche de l’Europe occidentale. Plus tard, l’avènement et le règne du Saint Empire romain germanique ont entraîné un afflux d’ancêtres d’Europe centrale et septentrionale. Mais « au cours de la période impériale, la tendance la plus marquée est un changement d’ascendance vers la Méditerranée orientale, avec très peu d’individus d’ascendance principalement ouest-européenne », notent les chercheurs. « Une des explications possibles de la prédominance du flux génétique de l’Orient vers Rome est que la densité de population était plus élevée dans l’est de la Méditerranée que dans l’ouest ». (Voir Ancient Rome : A genetic crossroads of Europe and the Mediterranean, dans Science 2019)

Comme on l’a dit plus haut ces résultats se fondent sur des échantillons restreints. C’est ainsi que l’ascendance nord-africaine en Italie n’est étayée que par l’ADN d’un seul individu précédemment signalé de la période romaine impériale (R132) (Antonio et coll., 2019). Une autre étude génétique de 2022 montre que malgré l’hétérogénéité génétique dans la Rome impériale, l’Europe a connu une stabilité des structures génétiques de ses populations depuis d’Âge du fer. Plusieurs hypothèses sont émises pour résoudre cette apparente contradiction : cette hétérogénéité n’aurait pu être qu’urbaine (les sites de fouille d’où provient l’ADN antique sont souvent dans les anciennes villes), les villes ont tendance à faire baisser la natalité (le logement y est cher, les enfants ne peuvent aider dans les travaux des champs), les maladies auraient surtout frappé ces villes densément peuplées et à l’hygiène douteuse, la population aurait été remplacée par une population locale rurale plus homogène et plus féconde, enfin le déclin économique de l’empire d’Occident aurait pu encourager le retour d’étrangers vers leur pays ou du moins l’Empire d’Orient resté plus prospère. Plus de détails dans Stable population structure in Europe since the Iron Age, despite high mobility.

Contexte génétique et méthode

Pourquoi les yeux bleus ?

La couleur des yeux, notamment les yeux bleus, dépend principalement de deux gènes voisins situés sur le chromosome 15 : OCA2 et HERC2. 

Voici comment ça marche en termes simples :

  • OCA2 : Ce gène contrôle la production de mélanine, le pigment qui donne leur couleur aux yeux, à la peau et aux cheveux. Plus de mélanine dans l'iris = yeux bruns. Moins de mélanine = yeux bleus ou verts. 
  • HERC2 : Ce gène agit comme un "interrupteur" qui régule OCA2. Il contient une zone spécifique (un SNP appelé rs12913832, situé dans une partie non codante de HERC2) qui décide si OCA2 produit beaucoup de mélanine ou pas. 

Pour avoir des yeux bruns, HERC2 doit bien activer OCA2 pour produire suffisamment de mélanine. Pour des yeux bleus, une mutation dans rs12913832 affaiblit cet interrupteur, ce qui réduit la production de mélanine par OCA2. 

Résultat : l'iris a moins de pigment, et les yeux paraissent bleus ou verts. Un schéma (non inclus ici) montrerait que ces deux gènes sont voisins sur le chromosome.

Méthode utilisée dans l'étude :

Au lieu de se baser uniquement sur le SNP rs12913832 pour deviner la couleur des yeux, l'auteur a adopté une approche plus précise : 

  1. Analyse d’un haplotype : L’auteur a examiné un ensemble de 13 SNPs (marqueurs génétiques) liés à OCA2 et HERC2, formant ce qu’on appelle le "haplotype des yeux bleus". Ces SNPs ont été pondérés (méthode DR2) pour évaluer leur influence. 
  2. Rôle clé de rs12913832 : Ce SNP est utilisé comme un "gardien". Pour qu’un individu soit considéré comme ayant probablement des yeux bleus, il doit avoir la version G/G de ce marqueur (une mutation spécifique). 
  3.  Score continu : L’auteur a créé un indice (de 0 à 1) pour classer les individus selon leur probabilité d’avoir des yeux bleus. Ensuite, il a attribué des étiquettes : probablement bleu, probablement brun, ou indéterminé (quand ce n’est pas clair). 
  4. Modélisation : L’auteur a étudié la fréquence des yeux bleus en fonction de trois facteurs :
    • Le temps : Comment cette caractéristique s’est répandue à travers l’histoire.
    • La latitude : Les yeux bleus sont plus fréquents dans certaines régions (ex. : Europe du Nord).
    • La couverture génomique : La quantité de données génétiques disponibles pour chaque individu analysé. 

