mardi 11 août 2026

Pourquoi les jeunes Chinois sont-ils de moins en moins nombreux à étudier à l’étranger ?

Pékin plutôt que Princeton

Ceux qui partent sont, eux, de plus en plus nombreux à rentrer au pays.

Des étudiantes de l’université de Pékin, en 2025, se préparent à poser pour des photographies avant la cérémonie de remise des diplômes.

Depuis 2019, la pandémie, les tensions commerciales et géopolitiques croissantes ont creusé le fossé entre la Chine et le reste du monde. Ces facteurs expliquent en partie le déclin du nombre d’étudiants chinois partant à l’étranger. En 2025, seulement 570 000 jeunes Chinois ont quitté le pays pour leurs études, contre un sommet de 700 000 en 2019 (voir graphique). Ce chiffre représente le niveau le plus bas enregistré depuis 2016.

Par ailleurs, certains pays d’accueil ont durci les conditions d’études pour les Chinois. En 2025, l’administration du président Donald Trump a annoncé son intention de « révoquer avec fermeté » les visas des étudiants chinois dans des « domaines sensibles », sans préciser lesquels. Elle a en outre subordonné la loterie d’attribution du visa H-1B — principale voie légale permettant aux travailleurs qualifiés, y compris aux jeunes diplômés, de s’installer aux États-Unis — à des seuils salariaux élevés, ce qui pénalise particulièrement les débutants. Selon plusieurs observateurs, les travailleurs chinois seraient plus touchés que les autres par cette mesure. Ainsi, Mme Hao, une Chinoise de vingt-cinq ans qui travaillait pour une jeune pousse américaine, a récemment décidé de rentrer en Chine, son statut de visa rendant quasi impossible tout changement d’employeur.

Le resserrement des budgets

La flambée des coûts des études à l’étranger n’a en effet rien arrangé. Selon une enquête de New Oriental, une grande entreprise de soutien scolaire, le coût moyen d’une année d’études à l’étranger atteint cette année 605 000 yuans (soit environ 89 600 dollars américains), en hausse de près d’un cinquième par rapport à 2023.

La [relative] morosité de l’économie chinoise a par ailleurs contraint les familles à une plus grande rigueur budgétaire, rendant les étudiants plus sensibles aux coûts. Parmi ceux qui persistent à partir, un nombre croissant se tourne désormais vers des destinations offrant un meilleur rapport qualité-prix. [Le FMI table sur une croissance de l'économie chinoise de 5 % en 2025 et 4,5 % en 2026, des chiffres enviables pour une économie mature.]

Si les statistiques chinoises ne précisent pas les destinations choisies par les étudiants, les données publiées par les pays d’accueil révèlent une tendance claire : les effectifs chinois diminuent en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada [et légèrement en Australie] tandis qu’ils progressent à Hong Kong, au Japon [et en Malaisie]. Hong Kong, en particulier, est devenu une destination prisée, comme l’explique Mme Yang, en raison du prestige de ses établissements et de sa proximité géographique avec la Chine. Quatre de ses clients sur cinq demandent des renseignements sur des études dans cette région proche. D’autres destinations plus abordables, comme la Malaisie — où il est possible d’obtenir un diplôme pour seulement 100 000 yuans soit environ 15 000 dollars américains —, attirent également l’attention des étudiants.

[On observe également une forte baisse (-27,5 %) aux Pays-Bas. Cette diminution s’explique par deux facteurs : d’une part, des tendances mondiales, comme le retour des étudiants vers la Chine et la diversification vers d’autres destinations asiatiques ; d’autre part, des choix politiques néerlandais visant à réguler l’internationalisation de l’enseignement supérieur. Le gouvernement a en effet adopté des mesures pour limiter l’afflux d’étudiants étrangers, notamment en réduisant l’offre de programmes en anglais et en restreignant le recrutement à l’étranger, dans un contexte marqué par une pénurie de logements et les limites des capacités d’accueil de ces étudiants.]

Le retour des « haigui », ou « tortues de mer »

Cette tendance ne se limite pas à une réduction des départs : un nombre record de 10,7 millions de jeunes Chinois ont intégré l’enseignement supérieur dans leur pays l’an dernier. Par ailleurs, parmi ceux qui partent étudier à l’étranger, la proportion de ceux qui choisissent de rentrer en Chine après leurs études n’a jamais été aussi élevée. L’an dernier, pas moins de 94 % des étudiants chinois ayant étudié à l’étranger sont revenus au pays, un record historique (voir graphique). Entre 2015 et 2025, ce sont ainsi 5,2 millions de diplômés qui ont regagné la Chine après une période passée à l’étranger, selon les chiffres officiels. On les surnomme  les « haigui » 海龟, littéralement « tortues de mer », lesquelles sont de grandes migratrices.

Cette vague massive a profondément modifié la perception des études à l’étranger. Que ce soit sur le marché du travail ou même dans la sphère privée, comme sur les sites de rencontre, le prestige autrefois associé à un diplôme étranger s’est fortement érodé. Aujourd’hui, selon les données de New Oriental, un diplômé de retour au pays perçoit en moyenne un salaire de départ d’environ 12 800 yuans par mois, soit seulement 2 100 yuans de plus que les diplômés formés localement (10 700 yuans).

Nombreux sont les « haigui » dont la situation professionnelle est bien moins enviable que celle de leurs pairs restés en Chine. Certains enchaînent même les petits emplois précaires, comme livreurs. Lors d’une émission télévisée chinoise, une jeune femme a révélé que ses parents avaient dépensé plus de deux millions de yuans pour financer ses études à l’étranger, pour aboutir à un emploi ne lui rapportant que 4 000 yuans par mois. « À ce rythme, lui a-t-elle confié avec amertume, il me faudrait un siècle pour rembourser une telle somme. »

Un diplôme étranger, un atout en déclin

Mlle Zou, une étudiante chinoise en maîtrise de chimie à l’University College de Londres, a choisi de partir à l’étranger par désir de « découvrir le monde ». Pourtant, elle ne s’attend à aucun avantage face aux diplômés formés en Chine lorsqu’elle cherchera un emploi dans l’industrie des semi-conducteurs à son retour. Or, en Chine, une maîtrise s’obtient après trois années d’études, contre une seule année dans son cas. Par ailleurs, les étudiants chinois représentent environ 40 % de sa promotion à Londres ; dans d’autres établissements, cette proportion peut atteindre 90 %. Cette surreprésentation remet en question l’idée reçue selon laquelle les universités étrangères offriraient une expérience fondamentalement différente de celle des établissements chinois.

Du côté des employeurs, les diplômes étrangers ont perdu de leur attrait. La brièveté des programmes et des critères d’admission parfois moins sélectifs ont en effet conduit les entreprises à remettre en cause la réputation autrefois sans faille des formations à l’étranger. En réalité, étudier à l’étranger ne garantit nullement une meilleure adaptation au monde professionnel. Certains services des ressources humaines estiment même que les diplômés locaux sont « plus dociles », comme l’explique Mme Zou, car ils n’auraient pas été contaminés par les idées libérales occidentales.

