Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
Le 13 avril prochain, le pape Léon XIV posera pour la première fois le pied sur le sol algérien.
Première visite pontificale dans ce pays, elle sera chargée de symboles : pèlerinage sur les traces de saint Augustin à Annaba (Bône), dialogue avec l’islam, encouragement à une toute petite communauté catholique.
Pourtant, une annonce discrète du Vatican a surpris : lors de ses interventions publiques en Algérie, le Saint-Père ne s’exprimera pas en français.
Léon XIV avait déjà parlé anglais au Liban à plusieurs occasions dont la rencontre avec les jeunes à Bkerké (1er décembre, parvis du patriarcat maronite) : il a commencé par un chaleureux « Bonjour ! » et quelques phrases en français (qui ont été très applaudies), puis a poursuivi la majeure partie du discours en anglais (12 à 15 minutes) ainsi que le discours de départ à l’aéroport international de Beyrouth (2 décembre) : entièrement en anglais. Durée : environ 8-10 minutes.
En Algérie, Robert Francis Prevost privilégiera l’anglais, avec traduction en arabe et en tamazight (berbère) quand nécessaire.
Le motif invoqué ? La « dynamique multinationale » de l’Église catholique. Dans un monde où les catholiques sont désormais majoritairement africains, asiatiques et latino-américains, l’anglais serait devenu la langue de la communion universelle. On ajoute souvent d’autres arguments : pragmatisme (le pape est américain), volonté d’inclure les étudiants anglophones subsahariens présents en Algérie, et refus de toute apparence de « francocentrisme » colonial. Autant de prétextes qui se veulent modernes et œcuméniques.On peut pourtant regretter, sans acrimonie, que cette logique globale passe à côté d’une réalité locale très concrète.
En Algérie, les quelque 8 000 à 9 000 catholiques sont, pour l’essentiel, des étudiants et migrants d’Afrique de l’Ouest francophone : Ivoiriens, Burkinabés, Sénégalais, Maliens, Togolais… Pour eux, le français n’est pas une langue héritée de la colonisation lointaine ; c’est la langue dans laquelle ils étudient, prient et se retrouvent le dimanche.
C’est aussi la langue historique de l’Église locale depuis l’époque des Pères blancs et des moines de Tibhirine.
Les messes en français y sont majoritaires ; les messes en anglais restent minoritaires et complémentaires.
Choisir de ne pas s’adresser directement à eux dans leur langue de cœur, même pour une visite de deux jours, risque de créer une petite mais réelle distance symbolique.
On célèbre la « diversité » de l’Église, mais on semble parfois oublier que cette diversité s’incarne aussi dans des contextes précis. En Algérie, la communauté catholique est déjà discrète, fragile, soumise à une législation stricte sur les cultes. Elle n’a pas besoin d’un signe supplémentaire de déconnexion.
Bien sûr, un pape ne peut pas parler toutes les langues. Mais précisément parce que l’Église se veut « catholique » – c’est-à-dire universelle et enracinée –, elle gagne à adapter son langage aux fidèles qu’elle rencontre, plutôt qu’à leur imposer une langue prétendûment « neutre » venue d’ailleurs. La véritable universalité ne consiste pas à effacer les particularités locales au nom d’une uniformité mondiale ; elle consiste à les respecter.On espère donc que, sur place, à Alger comme à Annaba (Bône), le pape Léon XIV trouvera le moyen de parler s en français. Non par nostalgie, mais par simple proximité pastorale. Car c’est bien là, dans cette petite Église « hôte » d’Algérie, que bat encore un peu du cœur francophone de l’Afrique catholique. Et ce cœur mérite, lui aussi, d’être entendu.
À moins évidemment qu'Alger, dont la régime autoritaire militarisé au pouvoir est très francophobe, ait joué un rôle dans l'occultation du français, majoritaire parmi les catholiques en Algérie. Rappelons la promotion agressive de l’anglais à l’université par le régime au pouvoir : à partir de la rentrée 2025-2026, l’anglais remplace ou supplante le français dans de nombreuses filières scientifiques, techniques, médecine et pharmacie.
