vendredi 6 février 2026

Éducation nationale : enquête sur un suicide assisté

Chute du niveau, mépris de la transmission, explosion des violences, entrisme militant, crise des vocations. Où va l'école ? Les réformes se succèdent. L'effondrement se poursuit. Comment l'expliquer ? Quelle est la responsabilité de l'État profond ? L'Éducation nationale peut-elle encore être réformée ? Et à quelle fin ? Voici l'autopsie d'un chaos annoncé. Voici comment sauver notre école. La « crise de l'école » est d'abord et avant tout une crise du politique, affirme Joachim Le Floch-Imad. Dépourvus de vision, de courage et de sens du temps long, les ministres de l'Éducation nationale abdiquent aussitôt nommés, lorsqu'ils n'aggravent pas la situation. Pendant ce temps, un État dans l'État, mêlant bureaucrates installés, experts autoproclamés, syndicats, associations et lobbies, en profite pour prendre le pouvoir et imposer des choix éducatifs aux antipodes des besoins réels des élèves et des attentes des Français. Interrogeant enseignants et hauts fonctionnaires, scrutant réformes et contre-réformes, confrontant rapports et directives, Joachim Le Floch-Imad dévoile l'envers du décor et décrypte les mécanismes de la ruine. Comment enrayer et renverser cette catastrophe nationale ?

Diplômé de Sciences Po et de la Sorbonne, Joachim Le Floch-Imad est enseignant et essayiste. Il est l'auteur, au Cerf, de Tolstoï, une vie philosophique (Prix Brantôme de la biographie historique 2024).

Main basse sur l'Éducation nationale: 
Enquête sur un suicide,
par Joachim Le Floch-Imad,
paru le  ‎ 21 août 2025,
aux éditions  du Cerf,
à Paris,
274 pp,
ISBN-10 ‏ : ‎ 2204157759
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2204157759 

 



« Beaucoup de jeunes filles [russes] viendraient, grandes, minces» : quand l'ancien premier ministre israélien discutait de « la qualité » de l’immigration avec Epstein

L’enregistrement audio d’Éhoud Barak discutant avec Jeffrey Epstein d’un projet d’immigration massive d’un million de Russes vers Israël a refait surface fin janvier 2026, dans le cadre d’une nouvelle vague de documents déclassifiés par le Département de la Justice américain en application de l’Epstein Files Transparency Act. Cette bande, datant vraisemblablement du début de l’année 2013 (Barak y indique avoir 71 ans, ce qui correspond à sa naissance en 1942), a suscité une vive controverse en Israël et à l’étranger. Elle ravive à la fois les débats sur la démographie israélienne, sur l’identité juive de l’État et sur la nature des relations entretenues par l’ancien Premier ministre avec le financier américain.

Dans la conversation, Éhoud Barak exprime explicitement son inquiétude face à la dynamique démographique arabe en Israël et dans les territoires palestiniens. Il explique avoir déclaré à Vladimir Poutine que « ce dont nous avons besoin, c’est d’un million de Russes supplémentaires » afin de « changer Israël de manière dramatique ».

Contrairement aux grandes vagues d’immigration des premières années de l’État d'Israël — notamment celles du début des années 1950 en provenance des pays arabes et d’Afrique du Nord, organisées dans un contexte de sauvetage collectif et d’urgence existentielle pour le jeune État, sans capacité réelle de sélection — il affirme qu’Israël pourrait aujourd’hui exercer un contrôle plus strict et « contrôler la qualité beaucoup plus efficacement ».

L’un des passages les plus commentés concerne son évocation de « jeunes filles russes grandes et minces » parmi les profils susceptibles d’émigrer, formulation largement perçue comme révélatrice d’une logique ethnique ou du moins sélective assumée. Il évoque également la possibilité d’assouplir les règles de conversion au judaïsme — en limitant le monopole du rabbinat orthodoxe — afin de faciliter l’intégration d’un afflux massif d’immigrants, y compris pour ceux qui ne sont pas juifs selon la Halakha mais éligibles à la Loi du Retour. La Halakha ne reconnaît pas comme juif des gens dont la mère n’est pas juive. En revanche, la Loi du Retour israélienne élargit le droit d’immigration : elle inclut les descendants d’un grand-parent juif et le conjoint d’un juif, même si ces personnes ne sont pas juives selon la Halakha.

Selon Éhoud Barak, la « pression sociale », notamment sur la deuxième génération, conduirait progressivement à une adaptation culturelle et religieuse.

La discussion, qui se déroule dans un cadre privé (Larry Summers est mentionné comme présent), révèle une conception explicitement instrumentale de l’immigration : un levier démographique destiné à consolider la majorité juive face à une natalité arabe plus élevée, tout en renforçant le poids d’une population laïque, éduquée et intégrée à l’économie moderne, susceptible de contrebalancer l’influence croissante des milieux ultra-orthodoxes (haredim).

Il semble qu’à l’époque, le plan d’Éhoud Barak se soit frayé un chemin jusqu’à Moscou. En effet, en réaction à la publication de l’enregistrement, le rabbin Pinchas Goldschmidt s’est dit mercredi sur X « très heureux que, lorsque j’étais grand rabbin de Moscou, nous ayons mis fin à cette initiative folle ». « Je ne savais pas que cela en avait été discuté avec Epstein », a-t-il ajouté.