Certaines administrations provinciales limitent par ailleurs l’accès des diplômés de retour de l’étranger à la fonction publique. En 2024, la dirigeante de Gree, un géant chinois de l’électronique, a même déclaré publiquement qu’elle refusait d’embaucher des « haigui », craignant qu’ils ne soient des espions au service de puissances étrangères.

L’ascension des universités chinoises

Parallèlement, les universités chinoises gagnent en attractivité. Leur ascension dans les classements internationaux est spectaculaire. L’université de Pékin et l’université Tsinghua, les deux fleurons de l’enseignement supérieur chinois, occupent désormais respectivement la 13e et la 14e place du classement mondial QS.

Les établissements issus des programmes « 985 » et « 211 » — deux appellations gouvernementales désignant un petit groupe d'établissements d’élite chinois — sont désormais considérés comme supérieurs à de nombreuses universités étrangères, à l’exception de quelques institutions prestigieuses comme Oxford, Cambridge ou les universités de l’Ivy League américaine. Dans des disciplines comme les sciences ou l’ingénierie, la recherche chinoise se distingue particulièrement. Par ailleurs, les frais de scolarité, généralement de quelques milliers de yuans par an dans le public, restent très abordables.

Les universités étrangères en pâtissent

Cette baisse des inscriptions des étudiants chinois commence à peser sur certaines universités occidentales, devenues trop dépendantes de cette manne. Au cours de l’année universitaire 2024-2025, les Chinois représentaient ainsi plus de deux cinquièmes des étudiants internationaux au sein du Russell Group, un consortium regroupant 24 des universités les plus prestigieuses du Royaume-Uni.

Nombre de ces établissements avaient en effet développé des programmes de maîtrise spécialement conçus pour attirer les étudiants chinois, en leur appliquant des frais de scolarité bien supérieurs à ceux des étudiants britanniques. Les facultés s’étaient agrandies, de nouvelles infrastructures avaient vu le jour. « Il régnait une illusion de stabilité financière », explique Filippo Boeri, de l’Université City St George’s de Londres. Aujourd’hui, la réalité est tout autre : les universités suppriment des formations, licencient du personnel ou incitent leurs employés à accepter un départ volontaire. ».

Un manque à gagner pour les deux parties selon The Economist

Cette désertion des étudiants chinois privera l’Occident de talents précieux. Elle pourrait également se retourner contre la Chine elle-même. En effet, lorsque le pays s’est ouvert au monde, les « haigui » ont rapporté des compétences et des savoirs acquis à l’étranger, contribuant ainsi de manière décisive à la modernisation du pays et à son rattrapage économique. À titre d’exemple, huit des vingt-et-un membres actuels du Politburo du Parti communiste chinois ont étudié à l’étranger.

Par ailleurs, l’expérience internationale des « haigui » a permis aux entreprises chinoises de s’implanter avec succès sur les marchés étrangers. Si moins de tortues de mer prennent le large, la Chine en subira elle aussi les conséquences.


Source : The Economist

dimanche 9 août 2026

Malgré le scandale, l'autobiographie de l'ex-professeur vedette de Cambridge devrait être publiée ce mois


Le plus jeune professeur noir de Cambridge a donc démissionné.

La maison d’édition Simon & Schuster publiera néanmoins son autobiographie la semaine prochaine, moyennant un à-valoir qui s’élèverait à 1,4 million de livres sterling (ce chiffre a été largement relayé dans la presse ; l’éditeur ne l’a pas confirmé). 

Daniel Engber, du magazine The Atlantic, a mis la main sur le tapuscrit original du livre datant de 2024 et l'a comparé avec la version à paraître. Nous reproduisons son récent article sur ce sujet.

[L’indicatif, que nous avons conservé dans les extraits ci-dessous, ne préjuge en rien de la réalité des faits rapportés par Jason Arday ; nous avons simplement reproduit son emploi.] 


Great and Unfortunate Things, écrit en collaboration avec Eve Claxton, doit paraître la semaine prochaine aux éditions Simon & Schuster. Le récit qu’y expose Arday ne saurait être pris à la lettre : il diffère notablement des autres versions de sa vie qu’il a livrées en public comme en privé, y compris dans la proposition initiale qu’il avait soumise à la maison d'édition par l’entremise de son agent. Pourtant, l’ouvrage se révèle, à bien des égards, d’une honnêteté frappante et particulièrement révélateur : il brosse le portrait saisissant d’un homme manifestement mal préparé à affronter le monde universitaire, mais qui, contre toute attente, a su gravir les échelons les plus élevés. Il ne s’agit pas ici d’un jugement sévère émis par un tiers sur la carrière à la fois tragique et improbable d’Arday : c’est son propre récit.

Son autobiographie débute par une prophétie. Nous sommes en 2006, et Jason Arday, alors âgé de vingt et un ans, installait des pompes à eau dans les favelas du Brésil et enseignait aux enfants comment les utiliser. Une travailleuse humanitaire locale — une femme d’une trentaine d’années, aux cheveux et aux yeux foncés, à l’allure douce et posée — lui effleure le bras et lui murmure qu’il était destiné à souffrir toute sa vie, mais aussi à accomplir de grandes choses.

samedi 8 août 2026

Québec — Pour la ministre de l’Enseignement supérieur, « Débattre… est troublant et inquiétant »



« Débattre… est troublant et inquiétant » : une phrase indigne d’une ministre de l’Enseignement supérieur.

C’est pourtant ce qu’a écrit Mme Biron, l’actuelle ministre de l’Enseignement supérieur du Québec.

Une ministre de l’Enseignement supérieur devrait être particulièrement attachée au débat d’idées, à la confrontation des arguments et à la liberté de discussion. Or, Mme Biron présente comme « troublant et inquiétant » le simple fait de vouloir débattre d’une question controversée.

Le Canada a décriminalisé l’avortement jusqu’à la naissance, une situation exceptionnelle en Occident, où la quasi-totalité des pays fixent une limite, généralement au cours du deuxième trimestre ou à son issue.

Au Canada, il est donc théoriquement possible d’avorter jusqu’au terme, y compris après que le fœtus est viable.  C’est un fait. Rappelons que la viabilité fœtale est généralement atteinte vers 24 semaines de grossesse.

Dans une société démocratique, on doit pouvoir débattre de tout, y compris de sujets qui déplaisent à la gauche et à la CAQ — que d’aucuns ont, non sans ironie, qualifiée de parti de droite.

Rappelons d’ailleurs que l’interdiction de l’avortement au troisième trimestre, sauf lorsque la santé de la mère est en jeu, recueillait l’appui de 49 % des Canadiens et de 41 % des Québécois dans un sondage de l’Angus Reid Institute réalisé en 2020.

