dimanche 8 mars 2026

Suisse — non à la religion chrétienne dans les écoles pour les socialistes, mais oui désormais au voile islamique

Une chronique du journal suisse Le Temps. 

À l'école, dans les lycées ou gymnases comme dans les jardins d'enfants, les enseignantes musulmanes doivent pouvoir porter le voile et afficher ainsi leurs convictions religieuses. C'est ce que demande une résolution adoptée samedi dernier par le congrès du Parti socialiste suisse. Seules quelques voix, comme celle du conseiller national Benoît Gaillard, s'y sont opposées au nom du principe de la laïcité scolaire. Le PS met ainsi fin à ce qui était, avec l'égalité et la justice sociale, l'un des piliers du socialisme démocratique.

La résolution émanait de la commission thématique « Migrations et intégration ». La présidence du parti en avait recommandé l'adoption. Selon ce texte, l'interdiction du voile pour les enseignantes « vide de sa substance le principe d'égalité... ». Ce serait ainsi « l'expression du racisme anti-musulman ». Parce que dans quelques cantons catholiques les crucifix continuent d'être suspendus dans les classes, malgré l'arrêt du Tribunal fédéral de 1990, et que certaines fêtes religieuses, comme Noël, y sont marquées, la commission, rejointe par la présidence du parti, estimait que l'égalité et la neutralité religieuses n'étaient plus respectées. Ce qui justifierait de renoncer à défendre la laïcité.

Dans un arrêt de 2001 de la Cour européenne (CourEDH), confirmant une décision du Tribunal fédéral sur le recours d'une enseignante genevoise, les juges estimaient « qu'il est difficile de nier tout effet prosélytique et de concilier le port du voile islamique avec le message de tolérance, de respect d'autrui et surtout d'égalité que tout enseignant représentant de l'Etat doit transmettre à ses élèves ». Le TF avait déjà estimé toutefois qu'interdire le port du voile par les élèves serait disproportionné et contraire à la liberté confessionnelle.

La gauche a été longtemps à la tête du combat pour l'école gratuite et laïque, à Genève, Neuchâtel, mais aussi en Valais ou dans le Jura. Il s'agissait alors de s'opposer à la présence des Églises chrétiennes dans les écoles. En 2010, les socialistes haut-valaisans avaient pris parti pour un enseignant licencié pour avoir retiré un crucifix de sa classe au nom de la liberté de conscience. Enfin, en 2022, le PS avait publié sa position sur l'islam, soutenant que « le port du voile ou du foulard musulman - à l'image de tout autre signe religieux distinctif - doit être interdit dans l'accomplissement de tâches publiques. Cela vaut notamment pour les enseignant-e-s. »

Alors, pourquoi ce reniement aujourd'hui? Tout d'abord l'influence de l'extrême gauche européenne, en particulier française, dont la mouvance « décoloniale » ou tiers-mondiste voit les musulmans comme des opprimés. Les classes défavorisées, jadis réservoir de l'électorat socialiste, votent désormais UDC (la droite nationaliste). Avec les immigrés et les musulmans, la gauche trouve enfin ses « damnés de la terre ». On y ajoutera cette détestation de soi et de l'Occident qui caractérise la gauche intellectuelle. Ensuite, le PS a toujours été divisé sur la question du voile, on l'a vu en 2021 avec la votation sur l'interdiction du voile intégral, le niqab. Un clash entre les féministes et celles qui considéraient la mesure comme discriminante. Il y a enfin la faiblesse de la présidence socialiste, qui, faute de travailler sur un concept qui lui soit propre, n'agit plus qu'en réaction aux projets d'interdiction totale lancés par la droite la plus radicale et anti-islam. Ainsi, la laïcité n'est-elle plus de gauche.

Mineurs rétribués au Royaume-Uni pour prendre des bloqueurs de puberté

En avril débutera au Royaume-Uni la première étude randomisée sur le rapport bénéfice/risque des bloqueurs de puberté (cf. Le Royaume-Uni lance la première étude randomisée sur les effets des bloqueurs de puberté sur le cerveau). Cette étude a été demandée après la publication du rapport Cass, le 10 avril 2024, qui faisait état de « preuves insuffisantes » quant à l’efficacité de ces traitements – aboutissant à leur interdiction (cf. Bloqueurs de puberté : des données « insuffisantes » ; Changement de genre chez les mineurs : le gouvernement britannique interdit les bloqueurs de puberté). Commandée par le secrétaire à la Santé Wes Streeting, l’essai portera sur 226 enfants et adolescents de moins de 16 ans qui se considèrent comme transgenres

Les jeunes cobayes rétribués en chèques cadeaux


En échange de leur participation, les adolescents devraient recevoir des bons d’achat émis par l’entreprise Love2shop d’une valeur de 500 livres (573 euros) qu’ils pourront dépenser chez Asos, Nike, The Perfume shop ou encore Pizza Hut. En effet, au cours des deux années que devrait durer l’étude, certains participants seront soumis à 15 tests sur l’évolution de leurs capacités cognitives, rétribués par un bon d’achat d’une valeur de 30 livres chacun, et des IRM rétribués par des bons de 15 livres. D’autres se verront accorder un chèque cadeau de 15 livres pour chaque examen de densité osseuse et examen sanguin (cf. « Soin d’affirmation de genre » : une formulation dangereuse).