Échantillon

L'étude se fonde sur une base de données : d'environ 4 133 génomes anciens (période 44 000 ans jusqu' à présent). 

Tableau : populations / cultures — proportion estimée d’individus « probablement aux yeux bleus » et taille d’échantillon
Population / culture Proportion estimée Taille de l’échantillon (n)
France — Moyen Âge ≈ 67 %  échantillon limité (non précisé dans la synthèse)
Oberkassel (chasseurs-cueilleurs ouest-européens) ≈ 58,9 %  n = 39
Pays-Bas — Moyen Âge ≈ 59 %  n modéré (valeur non précisée ici)
Vikings (Scandinavie) ≈ 55,3 %  n = 376
France — Âge du Fer ≈ 25–30 %  échantillon variable (non précisé)
Rome — Âge du Fer ≈ 22,2 %  n = 27
Rome — Moyen Âge ≈ 21,4 %  n = 28
Culture campaniforme  ≈ 13,1 %  n = 229
Yamnaya (steppe pontique-caspienne) ≈ 3,0 %  n = 169
Rome — Période impériale ≈ 4,2 %  n = 48
Remarque Les pourcentages sont des estimations issues de l'étude ; les intervalles de confiance varient beaucoup selon la taille d’échantillon (les petits n donnent des marges d’erreur larges). « Appel probablement bleu » = individu classé par l’algorithme comme « probablement-bleu » (voir définition génétique basée sur HERC2/OCA2).

dimanche 26 janvier 2025

Les hommes ont grandi deux fois plus vite que les femmes au XXe siècle, selon une étude

Les hommes seraient-ils de plus en plus grands que les femmes ? Une étude de l’université de Roehampton au Royaume-Uni a démontré que les êtres humains de type masculins avaient grandi deux fois plus vite que leurs homologues féminins au cours du XXe siècle.

Comme le rapporte The Guardian, le professeur Lewis Halsey et ses équipes, situées en banlieue de Londres, se sont appuyées sur des données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’autorités étrangères de plus d’une dizaine de pays et des registres britanniques. L’objectif : voir comment la taille et le poids ont changé en fonction des conditions de vie.

Le rôle des conditions de vie

La conclusion est simple. Pour chaque augmentation de 0,2 point de l’Indice de développement humain (IDH), les femmes étaient en moyenne plus grandes de 1,7 cm et plus lourdes de 2,7 kg, tandis que les hommes étaient plus grands de 4 cm et plus lourds de 6,5 kg.

Or l’IDH ne cesse d’augmenter dans la plupart des pays. Au Royaume-Uni, l’IDH est passé de 0,8 en 1900 à 0,94 en 2022. Dans le même temps, au cours de la première moitié du XXe siècle, la taille moyenne des femmes a grimpé de 3 cm, contre près de 7 cm chez les hommes.

« Pour mettre cela en perspective, environ une femme sur quatre née en 1905 était plus grande que l’homme moyen né en 1905, mais ce chiffre est tombé à environ une femme sur huit pour celles nées en 1958 », a déclaré Halsey.

Les hommes seraient donc non seulement de plus en plus lourds et de plus en plus grands par rapport aux femmes, mais plus les conditions de vie s’améliorent, plus les écarts de poids et de taille augmentent entre les deux sexes.

« Nous découvrons comment la sélection sexuelle a façonné le corps de l’homme et de la femme et comment l’amélioration de l’environnement, en termes d’alimentation et de réduction de la charge de morbidité, nous a libérés de nos entraves », explique le professeur Lewis Halsey dans cette étude publiée dans Biology Letters. Mais jusqu’à quelles limites ? Plusieurs études ont déjà démontré que la taille de l’être humain était en train de plafonner.

