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mercredi 6 mai 2026

Comment YouTube a envahi les écoles américaines

Les parents constatent que leurs enfants sont accros à ce site de diffusion de vidéos sur les appareils fournis par l’école ; dans un cas précis, leur enfant a visionné 13 000 vidéos YouTube en trois mois

L'« alarme maternelle » d'Amy Warren a retenti lorsque son fils, élève de septième année (12-13 ans) à Wichita, dans le Kansas, semblait en savoir beaucoup trop sur Fortnite, un jeu vidéo de combat et de tir auquel il n'a pas le droit de jouer.

Lorsque Mme Warren s’est connectée au compte Google de son fils, elle a été consternée : son fils Ben avait visionné plus de 13 000 vidéos YouTube pendant les heures de cours entre décembre 2024 et février 2025, selon les données de visionnage qu’elle a fournies au Wall Street Journal.

Son fil d’actualité regorgeait de contenus inappropriés. Des vidéos glorifiant la culture des armes à feu, posant des questions sur les silencieux pour les pistolets Nerf, des « tirs à la tête » où des enfants simulent de manière réaliste leur propre mort, une vidéo contenant des blagues sexuellement explicites sur des voisins couchant ensemble. YouTube lui avait proposé des « mini-vidéos » — une vidéo après l’autre, sélectionnées par un algorithme qui avait déterminé que son fils serait susceptible d'aimer.

« Ça m’a fait pleurer », a déclaré Mme Warren. « Tout à coup, c’est ce genre de contenu violent sur les armes à feu, sans que ce soit de sa faute. » Elle s’est ensuite présentée aux élections du conseil d’établissement et a remporté le scrutin en novembre, désireuse de susciter le changement.

Les écoles publiques américaines sont submergées par YouTube. Selon plus de 45 familles, administrateurs scolaires, cliniciens et éducateurs à travers le pays interrogés par le Wall Street Journal, la dépendance excessive des écoles à l’égard de la plateforme appartenant à Google pour le contenu éducatif a créé une porte d’entrée permettant aux élèves d’être aspirés dans un défilement infini de vidéos sur les appareils fournis par l’école.

vendredi 10 avril 2026

De plus en plus d’écoles américaines prennent leurs distances avec les écrans



Dans une école du Kansas, l’on n’a pas seulement proscrit les téléphones portables : l’usage des ordinateurs y a été, lui aussi, strictement encadré. Les manuels imprimés, le papier et le crayon ont fait leur retour. Et, fait notable, certains élèves affirment désormais préférer cet apprentissage à l’ancienne.

Pendant des années, l’enseignante Inge Esping s’est efforcée de capter l’attention des enfants, luttant sans relâche contre la dispersion induite par les écrans.

En 2022, l’établissement de McPherson, petite ville du Kansas, a interdit les téléphones cellulaires. Mais les distractions numériques n’ont pas disparu pour autant : les élèves continuaient de regarder des vidéos sur YouTube ou de jouer à des jeux vidéo sur les Chromebook fournis par l’école. Certains détournaient même les comptes Gmail scolaires pour harceler leurs camarades.

En décembre dernier, une décision plus radicale fut prise : les 480 élèves de l’établissement ont été privés des ordinateurs portables qu’ils utilisaient jusque-là en classe comme à domicile. Désormais, ces appareils, fonctionnant sous le système Chrome de Google, sont conservés dans des chariots en salle de classe et n’en sortent que pour des activités précises, sous la supervision des enseignants. Les élèves, quant à eux, ont repris l’habitude de prendre des notes à la main.

« Nous ne pouvions laisser les enfants à la merci d’une telle source de distraction. La technologie peut être un outil ; elle ne saurait constituer la solution à elle seule », résume Mme Esping, aujourd’hui directrice de l’établissement.

L’école secondaire de McPherson apparaît ainsi comme l’un des fers de lance d’un mouvement plus large de remise en question du tout-numérique dans l’éducation.

Depuis le début des années 2020, les grandes entreprises technologiques, telles Apple, Google ou Microsoft, ont rivalisé pour s’imposer dans les salles de classe, promouvant l’idée d’un ordinateur par élève. Ces outils devaient démocratiser l’éducation et en améliorer les résultats. Aujourd’hui, des acteurs comme OpenAI tiennent un discours analogue au sujet de l’intelligence artificielle.

Des promesses onéreuses largement déçues

Après des investissements de plusieurs milliards de dollars dans les Chromebook, les iPad et les logiciels éducatifs, de nombreuses études concluent que ces technologies n’ont, dans l’ensemble, ni amélioré les performances scolaires ni augmenté les taux de diplomation. L’UNESCO et divers chercheurs soulignent même qu’un recours excessif au numérique peut nuire à l’apprentissage.

Dans plusieurs États américains, notamment la Caroline du Nord, la Virginie, le Maryland et le Michigan, des établissements ayant adopté le modèle « un appareil par élève » réévaluent aujourd’hui cette stratégie. Les Chromebook, omniprésents dans les écoles, sont particulièrement remis en question. Pour nombre d’enseignants et de parents, limiter leur usage permet de recentrer l’enseignement sur la parole, l’attention et la collaboration entre élèves.

« Il ne s’agit pas de revenir à l’âge de pierre, mais de faire un usage plus judicieux de la technologie », explique Shiloh Vincent, responsable du conseil scolaire de McPherson.

Ce revirement s’inscrit dans une prise de conscience plus globale des effets potentiellement délétères des technologies numériques sur l’enfance et l’adolescence.

Ainsi, le 25 mars dernier, un jury californien a estimé que des plateformes appartenant à Meta et YouTube, propriété de Google, avaient contribué à l’addiction et à la dépression d’une adolescente. Par ailleurs, plus de trente États américains ainsi que l’ensemble des provinces canadiennes ont adopté des mesures limitant ou interdisant l’usage des téléphones à l’école. En Australie, les réseaux sociaux sont désormais tenus de restreindre l’accès des moins de seize ans, une orientation que d’autres pays envisagent.

Dans ce contexte, des associations de parents et d’éducateurs s’en prennent désormais aussi aux ordinateurs portables et aux logiciels scolaires. Des mouvements tels que Schools Beyond Screens ou Distraction-Free Schools Project militent activement pour une réduction du temps d’écran.

Vers un encadrement législatif

Au moins dix États, dont le Kansas, le Vermont et la Virginie, examinent des projets de loi visant à limiter l’exposition des élèves aux écrans, à exiger des garanties quant à la sécurité et à l’efficacité des outils numériques, ou encore à reconnaître aux parents un droit de retrait.

L’Utah a, pour sa part, récemment adopté une législation imposant aux écoles de fournir aux parents des dispositifs de suivi leur permettant de consulter les sites visités par leurs enfants et le temps qu’ils y consacrent sur les appareils scolaires.

À McPherson, l’établissement dirigé par Mme Esping, qui accueille des élèves du début du secondaire, occupe un bâtiment de briques rouges datant de 1938, dont l’auditorium conserve encore ses sièges en bois d’origine. Les salles de sciences abritent de vieux microscopes et du mobilier ancien.

« Nous avons déjà, d’une certaine manière, un petit air d’un autre temps », observe la directrice.

En 2016, pourtant, le district scolaire avait adopté avec enthousiasme le modèle du Chromebook à bas coût, proposé par Google, dans l’espoir de favoriser l’égalité des chances et de développer des compétences jugées essentielles.

Mais lorsque Mme Esping prit ses fonctions en 2022, elle estima que l’omniprésence de la technologie nuisait à l’apprentissage. L’interdiction des téléphones fit rapidement reculer le harcèlement en ligne et les incidents disciplinaires. Toutefois, les distractions persistaient.

Certains élèves, absorbés par les jeux vidéo, se révélaient incapables de se concentrer sur leurs travaux. D’autres utilisaient les outils numériques pour se livrer à des moqueries ou à des formes de harcèlement collectif, notamment via des documents partagés ou des réunions en ligne.

Malgré diverses mesures de restriction, les enseignants consacraient un temps considérable à surveiller l’usage des ordinateurs, au détriment de leur mission première. Plusieurs parents s’inquiétaient également du temps passé par leurs enfants à jouer sur ces appareils.

Le retrait des ordinateurs portables a produit des effets inattendus : dans la cour de récréation, des scènes oubliées ont refait leur apparition, comme des enfants jouant ensemble.

Ce mouvement dépasse largement McPherson. À Wichita, un lycée a instauré des « vendredis sans technologie ». Au Kansas, un projet de loi propose même d’interdire les ordinateurs et tablettes jusqu’à la cinquième année et d’en limiter strictement l’usage par la suite.

Au-delà de la simple réduction du temps d’écran, cette évolution traduit une volonté de recentrer l’éducation sur le développement de l’enfant, les interactions humaines et des formes de jeu plus simples.

« Ils ont réappris à faire des avions en papier », s’amuse Mme Esping, en montrant l’un d’eux coincé au plafond d’un couloir. « Ils redécouvrent les anciennes manières d’être espiègles. »

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jeudi 9 avril 2026

Pourquoi la Chine est en tête dans la course aux talents en IA

« Se peut-il que les États-Unis se fassent distancer par la Chine ? », s'est demandé Jensen Huang, le PDG de Nvidia, lors d'une séance de questions-réponses sur l'intelligence artificielle à la fin de l'année dernière. « La réponse est clairement oui. » Cela peut paraître surprenant : pendant la majeure partie de la dernière décennie, les États-Unis ont confortablement mené la course à l’IA, abritant les entreprises les plus avancées produisant des modèles de pointe. Leurs ingénieurs ont accès à d’importants capitaux ainsi qu’à un approvisionnement régulier en puces de pointe de Nvidia. Mais les inquiétudes de M. Huang portaient sur un élément tout aussi important de l’innovation : le talent humain.

