jeudi 15 janvier 2026

Québec — Dépenses en éducation en hausse de 57 % les 7 dernières années : résultats mitigés ou difficiles à mesurer

Un rapport publié jeudi par l’Institut du Québec (IDQ) vient confirmer une croissance substantielle des dépenses en éducation au Québec au courant des sept dernières années, avec des résultats mitigés ou du moins difficilement mesurables sur le terrain.

Prenant comme point de départ l’arrivée au pouvoir de la Coalition avenir Québec (CAQ) en 2018 et sa promesse de faire de l’éducation une priorité, ce regard socioéconomique visait en quelque sorte à faire le bilan de cette «ère dépensière» à l’aube d’un virage gouvernemental davantage orienté vers la restriction budgétaire depuis 2025, expliquait mercredi en entrevue la PGD de l’IDQ, Emna Braham.

Hasard de l’actualité, le principal architecte de ces différentes orientations, le premier ministre François Legault, allait démissionner quelques minutes plus tard.


Au regard des budgets annuels, l’IDQ parle carrément d’une «explosion» des dépenses en éducation durant ses six premières années au pouvoir. De 14,9 milliards en 2018, les dépenses dans le réseau sont passées à 23,4 milliards en 2024, une augmentation de 57 %. Même ramenée annuellement, elle dépasse largement l’inflation. Et tout ça exclut les infrastructures, alors qu’il a fallu au même moment investir davantage dans des écoles vieillissantes.

Le rapport identifie plusieurs bonnes raisons à ce phénomène. La plus logique est l’augmentation du nombre d’élèves, attribuée à la fois à un «mini baby-boom» durant les années 2000 et ensuite à un bond de l’immigration. Sauf que même en rapportant les dépenses en dollar par élève, celles-ci ont cru de 43 % sur la même période. Le nombre d’élèves n’explique donc pas tout, selon l’IDQ.

Le personnel de soutien a par exemple augmenté plus que le personnel enseignant, une situation qui pourrait «notamment s’expliquer par l’augmentation du nombre d’élèves ayant des difficultés d’adaptation ou d’apprentissage» [des enfants immigrés ?], mentionne le rapport.

Mais c’est également un choix, commente Mme Braham, qui note que le Québec a «pris un tournant» à partir de 2018, moment où l’on était légèrement sous la moyenne canadienne en dépense par élève.

Si la tendance s’est inversée, elle isole aussi comme facteur déterminant les négociations avec le secteur public. «En 2024, on a vraiment un bond avec les dépenses par élève qui augmentent de près de 15 % en une seule année. Et là-dedans, c’est principalement l’impact du renouvellement des conventions collectives avec les syndicats enseignants. Il y a eu une hausse des salaires qui était importante, mais il y a aussi eu une embauche importante d’aides à la classe qui était une des conditions qui étaient négociées», rappelle Emna Braham.

Bilan des courses: «on met plus de ressources pour chaque élève, on met davantage d’éducateurs par élève [au Québec]», pointe-t-elle.

En a-t-on pour notre argent?

Et à la grande question de savoir si tous ces efforts ont porté fruit, la réponse est… complexe. D’abord, allouer des ressources en éducation, c’est nécessairement un investissement à long terme pour une société. Sauf qu’on ne le mesure pas suffisamment, selon l’IDQ, qui fait d’ailleurs de l’amélioration de l’accès aux données sa principale recommandation dans ce rapport.

«Sans statistiques précises sur le personnel et ses qualifications et sans indicateurs de performance sur la diplomation harmonisés, il est impossible de mesurer l’efficacité des investissements et de déterminer si chaque dollar additionnel sert véritablement à la réussite des élèves», écrivent les auteurs.

De manière générale, on peut néanmoins observer que les lacunes et les défis québécois (taux de diplomation, rétention de personnel) restent bien réels, mais que ses forces (excellente performance à l’échelle internationale dans les scores en littératie et numératie) [avec une sélection des élèves qui participent à ces tests plus élevée] demeurent également.

Dans les perceptions, on semble toutefois toujours définir le réseau de l’éducation comme étant en crise. «On le définissait comme un réseau en crise en 2018, on le définit aujourd’hui encore comme un réseau en crise», décrit Emna Braham.

Pourtant, il «parvient à atteindre certains des objectifs fondamentaux qu’il se donne, même si c’est plus difficile de faire un lien de causalité entre les dépenses et ses résultats», observe-t-elle.

Et si l’IDQ parle d’un tournant à partir de 2025, ce n’est pas uniquement à cause des premières compressions annoncées par l’ancien ministre Bernard Drainville, qui ont d’ailleurs été passablement assouplies à l’automne par sa successeure Sonia LeBel.

Ce n’est probablement que partie remise, avertit Simon Savard, économiste qui a aussi contribué à ce rapport. «On se retrouve en quelque sorte avec un dilemme budgétaire», énonce-t-il en évoquant l’obligation d’un retour à l’équilibre budgétaire en 2029-2030.

Dures années à venir


«Dans la dernière mise à jour économique, elle nous dit que dans les trois prochaines années, les dépenses en éducation ne vont augmenter que de 1,6 % par année», une tout autre réalité que celle constatée entre 2018 et 2024, sans compter que les augmentations salariales négociées vont continuer de s’appliquer, note M. Savard.

«Ça veut dire que le gouvernement va devoir faire des choix. Soit couper dans certains services, trouver des gains d’efficacité, puis il n’y a pas nécessairement beaucoup de gras administratifs à enlever dans le réseau», selon son analyse.