Algérie : le pape demande «pardon» devant le monument aux martyrs d’Alger, en hommage aux morts de la guerre d’indépendance contre la France : avec tout mon respect, sainteté, vous n'avez jamais entendu parler des pieds- noirs et des harkis, des attentats et du FLN ? pic.twitter.com/djfOfgEvU7
«Le pape ne s'exprimera pas en français, alors qu'il l'a fait à Monaco. Lorsque le président Macron était allé en Algérie en 2022, était marqué sur son pupitre 'The president of the French Republic'. Tout ce qui peut se démarquer de la France est bon à prendre pour Alger»,… pic.twitter.com/xlWdEygLYh
«Les chrétiens ne sont pas très bien traités en Algérie, alors que beaucoup de gens se convertissent, y compris en secret, il y a un mouvement vers le catholocisme», souligne Élisabeth Levy, dans #HDPros
À travers le Canada, au moins 123 églises chrétiennes à travers le Canada ont été vandalisées, incendiées ou profanées, et à ce jour, AUCUNE enquête fédérale n'a été ouverte à ce sujet à ce jour.
La vague de violence contre les lieux de culte chrétiens a éclaté après la prétendue découverte de tombes anonymes près d'un pensionnat indien à Kamloops, en Colombie-Britannique. Bien que la Première Nation elle-même ait qualifié ces découvertes d'« anomalies » et n'ait pas confirmé qu'il s'agissait bien de tombes, la tempête médiatique qui a suivi a déclenché une vague de haine anti-chrétienne.
Quelques églises incendiées ces derniers mois:
Église orthodoxe ukrainienne All Saint’s, Bellis, Alberta
Une église orthodoxe ukrainienne vieille de près de 100 ans située à Bellis, en Alberta, a été détruite dans un incendie survenu le 21 septembre 2025. Selon la GRC, cet incendie aurait été allumé délibérément dans le cadre d’une série de crimes violents comprenant des vols de véhicules, des agressions contre des policiers et des incendies criminels. Trois suspects de la Première Nation de Saddle Lake, dont un jeune, ont été arrêtés et inculpés.
Église Thunderchild Word, Première Nation de Thunderchild, Alberta
La GRC enquête sur un incendie survenu le 1er septembre 2025 qui a détruit l'église Thunderchild Word Church de la Première Nation Thunderchild, au nord-ouest de North Battleford, causant plus de 250 000 dollars de dommages, mais sans faire de blessés. Bien que la cause n'ait pas encore été déterminée, les députés locaux et les dirigeants de l'église affirment que cet incendie reflète une augmentation inquiétante des crimes haineux contre les lieux de culte, et la congrégation s'est engagée à reconstruire l'église.
Grace United Church, Lloydminster, Alberta
Le 3 juillet 2025, les pompiers de Lloydminster ont rapidement maîtrisé un incendie mineur à la Grace United Church après avoir reçu un appel à 13 h 18 et être arrivés sur les lieux en moins de trois minutes. Bien que l'incendie ait produit une épaisse fumée et des résidus d'extincteur, aucun blessé n'a été signalé et l'enquête sur les causes se poursuit.