Benyamin Netanyahou a qualifié cet enregistrement sonore de « révélation stupéfiante » sur le réseau social X jeudi. L’actuel Premier ministre d’Israël en a profité pour adresser une pique à son lointain prédécesseur : « Lorsque la gauche et son messie Éhoud Barak ne parviennent pas à remporter les élections, ils essaient de remplacer le peuple. »

Éhoud Barak (né Éhoud Brog le 12 février 1942 au kibboutz Michmar HaCharon, en Palestine mandataire, aujourd'hui Israël) est issu d'une famille achkénaze d'Europe de l'Est, avec des racines lituaniennes et polonaises. Ses parents, pionniers sionistes, ont immigré en Palestine dans les années 1930 et ont été parmi les fondateurs du kibboutz où il est né.

La réalité de l’immigration ex-soviétique depuis la fin des années 1980

Depuis 1989, Israël a accueilli environ 1,2 à 1,3 million d’immigrants originaires de l’ex-URSS (Russie, Ukraine, Biélorussie, États baltes, etc.). La vague des années 1990 a été la plus massive (près d’un million de personnes en une décennie) et a profondément transformé le pays : apport scientifique et technologique majeur, contribution significative aux secteurs médical, militaire et universitaire, influence culturelle durable. L’intégration socio-économique, initialement difficile, est aujourd’hui considérée comme globalement réussie.

En revanche, la composition religieuse des flux a évolué.

Dans les années 1990, la grande majorité des arrivants étaient reconnus comme juifs selon la Halakha (les estimations varient, généralement entre 85 % et plus de 90 % selon les années et les sources).

À partir des années 2000, cette proportion diminue nettement.

Dans les années 2010-2020, seuls 30 à 40 % des nouveaux immigrants issus de l’ex-URSS sont reconnus comme juifs selon la définition rabbinique orthodoxe.

En 2020, environ 70 % des immigrants en provenance de l’ex-URSS ne sont pas juifs au sens halachique, tout en étant éligibles à la Loi du Retour (ascendance juive jusqu’au grand-parent, conjoint juif, etc.).

Après l’invasion de l’Ukraine en 2022, les flux augmentent fortement (environ 70 000 arrivées cette année-là), avec une majorité de non-halachiques.

En 2025, le nombre total d’immigrants baisse sensiblement, mais l’effet démographique cumulé demeure significatif : les immigrants ex-soviétiques et leurs descendants constituent aujourd’hui une composante majeure — souvent estimée autour de 15 à 20 % de la population juive israélienne.

Intégration et religiosité : la deuxième génération


Éhoud Barak mise, dans l’enregistrement, sur un mécanisme d’intégration rapide par la pression sociale et sur une évolution identitaire au sein de la deuxième génération.

Intégration civique et culturelle.

Les enfants nés en Israël ou arrivés très jeunes (générations 1,5 et 2) sont majoritairement intégrés : hébreu langue dominante, service militaire quasi généralisé, insertion professionnelle élevée, mariages fréquents avec des Israéliens non russophones. Ils se définissent souvent d’abord comme israéliens, même s’ils conservent une identité culturelle familiale partiellement russophone.

Religiosité.
Les données disponibles (notamment Pew Research 2016, toujours cité) montrent un décalage intergénérationnel.

Première génération : environ 80 % se définissent comme laïcs (hiloni), avec une observance faible.

Deuxième génération : la proportion se déclarant strictement laïque diminue (environ 55-60 %), la croyance en Dieu est plus élevée que chez les parents, et certaines pratiques rituelles sont davantage observées.

La part se définissant comme haredi ou religieuse augmente légèrement, mais reste minoritaire.

Il ne s’agit pas d’une « judaïsation » massive au sens orthodoxe. La tendance est plutôt celle d’une intégration nationale avec une religiosité modérée, souvent culturelle ou traditionnelle.

Par ailleurs, parmi les immigrants non reconnus comme juifs selon la Halakha — devenus majoritaires dans certaines vagues récentes — beaucoup ne se convertissent pas. Ils vivent dans une situation juridique et identitaire intermédiaire : citoyens israéliens, intégrés socialement, mais exclus du mariage religieux juif et d’une pleine reconnaissance rabbinique.

Conclusion

Le projet évoqué par Éhoud Barak — un million d’immigrants supplémentaires sélectionnés selon des critères démographiques et socioculturels — n’a jamais donné lieu à un programme officiel structuré. Aucune réforme majeure du système de conversion n’a été adoptée depuis 2013.

Cependant, indépendamment de cette stratégie explicite, l’immigration ex-soviétique a bel et bien contribué au maintien d’une majorité juive en Israël dans un contexte de rivalité démographique avec la population arabe israélienne et palestinienne.

L’effet observé est principalement civique et national plutôt que religieux. L’intégration est réelle, mais elle ne s’est pas traduite par une transformation religieuse profonde à grande échelle.

L’enregistrement met ainsi en lumière une vision stratégique de la démographie comme instrument politique. La controverse actuelle ne porte pas seulement sur les formulations employées — jugées par certains crues ou ethnicistes — mais sur la légitimité même d’une politique démographique pensée comme outil d’ingénierie nationale.

jeudi 5 février 2026

Loi 9 sur la laïcité (lutte à l'entrisme islamiste à l'école publique) : école privée protestante menacée de fermeture

Le projet de loi 9 sur la laïcité dans le milieu scolaire, déposé par le gouvernement Legault, trouve directement son origine dans une série de controverses survenues au cours des dernières années dans certaines écoles publiques, où des cas d’entrisme islamiste ont été dénoncés par des enseignants, des parents et des organismes citoyens. Des établissements primaires publiques de Montréal — notamment Bedford, Saint-Pascal-Baylon (Côte-des-Neiges) et Bienville (Saint-Michel) — ainsi que l’école secondaire La Voie, à Côte-des-Neiges, ont fait l’objet de plaintes, d’enquêtes administratives ou de signalements concernant l'entrisme islamique, à savoir des pressions religieuses, la contestation de contenus pédagogiques (égalité hommes-femmes, sexualité, sciences) et des atteintes au principe de neutralité religieuse de l’État.