«C’est sûr que la marge de manœuvre, elle est assez limitée, renchérit Emna Braham. C’est déjà des choix auxquels les centres de services scolaires ont été confrontés cette rentrée-ci, puis ça va recommencer l’année prochaine», prédit-elle en spécifiant que «l’arbitrage» budgétaire se fait en bonne partie à cette échelle décisionnelle plutôt qu’au gouvernement lui-même.

Source : Le Soleil

Voir aussi

Les résultats québécois aux tests PISA remis en question (Les écoles et les élèves du Québec sont nombreux à bouder les tests internationaux en sciences, mathématiques et lecture. Le taux de décrochage au Québec à 15 ans est également plus haut que dans des pays comme le Japon et la Norvège, ces élèves ne sont plus scolarisés et plus testés.)

PISA 2018 — les bons résultats de la Suède s'expliqueraient par l'élimination de 11 % de mauvais élèves, surtout immigrés (avec explication de la sélection des écoles et des élèves aux tests PISA).

Dépenses en éducation dans les écoles publiques au Canada (Québec champion !), édition 2024

 
 
 
 
 
 
 
 

Le solde migratoire est négatif aux États-Unis pour la première fois en 50 ans

Pour la première fois en 50 ans, il y a plus d'émigration que d'immigration aux États-Unis

En 2025, le nombre de personnes ayant quitté les États-Unis a été supérieur à celui des immigrants qui y sont entrés.

Les États-Unis ont enregistré un solde migratoire négatif en 2025, une première depuis au moins 50 ans, selon un rapport publié mardi par la Brookings Institution. En 2025, le nombre de personnes ayant quitté les États-Unis a été supérieur à celui des immigrants qui y sont entrés, relève cette étude.

«La première année du second mandat de Trump a été marquée par des changements radicaux dans la politique d'immigration, entraînant un net ralentissement de la migration nette vers les États-Unis», écrivent les auteurs de l'étude. «La migration nette a probablement été proche de zéro, voire négative, au cours de l'année civile 2025, une première depuis au moins un demi-siècle», indique le rapport.


«Une migration nette négative en 2026 est également probable»

«Bien qu'un fort degré d'incertitude politique subsiste, une migration nette négative en 2026 est également probable», ajoute-t-il. Selon les estimations des auteurs du rapport, la migration nette vers les États-Unis devrait se situer entre -10.000 et -295.000 en 2025. Le rapport explique qu'un solde migratoire négatif aura «des conséquences importantes sur la macroéconomie » américaine.

«Ces dernières années, la croissance de la population active née aux États-Unis a été faible et la quasi-totalité de la croissance de la population active est imputable aux flux migratoires», rappelle l'étude en notant que «les immigrants fournissent à la fois de la main-d’œuvre  et génèrent une demande de biens et de services». Une baisse de l'immigration entraînera une croissance plus faible de l'emploi, du PIB (mais pas nécessairement du PIB/habitant) et des dépenses de consommation, ont signalé les auteurs de l'étude.

Sources : Le Figaro et AFP

mercredi 14 janvier 2026

Diffusion et effets de l’idéologie de la « justice sociale critique » dans les écoles américaines

Publié en février 2023 par le Manhattan Institute, un laboratoire d'idées américain d’orientation conservatrice, le rapport intitulé School Choice Is Not Enough: The Impact of Critical Social Justice Ideology in American Education a été rédigé par Zach Goldberg, analyste politique, et Eric Kaufmann, chercheur associé.

Cette étude analyse la diffusion et les effets de ce que les auteurs désignent comme l’idéologie de la « justice sociale critique » (Critical Social Justice, CSJ) dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis.


La CSJ regroupe un ensemble de concepts issus principalement de la théorie critique de la race (Critical Race Theory, CRT) et de certaines approches radicales de l’idéologie du genre : privilège blanc, racisme systémique, patriarcat, ou encore l’idée selon laquelle l’identité de genre serait indépendante du sexe biologique.

Le rapport conteste l’affirmation selon laquelle ces notions seraient marginales ou cantonnées à quelques établissements militants. Il soutient au contraire qu’elles sont largement diffusées dans le système éducatif américain, y compris dans les écoles privées et religieuses, et qu’elles exercent une influence durable sur les attitudes politiques, raciales et civiques des élèves.

Méthodologie

L’étude repose sur une enquête menée auprès d’un échantillon national représentatif de 1 505 jeunes Américains âgés de 18 à 20 ans. Les participants ont été interrogés sur :

  • leur exposition à huit concepts centraux de la CSJ ;
  • la manière dont ces idées leur ont été présentées (comme des vérités établies ou comme des points de vue parmi d’autres) ;
  • leurs opinions politiques, leurs attitudes à l’égard des relations raciales et leur vécu scolaire.

Les données ont été croisées avec des variables démographiques (origine ethnique, sexe, région, type d’établissement fréquenté) et contextuelles (orientation politique du comté, niveau de revenu familial).
Les auteurs soulignent que l’école constitue la deuxième source d’exposition initiale à ces idées (23 %), derrière les réseaux sociaux (40 %), ce qui relativise sans l’annuler la responsabilité du cadre scolaire.

Ampleur de l’exposition aux concepts de justice sociale critique

Les résultats font apparaître une diffusion très large de ces notions.

Ainsi, 93 % des répondants déclarent avoir été exposés à au moins l’un des huit concepts par un enseignant ou un adulte dans le cadre scolaire. La proportion atteint 90 % pour les concepts liés à la théorie critique de la race et 74 % pour ceux associés à l’idéologie de genre.