Une expérimentation pourtant dangereuse

La députée Claire Coutinho, secrétaire d’Etat pour l’Egalité du cabinet fantôme[1], dénonce le fait que « cette étude inflige à des enfants en bonne santé un protocole de soins qui risque de les rendre définitivement infertiles. Il n’y a pas d’âge minimum pour y participer et il nous a été confirmé que des enfants atteints d’autisme ou de troubles cognitifs faisaient également partie de l’essai » (cf. Autisme et genre : associations et praticiens alertent ; Genre : la « transition médicale » associée à une augmentation des suicides de mineurs).

Il a été démontré que les bloqueurs de puberté, sans avoir prouvé leur efficacité dans l’amélioration de la santé mentale, avaient pour effet de renforcer la perception d’un enfant qui déclare être transgenre (cf. Changement de genre chez les mineurs : l’impact des traitements hormonaux sur la dépression et le suicide reste inconnu). Ces traitements ont par ailleurs des effets néfastes pour le développement de son cerveau et la fertilité future.

Une intrusion dans l’intimité des mineurs

Les jeunes cobayes seront soumis à une évaluation régulière du fonctionnement de leur cerveau, cœur et système circulatoire. Les jeunes filles sont prévenues du fait qu’une grossesse les excluraient du protocole. Elles seront soumises à des tests réguliers et sont encouragées à utiliser des contraceptifs non-hormonaux. Les enfants et adolescents âgés de plus de 12 ans devront répondre à un questionnaire à propos de leur orientation sexuelle et de leurs éventuelles relations amoureuses et sexuelles.

L’annonce de l’étude randomisée a suscité une vive opposition de la part de personnalités transpartisanes et de centaines de médecins, à laquelle s’ajoutent une action en justice et une pétition signée par plus de 142.000 personnes.

Complément du 23/02/2026 : L’essai clinique a été suspendu après que l’autorité britannique de surveillance des médicaments a soulevé des « questions de sécurité ». L’Agence de réglementation des médicaments et des produits de santé (MHRA) devrait s’entretenir la semaine prochaine avec le King’s College de Londres, dont les chercheurs mènent l’essai, afin de répondre à ces préoccupations, a déclaré le gouvernement.

[1] Sorte de « gouvernement bis » qui réunit les députés les plus influents du principal parti de l’opposition parlementaire

Sources de la synthèse de presse : The Telegraph, Michael Searles (12/02/26) ; BBC, Amy Walker et Alison Holt (21/02/2026)

Avortements tardifs au Canada : plus de 1 000 enfants à naître concernés chaque année

Un récent commentaire scientifique du Canadian Medical Association Journal révèle une réalité méconnue : les statistiques canadiennes de décès fœtaux incluent certaines interruptions de grossesse pratiquées après 20 semaines de gestation. Cette particularité rend le phénomène difficile à mesurer et alimente l’idée qu’il serait marginal, alors qu’environ 1 300 à 1 400 avortements tardifs pourraient avoir lieu chaque année au pays. L’analyse met en lumière l’importance de protéger la vie prénatale tout en offrant soutien et alternatives aux familles confrontées à des diagnostics prénataux graves.




Un phénomène numériquement faible mais significatif

Les chiffres disponibles permettent de mieux situer ce phénomène :
  • 101 553 avortements ont été déclarés au Canada en 2023.
  • 95 % des avortements surviennent avant 12 semaines de grossesse.
Dans les données hospitalières détaillées, 652 avortements ont été pratiqués après 21 semaines de grossesse en 2020, soit 4,4 % des cas pour lesquels l’âge gestationnel était connu.

En tenant compte des estimations nationales et des cas non détaillés, environ 1 300 à 1 400 avortements après 20 semaines pourraient se produire chaque année au Canada.

Même s’ils restent minoritaires, ces chiffres représentent plus d’un millier d’enfants dont la vie est interrompue chaque année à un stade avancé de la gestation, ce qui soulève des questions éthiques et légales considérables.

Une particularité canadienne : des chiffres difficiles à interpréter

La situation statistique canadienne est particulière. Les avortements tardifs apparaissent dans les statistiques de mortinaissance, terme administratif désignant tout décès fœtal après 20 semaines ou 500 grammes. Cette méthode de comptabilisation inclut à la fois les décès spontanés et certaines interruptions volontaires ou médicales de grossesse, ce qui rend la lecture des chiffres peu claire pour le grand public.