Réfutation de la thèse féministe de Priscille Touraille

Il y a quelques années, de nombreux médias ont présenté comme une vérité scientifique la théorie de Priscille Touraille selon laquelle le dimorphisme sexuel chez les êtres humains serait dû au fait que chez nos ancêtres les hommes restreignaient l’accès des femmes à la nourriture. Touraille avançait donc l’idée que les hommes auraient historiquement restreint l’accès des femmes à certaines ressources alimentaires, particulièrement la viande, ce qui aurait conduit à un dimorphisme sexuel plus prononcé. Cette théorie est parfois appelée le « patriarcat du steak » dans les discussions médiatiques.

Les travaux de Touraille ont bénéficié d’une large couverture médiatique, notamment à la suite d’un documentaire sur Arte intitulé « Pourquoi les femmes sont-elles plus petites que les hommes ? ». Cette couverture a souvent été peu critique, présentant ses idées comme des vérités scientifiques établies sans suffisamment remettre en question la méthodologie ou les preuves derrière ces assertions.

Si cette thèse était vraie, on aurait dû observer un rétrécissement de la différence de taille entre hommes et femmes au XXe dans les pays développés, car les sociétés sont devenues plus égalitaires entre les sexes et les hommes n’empêchent plus (si cela a jamais été le cas) les femmes de manger de la viande, mais en réalité c’est l’inverse qu’on observe. Cela tend à confirmer que la sélection sexuelle explique mieux le dimorphisme sexuel chez l’être humain, comme dans la plupart des autres espèces.

Sélection des grands par les femmes ?

Dans une étude publiée dans Biology Letters et intitulée « Le corps masculin attrayant et redoutable : la taille et le poids des hommes sont des traits sexuellement sélectionnés en fonction des conditions », les scientifiques supposent que les préférences sexuelles des femmes ont pu alimenter une tendance pour des hommes plus grands et plus musclés — bien qu’à l’ère de l’obésité, lourd n’est pas nécessairement synonyme de musclé.

La stature et le physique sont les principaux indicateurs de la santé et de la vitalité, a déclaré Halsey, tandis que la sélection sexuelle favorise également les hommes qui sont mieux à même de protéger et de défendre leur partenaire et leur progéniture contre d’autres personnes.

« Les femmes peuvent trouver la taille des hommes attrayante parce qu’elle les rend potentiellement plus redoutables, mais aussi parce que la taille suggère qu’ils sont bien faits », a déclaré M. Halsey. « En grandissant, ils n’ont pas subi les effets d’un mauvais environnement et ont donc atteint une plus grande partie de leur potentiel de taille. C’est un indicateur qu’ils sont bien faits ».

Ces conclusions s’appuient sur des travaux antérieurs qui ont montré que les femmes recherchent davantage les hommes de grande taille que les hommes les femmes de petite taille. Mais il y a des inconvénients à être grand. Si les personnes de grande taille ont tendance à gagner plus, elles sont aussi plus sujettes à divers cancers, peut-être parce qu’elles ont plus de cellules susceptibles d’accumuler des mutations qui aboutissent à la maladie.

Michael Wilson, professeur d’écologie, d’évolution et de comportement à l’université du Minnesota, a déclaré que l’augmentation plus rapide de la taille et du poids des mâles était « frappante ». Il a ajouté que cela correspondait à une idée de longue date selon laquelle les femelles sont le sexe « le plus contraint écologiquement » en raison des exigences de la reproduction, en particulier chez les mammifères où la grossesse et l’allaitement sont « coûteux sur le plan énergétique ».

« L’investissement des mâles dans une plus grande taille corporelle semble être sensible aux conditions nutritionnelles », a-t-il déclaré. « Lorsque les hommes grandissent avec des aliments plus denses en énergie, ils grossissent davantage que les femmes. »

Voir aussi 

Le paradoxe de l'égalité entre les sexes c. la théorie du genre (rediff)

Les populations européennes ont fait l'objet d'une forte sélection génétique récente pour un certain nombre de caractéristiques

Robert Plomin: « La génétique influe plus sur notre personnalité et notre réussite que l’environnement »

Deux fois plus de dépressions chez les femmes qu’il y a 40 ans. Rançon de la « libération » de la femme ?