Notre-Dame-des-Neiges, Colville Lake, Territoires du Nord-Ouest
L'église historique en rondins Notre-Dame-des-Neiges de Colville Lake, construite dans les années 1960 par le prêtre et artiste Bern Will Brown, a été détruite dans un incendie le 16 septembre 2025, qui n'a fait aucun blessé. Église baptiste Cherryfield, Moncton, Nouveau-Brunswick
En août 2025, les pompiers de Moncton ont rapidement maîtrisé un incendie qui s'était déclaré dans le sous-sol de l'église baptiste Cherryfield, vieille d'un siècle, empêchant ainsi la destruction totale de ce bâtiment historique. Bien que l'église ait subi des dommages causés par le feu au sous-sol et par la fumée dans l'ensemble du bâtiment, aucun dommage structurel ni aucune blessure n'ont été signalés, et l'enquête sur les causes de l'incendie se poursuit. Église luthérienne Our Saviour, London, Ontario
Le 25 avril 2025, les pompiers de London sont intervenus tôt le matin pour éteindre un incendie à l'église luthérienne Our Saviour, située sur Brydges Street, qui a endommagé le toit de l'église et détruit un hangar adjacent. Aucun blessé n'a été signalé, et les enquêteurs cherchent à déterminer la cause de l'incendie extérieur. Voir aussi
Le ministre malien de l’Éducation a annoncé la suspension des cours dans les écoles et universités de tout le pays pour une durée de deux semaines.
Trente-huit mois après le départ des troupes françaises du Mali et l'arrivée au pouvoir d'un junte militaire hostile à la France, la situation se détériore.
Cette mesure intervient alors que des militants djihadistes ont imposé un blocus des importations de carburant à destination de Ouagadougou, provoquant une pénurie d’essence.
« Les cours seront suspendus sur l’ensemble du territoire national du lundi 27 octobre 2025 au dimanche 9 novembre 2025. Les cours reprendront le 10 novembre 2025.
Cette décision est motivée par des perturbations dans l’approvisionnement en carburant, qui ont affecté les déplacements du personnel scolaire. Afin d’assurer la continuité de l’enseignement et l’achèvement des programmes d’études, des dispositions sont prises pour ajuster les calendriers scolaires et universitaires », a déclaré Amadou Sy Savané, ministre malien de l’Éducation, à la télévision nationale.
Les militants du groupe Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, soutenu par Al-Qaïda, ont annoncé début septembre l’interdiction des importations de carburant en provenance des pays voisins vers le Mali, mettant à mal l’économie fragile du pays enclavé et laissant des centaines de camions-citernes bloqués à la frontière.
Le Mali, tout comme ses voisins le Burkina Faso et le Niger, lutte contre l’insurrection menée par des groupes armés, dont certains sont alliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, ainsi que par des rebelles locaux.
Le départ des troupes françaises du Mali s'est achevé le 15 août 2022 après plus de neuf ans d'intervention, suite à la décision d'Emmanuel Macron du 17 février 2022. Ce retrait a été motivé par la dégradation des relations avec la junte malienne au pouvoir.
Mali 🇲🇱
Cinq ans après l’arrivée d’Assimi Goïta au pouvoir, la situation du Mali est pire que jamais. Le pays est plongé dans l’insécurité, la misère et l’isolement international. Les groupes armés se renforcent pendant que l’État perd le contrôle du territoire. pic.twitter.com/A8BDFB8EQY
Des francophones de la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa
estiment être victimes de vexations.
«Parlez anglais.» «Speak white.» Une lettre envoyée au provost [prévôt] de l’Université d’Ottawa dénonce des «microagressions chroniques et persistantes» à la Faculté de médecine. Un rapport de 2021 faisait déjà état d’une montée de la francophobie dans l’établissement universitaire.
Un «climat hostile» envers les francophones à la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa
«Nous constatons avec inquiétude un climat hostile à l’égard de la communauté facultaire francophone, marqué non seulement par des microagressions chroniques et persistantes, mais aussi par la suppression ou la fusion de postes sans remplacement équitable par rapport à la contrepartie anglophone», précise la lettre adressée au provost de l’Université, Jacques Beauvais, et envoyée le 21 février.
Le vice-recteur associé, Francophonie de l’Université, Yves Pelletier, a aussi reçu une copie conforme de cette lettre.
Cette communication ainsi qu’une autre envoyée le 15 janvier 2025 au doyen de la Faculté de médecine soulevait les inquiétudes de membres du personnel francophone quant au «leadeurship facultaire» et aux décisions qui «semblent mener à un démantèlement progressif des Affaires francophones».
