samedi 24 janvier 2026

Critique d'un universitaire pro-immigration contre la désinformation pro-immigration intello de salon

Résumé d'un article d'Alexander Kustov, maître de conférences (Assistant Professor) en sciences politiques à l’Université de North Carolina at Charlotte, spécialiste des politiques migratoires et de l’opinion publique, et auteur du livre In Our Interest: How Democracies Can Make Immigration Popular (Columbia University Press, 2025).

L’auteur, Alexander Kustov, est un chercheur pro-immigration réaliste (particulièrement en faveur d’une immigration plus ouverte pour les profils qualifiés) qui critique ce qu’il appelle la « désinformation pro-immigration sophistiquée/intello » (highbrow pro-immigration misinformation).

Contrairement aux infox grossières, ce type de désinformation ne repose pas sur des mensonges explicites, mais sur la sélection, l’omission et le cadrage des faits de manière à favoriser une narrative souhaitée — souvent par des médias de grand chemin, des universitaires et des milieux progressistes. Cette communication, incomplète ou biaisée, crée un récit attrayant mais fragile qui finit par se retourner contre la cause qu’elle prétend servir.

Kustov soutient que ces demi-vérités sophistiquées sapent la confiance publique : quand la réalité contredit des récits trop lisses, la crédibilité du discours pro-immigration s’effondre, offrant un terrain fertile aux arguments anti-immigration.

Les cinq « vérités inconfortables » mises en lumière:

  1. L’immigration ne se résume pas à une affaire humanitaire

    Le cadrage dominant présente souvent l’immigration comme une réponse aux souffrances humaines. Or, moins de 20 % des migrants internationaux sont des réfugiés ou demandeurs d’asile : la majorité migre pour des motifs économiques, familiaux ou d’études. En insistant exclusivement sur la dimension humanitaire, on occulte les intérêts économiques et nationaux des pays d’accueil.

  2. L’idée que l’immigration serait bénéfique pour tous, partout et sans compromis est un mythe

    Même si l’immigration était généralement positive au niveau macroéconomique, certains groupes locaux pâtissent et subissent des coûts réels (concurrence sur le marché du travail, pression sur les services publics, etc.). Ignorer ces effets négatifs rend l’argumentaire très vulnérable à la moindre critique.

  3. Ce qui est vrai dans un contexte ne l’est pas forcément ailleurs

    Certains arguments pro-immigration extrapolent des résultats d’un pays à tous les autres. Par exemple, le fait que les immigrés commettent moins de crimes que les natifs aux États-Unis  [la criminalité est important chez les noirs américains] ne prouve rien pour d’autres pays où les contextes institutionnels, démographiques ou sociaux diffèrent.

  4. Considérer que les migrations temporaires sont forcément exploiteuses est un cadrage moral simpliste

    La critique généralisée des visas temporaires (H-1B ou contrats dans les pays du Golfe) passe souvent sous silence les gains économiques substantiels pour les migrants eux-mêmes, qui peuvent multiplier leurs revenus. Les abus qui existent tiennent davantage à de mauvaises conceptions institutionnelles qu’à la nature temporaire des visas.

  5. Réduire toute opposition à l’immigration à de la désinformation ou au racisme est condescendant et erroné

    La résistance à l’immigration est souvent enracinée dans des valeurs profondes : attachement à l’identité nationale, volonté de maîtrise démocratique, sentiment d’injustice (« pourquoi eux avant nous ?»). Ignorer ces valeurs et se contenter de corriger de manière professorale des erreurs factuelles ne change pas ces attitudes de fond ; au contraire, les nier peut les renforcer. 

Pour Kustov, le camp pro-immigration se sabote quand il refuse d’admettre les coûts et compromis réels inhérents à certaines politiques migratoires.

Pour élaborer des politiques d’immigration durables et largement soutenues, Kustov recommande :
  • Reconnaître honnêtement les gagnants et les perdants des politiques migratoires.
  • Cesser les généralisations abusives.
  • Admettre la tension entre volume d’immigration et niveau de droits accordés.
  • Arrêter de ramener toute opposition à une forme d’ignorance ou de préjugé.

vendredi 23 janvier 2026

Rive-Sud de Montréal — Des « jeunes » causeraient bien des « maux de tête » aux commerçants

À Brossard (au Québec), une bagarre entre plusieurs jeunes s’est terminée de manière violente. Deux coups de feu ont été tirés, une personne a été poignardée et une autre aspergée de gaz poivré. 

Les événements se sont produits dans le stationnement du petit centre commercial situé juste en face de l’établissement scolaire Antoine-Brossard fréquenté par de nombreux enfants issus de l'immigration.



Billet du 2 décembre 2025
 
Bagarres, menaces, agressions armées, vols qualifiés, méfaits : des commerçants sont exaspérés par les comportements violents d’élèves de l’école secondaire Antoine-Brossard. Depuis la rentrée scolaire, la police de Longueuil est intervenue à 25 reprises près d’un centre commercial où des centaines d’adolescents s’attroupent tous les jours à l’heure du midi.

Écoutez les accents des jeunes, le fait qu'il y ait de plus en plus d'élèves à l'école Antoine-Brossard (alors que les Québécois ne font plus assez d'enfants depuis 50 ans), notez la carnation (leur teint) des jeunes. Ali Barat, propriétaire d’un dépanneur, tente tant bien que mal de contrôler les entrées et sorties des élèves qui se bousculent à l’intérieur. « Ils volent beaucoup. Tous les jours, je vais en [attraper] un ou deux », explique-t-il, l’air dépassé.

La semaine précédente, les élèves se sont rués… sur le lait. Un gaz irritant a été pulvérisé par quelqu’un dans la foule. Les élèves voulaient rincer leurs yeux brûlants. Ali Barat refuse désormais de leur vendre des œufs. Trop de batailles. « C’est fatigant », dit-il.