Et pourtant, on voudrait nous expliquer qu’il ne faudrait même pas en discuter.

En août 2025, un sondage de Research Co. indiquait que 49 % des Canadiens et 58 % des Québécois estimaient que l’avortement devrait être légal « en toutes circonstances ». Autrement dit, cette position ne recueille pas l’adhésion d’une majorité au Canada, et elle est loin de faire l’unanimité au Québec.

Ces chiffres, provenant de deux firmes de sondages sérieuses et régulièrement citées dans les médias, montrent que le débat n’est ni marginal ni « extrême ».

Lorsqu’une proportion aussi importante de la population — y compris au Québec — se montre favorable à l’instauration d’une limite comme il en existe dans la plupart des pays occidentaux, qualifier l’ouverture d’une discussion de « troublante et inquiétante » en dit peut-être davantage sur la fragilité du prétendu « consensus » que sur le débat lui-même.

Une autre question, tout aussi légitime, reste taboue : faut-il que le Trésor public rembourse tous les avortements, y compris ceux pratiqués alors que la vie de la mère n’est pas en danger et que l’enfant est déjà viable ? Et que faire lorsque l’« indication médicale » invoquée repose sur la santé mentale de la mère, au risque de transformer une notion aussi large en justification de convenance pour un avortement qui répond en réalité au simple choix de ne pas poursuivre une grossesse non désirée ? Pourquoi faire peser sur le budget de la santé le coût de tels avortements électifs ?

Pourquoi la ministre refuse-t-elle que ces questions soient discutées ? Pourquoi ce tabou ?

On assiste à une sacralisation de décisions vieilles de près de quarante ans — arrêt Morgentaler, 1988 — alors que la société québécoise a profondément changé. Avec un indice de fécondité tombé à un creux historique de 1,35 enfant par femme en 2024 (1,36 en 2025), le plus bas jamais enregistré, on pourrait au moins s’interroger sur la place que nous accordons à l’enfant. Et, plus fondamentalement, se demander si l’avortement, lorsqu’il est érigé en droit pratiquement intouchable, ne finit pas par dévaloriser l'enfant et la vie elle-même. Pourquoi cette question devrait-elle être soustraite au débat ?

Ces questions sont légitimes et devraient être ouvertes au débat.

Et pourtant : la crispation persiste, le débat  « inquiète » la ministre.

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vendredi 7 août 2026

Allemagne : un élève risque une amende pour avoir refusé de participer à un atelier « queer »

Une école secondaire de Dachau (près de Munich, en Bavière), exige la présence obligatoire de ses élèves mineurs à un atelier sur les questions « queer ». Malgré les interrogations des parents, la direction de l’établissement a maintenu son exigence. Résultat : un adolescent de 14 ans fait désormais l’objet d’une procédure d’amende.


Dachau — La sous-préfecture locale a engagé des poursuites contre un élève de 14 ans pour absence à l’atelier Diversity@school (en anglais dans le texte!), organisé le 10 juillet dans son école secondaire. Bien que les parents aient exprimé leur opposition à la participation de leur fils, l’établissement a insisté sur le caractère obligatoire de l’activité, au nom du programme scolaire.

Lors de cet atelier, deux militants « queer » sont intervenus en classe pour échanger avec les élèves. Selon l’association Diversity München, à l’origine de l’initiative, l’objectif était d’aborder l’acceptation des identités « queer », de déconstruire les stéréotypes et de lever les appréhensions. Des parents ayant assisté à des retours de leurs enfants rapportent que l’un des intervenants, présentant à la fois une barbe et une apparence féminine, aurait partagé des expériences personnelles, notamment des incidents de discrimination.

Des parents contestent le bien-fondé pédagogique

Dans une lettre adressée à la sous-préfecture, dont le média Apollo News a obtenu copie, les parents justifient l’absence de leur fils par le manque de réponses claires de la part de la direction. Ils estiment que la formulation du programme — selon laquelle les élèves doivent être « préparés à leur développement physique et psychique, à leur genre, à leurs sentiments, à leur identité de genre et à leur orientation sexuelle » — dépasse le cadre de la mission éducative de l’école ou de l’État.

Face à cette situation, les parents ont soumis neuf questions à l’établissement, avertissant qu’à défaut de réponses, ils déposeraient une plainte disciplinaire. Parmi leurs interrogations :
  • La présence permanente d’un enseignant pour garantir l’absence de toute forme de domination et éviter qu’un point de vue ne soit présenté comme moralement supérieur ;
  • L’accès aux supports et méthodes utilisés par les intervenants ;
  • La base juridique justifiant le choix de l’association Diversity München comme partenaire externe ;
  • L’implication éventuelle du conseil des élèves dans l’organisation de l’atelier.
  • La direction s’est contentée de confirmer qu’un enseignant serait présent en permanence pour veiller au respect de l’interdiction d’intimidation. Aucune autre réponse complète n’a été apportée. Le proviseur a simplement regretté que les parents ne partagent pas les valeurs de l’association, sans pour autant accepter que leur fils soit dispensé de l’atelier. Ceux-ci ont donc déposé une plainte disciplinaire et annoncé leur intention de contester toute amende par voie judiciaire.
Une association militante aux revendications politiques

Diversity München, qui finance ses activités grâce à des dons et à des subventions de la ville de Munich, affiche des revendications politiques explicites. Bien que le proviseur ait affirmé que l’atelier n’avait aucune visée d’endoctrinement, l’association formule des exigences à l’attention des gouvernements fédéral et régional bavarois, notamment :
  • La suppression des mentions « père » et « mère » sur les actes de naissance, remplacées par « parent 1 » et « parent 2 » ;
  • L’intégration systématique des enjeux « queer » dans les programmes scolaires ;
  • L’utilisation, sur les documents officiels (comme les bulletins), des prénoms choisis par les élèves, indépendamment de leur nom légal.

Jason Arday ou comment duper les universités occidentales rongées par la culpabilité

Jason Arday quand Closer célébrait sa nomination 
comme le plus jeune professeur noir à Cambridge

 

Jason Arday semble être un personnage presque trop fantastique pour une fiction conventionnelle. Il s'agit plutôt d'un personnage issu des fables d'antan – un archétype qui met à nu les péchés et l'hypocrisie de notre époque, un Till l'Espiègle des temps modernes. 

Malgré ses origines modestes, Arday a connu une ascension universitaire d'une remarquable fluidité. Des institutions censément élitistes ont suspendu avec empressement leur esprit critique. Elles se sont pliées aux vertus modernes diversitaires en matière de race, de handicap et de milieu social défavorisé.

À la lumière de la biographie d’Arday, on commence à comprendre à quel point nos meilleures universités sont prisonnières de la culpabilité progressiste et à quel point cela nuit à la véritable recherche et excellence universitaires.