Les jeunes femmes gagnent plus que les jeunes hommes dans les métropoles américaines

Discrimination — Les lesbiennes gagnent plus que les hétérosexuelles.

Le cerveau des hommes et celui des femmes seraient connectés différemment

Mads Larsen et le rôle néfaste de l'État-Providence sur la formation des couples et la natalité

Polytechnique

Femmes tradi : retour du « patriarchat », montée en puissance de l'« extrême-droite » ?

Le mythe de la misogynie ambiante et pernicieuse

Partialité ? Préférence pour nommer des femmes professeurs dans les sciences plutôt qu'hommes avec même CV

Australie — Recrutement sur base de CV anonymisés augmente nombre d'hommes blancs sélectionnés

Crise de la virilité et du féminisme contemporain ?

Québec — 70 % des médecins seraient bientôt des femmes, « une bonne nouvelle »

Festival de Cannes 2024 — Un homme reçoit le prix d'interprétation... féminine

Canada — Administration centrale fédérale : 33 361 embauches en 2022-2023, 61 % de femmes et 31,3 % de non blancs

Juge de la Cour suprême du Canada opte pour « personne avec un vagin » plutôt que pour « femme »

« Les inégalités en défaveur des hommes passent à la trappe ! »

lundi 23 septembre 2024

Les populations européennes ont fait l'objet d'une forte sélection génétique récente pour un certain nombre de caractéristiques

Un nouvel article sur la sélection génétique publié par le laboratoire de David Reich de Harvard renforce ce que l'on ne cesse de constater : la sélection des populations se poursuit. Les gens continuent de changer, de sorte que nous ne sommes pas exactement les mêmes que les Européens de l'époque romaine par exemple. Ceux-ci avaient, notamment, une persistance de la lactase bien moindre. Selon l’hypothèse de la coévolution gène-culture, la capacité à digérer le lactose jusqu’à l’âge adulte (persistance de la lactase) est devenue avantageuse pour l’homme après la domestication d’espèces animales capables de fournir une source constante de lait. Cette persistance est surtout concentrée dans les populations d'Europe du Nord.

Résumé. Le nouvel article du laboratoire de David Reich concernant l'évolution des Européens au cours des derniers millénaires observent les changements génétiques suivants :

  • augmentation de l'intelligence,
  • moins de graisse corporelle,
  • moins de risques de troubles psychotiques,
  • une couleur de peau plus pâle.

Les chercheurs du MIT et de Harvard présente une méthode de détection des preuves de sélection naturelle dans les séries chronologiques d'ADN ancien qui exploite une possibilité non utilisée dans les analyses précédentes : tester une tendance cohérente dans le changement de la fréquence des allèles au fil du temps. 

En appliquant cette méthode à 8433 « Eurasiens de l'Ouest » (comprendre Européens) ayant vécu au cours des 14 000 dernières années et à 6510 personnes contemporaines, les chercheurs trouvèrent un ordre de grandeur de signaux significatifs à l'échelle du génome plus élevé que dans les études précédentes : 347 loci indépendants avec une probabilité de sélection supérieure à 99 %. 

Il s'agit de changements dans les scores polygéniques de l'ordre d'un écart-type, donc très importants.

Les travaux antérieurs ont montré qu'au cours des derniers millénaires, plusieurs centaines d'allèles ont été affectés par une forte sélection directionnelle. Les découvertes comprennent 

  • une augmentation de ~0% à ~20% en 4000 ans pour le principal facteur de risque de la maladie cœliaque (HLA-DQB1) ; 
  • une augmentation de ~0% à ~8% en 6000 ans du groupe sanguin B ; 
  • et une sélection fluctuante de l'allèle à risque de tuberculose TYK2 passant de ~2% à ~9% entre ~5500 et ~3000 ans avant de redescendre à ~3%. 