Dans le commerce adjacent, Mario Lacombe, un serrurier, observe la scène à travers la fenêtre de sa boutique. « Là, c’est tranquille, c’est une petite journée. » Normal, remarque-t-il, la police est venue hier. Une opération de visibilité d’envergure a eu lieu pour tenter de refroidir l’ambiance.
 
Feux d’artifice et eau de Javel

La situation perdure depuis des années, déplore le serrurier. Une vidéo captée devant le commerce en 2023 montre par exemple des jeunes qui prennent le stationnement pour un ring de boxe. Une autre séquence filmée à l’arrière, en 2022, montre un jeune homme qui brandit quelque chose qui a la forme d’une arme de poing.

« Cette vidéo montre une agression armée survenue à la suite de méfaits commis sur un véhicule par projectile d’arme s’apparentant à une arme à feu. L’enquête a permis d’identifier un suspect, mineur au moment des faits, mais la victime n’a pas été localisée », précise le SPAL.

« C’est inquiétant. Je ne comprends pas que les parents réagissent si peu », ajoute la fille de M. Lacombe, Annie Lacombe, dont la voiture a déjà été endommagée lors d’une bagarre.

« Un gros problème, c’est que l’école dit que dès qu’ils sortent du terrain, elle n’est plus responsable », souligne celle qui doit souvent accompagner les clients vers leur voiture.

Dans un salon de beauté situé au bout du centre commercial, la coiffeuse Marie-Josée Demers raconte qu’en juin dernier, elle a secouru un élève qui avait été aspergé d’eau de Javel et de sardines. Une adolescente le menaçait avec des ciseaux. « Ils essayaient de tabasser le garçon », raconte-t-elle.

Mme Demers explique que les bagarres sont très fréquentes. 
 
« Ce n’est pas normal, je m’excuse, mais ils sont sauvages. Ils sont très sauvages », dit-elle.

« C’est mauvais pour le commerce », ajoute sa collègue Alice Gaudreault. Des clients évitent d’ailleurs de prendre des rendez-vous sur l’heure du dîner.

Pendant ce temps, au restaurant Pizza Pizza, c’est la cohue. Des dizaines d’élèves s’entassent à l’intérieur du restaurant même s’ils ont leur boîte à lunch. Il est presque impossible de se frayer un passage. Parmi les deux employés sur place, Sakshi Sairi raconte qu’il y a une semaine, des élèves ont lancé des feux d’artifice dans le portique de la pizzéria. Une vitre a aussi été fracassée par un bloc de glace lors d’une bataille de boules de neige. Elle raconte que des bagarres ont déjà éclaté à l’intérieur.
 
Les adolescents à qui nous avons parlé racontent avoir vu des élèves avec des couteaux et des matraques. Plusieurs disent avoir reçu du gaz irritant. Pourquoi continuer de fréquenter le lieu ?

Quand arrive l’heure du midi, c’est la cohue au restaurant Pizza Pizza.

« On n’a pas peur du danger », a répondu un autre garçon du groupe.
 
De pire en pire

La situation s’est aggravée depuis septembre, disent les commerçants. Une réalité corroborée par le SPAL. « En trois mois, 25 déplacements policiers, ça commence à être considérable », confirme l’agent relationniste François Boucher.

Quelle est la nature des évènements commis ? Des bagarres « impliquant des dizaines de jeunes », des vols qualifiés sur des personnes, des méfaits sur des commerces, des agressions armées, la possession d’arme blanche, l’usage de gaz de type répulsif contre les ours et des incivilités près d’établissements, rapporte le corps policier municipal.

La situation est préoccupante en raison de la « gradation de la violence », affirme François Boucher. C’est pourquoi la présence policière s’est intensifiée.

Mario Lacombe raconte qu’une policière s’est récemment « fait entourer » par une cinquantaine de jeunes. « Écoute, tu ne la voyais plus », explique le serrurier.

Source : La Presse

France — « Le masculinisme : "un enjeu de sécurité nationale" »

Mathieu Bock-Côté, sociologue, critique un rapport du Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes publié en janvier 2026, qui qualifie le masculinisme de menace à l'ordre public et à la sécurité nationale.

Bock-Côté dénonce une dérive idéologique en assimilant paternalisme traditionnel (comme la galanterie ou la protection financière des hommes) à un sexisme hostile, et en liant ce dernier à des positions de droite ou religieuses, sans aborder les violences issues de cultures immigrées.


Mathieu Bock-côté est revenu sur ce sujet dans sa chronique du 24 janvier dans le Figaro.

Il faut toujours s’intéresser aux rapports que publient régulièrement les « hautes autorités ». Car, à travers eux, l’État - ou plus exactement la technostructure - s’exprime, et même si ses différentes instances sont « indépendantes », elles ne sont pas axiologiquement neutres. Une élite s’y est installée. Son pouvoir dépend de son expertise supposée et, plus encore, de sa capacité à l’exprimer dans le langage des sciences sociales, qui donne à la fois l’impression de dévoiler pleinement les mécanismes sociaux, mais, plus encore, de pouvoir les maîtriser, en multipliant les programmes, les règlements, les lois. C’est la technique de l’ingénierie sociale.

C’est à cette lumière qu’on comprendra le nouveau rapport (rédigé en écriture inclusive) du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, paru cette semaine, encensé par la presse officielle, et qui prétend dévoiler un nouveau péril pour la France : la menace masculiniste. Le masculiniste menacerait tout à la fois la démocratie, la sécurité publique, et même la sécurité nationale, car il lui arriverait de se faire terroriste. Et le Haut Conseil précise que ce phénomène est insuffisamment documenté en France : c’est grâce à lui que nous serions alertés. Manière comme une autre, pour le Haut Conseil, de justifier son existence et ses crédits, à un moment où on commence à se questionner sur les planqués de la République.