Le récit qu’Arday a tracé de sa vie semble avoir été conçu pour séduire les chercheurs travaillant dans deux des domaines les plus en vogue de l’activité universitaire actuelle : la neurodiversité et le racisme institutionnel.

Selon ses dires, Arday n’aurait pu parler avant l’âge de 11 ans ni lire avant l’âge de 18 ans. Pourtant, il aurait surmonté ces handicaps ainsi que les préjugés raciaux omniprésents, pour transformer un simple diplôme en sciences de l’éducation et en éducation physique obtenu à l’ancienne école normale de Twickenham (qui se fait désormais appeler St Mary’s University) en une prestigieuse chaire de professeur à Cambridge dès l’âge de 37 ans.

Ses prétendues performances universitaires s’accompagnaient d’allégations de coureur qui auraient rivalisé avec les plus grands athlètes d’ultra-marathon, ainsi que de collectes de fonds caritatives qui auraient relégué Bob Geldof au rang d'amateur, malgré une persécution raciale qui n’aurait pas déparé dans l’Alabama du XIXe siècle.

Chacune de ses affirmations – les 30 marathons, les millions récoltés pour de bonnes causes, les persécutions violentes – a systématiquement été réfutée. Mais jusqu'à récemment, il continuait pourtant à contre-attaquer et à s'en prendre à ses détracteurs. Sa ligne de défense semble être que, dans le milieu universitaire, personne n’est très regardant. « Aurais-je jamais pu imaginer que quelqu’un passerait littéralement au crible chaque mot que j’ai prononcé ? », a-t-il demandé au Times de Londres. Lorsqu’un journaliste du Guardian a tenté de vérifier ses affirmations — selon lesquelles il aurait été menacé par des fous armés de couteaux et qu'on lui aurait lancé des bananes, des balles et une tête de cochon coupée à son domicile — et n’a trouvé aucune preuve, il a répondu au journaliste : « Je pensais que vous me croiriez, tout simplement. »

Toute la carrière de l'universitaire a reposé sur la crédulité face à ses affirmations, alors même que le but même du monde universitaire est de remettre en question, de vérifier et de critiquer. 

Son ascension fulgurante incrimine son université pour son manque de curiosité. Il semble que personne n’ait jamais vérifié son CV universitaire, ni les articles qu’il a soumis pour publication (et leurs corrections), ni les données qu’il a utilisées. 

Les charlatans exercent leur métier depuis des millénaires. Alexandre d'Abonuteichos, sous l'Empire romain, avait ainsi fixé une fausse tête humaine sur un serpent et l’avait déclaré dieu. Ses artifices et stratagèmes lui permirent d’exercer une influence considérable sur certains notables de l'empire. Il y a donc toujours eu des Jason Arday. La question est de savoir pourquoi cet escroc a pu s’imposer à Cambridge. Comment se fait-il que l’une de nos institutions les plus respectées se soit révélée si perméable et si peu perspicace ? Pourquoi une université, à qui l’on a désormais fourni des preuves irréfutables de sa duperie, l’a-t-elle soutenu jusqu’à il y a quelques jours.

Arday a été nommé professeur en sociologie de l'éducation à la suite d’un vote unanime du Conseil des électeurs, présidé par la baronne Sally Morgan (Parti travailliste). L’annonce a été faite en grande pompe. Avant même sa prise de fonctions, la BBC avait réalisé une vidéo sur son inouï parcours. Dans celle-ci, le professeur vedette interrogeait sa nouvelle supérieure, Hilary Cremin, sur comment elle allait s'y prendre pour rendre la faculté d’éducation inclusive. Elle avait déclaré que « nous avons écouté les voix de nos chercheurs et de nos étudiants noirs » et que Cambridge allait « s’attaquer aux problèmes structurels auxquels les gens sont confrontés ». Elle n'a pas hésité à déclarer à Arday : « Nous avons tellement de chance de vous avoir parmi nous. Vous êtes le meilleur au monde dans votre domaine de recherche. »

On a du mal à croire que Cremin ait vraiment cru ce qu’elle disait. À ce moment-là, Arday n’avait à son actif qu’une poignée de publications et un nombre de citations exceptionnellement faible. Le titre de sa thèse comporte une erreur grammaticale et ses articles regorgent de fautes d’orthographe sur des mots élémentaires comme « micro-agression ». Il avait à peine mené de véritables recherches, préférant utiliser « une méthode narrative issue de la théorie critique de la race (CRT), qui fonctionne comme un contre-récit visant à conceptualiser mes propres expériences professionnelles de négociation de la blanchité normative ».

Le jeune professeur était médiocre même dans l’industrie de la commercialisation des doléances raciales. La recherche en éducation est un domaine à forte production de publications, mais de piètre qualité. Une étude récente a montré qu'à peine 2,9 % des articles en « sciences de l'éducation » publient leurs données. Autrement dit, dans l'immense majorité des cas, il est impossible de vérifier les analyses publiées. En mathématiques ou en économie, en revanche, il est possible de n’avoir publié que peu d’articles, mais de haute qualité de n'avoir rédigé qu'un petit nombre d’articles mais de grande qualité avant d’obtenir un poste universitaire. Une grande partie des travaux d’Arday portait sur ses propres expériences. Il est facile de produire ce genre de contenu à un rythme élevé. Plusieurs membres du personnel subordonnés à Jason Arday au sein de la faculté d’éducation de Cambridge ont réussi à accumuler des listes de publications bien plus longues. On peut se demander ce qu’ils ont ressenti lorsqu’il a été recruté à un poste plus prestigieux que le leur et que la directrice de leur faculté a déclaré qu'il était « le meilleur au monde ».

Le parcours universitaire d'Arday ne brillait pas. Une licence et un master de l’université St Mary’s ; un doctorat de l’université John Moores de Liverpool, puis de brefs passages à l’université de Roehampton et de Durham (Arday affirme également avoir travaillé à Glasgow, mais un porte-parole le dément). Arday aurait également obtenu un master en sciences de l’éducation à l’université John Moores de Liverpool, mais cette mention a récemment disparu de sa biographie sur le site web du Jesus College, dont il est membre. Un cursus peu prestigieux.

Sur quels travaux le jeune universitaire s’est-il donc appuyé pour compenser son manque de références ? Lorsque les membres du jury se sont penchés sur la candidature d’Arday à un poste de professeur, ils ont sans doute lu son article phare, « Comprendre la santé mentale : quels sont les enjeux pour les étudiants noirs et issus de minorités ethniques à l’université ? ». Si tel est le cas, ils n'ont pu ignorer la longue liste de corrections ajoutées après qu’il eut « omis par inadvertance de signaler le chevauchement entre les deux publications [la sienne et un article de 2016 sur la perception de l’accès aux services de santé mentale au sein des communautés noires et issues de minorités ethniques (BME), rédigé par le professeur Anjum Memon et al. »

En 2023, le Dr David Harris et le professeur Martyn Hammersley ont écrit à Cremin pour lui signaler des des problèmes dans un article publié par Arday en 2018 notamment des similitudes textuelles frappantes entre ce texte et celui de Memon publié en 2016. Lorsque Harris a contacté Arday directement, celui-ci l’a accusé de privilégier « la grammaire… au détriment de l’équité » et l'a averti que tout nouveau contact serait considéré comme une forme d’intimidation et de harcèlement. Arday a ensuite porté plainte contre Harris auprès de la police. La police du Devon et des Cornouailles a refusé de donner suite à cette affaire.

