Affichage des articles dont le libellé est Liban. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Liban. Afficher tous les articles

mardi 24 mars 2026

Liban — « Si les chrétiens quittent le sud du pays, ils ne reviendront jamais »

Mise à jour

Billet du 12 mars

Les bombardements israéliens s’intensifient au Liban et prennent en étau la population chrétienne. Au sud du pays, des milliers de fidèles ont choisi de rester dans leurs villages malgré l’ordre d’évacuation d’Israël, au péril de leur vie. Vincent Gelot, directeur de l’Œuvre d’Orient au Liban, nous alerte sur leur situation.

Quelle est la situation actuelle des chrétiens du Liban ?

Au sud du pays, Israël menace les villages chrétiens. C'est une première depuis le 7 octobre 2023, date du début de la guerre entre Israël et le Hezbollah. Auparavant, Tel-Aviv visait les zones occupées par le Hezbollah, en épargnant au maximum la galaxie de localités chrétiennes aux alentours. Mais cette fois-ci, l'armée israélienne a exhorté tous les habitants au sud du pays, chrétiens compris, à quitter leurs maisons.

Pour la première fois, des fidèles font le choix de rester sur leur terre. Lors des dernières évacuations en 2024, seuls deux villages chrétiens étaient restés occupés par les habitants. Aujourd'hui, ils sont davantage. Nous sommes en train d'établir combien ils sont, environ quelques milliers.

Pourquoi les chrétiens décident-ils de rester au péril de leur vie ?

Les chrétiens le savent, s'ils quittent le sud du pays, ils risquent de ne jamais revenir. L'armée israélienne est en train de préparer une incursion terrestre pour instaurer une zone tampon, sans population. Ils ont déjà été déplacés plusieurs fois en une cinquantaine d'années, depuis la guerre civile libanaise (1975-1990) qui s'est aggravée avec l'invasion israélienne en 1982. Le Sud a été entre les mains de l’État hébreu jusqu'en 2000. Entièrement vidée de sa population pendant près de deux décennies.

Il s'agit d'un traumatisme pour les chrétiens, très attachés à cette région. Ces villages sont très anciens et rappellent que le Christ est passé par cette terre pour rejoindre Saïda. En refusant d'appliquer l'ordre d'évacuation, ils portent un acte de résistance pacifique. Ils ne sont pas armés. En 2024 déjà, ils avaient empêché les miliciens du Hezbollah d'entrer dans leur village pour éviter la foudre d'Israël. Et lorsqu'ils n'ont pas pu faire le poids face à eux, ils ont subi de lourdes répercussions. Comme à Alma El-Chaab à la frontière israélienne (photo plus haut), qui avait subi de terribles bombardements de l’État hébreux. Face au danger, les habitants étaient partis.

La proportion du territoire libanais qu'Israël cherche à faire évacuer (via ses ordres d'évacuation successifs émis par l'armée) a évolué rapidement ces derniers jours en mars 2026, dans le contexte de l'escalade contre le Hezbollah.Initialement (début mars, ordres autour du 4-5 mars) : l'armée israélienne a ordonné l'évacuation de la zone au sud du fleuve Litani, ce qui représente environ 8 % du territoire libanais selon plusieurs sources concordantes (Human Rights Watch, L’Orient-Le Jour, Le Monde, etc.). Cette zone couvre grosso modo 800-855 km² (principalement le sud frontalier avec Israël, jusqu'à la Ligne bleue), sur une superficie totale du Liban d'environ 10 452 km².

Carte de l'armée israélienne intimant la population libanaise à quitter le sud de leur pays

Extension récente (ordres du 11-12 mars 2026) : l'armée a élargi les ordres d'évacuation à toute la zone au sud de la rivière Zahrani (plus au nord, près de Saïda/Sidon, à environ 50 km de la frontière). Cela concerne une superficie bien plus importante.Des rapports récents (Reuters, The Guardian, posts X de sources militaires/israéliennes) indiquent que cette extension porte la zone évacuée à environ 10 % du territoire libanais. Certaines estimations plus hautes (commentaires sur X et analyses) vont jusqu'à 15 % si l'on considère une occupation ou un contrôle potentiel plus profond, mais 10 % semble l'ordre de grandeur le plus fréquemment cité pour la zone d'évacuation actuelle.

Traduction automatique de la même carte

En résumé : Israël vise actuellement à vider une zone représentant environ 10 % du Liban (sud de la Zahrani), contre 8 % auparavant (sud du Litani). Cela affecte des centaines de milliers de civils supplémentaires et vise explicitement à créer une zone tampon élargie contre le Hezbollah, selon les déclarations israéliennes.Note : ces chiffres sont des estimations basées sur des cartes publiées par Tsahal et des calculs de médias ; la superficie exacte peut varier légèrement selon les tracés précis des rivières et des zones marquées. La crise humanitaire reste massive, avec des centaines de milliers de déplacés en quelques jours.


Source : Le Pélerin

mercredi 26 novembre 2025

27 novembre 1095 — Appel lancé pour porter secours aux chrétiens d'Orient et aux pèlerins

C’était il y a près de mille ans. À la fin du XIe siècle, le royaume de France était en petite forme. Il ne représentait pas plus de deux ou trois fois l’actuelle région d’Île-de-France ; le domaine royal était bordé par Compiègne au nord, Orléans au sud, Dreux à l’ouest. Les Capétiens régnaient, mais, dit Jacques Bainville qui est indulgent, ce sont des « règnes sans éclat ». Qui se souvient de ces rois-là, les premiers héritiers du fondateur de la dynastie, Robert le Pieux, Henri Ier, Philippe Ier ? C’est à l’extérieur du royaume que les choses se passent. Chez les Normands en particulier : le duc de Normandie, Guillaume le Conquérant, a mis la main sur l’Angleterre (victoire de Hastings, en 1066, illustrée par la tapisserie de Bayeux), et ce sont aussi des Normands qui sont allés délivrer, à leur demande, les populations catholiques de l’Italie méridionale des expéditions sarrasines.



« Les malheurs des pèlerins »

Car c’est un temps de pèlerinages. Des foules de pèlerins chrétiens se déplacent en longues colonnes vers Rome ou Saint-Jacques-de-Compostelle, au nord de l’Espagne, venant manifester leur soutien aux dernières victoires de la Reconquista sur l’islam, après des siècles de conquêtes et de conversions musulmanes induites par des vexations et une forte taxation. Mais c’est le pèlerinage de Jérusalem, par terre et par mer, qui attire les fidèles les plus nombreux et les plus ardents, à partir des sols européens, notamment français. « Il crée une vie neuve, il marque la crise décisive où le vieil homme se dépouille », notent les chroniqueurs de l’époque.

Ces mouvements de population de l’Occident vers les Lieux saints d’Orient créent des routes, des escales, des dispensaires ; ils développent des échanges de toute nature. Arrivés sur place, les pèlerins rencontrent d’autres chrétiens, d’ancienne tradition qui constitue encore une grande partie de la Syrie et de la Palestine, peut-être encore la majorité des habitants, mais aussi des musulmans. Les communautés prospèrent dans des quartiers séparés. Jusqu’à l’arrivée des Turcs seldjoukides. Les anciens « maîtres tolérants et policés venus d’Égypte font place à des fanatiques durs et tracassiers ». La conquête de Jérusalem par ces Turcs s’accompagne de la persécution et du massacre des chrétiens. Les pèlerins rentrent chez eux effrayés. La nouvelle enflamme la fin de ce XIe siècle. Les Seldjoukides se sont emparés de l’Arménie si lointainement chrétienne, de Smyrne, de Nicée, près de Constantinople.

L’intervention des barons occidentaux permit de libérer de nombreuses villes (Nicée, Sardes, Tarse, Antioche) récemment conquises par les Turcs après la catastrophe de Manzikert en 1071


L’Empire byzantin menace de disparaître. Une vague de fond soulève la chrétienté.

L’Empire byzantin est confronté à l’avancée des Turcs seldjoukides. Depuis la désastreuse défaite subie à Manzikert l’arménienne en 1071, de nombreux territoires sont passés entre les mains de ces nouveaux musulmans venus d’Asie centrale et récemment convertis. Leur présence complique encore davantage le pèlerinage sur les Lieux saints qui connaît à l’époque un essor remarquable.