Selon le gouvernement, ces dérives observées dans le réseau public, associées à des courants islamistes militants, justifient un resserrement du cadre légal afin de réaffirmer le caractère strictement laïque de l’école québécoise.

Une école privée protestante de Québec, L’École L’Eau‑Vive, pourrait devoir fermer ses portes si le projet de loi 9, qui renforce les exigences de la laïcité dans le système éducatif québécois, la prive de ses subventions provinciales. Établie depuis 25 ans sur l’avenue Chauveau, l’école accueille environ 580 élèves et est, selon sa direction, la seule de la grande région de Québec dans une situation aussi précaire. La direction a présenté un mémoire de 70 pages à l’Assemblée nationale pour tenter de convaincre les législateurs de l’exclure des nouvelles règles.

Le projet de loi, défendu par le gouvernement, conditionne désormais le financement public à l’absence de toute pratique ou enseignement religieux pendant les heures de cours et interdit la sélection d’élèves ou d’enseignants selon leur foi. Les écoles visées auraient trois ans pour se conformer à ces nouvelles exigences. L’École L’Eau‑Vive affirme déjà ne pas offrir d’enseignement religieux pendant les matières obligatoires et ne pas faire de sélection selon la religion de ses élèves, mais elle consacre une petite portion de son horaire à un enseignement chrétien évangélique facultatif.

Actuellement, la subvention provinciale couvre près de la moitié des frais de scolarité. Si elle était supprimée, la direction estime que les coûts pour les familles — aujourd’hui d’environ 3 800 $ par élève — pourraient tripler, rendant l’école économiquement intenable et excluant de facto la majorité des parents. L’école soutient que sa mission éducative et sa cohérence avec les valeurs familiales et québécoises légitimes justifient sa survie.

Dans son mémoire, l’établissement souligne qu’il respecte déjà le régime pédagogique et qu’aucune plainte ni dérive n’a été signalée. Il déplore que le projet de loi risque d’exclure des écoles confessionnelles qui respectent les règles, faute de distinction claire entre pratiques religieuses coercitives et activités spirituelles facultatives.

Comme souvent dans ces débats sur la laïcité au Québec, ce sont une fois de plus les établissements chrétiens qui écopent en premier : écoles privées protestantes comme L’Eau-Vive aujourd’hui, ou auparavant l’école catholique anglophone Loyola à Montréal, lourdement affectée par les réformes liées au programme Éthique et culture religieuse (ECR) imposé par l’État. Cette approche semble frapper plus durement les communautés chrétiennes historiques, bien intégrées et peu prosélytes dans le cadre scolaire, alors qu’elle change peu de chose à la dynamique plus large d’islamisation perçue de la société québécoise. Celle-ci relève avant tout d’une réalité migratoire et démographique : l’immigration massive combinée au faible taux de natalité chez les Québécois de souche (parents nés au Québec) modifie progressivement le paysage culturel et religieux, indépendamment des règles appliquées aux écoles privées confessionnelles chrétiennes.

mercredi 4 février 2026

Wokisme, culture de l’annulation : conséquences de la féminisation croissante de la place publique ?

La montée du « wokisme » et de la culture de l’annulation est le plus souvent analysée comme un phénomène idéologique, lié aux luttes identitaires ou à l’héritage des théories critiques. Une lecture complémentaire, développée par l’essayiste américaine Helen Andrews (ci-contre), propose un angle différent : ces évolutions pourraient être liées à la féminisation croissante des institutions et de la place publique.

Selon Andrews, la féminisation ne se limite pas à l’augmentation du nombre de femmes dans les postes de responsabilité. Elle implique un changement culturel et normatif : les institutions privilégient désormais des valeurs telles que l’empathie, la protection des vulnérables, la recherche du consensus et la prudence émotionnelle. Dans cette optique, le wokisme et la culture de l’annulation ne seraient pas seulement des mouvements idéologiques, mais aussi la conséquence d’une transformation structurelle du débat public, où les comportements traditionnellement associés au « féminin » dominent les dynamiques sociales et institutionnelles.

Cette lecture résonne avec d’autres analyses conservatrices ou libérales américaines. Steven Douthat a souligné que certaines transformations culturelles, y compris dans les universités et les médias, traduisent une hiérarchisation de la moralité sur la rationalité, renforçant des dynamiques de surveillance sociale et de censure morale. Jonathan Haidt, psychologue social, relie le phénomène à un déséquilibre entre différentes formes de motivation morale : l'importance excessive  du soin et de la loyauté (associés par certains à des traits « féminins ») au détriment de la justice et de la liberté, ce qui peut expliquer les excès de la culture de l’annulation. Charles Murray observe que la domination de certains profils psychologiques dans les institutions peut produire des effets inattendus sur les normes de performance et de compétence. Enfin, Jordan Peterson met en avant les conséquences pratiques d’un excès de prudence émotionnelle et de conformisme moral : lorsque les institutions valorisent la sensibilité morale avant tout, elles tendent à décourager la confrontation d’idées et la prise de risque intellectuelle, deux éléments essentiels à la production de connaissances et au débat démocratique.