En moyenne, les jeunes interrogés ont été confrontés à plus de la moitié de ces concepts. Cette exposition concerne tous les types d’établissements :

  • 73 % dans les écoles paroissiales,
  • 82 % dans les écoles privées non confessionnelles,
  • 83 % parmi les élèves instruits à domicile.

Les écoles publiques se distinguent par une présence plus marquée des thématiques liées au genre. Des variations démographiques apparaissent également : les élèves noirs et hispaniques sont davantage exposés aux concepts issus de la CRT, tandis que les zones urbaines et les comtés à majorité démocrate présentent des taux plus élevés concernant les questions de genre.

Point particulièrement préoccupant pour les auteurs : dans près de 70 % des cas, ces idées sont perçues comme ayant été présentées sans contre-discours, non comme des hypothèses discutables, mais comme des vérités allant de soi.

Effets sur les opinions politiques et idéologiques

L’un des constats centraux du rapport est l’existence d’une corrélation forte entre l’exposition à la CSJ et un déplacement des opinions politiques vers la gauche.

Chez les jeunes n’ayant été exposés à aucun de ces enseignements, l’identification partisane reste relativement équilibrée (27 % se déclarent républicains, contre 20 % démocrates). À l’inverse, chez ceux ayant connu une exposition maximale, l’écart devient très marqué : 53 % se déclarent démocrates, contre seulement 7 % républicains.

L’auto-identification comme « libéral » progresse également de manière significative, passant de 28 % en l’absence d’exposition à plus de 50 % chez les individus fortement exposés.

Le soutien à des politiques explicitement différenciées selon l’origine ethnique, telles que l’embauche préférentielle en faveur des Noirs, augmente de 17 % à 44 % avec l’intensité de l’exposition.

Ces effets persistent après prise en compte de l’environnement familial et géographique, ce qui suggère que l’école joue un rôle propre dans la formation des convictions, parfois en tension avec les valeurs transmises par la famille.

Attitudes raciales, culpabilité collective et rapport à la nation

Le rapport met également en lumière un renforcement des croyances selon lesquelles les Blancs porteraient une responsabilité spécifique dans la persistance des inégalités raciales. Parmi les élèves exposés à cinq concepts relevant de la CRT, 75 % adhèrent à cette idée.

Chez les répondants blancs, le sentiment de culpabilité lié à l’appartenance raciale progresse sensiblement, passant de 39 % à 58 % en cas de forte exposition. Les auteurs observent parallèlement une augmentation du sentiment de honte à l’égard de l’histoire et de l’identité nationales.

Sans nier la nécessité d’un regard lucide sur le passé, le rapport s’inquiète d’une pédagogie qui tendrait à substituer l’examen critique à une mise en accusation morale durable, au risque de fragiliser le lien civique.

Climat scolaire et liberté d’expression

Un autre résultat préoccupant concerne le climat de discussion dans les établissements. Les élèves exposés aux concepts de la CSJ déclarent se sentir nettement moins libres d’exprimer un désaccord.
La crainte d’être sanctionné, humilié ou mis à l’écart augmente fortement, passant de 38 % à près de 70 %, et jusqu’à 74 % chez les élèves se déclarant républicains.

L’exposition aux concepts de la CRT réduit également la disposition à critiquer un camarade noir, même de manière constructive. La proportion d’élèves se disant mal à l’aise dans une telle situation passe de 32 % à 50 %. Les auteurs soulignent le risque paradoxal que cette retenue excessive fasse obstacle à l’exigence académique et à l’égalité réelle des attentes.

Conclusions et implications

Les auteurs concluent que la promotion du libre choix de l’école — qu’il s’agisse de l’enseignement privé, des écoles à charte ou de l’instruction à domicile — ne suffit pas à elle seule à protéger les élèves de l’influence de cette idéologie, dès lors qu’elle imprègne l’ensemble du paysage éducatif et culturel.

Ils plaident en conséquence pour une intervention des pouvoirs publics visant à :

  • interdire la présentation de ces doctrines comme des vérités indiscutables ;
  • renforcer la transparence des programmes et des supports pédagogiques ;
  • garantir un véritable pluralisme intellectuel, incluant les traditions libérales classiques ;
  • réaffirmer l’enseignement des principes du Premier Amendement ;
  • mettre en place des mécanismes de recours pour les élèves et les familles.

Faute de telles réformes, préviennent-ils, ces approches continueront de façonner durablement les préférences politiques et la vision du monde des générations futures, au détriment du pluralisme, de la liberté de pensée et de la cohésion nationale.

Fondé sur un ensemble de données empiriques substantiel, ce rapport contribue utilement au débat sur la neutralité idéologique de l’école américaine. Sans verser dans l’alarmisme, il met en évidence des tendances profondes qui interrogent le rôle de l’institution scolaire : former des citoyens capables de juger par eux-mêmes, ou orienter implicitement leurs convictions au nom d’une morale présentée comme indiscutable.


mardi 13 janvier 2026

France — Chute de la fécondité en 2025 pire que la pire prévision de l'INED en 2021

Les chiffres 2025 de la natalité viennent d'être publiés par l'INSEE, et ils sont catastrophiques.



On n'a dénombré que 645 000 naissances en France en 2025, c'est 150 000 bébés nés en moins par rapport à 2015.

C'est l'équivalent :
  • de la population d'une  ville comme Grenoble ou Angers
  • de 7000 classes d'école primaire ou de 300 collèges
  • des naissances de 85 maternités en 2015

L'année 2025 est un tournant : pour la première fois en temps de paix, on compte plus de personnes qui meurent que d'enfants qui naissent en France.