Les deux lettres ont été signées par une soixantaine de médecins, de membres du corps professoral et du personnel ainsi que de partenaires francophones qui forment la «grande équipe des Affaires francophones».
Fronton de l’université d’Alger (fondée par les Français en 1909) désormais en arabe et en anglais
Depuis cette rentrée, le gouvernement a imposé l’apprentissage de l’anglais dès le primaire, où la mise en concurrence avec le français va évidemment se faire au détriment de « la langue de la colonisation », alors que l’épuration est entamée depuis plusieurs années dans les administrations.
« En Algérie, l’arabe et le français n’arrivent plus à cohabiter. » À quelques mois de la retraite, Khaoula Taleb Ibrahimi, qui a passé sa carrière à former de jeunes Algériens aux sciences du langage à l’université d’Alger, a bien du mal à cacher sa tristesse. Ses étudiants de première année, qui autrefois savaient écrire et parler en français, « ne savent même plus former les caractères latins », constate l’éminente linguiste. « Au cours de leur scolarité, une grande partie d’entre eux n’ont été en contact avec aucune langue étrangère. »
Et pourtant. En Algérie, le français est inscrit au programme en troisième année de primaire (l’équivalent du CE2). Mais face à la raréfaction des instituteurs formés à une telle mission, il a progressivement disparu des emplois du temps.
Le 30 juillet, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a décidé de l’achever en décidant que l’anglais serait obligatoire dès la rentrée en troisième année, à raison d’une heure et demie hebdomadaire, au même titre que le français. « La langue française est un “butin de guerre”, mais l’anglais est une langue internationale », a-t-il justifié en faisant référence à l’expression d’un des pères de la littérature algérienne, Kateb Yacine.
Pour Charif Ben Boulaïd, petit-fils de Mostefa Ben Boulaïd, un des six « chefs historiques » du FLN, résistants algériens à l’origine de la guerre d’indépendance, cette décision est « historique ». Enseignant-chercheur en langue anglaise — il a participé à l’élaboration de la stratégie linguistique et la diffusion du projet de l’anglais en Algérie —, il rappelle sur son mur Facebook que cette introduction de l’anglais à l’école est le « fruit d’un travail de longue haleine initié [lancé/débuté] dans les années 1990 ».
La résistance des écoles privées
Si la mise en concurrence du français et de l’anglais prend cet automne une nouvelle tournure, des signaux forts avaient été envoyés ces dernières années par les politiques. En 2019, le ministre de l’Enseignement supérieur, Tayeb Bouzid, décrétant que le français « ne mène nulle part », décida, pour attirer les étudiants étrangers en Algérie, que l’anglais devait « remplacer le français ». Une note avait été adressée aux recteurs d’université pour que les en-têtes des documents administratifs soient écrits en arabe et en anglais.
En octobre 2021, après une crise diplomatique provoquée par les propos d’Emmanuel Macron qui s’était notamment interrogé sur l’existence « d’une nation algérienne avant la colonisation française », le ministère de la Jeunesse et des Sports et celui de la Formation professionnelle avaient ordonné à leurs services d’utiliser l’arabe dans leurs correspondances et d’en bannir le français.
L’onde de choc s’était même propagée dans les écoles privées, où sont dispensés à la fois le programme algérien et le programme français dans une spécificité algérienne que l’on appelle « le double programme ». Les enfants étudient sur les mêmes livres que ceux adoptés dans le système éducatif français, mais leurs notes, dans les matières françaises, ne sont pas reportées sur le bulletin.
« Un soir, mon fils de 8 ans est rentré de l’école complètement paniqué. Il m’a dit, au bord des larmes : “Maman, la maîtresse nous a dit de ne pas amener notre livre de français demain et qu’elle nous punirait si elle le trouvait dans notre sac !” », raconte une mère dont l’enfant est scolarisé dans une des écoles privées de la capitale, à ce moment-là menacée d’une inspection.