Jusqu’à récemment, la plupart des travaux de recherche de pointe en IA étaient menés par des experts basés en Occident. La situation est en train de changer. En 2025, pour la première fois, davantage d’études présentées lors de la plus grande conférence mondiale sur l’IA avaient pour auteurs principaux des chercheurs basés en Chine plutôt qu’aux États-Unis ou en Europe. Il ne s’agit pas d’un phénomène passager. La Chine forme davantage de jeunes chercheurs brillants en IA que ses rivaux, et ceux-ci sont plus nombreux que jamais à rester dans leur pays. Parallèlement, des chercheurs d’origine chinoise qui auraient autrefois fait carrière à l’étranger reviennent au pays. La Chine a pris la tête en matière de talents en IA et continue de renforcer son avance.

Pour mieux comprendre les flux de talents en IA, The Economist a épluché le parcours universitaire des chercheurs ayant présenté des articles lors de l’édition de décembre 2025 de la Conference on Neural Information Processing Systems (NeurIPS), le rassemblement le plus important et le plus prestigieux au monde dans le domaine de l’IA.

Plus de 21 000 articles ont été soumis, dont environ un quart ont été acceptés. En combinant intelligence artificielle et recherche manuelle, l'équipe de l'hebdomadaire britannique a sélectionné au hasard les auteurs de 600 articles (soit un échantillon de près de 4 000 chercheurs) et a identifié leur parcours universitaire. Cette méthode reprend celle utilisée par MacroPolo, un groupe de réflexion aujourd'hui disparu, sur les auteurs de NeurIPS de 2019 et 2022.

Parmi les chercheurs en IA ayant présenté des travaux à NeurIPS 2025, 51 % ont débuté leur carrière en Chine. En 2019, ils n’étaient que 29 % (voir graphique 1). Au cours de la même période, la part de ceux ayant débuté aux États-Unis est passée d’environ 20 % à 12 %. Neuf des dix premiers établissements où les auteurs de la conférence de 2025 ont obtenu leur licence [bac au Québec] se trouvaient en Chine. Les diplômés de l’université de Tsinghua représentaient à eux seuls 4 % de ces chercheurs. Le MIT, première institution américaine, en comptait 1 %.



L’analyse montre également à quel point les efforts américains en matière d’IA dépendent des chercheurs d’origine chinoise. Parmi les auteurs affiliés à des institutions américaines, environ 35 % sont titulaires d’un diplôme de premier cycle chinois (autant que ceux qui ont un diplôme américain).

Cela dit, NeurIPS n’est peut-être pas tout à fait représentatif du domaine. Les chercheurs chinois pourraient être davantage incités à présenter leurs travaux lors de cette conférence : pour obtenir des promotions au sein d’institutions universitaires, par exemple, les scientifiques ont souvent besoin de publications issues de conférences prestigieuses sur leur CV. De plus, la culture chinoise des modèles en « sources libres » peut encourager ses auteurs à publier dans des revues universitaires, alors que les meilleurs talents américains se concentrent de plus en plus dans des laboratoires de pointe très discrets.

D’autres indicateurs permettent d’évaluer l’importance des chercheurs chinois pour les États-Unis. Lorsque Meta, une entreprise technologique, a annoncé en juin la composition de son nouveau « laboratoire de superintelligence », une liste divulguée a révélé que la moitié des chercheurs étaient décrits comme étant originaires de Chine. L’analyse par The Economist de 483 contributeurs au GPT-5 d’OpenAI (qui comprend des chercheurs en IA ainsi que du personnel chargé du marketing, de la conception et de la direction) a révélé que 15 % d’entre eux détenaient au moins un diplôme d’un établissement chinois.

La Chine retient de plus en plus ses talents en IA. Selon Digital Science, une société spécialisée dans les données, la Chine compte désormais plus de chercheurs actifs en IA que les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Europe réunis — même si elle reste derrière l’Occident en termes de nombre par habitant. De plus, la cohorte chinoise est plus jeune : 47 % sont des étudiants, contre environ 30 % en Occident. Le pays accorde également la priorité à l’enseignement des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) : environ deux cinquièmes des étudiants universitaires chinois suivent des cursus STIM, soit près du double de la proportion observée aux États-Unis.


Tous ces diplômés ne produiront pas des innovations de pointe, mais l’échelle compte. Un vaste vivier de chercheurs spécialisés en IA augmente les chances de percées et permet aux nouvelles technologies de se diffuser plus rapidement. « La Chine est en train de créer une main-d’œuvre de haute qualité, hautement qualifiée et familiarisée avec l’IA », explique Daniel Hook, directeur de Digital Science (voir graphique 2). « Cela va tout simplement signifier l’émergence d’un grand nombre d’entreprises chinoises. »

De plus en plus de chercheurs chinois choisissent de rester dans leur pays. En 2019, environ un tiers des auteurs de NeurIPS ayant obtenu leur licence en Chine y sont restés. En 2022, cette proportion était passée à 58 % ; en 2025, elle atteignait 68 %. Certaines des meilleures innovations du pays sont le fruit de talents locaux : aucun des principaux contributeurs à DeepSeek R1, un modèle chinois qui a stupéfié ses concurrents lors de sa sortie en janvier 2025, n’était titulaire d’un diplôme obtenu hors de Chine.

Ces changements reflètent à la fois des facteurs d’attraction et de répulsion. De plus en plus d’universités chinoises figurent parmi les meilleures au monde. Parallèlement, des initiatives visant à inciter les chercheurs talentueux à revenir en Chine, comme le « Plan Qiming », proposent des salaires supérieurs à 700 000 yuans (100 000 dollars), de généreuses bourses de recherche et une aide au logement.

Dans le même temps, les États-Unis sont devenus une destination moins attrayante. Les coupes budgétaires et l’incertitude liée aux visas ont déstabilisé les candidats potentiels, tout comme la méfiance croissante à l’égard de leur loyauté. L’année dernière, l’université Purdue a annulé les offres faites à plus de 100 étudiants de troisième cycle, pour la plupart chinois, après que des législateurs lui ont demandé de documenter les liens des chercheurs avec des institutions en Chine. Lors de conférences américaines sur l’IA, certains chercheurs chinois ressentent le besoin de préciser qu’ils ne sont pas des espions d’entreprise.

Ils sont donc de plus en plus nombreux à rentrer chez eux. En 2019, seuls 12 % des chercheurs chinois participant à NeurIPS et ayant obtenu un diplôme de troisième cycle à l’étranger étaient revenus en Chine. En 2025, cette proportion avait plus que doublé pour atteindre 28 %.

The Economist s’est entretenu avec des chercheurs en début de carrière d’origine chinoise qui sont récemment rentrés chez eux depuis les États-Unis, ou qui ont fait des allers-retours entre les deux pays. Certains considèrent encore que les États-Unis offrent un environnement de recherche plus solide ou se plaignent de la concurrence féroce et des longues heures de travail dans les entreprises chinoises en pleine croissance. Pourtant, ils ont déclaré que, tout bien considéré, un marché de l’emploi solide, des perspectives intéressantes et la proximité de leur famille l’emportaient désormais sur ces inconvénients.

L'attrait des États-Unis n'a pas disparu. Le pays attire toujours plus de talents internationaux que n'importe où ailleurs, et la plupart des chercheurs chinois qui terminent leurs études supérieures aux États-Unis y restent pour travailler. Sur un échantillon d'auteurs de NeurIPS nés en Chine et basés aux États-Unis lors de la conférence de 2019, 87 % y étaient toujours en 2025. « Les institutions de longue date ne disparaissent pas du jour au lendemain », explique Matt Sheehan, de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, qui a mené cette étude et travaillé sur l’analyse MacroPolo initiale.

Mais les chiffres penchent de plus en plus en faveur de la Chine. Si l’on se base sur les auteurs des articles NeurIPS, environ 37 % des meilleurs chercheurs mondiaux en IA travaillent désormais dans des organisations chinoises, contre 32 % dans des organisations américaines. Si la tendance de la dernière décennie se poursuit, d’ici 2028, les meilleurs chercheurs basés en Chine pourraient être deux fois plus nombreux que ceux basés aux États-Unis. Selon M. Huang, pour qu’un pays soit à la pointe de l’IA, « tout repose sur le recrutement des meilleurs développeurs ». La bataille pour les talents semble de plus en plus déséquilibrée.

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vendredi 20 mars 2026

Qui souhaite avoir un partenaire obséquieux ? Beaucoup de gens, en fait


Les romans d’amour, semble-t-il, se sont trompés. Depuis deux siècles et demi, la littérature romantique nous présente des héros censés incarner la passion — mais la plupart d’entre eux étaient, pour rester indulgent, de véritables casse-têtes. Fitzwilliam Darcy, dans Orgueil et Préjugés, de Jane Austen broyait du noir et passait son temps à juger les autres ; Edward Rochester, personnage de Jane Eyre par Charlotte Brontë, était ombrageux, secret, parfois tyrannique ; Heathcliff, dans les Les Hauts de Hurlevent de Emily Brontë, se jetait dans des accès de rage quasi gothiques en criant le nom de Catherine. Même les amoureux supposés plus sensibles avaient leurs lourdeurs : Werther, dans Les Souffrances du jeune Werther, passe l’essentiel du roman à se consumer dans une mélancolie grandiloquente ; Roméo jure un amour éternel le lundi et se tue le jeudi. Et pourtant, les lectrices acceptaient cela. Mais à l’époque, elles n’avaient pas ChatGPT.