Le solde naturel, c'est-à-dire l'écart entre les naissances et les décès connaît une trajectoire vertigineuse.
Encore largement positif il y a une décennie, il est désormais négatif.

 025, c'est aussi l'année où pour la première fois, le taux de fécondité passe sous la barre des 1,6 enfants par femme en France. 

À 1,56 enfant par femme, c'est un plus bas historique.

Tout cela dépasse les scénarios les plus pessimistes développés jusqu'à présent. 

Il faut chercher dans les annexes des projections INED/INSEE de 2021 pour trouver une hypothèse de "fécondité très basse", qui tablait sur... 1,69 enfant par femme en 2025.

Pourquoi les Français ont moins d'enfants ? Quatre facteurs principaux sont fréquemment évoqués :

  • Parce qu'ils en veulent moins (les « valeurs » modernes...)
  • Parce que leurs modes de vie ne sont pas favorables (moins de couples, plus de séparations)
  • À cause de contraintes matérielles (difficulté de logement, mode de garde car femmes travaillent plus en dehors du foyer)
  • À cause d'une incapacité biologique (études plus longues, formation des couples conjugaux plus tardives)

Si les Français ont moins d'enfants, la première raison est tout simplement qu'ils en veulent moins.
En seulement 20 ans, le nombre d'enfants souhaités s'est effondré, et ce, quelle que soit la tranche d'âge (il est cependant toujours supérieur d'environ 30 % au nombre d'enfants nés dans la famille).

L'évolution des modes de vie est à bien des égards défavorable à la natalité.

La part des personnes vivant en couple a très fortement reculé. Pour les jeunes femmes de 25 ans, ce taux a même baissé de 30% en 30 ans.

Si, statistiquement, moins de personnes sont en couples à un moment donné, c'est en partie lié à la hausse des séparations conjugales.

Certaines séparations ont lieu avant qu'il y ait eu un enfant et d'autres ont lieu après la naissance d'un ou plusieurs enfants. On peut supposer que le doublement du taux de familles monoparentales parmi les foyers avec enfants freine la naissance d'autres enfants.

Au-delà des modes de vie différents, les ménages se heurtent à des contraintes matérielles et financières. Les prix du logement, en particulier en milieu urbain, ont explosé en 20 ans, augmentant 4 fois plus vite que le revenu des ménages.

Enfin, même quand les conditions sont satisfaisantes, le désir d'enfant se heurte parfois à une autre barrière, biologique cette fois. Les femmes ont leur premier enfant de plus en plus tard, à des âges où la fertilité est plus faible.


lundi 12 janvier 2026

« Aujourd’hui, on se méfie de la mémoire. Et de la beauté »

Emmanuel Godo, l’écrivain et professeur de lettres à Henri-IV a publié Avec les grands livres, une ode à la lecture des classiques. À l’heure où la littérature tend à s’effacer derrière les écrans, il alerte sur l’avènement d’un totalitarisme insidieux, dans lequel la contemplation est laissée en jachère. Entretien paru dans le Figaro.

LE FIGARO. — Pourquoi répète-t-on inlassablement qu’il faut lire ?

EMMANUEL GODO. — Nous vivons dans un monde de divertissement généralisé. Aujourd’hui, un individu a tout ce qu’il faut, et même plus qu’il n’en faut, pour prendre du plaisir : entre les séries, les réseaux sociaux ou le cinéma à grande échelle, il peut se divertir - dans une forme de passivité - jusqu’à plus soif. Il est donc intéressant de rappeler qu’il existe une autre manière d’envisager le temps libre, avec la lecture, qui requiert un dialogue constant. En ne lisant plus, nous laissons en jachère des instances, des puissances intérieures, qui ont pourtant besoin d’être activées : la pensée profonde, la contemplation et la vraie rêverie - pas celle que l’on nous impose mais celle qui vient se glisser entre les lignes d’un texte.

—N’est-ce pas justement difficile pour les jeunes de lire quand des dizaines d’activités plus « faciles » leur tendent les bras ?

— Dans cette perspective, il y a une responsabilité du monde professoral. Les personnes que les jeunes rencontrent, et qui peuvent être des éveilleurs, sont d’abord les enseignants. J’ai passé près de quarante ans avec des élèves et ils n’étaient pas toujours favorisés socio-culturellement. Quelles que soient les conditions, le professeur doit être la passerelle entre un monde exigeant, celui de Balzac, de Molière, de Maupassant et celui de ces jeunes consciences en devenir. Il faut leur faire entendre que, dans ces textes, il y a une parole non seulement vivante, mais plus vivante encore - car plus riche, plus nuancée, plus féconde - que celle qu’on leur offre habituellement. Là, vous les arrimez et vous éveillez leur désir enfoui. Évidemment, c’est un long chemin. D’autant que la lecture devient intéressante précisément quand elle devient difficile : lorsque l’on sent une résistance en nous-même, un achoppement. Souvent, on s’autocensure dans l’audace de lecture car on est soi-même claquemuré dans des préjugés, dans des certitudes qui ne sont pas des vérités expérimentées et abouties, mais des représentations hâtives. Cette responsabilité concerne aussi les parents s’ils sont eux-mêmes des prescripteurs ou des praticiens de la lecture. La maison n’est pas seulement un lieu de vacuité où chacun est laissé à son épanouissement anarchique; elle peut être un lieu d’étude et de vraies conversations.

dimanche 11 janvier 2026

États-Unis — mouvement en plein essor remplace pédagogie progressiste par une axée sur les vertus « classiques »

Un mouvement en pleine expansion vise à remplacer la pédagogie progressiste par un enseignement axé sur les vertus citoyennes intemporelles.