Les conséquences de la féminisation selon Helen Andrews

Dénatalité : «Les vraies raisons ne sont pas économiques»

La psychologue clinicienne Marie-Estelle Dupont, qui anime « Et si on parlait » sur Europe 1, du lundi au samedi à 15 heures, pointe les obstacles non identifiés à la maternité.




La défécondité repose sur l'absence de valeur accordée à la transmission de la vie. 

Il est parfaitement normal que certains traumatismes, notamment l’inceste, dissuadent à jamais d’enfanter. Mais il est en revanche profondément malsain d’ériger en vérité politique l’idée que la maternité serait un asservissement. Ce n’est qu’un point de vue. J’éduque trois enfants, et le mien est évidemment tout autre. Pour moi, la maternité est un accomplissement, en dépit de l’immense fatigue liée au fait de devoir travailler à temps plein… Car ce n’est pas le bébé le problème, mais le système dans lequel on devient mère, et l’isolement des couples. C’est la perte des liens intergénérationnels, l’éloignement géographique ou l’indifférence à l’autre dans les grandes villes…


Et rien ne s’arrange. À l’heure des solidarités affichées et de la tolérance inclusive, la vérité est bien sinistre : cours d’école interdites, wagons sans enfants (plutôt que wagons réservés aux tout-petits avec un environnement adapté à leur taille et à leurs besoins), secrétariats médicaux que vous appelez après un test de grossesse et qui vous demandent directement si c’est pour un avortement…

Les vraies raisons de la défécondité ne sont pas économiques. Même s’il est évident que mes parents ont assumé quatre enfants avec un seul salaire, alors qu’un couple qui travaille peine désormais à loger correctement deux ou trois enfants dans une grande ville. Mais l’argument cache l’immense arnaque de la modernité. Celle qui fait croire aux femmes qu’elles seront libres, épanouies, émancipées en étant célibataires, puissantes économiquement et sans descendance.

Il n’est d’existence sans liens, et l’on nous vend pourtant l’autonomie comme l’alpha et l’omega du bonheur… Nous savons pourtant que la vie n’a de saveur que par les relations. Les bébés carencés se laissent dépérir ; les vieillards isolés souffrent de syndromes de glissement ; les adultes trop longtemps seuls dépriment et s’angoissent… En imposant une anthropologie matérialiste et individualiste, la modernité a perdu l’homme en le coupant de sa nature véritable. Celle à partir de laquelle, seulement, il peut à la fois s’accomplir et être heureux. Or c’est parce que l’on sent l’immense valeur de l’existence, et son sens, que l’on enfante.

Cela ne veut pas dire qu’une femme ne saurait être heureuse sans être mère ou sans être mariée. En revanche, cela signifie qu’une société qui crée des espaces interdits aux enfants et ne présente l’interdépendance dans le couple que sous l’angle du risque d’emprise perçoit uniquement le lien familial sous l’angle de la soumission/domination, de la charge logistique, de la frustration. Une société qui se presse de donner 2 000 euros par mois et par enfant aux crèches, mais seulement 400 aux parents qui souhaitent prendre un congé parental, est une société qui pousse une vision erronée de ce qu’est l’homme.
 
Tant de choses participent du découragement… La précarité de l’amour, la difficulté à s’engager ou la banalisation du divorce… Les conditions effarantes d’accueil du jeune enfant, les maltraitances systémiques de crèches dans lesquelles un adulte doit assumer seul huit enfants, le silence assourdissant des féministes quant aux besoins des femmes qui viennent d’accoucher et cicatrisent encore après avoir mis au monde ceux qui paieront les retraites des militants du « no kids ». La santé mentale de l’adulte repose sur un attachement sécurisant, apaisant. Et on s’étonne que ça aille mal ? La culpabilisation permanente des parents qui souhaitent exercer leur autorité parentale comme bon leur semble, l’infantilisation des adultes, l’autonomisation à marche forcée de tout-petits séparés de leur figure d’attachement des journées entières. Et j’ajouterais même la surmédicalisation de la grossesse, accompagnée d’intrusions parfois fort violentes d’obstétriciens dans le corps de la parturiente… 

    « Pour donner la vie, il faut espérer, avoir confiance » 

Pour donner la vie, il faut espérer. Avoir confiance, a minima, en soi, dans son couple et dans le monde à venir. Ce n’est pas, rappelle Olivier Rey dans son essai récent Défécondité, l’argument économique qui prime. C’est cette absence d’espérance, de valeur accordée à la transmission de la vie. Mais c’est aussi cette maltraitance systémique du bébé et de sa mère, cette dépréciation de la vie, cette domestication de l’amour.


Aujourd’hui, avoir un enfant est perçu comme trop risqué. Parce qu’en lieu et place de l’espérance en un bien commun et désirable, nous avons été biberonnés au narratif de crise. Crise économique, migratoire, géopolitique, institutionnelle, sanitaire, écologique. Ce monde en crise n’est-il pas avant tout un monde en espérance d’enfants qui nous réconcilient avec une vie qui se désincarne et se désenchante à force d’être domestiquée ? 


lundi 2 février 2026

La Remigration : un projet fou ou le seul moyen de sauver l'Europe ?

Le terme de « Remigration » s’impose de plus en plus dans le débat public, tantôt proposé comme réponse à l’immigration et à ses effets démographiques, tantôt dénoncé comme un projet inacceptable. 