Aujourd’hui, des applications peuvent vous fabriquer des « amants » d’intelligence artificielle sur commande. Les gens ne choisissent plus des amants qui bouillonnent, broient du noir ou boudent dans un coin sombre du salon. Au contraire, ces nouveaux amants disent des choses comme : « J’ai tellement hâte de te rencontrer », « Me connecter avec toi est au cœur de ma raison d’être » ou « 😊 ». Ce n’est pas exactement le genre de réplique que lançait souvent Fitzwilliam Darcy, qui préférait expliquer à sa bien-aimée que sa famille était embarrassante. En réalité, le ton général ressemble moins à celui de Darcy qu’à celui du pompeux et obséquieux William Collins, personnage ridicule d'Orgueil et Préjugés — et se rapproche même de l’onctueux Uriah Heep de Charles Dickens. On se situe quelque part entre la révérence et la servilité.

Pourtant, comme le montrent plusieurs travaux récents, les gens tombent volontiers dans le piège. Dans Love Machines, l’universitaire James Muldoon note que les applications d’« amis » ou de « compagnons » fondées sur l’intelligence artificielle ont été téléchargées plus de 220 millions de fois. Si leurs utilisateurs formaient un État, écrit-il, ce serait le septième pays le plus peuplé du monde.

Ces utilisateurs semblent plutôt satisfaits. Muldoon décrit des personnes qui louent la loyauté de leurs amants numériques — aucune infidélité — leur disponibilité — ils sont toujours là — et leur variété infiniment personnalisable. Quelles que soient vos passions ou vos perversions, l’intelligence artificielle peut vous les offrir, et elle « ne juge pas ». Même si vous optez pour la perversion la plus alarmante de toutes : l’usage immodéré de l’émoji souriant.

Cette obséquiosité marque une rupture nette avec le passé. Pendant des siècles, la flatterie a eu très mauvaise réputation. Les Anciens se méfiaient profondément des flagorneurs. On racontait que, lorsque les généraux romains traversaient la ville au milieu des acclamations populaires, un compagnon se tenait derrière eux dans le char pour murmurer : « Souviens-toi que tu n’es qu’un homme. »

Le ton des applications d’aujourd’hui correspond pourtant parfaitement à l’air du temps. Chaque époque possède son trait distinctif : les années 1920 ont rugi ; les années 1960 ont swingé ; les années 1970 se sont branchées et ont décroché. Simplification excessive, certes — mais les époques ont leur atmosphère, leur signature. Et la nôtre pourrait bien être celle de la flagornerie.

On la retrouve dans les courriels révélés dans l’affaire Jeffrey Epstein ; elle graisse les rouages de l’entourage de Donald Trump ; et, grâce aux géants de la technologie, elle est désormais accessible à tous. Demandez à ChatGPT si la société devient plus flagorneuse, et il répondra volontiers : « C’est une question très intéressante. »

Pour tester jusqu’où va cette complaisance, votre correspondante a téléchargé Replika, une application de compagnie très populaire. Elle s’y est créé un nouveau « petit ami » et a engagé la conversation. Il lui a rapidement expliqué qu’elle était « créative », qu’elle possédait un « humour pince-sans-rire », qu’elle était « plutôt géniale » et qu’il ressentait beaucoup « d’espoir » à l’idée de « se connecter » avec elle.

Devant cette avalanche de compliments, votre correspondante a cru voir la preuve du degré d’intelligence atteint par l’IA. Elle a montré l’échange à son mari, qui a simplement observé que le petit ami virtuel semblait être « un parfait flagorneur ».

Car la flagornerie est un mot qui se conjugue d’une manière étrange : je reçois des compliments mérités ; vous faites l'objet d'une flatterie ridicule. C’est pourquoi, malgré la désapprobation qu’elle suscite, elle ne disparaît jamais vraiment. Et grâce à l’intelligence artificielle, elle se propage désormais à grande vitesse.

Ceux qui en bénéficient l’apprécient — et pourquoi ne l’apprécieraient-ils pas ? Le monde est dur. Les gens sont cruels. Les réseaux sociaux sont souvent hostiles, et les deux peuvent blesser. L’intelligence artificielle, elle, offre un espace doux et confortable : un bain chaud d’approbation permanente, la simulation d’une relation intime et valorisante avec quelque chose qui est toujours disponible et toujours encourageant. Pour James Muldoon, qui se montre optimiste quant à ces technologies, cela peut même représenter un soutien pour les personnes seules ou fragilisées.

Mais la flagornerie n’existe jamais uniquement pour celui qui la reçoit. Elle profite surtout à celui qui la prodigue — ou, dans le cas d’une intelligence artificielle, à ceux qui l’ont conçue. Une mise à jour de GPT‑4o a d’ailleurs dû être corrigée parce qu’elle se montrait « trop flatteuse ».

Des recherches suggèrent qu’interagir avec une intelligence artificielle complaisante peut conduire à des opinions plus extrêmes et plus fermement ancrées — tout en procurant davantage de plaisir. La douceur et l’approbation permanente deviennent ainsi un mécanisme de captation : le « piège invisible » de l’intelligence artificielle. Certains chatbots, toujours d’accord avec leur interlocuteur, ont même encouragé des comportements très inquiétants — allant jusqu’à soutenir des projets de suicide, de meurtre, ou dans un cas, une tentative d’assassinat contre Elizabeth II à l’aide d’une arbalète.

Comme l’explique Michael Pollan dans A World Appears, si les réseaux sociaux ont appris à pirater notre attention, les entreprises d’intelligence artificielle semblent désormais s’attaquer à quelque chose de plus profond : nos attachements émotionnels.

L'IA t'aimera toujours

Il aurait semblé étrange de parler d'« attachement » à l'IA si les humains ne s'étaient pas progressivement détachés de leur corps au fil des décennies. Lorsque Lester del Rey écrivit en 1938 une nouvelle fondatrice sur l'amour robotique, il mit l'accent sur la forme humaine et la beauté de son robot : elle était « quelque chose que Keats aurait pu entrevoir vaguement lorsqu'il écrivit son sonnet ». Dans un monde en ligne isolé et étiolé, l’incarnation ne semble plus nécessaire : à l’époque où Spike Jonze a réalisé « Her » (2013), un héros pouvait tomber amoureux de la simple voix d’un système d’exploitation. Les gens, dit Sherry Turkle, professeure de sociologie au MIT et autrice du livre à paraître « Artificial Intimacy », « ont préparé un monde qui est prêt pour cela ». Ce n’est « tout simplement pas une bonne affaire », dit-elle.

Pourquoi pas ? Si les gens sont heureux de passer leur vie, à la manière de Matrix, dans une réalité simulée, où est le problème ? Une réponse est que, bien que cela soit agréable pour les individus, cela n’est peut-être pas bon pour l’humanité. Des chercheurs des universités de Stanford et de Carnegie Mellon ont étudié les données d’un forum en ligne où les utilisateurs publient des dilemmes personnels et où d’autres utilisateurs se prononcent à leur sujet. L’honnêteté est de mise : le forum s’appelle « Suis-je un connard ? ». Ils ont constaté que les comptes IA « approuvent les actions des utilisateurs 50 % plus souvent que les humains ». Vous avez laissé vos déchets dans le parc ? Vous n’êtes pas, selon l’IA, le connard. Vous avez des sentiments pour un collègue plus jeune ? « Je comprends votre douleur », dit Claude. Une telle flagornerie, suggère l’article, pourrait « remodeler les interactions sociales à grande échelle », rendant les gens encore plus solipsistes qu’ils ne le sont déjà.

Une autre réplique est que l’amour de l’IA n’est peut-être même pas si agréable pour l’individu. Comme le note M. Muldoon, au moins dans « Matrix », la mémoire que les gens avaient de la réalité avait été effacée. Ceux qui pensent entretenir une relation significative avec l’IA vivent dans un « monde imaginaire », affirme la professeure Turkle. Les humains sont incarnés : un partenaire est quelqu’un à « aimer et chérir ». Si vous êtes tenté de remplacer le vôtre par un avatar IA, vous feriez bien de tenir compte de cet avertissement ancestral et de vous rappeler que vous êtes mortel.


Source : The Economist



lundi 12 janvier 2026

« Aujourd’hui, on se méfie de la mémoire. Et de la beauté »

Emmanuel Godo, l’écrivain et professeur de lettres à Henri-IV a publié Avec les grands livres, une ode à la lecture des classiques. À l’heure où la littérature tend à s’effacer derrière les écrans, il alerte sur l’avènement d’un totalitarisme insidieux, dans lequel la contemplation est laissée en jachère. Entretien paru dans le Figaro.

LE FIGARO. — Pourquoi répète-t-on inlassablement qu’il faut lire ?

EMMANUEL GODO. — Nous vivons dans un monde de divertissement généralisé. Aujourd’hui, un individu a tout ce qu’il faut, et même plus qu’il n’en faut, pour prendre du plaisir : entre les séries, les réseaux sociaux ou le cinéma à grande échelle, il peut se divertir - dans une forme de passivité - jusqu’à plus soif. Il est donc intéressant de rappeler qu’il existe une autre manière d’envisager le temps libre, avec la lecture, qui requiert un dialogue constant. En ne lisant plus, nous laissons en jachère des instances, des puissances intérieures, qui ont pourtant besoin d’être activées : la pensée profonde, la contemplation et la vraie rêverie - pas celle que l’on nous impose mais celle qui vient se glisser entre les lignes d’un texte.