Un nombre croissant d'écoles privées (subventionnée ou non) rejettent l'éducation progressiste au profit d'un enseignement traditionnel axé sur le savoir, la vertu et la liberté.

Je suis arrivé à la Founders Classical Academy de Lewisville, au Texas, en septembre 2023, et je me suis rendu au gymnase de l'école primaire, où les élèves de la maternelle à la cinquième année se réunissent chaque matin. Habituellement, les enfants d'une même classe récitent un poème qu'ils ont mémorisé. Aujourd'hui, c'était le Patriot Day, un jour férié dans l'État, et les élèves de quatrième année ont récité le préambule de la Constitution, depuis « Nous, peuple des États-Unis » jusqu'à « ordonnons et établissons cette Constitution pour les États-Unis d'Amérique ». J'étais assis dans les gradins avec les élèves de troisième année, et nous avons tous applaudi.

Créée en 2012 dans cette banlieue de Dallas, Founders est la plus ancienne d'un réseau de 23 écoles « classiques », principalement situées au Texas et en Arkansas. Le réseau Founders est une constellation parmi une galaxie en expansion d'environ 275 écoles classiques à charte à travers le pays. Si l'on inclut les écoles privées catholiques et protestantes qui se qualifient de classiques, environ 250 000 élèves fréquentent aujourd'hui ce type d'établissements.

En dehors de la « Ceinture du soleil » du Sud des États-Unis, ce mouvement est peu connu, bien qu'il s'agisse de l'une des réformes scolaires les plus dynamiques du pays. Ce mouvement d'éducation dite classique est un phénomène largement répandu dans les États républicains. Pour les critiques libéraux, ces écoles représentent le début d'une guerre culturelle. Un rapport publié en 2023 par le Network for Public Education, un groupe de défense, décrit les termes « classique » et « traditionnel » comme des « slogans destinés à attirer les familles conservatrices ayant une identité nationaliste chrétienne et désireuses de placer leurs enfants dans des écoles qui reflètent les valeurs, la pédagogie et les programmes scolaires du début et du milieu du XXe siècle ».

Le directeur de Founders, Jason Caros, rejette l'accusation de « nationalisme chrétien », mais soutient que ces valeurs traditionnelles, cette pédagogie et ce programme scolaire ont beaucoup à offrir. Caros et son équipe enseignante se sont engagés dans ce qu'ils considèrent comme un projet contre-culturel, allant à contre-courant d'une culture progressiste et utilitariste qui, selon eux, offre trop peu aux enfants et leur en demande trop peu. La devise latine de l'école est « Scientia Virtus et Libertas », ou « Connaissance, vertu et liberté ». Founders ne propose pas de cours d'éducation civique ; la raison d'être même de l'école est civique.

Un matin, j'ai assisté au cours d'anglais de Daniel Bishop, en sixième année (élèves de 11/12 ans). Une arche en contreplaqué portant les mots « Caius César : se préparer au triomphe » avait été fixée à la porte ; les enfants se préparaient pour le spectacle romain annuel.

Il y a eu une brève discussion sur les toges et autres accessoires romains. Puis M. Bishop est passé aux choses sérieuses, demandant aux enfants de se lever et de réciter le célèbre Sonnet 65 de Shakespeare, celui qui commence par « Puisque ni l’airain, ni la pierre, ni la terre, ni la mer sans borne n’échappent à la puissance du funèbre destructeur, comment la beauté se défendra-t-elle contre cette fureur, elle qui n’a pas plus de force qu’une fleur ? » Ils s'exécutèrent, sans faute. Bishop m'a dit plus tard qu'il avait aidé les enfants à analyser les phrases difficiles et les images.

Puis vint le moment de l'« oratio », la présentation orale. La classe lisait « Le Comte de Monte-Cristo ». Une fille se porta volontaire pour se lever et résumer le chapitre. Lorsqu'elle en arriva aux thèmes principaux, elle parla de la « fausse identité », c'est-à-dire des personnes qui se présentent sous une fausse identité. Bishop a souligné que le comte Morcerf avait un nom étrange, qui pouvait être traduit par « cerf mort ». Il a demandé : « Y a-t-il des cerfs morts importants dans la mythologie ? »

Actéon dévoré par ses chiens
Toute la classe semblait connaître l'histoire d'Artémis, qui avait transformé Actéon en cerf et l'avait laissé se faire déchiqueter par ses chiens de chasse. On avait là le modèle des Fondateurs en miniature : connaissances classiques, vérité et beauté, mémorisation et prise de parole en public. L'ambiance était enthousiaste.

Mes conversations avec les enseignants de Founders revenaient sans cesse sur la différence entre l'éthique classique et « progressiste » dans l'éducation. Ils n'utilisaient pas ce mot dans son sens politique conventionnel. Personne n'a jamais prononcé les mots « théorie critique de la race », « woke » ou même « Joe Biden ». Ils pensaient sans doute à ces choses dans leur vie privée, mais en tant qu'enseignants classiques, leurs préoccupations étaient ailleurs. Ils s'opposaient plutôt à l'orientation de l'enseignement conventionnel, qu'ils utilisaient de manière interchangeable avec le « progressisme », vers le marché et vers la « préparation à l'université ».