Si en pratique les autorités tolèrent que le double programme soit enseigné, certains établissements ont pris des précautions en ouvrant des centres consacrés à l’étude des langues, qui échappent aux contraintes réglementaires des écoles. Le matin, les élèves suivent le programme algérien dans l’école principale et, l’après-midi, passent de l’autre côté de la rue pour suivre le programme français, à l’abri dans l’annexe consacrée aux langues.
« Est-ce que vous imaginez un peu les dégâts sur le cerveau des enfants ? », s’emporte Khaoula Taleb Ibrahimi, tout en comprenant « les stratégies développées par les parents ». Car c’est à l’initiative de parents d’élèves que les écoles privées ont vu le jour à fin des années 1990, rappelle-t-elle. « La société n’est pas inerte ! Voyant que l’école publique algérienne perdait pied, ils ont voulu créer des écoles qui permettent d’assurer un avenir à leurs enfants. » En clair : de maîtriser le français pour pouvoir suivre des études scientifiques dans une université algérienne (le cursus de médecine, par exemple, se fait en français) ou… de l’autre côté de la Méditerranée.
Certes, les écoles privées sont minoritaires dans l’ensemble du système éducatif algérien, réservées aussi à une classe moyenne qui a les moyens de payer chaque mois environ 150 euros par enfant (en Algérie, le salaire minimum est de 127 euros), « mais on voit aussi des parents dont les enfants sont scolarisés dans le système public inscrire leur progéniture au CNED (le Centre français d’enseignement à distance, NDLR) ou se saigner pour leur proposer des cours particuliers en français, note Khaoula Taleb Ibrahimi. Y compris chez les arabisants nationalistes pour lesquels l’arabe a une profondeur historique. Ce ne sont pas eux qui récusent le français, mais plutôt les islamistes, qui font le choix de l’anglais ».
Du côté des Français, où l’on a bien pris conscience de cette perte d’influence, on recadre d’abord le débat : cette remise en question de la langue « est une problématique propre aux pays du Maghreb ». Les pays du Golfe, à l’opposé, « cherchant à diversifier leurs partenaires, expriment une réelle demande pour le français et l’expertise culturelle française », explique un responsable de la diplomatie culturelle.
Ensuite, on rappelle quelques faits. En 2021, Campus France, la structure par laquelle passent les bacheliers qui veulent partir faire des études en France, a enregistré quelque 50 000 dossiers algériens, un record. En France, les Algériens représentent le deuxième vivier d’étudiants derrière les Marocains. Aucun pays ne propose par ailleurs aux Algériens une offre de bourses, de coopération ou de résidences artistiques aussi importante que la France.
« L’attrait pour la France et le français reste important. Mais, même si nos cours sont complets, on doit sans cesse se questionner pour proposer une offre de cours moderne, plus ludique pour la jeunesse, et contrer ce discours selon lequel le français est une “langue du passé”, “des romans d’amour”, comme on peut le lire sur les réseaux sociaux, explique ce responsable. À nous de mieux communiquer pour montrer que le français est, comme l’anglais, une langue scientifique et de la recherche, la langue de Victor Hugo, mais aussi celle de l’intelligence artificielle. »
Logique de guerre des langues
Face à la force de diffusion de l’anglais, les Français doivent comprendre qu’en Algérie, la guerre déclarée au français « a toujours eu une dimension politique », souligne Khaoula Taleb Ibrahimi. Lors de la visite d’Emmanuel Macron en août, les présentations des pupitres de la conférence de presse conjointe avec le président Tebboune étaient écrites… en anglais et en arabe. Lors de sa rencontre avec les startuppeurs, c’est aussi en anglais que certaines questions ont été posées au chef de l’état français.