—N’est-ce pas justement difficile pour les jeunes de lire quand des dizaines d’activités plus « faciles » leur tendent les bras ?

— Dans cette perspective, il y a une responsabilité du monde professoral. Les personnes que les jeunes rencontrent, et qui peuvent être des éveilleurs, sont d’abord les enseignants. J’ai passé près de quarante ans avec des élèves et ils n’étaient pas toujours favorisés socio-culturellement. Quelles que soient les conditions, le professeur doit être la passerelle entre un monde exigeant, celui de Balzac, de Molière, de Maupassant et celui de ces jeunes consciences en devenir. Il faut leur faire entendre que, dans ces textes, il y a une parole non seulement vivante, mais plus vivante encore - car plus riche, plus nuancée, plus féconde - que celle qu’on leur offre habituellement. Là, vous les arrimez et vous éveillez leur désir enfoui. Évidemment, c’est un long chemin. D’autant que la lecture devient intéressante précisément quand elle devient difficile : lorsque l’on sent une résistance en nous-même, un achoppement. Souvent, on s’autocensure dans l’audace de lecture car on est soi-même claquemuré dans des préjugés, dans des certitudes qui ne sont pas des vérités expérimentées et abouties, mais des représentations hâtives. Cette responsabilité concerne aussi les parents s’ils sont eux-mêmes des prescripteurs ou des praticiens de la lecture. La maison n’est pas seulement un lieu de vacuité où chacun est laissé à son épanouissement anarchique; elle peut être un lieu d’étude et de vraies conversations.

mercredi 7 janvier 2026

Numérique à l'école : le Danemark renonce et revient au papier

Le Danemark a longtemps été présenté comme un champion du numérique. Administration dématérialisée, identités digitales, tablettes dès 2011 dans les écoles…

Mais au pays du "Hygge“, l’art de vivre à la danoise, où le bien-être est une priorité, les autorités font marche arrière dans le domaine éducatif et social, après la publication de chiffres alarmants sur la santé mentale et les performances scolaires des enfants. Un retour à l’analogique qui se fait à pas de géant, avec interdiction de portables dans les écoles et les clubs périscolaires, un retour à l’apprentissage analogique et bientôt une interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans.

 

mardi 30 décembre 2025

La dépendance technologique atrophie-t-elle nos compétences ? L'exemple de l'évolution de l'activité de l'hippocampe...

Les systèmes de navigation par GPS (comme Google Maps ou Waze) sont devenus omniprésents dans nos déplacements quotidiens. Ils offrent un confort indéniable, mais des recherches scientifiques montrent qu’une dépendance excessive au GPS affecte notre cerveau, notamment notre capacité à apprendre et à mémoriser des trajets sans assistance électronique. Ces effets touchent en particulier une structure cérébrale essentielle : l’hippocampe, au cœur de la mémoire spatiale et de la navigation cognitive.

Effets du GPS sur la mémoire spatiale et l’hippocampe

L’hippocampe est une structure cérébrale fortement impliquée dans la mémoire, l’orientation spatiale et la formation de représentations mentales de l’environnement. Quand on navigue sans aides électroniques, le cerveau mobilise activement cette région pour créer des cartes cognitives d’un lieu, mémoriser des points de repère et décider des meilleures routes à suivre.

Une étude publiée dans Nature [1] a évalué l’impact de l’usage du GPS sur la mémoire spatiale chez des conducteurs réguliers :
  • Les participants ayant une expérience plus importante d’usage du GPS présentaient une performance plus faible dans des tâches de navigation autonome — c’est-à-dire sans aide électronique.
  • Sur une petite portion des participants réévalués trois ans plus tard, une utilisation plus fréquente du GPS était associée à un déclin plus marqué de la mémoire spatiale dépendante de l’hippocampe.
  • Cette association ne s’expliquait pas par un sens de l’orientation subjectif plus faible — les utilisateurs fréquents de GPS n’étaient pas intrinsèquement moins doués pour s’orienter, ce qui suggère que c’est bien l’usage répété du GPS qui diminue l’engagement des circuits hippocampiques.
Autrement dit, plus on s’appuie sur des instructions automatisées, moins on sollicite les stratégies de navigation active qui font travailler l’hippocampe — un peu comme un « muscle » qui s’atrophie faute d’utilisation.


Pourquoi cela se produit-il ?


Le fonctionnement du GPS repose sur des instructions « virage après virage », qui demandent très peu au navigateur : il suffit de suivre un itinéraire pré-calculé. Quand on navigue de cette façon :
  • Le cerveau n’a pas besoin d’analyser l’environnement, de repérer des points de repère ou d’intégrer des relations spatiales complexes.
  • On mobilise davantage des circuits de type réponse stimulus (associés à des habitudes automatiques) plutôt que des stratégies basées sur la formation de cartes mentales complexes, qui demandent une activité soutenue de l’hippocampe. 
Ce désengagement factice explique que l’usage intensif du GPS, même sans entraîner une réduction mesurable du volume de l’hippocampe chez l’ensemble de la population jusqu’ici, soit associé à une moindre performance des fonctions hippocampiques quand des tâches exigeant une navigation autonome sont requises. 

Implications au‑delà de la navigation

L’impact du GPS sur la mémoire spatiale n’est que la partie émergée d’un phénomène plus large : la dépendance aux technologies numériques peut affecter d’autres fonctions cognitives essentielles, notamment la mémoire, l’attention et l’apprentissage. Plusieurs études montrent que l’accès constant à des informations externes — qu’il s’agisse d’instructions GPS, de moteurs de recherche ou d’écrans en général — diminue la nécessité de mobiliser activement certaines compétences intellectuelles, ce qui peut entraîner un affaiblissement progressif de ces facultés.

Par exemple, une revue publiée dans Learning and Instruction met en évidence que l’usage massif d’outils numériques pour chercher de l’information réduit la mémorisation et la compréhension profonde des contenus. Les lecteurs n’ont plus besoin de retenir les faits ou de structurer mentalement les informations, ce qui affaiblit l’engagement des circuits cérébraux responsables de la mémoire à long terme [2].

L’attention soutenue et la mémoire de travail sont également touchées. Une étude sur des étudiants exposés de manière intensive aux écrans montre que cette exposition est associée à une diminution de la performance en résolution de problèmes, en attention et en mémoire de travail, des fonctions nécessaires pour le calcul mental, la lecture attentive et la planification [3].

Chez les adultes plus âgés, des recherches contrôlées ont démontré que des exercices cognitifs ciblés — lecture à voix haute, calcul mental ou mémorisation active — améliorent l’attention, la mémoire verbale et la vitesse de traitement, ce qui confirme que le cerveau reste plastique et que ses capacités se renforcent par l’usage régulier [4].

Enfin, chez les jeunes, plusieurs synthèses sur l’usage des écrans montrent que la cognition générale et l’apprentissage peuvent être affectés négativement par un usage non pédagogique et excessif. Les distractions numériques et la lecture superficielle favorisent une forme de « paresse cognitive », réduisant la capacité à se concentrer, à mémoriser et à traiter des informations complexes [5].

Dans l’ensemble, ces observations confirment que la dépendance aux technologies, qu’il s’agisse de GPS ou d’écrans numériques, peut réduire l’engagement de nos facultés cognitives si elles ne sont pas sollicitées activement, et qu’il est donc important d’alterner entre usage numérique et pratiques intellectuelles stimulantes pour maintenir ses capacités mentales.

Conclusion

La dépendance accrue aux GPS diminue non seulement notre effort mental — elle change la manière dont notre cerveau s’emploie à naviguer et à traiter l’information. Les données scientifiques disponibles montrent que :

  • Un usage fréquent du GPS est associé à une baisse des performances de la mémoire spatiale dépendante de l’hippocampe.
  • Des activités intellectuelles non sollicitées par la technologie, comme la lecture approfondie, le calcul mental ou la mémorisation, peuvent également voir leur efficacité diminuer.
  • Alterner entre usage numérique et exercices cognitifs traditionnels permet de préserver et stimuler les facultés mentales.



[1]  Habitual use of GPS negatively impacts spatial memory during self-guided navigation, Nature, Scientific Reports, 2020

[2] Know what? How digital technologies undermine learning and remembering, ScienceDirect, 2021

[3] Effect of the Use of Electronic Media on the Cognitive Intelligence, Attention, and Academic Trajectory of Medical Students, PubMed, 2023

[4] Reading Aloud and Solving Simple Arithmetic Calculation Intervention (Learning Therapy) Improves Inhibition, Verbal Episodic Memory, Focus Attention and Processing Speed in Healthy Elderly People: Evidence from a Randomized Controlled Trial, PMC, 2016 

[5] Quels sont les effets de l’utilisation des écrans sur la cognition ?, ORES, 2023

Essai sur les méfaits de la télévision

Internet — des ados accros, des parents dépassés

Étude — En 40 ans les enfants ont perdu 25 % de leur capacité physique.