Qui va délivrer le Saint-Sépulcre ? Les monarques en sont incapables, qu’ils soient trop faibles, comme le roi de France, qu’ils se disputent entre eux, et notamment avec l’empereur d’Allemagne, ou qu’ils contestent l’autorité de l’Église de Rome. C’est donc elle qui va se substituer à eux, cette Église de Rome qui révèle sa solidité en résistant au grand schisme d’Orient d’un côté et aux « antipapes » de l’autre. C’est elle qui peut porter secours aux chrétiens de Terre sainte. Mais avec quels moyens le peut-elle ? Quels hommes ? Quel argent ? Quelles armes ? Elle va les mobiliser.

Et c’est un autre Français qui le fait, non pas le roi, mais un pape, le deuxième élu depuis Grégoire VII. Fils d’une famille noble de Champagne, rappelle Jacques Heers, l’historien des croisades, c’est un bénédictin ; il fut archidiacre de Reims avant de devenir prieur de l’abbaye de Cluny. Bâtie à la fin du siècle précédent, cette abbaye rayonne par son influence bien au-delà du sol qui l’a vue naître. Élu pape sous le nom d’Urbain II en 1088, il a dû attendre cinq ans avant de s’asseoir sur le trône pontifical à Rome (alors occupée par un « antipape »). La mission de la délivrance des chrétiens de Jérusalem se présente à lui comme une occasion d’affirmer son autorité tout en marquant la puissance temporelle et spirituelle de l’Église. Il part prêcher le combat dès 1095, depuis l’Italie jusqu’à la Bavière, des Alpes à la France, son pays. Il y multiplie assemblées et conciles, et n’hésite pas à excommunier le roi de France, Philippe Ier, pour usurpation de biens d’Église, répudiation de son épouse et corruption...

L’abbaye de Cluny dont Urbain II fut le prieur


samedi 8 novembre 2025

Les Carthaginois avaient peu de sang phénicien

À Acragas (Agrigente, Sicile), les temples de Héra et d’Héraclès portent encore les traces de l’incendie provoqué par les Carthaginois en 406 av. J.-C.. Grands rivaux des Grecs dans la Méditerranée occidentale, ils étaient aussi leurs partenaires commerciaux : l’huile sicilienne alimentait les marchés puniques.

Mais une étude récente menée par Harald Ringbauer et David Reich (université Harvard) bouleverse notre vision de ce peuple : avant 400 av. J.-C., les Carthaginois auraient partagé des origines génétiques proches de celles des populations de la mer Égée, plutôt que du Levant. Une découverte qui remet en question leur ascendance traditionnellement dite « phénicienne ».

Égéens, Grecs et Phéniciens : trois mondes distincts

Le mot « Égéen » désigne les civilisations installées autour de la mer Égée à l’âge du Bronze (env. 3000–1200 av. J.-C.). Ce monde comprend :
  • les Minoens de Crète, grands bâtisseurs et navigateurs, parlant une langue non grecque,
  • puis les Mycéniens, ou Achéens des poèmes d’Homère, installés sur le continent grec, qui parlaient déjà une forme ancienne de grec.
Les Mycéniens sont donc à la fois des Égéens et les premiers Grecs historiques.

Après l’effondrement du monde mycénien vers 1200 av. J.-C., de nouvelles populations grecques, les Doriens, migrent vers le sud. Elles marquent le passage à l’âge du Fer et à la Grèce classique.

Ainsi, parler d’un « fonds génétique égéen » revient à évoquer un héritage ancien, issu des peuples du monde mycénien (grec ancien) et de leurs proches voisins des îles, antérieur à la Grèce historique.

Les Phéniciens, en revanche, formaient un peuple sémitique du Levant (Liban et Syrie actuels). Leur langue, leur écriture et leur culture étaient très différentes, bien que leurs routes maritimes aient croisé celles des Grecs dès le IIe millénaire av. J.-C.

Or, la tradition raconte que Carthage fut fondée par des Phéniciens venus de Tyr, sous la conduite de la reine Didon, en 814 av. J.-C. : on les pensait donc naturellement descendants de Phéniciens.

Les chercheurs se sont procurés 398 génomes provenant de nombreux sites carthaginois du bassin méditerranéen occidental et de plusieurs populations anciennes contemporaine des Puniques à fins de comparaison.


Quand la génétique contredit l’histoire

Les travaux de Harvard remettent ce récit en cause. Une première étude menée à Kerkouane (Tunisie) avait déjà révélé une absence d’ascendance phénicienne parmi douze individus puniques.

Les chercheurs ont alors élargi l’échantillon à 398 génomes issus de 14 sites carthaginois de Sardaigne, Sicile, Afrique du Nord et Levant. Après datation, 128 individus clairement de culture punique ont été analysés.

Les résultats sont frappants : les Carthaginois se situent génétiquement entre les populations nord-africaines et les Égéens, mais très proches de ces derniers, et éloignés des Levantins.

Autrement dit, le peuple punique semble lié biologiquement au monde égéen, c’est-à-dire à l’ancien substrat mycénien et insulaire grec, plutôt qu’à la Phénicie.

Les origines possibles d’un tel métissage

Comment expliquer qu’un peuple de culture phénicienne ait un ADN d’origine égéenne ?
Les chercheurs envisagent deux scénarios :

L’hypothèse chypriote
  • Au Bronze final, Chypre était un carrefour entre Égée et Levant : on y trouvait des communautés parlant grec mais influencées par les Phéniciens. Des Chypriotes d’origine égéenne auraient pu adopter la culture phénicienne avant de fonder Carthage. Ils auraient donc exporté en Afrique du Nord une culture levantine, mais avec un fond biologique égéen.

L’hypothèse du métissage commercial
  • Une petite élite phénicienne, venue de Tyr, aurait établi Carthage, mais, isolée de sa région d’origine, elle se serait rapidement mêlée aux populations méditerranéennes déjà présentes dans les réseaux grecs et siciliens.
  • La forte diversité des chromosomes Y chez les Carthaginois indique d’ailleurs une circulation intense d’hommes entre les colonies puniques (Afrique, Sicile, Sardaigne, Ibérie). Ce brassage aurait produit un peuple mêlé, culturellement phénicien, mais génétiquement méditerranéen.

xxx
Reportés dans le plan des composantes principales élaborées par les chercheurs, les génomes carthaginois s’étirent entre ceux des Nord-Africains et ceux des Égéens, mais sont massés près de ceux de ces derniers, indiquant une origine génétique commune. Ils se distinguent clairement de ceux des Européens (à gauche) et de ceux des Levantins (à droite).


Une civilisation méditerranéenne hybride


Ce mélange expliquerait pourquoi les Carthaginois apparaissent à la fois proches des Grecs par leurs gènes et distincts par leur langue et leur culture.

Leur fond égéen aurait été entretenu par les échanges constants entre les deux rives : commerce, mariages, esclavage et alliances locales.

Ainsi, les grandes cités puniques auraient formé un monde propre, relié mais indépendant, où circulaient les mêmes marins, artisans et marchands que dans les cités grecques voisines.

Voir aussi
 
 
 
 

 

mercredi 29 octobre 2025

Erasmus la nouvelle auberge...maghrébine ?

L’Union européenne envisage d’intégrer des pays du Maghreb et du Proche-Orient au programme Erasmus. Une nouvelle route à sens unique pour l’immigration.

C’était au début du siècle. En 2002, sortait dans les salles françaises L’Auberge espagnole, avec Romain Duris et Cécile de France. Film choral sur la vie de huit étudiants européens partageant un même appartement à Barcelone, le long-métrage de Cédric Klapisch allait devenir emblématique de la génération Erasmus, du nom du programme universitaire d’échange. Deux décennies plus tard, Klapisch pourra bientôt tourner une suite intitulée… « L’Auberge algérienne » ! Le premier film faisait l’éloge de l’ouverture européenne. Cette fois, il s’agirait de vanter l’inclusivité des dictatures arabes. Klapisch pourrait même imaginer un scénario où l’Algérie démontrerait tout son sens de l’hospitalité en retenant sur son sol ses étudiants européens. Cela ressemble à une blague, c’est pourtant tout ce qu’il y a de plus sérieux : l’Union européenne envisage d’intégrer des pays du Maghreb et du Proche-Orient au programme Erasmus. Les 10 pays concernés sont l’Algérie, l’Égypte, Israël, la Jordanie, le Liban, la Libye, le Maroc, les territoires palestiniens, la Syrie et la Tunisie. Au moment même où le budget 2026 présenté par Sébastien Lecornu supprime les aides personnalisées au logement (APL) pour les étudiants étrangers hors UE non boursiers, la Commission européenne entend accueillir encore davantage d’élèves émanant de ces pays. Rappelons par ailleurs qu’en 2023, cette même Commission a exclu la Hongrie du programme Erasmus sous prétexte que Viktor Orbán entraverait l’État de droit et ciblerait des minorités. Est-ce à dire qu’aux yeux de l’UE, le régime du chef de gouvernement Orbán, démocratiquement élu, est moins fréquentable que celui du président Tebboune, qui détient arbitrairement dans ses geôles Boualem Sansal et Christophe Gleizes ? Ou moins respectable que le Hamas, qui exécute les homosexuels en les jetant du haut des immeubles ?