Macron, le 25 août 2022 à Alger avec un lutrin d’où le français était banni
« Dès l’indépendance, en 1962, les élites arabisantes se sont rendu compte que les élites francophones avaient pris le pouvoir », raconte la linguiste. L’arabisation imposée dans les années 1970 fut une façon de se réapproprier cette identité algérienne « spoliée » par la colonisation. [La colonisation arabe a largement effacé le berbère, langue autochtone du Maghreb, alors que le latin (surtout urbain) a été éliminé en quelques siècles d'arabisation. Cette arabisation a été renforcée depuis le départ des Français.]« Je crains d’ailleurs que l’enseignement de l’anglais se fasse comme celui de l’arabe dans les années 1970, à la hussarde », poursuit-elle.
Des syndicats de l’éducation et des pédagogues ont déjà protesté, dénonçant « une précipitation », affirmant que « l’école n’est pas prête », que les enseignants « ne sont pas assez nombreux » et « pas assez formés » pour enseigner l’anglais, et qu’il aurait fallu « une année de réflexion » pour que la cohabitation avec les autres langues enseignées au primaire se passe bien.
« En 2021-2022, la filière compte plus de 8200 licenciés et 4 400 diplômés en master, et 425 diplômés sont sortis de l’école normale supérieure (qui forme les enseignants). Le nombre d’enseignants ne constitue aucunement un souci. Quant à l’accompagnement pédagogique, les outils numériques peuvent assurer cela », note Charif Ben Boulaïd.
« Le problème n’est pas d’introduire l’anglais, mais la façon dont c’est fait, dans une logique de guerre des langues, dans un pays où la question linguistique est le creuset de toutes les batailles idéologiques depuis les années 1960 », analyse l’écrivain algérien francophone Adlène Meddi, qui se souvient qu’à école, dans les années 1980, « il était mal vu de maîtriser le français, la langue du dominant, c’est-à-dire des classes sociales algériennes supérieures ». Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les Algériens qui ont entre 20 et 30 ans aujourd’hui sont très anglophones. « Ces jeunes, qui ont été exclus des cercles francophones des centres urbains ont, avec la généralisation d’internet, trouvé une revanche dans l’anglais pour se former, animer des clubs de lecture, créer de jeunes startups, se projeter ailleurs qu’en France, etc. », poursuit l’auteur.
« Dans le fond, nous n’avons pas su construire une intelligentsia nationale qui prenne en compte la diversité du pays, ce qui inclut la langue coloniale. L’aliénation est telle que la seule solution pour couper, c’est d’éradiquer. On ne comprend pas qu’entrer dans la modernité n’implique pas de gommer ce passé qui fait aussi ce que nous sommes, conclut Khaoula Taleb Ibrahimi. Or, le français est présent dans l’humus social, nous ne pouvons pas l’éradiquer, quand bien même certains le voudraient. »
La semaine passée à Alger, conférence de presse conjointe des présidents français et algérien. Sur les lutrins, de l’arabe (pas de berbère) et de l’anglais. Habituellement, on retrouve les langues des deux pays qui se rencontrent. Qui a décidé de mettre de l’anglais plutôt que du français, qui l’a imposé, qui ne s’y est pas opposé ? La French presidency of the Republic?
En rendant, l’an dernier, un non-lieu en faveur de proches du président rwandais Paul Kagamé poursuivis pour leur rôle dans l’attentat contre le Falcon de l’ancien chef d’État hutu Juvénal Habyarimana, la justice française a officiellement clos vingt ans d’enquête chaotique sur l’événement déclencheur du génocide de 1994. L’équipe Macron avait également obtenu d’imposer une Rwandaise à la tête de la Francophonie alors que le régime de Kagamé (exilé éduqué en anglais à l’étranger revenu au Rwanda, francophobe notoire) a remplacé d’autorité le français par l’anglais dans l’administration et l’enseignement !
Le régime autoritaire de Kagamé est accusé d’avoir trafiqué ses statistiques économiques pour présenter sous un jour favorable son bilan. Il est « très probable » que les chiffres relatifs à la pauvreté aient été manipulés au Rwanda, selon le quotidien britannique Financial Times. La Banque mondiale aurait été alertée par plusieurs de ses employés dès 2015 sur ce fait. Le miracle économique rwandais a été remis en cause à plusieurs reprises par les universitaires, notamment en 2015, après la publication de statistiques montrant un taux de pauvreté qui avait baissé de six points entre 2011 et 2014.