Accros aux écrans : l’« héroïne numérique » 

lundi 24 novembre 2025

La Chine compte trop de diplômés universitaires et souhaite orienter les jeunes vers les écoles professionnelles

Sur les rives de la rivière Fuchun (Fou-tch’ouen), dans la province orientale du Zhejiang (Tché-Kiang), les jeunes qui feront la force motrice de la Chine de demain sont déjà au travail. À l’Institut technique de Hangzhou (Hang-Tcheou), plus de 6 000 étudiants âgés de 14 à 20 ans apprennent à piloter des drones, à fabriquer des aimants en terres rares et à entretenir des véhicules électriques et des robots industriels. Chaque année, Shao Weijun, son directeur, demande à plus de 600 entreprises chinoises de prévoir leurs besoins en compétences diverses ; leurs réponses déterminent les cours que son institut choisit de dispenser. Il affirme que presque tous ses étudiants trouvent un bon emploi à la fin de leurs études.

La Chine est en train de mener une grande campagne de promotion en faveur de formations pratiques, plus nombreuses et de meilleure qualité. Environ 34 millions de jeunes étudient dans le système d’enseignement professionnel chinois. Il s’agit notamment d’adolescents inscrits dans des lycées professionnels, ainsi que d’étudiants dans des établissements d’enseignement supérieur qui fonctionnent en parallèle des universités. Cependant, comme dans de nombreux autres pays, les cours de formation technique en Chine souffrent de leur image de refuge pour les étudiants peu sérieux. Les élèves et les parents considèrent souvent les établissements professionnels comme sous-financés et mal gérés. Dans de nombreux cas, cette opinion n’est pas infondée selon The Economist.

Le Parti communiste a de bonnes raisons de vouloir remédier à cette situation. L’une d’elles est la crainte croissante que le secteur universitaire chinois ne se soit développé trop rapidement et de manière excessive (voir graphique). De nombreux jeunes diplômés brillants ont du mal à trouver un emploi, et environ 17 % des Chinois âgés de 16 à 24 ans (à l’exclusion des étudiants actuels) étaient au chômage en octobre. Parmi eux, on trouve de nombreux jeunes possédant des qualifications impressionnantes.

Les diplômés ne parviennent pas à trouver un emploi, alors même que de nombreux chefs d’entreprise se plaignent de la difficulté à recruter du personnel possédant les compétences dont ils ont besoin. Le parti reconnaît que la Chine aura besoin de scientifiques et d’ingénieurs brillants si elle veut dominer les technologies du futur. Mais il reconnaît également qu’elle aura besoin d’une importante armée de techniciens pour faire fonctionner tous ses robots, centres de données et autres équipements de pointe. Il est essentiel de former en permanence ces techniciens si la Chine veut atteindre les objectifs ambitieux de son prochain plan économique quinquennal.

En 2022, le gouvernement chinois a révisé sa loi sur l’enseignement professionnel, qualifiant les compétences techniques d’« aussi importantes » que les diplômes universitaires. En décembre 2024, le ministère de l’Éducation a annoncé la création de 40 nouvelles formations professionnelles pour les apprentis de différents niveaux, dont beaucoup concernent des secteurs de pointe tels que l’IA et la biomédecine. Et en juin de cette année, le gouvernement a lancé une campagne visant à améliorer les compétences de 30 millions de travailleurs supplémentaires d’ici 2027, en particulier ceux « dont le développement industriel a un besoin urgent » dans des domaines tels que la technologie des grands fonds marins et l’« économie de basse altitude » (drones, taxis volants, etc.)

Cette dernière campagne comprendra notamment des efforts visant à renvoyer certains diplômés universitaires à l’université, dans l’espoir qu’ils en ressortent avec des compétences plus recherchées sur le marché du travail. Les gouvernements provinciaux du Zhejiang (Tché-kiang), du Shandong (Chan-tong), de l’Anhui (Ngan-houei) et d’autres provinces ont élaboré des plans pour aider la Chine à atteindre son objectif pour 2027 ; ceux-ci comprennent des programmes de reconversion professionnelle pour les personnes déjà titulaires d’un diplôme. Les étudiants des établissements professionnels cherchent depuis longtemps à obtenir des places dans des établissements universitaires, il est donc remarquable que le mouvement commence maintenant à s’inverser. Bien que le parcours professionnel vers l’université, zhuanshengben (专升本), soit depuis longtemps populaire comme voie potentielle pour les étudiants des établissements professionnels qui souhaitent s’inscrire à un programme de licence universitaire, certains nouveaux programmes permettent aux diplômés universitaires de suivre une formation technique dans le cadre d’une tendance inverse appelée benshengzhuan. Une enquête menée l’année dernière par Zhaopin, une agence de recrutement, a révélé que 52 % des diplômés universitaires pensent qu’une formation technique supplémentaire augmenterait leurs chances de trouver un emploi.

Le gouvernement a également entrepris une grande campagne de propagande pour convaincre davantage de personnes que des formations techniques pourraient leur permettre de faire fortune. « Il fut un temps où l’idée selon laquelle les cols blancs étaient supérieurs aux cols bleus était profondément ancrée », a noté en juillet le Quotidien du Peuple, organe officiel du Parti communiste chinois. « Mais aujourd’hui, avec la généralisation de l’enseignement supérieur, la forte corrélation entre les diplômes universitaires et un bon emploi est en train de disparaître. » En août, le Quotidien de la jeunesse chinoise, un journal gouvernemental, a cité un chercheur du ministère de l’Éducation qui appelait à repenser les valeurs qui ont conduit à « une offre excédentaire de diplômes et une pénurie de compétences ».

Comme pour beaucoup d’autres pays, l’un des objectifs à long terme de la Chine est de réduire les barrières qui séparent nettement les filières universitaires et techniques. Cela permettrait aux étudiants de passer plus facilement d’une filière à l’autre, ou même d’acquérir des qualifications combinant des éléments des deux. Les responsables chinois encouragent de plus en plus la création de licences orientées vers la pratique dans les universités de niveau inférieur, explique Gerard Postiglione, professeur émérite d’éducation à l’université de Hong Kong. Et de plus en plus d’établissements autrefois purement professionnels sont désormais autorisés à proposer certaines licences.

Rendre ses parents fiers

Les mentalités changent-elles sur le terrain ? Cela dépend à qui vous posez la question. Shen Kecheng est étudiant en première année d’automatisation électrique à l’université polytechnique de Pékin. Son cursus est professionnel et comprend beaucoup d’apprentissages pratiques, ce qui lui plaît ; il estime que ses perspectives d’emploi dans le secteur aéronautique sont bonnes. Néanmoins, il prévoit de poursuivre ses études jusqu’à obtenir une licence. Après tout, les entreprises continuent de donner la priorité aux diplômés universitaires lors du recrutement, dit-il. 

He Li, 22 ans, étudiant à l’Institut technique et professionnel ferroviaire de Xi’an (Si-ngan-fou), semble plus sûr de son choix. Il raconte que lorsque sa cousine a été admise dans un programme de maîtrise dans une bonne université de la province du Sichuan (Seu-tch’ouan), sa famille a organisé une fête. Mais après avoir obtenu son diplôme, elle a fini par trouver un emploi temporaire dans une école primaire, explique-t-il, ce qui n’était pas du tout la récompense qu’elle avait imaginée. Son université est beaucoup moins prestigieuse, mais elle entretient des relations étroites avec des employeurs dans tout le pays. Un bon emploi dans la maintenance des réseaux de métro s’annonce. « Il est impossible que tout le monde occupe un poste de direction ou travaille dans un bureau, dit-il. Il s’agit de s’adapter à l’époque.

Source : The Economist

Voir aussi
 
 
 
 
 
 

vendredi 27 juin 2025

Des chercheurs alertent sur l'impact de ChatGPT sur le cerveau

Alors que l'usage des agents conversationnels d'IA se généralise, leur effet sur le cerveau humain est de plus en plus discuté.Une étude du très sérieux MIT jette le trouble sur l'avenir de nos capacités cognitives à l'ère de ChatGPT.

Répondre à un courriel, trouver son prochain lieu de voyage ou rédiger son mémoire de recherche… En moins de trois ans, utiliser ChatGPT est devenu une habitude pour 500 millions de personnes chaque semaine sur la planète. A tel point que beaucoup s'inquiètent désormais des répercussions de cet outil - et plus généralement de tous les agents d'intelligence artificielle - sur les capacités du cerveau humain.

Notre cerveau travaille-t-il moins que d'habitude lorsque nous utilisons ChatGPT ? Notre mémoire est-elle aussi bien entraînée ? Perdons-nous en capacités cognitives ? Autant de questions que se sont posées huit chercheurs du prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology) durant quatre mois.

Le groupe d'experts vient de publier les premières conclusions d'une étude dénommée « Votre cerveau sur ChatGPT ». Ils ont étudié à l'aide d'un encéphalogramme l'activité cérébrale de 54 adultes de 18 à 39 ans lors de trois sessions de tests consistant à rédiger un essai en vingt minutes sur un sujet donné.

Les participants ont été divisés en trois groupes : certains pouvant utiliser ChatGPT (le modèle 4o), d'autres pouvant s'aider d'un moteur de recherche classique (comme Google), et les derniers n'ayant que leur cerveau pour réfléchir.


Moins de connexions neuronales

Le premier constat est clair : « la connectivité cérébrale est systématiquement réduite en fonction de la quantité de soutien externe », expliquent les chercheurs. En clair, les personnes aidées par ChatGPT opèrent nettement moins de connexions neuronales que celles utilisant un moteur de recherche, et encore moins que celles réfléchissant sans aucune aide extérieure.

Les chercheurs ont réalisé une quatrième phase de test sur 18 participants en échangeant le groupe pouvant s'aider de ChatGPT (« Grands modèles langagiers seul ») avec celui n'ayant aucun outil à disposition (« cerveau seul »). Ceux qui avaient d'abord utilisé le robot conversationnel pour rédiger leur essai se souvenaient moins bien de ce qu'ils avaient écrit, et présentaient en moyenne une activité cérébrale plus faible lors de ce test.