Si les membres du jury connaissaient bien le domaine dans lequel ils estimaient que le jeune professeur était « le meilleur au monde », n’ont-ils pas trouvé étrange que les 32 étudiants issus de minorités ethniques qu’il aurait recrutés pour son article aient fourni des citations que l’on retrouve sous une forme presque identique dans d'autres publications ? Un étudiant de premier cycle cité par l'universitaire accusé de plagiat semble reprendre presque mot pour mot les propos du professeur Memon. D’autres citations sont attribuées à des personnes différentes (de races différentes) dans l’ensemble des travaux d’Arday. On pourrait s’attendre à ce qu’une commission ayant réellement lu les travaux d'un candidat avant de le nommer professeur repère ce genre d’incohérence. Si ces citations sont fausses, Arday pourrait alors se rendre coupable de fraude aux données, une infraction bien plus grave pour laquelle des personnes sont régulièrement licenciées.

Le peu d’intérêt d’Arday pour une recherche rigoureuse n’a rien de surprenant. Il l’avait d’ailleurs admis lors de ses ateliers sur la lutte contre le racisme, organisés dans d’autres universités. Un lanceur d’alerte a montré à une chroniqueuse du Spectator une conférence qu’il avait donnée, au cours de laquelle il déclarait aux participants qu’une « obsession pour les données n’était d’aucune utilité » lorsqu’on aborde le racisme, tout en affirmant que « la culture blanche est exclusive ».

Dans un premier temps, l’université a publié un communiqué affirmant que « Le professeur Arday a été victime d’une campagne ignoble visant à saper sa crédibilité, qui doit cesser. Les allégations de plagiat concernant sa thèse et ses publications dans des revues ont fait l’objet d’enquêtes approfondies menées par les institutions compétentes et les revues en question. Ces enquêtes ont innocenté le professeur Arday de tout acte répréhensible. »

L'université, bien qu’elle ait nommé Arday, a longtemps considéré qu’il ne lui appartenait pas d’enquêter elle-même sur ces allégations et qu'elle pouvait se contenter de l’enquête menée par l’université John Moores de Liverpool comme preuve de son innocence. L’un des présidents de cette enquête, Nels Abbey, a minimisé ces allégations en déclarant que tout le monde commet des « erreurs en cours de route », que c’était « tout simplement ainsi que ces choses-là ont tendance à se passer ». Au micro de Times Radio, M. Abbey a éludé toute discussion approfondie sur ces allégations.   

Les universitaires se bousculèrent pour affirmer que le plagiat occasionnel fait partie de la recherche normale. Alan Lester, professeur de géographie historique à l’université du Sussex, formé à Cambridge et spécialisé dans le colonialisme, a dû s'excuser pour avoir laissé entendre que l’ampleur des passages repiqués par Arday et non attribués aux travaux d’autres chercheurs était une pratique courante parmi ses pairs , voire « acceptable ».  On peut imaginer que ses collègues lui ont conseillé de taire ce genre de secret de Polichinelle et qu'il valait mieux laver le linge sale en famille.

Trois directeurs de maison (équivalent des doyens) de Cambridge ont signé une lettre ouverte en soutien  Arday, à l’initiative du Good Law Project, une ONG fondée par Jolyon Maugham. Il est intéressant de noter que, par la suite alors que le scandale prenait de l'ampleur, la professeure Dame Ijeoma Uchegbu, présidente du Wolfson College, a retiré son nom de la lettre et que Lord Woolley a retiré son titre de directeur de Homerton. Sonita Alleyne, directrice du Jesus College, a quant à elle maintenu son nom sur la lettre malgré l'accumulation de preuves. Sonita Alleyne est antillaise. Elle s’est particulièrement fait connaître pour son engagement sur les questions de legs de l’esclavage et du colonialisme. En octobre 2019, elle fut nommée directrice du Jesus College de Cambridge devenant ainsi la première femme à diriger ce collège depuis sa fondation en 1496 ainsi que la première personne noire à diriger un collège d’Oxbridge.


Nathan Cofnas a été le premier à révéler, sur son blogue Substack, les passages plagiés de la thèse et des articles de Jason Arday, brisant ainsi l’omerta universitaire. Sans son travail d'enquête, l’affaire serait probablement restée étouffée. Pour toute récompense, Cofnas a été renvoyé de son université.

Paradoxalement, nous devrions peut-être être reconnaissants envers l’ex-professeur Arday. Il a montré que des journalistes, des universitaires renvoyés ou des chercheurs indépendants tenant un carnet en ligne sont souvent de bien meilleurs évaluateurs que les universitaires attitrés de Cambridge.
 
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Une nouvelle étude nous apprend par ailleurs, la même semaine, qu’il n’y aurait aucun lien entre la dépression et la sérotonine. Cette découverte remet en cause l’efficacité de nombreux antidépresseurs.

Comment la science se trompe.... Dans The Economist du 26 octobre, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ». On y apprend notamment qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples. 

« Des coraux plus résistants à la chaleur » ou des études précédentes peu fiables et alarmistes ?  La menace stéréotypée n’expliquerait pas la différence de résultats entre les sexes en mathématiques (suite) 

Mythe : le traitement de l’« hystérie » féminine à l’époque victorienne 

Recherche — Failles dans le mécanisme de relecture par des pairs

Comment publier un article scientifique en 2020 

Reproduction d’études marketing — Jusqu’à présent (2022), seules 3 tentatives de réplication sur 34 (8,8 %) en marketing ont réussi sans ambiguïté.

Canulars embarrassants : revues « savantes » dupées par de fausses études adoptant des mots clés à la mode

jeudi 6 août 2026

L'icône diversitaire de Cambridge dans la tourmente pour plagiat et affabulations

Le professeur de sociologie Jason Arday (ci-contre), âgé de 41 ans, a démissionné hier soir de l'université de Cambridge à la suite d'accusations selon lesquelles il aurait plagié des travaux universitaires et menti au sujet de plusieurs de ses réalisations personnelles.

Table des matières
Excuses de la police et démission de Jason Arday

Le chef de la police métropolitaine de Londres (Met), Sir Mark Rowley, a reconnu aujourd'hui que ses services n'auraient jamais dû ouvrir une enquête de quatre mois contre un journaliste qui enquêtait sur le professeur Jason Arday.