Caros m'a raconté avec une véritable horreur une histoire qu'il avait récemment entendue au sujet d'une école où les enseignants de chaque niveau se réunissaient chaque semaine pour examiner les résultats des tests des élèves, puis élaborer des plans individualisés. Cette pratique serait considérée comme une pédagogie de pointe dans de nombreuses écoles. La réaction de Caros avait été : « On ne peut pas avoir une école comme ça et enseigner de beaux contenus. »

En fait, John Dewey et d'autres fondateurs du mouvement de l'éducation progressiste au début du XXe siècle étaient profondément anti-utilitaristes. Dewey considérait l'orientation professionnelle de l'éducation comme profondément antidémocratique, car elle limitait le véritable développement intellectuel à l'élite universitaire. Mais il est vrai que, pour l'éducation progressiste, l'école commence par l'enfant, ses intérêts et le développement de ses facultés, et non par la matière enseignée et la nature intrinsèque de celle-ci. L'idéal libéral est le développement individuel : l'éducation permettrait selon cette théorie à chacun d'entre nous de devenir, non pas le citoyen idéal, mais celui que nous souhaitons être.

Ce qui rend l'éducation classique fondamentalement différente, c'est qu'elle ne considère pas l'autonomie individuelle comme le bien suprême. Elle croit plutôt en ce qu'Aristote appelait εὐδαιμονία (« eudaimonia »), un mot généralement traduit par « bonheur » ou « épanouissement humain ». L'éducation est en fin de compte une forme d'entraînement — avant tout à la raison — qui rend possible une vie bonne. Dans La Politique, Aristote écrit : « Il existe un certain type d'éducation que les enfants doivent recevoir, non pas parce qu'elle est utile ou nécessaire, mais parce qu'elle est noble/belle [καλήν] et convient à une personne libre [ἐλευθέρion]. » [Καλήν = accusatif féminin, ici donc belle/noble/honorable tant au sens moral qu'esthétique.] [C'est un des textes fondamentaux en faveur de l'éducation libérale, dans le sens de celle de l'homme libre. Un texte séminal de la tradition occidentale sur la culture générale désintéressée par rapport à la formation professionnelle et utilitaire.]

L'école de Lewisville a une population sélectionnée. Bien que, comme la plupart des écoles à charte [subventionnée donc], elle sélectionne ses élèves par tirage au sort, ceux qui la fréquentent sont ceux dont les parents ont souhaité qu'ils y aillent. Dallas est l'une des grandes villes les plus conservatrices des États-Unis ; l'école attire des familles conservatrices et religieuses pratiquantes. Mais les enfants ne sont pas privilégiés. Le revenu médian est légèrement inférieur à la moyenne américaine de 74 000 dollars ; 45 % des 935 enfants de Founders sont blancs, 22 % sont asiatiques, 20 % sont hispaniques et 7 % sont noirs.

Le traditionalisme, la rigueur et la discipline des écoles classiques, qui constituent un rempart contre la culture populaire et celle des pairs, séduisent de nombreux nouveaux arrivants aux États-Unis. À mesure que la réputation de l'école s'est répandue, les familles immigrées ont été de plus en plus nombreuses à y inscrire leurs enfants, de sorte que les classes des niveaux inférieurs sont beaucoup plus diversifiées que celles de l'école secondaire. Cela reflète une tendance plus large : une étude réalisée en 2023 a révélé que si les inscriptions dans les écoles classiques à charte du Texas avaient été multipliées par sept au cours de la décennie précédente, la croissance parmi les élèves asiatiques-américains et hispaniques avait largement dépassé celle des Blancs.

La culture de Lewisville Founders correspondait très bien à celle de sa communauté. Mais un élève gay, un élève transgenre, voire un enfant légèrement rebelle ou un peu bizarre, bref, toute personne peu encline à se conformer, pourrait s'y sentir malheureux. La grande diversité de la vie américaine ne peut être réduite au carcan d'un seul type d'enseignement.

Pourtant, Caros (qui occupe aujourd'hui le poste de directeur académique des Founders Classical Academies) et ses collègues ont raison de pointer les échecs de l'enseignement conventionnel. Ailleurs, les élèves de sixième ne lisent pas de romans ; on ne demande pas aux lycéens d'élever leur regard vers le beau et le vrai. Comme le dit Caros, « si nous voulons préserver nos libertés individuelles, nos libertés sociales et nous épanouir en tant que peuple, nous devons avoir des citoyens bien éduqués et vertueux ».

Cet article a été adapté par le WSJ à partir du nouveau livre de James Traub, « The Cradle of Citizenship: How Schools Can Help Save Our Democracy » (Le Berceau de la citoyenneté : comment les écoles peuvent contribuer à sauver notre démocratie), qui sera publié par W.W. Norton le 13 janvier.

jeudi 8 janvier 2026

Interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans, une mesure déjà contournée en Australie

Le 10 décembre dernier, lors de l’entrée en vigueur de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans, le premier ministre australien, Anthony Albanese, avait évoqué un « jour de fierté » représentant « l’un des plus grands changements sociaux » dans l’histoire du pays, observé de près par le monde entier. 