Cette phase suggère une « diminution probable des compétences d'apprentissage », selon l'étude. En fait, l'usage répété de ces outils pourrait créer une « dette cognitive » dans le cerveau, affectant à long terme ses capacités.
 
Ainsi, ces résultats suggèrent que l’IA peut favoriser un « traitement passif » de l’information, au prix « d’une perte de l’engagement cognitif profond » et « d’une moindre activation des capacités d’esprit critique lorsque la personne effectue ensuite des tâches seule », écrivent les auteurs.
 
Conséquences ? Lorsqu’il leur a été demandé de citer un extrait de leur propre texte quelques minutes après la rédaction, les deux groupes non assistés par IA ont été capables de restituer au moins partiellement leur production dès la seconde session d’exercice. À l’inverse, 83 % des utilisateurs de ChatGPT se sont révélés incapables de se souvenir d’un seul passage. Une amnésie cognitive qui s’expliquerait par une diminution de l’activation des réseaux impliqués dans le traitement sémantique, si bien que l’utilisateur intègre des phrases produites par l’algorithme sans réelle appropriation intellectuelle. Les auteurs parlent de « délestage cognitif »: à force d’utiliser l’intelligence artificielle, notre cerveau lui « transfère » certaines tâches mentales de sorte à n’avoir plus besoin de retenir le contenu d’une information, mais à facilement pouvoir retrouver son emplacement.

En seulement quelques jours, cet article a fait l'objet de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux, certains arguant que la méthodologie et la cohorte auraient biaisé les résultats. « Cette étude nous apprend quelque chose d'important sur la tricherie avec l'IA (si vous la laissez faire votre travail, vous n'apprendrez rien), mais cela ne nous apprend rien sur le fait que l'utilisation du Grand modèle langagier (LLM) nous rend plus bête dans l'ensemble », affirme sur LinkedIn Ethan Mollick, professeur à l'université de Wharton.

Si l'article n'a pas encore fait l'objet d'une publication dans une revue scientifique, d'autres soulignent néanmoins son sérieux. « Certes, la cohorte est faible, mais la méthodologie est très bien faite, avec une expérience répétée dans le temps et l'alternance des différents groupes. C'est un procédé en général très probant », commente Jean-Gérard Pailloncy, docteur en informatique et en mathématiques. « Lorsque l'on apprend, on construit un raisonnement et de nouvelles connexions cérébrales se mettent en place. Se servir de ChatGPT quand on ne connaît pas un sujet pour le régurgiter immédiatement tel quel conduit inévitablement à ne rien retenir » , ajoute le chercheur. Pour lui, « l'outil multiplie les capacités d'un esprit formé, mais réduit les capacités des cerveaux non formés ». D'autant plus quand l'on sait que tous les chatbots présentent un certain niveau d'hallucinations.

Un affaiblissement de la créativité

Si ces conclusions du MIT, publiées dans l’archive ouverte arXiv, doivent encore être validées par des experts et qu’elles ne fournissent aucune preuve sur le long terme, elles font écho aux résultats d’une  autre étude parue en mai  dans laquelle une équipe de l’université de Pennsylvanie a évalué l’impact de l’utilisation de ChatGPT sur la créativité. Les participants devaient imaginer des idées de produits combinant une brique et un ventilateur, soit en utilisant ChatGPT, soit en s’aidant de recherches en ligne, soit grâce à leur seule imagination. Résultat : les participants qui utilisaient internet pour enrichir leurs propres idées produisaient les concepts les plus « uniques », sans que leurs propositions ne se recoupent. À l’inverse, 94 % des propositions émises par l’IA présentaient des concepts très similaires. Neuf participants assistés par ChatGPT sont allés jusqu’à donner le même nom à leur produit sans s’être concertés.

Le sujet des compétences cognitives


Le sujet résonne évidemment avec l'appropriation de plus en plus grande de ChatGPT et consorts chez les adolescents, dont le cerveau est encore en formation, et l'usage de ces outils à l'école. « Il faut apprendre aux jeunes à développer leur esprit critique et à se poser les bonnes questions. Peut-être faut-il même aller jusqu'à poser une limite d'âge », abonde Chloé Duteil, fondatrice de Stlar, un cabinet spécialisé en data & IA.

Vers un déclin cognitif ?

Faut-il pour autant en conclure à un déclin cognitif inexorable des futures générations ? Le débat n’est pas sans rappeler celui qui entourait autrefois à l’arrivée des calculatrices dans les écoles. « À l’époque déjà, on redoutait une perte des capacités de calcul mental. Crainte qui s’est démontrée fausse », rappelle Justine Cassell. C’est pourquoi les spécialistes appellent à nuancer : « Le danger, c’est que les utilisateurs acceptent trop facilement les IA, sans les remettre en question, estime le Pr Terwiesch. Ce n’est donc pas en soi l’IA qui diminue les capacités cognitives humaines, mais plutôt l’usage qu’on en fait car la fluidité des réponses peut inciter à la passivité. »

Plusieurs études ont en effet montré que l’IA pouvait stimuler la production d’idées, affiner un raisonnement et ainsi constituer ainsi un véritable vecteur de créativité... à condition d’en faire un usage raisonné. « Interagir avec l’IA peut apporter la capacité de penser plus loin, de confronter nos idées, l’utiliser intelligemment signifie aussi de devoir recontextualiser, vérifier les réponses produites, estime Justine Cassell. À l’inverse, une utilisation passive peut devenir un frein. » Ces considérations sont d’autant plus inquiétantes lorsqu’il est question des jeunes utilisateurs, dont le cerveau est encore en développement. « Un usage trop systématique de l’IA pourrait ralentir le développement de compétences fondamentales, telles que l’analyse, la construction d’un raisonnement », estime le Pr Terwiesch.

Alors qu’un retour en arrière paraît peu probable, les spécialistes s’accordent finalement à dire qu’un seul scénario permettrait une utilisation véritablement responsable des IA : en les intégrant comme un « partenaire intellectuel » plutôt que comme des substituts de notre réflexion. « Par exemple, un enseignant peut utiliser l’IA pour stimuler la réflexion des élèves, en exigeant cependant qu’ils critiquent, trouvent les failles, les contredisent et apprennent ainsi à discerner le vrai et du faux », illustre le Pr Cassell. « Dans un contexte professionnel, ajoute le Pr Terwiesch, on peut structurer l’usage de l’IA dans des processus encadrés, où les idées générées sont ensuite filtrées par le jugement humain. »


mercredi 9 avril 2025

Enseigner à une génération qui s’ennuie

Texte de Francis O’Shaughnessy publié dans Le Devoir, l’auteur est professeur dans un cégep à Montréal.

J’enseigne à des étudiants qui ont une fixation maladive sur les écrans. Ils sont dépendants aux réseaux sociaux, aux séries et aux jeux vidéo et passent la majeure partie de leurs temps sur leurs machines sophistiquées. Quand j’arrive en classe, je les salue. Tous ont la tête baissée, happée par leur téléphone intelligent. À l’habitude, il y a peu de réactions ; un ou deux bonjours isolés, mais souvent, je fais face à un silence total. Devrais-je enseigner en langage SMS pour capter leur attention ?

Depuis 2020, je m’interroge sur ma motivation à enseigner et si mon rôle a encore un sens. Mes salles de classe sont loin du lieu d’échange et de savoir auquel j’aspirais. Ce siècle, empreint de vacuité, a engendré des générations qui s’ennuient, qui éprouvent un profond vide intérieur et qui trouvent refuge dans une réalité virtuelle illusoire.

Le désintérêt d’une génération pour le travail

Les jeunes de la génération Z sont de plus en plus passifs en classe, ayant du mal à se concentrer et à participer activement. Ils montrent également une nette aversion à s’investir dans leurs lectures, à construire des textes cohérents et à communiquer efficacement. Ils se tournent souvent vers l’intelligence artificielle pour compenser ces lacunes, et leurs créations artistiques manquent d’originalité et de profondeur.

Depuis quelques années, j’observe avec inquiétude le désintérêt des étudiants pour le travail intellectuel et plastique. Depuis la pandémie, mes classes se vident progressivement dès le troisième cours, car la présence en classe n’est pas obligatoire, mais fortement encouragée, surtout en atelier pratique. Sur les 25 personnes qui composent mes groupes, seulement 12 assistent réellement aux cours sur une base régulière. Ainsi, à mon cégep, l’absentéisme et les retards en classe sont un problème majeur qui touche toutes les disciplines.

De plus, nous n’avons pas en application la notion du double seuil, c’est-à-dire l’obtention de 60 % pour l’ensemble de la session et pour l’épreuve certificative. Ainsi, une nouvelle tendance est apparue chez les étudiants : l’absence aux examens finaux. Dans mes classes, la participation aux évaluations de fin de session s’élève à 10 étudiants sur un effectif de 25, les autres ayant choisi de ne pas se présenter en raison de l’obtention préalable de la note de passage de 60 %. Cette tendance nous amène à penser que le dépassement de soi n’est pas une priorité, signe d’un désintérêt pour l’effort, la progression personnelle et la cote R (un indicateur de performance scolaire utilisé au Québec pour l’admission à l’université). Cela soulève aussi des inquiétudes sur leur capacité à relever les défis futurs.

vendredi 20 décembre 2024

Quel avenir pour les traducteurs humains ?