Cet élargissement d’Erasmus s’inscrit dans le pacte pour la Méditerranée et s’accompagne d’un doublement du budget consacré à cette région, qui passerait à 42 milliards d’euros. Une « université méditerranéenne » délivrant diplômes conjoints devrait aussi voir le jour. « La région méditerranéenne constitue un pont vital », peut-on lire dans le pacte. Plus qu’un pont, il faut y voir une route à sens unique. En vérité, on imagine mal les jeunes Français ou les jeunes Italiens se précipiter à Gaza ou à Tripoli pour poursuivre leurs études.

En revanche, il ne fait aucun doute qu’une partie des étudiants extra-européens resteront en Europe une fois leur année Erasmus achevée. La commissaire Dubravka Suica, qui porte le projet, ne cache d’ailleurs pas que l’un des objectifs de la Commission est de « faciliter la délivrance des visas » et d’ouvrir des « voies légales pour répondre aux besoins de main-d’oeuvre de l’Europe ». En France, l’immigration étudiante est déjà, depuis 2022, le principal motif d’octroi des premiers titres de séjour. Huit ans après leur arrivée pour motif étudiant, 61 % des Algériens ont gardé un titre de séjour en France, dont les deux tiers pour motif familial. Tout cela en dit long sur l’Europe voulue par Bruxelles. Si la montée des partis dits « populistes » témoigne de la révolte des peuples contre l’immigration de masse, la technostructure européenne n’entend rien céder et poursuit son projet utopique d’UE supranationale coupée de ses racines culturelles. Une Europe qui ne serait plus une civilisation, mais une auberge mondiale.

Voir aussi
 
 
 
 

dimanche 5 janvier 2025

« On aime Laval. C’est comme si on était au Liban ! Il y a plus d’Arabes que de Québécois ici »

Elcy Hamzo, sa fille Maeven et son mari Charbel Kamel sont arrivés du Liban en mai dernier.


Pour Elcy Hamzo et sa famille, l’hiver québécois ressemble davantage à une scène de carte postale qu’à un défi. Installés à Laval depuis mai dernier, après avoir quitté le Liban, ils se préparent à vivre leur tout premier Noël sous la neige.

[...]

Laval ou le Liban du Québec (faux « multiculturalisme », vrai remplacement ?)

 « On aime Laval. C’est comme si on était au Liban ! Il y a plus d’Arabes que de Québécois ici », plaisante Elcy. 

Ce multiculturalisme [quel multiculturalisme puisque l'arabe domine... ?] est un atout pour son mari, Charbel Kamel, qui ne maîtrise pas encore bien le français.

« Ici, il est à l’aise avec la langue », souligne-t-elle.

La famille chrétienne libanaise ne manquera pas de compagnie pour les Fêtes.

« Toute ma famille est ici : mes parents, mes deux frères et leurs conjointes. Nous allons fêter ensemble et même passer deux jours à Québec. C’est trop joli là-bas », confie Elcy.

La décision de quitter le Liban a été provoquée par un évènement marquant : l’explosion au port de Beyrouth en 2020. Ancien pompier, M. Kamel a échappé de peu à cette tragédie qui a détruit des quartiers entiers et fait des milliers de victimes.

Si on a décidé de s’installer au Québec, c’est parce que mon frère était déjà là. J’ai aussi bien fait mes recherches, et j’ai vu que la vie est sécuritaire ici. Il y a un bon système scolaire, un bon système de santé. Les gens sont heureux. Ils se sentent en sécurité. C’est calme.

Le couple n’est pas arrivé les mains vides : il a décroché sa résidence permanente avant de mettre les pieds au Québec. Avec 20 ans d’expérience en comptabilité, Elcy a entrepris un diplôme d’études professionnelles (DEP) pour s’adapter au système québécois, en attendant la reconnaissance de son diplôme obtenu au Liban. Pendant ce temps, son mari, titulaire d’un baccalauréat en mathématiques au Liban, suit une formation en lancement d’entreprises [dans quelle langue puisqu'il ne maîtrise pas le français ?]

« Je veux aller jusqu’au bout, au CPA [comptable professionnel agréé]. C’est ce que j’aimerais avoir », affirme Elcy.

« On ne pense pas à retourner au Liban, ajoute Elcy. Ici, les enfants sont déjà engagés dans leurs études. Je ne vais pas les déraciner une deuxième fois. J’ai pris la décision définitive de venir ici et je suis heureuse. »

Source : La Presse, de Montréal

lundi 23 décembre 2024

Le Noël tourmenté des chrétiens d'Orient

Dans un Proche-Orient troublé par les guerres et l’incertitude politique, la crise économique frappe sans distinction toutes les communautés et, selon Le Figaro Magazine, les convie à une solidarité active, mâtinée de ferveur religieuse. Reportage auprès des chrétiens du Liban et de Syrie qui vivent Noël, entre peur et espoir, comme une nouvelle naissance.

En Syrie, l’humour est un trésor national ; une étincelle qui s’allume dans les conversations de rue ou de salon, en toutes circonstances

Bachar est parti ! Bon débarras ! Nous sommes libres ! s’exclame un robuste gaillard en écartant les bras. Nous pouvons enfin discuter de politique en public, mais… nous n’avons rien à en dire ! » L’hilarité secoue les corps engourdis de ceux qui font la queue devant la boulangerie dans le matin frais de Damas. Ouf, l’humour syrien est resté intact. C’est un trésor national ; une étincelle qui s’allume dans les conversations de rue ou de salon. L’incertitude du nouveau pouvoir, la guerre, les crises ne l’ont pas abîmé. Le regard plongeant dans la longue rue qui mène à la mosquée des Omeyyades, Alsan reprend : « Nous devons renoncer à nous venger. Les criminels du régime sont déjà hantés par leur mauvaise conscience. Un jour, nous ferons justice. La priorité, c’est de reconstruire notre économie en ruine », poursuit ce chrétien, père de quatre enfants, mécanicien sans clients.

Le muezzin chante, les cloches d’une église voisine tintent. Quelques coups de feu s’entendent au loin, rafales d’enthousiasme ou règlements de comptes : personne ne réagit. Ces dernières semaines, une ferveur inédite habite le pays. Les rassemblements ne sont plus réprimés par les armes, les enfants, les femmes, les vieillards se prennent en photo sur les ronds-points, avec des drapeaux, des rebelles, des kalachnikovs, dans toutes les positions, voilées ou pas, en jean mince ou en treillis.

FLEUR D’ORANGER

Chaque matin, au lever du jour, une soixantaine de fidèles se pressent vers la messe de l’une des églises du quartier de Tabbalé. Devant, un menuisier funéraire au visage blanchi astique un cercueil. Les effluves de fleur d’oranger de la boulangerie voisine flottent dans la rue. « Dommage de mourir sans avoir vu la Syrie renaître, marmonne-t-il en nettoyant la croix qui surmonte la planche de bois. Ces quinze dernières années ont été une descente en enfer pour nous tous. Pas d’argent, pas de paix, pas d’espoir. » Les morts dont on a retrouvé les restes dans les charniers autour des prisons vont désormais pouvoir être enterrés. Le combat pour la liberté ou la justice qui les a tués semble enfin avoir porté ses fruits. « C’est un signe, clame un paroissien melkite à l’air rusé. Bachar a fui le jour où Notre-Dame de Paris rouvrait, et où on fêtait l’Immaculée Conception. »

Lors de l’Angélus, récité depuis la chapelle de la Casa Santa Marta et retransmis sur les écrans géants de la place Saint-Pierre, le pape François a de nouveau parlé de Gaza : « Je pense avec douleur à tant de cruauté, aux enfants mitraillés, aux bombardements d’écoles et d’hôpitaux »

ÈRE NOUVELLE

Près du grand sapin de Noël illuminé entre deux coupures de courant, trois jeunes garçons s’exclament : « Bachar s’est envolé ! Bachar s’est envolé ! » en mimant des ailes avec leurs bras. Le soulagement qui se perçoit depuis deux semaines dans le pays augure une renaissance propre à l’esprit de Noël. Dans ce pays épuisé par treize ans de guerre civile, hanté par la disparition de près de 150 000 personnes, la mort de 500 000 autres et le départ de 6 millions de Syriens en exil, une timide dynamique point. Après un demi-siècle de tyrannie politique, sous le soleil hivernal orangé qui éclairait déjà Jésus de Nazareth, né à 225 kilomètres de là, une ère s’ouvre. « Bachar est parti avec sa famille en emportant tout l’argent de notre pays. Il nous a trahis. C’est un médiocre », marmonne Maha, en baissant la voix par réflexe quand elle aborde un sujet politique. Dans la rue qui mène au sanctuaire de la conversion de saint Paul, les murs ont-ils toujours des oreilles ?