Cette étude identifie des cas de sélection coordonnée sur des allèles affectant le même trait: le score polygénique prédisant aujourd'hui le pourcentage de graisse corporelle ayant diminué d'environ un écart-type sur dix millénaires, ce qui est cohérent avec l'hypothèse du gène économe selon laquelle une prédisposition génétique à stocker de l'énergie en cas de pénurie alimentaire est devenue désavantageuse après l'avènement de l'agriculture. 

La diminution observée du tour de taille est également conforme à l'hypothèse du gène économe.

On pourrait supposer que la population samoane, par exemple, n'ait pas bénéficié d'une sélection récente aussi forte pour ces caractéristiques et qu'elle soit donc plus susceptible de souffrir d'obésité après l'introduction d'aliments modernes à haute teneur en calories.  Rappelons qu'aux îles Samoa américaines, 3 adultes sur 4 sont obèses et qu'à 15 mois, 23 % des garçons et 17 % des filles le sont déjà.

Les auteurs identifient également une sélection pour des combinaisons d'allèles qui sont aujourd'hui associées à une couleur de peau plus claire, à un risque plus faible de schizophrénie et de maladie bipolaire, à un déclin plus lent de la santé et à une augmentation des mesures liées aux performances cognitives (scores aux tests d'intelligence, revenu du ménage et nombre d'années d'études). 

Cela ne signifie pas que les Européens auraient été « noirs » il y a 10 000 ans, mais le changement n'est pas négligeable. Le phénotype pâle de l'Europe du Nord moderne serait largement absent, et les Européens auraient eu au moins une complexion méditerranéenne, voire plus foncée.

Les chercheurs ont également constaté une augmentation des gènes liés à un rythme plus rapide de la marche. Mais si l'on analyse les corrélations génétiques dans les sociétés modernes, le rythme de la marche reflète principalement l'état de santé général et la réduction de la graisse corporelle. On peut donc soupçonner qu'il s'agit principalement d'une réappropriation des changements dans la prédisposition à stocker les graisses.

Ils ont également constaté une réduction des gènes associés aux troubles bipolaires et à la schizophrénie. Les raisons de ce phénomène ne sont pas claires, mais il pourrait simplement refléter un modèle plus large d'amélioration de la santé du cerveau (en accord avec les résultats mentionnés précédemment).

Voir aussi

Origine génétique des Européens présentée par David Reich (en anglais, pour le sous-titrage en français traduit automatiquement, ajuster la molette)

vendredi 9 août 2024

Président du CIO : pas de système scientifique qui permette d'identifier qui est une femme

Selon le président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach :

Personne ne nous a présenté de système solide scientifique qui permette d'identifier qui est une femme (nous avons enlevé les nombreux « euh... »)


Faible fréquence des intersexes

Selon la philosophe Carrie Hull la fréquence des personnes intersexes se situerait à 0,37 % de la population. Leonard Sax parvient quant à lui à une proposition de 0,018 % de personnes intersexuées dans la population.

Un article de l’American Journal of Human Biology publié en 2000 et faisant la synthèse de la littérature médicale publiée entre 1955 et 2000 dresse des statistiques détaillées pour les différents critères possibles d'écart par rapport à un idéal-type masculin/féminin et conclut qu'environ 2 % des naissances sont concernées. Ce chiffre, critiqué par Leonard Sax, comprend des personnes avec une apparence mâle ou femelle mais présentant notamment un chromosome supplémentaire comme celles atteintes de trisomie 47 X, l'anomalie chromosomique féminine la plus fréquente qui touche environ une femme sur 1000, la majorité des femmes n'étant que peu touchées voire totalement asymptomatiques.


Compte de Richard Dawkins éliminé par Facebook

Si le CIO ne parvient pas à un système clair pour dire qui est une femme, comment pourra-t-il exclure des athlètes transgenres des compétitions féminines si ce n'est de manière arbitraire et variable (laisser les pays ou les fédérations locales décider par exemple) ?