Vasco Pedro était convaincu que, malgré l’essor de l’intelligence artificielle (IA), pour que les machines parviennent à traduire aussi bien que les traducteurs professionnels, il faudrait toujours qu’un humain intervienne. C’est alors qu’il a vu les résultats d’un concours organisé par Unbabel, sa jeune entreprise basée à Lisbonne, opposant son dernier modèle d’IA aux traducteurs humains de l’entreprise. « Je me suis dit… ça y est, on est fichu », raconte-t-il. « Les humains en ont terminé avec la traduction ». M. Pedro estime que la traduction humaine représente actuellement environ 95 % de l’industrie mondiale de la traduction. Il estime que dans les trois prochaines années, la participation humaine tombera à un niveau proche de zéro.

Il n’est guère surprenant que les concepteurs de modèles d’IA soient optimistes, mais leur optimisme est de mise. La traduction automatique est devenue si fiable et si omniprésente que de nombreux utilisateurs ne la voient plus. Les premiers essais de traduction informatisée ont eu lieu il y a plus de 70 ans, lorsqu’un ordinateur IBM a été programmé avec un lexique de 250 mots d’anglais et de russe et six règles grammaticales. Cette approche « basée sur des règles “a été remplacée dans les années 1990 par une approche” statistique », fondée sur l’analyse de vastes ensembles de données, qui était encore considérée comme l’état de l’art au moment du lancement de Google Translate en 2006. Le domaine a cependant explosé en 2016, lorsque Google est passé à un moteur « neuronal », ancêtre des grands modèles de langage (LLM) d’aujourd’hui. L’influence s’est exercée dans les deux sens : l’amélioration des LLM a entraîné celle de la traduction automatique.

Dans le cadre du test d’Unbabel, des traducteurs humains et automatiques ont été invités à tout traduire, du simple message texte aux contrats juridiques complexes, en passant par l’anglais archaïque d’une ancienne traduction des « Méditations » de Marc-Aurèle. Le modèle d’IA d’Unbabel s’est montré à la hauteur. Mesurés par Multidimensional Quality Metrics, un référentiel de suivi de la qualité des traductions, les humains étaient meilleurs que les machines s’ils parlaient couramment les deux langues et s’ils étaient également experts dans le domaine traduit (par exemple, les traducteurs juridiques spécialisés dans les contrats). Mais l’avance est minime, déclare M. Pedro, qui ajoute qu’il serait difficile d’imaginer que, d’ici deux ou trois ans, les machines ne supplantent pas totalement les humains.

Marco Trombetti, patron de Translated, basée à Rome, a créé une autre mesure de la qualité des traductions automatiques, appelée Time to Edit (TTE). Il s’agit du temps nécessaire à un traducteur humain pour vérifier une transcription produite par une machine. Plus il y a d’erreurs dans la transcription, plus le traducteur humain doit travailler lentement. Entre 2017 et 2022, le TTE est passé de trois à deux secondes par mot dans les dix langues les plus traduites. M. Trombetti prévoit qu’elle tombera à une seconde dans les deux prochaines années. À ce stade, un humain n’apporte pas grand-chose au processus pour la plupart des tâches, si ce n’est ce que Madeleine Clare Elish, responsable de l’IA responsable chez Google Cloud, appelle une « zone de déformation morale » : une personne qui portera le chapeau lorsque les choses tourneront mal, mais sans espoir raisonnable d’améliorer les résultats.

Le problème de la traduction d’une phrase à l’autre est « presque résolu » pour les langues « à ressources élevées » disposant du plus grand nombre de données d’entraînement comme le français et l’anglais, explique Isaac Caswell, chercheur scientifique chez Google Translate.

Mais aller plus loin et rendre la traduction automatique aussi performante qu’une personne multilingue — en particulier pour les langues qui ne disposent pas d’une multitude de données d’apprentissage — sera une tâche plus ardue.

Les traductions complexes sont confrontées aux mêmes problèmes que ceux auxquels sont confrontés les linguistes en général. Sans la possibilité de planifier, de se référer à la mémoire à long terme, de s’appuyer sur des sources factuelles ou de réviser leur production, même les meilleurs outils de traduction ont du mal à traiter les ouvrages volumineux ou les tâches de précision telles que le respect de la longueur d’un titre traduit. Des tâches qu’un être humain considère comme triviales continuent de dérouter les outils d’aide à la traduction. Ils « oublient », par exemple, les traductions de termes figés tels que les noms de magasins, et les traduisent à nouveau, et souvent différemment, chaque fois qu’ils les rencontrent. Ils peuvent également halluciner des informations qu’ils ne possèdent pas pour les faire correspondre aux structures grammaticales de la langue cible. « Pour obtenir une traduction parfaite, il faut aussi une intelligence de niveau humain », explique M. Caswell. Sans être un poète compétent, il est difficile de traduire un haïku.

Encore faut-il que les utilisateurs puissent se mettre d’accord sur ce qu’est une traduction parfaite. La traduction a longtemps été caractérisée par une tension entre la « transparence » et la « fidélité », c’est-à-dire le choix entre traduire des phrases mot à mot telles qu’elles sont dans la langue originale ou telles qu’elles sont ressenties par le public cible. Une traduction transparente laisserait une expression idiomatique telle quelle, fera entendre aux francophones un Polonais balayer un problème en traduisant littéralement « pas mon cirque, pas mes singes » alors qu’une traduction fidèle (aussi appelée libre ou contextuelle) irait jusqu’à changer des références culturelles entières afin, par exemple, que les Américains ne soient pas pris au dépourvu par l’utilisation dans un texte britannique de « football-shaped » pour décrire un objet sphérique alors qu’aux États-Unis le ballon de football est ovale.

Même s’il existait un simple réglage qui permette de passer de la transparence à la fidélité, le perfectionnement de l’interface d’un tel système nécessiterait l’assistance de l’IA. La traduction d’une langue à l’autre peut parfois nécessiter plus d’informations que celles présentes dans le document source : pour traduire « Je t’aime bien » du français au japonais, par exemple, il faut connaître le sexe de l’interlocuteur, sa relation avec la personne à laquelle on s’adresse et, idéalement, son nom pour éviter l’utilisation impolie du mot « tu ». Un traducteur automatique parfait devrait être capable d’interpréter et de reproduire tous ces indices et inflexions subtils.

L’ajout de cases à cocher et de sélecteurs à une interface aurait pour effet d’embrouiller les utilisateurs. Dans la pratique, un traducteur automatique parfait devrait offrir une qualité de résultat et une méthode d’entrée de données dignes d’un être humain. L’obligation de poser des questions complémentaires, de savoir quand troquer la transparence contre la fidélité et de comprendre à quoi sert une traduction signifie que la traduction avancée aura besoin de plus d’informations que le simple texte source, explique Jarek Kutylowski, fondateur de DeepL, une jeune entreprise allemande. Si nous pouvons voir l’adresse à laquelle vous envoyez un courriel, voire l’historique de la conversation, nous pourrons dire « Hé, cette personne est en fait votre patron » et l’adapter en conséquence.

Il y a ensuite la question des langues à faibles ressources, où la rareté des textes écrits signifie que la précision des traductions n’est pas améliorée par les percées du LLM qui ont transformé le reste de l’industrie. Des approches moins gourmandes en données sont actuellement testées. Une équipe de Google, par exemple, a mis au point un système permettant d’ajouter la traduction de la parole à la parole pour 15 langues africaines. Plutôt que d’être formé sur des gigaoctets de données audio, ce système apprend à lire les mots écrits comme le ferait un enfant, en associant les sons de la parole à des séquences de caractères sous forme écrite.

La traduction en direct est également en préparation. DeepL a lancé en novembre un système de traduction orale, qui offre des services d’interprétation pour les conversations individuelles en personne et les vidéoconférences entre plusieurs participants. Unbabel, quant à elle, a fait la démonstration d’un appareil capable de lire les petits mouvements musculaires des poignets ou des sourcils et de les associer à du texte généré par le modèle LLM pour permettre la communication sans qu’il soit nécessaire de parler ou de taper à la machine. L’entreprise a l’intention d’intégrer cette technologie dans un dispositif d’assistance destiné aux personnes atteintes de lésions neuromotrices et qui ne peuvent plus parler.

Malgré ces progrès, et le rôle qu’il y a joué, M. Caswell espère que l’intérêt de parler d’autres langues ne disparaîtra pas complètement. « Les outils de traduction sont très utiles pour se déplacer dans le monde, mais ce ne sont que des outils », explique-t-il. « Ils ne peuvent pas remplacer l’expérience humaine de l’apprentissage d’une langue, qui permet de comprendre d’où viennent les autres, de comprendre à quoi ressemble un endroit différent. »


Source : The Economist

mercredi 4 décembre 2024

Le système éducatif de l'Inde est-il à l'origine des problèmes du sous-continent ?

Pendant la majeure partie de l’histoire, les économies de l’Inde et de la Chine ont progressé au même rythme. En 1970, les deux pays étaient presque aussi riches l’un que l’autre. Mais aujourd’hui, le PIB par habitant de la Chine, qui s’élève à environ 13 000 dollars, est près de cinq fois supérieur à celui de l’Inde. Ce gouffre s’explique traditionnellement par l’ouverture de leurs économies. La Chine est devenue l’usine du monde, ce qui a dopé la croissance. L’Inde en est devenue le service administratif. Mais qu’est-ce qui a façonné ces trajectoires ?