Bombardé par les Israéliens…

Une famille ressort de sa voiture pour nous parler. Le fils, chirurgien-dentiste âgé de 27 ans, se rend à la messe chaque jour. Il professe sa foi devant ses parents et sa sœur, dont les grands yeux noirs sont maquillés de khôl : « Nous sommes entre les mains de Dieu. Plus que jamais. On ne pense pas à demain. Il faut lui faire confiance, lui seul sait où nous mener. » Les quatre membres de cette famille prennent soin, dans leurs réponses, d’associer leur sort de chrétiens à celui de leurs amis musulmans. C’est une ascèse, et un pli hérité du régime laïc qui plaçait l’adhésion à la nation au-dessus de l’appartenance religieuse. Ici, depuis un demi-siècle, les écoles ont intégré des élèves de toutes les confessions, permettant aux générations de se familiariser entre elles. Les congrégations chrétiennes ont contribué à ce legs que la Syrie partage avec le Liban voisin : financées par leur ordre et par des associations d’Église, comme l’Œuvre d’Orient, les écoles sont restées abordables et ouvertes au plus grand nombre d’élèves musulmans. En Syrie, depuis la nationalisation de l’enseignement en 1969 par Hafez el-Assad, on dénombre encore une trentaine d’écoles privées confessionnelles chrétiennes. Depuis quinze ans, toutefois, le niveau scolaire s’est effondré et de nombreux enfants sont déscolarisés. Au Liban, le taux est inverse : 320 écoles chrétiennes scolarisent 20 % des élèves libanais.

BAB TOUMA DÉSERTÉ

Abandonné par ses résidents chrétiens dès les premiers jours de la guerre civile, le quartier de Bab Touma, considéré comme l’un des plus charmants et pittoresques de la capitale, où culminent une dizaine de clochers, est vide. Certaines écoles n’ont pas rouvert, faute d’élèves. Les commerçants, dépourvus de clients et d’électricité, ont restreint leur activité : touristes, étudiants, visiteurs qui affluaient au début du siècle ont disparu, livrant les ruelles aux chats. Les résidents sont partis s’installer au Canada, en Autriche, en Australie, en France. Certains ont vendu leur maison. Ces dernières années, la rumeur courait que les palais traditionnels de Bab Charqi et de Bab Touma avaient été bradés à de riches Iraniens, alliés du régime de Bachar el-Assad. Au détour d’un encorbellement, on entend des chants s’échapper d’un couvent des sœurs de Mère Teresa. Là, des effluves d’encens indiquent une chapelle animée. Les portes de l’église melkite ferment après la liturgie : ici, des irréductibles prient Jésus sans trêve depuis près de deux mille ans. Derrière le sanctuaire de saint Paul, une sœur franciscaine qui a vécu dans les camps de réfugiés d’Idlib accueille les familles arrivées de province dans son hostellerie. Celles-ci viennent chercher leurs proches dans les cellules de Saydnaya et dans les hôpitaux avoisinant les sinistres prisons ou bien pour suivre des traitements médicaux auprès d’un spécialiste. « L’islam de Syrie, c’est le meilleur de tous, constate-t-elle. Les musulmans d’ici sont habitués à vivre avec tout le monde. À Idlib, ils provenaient de beaucoup de pays, et ils se battaient entre eux. » Le moteur d’un avion vrombit au-dessus de la capitale. Dans le sanctuaire, Nicolas ne cache pas son effroi. Rien n’apaise ses inquiétudes de bombardements israéliens comme celles concernant le sort des minorités kurdes, alaouites, chrétiennes : « Habibi, qu’est-ce qui nous attend ? De quoi l’avenir est-il fait ? » gémit-il.

vendredi 1 novembre 2024

Liban, « Pourquoi les enfants musulmans verraient les enfants chrétiens apprendre et pas eux ? »

Tandis que les écoles publiques accueillent massivement des déplacés et ont dû reporter la rentrée scolaire, les établissements privés - majoritairement chrétiens - ont pu accueillir leurs élèves.


Beyrouth

Dans l’école Saint Vincent de Paul située dans le quartier Clémenceau, à Beyrouth (photo de la cour ci-dessus), un groupe de femmes vêtues de noir est assis sur un banc, le regard dans le vide. De rares bouffées d’air frais agitent le linge qui, sur les fenêtres de l’établissement, sèche au soleil. Il y a là des couvertures, des t-shirts encore tachés et des sous-vêtements. Une dizaine d’enfants jouent dans la cour de récréation tandis que la sonnerie retentit pour rien. Ces enfants n’ont pas fait leur rentrée scolaire début octobre. Près de 880 déplacés ont trouvé refuge dans les salles de classe après que leurs quartiers ont été lourdement bombardés par Israël. À la place des tables, les matelas jonchant le sol accueillent des corps fatigués par l’exil. Au deuxième étage du bâtiment principal, une femme aide son fils à se laver à l’aide du lavabo des toilettes.

« Je suis arrivée de Dahié le 27 septembre et j’ai trouvé l’école ouverte, donc je me suis installé , raconte Mohammed, assis sur un banc de la cour de récréation, ses deux mains massives posées sur ses genoux. On est très bien accueillis ici, ils font tout pour que l’on soit bien». Chaque jour, une dizaine de membres du personnel de l’établissement continue de travailler et épaule les réfugiés. Pour autant, bien qu’ils ne nient pas l’urgence de la situation, ces salariés tiennent les déplacés pour responsables du report de la rentrée des classes.

En raison de la guerre, cet établissement public ne peut pas accueillir ses propres élèves. Quelque 700 écoles publiques libanaises se sont transformées en centres d’hébergement d’urgence pour accueillir une partie des 1,2 million de Libanais qui ont dû fuir leurs lieux d’habitation depuis le 23 septembre, selon les dernières estimations de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Par conséquent, la rentrée scolaire a été reportée au début du mois de novembre. Pour les écoles privées, la situation est différente: le 14 octobre, le ministre de l'Éducation Abbas Halabi a autorisé celles situées en zones sûres à ouvrir leurs portes. Peu d’entre elles accueillent des déplacés. Cette rentrée des classes différenciée cristallise les tensions entre les communautés réfugiées, principalement chiites, et les communautés chrétiennes.

Une rentrée scolaire politique

«Il n’y a quasiment pas d’enfants chiites dans ces écoles privées. Qui a les moyens de payer 2000 dollars par an de frais scolaires ?», s’indigne Hassan Mourad, député sunnite et Président de la commission parlementaire pour l’éducation. Le 26 septembre, cet élu de la Bekaa a dénoncé sur Facebook « les logiques communautaires» de certains acteurs au sujet de l’ouverture des écoles privées. Dans son viseur: le réseau des écoles chrétiennes. « Je n’aime pas parler en ces termes, mais c’est la réalité aujourd’hui. Je ne veux pas qu’il y ait deux Liban. Pourquoi les enfants musulmans verraient les enfants chrétiens apprendre et pas eux ?» S’indigne-t-il. Il déplore les pressions que le ministre de l’Éducation aurait subies de la part du directeur du comité des écoles privées, dirigé par le père Youssef Nasr.

L’intéressé nie ces accusations. Surtout, il refuse de parler de divisions : « Si quelqu’un n’est pas capable d’aller à l’école, il ne peut pas obliger les autres à ne pas y aller non plus », estime celui qui est également secrétaire général des écoles catholiques du Liban. Il appelle à ce que les déplacés soient accueillis dans d’autres lieux que les écoles, même si aucune solution n’a pour l’instant été trouvée par l’État.