Comment nous explique-t-on le monde dans ce rapport ? La France, comme tous les pays occidentaux, serait un pays fondamentalement sexiste. Ce sexisme aurait deux piliers. D’abord le paternalisme, le sexisme ordinaire, reposant sur le constat apparemment erroné de la différence entre les sexes, et prenant le visage trompeur de la courtoisie, de la galanterie, ou même du sentiment d’obligation que peut avoir un homme devant les femmes, qu’il s’agisse de les complimenter, de les défendre ou bien simplement d’assurer la situation financière de sa famille. La galanterie serait le fard mondain du patriarcat, et les bonnes manières, une stratégie normalisant culturellement la subordination des femmes.

Mais surtout, il faudrait s’en prendre au sexisme hostile, qui serait aujourd’hui le moteur du masculinisme. Mais que doit-on faire entrer dans cette définition ? Tout à la fois la misogynie, la vraie, mais aussi la critique du féminisme, le constat que celui-ci a souvent misé sur une logique de discrimination positive d’effacement des hommes (le fameux homme blanc de plus de 50 ans qui devait dégager, comme on osait encore le dire sans gêne il y a quelques années), ou la simple défense d’une conception plus traditionnelle de la masculinité ? Il y aurait même une forme de continuum entre la critique du féminisme idéologique et institutionnel et le terrorisme masculiniste, qu’on nous présente comme un sujet de sécurité nationale.

Les gens de droite sont visés. Le masculinisme serait d’ailleurs un des visages de l’internationale réactionnaire, que le Haut Conseil associe directement à l’administration Trump. La critique du féminisme relèverait donc de l’ingérence étrangère. Étrangement, toutefois, on ne trouve pas un mot dans ce rapport sur l’islam, ni même sur l’islamisme, qui ne trouvent pas leurs racines en France. Apparemment, le statut problématique de la femme qu’on y trouve ne mérite pas la moindre mention. Le voilement des femmes et des fillettes est un non-sujet. De même, l’arrivée de cultures comme celles du Maghreb, du Pakistan ou de l’Afghanistan passe sous le radar. Il ne sera pas dit que l’immigration peut causer un problème.

Ces considérations mises à part, est-ce à dire que tout va pour le mieux entre les hommes et les femmes en Occident ? Non. La jeune génération est à la fois victime de la colonisation pornographique de son imaginaire et d’un puritanisme nouveau, fondé sur la culpabilisation du désir qui aboutit à une forme de récession sexuelle inédite. On ne sous-estimera pas non plus les effets de l’esthétique de la laideur, qui n’est peut-être rien d’autre qu’une traduction idéologique de la pulsion de mort qui s’est libérée dans le monde occidental. Mais de cela, il n’est évidemment pas question dans ce rapport, occupé à fantasmer les prochains attentats masculinistes.

Ce néoféminisme n’est-il pas finalement qu’un socialisme misandre ? À voir derrière chaque disparité une discrimination, derrière chaque inégalité, une injustice, à refuser de penser la différence des sexes, à refuser aussi son ancrage dans la nature, sa dimension anthropologique, et pas que sociale, on en vient à cultiver l’indignation permanente et à voir une forme de lien entre un homme qui, toujours, insiste pour inviter sa compagne ou son amie au restaurant et le poignardeur de femmes. Je ne peux m’empêcher d’associer cette vision du monde qui conjugue le ressentiment et une infinie tristesse à une forme de névrose paranoïaque.


Marguerite Stern : « Comment je suis passée de gauche à droite »

La militante Marguerite Stern (ci-contre), ex-membre des Femen, fait le récit de sa « transition politique » dans un livre récemment paru. 

Depuis que ses positions à rebours de la cause trans lui ont valu d’être une paria dans le milieu féministe, Marguerite Stern a effectué une « transition politique ». Cette ex-femen jadis proche de « Charlie Hebdo » raconte dans un livre intime et survolté comment elle s’est convertie à l’amour de la France et ouverte à la transcendance.

Jeune étudiante venue de province, Marguerite Stern a découvert à Paris l’expérience quotidienne du harcèlement sexiste dans les rues du nord de la capitale, puis la libération jubilatoire que lui procure l’aventure militante au sein des Femen. Cette pasionaria du mouvement féministe a épousé toutes les causes, pris tous les risques : de la jungle de Calais aux commissariats ukrainiens en passant par les geôles de Tunis, elle se fait tour à tour furie dépoitraillée dans des actions coup-de-poing visant à renverser le patriarcat, bénévole dans un foyer de mineurs clandestins, colleuse de messages de protestation contre les féminicides… Avant de subir l’intolérance et le sectarisme qui étouffent trop souvent la liberté de penser au sein des groupuscules d’extrême gauche aux côtés desquels elle combat. Quand elle refuse de voir ses modes d’action récupérés par les activistes de la cause trans, ses alliées d’autrefois deviennent d’impitoyables ennemies qui s’acharnent à la détruire. Marguerite Stern prend alors ses distances avec le féminisme radical, écoute d’autres voix, rencontre d’autres personnes.
Les Rives contraires est le récit de cette émancipation progressive.

jeudi 22 janvier 2026

Réécriture de l’histoire — Pour Mark Carney, les Plaines d’Abraham, lieu de la défaite française, seraient le symbole de la coopération multiculturelle

Le 22 janvier 2026, à la Citadelle de Québec, sur les Plaines d’Abraham — un lieu hautement symbolique de l’histoire québécoise —, le premier ministre canadien Mark Carney a prononcé un discours qui a suscité une vive controverse. Devant son cabinet réuni en retraite, il a présenté la bataille de 1759, événement fondateur de la Conquête britannique et disparition de la Nouvelle-France, comme un moment marquant un « choix historique » en faveur de l’adaptation et de la collaboration.