Des chercheurs et historiens poursuivent néanmoins leur travail, à rebours des « vérités » martelées par le régime de Kigali et de nombreux médias français. C’est le cas de Charles Onana, un proche du journaliste d’enquête Pierre Péan (disparu en juillet 2019). Nourri par des archives inédites, il vient de publier une somme sur l’intervention controversée de la France, et plus largement sur la stratégie de conquête du pouvoir du Front patriotique rwandais (FPR) de Kagamé. Entretien avec le chercheur et journaliste Charles Onana.
Marianne — C’est votre sixième ouvrage traitant de la tragédie rwandaise. Pourquoi ?
Charles Onana — Par curiosité intellectuelle et parce qu’un immense doute m’habite sur le brouillard entretenu autour de l’assassinat de deux chefs d’État, Juvénal Habyarimana, du Rwanda, et Cyprien Ntaryamira, du Burundi, et de l’ensemble de l’équipage français du Falcon, le 6 avril 1994. Les zones d’ombre et la censure palpable dès que l’on commence à poser des questions sur cet assassinat m’ont convaincu de chercher davantage. En 2005, la procureure générale du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), Carla Del Ponte, à La Haye, m’a fait des confidences sur les obstacles déployés par Paul Kagamé, l’ONU et les États-Unis contre les enquêtes spéciales qu’elle avait lancées sur le rôle des membres du FPR dans les massacres. Elles ont achevé de me convaincre qu’il fallait aller plus loin et être patient pour découvrir la vérité. Selon vous, tout ce qui a été écrit sur l’opération « Turquoise », l’intervention française au Rwanda, relevait de mensonges.
— Quels nouveaux éléments apportez-vous pour le démontrer ?
Les accusations contre les militaires et les dirigeants français de l’époque ont toujours été considérées comme des évidences. Pourtant, leur examen serré prouve qu’aucune ne résiste au doute cartésien. Après les avoir étudiées pendant plus de dix ans, je suis obligé de constater qu’elles relèvent tantôt du mensonge, tantôt de la calomnie, voire des deux. Par exemple, soutenir que les militaires de l’opération Turquoise ont exfiltré les membres du gouvernement intérimaire au Zaïre en 1994 n’est corroboré par aucun fait précis, aucun document, ni aucune preuve. Autre exemple, le régime de Kigali et plusieurs journalistes, dont Patrick de Saint-Exupéry, ont prétendu que les militaires de Turquoise auraient livré des armes aux militaires des Forces armées rwandaises (FAR) au Zaïre. Mais ils ne présentent aucun élément rigoureux ! Même l’officier de Turquoise Guillaume Ancel, venu soutenir avec beaucoup de zèle cette accusation, est incapable de donner des détails sur ces allégations. Les archives américaines auxquelles j’ai eu accès montrent que les services de renseignement des États-Unis n’ont trouvé aucune preuve tangible de ces livraisons d’armes.
En revanche, celles de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (Minuar) révèlent que des officiers supérieurs [y compris le Canadien Dalaire qui a beaucoup à se reprocher] de la mission d’observation de l’ONU savaient que le FPR, pendant les accords de paix d’Arusha [entre le FPR et l’État rwandais], faisait entrer des armes clandestinement au Rwanda, via la frontière ougandaise, pour préparer la guerre contre le régime du président Habyarimana. De même, après l’assassinat de ce dernier, le FPR a bénéficié de l’aide militaire et diplomatique des États-Unis pour asseoir son pouvoir et diaboliser ses adversaires politiques, en les traitant collectivement de « génocidaires ». Beaucoup ont néanmoins été acquittés de cette accusation devant le TPIR. D’autres puissances, comme le Royaume-Uni ou la Nouvelle-Zélande, ont suivi Washington dans cette stratégie visant à installer le FPR et Kagamé au pouvoir par la violence, plutôt que d’appliquer les accords de paix qui consacraient le partage du pouvoir entre Hutus et Tutsis.