Les membres des organisations du secteur éducatif se déchirent au sujet de la marche à suivre dans ce contexte de guerre entre le Hezbollah et Israël . Pour les uns, cette guerre doit mobiliser l’ensemble de la population libanaise. Pour les autres, elle doit épargner ceux qui peuvent l’être, les enfants en particulier. « En réalité, ceux qui réclament la fermeture des écoles privées pendant encore un mois car ce n’est pas leur priorité. Leur priorité, c’est de soutenir la résistance», avance Youssef Nasr.

Dans le secrétariat de l’établissement Saint Vincent de Paul, Élias (dont le prénom a été modifié), un membre du personnel, soupire: « Certains ont choisi cette situation (de guerre, ndlr) , d’autres non et nous ne voulons pas perdre un an à cause de cela». « Nous avons dû débuter les cours en ligne en raison de l’occupation de l’école» , poursuit-il en passant sa main dans ses cheveux grisonnants.

Un système éducatif exsangue

Il estime que 20 à 30 élèves décrochent chaque jour, car le manque d’électricité, de réseau internet et d’ordinateurs au Liban ne leur permet pas d’étudier dans des conditions favorables à l’apprentissage. « Nous avons demandé à tous les acteurs de ce pays, l’État, l’Église, des associations, de trouver une autre solution pour ces réfugiés, mais ça n’a rien changé». Dans le bureau plongé dans une demi-obscurité, seuls les cris des enfants troublent le silence qui a envahi la pièce.

En 2019, le secteur privé assurait plus de 70% de la scolarisation des élèves libanais, un chiffre qui aurait augmenté depuis le début de la crise économique, selon le secrétariat général de l’enseignement catholique. Par ailleurs, un tiers des élèves inscrits dans les écoles chrétiennes sont issus d’autres communautés, selon la même source.

«L’éducation est un secteur vital pour la survie du Liban », fulmine Vincent Gelot, responsable des projets de l’Œuvre d’Orient au Liban et en Syrie. L’association apporte un soutien financier aux écoles privées libanaises. La réouverture de ces établissements est pour l’humanitaire essentielle, afin d’assurer un niveau minimum d’éducation malgré la guerre. «On sort de cinq années calamiteuses avec la révolution de 2019, la crise économique et la pandémie qui a été gérée de façon catastrophique», rappelle-t-il. Selon le ministère de l’éducation, 300.000 enfants libanais, sur 1.2 million, n’étaient plus scolarisés avant le 23 septembre.
 
À Jabboulé, dans le nord de la plaine de la Bekaa, Mère Jocelyne Joumaa, directrice de l’orphelinat Notre Dame du Bon Service témoigne d’une situation humanitaire très difficile : « Avec les bombardements d’hier soir, la panique domine dans la région. Les femmes et leurs enfants viennent se réfugier dans notre couvent. C’est terrible. Notre mission est de témoigner du visage du Christ. »

Depuis le 7 octobre, des dizaines d’écoles privées ont ouvert leurs portes à travers le pays. Le sort des écoles publiques, censées ouvrir dans deux semaines, reste suspendu à la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. Et si celle-ci ne s’arrête pas ? « Le sud du pays vivra comme j’ai vécu en 1982. Nous étions bombardés, et nous n’avons pas pu étudier », augure le député Hassan Mourad.
 
 « L'école en ce moment, ce n'est pas notre priorité ? »

Fatima, huit ans, erre dans cet abri en se languissant de son école, laissée derrière elle, comme sa maison. « L'école et les cahiers de coloriage me manquent », assure-t-elle à l'AFP.

Les hostilités transfrontalières ont débuté il y a un an, après l'ouverture d'un front contre Israël par le Hezbollah, dans la foulée de l'attaque sur le sol israélien de son allié palestinien du Hamas, qui a déclenché la guerre à Gaza. Mais si elles ont été meurtrières, elles n'ont longtemps eu qu'un impact limité sur le fonctionnement des écoles du sud du Liban. Depuis qu'elles ont laissé la place à une guerre ouverte, étendue aux abords de Beyrouth, qui a fait plus de 1 100 morts en deux semaines, selon les autorités, tout a changé.

« Danger sécuritaire », « entraves au mouvement » des élèves et des professeurs... Le ministre de l'Éducation, Abbas al-Halabi, énumère toutes les raisons pour lesquelles son ministère ne « prendra pas le risque » d'organiser la rentrée avant un mois.

« Ça fait deux semaines qu'on dort dans la rue, donc l'école, ce n'est pas notre priorité en ce moment », affirme Salma Salmane, 30 ans, réfugiée dans le centre de Beyrouth avec ses jumelles de sept ans. Jennifer Moorehead, de l'ONG Save the Children, anticipe déjà une année blanche. Avec au moins un mois de scolarisation en moins en 2024-2025, les enfants vont encaisser « un lourd retard sur le programme ».

Sources : AFP, Le Figaro, Œuvre d’Orient, Le Télégramme

lundi 30 septembre 2024

« Des Libanais me disent que la France est en voie de libanisation »

Selon Éric Revel, « Des Libanais me disent que la France est en voie de libanisation, qu'on intègre un tel flux de migrants qu'on aura les mêmes problèmes de partition ethnique et religieuse. »


jeudi 10 août 2023

Le Liban veut interdire Barbie, accusé de promouvoir l'homosexualité

Le film risque d’être interdit car il «va à l'encontre des valeurs morales et religieuses au Liban» a annoncé mercredi le ministre de la Culture libanais. Barbie devait sortir le 31 août dans le pays levantin.

Le ministre libanais de la Culture a annoncé mercredi avoir demandé l'interdiction du film Barbie, estimant qu'il faisait «la promotion de l'homosexualité», sur fond de rhétorique anti-LGBT+ croissante dans l'un des pays les plus libéraux du Moyen-Orient. Dans un communiqué, Mohammad Mourtada a estimé que le film, qui a dépassé le milliard de dollars de recettes au niveau mondial et devait être projeté au Liban à partir du 31 août, «va à l'encontre des valeurs morales et religieuses au Liban».

Barbie fait «la promotion de l'homosexualité et du changement de sexe, soutient le rejet de la tutelle du père, mine et tourne en ridicule le rôle de la mère et remet en question la nécessité du mariage et de la formation d'une famille», a ajouté le ministre. La comédie de la réalisatrice américaine Greta Gerwig, avec les vedettes hollywoodiennes Margot Robbie et Ryan Gosling, met en scène l'emblématique poupée Mattel, s'aventurant toute de rose vêtue aux côtés de son petit ami maladroit Ken (ci-dessous).



La décision du ministre intervient alors qu'une campagne anti-LGBT+ s'intensifie dans le pays, menée par le puissant Hezbollah pro-iranien. En juillet, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait affirmé que, selon la loi islamique, tout homosexuel «devrait être tué» et appelé à boycotter tous les produits arc-en-ciel. Le Liban est considéré plus «tolérant» que d'autres États arabes par rapport à l'homosexualité. Mais les institutions religieuses continuent d'exercer une influence majeure sur les affaires sociales et culturelles, et l'homosexualité reste sanctionnée par la loi.

Neuf députés ont présenté un projet de loi le mois dernier au Parlement pour décriminaliser l'homosexualité, mais ont été la cible d'une campagne de critiques. Le Liban a annulé à plusieurs reprises ces dernières années des activités de la communauté LGBT+, notamment sous la pression des autorités religieuses. L'an dernier, le film d'animation Buzz l'Éclair, où apparaît un couple de lesbiennes, y avait été interdit.

On apprend par ailleurs que le Koweït a interdit la projection de Barbie pour protéger la morale et les traditions publiques.


Voir aussi 

Barbie, un film de propagande néoféministe et misandre ? 

Le Premier ministre du Canada est dans l'équipe Barbie et souhaite une énième fois un joyeux défilé LGBTQ2SAI+

 

jeudi 14 mai 2020

Aide aux écoles françaises de l'étranger



Est-ce que le prêt de 100 millions d’euros attribué à l’AEFE et les 50 millions d’euros supplémentaires injectés pour les bourses scolaires seront suffisants pour sauver le réseau des Établissements Français de l’Étranger ?

Virginie Royer (ci-dessous), Vice-présidente de la FAPEE nous fait part des préoccupations des parents d’élèves qui font face à des difficultés financières, mais aussi pédagogiques. Aujourd’hui, nous parlons de survie du réseau des établissements français présents à l’étranger.