Le célèbre biologiste, vulgarisateur, théoricien de l'évolution et éthologiste britannique athée Richard Dawkins a vu son compte Facebook éliminé après avoir posté sur la plateforme rivale 𝕏 que le boxeurs génétiquement mâles (XY) ne devraient pas concourir dans les catégories féminines des jeux.

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mercredi 31 mai 2023

Les deux tiers des Québécois sont les descendants de 2600 colons français


Il y a 260 ans, la Nouvelle-France s’étendait de la Louisiane jusqu’au nord de l’actuel Québec. Le traité de Paris (10 février 1763), venu sceller la guerre de Sept Ans, cède l’entièreté de ce territoire aux Britanniques (à l’exception de Saint-Pierre-et-Miquelon). Au Québec, les descendants des premiers colons français ont conservé une forte identité en continuant de parler français et en maintenant leur culte catholique. Une étude publiée dans la revue Science et menée par une équipe de l’université McGill au Québec, combine données génétiques et d’état civil pour remonter l’arbre généalogique de la population actuelle. La très grande majorité des Québécois aujourd’hui tire ses ancêtres d’environ 8 500 des 10 000 colons qui ont émigré de France aux XVIIe et XVIIIe siècles pour s’installer dans cette région. Chose encore plus impressionnante, les deux tiers du patrimoine génétique canadien-français sont hérités de 2 600 colons seulement.

« C’est un travail d’une grande qualité, commente Évelyne Heyer, professeur en anthropologie génétique au Muséum national d’histoire naturelle de Paris (MNHN), qui consacre un chapitre au Québec dans son livre, L’Odyssée des gènes. On comprend ici l’importance de la géographie et du fleuve Saint-Laurent sur les structures humaines, et bien entendu l’influence de la langue et de la religion. »

« Guerre de berceau »

Pour raconter cette histoire, les scientifiques ont utilisé l’ensemble des données liées aux actes de mariage catholiques qui ont été numérisées dans le cadre d’un projet de recherche qui dure depuis cinquante ans à l’Université du Québec à Chicoutimi, et baptisé Balsac. « L’Église catholique a eu une forte influence sur la société québécoise depuis le XVIIe siècle, explique Simon Gravel, professeur agrégé au département de génétique humaine à l’université McGill et coauteur de l’article. Les prêtres ont scrupuleusement noté toutes les unions sur le territoire en renseignant les noms des deux époux et de leurs parents. » Une source inestimable qui a été numérisée à partir des années 1970 et qui donne aux scientifiques et chercheurs québécois un outil quasi unique au monde ! « L’objectif de ces registres était en partie d’éviter les mariages consanguins, continue le scientifique. L’Église a appliqué une forte pression nataliste à la société québécoise qui a contribué à un accroissement très rapide de la population. » [C’est en partie faux : au début la croissance démographique des Anglais dans les 13 colonies est similaire, voir le doublement de la population en 25 ans selon Benjamin Franklin. Voir aussi « La légende noire du clérico-natalisme »] La croissance annuelle atteint ainsi un taux de 25 pour 1 000, à comparer aux 3 pour 1 000 à la même période en France : entre 1681 et 1765, la population passe de 10 000 à 70 000 habitants, essentiellement du fait de l’accroissement naturel.

L’équipe de l’université McGill a complété ce recueil par des données génétiques et généalogiques de 20 451 Québécois. « Notre objectif initial était de comprendre la prévalence de certaines maladies génétiques dans le pays, détaille Simon Gravel. Et de comprendre si elles pouvaient être liées au contexte de peuplement. La prévalence de maladies spécifiques à certaines régions québécoises ne se retrouve pas en France. »
 
Moins de 1 % d'ascendance amérindienne
 
Les premiers 2 600 colons français ont contribué les deux tiers du bassin génétique franco-québécois. Les colons français ont occupé un territoire habité et utilisé par les Premières Nations (Indiens) et les Inuits (Esquimaux) depuis des milliers d’années.

« Malgré des croyances populaires impliquant les origines métissées des Canadiens-Français, les études génétiques et généalogiques montrent que les Franco-Québécois portent en moyenne moins de 1% d’ascendance génétique autochtone et une majorité d’ascendance française », souligne l'étude.
 