Sir Mark Rowley a déclaré ce matin que la police avait « commis une erreur » après que le journaliste de Times Higher Education, Jack Grove, eut été signalé aux forces de l'ordre pour avoir envoyé un courrier électronique au professeur Arday afin de l'interroger sur des accusations de plagiat concernant sa thèse de doctorat.

Peu après, le professeur Arday a publié un communiqué annonçant, « avec une profonde tristesse », qu'il quittait avec effet immédiat ses fonctions à l'université de Cambridge ainsi qu'au Jesus College.

Depuis plusieurs mois, il était au cœur d'une controverse grandissante liée à des accusations selon lesquelles il aurait repris, sans attribution suffisante, des passages de la thèse d'un autre doctorant.

Il faisait également l'objet d'interrogations concernant une série d'affirmations spectaculaires relatives à son parcours personnel. Présenté comme une figure emblématique de la diversité en raison de son accession au titre de plus jeune professeur noir de l'histoire de Cambridge, il avait d'abord bénéficié du soutien de l'université, qui avait dénoncé une « campagne ignoble destinée à saper sa crédibilité ».

Mais après que la presse britannique eut révélé que plusieurs universités contestaient les affirmations du professeur Arday selon lesquelles il y aurait occupé des fonctions universitaires, Cambridge a annoncé hier l'ouverture d'une procédure.

Peu après cette annonce, le professeur Arday a présenté sa démission en déclarant :
« Cette décision ne doit pas être interprétée comme une perte de confiance dans la recherche universitaire ni dans les valeurs qui m'ont conduit à Cambridge. Elle ne doit pas davantage être considérée comme une acceptation des récits qui ont circulé à mon sujet.

C'est simplement la décision d'une personne qui est arrivée aux limites de ce qu'il est raisonnable d'exiger d'un être humain. »
Dans sa lettre de démission, il ne reconnaît aucune erreur, n'assume aucune responsabilité et n'aborde pas le fond des questions qui avaient été soulevées. Il présente sa démission comme étant entièrement due à ce que d'autres lui ont fait subir. L'éternelle victime.

Cette démission est l'aboutissement de plusieurs mois de rumeurs portant aussi bien sur ses travaux universitaires que sur ses réalisations personnelles présumées, notamment ses affirmations selon lesquelles il aurait récolté 5,5 millions de livres sterling pour des œuvres caritatives et exercé diverses fonctions dans plusieurs universités.

Son autobiographie devrait cependant paraître la semaine prochaine

Le plus jeune professeur noir de Cambridge a donc démissionné.

La maison d’édition Simon & Schuster publiera néanmoins son autobiographie la semaine prochaine, moyennant un à-valoir qui s’élèverait à 1,4 million de livres sterling (ce chiffre a été largement relayé dans la presse ; l’éditeur ne l’a pas confirmé). [Plus de détails ici.

Comment l'inflation des diplômes est devenue un problème économique… et politique

Pendant des décennies, un principe a guidé les politiques éducatives de la plupart des pays développés : plus une société compte de diplômés universitaires, plus elle sera prospère. L'idée semblait aller de soi. 

Les statistiques montraient que les titulaires d'un diplôme de l'enseignement supérieur gagnaient davantage que les autres, connaissaient moins souvent le chômage et contribuaient davantage à la croissance économique. Dès lors, il suffisait d'élargir l'accès à l'université pour élever le niveau de vie de toute la population.

Cette logique n'était pas absurde. Elle a accompagné l'essor des économies fondées sur la connaissance et contribué à démocratiser des études autrefois réservées à une minorité. Mais une hypothèse implicite s'est progressivement imposée : si un peu d'université est bénéfique, davantage d'université le sera nécessairement.

Or cette hypothèse est aujourd'hui remise en question par des travaux provenant de domaines très différents. Des économistes observent un affaiblissement du rendement de certains diplômes ; des politologues constatent que les diplômés les plus qualifiés mais les moins favorisés constituent désormais le noyau électoral de la gauche américaine ; l'historien Peter Turchin voit dans cette évolution l'un des moteurs récurrents des crises politiques ; enfin, la Chine elle-même cherche désormais à réorienter une partie de sa jeunesse vers les formations techniques. Ces analyses ne disent pas exactement la même chose. Ensemble, elles dessinent toutefois un tableau étonnamment cohérent.

mercredi 5 août 2026

« Ceuta n’est pas une anomalie, c’est un avertissement »


Des migrants attendent de traverser vers l’enclave espagnole de Ceuta, du côté marocain de la frontière à Fnideq, au Maroc, le 31 juillet 2026

La nou­velle vague migra­toire à Ceuta révèle un enche­vê­tre­ment d’erreurs et de naï­ve­tés cumu­lées, dont les leçons, comme les effets, valent pour l’Europe entière, ana­lyse le direc­teur de l’obser­va­toire de l’immi­gra­tion et de la démo­gra­phie.

Il aura suffi de quelques heures pour qu’une enclave de 18 kilo­mètres car­rés devienne l’épi­centre d’une crise euro­péenne. À Ceuta, près de 60000 migrants - majo­ri­tai­re­ment des jeunes hommes maro­cains - ont fran­chi en une jour­née, de manière irré­gu­lière, la fron­tière qui sépare le royaume du Maroc du ter­ri­toire espa­gnol. La ruée vers cette ville auto­nome n’est pas seule­ment le visage d’un échec poli­cier ou sécu­ri­taire. Elle révèle un enche­vê­tre­ment d’erreurs et de naï­ve­tés cumu­lées, dont les leçons (comme les effets) valent pour l’Europe entière.

Avec son plan de régu­la­ri­sa­tion des clan­des­tins annoncé en jan­vier 2026, l’exé­cu­tif espa­gnol pen­sait ouvrir un dis­po­si­tif concer­nant 500000 per­sonnes envi­ron. Au 30 juin der­nier, 1,2 mil­lion de dos­siers avaient été dépo­sés. Les Maro­cains en consti­tuaient la deuxième natio­na­lité la plus nom­breuse. Pedro San­chez cherche, depuis plu­sieurs années, à se posi­tion­ner comme l’un des der­niers diri­geants du monde démo­cra­tique expli­ci­te­ment favo­rables à une immi­gra­tion sans contrôle. En témoignent ses inter­ven­tions dans la presse inter­na­tio­nale - comme sa tri­bune parue dans le New York Times en février der­nier, ainsi titrée : «Je suis le pre­mier ministre espa­gnol. Voici pour­quoi l’occi­dent a besoin des migrants. »

Ce fai­sant, San­chez a ignoré déli­bé­ré­ment un phé­no­mène dont l’exis­tence est pour­tant attes­tée au niveau mon­dial : celui de « l’appel d’air » généré par ce type de déci­sion. Tan­dis que l’ensemble des pas­sages irré­gu­liers détec­tés par Fron­tex aux fron­tières exté­rieures de L’UE a reculé de 25 % l’an der­nier, la seule route migra­toire qui a connu une hausse notable de ses fran­chis­se­ments est celle de la Médi­ter­ra­née occi­den­tale - qui va, pré­ci­sé­ment, du nord du Maroc au sud de l’Espagne. La pers­pec­tive de cette régu­la­ri­sa­tion mas­sive était déjà évo­quée publi­que­ment par Madrid.