Comment les parents d’élèves qui scolarisent leurs enfants dans un établissement français à l’étranger perçoivent l’aide financière qui a été allouée à l’enseignement français à l’étranger ?

Pour commencer, nous sommes très contents d’avoir été entendus par le gouvernement français sur la nécessité d’annoncer des aides pour rassurer les familles qui sont confrontées à une situation exceptionnelle.

Depuis le début de la crise, nous avons demandé que toutes les familles rencontrant des difficultés financières, françaises et également celles qui ne le sont pas, puissent être aidées. Concernant l’aide financière d’un montant de 100 millions d’euros octroyés à l’enseignement français à l’étranger, il est important de noter que c’est une avance. Les établissements français à l’étranger vont devoir rembourser cette somme.

Il est important de savoir si l’aide financière qui va être versée aux familles étrangères passe par ces 100 millions d’euros. À ce moment-là, nous pouvons nous poser la question de la solidarité à crédit remboursable. Depuis plusieurs années, nous parlons de pistes de réformes de l’AEFE. Il faudra mener cette réforme en lien avec la crise actuelle que nous vivons. En l’état, les 100 millions d’aides ne suffiront pas. Le gel ou la maîtrise sur les frais de scolarité sur une durée de trois ans, rendu possible par cette aide vis-à-vis des établissements et des opérateurs serait un geste fort en vue de la rentrée qui s’annonce compliquée.

Il faut penser que nous sommes en pleine période de réinscription et comme l’a mentionné Olivier Brochet, directeur de l’AEFE lors de son audition au Sénat, la baisse d’effectif de la rentrée entraînera un cercle vicieux. La réduction d’élèves présents à la rentrée engendrera une diminution de postes et des frais de scolarité qui augmenteront. Quant aux familles, elles ne pourront pas continuer à payer.

Nous nous posons donc des questions : par quels critères et par quelles modalités l’aide sera calculée ? Comment, pour qui et quand cette aide financière sera-t-elle versée ? Il y a encore trois mois, nous parlions d’un plan de développement de l’enseignement français à l’étranger. Aujourd’hui, nous parlons de survie du réseau des établissements français présents à l’étranger.

Dans quelles zones géographiques, les familles rencontrent les plus grandes difficultés ?

Dès aujourd’hui, nous constatons que des familles sont en grandes difficultés et dans les prochains jours, semaines et mois, leur situation ne s’améliorera pas.

Les conséquences économiques dues à la crise sanitaire vont perdurer. De façon générale, certains parents d’élèves font face à la perte d’emploi entraînant une diminution forte de leurs revenus notamment dans les pays où les familles sont privées d’aides sociales ou dans des pays où l’économie s’est complètement effondrée comme au Liban.

Dans d’autres pays où l’économie est basée sur le tourisme ou encore la restauration comme les pays du sud de l’Europe ou l’Asie du Sud-Est, la situation est également très difficile pour les parents d’élèves.

L’industrie pétrolière en Russie et dans certains pays d’Afrique s’effondre complètement. Les familles sont aussi amenées à subir une dévalorisation de leur monnaie locale qui, comme en Amérique latine, provoque des hausses de prix concernant les frais de scolarité appelés en euros.

Même lorsque la crise sanitaire sera moindre, la crise économique, elle, impactera les familles pendant plusieurs années.

Est-ce que les fonds alloués aux bourses scolaires seront suffisants pour aider les familles ?

Les familles sont en train de déposer les dossiers de bourse donc nous ne savons pas pour le moment si l’aide allouée sera suffisante. Les parents d’élèves ont la possibilité de déposer soit des demandes de révisions de dossiers ou soit de nouveaux dossiers de bourse.

Habituellement, les bourses scolaires prennent en compte les revenus des familles de l’année n-1. Exceptionnellement, les revenus des familles de cette année seront pris en compte notamment pour calculer les baisses de revenus engendrés par la pandémie de Covid-19. Les familles n’auront donc pas besoin d’attendre l’année 2021 pour déclarer leurs revenus. Nous demandons que les bourses soient allouées dans une logique de besoin et non pas dans une logique d’enveloppe.

Cette enveloppe de 50 millions d’euros devrait permettre d’aider de nouveaux demandeurs de bourse sans affecter les boursiers actuels et nous espérons qu’elle sera suffisante. Le montant accordé aux bourses scolaires doit cependant être ajusté dans les années à venir. Nous avons des conseils consulaires de bourse, c’est-à-dire, des commissions locales présentes dans chaque pays qui vont statuer sur l’obtention des bourses.

Ces conseils consulaires de bourses se tiennent ou vont se tenir avant la date limite de dépôt des dossiers. Or, on nous a demandé de repousser la commission nationale des bourses en septembre pour que les commissions locales puissent être elles aussi repoussées. Nous craignons une certaine rupture d’égalité dans les traitements des dossiers puisqu’ils seront observés après les conseils consulaires des bourses. Les dossiers seront instruits en comités restreints et notamment sans la participation des représentants de parents d’élèves qui connaissent très bien les dossiers.

Les 50 millions d’euros qui ont été octroyés pour les bourses sont un montant conséquent puisqu’il représente quasiment 50 % d’augmentation du budget. Cette aide permettra d’aider les familles françaises en difficultés pour le troisième trimestre autant que pour l’année 2021 et ainsi éviter que les élèves ne quittent le réseau.

Notre point de vigilance repose sur le fait que cette aide ne concerne que les enfants français. Or, deux tiers des élèves du réseau des Établissements français à l’étranger ne sont pas de nationalité française. L’aide ne concerne donc qu’un tiers des élèves du réseau. Nous sommes inquiets sur le sort des familles étrangères : vont-elles recevoir une aide quelconque ?

Le directeur de l’AEFE, Olivier Brochet, a abordé ce point, devant les sénateurs, en parlant de la mise en place de commissions au sein des Établissements conventionnés ou en gestion directe qui permettrait d’attribuer des remises partielles ou totales des frais de scolarité à ces familles. Nous attendons d’avoir plus d’informations notamment sur la composition de cette commission et sur les critères qui seront appliqués. Nous sommes conscients que les difficultés des familles ne vont pas disparaître dans les six mois à venir, c’est pour cela que les familles doivent être accompagnées sur le moyen terme.

Pensez-vous que les établissements français à l’étranger ont bien assuré la continuité pédagogique ?

Les équipes enseignantes et les directions des Établissements français à l’étranger se sont mobilisées pour assurer la meilleure continuité pédagogique possible. Au fil des semaines, les cours en distanciel se sont organisés.

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer et Olivier Brochet ont mentionné l’évidence que l’enseignement à distance ne remplace pas l’enseignement en présentiel. Néanmoins, les deux objectifs principaux sont d’atteindre les objectifs fixés de l’année par des moyens différents et faire en sorte qu’aucun élève ne décroche.

Encore une fois, la continuité pédagogique n’est pas la même pour les élèves qui sont allophones puisque les parents ne peuvent pas les accompagner dans l’enseignement de la langue française. Dans certains établissements, les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM), les établissements français à l’étranger ou encore les parents bénévoles aident à traduire les cours pour ces élèves et leurs familles.

De plus, nous constatons des disparités entre les établissements que ce soit par zone géographique ou par type d’établissement. Certains élèves font face à des difficultés d’accès à Internet dans des pays. Les enseignants n’ont pas tous été formés aux nouveaux outils de la communication. Les parents d’élèves ne sont pas tout le temps du même avis que les enseignants concernant la liberté pédagogique, tel que le recours ou non aux visioconférences.

Les visioconférences permettent aux enfants de rester en contact avec la langue française, et le rythme proposé par les enseignants est parfois contesté par les parents. La continuité pédagogique à distance n’est pas prévue sur le long terme, or, nous avons des établissements qui sont fermés depuis la mi-janvier comme c’est le cas au Vietnam et en Chine.

Des établissements commencent à rouvrir leurs portes, mais d’autres resteront fermés jusqu’en septembre comme c’est le cas dans les pays du Golfe et fort probablement en Italie et en Espagne. Une certaine forme de culpabilité ou de colère naît chez certains parents d’élèves qui ne peuvent pas faire cours à leurs enfants, car ils télétravaillent. Au cours des prochaines années, il faudra réfléchir sur un grand plan de numérisation à destination des établissements français présents à l’étranger en gestion directe par l’AEFE. Les établissements doivent tous avoir accès aux équipements numériques et des formations massives au numérique doivent être organisées pour les enseignants.