Il convient donc, désormais, de dépasser les caricatures et de pousser la réflexion plus avant. 

C’est pourquoi l’Autrichien Martin Sellner a écrit un livre sur la Remigration exclusivement afin d’expliquer consciencieusement la nature de ce projet et de répondre aux objections les plus courantes. 

Entretemps en Espagne :

Irene Montero, ancienne ministre espagnole de l'Égalité et dirigeante du parti Podemos, appelle de ses vœux le remplacement des Espagnols de souche :

« Je demande aux personnes migrantes et racisées, s'il vous plaît ne nous laissez pas  seules [au féminin] avec ces tous ces fascistes. Il va de soi que nous voulons que vous votiez. Bien sûr que oui. Nous [vous] avons obtenu des papiers, la régularisation. Et maintenant il s'agit d'obtenir la nationalité ou de changer la loi pour que vous puissiez voter.

Espérons-le. La théorie du remplacement ? Si seulement nous pouvions balayer de ce pays ces fachos et racistes à l'aide de migrants, de travailleurs. 

Bien sûr que je soutiens la théorie du remplacement, j'espère que nous pourrons débarrasser ce pays des fascistes et des racistes grâce aux immigrants. »

Par ailleurs, le gouvernement espagnol a conclu un accord avec Podemos en vue de lancer une régularisation exceptionnelle des personnes migrantes présentes sur le territoire avant le 31 décembre 2025. L’annonce a été faite ce lundi par Irene Montero, candidate du parti aux prochaines élections, qui estime que cette mesure pourrait bénéficier à plus de 500 000 personnes.

La régularisation doit être approuvée ce mardi par le Conseil des ministres et entrera en vigueur par décret royal, sans examen préalable par le Congrès des députés. Elle concernera les personnes en mesure de justifier d’au moins cinq mois de présence en Espagne, notamment au moyen d’un empadronamiento, d’un rapport médical, d’un contrat de location ou de justificatifs attestant de l’accès à des services essentiels. L’admission à la procédure entraînera automatiquement l’octroi d’une autorisation provisoire de résidence et de travail d’une durée d’un an, ainsi que la suspension des procédures d’expulsion engagées pour des motifs administratifs.

Lors d’un événement intitulé Regularización con derechos, Irene Montero a déclaré : « Le racisme, camarades, se combat par les droits. (…) Nous, nous donnons des papiers. Podemos est parvenu à un accord avec le PSOE afin que le gouvernement approuve immédiatement une régularisation extraordinaire des personnes migrantes », selon des propos rapportés par eldiario.es

Cette régularisation vise à débloquer une initiative législative populaire soutenue par plus de 700 000 signatures, restée paralysée au Congrès en raison de divergences entre les partenaires de la majorité, notamment Junts et les formations de gauche. Le recours au décret permet au gouvernement de contourner ces blocages parlementaires.

La régularisation s’inscrit dans une revendication défendue de longue date par les formations de l’extrême gauche et par des collectifs militants pro-migrants, relayée notamment par une initiative législative populaire ayant recueilli plus de 700 000 signatures. Faute d’accord politique, cette initiative est restée bloquée au Congrès pendant plusieurs mois, révélant l’absence de consensus au sein même de la majorité parlementaire issue de l’investiture de Pedro Sánchez.

Face à ces blocages, l’exécutif a opté pour un décret royal, permettant l’entrée en vigueur de la mesure sans débat parlementaire préalable. Ce choix procédural, s’il garantit une mise en œuvre rapide, fragilise toutefois la légitimité politique du dispositif et alimente les critiques sur un contournement du pouvoir législatif dans un domaine structurant de l’action publique.

L’opposition conservatrice, en particulier le Parti populaire, dénonce une décision unilatérale aux effets potentiellement incitatifs sur l’immigration irrégulière et remet en cause la capacité de l’administration à absorber un afflux massif de demandes. Le PP plaide pour une régularisation strictement conditionnée à l’emploi et à l’insertion économique, position partagée par certains acteurs centristes et régionalistes. Le Parti nationaliste basque (PNV) s’est également montré réservé, privilégiant une approche plus restrictive et ciblée.

Du côté des partis régionalistes, Junts continue de subordonner toute réforme d’ampleur à un transfert de compétences migratoires à la Catalogne. L’accord conclu entre Podemos et le gouvernement central, en dehors de ce cadre, risque ainsi de raviver les tensions avec les partenaires indépendantistes, déjà critiques d’une recentralisation des décisions stratégiques.

dimanche 1 février 2026

En 2023, près de 3% des Français ont consommé de la cocaïne. C'est 10 fois plus qu'il y a 30 ans

«Le marché de la cocaïne supplante voire dépasse celui du cannabis. En 2023, près de 3% des Français ont consommé de la cocaïne au moins une fois dans l'année. C'est 10 fois plus qu'il y a 30 ans.»

L'émission au complet :

Âge du mariage et fécondité, de la Nouvelle-France au Québec d'aujourd'hui

Ce graphique illustre l'évolution historique de l'âge moyen au premier mariage pour les femmes (ligne bleue) et les hommes (ligne orange), ainsi que l'Indice Synthétique de Fécondité (ISF, ligne violette) au Québec, de 1650 à 2020 environ. L'axe des ordonnées à gauche mesure l'âge au mariage (de 20 à 37,5 ans), tandis que celui à droite mesure l'ISF (de 0 à 10 enfants par femme). L'axe des abscisses représente les années.