— Vous relisez la tragédie d’un point de vue politique et social, et pas seulement ethnique, et la resituez parmi les enjeux internationaux, plutôt qu’à l’aune d’une vision franco-française…
Les chercheurs qui ont pris le génocide comme centre d’explication de la tragédie rwandaise sont hors sujet. Ce n’est pas le génocide qui permet de comprendre ce qu’il s’est passé au Rwanda, mais plutôt la conquête du pouvoir par les armes et, ensuite, le contrôle des ressources minières du Zaïre, car ceux qui ont soutenu le FPR comptaient se faire payer sur les mines de coltan et de diamant de l’est du Zaïre. Plusieurs pays et puissances étaient donc impliqués dans cette tragédie, pas seulement la France. Soyons clairs : c’est la décision du FPR, en octobre 1990, de renverser militairement le régime de Habyarimana qui a conduit la France à intervenir pour empêcher un bain de sang dans le pays. Et pour inciter en même temps ce régime à ouvrir des négociations avec l’opposition armée et non armée. Le FPR a d’ailleurs remercié le président François Mitterrand pour cette dernière initiative ! En outre, c’est pour éviter que la conquête du pouvoir ne dégénère en affrontement armé entre le gouvernement hutu et la rébellion tutsie que la Minuar a été instaurée en 1993 au Rwanda. Enfin, si l’opération Turquoise a été enclenchée, c’est bien en raison du désastre humanitaire provoqué par l’effondrement de l’État, après l’assassinat de Habyarimana, le 6 avril 1994, suivi de la lutte armée et des massacres de civils. Ceux qui cherchent des explications uniquement à travers le génocide ne les trouveront jamais. C’est ce que deux chercheurs américains de l’université du Michigan, Allan Stam et Christian Davenport, ont démontré, créant un grand malaise parmi leurs collègues, surtout les plus dogmatiques, qui ont bâti leur notoriété sur le génocide. Ces deux spécialistes des conflits armés sont censurés au Rwanda, aux États-Unis et en Europe alors qu’ils ont creusé un sillon pour faire évoluer le débat scientifique sur les massacres de 1994. C’est dans la même optique que je propose de sortir d’une polémique stérile franco-rwandaise ou franco-française pour analyser la dimension politique et géopolitique du conflit rwandais et ses conséquences sur l’impunité de certains acteurs majeurs dans le drame qui pèse encore sur la région des Grands Lacs plus de vingt-cinq ans après.
— Le développement du Rwanda depuis la victoire de Kagamé ne rend-il pas très compliquée la tâche de ceux qui s’obstinent à établir la responsabilité du FPR avant et après 1994 ?
Le régime de Kagamé essaie de réécrire l’histoire en étouffant la vérité et en intimidant, grâce à ses relais, des journalistes et des chercheurs s’opposant à la version officielle des faits. De plus, il a profité de la paralysie des gouvernements français et européens sur le génocide pour jouer de l’émotion suscitée par les horreurs diffusées par les médias en 1994. Accepter d’interroger froidement la réalité du développement apparent du Rwanda, comme celle des tragiques événements de 1994, revient à interroger le rôle de Kagamé et celui de ses soutiens dans le massacre de millions de Congolais, révélé, depuis 2001, par des rapports d’experts de l’ONU, et dans le pillage de la République démocratique du Congo [et ses millions de morts qui ne sont, eux, pas instrumentalisés...]
Source : Marianne
Rwanda, la vérité sur l’opération Turquoise :
Quand les archives parlent
de Charles Onana
paru le 30 octobre 2019
chez L’Artilleur
à Paris
688 pp.
ISBN-13 : 978-2810009176