Quelles sont vos inquiétudes concernant les examens nationaux ou encore le baccalauréat que devront passer certains élèves à la fin de l’année ?

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, a déclaré que le contrôle continu serait pris en compte dans l’obtention du baccalauréat. Toutefois, nous restons vigilants concernant certaines situations, comme au Vietnam où les élèves n’ont que des notes pour le premier trimestre. Ces élèves obtiendront peut-être des notations au troisième trimestre seulement si la réouverture des classes est confirmée. Pour l’oral de français, nous nous demandons comment il va être organisé puisque beaucoup d’établissements restent fermés. Nous travaillons avec le service pédagogique de l’AEFE, qui est pleinement mobilisé avec les missions de pilotage des examens du ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse.

Je pense qu’il y aura bientôt des précisions sur les modalités de passage d’examens. Nous restons persuadés que les spécificités de l’enseignement français à l’étranger sont bien défendues et comprises et qu’aucun élève ne sera délaissé.

Les parents d’élèves redoutent-ils la fermeture d’établissements français à l’étranger ou des fermetures de classes ?

Les gros établissements devraient réussir à rester ouverts, car ils pourront adapter leur structure pédagogique si nécessaire. Mais comme je l’ai précisé, il y aura peut-être des fermetures de postes si la baisse des effectifs s’avérait trop grande. À un moment donné, il faudra réorganiser la structure des établissements français à l’étranger, car nous ne pouvons pas seulement fonctionner sur la base d’une aide financière.

Concernant les petits établissements qui ont parfois une seule classe par niveau, certains rencontreront sûrement des difficultés de réouverture dès la rentrée. Il faudra les aider notamment sur le moyen terme pour qu’ils retrouvent une stabilité pour pouvoir poursuivre l’enseignement. Nous pensons que malgré l’aide financière, il y aura peut-être des établissements qui devront fermer des classes homologuées, avoir recours au Centre national d’enseignement à distance (CNED) ou les deux.

Il est très difficile aujourd’hui d’avoir des chiffres clés. Comme l’a précisé Olivier Brochet, lors de son audition devant les sénateurs, une perte d’effectif de 5 %, ce qui fait environ 20 000 élèves, représenterait 140 millions d’euros en moins dès la rentrée de septembre. La réouverture des établissements français de l’étranger coûte cher.

De plus, les établissements français à l’étranger sont dépendants des mesures sanitaires demandées et prises par chaque pays d’accueil. Nous n’avons donc pas un seul plan de déconfinement, une seule date de réouverture. La hausse des frais de scolarité ne doit pas être le seul moyen permettant de faire face aux pertes financières.

Nous avons toutefois une lueur d’espoir grâce aux témoignages de plusieurs établissements qui rouvrent. Nous avons des chaînes de courriels où différentes associations d’élèves membres de la FAPEE échangent sur les bonnes pratiques afin d’assurer le retour à l’école.

mardi 4 février 2020

L'école de sciences politiques de Marion Maréchal ouvre une antenne à Madrid

L’Issep ouvre un second établissement à Madrid. L’école d’enseignement supérieur fondée par Marion Maréchal poursuit l’extension de son réseau international, après des partenariats en Russie avec l’université de Saint-Pétersbourg ainsi qu’au Liban avec l’Uzek, une université maronite du nord de Beyrouth. Sa présidente répond à quelques questions sur cette ouverture.


Pourquoi choisir l’Espagne pour implanter un second établissement ?

Depuis sa création, nous sommes soucieux de donner une dimension internationale à l’Issep que ce soit au travers de partenariats avec des écoles étrangères, comme l’université de Saint-Pétersbourg ou l’Uzek au Liban, ou encore par le contenu des programmes qui comprennent de nombreuses heures consacrées à la géopolitique, aux relations internationales et au droit international. Notre volonté « d’enraciner » nos étudiants dans une culture et une histoire s’articule avec leur préparation aux enjeux mondiaux du vingt-et-unième siècle. Ils doivent être capables de projeter l’avenir de leur nation dans le cadre de la mondialisation.

C’est dans cette optique que nous avons donné suite à la sollicitation d’une équipe espagnole pour ouvrir une antenne à Madrid. Cette équipe est partie du même constat que nous : les dirigeants espagnols et français baignent dans le prêt-à-penser et l’entre-soi, ils continuent d’appliquer des logiciels économiques et sociaux dépassés, ils sont incapables de penser sur le temps long et sont enfermés dans une logique de gestionnaires.

Par ailleurs l’enseignement supérieur espagnol comme le français ne respecte pas suffisamment le pluralisme intellectuel et la liberté d’expression. Le militantisme et le sectarisme idéologiques y sévissent au détriment du développement des connaissances et de l’esprit critique des étudiants. Enfin, je suis convaincue que les pays latins, Italie, Espagne et France notamment, ont la clé de l’avenir européen. C’est pourquoi je crois très important de s’attacher à la formation des futures élites de ces pays. Après qu’ils nous ont contactés, nous avons décidé de construire ensemble ce projet.

Quelles seront les formations proposées par L’Issep Madrid ?

Comme l’Issep Lyon, l’Issep Madrid proposera un magistère BAC +5 et une formation continue. Ces formations seront aménagées différemment : l’organisation, les volumes horaires et les programmes seront adaptés aux besoins espagnols. Le recrutement des étudiants devrait débuter dès cette année dans la foulée de l’ouverture des locaux qui doit intervenir dans quelques semaines. L’Issep Madrid proposera également un cycle de conférences.


Qui sont les personnalités qui vont prendre en main cette implantation locale ?

Il s’agit d’une équipe d’entrepreneurs qui ont entre trente et quarante-cinq ans, et sont issus de secteurs variés et intellectuellement proches de la droite conservatrice. Comme nous, ils sont très soucieux de faire de l’Issep un lieu exemplaire de débats où tous les courants de pensée peuvent être étudiés sans prisme idéologique.


L’Issep devenant en quelque sorte un groupe, comment évolue l’organigramme ?

La direction madrilène sera autonome au quotidien en matière de fonctionnement, d’organisation, de recrutement, le tout sous la supervision de l’Issep Lyon et de moi-même, qui faisons partie de la structure espagnole. Ces deux structures auront des liens étroits, s’enrichiront l’une l’autre, organiseront des échanges d’étudiants et d’enseignants sur le moyen terme.


L’Issep Madrid aura-t-elle des spécificités vis-à-vis de celle de Lyon, et quelle sera sa marge de manœuvre pédagogique ?

L’Issep Lyon et l’Issep Madrid partagent une charte pédagogique commune. Dans ces deux structures, nos programmes sont construits autour de deux unités pédagogiques : la gestion et la science politique. Comme nous, ils mettront la culture générale au cœur de leur enseignement et ils allieront les compétences de l’entreprise à celles des affaires publiques.

Je suis convaincue que les pays latins, Italie, Espagne et France notamment, ont la clé de l’avenir européen. C’est pourquoi je crois très important de s’attacher à la formation des futures élites de ces pays.

L’objectif est de former de futurs leaders enracinés, aptes au discernement, capables de conduire des projets, dotés d’une intelligence transversale et d’un solide esprit critique. Le contenu des programmes sera bien évidemment adapté à l’Espagne et les cours seront délivrés en espagnol. Les cours d’histoire par exemple reprendront leur histoire nationale et les relations internationales seront centrées autour de la géopolitique espagnole.

Source

jeudi 23 janvier 2020

Création d'un fonds de l'Etat français pour les écoles chrétiennes francophones au Moyen-Orient.

Communiqué de L’Œuvre d’Orient :


À l’occasion de son séjour en Terre Sainte, le président de la République française a annoncé, aujourd’hui, la création d’un fonds de soutien pour les écoles chrétiennes au Moyen-Orient à la suite du rapport de M. Charles Personnaz, commandé par le chef de l’État sur le renforcement de l’action de la France dans la protection du patrimoine du Moyen-Orient et le soutien au réseau éducatif des communautés chrétiennes de la région.

Plus de 400 000 élèves reçoivent un enseignement en français au Moyen-Orient dans les écoles chrétiennes. Le français est un facteur de cohésion et d’ouverture entre les élèves chrétiens et musulmans qui se côtoient dans ces écoles.