Selon M. Carney, les Plaines d’Abraham représenteraient à la fois un champ de bataille et l’endroit où le Canada aurait amorcé un parcours fondé sur le partenariat plutôt que la domination et sur la collaboration plutôt que la division. Cette lecture, qui tend à réinterpréter un épisode de guerre coloniale en symbole de compromis, a été perçue par plusieurs comme une vision excessivement idéalisée de l’histoire.


Pour ses critiques, cette interprétation relève d’une réécriture problématique du passé. Elle minimise les conséquences de la Conquête pour les Canadiens français — perte de souveraineté, marginalisation politique et tentatives répétées d’assimilation — au profit d’un récit consensuel visant à renforcer l’unité canadienne contemporaine. Dans ce cadre, les conflits historiques seraient relégués au second plan afin de promouvoir une vision d’un Canada post-national et multiculturel, au risque d’effacer des mémoires collectives encore vives au Québec.


Un rappel des faits historiques s’impose. En septembre 1759, les troupes britanniques commandées par le général Wolfe vainquent celles de Montcalm, entraînant la chute de la Nouvelle-France et l’établissement durable de la domination britannique en Amérique du Nord. Il ne s’agit pas d’un partenariat volontaire, mais bien d’une conquête militaire, suivie de politiques visant, explicitement ou implicitement, l’assimilation des Canadiens français — des déportations acadiennes au rapport Durham, en passant par les rébellions de 1837-1838. Rappelons que le 17 juillet 1761 la Nouvelle-France avait 14 % d'habitants de moins qu'en 1759. L’évocation par M. Carney d’un « pacte » renouvelé lors des référendums de 1980 et 1995 est également contestée, ces consultations ayant été marquées, selon plusieurs, par des interventions fédérales controversées et de promises non respectées.


Jean-Denis Garon est député bloquiste de Mirabel, titulaire d'un Ph.D. en économie et professeur à l'ESG-UQAM

Cette relecture de l’histoire s’inscrit, selon ses détracteurs, dans une narration libérale qui cherche à présenter le Canada comme un modèle d’harmonie multiculturelle, quitte à atténuer la réalité des rapports de force historiques. Or, pour une grande partie des Québécois, les Plaines d’Abraham demeurent avant tout un symbole de défaite, mais aussi de survivance et de résistance culturelle. Le choix de ce lieu pour défendre un plaidoyer en faveur de l’unité canadienne est ainsi perçu comme maladroit et déconnecté de la sensibilité historique québécoise.

Mark Carney lors d'un point de presse à Québec le 22 janvier 2026

Plusieurs figures publiques ont exprimé leur désaccord. Le sociologue Mathieu Bock-Côté a dénoncé ce qu’il considère comme une falsification du passé, appelant les médias à ne pas banaliser ce type de discours. Le chercheur Frédéric Lacroix y voit, pour sa part, une tentative de légitimer la domination politique et culturelle du Canada sur le Québec en la présentant comme un choix partagé. Des élus du Bloc québécois, dont Maxime Blanchette-Joncas et Denis Trudel, ont également critiqué une lecture qu’ils jugent incompatible avec les réalités historiques de la Conquête et de ses conséquences.

Le 17 juillet 1761 — la Nouvelle-France a 14 % d'habitants de moins qu'en 1759

Le 17 juillet 1761, dix mois après la capitulation de Montréal, le commandant James Murray envoie à William Pitt, ministre de la Guerre britannique, un relevé de la situation du pays conquis, et il constate que, depuis 1759, il y a au Canada dix mille habitants de moins [1]. Dix mille habitants de moins sur un total qui ne peut pas avoir dépassé de beaucoup soixante-dix mille, c’est là, pour la Nouvelle-France, le prix de la défaite et de l’invasion.

La Place-Royale de Québec est presque entièrement détruite par les Anglais. De l’église Notre-Dame-des-Victoires, il ne reste que les murs calcinés, comme en témoigne une gravure (ci-dessus) de l’officier de marine Richard Short réalisée en 1761.
 
Devant l’ennemi les Canadiens n’ont point accoutumé de se ménager. Au début de la guerre, ils sont seuls à composer les partis qui disputent aux Anglais les marches de l’Ohio. Ce sont eux qui, avec Beaujeu, remportent la belle victoire de la Manongahéla [2] (près de Pittsburgh actuel) ; eux encore qui, avec Villiers, vengent Jumonville et reprennent le fort Duquesne (Pittsburgh actuel) [3]. Ils ont une part beaucoup moindre à la journée de Carillon où la milice n’est représentée que par un détachement de deux cent cinquante hommes [4]. Au siège de Québec, tout le monde prend part à la résistance, même les écoliers, même les séminaristes [5]. À la bataille d’Abraham, les milices forment les deux ailes de l’armée de Montcalm [6]

L’armée de Braddock tombant dans l’embuscade tendue par les Français et de leurs alliés amérindiens à la bataille de la Monongahéla.

Mais c’est surtout dans les deux dernières campagnes que Lévis a recours à la milice, cette milice où toute la population mâle de la colonie, de seize à soixante ans, est enrégimentée [7]. Il verse un certain nombre d’habitants dans ses bataillons de réguliers qui ne peuvent plus se recruter autrement [8]; et quand, en plein hiver, il reprend l’offensive contre l’envahisseur, il emmène tout ce qui est mobilisable dans les districts des Trois-Rivières et de Montréal. De soldats et de miliciens il y a, à Sainte-Foy, à peu de chose près, le même nombre [9]. La dernière victoire française sur la terre canadienne coûte aux milices du Canada cinquante-et-un tués et cent quatre-vingt-dix blessés [10].