« Super-fondateurs »

En arrivant en Nouvelle-France, les premiers colons, dont plusieurs étaient originaires du Perche, se sont d’abord installés dans la capitale, à Québec. « Comme la population augmentait très vite, il y a eu une migration vers Charlevoix, où l’érosion d’un cratère d’impact vieux de 400 millions d’années a créé une petite poche de terre fertile au sein d’un terrain autrement montagneux, raconte le chercheur. Là encore la population a augmenté très vite. Les conditions de vie devaient être très difficiles et les gens ont ensuite migré vers la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui était jusque-là une terre de chasse réservée au roi. »

Étonnamment, bien que chaque région ait son événement fondateur près de la ville de Québec, aucune ne partage les mêmes « super-fondateurs », ces individus ayant une très grande descendance et qu’un grand nombre de Québécois partagent comme ancêtre. C’est donc localement que les communautés se sont créées et que des effets régionaux se sont mis en place. « Dans des travaux que j’avais publiés en 1995, nous avions montré qu’un groupe de 50 super-fondateurs se retrouve dans les généalogies de tous les individus du Saguenay–Lac-Saint-Jean, explique Évelyne Heyer. Ils avaient tous plusieurs dizaines de petits-enfants ! »


Source : Le Figaro

mercredi 1 février 2023

Robert Plomin: « La génétique influe plus sur notre personnalité et notre réussite que l’environnement »

Extraits d’un entretien donné par le psychologue et généticien américain Robert Plomin. Dans son dernier ouvrage, L’Architecte invisible, il montre que nos capacités intellectuelles et autres aspects de notre personnalité seraient profondément influencés par notre génétique. Il invite à se saisir de cette révolution pour mieux cibler nos faiblesses et encourager nos talents. Selon Plomin, le 1 % de notre ADN qui nous rend uniques détermine à plus de 50 % ce que nous sommes. Nos capacités intellectuelles, notre introversion ou extraversion, notre vulnérabilité aux maladies mentales, et même le fait que nous soyons ou pas du matin, tous ces aspects de notre personnalité seraient profondément façonnés par les différences d’ADN dont nous avons hérité. Robert Plomin, pionnier de la génétique comportementale, s’appuie sur les recherches de toute une vie pour démontrer que l’ADN serait bien le facteur majeur qui construit notre personnalité. Nos familles, nos écoles et notre environnement importent, mais ils n’ont pas le même poids que nos gènes. Raison, selon Plomin, pour laquelle parents et enseignants devraient accepter les enfants tels qu’ils sont, plutôt que d’essayer de les modeler et de les faire aller dans certaines directions.

— Vous dites que l’environnementalisme — l’idée que nous sommes ce que nous apprenons — a été le point de vue dominant en psychologie pendant des décennies. Comment l’expliquer ?

Robert PLOMIN.  C’est une très bonne question. Je pense que la réponse est d’abord historique. La génétique comportementale a commencé au début des années 1900. Les premières études sur les jumeaux et l’adoption ont été réalisées dans les années 1920. Mais avec la Seconde Guerre mondiale, le rôle de l’Allemagne nazie en particulier, il est devenu impossible de parler d’influence génétique. Et je pense que le comportementalisme [l’idée que l’individu est conditionné par son environnement] a comblé ce vide. Cette idée résonne également avec l’idée démocratique d’égalité selon laquelle l’environnement est tout puissant, que n’importe qui peut réussir. C’est un raisonnement assez logique à première vue.

L’environnement peut faire une différence. Mais alors, pourquoi certaines personnes sont-elles schizophrènes et d’autres pas ? Pourquoi certains enfants ont-ils du mal à apprendre à lire et d’autres l’apprennent très facilement ? Nous devons nous demander empiriquement ce qui cause ces différences, et considérer la possibilité que des différences génétiques héréditaires expliquent certains de ces comportements. Dans le passé, on pouvait contester les études faites sur les jumeaux ou l’adoption. Mais avec la révolution de l’ADN, cela devient de plus en plus difficile de contester la part d’héritabilité de certains comportements. Mais il y a beaucoup de domaines des sciences sociales où les données ne comptent plus. On les ignore, on les met sous le tapis.