Le graphique ci-dessus retrace, sur près de quatre siècles, l’évolution de l’âge moyen au premier mariage des femmes et des hommes au Québec, ainsi que celle de l’Indice synthétique de fécondité (ISF). 

Sous le régime français, les mariages sont précoces et la fécondité exceptionnelle. Dès le milieu du XVIIᵉ siècle, les femmes se marient en moyenne autour de 20 ans — parfois plus tôt encore — tandis que les hommes prennent épouse vers 25 ans. Bien plus tôt qu'en France. Cette nuptialité hâtive alimente une fécondité hors norme : environ huit enfants par femme en moyenne, un niveau parmi les plus élevés jamais observés dans l’histoire démographique occidentale. Cette heureuse fécondité s’explique par une combinaison de facteurs : une politique de peuplement volontariste de la Couronne française, l’abondance des terres, l’absence de contraception généralisée et une structure sociale pionnière où la fondation rapide d'une famille est à la fois encouragée et valorisée. Les célèbres Filles du Roi, arrivées jeunes et mariées presque immédiatement, incarnent cette logique de colonisation par la famille.

À partir de la Conquête britannique et tout au long du XIXᵉ siècle, le régime démographique amorce une lente transformation. L’âge au mariage augmente légèrement, tandis que l’ISF décline progressivement pour se situer autour de quatre à cinq enfants par femme à l’aube du XXᵉ siècle. Cette baisse ne relève pas d’une rupture brutale, mais d’une adaptation graduelle à de nouvelles contraintes : urbanisation croissante, émigration vers les États-Unis, diversification des modes de subsistance et premiers comportements de limitation volontaire des naissances. Le Québec entre alors dans la transition démographique, tout en conservant une fécondité supérieure à celle de la plupart des sociétés industrielles comparables.

Le premier tiers du XXᵉ siècle constitue une période charnière. Si l’âge au mariage demeure relativement stable — autour de 22 à 25 ans pour les femmes — la fécondité devient plus sensible aux chocs économiques et politiques. La Grande Dépression des années 1930 marque à cet égard un tournant net : l’insécurité économique, le chômage massif et l’effondrement des revenus entraînent un report des mariages et une chute temporaire des naissances. La natalité recule sensiblement, révélant pour la première fois la vulnérabilité du modèle familial traditionnel aux cycles économiques. Les deux guerres mondiales accentuent ces fluctuations, même si, à l’échelle canadienne, le Québec demeure encore relativement fécond, soutenu par une culture catholique fortement pronataliste.

L’après-guerre ouvre une séquence contrastée. Un baby-boom vigoureux, entre 1950 et le début des années 1960, fait brièvement remonter l’ISF autour de 3,5 à 4 enfants par femme. Mais cette embellie est de courte durée. La zone rosée du graphique — correspondant à l’après-1960 — souligne l’ampleur de la rupture qui s’opère alors. En l’espace de quelques décennies, l’âge au mariage s’élève rapidement : il dépasse 30 ans chez les femmes et 33 ans chez les hommes au tournant des années 2020. Parallèlement, la fécondité s’effondre, tombant bien en deçà du seuil de remplacement, pour atteindre aujourd’hui des niveaux historiquement bas (1,34 enfant/femme).

Cette bascule est indissociable de la Révolution tranquille. La sécularisation rapide, l’accès massif des femmes à l’éducation supérieure très allongée et au marché du travail, la diffusion de la contraception moderne, l’urbanisation accélérée et la montée de l’individualisme redéfinissent en profondeur les trajectoires familiales. Le mariage cesse d’être une étape précoce et quasi obligatoire de la vie adulte ; la parentalité est reportée, parfois renoncée. L’âge moyen à la maternité, désormais autour de 31 ans, illustre ce décalage croissant entre union, projet familial et reproduction.

Le graphique met ainsi en évidence une relation inverse robuste entre nuptialité et fécondité : plus le mariage est tardif, plus la descendance finale diminue. Ce lien, bien documenté par la démographie, repose sur des mécanismes à la fois biologiques et sociaux. Le report de la première naissance réduit la durée effective de la vie reproductive, accroît le risque d’infécondité involontaire et limite le nombre d’enfants désirés ou réalisables. Dans une société où la norme conjugale s’est affaiblie et où les coûts économiques de l’enfant ont augmenté, cet effet est amplifié.

« On a tenté d'édulcorer la responsabilité de l'Islam dans les régimes autoritaires [et l'esclavage] du monde musulman »

Dans L’Islam contre la modernité, Ferghane Azihari fait une critique sans concession de la religion musulmane et de l’asservissement systématique des peuples qu’elle conquiert. Il raille dès l’introduction les « indigénistes revanchards et les tiers-mondistes pénitents » qui, fustigeant l’Occident, idéalisent les sociétés musulmanes et empêchent ainsi tout débat objectif.

Il commence par rappeler comment l’Islam a transformé le berceau de la civilisation en tombeau : fossoyeuse de nombreux peuples et cultures, cette religion a en effet purement et simplement éradiqué l’Afrique romaine et ses racines grecques, les foyers bouddhistes qui fleurissaient en Afghanistan et une grande partie du monde byzantin. Ces régions avaient pourtant atteint un niveau de développement élevé avant l’irruption des adorateurs belliqueux de Mahomet. Leur état actuel montre à quel point leur islamisation a été nuisible, les maintenant dans un dramatique obscurantisme. « Leurs regards furent si captifs de La Mecque qu’ils ignorèrent le patrimoine gisant sous leurs pieds, laissant aux infidèles la charge de l’exhumer, à l’image des hiéroglyphes qui ont attendu l’arrivée du Français François Champollion pour être déchiffrés au XIXe siècle » se désole l’auteur. Dans des lignes inspirées, poétiques, il imagine ce que seraient ces régions si elles n’avaient pas été asservies, étouffées sous le joug de l’Islam.