Déjà décimé par la guerre et par la maladie, ce malheureux peuple a enfin à subir l’invasion. Les Anglais ont entrepris de décourager la résistance par la dévastation systématique. Dès son entrée dans le fleuve, Wolfe se fait la main sur Gaspé et Montlouis. Parvenu devant Québec il adresse aux habitants, le 27 juin 1759, une proclamation qui se termine sur des menaces terribles. Malheur aux Canadiens s’ils persistent à prendre part « à une dispute qui ne regarde que les deux couronnes [11]. » Le bombardement de Québec commence. Il dure soixante-huit jours. Lorsque Ramezay capitule, la Haute-Ville est à demi détruite, la Basse-Ville l’est tout à fait [12]

Principales batailles de la guerre de Sept Ans (qui commença plus tôt en Amérique du Nord qu’en Europe où elle débuta en 1756)

Le retour offensif de Lévis en 1760 achève la ruine de la petite capitale. Battu à Sainte-Foy, Murray incendie les faubourgs de Saint-Roch et de la Potasse [13]. Les campagnes n’ont pas été épargnées davantage. Exaspéré par l’échec que Montcalm lui inflige à Montmorency, Wolfe livre tout le pays à ses soldats. Ils brûlent toutes les paroisses de l’ile d’Orléans, toutes celles de la côte nord depuis l’Ange-Gardien jusqu’à la baie Saint-Paul, toutes celles de la côte sud depuis L’Islet jusqu’à la Rivière-Ouelle [14]. Le plus souvent l’incendie éclaire le massacre. Les rangers, sorte de coureurs de bois que commande le major Rogers, tiennent à honneur de rapporter des chevelures françaises [15]. Un officier américain se signale par sa fureur sanguinaire : c’est le capitaine Montgomery, un futur lieutenant de Washington. Les Canadiens se vengeront plus tard de l’égorgeur de Saint-Joachim [16].

Murray ne fait pas la guerre plus humainement que Wolfe. Lui aussi, il refuse aux Canadiens le droit de défendre leur patrie [17]. Il prétend réduire Lévis aux débris du détachement de la marine et des sept bataillons de réguliers. Toutes les fois qu’il trouve une maison abandonnée de son propriétaire, c’est-à-dire dont le propriétaire sert à son rang de milicien, il la détruit [18]. Par ses ordres lord Rollo, qui a déjà passé au feu l’île Saint-Jean, renouvelle son exploit à Sorel [19]. Cette guerre sans pitié se prolonge quinze mois sur le sol de la Nouvelle-France. Wolfe paraît à l’entrée du Saint-Laurent le 11 juin 1759, Lévis traite le 8 septembre 1760. Ce que fut le lendemain de cette invasion de barbares on le devine ; la famine et l’hiver achèvent l’œuvre de mort.

Extrait de la colonisation de la Nouvelle France, huitième partie, La guerre de Sept Ans.

Voir aussi  

Histoire — Le 8 juillet 1758 eut lieu la victoire de Fort Carillon

Québec — La communauté anglophone a demandé de modifier le programme d’Histoire pour le rendre plus canadien et divers 

Dix février 1763 — Signature du traité de Paris 

Histoire — Pas de célébration pour le 350e anniversaire de d’Iberville

Préconisé par le rapport Durham, l’Acte d’Union voté en juillet 1840 par le parlement britannique prend effet le 10 février 1841.

 

Une école davantage faite pour assurer la paix sociale que pour instruire

Si la dégradation de notre système scolaire [français] n’a pas été directement causée par l’immigration de masse, celle-ci en aggrave tous les aspects : communautarisme conquérant, violence débridée, niveau en chute libre. Et puisqu’il est encore interdit d’en faire le constat, il paraît difficile d’envisager ne serait-ce que l’ébauche d’une solution.

Le récent retour du débat sur les “temps scolaires”, à l’occasion de la publication du rapport de la convention citoyenne sur le temps de l’enfant, prouve, s’il était encore besoin d’une preuve en la matière, le refus définitif de nos gouvernants de s’attaquer aux véritables maux de l’école. Quand le niveau des élèves s’effondre, quand la violence se banalise dans les établissements et quand il devient impossible de pourvoir tous les postes d’enseignants, on ergote sur l’organisation des journées et sur la durée des vacances… Naturellement, le nombre d’heures de cours et leur répartition resteront des données accessoires tant que le professeur devra passer la majeure partie de son temps en classe à faire la discipline et tant qu’aucune forme d’exigence ou de sélection ne viendra pousser les élèves à travailler.



Chacun en a bien conscience désormais, notre école est malade et notre système éducatif au bord de l’effondrement. La raison en est d’abord la disparition de l’autorité du professeur et de toute l’échelle des sanctions sous l’effet de l’idéologie post-soixante-huitarde, ainsi qu’une orientation pédagogique délirante, qui fait encore dire à des inspecteurs aujourd’hui que l’enseignant ne doit pas incarner une “posture de savoir” face aux élèves ni leur transmettre ce savoir de manière “descendante”. La plupart des acteurs du système sont encore partie prenante de cette idéologie et ce faisant, ils ont largement contribué à creuser leur propre tombe depuis des années.

Cependant, à côté de ces dérèglements propres au système éducatif, d’autres facteurs extérieurs sont venus dans le même temps peser sur lui et aggraver son délitement depuis les années 1980 ; il s’agit en particulier de l’immigration massive de personnes issues du monde arabo-musulman et de l’Afrique subsaharienne. Certes, excepté quelques hypocrites ou fanatiques, chacun reconnaît désormais le poids de cette immigration dans différents domaines, comme la délinquance, le trafic de drogue, l’insécurité ou le terrorisme. On commence également à prendre conscience du poids de ce phénomène sur notre système social et notre système de santé, même si le sujet est rarement abordé de manière directe.

C’est par le biais de questions comme celle du financement de l’aide médicale de l’État, de la dette des étrangers dans nos hôpitaux, des visas accordés pour soins ou encore de la pénurie d’organes pour les greffes que le rôle joué par l’immigration dans l’effondrement de notre hôpital parvient à se frayer une place dans le débat public.