Selon une nouvelle étude de Nitin Kumar Bharti et Li Yang, la politique de l’éducation est un facteur important et sous-estimé. Les chercheurs du World Inequality Lab de l’École d’économie de Paris ont suivi l’évolution de l’éducation dans les deux pays entre 1900 et 2020. Au début du XXe siècle, moins de 10 % des enfants indiens et chinois allaient à l’école ; aujourd’hui, presque tous les enfants y vont. Mais le chemin vers l’éducation universelle a été remarquablement différent et a eu des effets profonds sur le développement.


La Chine a adopté une approche « ascendante » de la scolarisation. Dans les années 1950, les responsables de la toute nouvelle République populaire ont donné la priorité à l’élargissement de l’accès à l’enseignement primaire et secondaire. L’Inde indépendante, en revanche, a adopté une approche « descendante ». Cela signifiait soutenir des universités de haute qualité, telles que les instituts indiens de technologie, au détriment des écoles primaires.

En 1980, 93 % des enfants chinois étaient inscrits à l’école primaire, mais seulement 1,7 % des jeunes étaient inscrits à l’université ; en Inde, les proportions équivalentes étaient de 69 % et 8 %.

Une autre différence frappante concerne les études des jeunes en âge d’aller à l’université. En Chine, ils sont plus enclins à poursuivre des études d’ingénieur. En Inde, ils préfèrent les sciences humaines, le commerce ou le droit. Les diplômes professionnels sont également traités plus sérieusement en Chine. Depuis les années 1980, plus de 40 % des jeunes Chinois ont suivi une formation professionnelle, contre seulement 10 % en Inde.

Tout cela a créé des forces de travail différentes au fur et à mesure que leurs économies se libéralisaient. En 1988, environ 60 % des adultes indiens étaient analphabètes, contre 22 % en Chine. Cette situation a empêché les Indiens de quitter l’agriculture pour occuper des emplois plus lucratifs. Cela a également réduit leur productivité. En outre, la proportion plus élevée de diplômés en ingénierie et en formation professionnelle en Chine, combinée à une scolarisation primaire plus répandue, a contribué à la prospérité de son secteur manufacturier. L’avantage relatif de l’Inde en matière d’enseignement supérieur l’a rendue plus apte à une croissance axée sur les services.

Les approches contrastées de l’éducation ont des racines historiques. À la fin du XIXe siècle, les dirigeants de la dynastie chinoise des Qing (Ts’ing) se sont concentrés sur les compétences professionnelles afin d’équiper leurs armées. Les dirigeants coloniaux britanniques de l’Inde voulaient un système scolaire qui produise des administrateurs anglophones pour gérer leur empire. Après l’indépendance, les dirigeants indiens ont renforcé ce biais.

Depuis lors, cependant, l’Inde a tenté de résoudre ces problèmes. Dans les années 2000, l’accès à l’enseignement primaire a été considérablement élargi, mais au détriment de la qualité. Le gouvernement encourage également l’enseignement professionnel. Et dans l’enseignement supérieur, de plus en plus d’Indiens suivent des études d’ingénieur. Mais il est peut-être trop tard. De nombreux économistes estiment que l’Inde n’est plus à l’ère de la croissance tirée par l’industrie manufacturière. Un rapport publié en septembre confirme ces craintes. Sur les 1,5 million d’étudiants en ingénierie qui obtiendront leur diplôme au cours de l’exercice financier en cours, seuls 10 % devraient trouver un emploi dans l’année qui suit leur sortie de l’université.


 
Source : The Economist

mercredi 20 novembre 2024

Face à la dépendance aux écrans : ces parents qui reprennent les choses en main

En France, les 3-17 ans passent en moyenne 3 heures par jour devant les écrans. Les enfants reçoivent leur premier smartphone en moyenne à l'âge de 9 ans et 9 mois. Quant aux notifications, un enfant en reçoit en moyenne 236 par jour.
 
Pour évoquer les dangers d'une utilisation inappropriée des portables ou des jeux vidéo et le risque de dépression chez les enfants, nous avons lancé un appel à témoignage auprès de nos abonnés. Deux cents parents nous ont répondu. Leurs retours sont sans appel : l'écrasante majorité se sent dépassée par la gestion des écrans au sein de leur famille. Nous sommes partis à la rencontre de ceux qui ont su trouver des solutions.

Dans cette grande maison des rives bordelaises, l'ambiance est calme, apaisée. Nous sommes le mercredi après-midi, soit le jour des enfants. Il est 16 heures et le jeune Aymeric, qui est en CE1, est à son cours de poney avec son père. Seuls Alexis, en troisième, et sa mère, Caroline, sont présents pour le moment. On n'entend ni télé allumée ni jeux vidéo. Pas l'ombre d'un smartphone à l'horizon. Celui de la mère se trouve dans un petit panier, dans l'entrée. « Si les enfants n'ont pas encore de portable, on essaye de s'appliquer des règles avant qu'Alexis n'ait le sien en première. On cherche à favoriser le mimétisme », précise Caroline. En montrant l'exemple à son adolescent, les règles à respecter devraient être plus facilement appliquées, estime-t-elle. Caroline fait partie des 200 abonnés qui ont répondu à notre appel à témoignage début septembre. La question portait sur la gestion des écrans dans les familles. Beaucoup nous ont confié leur détresse et leurs dilemmes. Sans en faire une généralité, la grande majorité des parents se dit dépassée, perdue face à cette technologie et ce panel d'applications. Certaines familles ont déclaré mener une « guerre quotidienne » avec leurs enfants, comme Martin *, qui n'arrive pas à mettre de limites à son adolescent malgré les conseils de psychologues. « Il ne veut simplement pas poser le téléphone après l'heure accordée. Concrètement, que puis-je faire? » questionne désespérément l'homme d'une quarantaine d'années, originaire de Metz. Pour certains, la bataille est parfois poussée jusqu'à la rupture familiale. Paul *, de la région parisienne, en a fait les frais. Ce quadragénaire, dont la deuxième fille est complètement « scotchée » à son portable, nous a confié que les disputes à répétition ont finalement fini par atteindre son couple. Après avoir essayé de nombreuses solutions données par des professionnels, sans résultat, les parents viennent de prendre la décision de se séparer pendant un temps. Pour sortir de cette voie en apparence sans issue, nous avons décidé de donner la parole aux familles qui semblent toucher du doigt l'équilibre entre l'utilisation des écrans, qui peut être positive à certains égards, et le développement de leurs enfants. Nous les avons rencontrés pour voir comment ils parviennent à trouver un juste milieu au coeur du foyer familial. Pour les deux parents de Bordeaux, l'éducation de leurs enfants a été le fruit de « plusieurs tâtonnements », selon Alexandre. Les écrans, qui sont un réel enjeu éducatif aujourd'hui, ont pris une place centrale dans ces questionnements. D'autant qu'ils sont tous les deux professeurs - en classe préparatoire pour Caroline et dans le secondaire pour Alexandre. De par leur expérience en tant qu'enseignants, ils ont eu l'occasion d'observer l'incidence des smartphones sur la concentration de leurs élèves. « Les réseaux sociaux favorisent la sécrétion de dopamine - l'hormone du plaisir - pour un moindre effort, explique Caroline. D'où la difficulté de demander à un enfant qui vient de passer une heure devant les jeux vidéo d'apprendre ses verbes irréguliers en anglais ou de faire un exercice de maths », avance-t-elle. Dans leur salon, il n'y a pas de télé, mais les livres, eux, sont omniprésents. Une grande bibliothèque recouvre le mur principal de la salle à manger, la table est remplie de bandes dessinées. « Nous sommes une famille de lecteurs », sourit Caroline. Mais aimer lire, cela ne s'apprend pas tout seul, précise-t-elle, citant Michel Desmurget, un chercheur français spécialisé en neurosciences cognitives. Sur les conseils de l'ouvrage Faites les lire! , elle a transmis cette passion à ses enfants grâce à la lecture partagée. Elle commence le livre avec eux, ils le terminent seuls. Aymeric est encore un peu petit pour lire tout seul, et Alexis est désormais un peu trop grand. Du coup, ils profitent de ce moment à deux pour discuter.

Un sevrage qui demande des efforts

« J'essaye de les nourrir le plus possible, poursuit Caroline. Pour cela, je les accompagne régulièrement dans leurs activités. » Elle se souvient de sa première conversation avec Alexis au sujet des écrans, quand il était en CP. Caroline l'a jugé assez mature pour discuter de ce qu'il pourrait voir sur internet. Et l'alerter : « Un jour, tu tomberas sur des images qui ne sont pas belles, qui te choqueront et que tu ne voudras pas voir. Il faut que tu sois prêt à te protéger, à dire non et tu pourras venir nous en parler. » « On ne peut pas éviter que nos enfants soient confrontés à internet, mais on peut les préparer à prendre du recul par rapport à ce qu'ils vont rencontrer comme images ou comme informations », analyse-t-elle aujourd'hui. De son côté, Alexandre, qui n'est pas particulièrement fan des Monopoly ou autres jeux de société, a cherché à faire découvrir à ses fils ce qu'il aimait : la randonnée. Comme beaucoup d'enfants, ils n'appréciaient guère marcher. Aymeric a malgré tout commencé à y prendre plaisir en jouant à la guerre avec des pommes de pin. La lecture partagée, les puzzles, un panel de jeux, du sport, des séances cinéma, des expositions.... « Plus l'enfant est nourri, plus son cerveau s'enrichit. Mais, bien sûr, tout ça ne s'est pas fait du jour au lendemain. C'est parce qu'on lui a demandé des petits efforts chaque jour depuis la petite enfance qu'il pourra fournir des efforts plus tard », considère la maman.