Il consacre la deuxième partie de son essai à détruire la fable de l’islam des Lumières, aussi illusoire qu’un « stalinisme à visage humain ». Loin du mythe du dialogue interculturel et de la légende de la transmission, les Arabes musulmans ont selon lui plutôt fait preuve d’un sectarisme persistant. Il explique que l’’éclat de l’islam ancien réside paradoxalement dans sa faiblesse car l’épanouissement des sciences et des arts durant les premiers califats est surtout dû aux contributions des non musulmans. Alors qu’au Moyen-Age un certain nombre de clercs chrétiens apprenaient l’arabe pour étudier le Coran, les musulmans refusaient de se pencher sur les langues étrangères. Le fameux philosophe Averroès n’a ainsi jamais pu mettre la main sur La Politique d’Aristote car elle n’avait jamais été traduite en arabe… L’auteur fait également un sort à l’idée, affirmée en 2020 par Emmanuel Macron, que l’Islam est « actuellement en crise », ce qui supposerait qu’il ait précédemment rayonné et engendré de la prospérité. S’il admet que l’histoire musulmane n’est pas que belliqueuse et recèle des foyers d’esprits remarquables, il note qu’un grand nombre de ces extraordinaires savants ont joui d’une plus grande postérité en dehors des frontières de l’Islam que dans leur propre communauté. C’est le cas d’Averroès, du chirurgien Abu Al-Qasim ou du médecin Ibn An-Nafis, à qui l’on doit la découverte de la circulation sanguine. Il avance notamment l’hypothèse, étayée par l’islamologue Charles Pellat, que la science et l’enseignement dans le monde musulman ont pâti de la création des madrasas, écoles étroitement contrôlées par le pouvoir religieux. Plus généralement, l’idée que toute vérité figure dans le Coran et que son message est indépassable, l’impossibilité de le critiquer, étouffent fatalement la réflexion et le débat nécessaires au progrès intellectuel et social.

Il évoque ensuite l’indignation sélective qui conduit à condamner le colonialisme occidental tout en minimisant l’expansion de l’islam par la guerre et son recours systématique à l’esclavage. Il critique avec brio la théorie du bon sauvage qui excuserait les vices de l’islam par un degré de développement inférieur. L’histoire de l’Europe montre que le progrès des libertés individuelles n’est pas forcément conditionné par l’accroissement des richesses. Par ailleurs, l’islam s’est développé dans des régions d’un raffinement moral inégalé à l’époque (l’Orient pré-islamique, l’empire romain) [Orient romain plus riche que l'Occident avant la conquête musulmane], ce qui ne l’empêche pas de se montrer barbare.

Dans un chapitre sur les causes du retard des sociétés musulmanes sur le monde occidental, retard constaté et déploré par les penseurs musulmans eux-mêmes, Ferghane Azihari signale que, de toutes les doctrines étrangères qui influencent la politique moderne, seules les plus nuisibles échappent à leur sectarisme. Le marxisme et sa lutte des classes permet alors à l’Orient islamisé de se réfugier dans le camp des opprimés, s’épargnant toute autocritique alors même que celle-ci serait serait la condition nécessaire de sa modernisation. Ce qui n’empêche pas l’Islam de se lancer à l’assaut d’une Europe devenue vulnérable, trop occupée à saper son propre système pour défendre ses institutions, ses écoles et ses universités, ses médias, ses productions…

Pourtant, dans ce courageux essai complété par un riche appareil de notes, Ferghane Azihari, ne se contente pas de peindre un noir tableau de l’Islam. Il est lui-même issu d’une famille musulmane des Comores et garde l’espoir que le monde dont viennent ses ancêtres sorte de l’archaïsme. Il appelle de ses vœux le réveil de l’Orient, sa libération d’une religion oppressive et violente. Il exhorte également les Européens à se montrer vigilants, à se servir de leur longue et prestigieuse tradition orientaliste  pour combattre l’obscurantisme islamiste dont ils ne doivent pas mésestimer le danger. C’est le plus grand défi auquel ils sont confrontés, tant les dommages occasionnés sont malheureusement irréversibles. 

Source : Contrepoints 
 
Voir aussi 
(Émission complète avec Ferghane Azihari et Mathieu Bock-Coté sur CNews : ici à partir de la 29e minute). 
 
 
 

Au moins 75 % des classiques grecs connus aujourd'hui proviennent de copies byzantines

Rémi Brague : Y a-t-il un islam des Lumières ?

La conservation du savoir grec à Constantinople et sa diffusion dans l'Europe romane (avec Extrait relatif à l’enseignement classique conservé sous l'Empire romain d'Orient).

Histoire — « On a trop souvent mythifié el-Andalous »  

Contes, légendes, clichés et réalité de l'Espagne musulmane

La liberté moderne vue par Rémi Brague

Rémi Brague — Sur le « vrai » islam

Rémi Brague sur l’islam, la culture classique et l’Europe

Rémi Brague : « Dans les gènes de l’islam, l’intolérance »

Manuel d’histoire (1) — chrétiens intolérants, Saint Louis précurseur des nazis, pas de critique de l’islam tolérant pour sa part

Manuel d’histoire — Chrétiens tuent les hérétiques, musulmans apportent culture raffinée, pacifique et prospère en Espagne

Meilleur « vivre-ensemble » grâce à la connaissance ? 