Pour obtenir une image précise, il faut souvent croiser plusieurs sources : rapports hospitaliers, bases provinciales de surveillance périnatale et registres de décès fœtaux. Cette dispersion favorise une perception erronée du phénomène, laissant penser aux citoyens que les avortements tardifs sont quasi inexistants alors qu’ils sont bel et bien pratiqués.

Selon les auteurs de l’article, dirigés par le Dr K. S. Joseph, cette règle contribue à expliquer une anomalie apparente dans les comparaisons internationales : le Canada affiche un taux de décès fœtaux tardifs plus élevé que plusieurs autres pays à revenu élevé comparables.

Cette différence ne signifie pas nécessairement que les grossesses canadiennes présentent davantage de complications. Elle s’explique en grande partie par la manière dont les cas sont comptabilisés.

Dans plusieurs pays — notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni ou dans certains pays européens — les interruptions tardives de grossesse sont souvent distinguées statistiquement des décès fœtaux spontanés lorsque les autorités sanitaires publient des comparaisons internationales.

L’Organisation mondiale de la santé recommande d’ailleurs, dans certains contextes statistiques, de séparer les interruptions volontaires de grossesse tardives des mortinaissances spontanées, afin d’éviter des comparaisons trompeuses entre systèmes de santé.

Autrement dit, une partie du taux canadien reflète des différences méthodologiques dans l’enregistrement des données, et non nécessairement une réalité médicale différente.

Comparaisons internationales et contexte légal

Le Canada se distingue des pays comparables à plusieurs égards :

  • Dans la majorité des pays occidentaux, la loi fixe une limite gestationnelle explicite pour l’avortement (souvent 12 à 24 semaines), avec des exceptions en cas de danger vital ou d’anomalies graves.
  • Depuis la décision R. c. Morgentaler (1988), le Canada ne possède pas de seuil légal fédéral. Les avortements très tardifs restent rares, mais aucune limite n’empêche leur réalisation dans des centres hospitaliers spécialisés.
Cette latitude légale et cette particularité statistique rendent la transparence des données encore plus cruciale. Sans informations claires, le débat public peut être faussé, et le phénomène présenté comme marginal, indépendamment de sa réalité.

Développement fœtal et enjeux éthiques

À partir de 20 semaines, le fœtus possède déjà :
  • des organes principaux fonctionnels ;
  • des mouvements perceptibles ;
  • une activité neurologique qui, selon certaines études, lui permet de ressentir la douleur ;
  • la capacité de survie dans des cas exceptionnels dès 22 ou 23 semaines avec soins intensifs.
Ces éléments biologiques montrent que mettre fin à une vie humaine à ce stade n’est pas anodin. Pour une société pro-vie (il n'est pas évident que ni le Canada ni le Québec en soient), ces données renforcent l’idée qu’il est essentiel de protéger la vie prénatale même dans les situations médicalement complexes.

Vers plus de transparence et de soutien

Le commentaire du CMAJ propose principalement une réforme statistique et administrative, afin de :
  • distinguer clairement les interruptions volontaires de grossesse tardives des décès fœtaux spontanés;
  • améliorer les comparaisons internationales de données ;
  • alléger la charge administrative inutile sur les familles.
Pour les défenseurs de la vie, ces réformes auraient également un effet indirect : elles permettraient de rendre visible la réalité des avortements tardifs, au lieu de la laisser obscure, ce qui permettrait un débat public éclairé.

Parallèlement, la société pourrait investir davantage dans le soutien aux familles confrontées à des diagnostics prénataux difficiles :
  • accompagnement psychologique ;
  • aide financière pour les soins palliatifs périnataux ;
  • adoption spécialisée et conseils sur les options viables pour l’enfant et la famille.
Des pays comme l’Irlande ou certains États américains ont montré qu’il est possible de combiner un accès sûr aux soins pour la mère avec des restrictions raisonnées sur les avortements tardifs, sauf en cas de danger vital.

Le commentaire publié dans le CMAJ n’est pas un plaidoyer contre l’avortement. Il cherche avant tout à clarifier et améliorer les données de santé publique. Mais, pour ceux qui défendent une approche pro-vie, il confirme une réalité incontestable : les avortements tardifs existent et concernent des enfants déjà très développés.

Une société réellement soucieuse de la dignité humaine doit agir sur deux fronts :
  • Transparence et rigueur statistique, pour que le débat public repose sur des faits compréhensibles et précis ;
  • Soutien concret aux familles, afin que des alternatives viables et humaines existent lorsque des décisions difficiles s’imposent.
La protection de la vie humaine, dès ses stades avancés, et le soutien à la maternité peuvent et doivent aller de pair, guidés par des faits scientifiques et des choix éthiques réfléchis.