Depuis 2011, les convulsions du Moyen-Orient ont un effet dévastateur sur les peuples de la région, en particulier sur ceux qui témoignent de longue date de sa diversité, de son pluralisme culturel et religieux (dont 15 millions de chrétiens qui vivent sur ces territoires). Au-delà de l’aide d’urgence qui leur est apportée, ces populations ont besoin d’un appui de plus long terme pour préserver leur patrimoine culturel bimillénaire, qui a été la cible de la fureur totalitaire de Daech.

→ Elles ont également besoin, s’agissant particulièrement des chrétiens d’Orient, d’un soutien à leur réseau éducatif.

La culture française apparaît comme un vecteur de réconciliation, mais également d’esprit critique. Elle est en effet porteuse de valeurs de liberté, de fraternité, d’égalité comme également d’une certaine idée de la laïcité.

L’Œuvre d’Orient se réjouit de la création du fonds pour les écoles chrétiennes francophones au Moyen-Orient et aura à cœur de continuer à soutenir ces établissements.

Retrouvez en exclusivité le rapport M. Charles Personnaz, Directeur à l’Institut national du Patrimoine et chargé de mission bénévole à l’Œuvre d’Orient.


Source

samedi 13 septembre 2014

La « Khan Academy » maintenant complètement traduite en français

Depuis début septembre, Bibliothèques sans frontières, avec le soutien de la Fondation Orange, propose aux élèves et enseignants francophones du monde entier une nouvelle plateforme numérique d’éducation : la Khan Academy (en « chinois » dans le texte).

Imaginée en 2006 par l’Américain Salman Khan, cette plateforme internet offre gratuitement des cours de soutien personnalisés interactifs en vidéo à 10 millions d’utilisateurs par mois. La Khan Academy, qui jusqu'à présent n'était que très partiellement traduite en français, vient d’être entièrement traduite en français à l’initiative de l’association Bibliothèques sans frontières, cofondée par Jérémy Lachal et par l'historien Patrick Weil, et grâce au soutien financier de la Fondation Orange.

Plus de 3 millions de mots ont été traduits en quelques mois sous la supervision d’un comité scientifique. Les leçons en ligne sont accompagnées d’exercices d’évaluation des compétences, d’outils de suivi pour les enseignants et les parents, et intègrent plus de 2 700 séquences vidéo de 10 minutes couvrant les programmes de maths du CP (1ère année du primaire) à la Terminale (dernière année du cégep), ainsi que des cours de sciences comme la biologie, la physique ou encore la chimie.



Avant tout un soutien scolaire

Un enseignement à distance qui n’a pas vocation à remplacer les cours traditionnels prodigués en classe. Il s’agit avant tout d’un soutien scolaire, jamais un programme en ligne, aussi pertinent soit-il, ne pourra rivaliser avec un professeur, affirme Jérémy Lachal, le directeur de Bibliothèques sans Frontières.

L’association Bibliothèques sans Frontières, compte également apporter les ressources éducatives et pédagogiques de la Khan Academy dans les camps de réfugiés au cœur des zones de conflits, grâce au développement de conteneurs modulables et connectés, comprenant un ensemble d’outils et de services éducatifs, informatifs et culturels qui sont destinés aux populations en situation d’urgence. Les « Ideas Box », c’est leur nom [en français ?], sont déjà déployées au Burundi, dans les camps de réfugiés congolais. L’association prévoit l’implantation prochaine d’autres modules, au Liban et en Jordanie pour les réfugiés syriens scolarisés en français.

Voir aussi

À la maison, l’étudiant suit les cours en vidéo, à l’école les enseignants surveillent les exercices

 

samedi 6 août 2011

Les écoles catholiques privées du Liban : « blindés de la langue française »

Le journal libanais L'Orient-Le Jour nous apprend qu'une classe entière de jeunes Libanais du Liban-Sud ont pu passer une semaine en France à la suite d'un concours.

La supérieure générale de la Congrégation des sœurs des Saints-Cœurs :
« Nous sommes les blindés de la langue française, vous pouvez compter sur nous »
Le contingent français de la Finul (forces intérimaires des Nations-Unies au Liban) avait lancé dans toute la zone du sud du fleuve Litani (l'antique Léontes) un concours destiné aux élèves des classes de 7e et 6e. Plus de 3 000 élèves ont pris part à ce concours. Ces écoliers devaient se présenter et parler d’eux-mêmes, de leurs vies et activités, sous une forme imagée ou écrite, leur permettant de s’exprimer en quelques mots ou par un ensemble de dessins.

Dans son discours marquant le départ pour la France des gagnants, le général Xavier de Woillemont, chef d’état-major de la Finul, a indiqué que les Casques bleus français estiment que ce genre de programmes constitue un facteur de paix et de stabilité. Il a souligné que « la francophonie n’est pas seulement une participation linguistique, c’est aussi un mélange de cultures et de valeurs humaines portant la paix en soi. C’est cette paix qui est au cœur de la mission de la Finul au Liban-Sud ».

Pour sa part, Didier Chabert, représentant l’ambassade de France, a noté que la participation massive au concours a révélé l’importance que le peuple libanais accorde à l’apprentissage de la langue française, mettant l’accent sur l’histoire du Liban et son valeureux héritage à travers sa culture bilingue.

Arrivés en France, la mairie de la ville d'accueil a organisé une cérémonie officielle à laquelle a notamment pris part le colonel Jérôme Pupa, qui avait lancé le concours de la francophonie avant son départ du Liban.

Prenant la parole, mère Daniella Harrouk, supérieure générale de la Congrégation des Saints-Cœurs, a surpris l’assistance en déclarant : « Nous sommes les blindés de la langue française, vous pouvez compter sur nous », faisant ainsi allusion aux plus de 43 000 élèves qui apprennent le français dans les écoles de l’institution.

De son côté, le maire Philippe Jovan a mis l’accent sur les relations historiques entre le Liban et la France, précisant que « le français n’est pas seulement une langue, mais aussi une histoire et une civilisation ».

Le colonel Pupa a souhaité, pour sa part, que ce voyage marque le début d’une importante série d’activités et de programmes qui contribueront à développer la francophonie. Quatre jours en France, c’était une belle initiative du contingent français de la Finul pour promouvoir sa langue maternelle et c’était aussi une occasion pour ces vingt élèves du caza de Marjeyoun de découvrir la France et échapper à leur quotidien difficile, dans une zone qui n’a quasiment jamais connu la paix.

L'effondrement de la francophone égyptienne, son impact

Au sujet de l'influence de la francophonie sur les pays arabes et leur ancrage à la civilisation occidentale. Notons, a contrario, l'effet de l'élimination des élites francophones en Égypte.

Les Égyptiens sont très fiers d'avoir eu très tôt un élite « moderne », y compris sur le plan religieux. Et cela, disent-ils, depuis Napoléon via Mehemet Ali, mais en fait surtout depuis la fin du XIXe siècle. C'est relativement exact, mais cette élite égyptienne devait beaucoup à l'environnement (français et européen, grec, libanais, juif…) intellectuel et entrepreneurial, religieusement varié et francophone, qui a été détruit par la conjonction du nassérisme (socialisme national panarabe) et de la calamiteuse franco-britannique expédition de 1956. Cette élite a été en gros remplacée par la montée de la petite bourgeoisie musulmane, masculine, nationaliste et souvent fonctionnaire ou du secteur public, donc peu soucieuse de la dérive policière et militaire ou de l’écroulement économique. Elle était également peu soucieuse, malgré quelques proclamations, de la vie concrète du peuple. L’intendance sociale a été abandonnée notamment aux Frères Musulmans, que l'on veillait à emprisonner ou pendre s’ils devenaient politiquement gênants.

Mais Nasser reste populaire, ayant fait de grands et beaux discours dont les peuples se souviennent encore aujourd’hui. Quant à la libéralisation économique partielle menée par ses successeurs, elle a certes accéléré la croissance économique, mais surtout au bénéfice des enfants de cette même élite. On voit bien aujourd’hui les réticences des militaires et des entreprises nationales face aux demandes populaires.

Devenue panarabe, non francophone, fonctionnarisée, l'Égypte (comme d'autres pays arabes nationalistes) envoya au Maghreb des bataillons d'enseignants qui devaient arabiser cette région peuplée en grande partie de Berbères et devenue indépendante. Ces enseignants, souvent médiocres, mais qui connaissaient l'arabe et le coran, eurent une influence notable dans l'apparition de l'islamisme en Algérie.[Voir Pierre Vermeren, historien]





Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)