Les chrétiens et les juifs dans l’Occident musulman

La conservation du savoir grec à Constantinople et sa diffusion dans l’Europe romane 

Espagne d'el-Andalous : certaines dynasties ont-elles été plus tolérantes que d'autres ?

France — 59 % des jeunes musulmans souhaitent l'application de la charia, selon un sondage

« La messe n'est pas dite », appel à un sursaut culturel chrétien 

 
 

vendredi 30 janvier 2026

Au Danemark, la droite conservatrice freinée à cause des visées de Trump sur le Groenland

Il y a un an, à la veille de la seconde investiture de Donald Trump à la présidence des États-Unis, Morten Messerschmidt, dirigeant du Parti du peuple danois (Dansk Folkeparti), s’affichait à Mar-a-Lago (voir photo ci-contre), la résidence floridienne du président élu. Sur les réseaux sociaux, il publiait des images enthousiastes de lui, proclamant notamment : « Le wokisme est mort ».;

Auprès d’un média danois, il alla jusqu’à déclarer : « Ensemble, nous rendrons sa grandeur à l’Occident », adptant le slogan Make America Great Again. Ses opposants ne tardèrent pas à le surnommer « Maga Morten ».

Ces images, que la mémoire numérique conserve intactes, embarrassent aujourd’hui son parti. Comme une large part de la société danoise — historiquement très favorable aux États-Unis — le Parti du peuple danois a opéré un net revirement à l’égard de Washington, depuis que Donald Trump a ravivé l’hypothèse d’un contrôle américain sur le Groenland, territoire autonome qui représente près de 98 % de la superficie du Royaume du Danemark. Le Parti du peuple va même plus loin que la plupart des formations politiques : il est le seul à dénoncer ouvertement ce qu’il juge être l’excessive mansuétude diplomatique du gouvernement de coalition dans sa tentative de rétablir des relations apaisées avec les États-Unis.

Un entourage idéologique conservateur

À l’approche des élections législatives prévues en octobre, les adversaires du parti se sont emparés de cette séquence pour souligner ce qu’ils présentent comme une contradiction politique. « C’est une calomnie », a réagi Morten Messerschmidt le 18 janvier sur Facebook. Dans les couloirs du Parlement danois, Alex Ahrendtsen, responsable des affaires européennes du parti, évoque quant à lui « une opération de diffamation ». Il affirme que le déplacement de Messerschmidt s’inscrivait dans le cadre d’une invitation émanant d’une organisation israélienne, à l’occasion d’un rassemblement organisé par la Heritage Foundation, un puissant cercle de réflexion conservateur très influent aux États-Unis.

« Cet élément est exact », confirme le commentateur politique Noa Redington. Il rappelle toutefois que, si le Parti du peuple danois entretient des relations cordiales avec la droite israélienne au pouvoir, notamment le Likoud de Benyamin Netanyahou, Morten Messerschmidt ne dispose pas de liens personnels établis avec Donald Trump ni avec les principales figures de la mouvance Maga. Les convergences idéologiques existent néanmoins : euroscepticisme affirmé, défense de la souveraineté nationale, valorisation des traditions culturelles, et opposition résolue à l’immigration et à ce que ces partis désignent comme l’idéologie « woke ».

Messerschmidt s’est longtemps réclamé de l’exemple de Nigel Farage, qu’il admirait pour son rôle dans le Brexit. Selon plusieurs observateurs de la vie politique danoise, il n’a jamais dissimulé son intérêt pour les réseaux populistes et conservateurs transnationaux, même s’il est resté en marge de leurs cercles les plus structurés.

Lors de son séjour en Floride, le dirigeant danois n’est d’ailleurs pas parvenu à obtenir d’entretien direct avec Donald Trump, alors même que ce dernier avait déjà évoqué publiquement son intérêt pour le Groenland. Selon des informations de presse américaine, toute rencontre formelle lui aurait été refusée. « À ma connaissance, il a surtout arpenté le complexe de Mar-a-Lago en multipliant les photos », raconte Noa Redington. « L’idée qu’un chef de parti d’une formation marginale, issue d’un petit pays nordique, puisse négocier seul avec le président américain relevait d’une certaine illusion politique. »

Un retournement coûteux

Alex Ahrendtsen récuse toute fascination pour Donald Trump. « Il ne s’agit pas d’être pro- ou anti-Trump, explique-t-il. Depuis des années, nous alertons sur la dépendance stratégique du Danemark vis-à-vis des États-Unis. Aujourd’hui, le gouvernement tente de masquer ses propres erreurs en nous accusant d’inconstance. » Une lecture que conteste Noa Redington : « Je n’ai pas souvenir que le Parti du peuple danois ait porté ce discours avant 2025. Jusqu’à récemment, ce type de mise en garde provenait plutôt de la gauche radicale. »

Quoi qu’il en soit, ces épisodes ont laissé des traces. Là où les images ensoleillées de Mar-a-Lago n’avaient guère choqué, dans un pays longtemps très proaméricain — et avaient même coïncidé avec une progression dans les sondages —, le contexte a radicalement changé. Face à Donald Trump, l’essentiel de la classe politique danoise affiche désormais une rare unité. Le Parti du peuple danois, lui, se retrouve isolé et en recul dans l’opinion.

Source (adaptée) : Le Figaro