Mais s’agissant de l’école, le mot n’est pratiquement jamais prononcé et, pourtant, il est notoire que les établissements difficiles, classés en “réseau d’éducation prioritaire” (Rep ou Rep+), sont fréquentés en très grande majorité par des élèves issus de l’immigration. « C’est l’éléphant dans la pièce », écrivait dans un article du Figaro Joachim Le Floch-Imad, l’un des rares à aborder la question, notamment dans son dernier livre, Main basse sur l’éducation nationale (Les Éditions du Cerf), mais également dans une récente note pour l’Observatoire de l’immigration et de la démographie.

Le déni de la société sur ce sujet reste aujourd’hui presque total et n’a d’égal que le déni des acteurs sur le terrain. Ainsi, une étude de l’association Le choix de l’école, sortie le 15 octobre 2025, stipulait que « sept professeurs sur dix travaillant en Rep l’ont fait par choix », et que « deux professeurs sur trois disent vouloir rester dans les cinq prochaines années » à leur poste. Le président de l’association insistait encore sur la « fierté d’enseigner en Rep », procédant chez ces enseignants d’un « fort sentiment d’utilité sociale ». Ce type d’enfumage est classique concernant des zones et des établissements où, en réalité, personne n’a envie d’aller travailler, comme en témoignent on ne peut plus clairement les “barres” de mutation de l’éducation nationale, qui indiquent le nombre de points qu’un professeur doit avoir gagné, par ancienneté ou par sa situation familiale, pour obtenir sa mutation dans un établissement. Évidemment, plus un établissement est demandé, plus il faut de points pour l’obtenir. Dans une matière comme le français, il faut 14 points pour enseigner dans un collège de Seine-Saint-Denis, et il en faut entre 700 et 1000 pour enseigner dans un bon établissement de Paris intra-muros. On trouvera donc toujours pléthore de ces enseignants qui clament leur amour pour les élèves de ces établissements et affirmeront mordicus qu’ils sont heureux d’y travailler ; cependant, presque aucun n’y reste une fois les fameux points acquis, comme en témoigne le jeune âge des équipes travaillant en Rep et Rep+.

mardi 20 janvier 2026

Discipline — La France est parmi les pays aux classes les plus perturbées

Alors que les élèves évoluent dans un climat scolaire toujours plus perturbé, enseignants et personnels d’éducation peinent parfois à cadrer leurs classes. D’autant que leur autorité est souvent discréditée par les parents eux-mêmes.

Le secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction de l’éducation nationale, Bruno Bobkiewicz, estime qu’il faudrait s’attarder sur la santé mentale des élèves.
 
La discipline à l’école est un enjeu pour tous les établissements. Au Québec, depuis cette rentrée du mois de janvier, tous les élèves ont l’obligation de vouvoyer leurs enseignants et le personnel de l’éducation. Une nouvelle consigne formulée par le gouvernement pour instaurer davantage de civisme et de respect à l’école. Un manquement de la règle peut conduire les enfants à recevoir une retenue, voire une expulsion.

En France, les élèves sont habitués à vouvoyer les adultes, a minima au collège et au lycée. Malgré cette politesse, les élèves français figurent parmi les plus dissipés en classe.
Selon la dernière étude Pisa sur « la vie à l’école et le soutien à la maison », sortie en décembre 2023, ils travaillent dans un climat de classe nettement plus perturbé que dans la moyenne des pays de L’OCDE, avec beaucoup de bruit, de désordre et de distractions, notamment numériques.

Ainsi, l’indice de climat disciplinaire en cours de mathématiques place la France parmi les pays les plus perturbés, avec un score autour de -0,23 quand la moyenne OCDE est à 0. Environ 16,5 % des élèves français déclarent ne pas pouvoir travailler correctement durant chaque cours de maths, un niveau nettement supérieur à celui de pays très performants comme le Japon (1 %). Par ailleurs, d’après une note de la Depp, le service statistique de l’éducation nationale, sur l’année 2022-2023, le nombre d’« incidents graves » signalés dans les établissements avait augmenté par rapport à l’année précédente, passant de 3 à 4,6 élèves pour 1 000 en école publique, et de 12,3 à 13,7 en collège et lycée. Ce qui se traduit par davantage de commissions éducatives et de conseils de discipline.

Un constat qui n’a rien d’étonnant pour Jean-Rémi Girard, président du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc). « Nos métiers sont très dévalorisés dans la société, à la fois par les adultes mais donc aussi par leurs enfants. Ce qui crée un problème de respect de l’autorité des enseignants. Dès qu’un parent remet en cause une punition que nous donnons à un enfant, nous perdons toute crédibilité », souffle-t-il. Un avis partagé par Aurélie Gagnier, porte-parole du premier syndicat d’enseignants, le SNUIPP-FSU, qui ajoute : « Les élèves sont davantage autonomes en classe. Ce qui les rend aussi moins dociles. Leur imposer un cadre devient alors difficile. Les enseignants ne sont pas formés pour savoir comment réagir dans ces cas-là. »

En classe, les enseignants disposent de divers outils pour faire régner l’ordre. Le ministère de l’Éducation nationale met à disposition du personnel d’éducation une fiche sur les sanctions et punitions, qui doivent être distinguées. « Elles ne visent pas des actes de même gravité », détaille la note. Les punitions scolaires sont prononcées par les professeurs, les personnels de direction, d’éducation ou de surveillance, tandis que les sanctions sont prononcées par le chef d’établissement ou par le conseil de discipline. En cas de débordement d’un élève, les enseignants peuvent rédiger un rapport sur le carnet de correspondance. Ils peuvent aussi exiger une excuse publique orale ou écrite, un devoir supplémentaire sous surveillance, ou donner une retenue. En revanche, selon une circulaire de 2011, « les punitions ou sanctions collectives sont prohibées ». D’après la même circulaire, « la note de zéro infligée à un élève en raison de motif exclusivement disciplinaire est proscrite ».