Cette ruée vers Ceuta met à nou­veau en lumière l’extra­or­di­naire fra­gi­lité à laquelle nous expose l’état actuel de l’espace Schen­gen. Un seul pays, même radi­ca­le­ment isolé en Europe (l’adop­tion récente du « règle­ment retour » par le Par­le­ment euro­péen en témoigne), est en mesure d’impo­ser les consé­quences de ses déci­sions à l’ensemble des autres États membres de la zone. Des règles déro­ga­toires de contrôle s’appliquent, certes, au départ des enclaves de Ceuta et de Melilla vers le conti­nent. Mais qui­conque posera le pied en Anda­lou­sie entrera dans un espace de 4 mil­lions de kilo­mètres car­rés, où l’absence de contrôle aux fron­tières - non seule­ment pour les citoyens de L’UE, mais aussi pour les res­sor­tis­sants extra-européens - consti­tue un prin­cipe soli­de­ment garanti.

Des moda­li­tés de réta­blis­se­ment tem­po­raire des contrôles sont certes pré­vues par le droit, comme l’a rap­pelé le ministre Laurent Nuñez pour ten­ter d’apai­ser les craintes. Mais celles-ci se trouvent très limi­tées dans leur mise en oeuvre concrète. Dans la fou­lée d’une déci­sion de la Cour de jus­tice de l’union euro­péenne en 2023, les déci­sions rapides et sou­ve­raines de « non-admis­sion » à la fron­tière française, qui étaient pra­ti­quées lar­ge­ment à la fron­tière avec l’Ita­lie depuis 2015 (et auraient pu l’être face à l’Espagne aujourd’hui), ont chuté de 80 % en un an.

Le « gou­ver­ne­ment des juges » n’est pas inno­cent, non plus, dans la crise déclen­chée à Ceuta. Au début du mois de juillet, le Tri­bu­nal suprême espa­gnol a publié un arrêt ren­dant impos­sible le recours aux « refou­le­ments immé­diats » pour les clan­des­tins arri­vant par la mer. Les migrants - et, plus encore, les réseaux cri­mi­nels qui les accom­pagnent - sont des indi­vi­dus ration­nels, qu’il impor­te­rait de consi­dé­rer enfin comme tels. Ils réagissent aux signaux et aux contre­-si­gnaux, d’ouver­ture ou de fer­meté. Ils pèsent les oppor­tu­ni­tés avec les risques qui leur sont asso­ciés. Les mes­sages irres­pon­sables envoyés par des gou­ver­ne­ments ou des juri­dic­tions engendrent des effets concrets sur la dyna­mique des flux.

L’appa­rent relâ­che­ment des contrôles maro­cains qui a accom­pa­gné la ruée vers Ceuta devrait aussi des­siller les yeux de nos diri­geants devant une évi­dence stra­té­gique : l’arme migra­toire est deve­nue l’un des prin­ci­paux leviers de désta­bi­li­sa­tion contre les États euro­péens. [Notons que le Maroc pourrait avoir des intérêts plus directs que la déstabilisation de l'Europe : annexer Ceuta augmenterait légèrement la taille de sa zone économique exclusive en Méditerranée et priverait l'Espagne d'une présence stratégique sur les deux rives de la région du détroit de Gibraltar.] 
 
La ZEE de l'Espagne (en turquoise) s'étend jusqu'aux côtes de l'Afrique à Ceuta

]

De la même façon que l’Algé­rie a « fait payer » la France pour le virage pro-maro­cain opéré par notre diplo­ma­tie en 2024, rom­pant toute coopé­ra­tion dans le domaine migra­toire et faci­li­tant les départs, le régime de Rabat n’appré­cie pas le rap­pro­che­ment engagé entre Madrid et Alger - ni la posi­tion du gou­ver­ne­ment San­chez sur la ques­tion du Sahara occi­den­tal.


[...] Cet ins­tru­ment de guerre hybride est d’autant plus effi­cace que l’Europe entre­tient acti­ve­ment sa propre vul­né­ra­bi­lité, par un ordre juri­dique qui fait de notre conti­nent le plus ouvert à l’immi­gra­tion irré­gu­lière dans le monde.

L’ins­tru­men­ta­li­sa­tion des migra­tions est aussi le moyen récur­rent d’une « annexion par le bas » pour des gou­ver­ne­ments reven­di­quant leur sou­ve­rai­neté sur des ter­ri­toires où ils ne l’exercent pas. Rabat consi­dère Ceuta et Melilla comme des ter­ri­toires maro­cains occu­pés par l’Espagne : l’afflux de ses res­sor­tis­sants en masse et en force est un moyen d’affir­mer cette posi­tion, tout comme de pré­pa­rer un bas­cu­le­ment démo­gra­phique favo­rable au rat­ta­che­ment. Ce mode opé­ra­toire est le même que celui déployé par les Comores à Mayotte, dans un objec­tif iden­tique. Les crises migra­toires ne sont plus seule­ment des défis huma­ni­taires; elles sont deve­nues des ter­rains de confron­ta­tion stra­té­gique. Ceuta n’est pas une ano­ma­lie. C’est un aver­tis­se­ment.


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mardi 4 août 2026

« Tous les Acadiens, toutes les Acadiennes »

Extrait de La Vie Secrète des Chansons sur France 3, « L’Amérique en chansons » avec Michel Fugain et la chanson « Tous les Acadiens, toutes les Acadiennes… » écrite avec Maurice Vidalin, inspirée du drame du peuple acadien et du « Grand dérangement », leur déportation vers la Louisiane.

Le présentateur, André Manioukian, parle de « déportation sans ménagement ». Dit ainsi, on ne comprend pas la cruauté de ce Grand Dérangement des Acadiens. C’est ainsi que 3 100 Acadiens furent déportés après la prise de Louisbourg, en 1758, parmi eux 1 649 moururent de noyades ou de maladies, soit un taux de mortalité de 53 %. De 1755 à 1763, environ 10 000 Acadiens furent déportés. Ils furent envoyés à différents endroits autour de l’Atlantique. Beaucoup se retrouvèrent dans des colonies anglaises, d’autres en France ou dans les Caraïbes. Des milliers décédèrent de maladie ou de faim à cause des conditions sordides qui existaient à bord des navires.