— On retrouve cette tendance dans les gender studies, qui ignorent le donné biologique de la différence des sexes…

 Vous avez encore le droit de dire que la différence des sexes existe en France ? J’ai toujours peur qu’on me pose la question quand je donne une conférence. Les hommes et les femmes sont-ils biologiquement différents ? Appelez-les comme vous voulez, mais quand vous avez la moitié de la population avec deux chromosomes X, l’autre moitié avec un chromosome X et un chromosome Y. Cela fait beaucoup de différences. […]

— Assiste-t-on aujourd’hui à une révolution ? La génétique est-elle de plus en plus prise en compte ?

 Il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet maintenant, surtout quand on voit les progrès dans les domaines médicaux, y compris sur des choses comme l’obésité et les troubles psychiatriques. Il y a eu un revirement complet. La génétique est aujourd’hui largement acceptée, et on sait désormais que la révolution de l’ADN aura un impact majeur en termes de prédiction et de prévention de ces problèmes. Plutôt que d’attendre que quelqu’un fasse une crise cardiaque et d’essayer ensuite de la traiter, vous pouvez maintenant prédire quelles personnes ont un risque d’avoir une crise cardiaque plus élevé et donc faire de la prévention ciblée. Ce qui est devenu évident en médecine se répercutera, je pense, dans d’autres champs des sciences sociales. Maintenant en Angleterre, les études sur la parentalité prennent en compte le critère génétique.

— Vous avez formulé le concept de l’inné de l’acquis. Pouvez-vous nous expliquer ?

 Il y a des centaines de variables environnementales qui sont utilisées dans les sciences sociales, mais disons que les plus importantes sont les événements de la vie, les choses qui vous arrivent, et la parentalité. Mais si vous étudiez ces paramètres dans une conception génétique comportementale, comme une étude de jumeaux ou une étude d’adoption, vous trouvez une influence génétique sur ces variables prétendument environnementales. C’est très étonnant. […]

Par exemple, une étude d’adoption suédoise publiée en 2018 montre que le lien entre le divorce des parents et celui de leurs enfants est de nature génétique, pas environnementale. La probabilité de divorce est plus élevée pour un individu si c’est sa mère biologique qui ne l’a pas élevé, qui a un jour divorcé, et non pas ses parents adoptifs.

—   En gros, la génétique inverse la corrélation…

 Oui, c’est assez contre-intuitif. Évidemment, lorsqu’on voit des ressemblances entre le comportement des parents et celui des enfants, il est difficile de ne pas y voir une variable environnementale. Par exemple, les parents qui lisent beaucoup à leurs enfants ont des enfants qui lisent mieux. Mais si vous y regardez de plus près, vous vous apercevez qu’il y a une dimension génétique. Dans les études environnementales en Angleterre, on a isolé l’élément le plus explicatif de la réussite scolaire des enfants : le nombre de livres dans la bibliothèque des parents. Plus vous avez de livres sur vos étagères, plus votre enfant réussit à l’école. On s’est dit que cette variable était purement environnementale, et on a même proposé de remplir des camionnettes de livres et de déposer des livres à la porte, par exemple, des familles les plus pauvres afin qu’elles aient plus de livres chez elles, en supposant que cela permettra aux enfants de mieux réussir. En fait, on s’est rendu compte que cette variable avait une dimension génétique.

— Vous voulez dire qu’il y a un gène de la lecture ?

 Pas un gène, mais il y a une influence génétique. Les livres n’ont pas d’ADN. Mais pourquoi certains foyers ont-ils plus de livres que d’autres ? C’est parce que les parents les ont mis à la maison. Certains parents lisent beaucoup plus que d’autres parents et cela est lié à leur niveau d’instruction. Et ces choses montrent toutes une influence génétique substantielle. En tant que grand-parent, j’aime lire des livres à mes petits enfants.