Depuis le 5 juillet 1890, « le pensum, le piquet, la suppression de récréation ou les travaux forcés sont prohibés », explique Claude Lelièvre, historien de l’éducation. Les châtiments corporels ont aussi été interdits sous Jules Ferry. Mais d’après une étude de 1987, du psychologue Bernard Douet, intitulée «Discipline et punition à l’école », 15 % des instituteurs déclaraient deux ans plus tôt qu’ils avaient eux-mêmes pratiqué la fessée sur leurs élèves, pourtant interdite depuis un siècle. « Il y a encore quelques décennies, les tribunaux considéraient que l’enseignant était un délégué du parent d’élève. On ne s’inquiétait pas encore vraiment des violences éducatives ordinaires, interdites officiellement depuis 2023 également dans le cadre familial », indique Claude Lelièvre. « Aujourd’hui, nous évitons également de donner des lignes à copier, car il n’y a pas vraiment d’enjeu pédagogique », ajoute Jean-Rémi Girard.

Au-delà des punitions et des sanctions, pour calmer les tensions au sein de la classe, Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction de l’éducation nationale (SNPDEN-UNSA), estime qu’il faudrait s’attarder sur la santé mentale des élèves. « Il y a une hausse du nombre d’élèves qui vont mal et qui perturbent le bon fonctionnement de la classe. Parmi eux, certains devraient d’ailleurs être orientés vers des classes adaptées, notamment en institut médico-éducatif. Tant que l’on n’ouvrira pas les yeux sur ce problème, il ne pourra pas disparaître », conclut-il.


Source: Le Figaro

21 janvier 1948 — le drapeau du Québec flotta pour la première fois sur l’Hôtel du Parlement

C’est en l’an 507 qu’apparaît pour la première fois la fleur de lys sur le drapeau de Clovis, Roi des Francs. La fleur de lys devait à jamais symboliser la royauté française.

Au XVIe siècle, la fleur de lys fait son apparition en Nouvelle-France lorsque Jacques Cartier, débarquant à Gaspé, plante une croix portant les armoiries de la France où sont représentées trois fleurs de lys d’or.

L’ancêtre direct de notre drapeau actuel est la bannière dite de « la bataille de Carillon ». De couleur bleu ciel, elle portait au centre l’écu de France et les coins étaient ornés de quatre fleurs de lys d’argent.

Après la chute de Québec en 1760, les couleurs françaises disparaissent de notre coin de pays. Elles furent remplacées par celles de la Grande-Bretagne, soit l’Union Jack.

Après 1760, le peuple du Québec manifeste régulièrement son intention d’adopter un drapeau national. En 1832, les Patriotes choisissent le tricolore vert blanc et rouge disposé en bandes horizontales. Il deviendra le drapeau de la révolte de 1837-38. Il sera cependant abandonné après que la révolte des Patriotes fut écrasée.

En 1902, l’abbé Filiatrault, de Saint-Hyacinthe, hisse sur son presbytère un drapeau semblable à celui de Carillon, sauf que les fleurs de lys sont blanches. Ce drapeau fut, à ce qu’on dit, très bien accueilli par la population.

En 1903, on ajoute à ce drapeau un Sacré-Coeur entouré de feuilles d’érables. Ce drapeau deviendra en 1926, par vote de l’Assemblée législative, l’emblème de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec.

En 1935, l’Assemblée législative décide d’enlever le Sacré-Coeur sur le drapeau, car la présence d’un emblème religieux pose des problèmes. Cette année-là, le drapeau prend le nom de fleurdelisé.

Le 2 décembre 1947, le député René Chaloult dépose une motion à l’Assemblée qui doit être débattue le 21 janvier 1948. Maurice Duplessis est alors Premier ministre du Québec. Il n’est pas opposé au fleurdelisé mais il a quelques réserves. Il pense placer au centre les armoiries du Québec, ou encore une couronne rouge, qui symboliserait celle de France ou d’Angleterre.

Le matin même où la motion Chaloult doit être discutée en Chambre, un arrêté reçoit l’approbation unanime du Conseil des ministres, consacrant le fleurdelisé comme drapeau officiel du Québec.

C’est donc le 21 janvier 1948, peu avant trois heures, que le drapeau du Québec, tel que nous le connaissons aujourd’hui, flotta pour la première fois sur l’Hôtel du Parlement. Devant les députés qui l’ovationnent, Maurice Duplessis présente son drapeau au Québec. Le fleurdelisé devient l’emblème distinctif du Québec, des Québécoises et des Québécois.

Voir aussi

Histoire — Le 8 juillet 1758 eut lieu la victoire de Fort Carillon

lundi 19 janvier 2026

Banlieue — Trop tard ? Est-il si tôt trop tard ?

Dans Nous vivions côte à côte, Alexandre Devecchio, journaliste au Figaro, décrit avec nuance et empathie le lent processus qui a transformé la banlieue où ses grands-parents avaient posé leurs valises en un pays où le mot “français” est désormais une injure.

Trop tard ? Est-il si tôt trop tard ?, se demandait avec anxiété Henry de Montherlant. Le jour où nous chercherons à comprendre quand et comment le destin de la France a basculé, Nous vivions côte à côte, l’ouvrage d’Alexandre Devecchio, nous sera fort utile. Après d’autres, comme Paul Yonnet, Georges Benssousan ou Aymeric Patricot, le journaliste, rédacteur en chef des pages débats/idées du Figaro, raconte la façon dont il a vu changer son univers familier, le coin de France où il est né, où il s’est ouvert au monde. C’est le récit, simple et direct, d’une métamorphose. « Itinéraire d’un petit Blanc de banlieue », précise le sous-titre du livre : une trajectoire à la fois singulière et très commune.