André Manioukian ne peut s’empêcher de préciser que la musique cajun est une musique française ayant subi « beaucoup de métissages » (plutôt que d’influences), sans préciser quel métissage. Mais voilà, « métissage » est devenu un mot magique. Est-ce que la musique de Jean-Sébastien Bach est aussi fort métissée ?

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Appropriation culturelle : avant Lepage, Rameau (rediff)  

Interlude musical — Variations sur le thème de Une Jeune Fillette  

Histoire — chanson du 31 août, corps des troupes de la marine

 

lundi 3 août 2026

4 août 1701 — Signature de la Grande paix de Montréal (m à j)

Ce traité met fin à plusieurs décennies de conflits opposant les Iroquois aux Français et à leurs alliés autochtones. Les Français de Nouvelle France, alliés des Hurons entre autres, se heurtent durant tous les premiers temps de la colonie à l’hostilité des Iroquois. À la fin du XVIIe siècle, des délégations de nombreuses nations amérindiennes arrivent à Montréal à l’été 1701. Le 4 août, la Grande paix de Montréal est signée. Tous s’engagent à favoriser le dialogue au conflit, et surtout les Iroquois garantissent leur neutralité en cas de conflit entre Français et Anglais.



Trente nations, dont les Iroquois des cinq nations envoient au total 1 300 délégués pour signer la paix avec les Français à Montréal : avec la promesse de rester neutre dans d’éventuelles guerres entre Anglais et Français. Les représentants de chacune des nations apposent la marque de leur tribu au bas du traité, le plus souvent un animal. Les nations s’engagent aussi à vivre en paix entre elles. En cas de conflit, c’est le Gouverneur général de la Nouvelle-France qui servira d’intermédiaire et d’arbitre. Un grand banquet achève cette cérémonie.

À compter de la signature du traité, le commerce et les expéditions de découvertes peuvent reprendre en toute quiétude. Le sieur de Cadillac quitte Montréal pour aller fonder dans la région des Grands Lacs le poste de traite du Détroit, promis à un bel avenir, tandis que les missionnaires jésuites reprennent leurs missions spirituelles dans les « pays d’en haut ».

Au niveau diplomatique, la paix de Montréal apparaît comme un fait unique dans toute l’histoire de l’Amérique. Détail étonnant, celui-ci est toujours valide et reconnu comme tel par les communautés amérindiennes.

À l’inverse de la politique espagnole marquée par l’asservissement des indigènes et dénoncée par les auteurs de l’époque comme Las Casas, les Français choisirent en Nouvelle-France de privilégier les alliances et un modus vivendi globalement respectueux des différents peuples. Certes, les conflits furent nombreux et sanglants avec les nations amérindiennes et ils ne cessèrent pas après 1701, mais jamais ils ne s’inscrivirent dans les dérives de la politique espagnole ou anglaise.

De fait, de tous les colonisateurs d’Amérique, seuls les Français n’ont ni exterminé les autochtones ni tenté de les réduire en esclavage ou de les repousser dans des réserves. On pourrait même arguer que la fonction « officielle » d’évangélisation des autochtones conférée à la Nouvelle-France constitue de la part des Français une admission tacite d’égalité entre les « blancs » et les autochtones, en les considérant « dignes » d’être évangélisés. Il ne faut toutefois pas oublier que l’économie ou la sécurité de la Nouvelle-France dépendait d’une bonne entente avec les autochtones, les Français n’étant tout simplement pas assez nombreux pour se passer de ces précieux alliés.

Copie du traité de paix de 1701



(Le document original du traité de paix de 1701 est conservé aux Archives nationales d’outre-mer.)
Pictogrammes des nations signataires : 
  1. Ouentsiouan représente la nation iroquoise des Onontagués et signe un échassier. 
  2. Pour les Tsonnontouan, c’est Tourengouenon qui appose la signature de la tortue. 
  3. Pour les Onneeiouts, la signature représente une fourche au milieu de laquelle se trouve une pierre. 
  4. Chez les Goyogouins (« peuple de la grande pipe »), le dessin d’une pipe va de soi ! 
  5. La marque de Kondiaronk, dit le Rat [un rat musqué], figure sur le traité de 1701. Un autre chef huron a pu apposer cette marque au nom de ce grand chef, mort deux jours avant la signature du traité. 
  6. L’ours, la signature du chef Kinongé, dit le Brochet, pour les Outaouais du Sable. 
  7. La marque des Abénaquis de l’Acadie, par le chef Mescouadoué. 
  8. L’ours, la marque des Outaouais Sinagos. 
  9. Pour les Gens du Sault, l’ours également, signature apposée par Haronhiateka. 
  10. La signature du chef des Gens de la Montagne est un chevreuil. 
  11. Le chef Kileouiskingié signe d’un poisson pour les Outaouais Kiskarons. 
  12. La fourche représente le lieu où vivent les Outaouais de la Fourche, à la confluence de trois rivières. 
  13. Représentés par Onanguicé, chef pouteouatami, les Mississagués [nation ojibwée] signent d’un oiseau-tonnerre. 
  14. Les Amikoués apposent la marque du castor. 
  15. Pour les Sauteux [Ojibwés], le chef Ouabangué appose la marque d’une grue. 
  16. Chez les Algonquins, on trouve deux signatures : un échassier ou une grue et, à côté, un être humain. 
  17. Une perche surmontée d’un scalp sert de signature pour le village des Pangichéas [Piankashaws]. 
  18. La marque de Chichicatalo, chef très respecté chez les Miamis, regroupe deux symboles, dont une grue. 
  19. La marque du chef Outilirine pourrait représenter les Cris. En langue crie, le suffixe — irin signifie « homme ». 
  20. Représentés par Onanguicé, les Koueras Koueatenons [groupe illinois] signent d’un arc et d’une flèche. 
  21. La marque du village des Peorias [nation illinoise] est une tortue à longue queue. 
  22. L’emblème des Tapouaroas [groupe illinois]. 
  23. L’emblème des Monisgouenars [nation illinoise], établi à la rivière des Moines. 
  24. Le village des Marouas [groupe illinois], signe d’une grenouille. 
  25. Pour les Pouteouatamis, la marque d’un chicot et trois racines. 
  26. Pour les Kaskaskias [nation illinoise], une plume encochée. 
  27. La marque du village des Ouiatanons [nation miamie] est une carrière. 
  28. L’esturgeon est la marque des Sakis [Sauks]. 
  29. Chez les Outagamis, ou Renards, la signature est celle du… renard. 
  30. L’oiseau-tonnerre représente le symbole clanique des Puants. 
  31. La marque des Malominis [Folles Avoines] est celle d’un oiseau-tonnerre tenant une tige de folle avoine. 
  32. Le chevalier de Callière, Brochart de Champigny, et autres. 

[Notes tirées de La Grande Paix, Chronique d’une saga diplomatique, par Alain Beaulieu et Roland paru à Montréal, Éditions Libre Expression, 2001, p. 109-111.]