Mais l’expérience australienne, certes encore très récente, ne semble pas particulièrement concluante. Ainsi, Eve, une jeune fille de 14 ans vivant à Hobart, en Tasmanie, explique que sa pratique des réseaux sociaux n’a en rien été affectée par la loi. « J’ai reçu dans les jours précédents des messages de Tiktok, Instagram et Snapchat me disant que mes comptes allaient être fermés, explique l’adolescente. Pour Instagram, je n’ai pas réussi à en créer un nouveau mais j’ai pu le faire sans difficulté sur Tiktok et en plus, je n’ai même pas eu à passer de test de vérification d’âge. Et sur Snapchat, j’ai contesté la fermeture de mon compte, en déclarant que j’avais plus de 16 ans, l’appli a scanné mon visage, et j’ai conservé mon compte. »

Harriett, sa sœur âgée de 12 ans, n’a, elle, pas réussi à conserver son compte sur Snapchat, ni à en ouvrir un nouveau. En revanche, à l’image de nombre de ses amis, elle s’est mise à utiliser une autre application, non visée par la loi australienne. « Je suis sur Yope. En gros, c’est un clone de Snapchat », explique la jeune fille. Son cas est loin d’être isolé. Dans les jours suivant la mise en place de l’interdiction, des applications jusqu’ici peu utilisées, comme Yope, Lemon8 (groupe Bytedance, également propriétaire de Tiktok) ou encore Coverstar étaient en tête des téléchargements sur Google Play et l’apple store en Australie. Depuis des semaines déjà, des vidéos sur Tiktok évoquaient ces applications comme de possibles alternatives à celles ciblées par la loi australienne.

En outre, Harriett continue de regarder des vidéos sur Youtube et Tiktok, sans toutefois disposer de compte. Elle ne peut donc ni poster ses propres vidéos, ni laisser de commentaires, mais elle ne le faisait de toute façon pas avant l’entrée en vigueur de l’interdiction. Elle dit « comprendre pourquoi le gouvernement a pris cette décision » mais ne pense pas que « retirer les réseaux sociaux aux adolescents va changer quoi que ce soit ». « On peut toujours consulter ces plateformes sans compte, et tomber plus facilement sur des contenus perturbants. Plutôt que de tout interdire, il aurait fallu rendre ces plateformes plus sûres », estime-t-elle.

De lourdes amendes prévues


Julie Inman Grant, la commissaire australienne chargée de la sécurité en ligne, avait dès le lancement de la réforme anticipé des loupés, évoquant « des cas isolés de créativité et de contournements des adolescents. D’autres manières ingénieuses pour repousser les limites vont continuer à remplir les colonnes des journaux, mais nous ne nous découragerons pas, on va tenir sur la longueur. » Ces déclarations sont-elles autre chose qu’une simple incantation ? Si une large majorité de parents en Australie (70 %) soutient la mesure, à peine 29 % d’entre eux sont prêts à la faire respecter par leurs enfants, selon un sondage Resolve Political Monitor réalisé pour le Sydney Morning Herald.

Quant aux plateformes visées, sur lesquelles porte la responsabilité de faire respecter cette loi, elles s’exposent certes à de lourdes amendes - plus de 30 millions d’euros - mais il ne leur est demandé que de prendre « des mesures raisonnables » pour faire appliquer cette interdiction, sans que ces termes aient été clairement définis. En mettant en place des méthodes de vérification d’âge, notamment à travers le scan du visage sur la base de photos ou de vidéos, qui sont pourtant très loin d’être infaillibles, elles semblent dans les clous. C’est sans doute ce qui explique pourquoi, à l’exception de Reddit, qui a déposé un recours en justice pour contester cette loi, et X, qui a attendu le jour de l’entrée en vigueur de la loi pour annoncer qu’elle la respecterait, les plateformes visées, à part quelques timides protestations, n’ont pas rechigné à s’y soumettre. Elles s’étaient pourtant montrées beaucoup plus offensives lors de la mise en place en 2021 du News Media Bargaining Code, qui les a contraintes à reverser une partie de leurs revenus publicitaires aux éditeurs de presse, Meta allant même jusqu’à supprimer pendant quelques jours tous les contenus d’actualité sur ses réseaux en Australie.


Source: Le Figaro


mercredi 7 janvier 2026

Radio-Canada (vos impôts) : « Infoman », l’émission de propagande


Texte de Mathieu Bock-Côté paru dans le Journal de Québec.


On s’en souvient, dans le cadre de la polémique sur les artistes, PSPP [Paul St-Pierre Plamondon (PSPP), le chef actuel du Parti Québécois (PQ)], de passage à Tout le monde en parle, avait rappelé que Radio-Canada avait explicitement pour mission de servir l’unité canadienne. Guy A. Lepage (un homme que j’estime, par ailleurs, malgré mes désaccords avec lui) l’avait contredit, en disant que c’était faux.

Guy A. Lepage se trompait. Au mois d’octobre 2025, il y a quelques semaines à peine, donc, Radio-Canada rappelait, dans son Plan stratégique 2025-2030, que sa mission première était de «contribuer au partage d’une conscience et d’une identité nationales». Guy A. Lepage n’a évidemment pas menti en ondes, il a donc commis une erreur, qu’il pourra aisément corriger à la rentrée.

TLMEP

D’autant que les émissions de fin d’année ont confirmé cette vocation militante de la radiotélévision fédérale. Je ne pensais pas écrire à leur sujet une semaine plus tard. Pourtant, il me semble nécessaire d’y revenir tellement elles ont versé dans une propagande grotesque, qu’il faut nommer.

C’était notamment le cas d’Infoman.

Je laisse de côté la bromance [amitié virile, idylle entre copains] revendiquée entre Jean-René Dufort et Justin Trudeau. À la rigueur, elle fait rire. Il est toutefois difficile de ne pas faire le lien entre elle et la surabondance de drapeaux canadiens exposés, comme si de manière pas si subliminale que ça, Infoman voulait nous rentrer dans la gorge l’unifolié et nous faire oublier le fleurdelysé.