Alexandre Devecchio est né à Épinay-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis. C’est la ville des studios Éclair (la Grande Illusion, les Tontons flingueurs) et du fameux congrès de 1971 où François Mitterrand devint premier secrétaire d’un Parti socialiste dont il n’était même pas adhérent. C’est là aussi qu’en 1956 la nouvelle cité d’Orgemont jaillit d’un terrain vague, là que, huit ans plus tard, le grand ensemble des Presles planta ses tours et ses blocs.

La future plume du Figaro n’est pas un enfant des HLM ; en 1978, ses parents ont acquis une petite maison dans le quartier Blumenthal, un de ces pavillons que la gauche bobo sait si bien mépriser mais qui, pour des gens humbles et travailleurs qui aspiraient à une vie tranquille, avaient tout d’un petit paradis. Il n’est pas un enfant des tours et des blocs, mais tout de même un petit-fils d’immigrés (italiens et portugais) et c’est cela aussi qui rend son témoignage intéressant. Il connaît, par sa mémoire familiale, le prix de l’exil, le choix du déracinement, les efforts de l’assimilation. On venait en France pour travailler, parfois même tout simplement pour survivre. On ne parlait plus la langue maternelle, on gardait pour soi ses affections profondes. C’était dur, mais ça n’était pas un sujet. « Je ne les ai jamais entendus parler de la France autrement qu’avec reconnaissance et respect », écrit Alexandre Devecchio au sujet de ses grands-parents portugais.

Mais ça, pourrait-on dire, c’était avant. Avant la grande transformation qui a précédé sa naissance mais dont il a vu les prolongements, les répliques sismiques. « En vingt ans, au rythme des différentes vagues migratoires, les équilibres démographiques se brisent. La concentration ethnique et culturelle favorise la vie en vase clos. Les tours et les barres se hérissent de paraboles. La violence explose. Policiers, pompiers, médecins sont interdits de séjour dans certaines cités. Les commerces non communautaires plient bagage. Les enclaves islamistes apparaissent. » De cocon, la petite maison d’Épinay est devenue un piège, une prison. Il faudrait partir (partir encore !), mais tous ne le peuvent pas.

Un soir, sa mère est agressée ; elle est jetée au sol, dépouillée de son sac à main. Lui-même sera frappé sur le chemin du lycée, parce qu’il aura oublié d’emprunter l’itinéraire sécurisé. « Cours vite avant que je te fume », lui jette l’un de ses agresseurs. Prévenu, son père déboule, furieux, dans le bureau du surveillant, M. Saidi. Scène pénible, désolante, éloquente. « Comme beaucoup de Français ordinaires, mon père était fatigué par le manque de respect, la haine et l’hostilité qu’il percevait dans certains regards, certaines attitudes. Fatigué par les agressions qui se multiplient au quotidien, fatigué par l’enlaidissement et la dégradation de notre cadre de vie, fatigué de ne pas pouvoir offrir à ses enfants un environnement où grandir aussi paisible qu’il l’aurait souhaité. Fatigué de devoir bosser et payer des impôts pour financer des aides versées aux racailles, des transports en commun où il n’était plus en sécurité, une école dans laquelle il n’avait plus confiance, une police impuissante et désarmée, une justice idéologisée. » Que peut-on ajouter à ces lignes ? Et surtout qui les contestera ? Qui osera y deviner du racisme, du populisme, de l’extrémisme ou que sait-on encore ?

L’un des buts de ce livre, à mi-chemin entre le témoignage et l’analyse, est là : donner à entendre la voix de la banlieue pavillonnaire, cette autre France profonde qui a souffert en silence. Dédié aux parents de l’auteur, ce livre aurait pu l’être également à Jean-Claude Irvoas, Alain Lambert ou Jean-Jacques Le Chenadec, victimes “collatérales” des émeutes de 2005, ces émeutes qui marquèrent fortement Alexandre Devecchio, placé aux premières loges, comme elles marquèrent Jordan Bardella, son voisin. « Jean-Claude Irvoas, ça aurait pu être mon père », écrit-il sobrement. Victimes de la haine ou de la stupidité de la jeunesse de ces quartiers, ce sont de “mauvaises victimes” qui contrarient le récit officiel. Mais nulle volonté, dans ces pages, d’établir une quelconque concurrence victimaire ni même d’ajouter une voix au grand chœur des lamentations. Il s’agit simplement d’honnêteté. De compassion. De devoir de mémoire.

« Aujourd’hui nous vivons côte à côte et je crains que, demain, nous vivions face à face. » C’était le constat (d’une lucidité bien tardive !) du ministre de l’intérieur Gérard Collomb au moment de quitter la Place Beauvau, en octobre 2018. C’est aussi la crainte d’Alexandre Devecchio et le pourquoi de son titre. Il sait que ce face-à-face est proche parce qu’il a vu sa banlieue changer mais aussi parce que, plus tard, dans le cadre de sa formation de journaliste, notamment au Bondy Blog (dont il garde malgré tout un excellent souvenir), il a vu quelques-uns de ses camarades venus de banlieue, comme lui, mais d’origine maghrébine, choisir de tourner le dos à la France. Il a vu l’amertume, le désir de revanche, la haine parfois, envahir leurs cœurs. Il sait que, pour eux, il ne s’agira plus de dire “la banlieue, c’est aussi la France”, comme dans les années 1970, mais de crier “la banlieue ne veut plus de votre France”. Il pense à ses camarades de promo et se demande : est-ce vrai que nous voilà désormais ennemis ? La gauche a formidablement bien travaillé. Son œuvre de division est achevée. Les enfants d’Alexandre Devecchio n’habiteront pas Épinay. Fin d’une histoire. Une histoire française. 

Nous vivions côte à côte
de Alexandre Devecchio
paru chez Fayard
à Paris
le ‎ 14 janvier 2026
264 pp,
ISBN-10 ‏ : ‎ 2213734372
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2213734378

 
Source :Valeurs Actuelles