Mais que penser de la promotion ouverte de l’immigrationnisme, autrement dit, de l’immigration massive, comme si le rôle d’Infoman était d’instrumentaliser une émission de fin d’année pour dire aux Québécois quoi penser dans ce débat, comme si ceux qui s’opposent à elle manquaient d’humanité, de générosité? Faut-il rappeler que l’immigration massive est promue par Ottawa?

Que penser de la promotion du voile islamique et des prières de rue, comme s’il était absurde de critiquer le premier, et de dénoncer la multiplication des secondes? Je veux bien que ce soit une position politique possible, mais Infoman l’a présentée aux yeux de tous comme une évidence morale, dans la plus stricte continuité idéologique du multiculturalisme canadien.

Je laisse de côté aussi le progressisme incandescent et un peu dégoulinant du Bye Bye qui a culminé dans une étonnante entreprise de diabolisation de la famille traditionnelle. Le biais à gauche de la radiotélévision fédérale n’est plus à démontrer.

PQ

Alors, revenons à notre querelle d’automne. Radio-Canada, évidemment, a pour mission de promouvoir l’unité canadienne, même s’il laisse de la place dans ses émissions d’affaires publiques à des chroniqueurs nationalistes et indépendantistes, tous excellents, d’ailleurs.

Je dis cela, car le PQ, qui a de bonnes chances de gagner les prochaines élections, aura contre lui à temps plein Radio-Canada, même si ce militantisme cherchera à se faire passer pour de l’objectivité.

Et la chose sera encore pire quand le référendum viendra. Radio-Canada appuiera structurellement le camp du Non, ce qui n’empêchera pas Guy A. Lepage de voter Oui, heureusement.

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Numérique à l'école : le Danemark renonce et revient au papier

Le Danemark a longtemps été présenté comme un champion du numérique. Administration dématérialisée, identités digitales, tablettes dès 2011 dans les écoles…

Mais au pays du "Hygge“, l’art de vivre à la danoise, où le bien-être est une priorité, les autorités font marche arrière dans le domaine éducatif et social, après la publication de chiffres alarmants sur la santé mentale et les performances scolaires des enfants. Un retour à l’analogique qui se fait à pas de géant, avec interdiction de portables dans les écoles et les clubs périscolaires, un retour à l’apprentissage analogique et bientôt une interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans.

 

mardi 6 janvier 2026

Fraudes massives au Minnesota : l’ampleur du scandale des garderies et l’effet catalyseur de l’enquête de Nick Shirley

Mise à jour

 Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, a déclaré lundi dans un communiqué qu'il mettait fin à sa campagne de réélection et ne briguerait pas un troisième mandat.

Walz, candidat démocrate à la vice-présidence en 2024, a invoqué l'attention accrue portée aux allégations de fraude dans le Minnesota, ajoutant que « les manœuvres politiques des républicains ne font que rendre cette lutte plus difficile à gagner ».

« Mais après avoir réfléchi à cette situation avec ma famille et mon équipe pendant les vacances, j'en suis venu à la conclusion que je ne peux pas me consacrer pleinement à une campagne politique », a-t-il déclaré.

Cette annonce intervient alors que l'État fait l'objet d'une surveillance accrue concernant la fraude présumée dans le domaine de la garde d'enfants. La sénatrice Amy Klobuchar envisage actuellement de se présenter au poste de gouverneur.

Source : NBC

 

 
Billet originel du 31 décembre 2025
 
Fin décembre 2025, le Minnesota se retrouve au centre d’un scandale de fraudes d’une ampleur exceptionnelle touchant plusieurs programmes sociaux majeurs, notamment les aides aux garderies, les thérapies pour l’autisme et les dispositifs d’aide alimentaire. Selon des procureurs fédéraux, le montant total des fonds publics potentiellement détournés depuis 2018 pourrait dépasser 9 milliards de dollars. Une part significative des structures mises en cause serait liée à des organisations gérées par des membres de la communauté somalienne, qui constitue la plus importante diaspora somalienne des États-Unis. 

L’enquête virale de Nick Shirley : un accélérateur décisif

Le 26 décembre 2025, le journaliste indépendant et vidéaste Nick Shirley publie une enquête de 42 minutes intitulée I Investigated Minnesota’s Billion Dollar Fraud Scandal. Réalisée avec l’aide d’un enquêteur local se présentant sous le pseudonyme de « David », la vidéo documente la visite d’une dizaine de garderies à Minneapolis et dans ses environs, officiellement enregistrées comme accueillant des dizaines d’enfants.

Les images montrent pourtant des établissements apparemment inactifs : portes closes, fenêtres obturées, absence totale d’enfants ou de personnel,
et signalétique parfois approximative, comme une enseigne affichant « Quality Learing [sic] Center ». Or, ces structures auraient perçu des sommes considérables via le Child Care Assistance Program (CCAP). Le seul Quality Learning Center aurait ainsi reçu environ 1,9 million de dollars en 2025, et jusqu’à 4 millions de dollars cumulés, malgré des indices manifestes d’inactivité.

Selon Shirley, une seule journée d’investigation aurait permis d’identifier plus de 110 millions de dollars de paiements jugés suspect.

La diffusion de la vidéo provoque une onde de choc immédiate : elle cumule, en quelques jours, plus de 129 millions de vues sur X et 1,6 million de vues sur YouTube (chiffres au 30 décembre 2025). Relayée par Elon Musk, JD Vance et plusieurs figures conservatrices de premier plan, elle précipite une réaction fédérale rapide.