lundi 17 août 2026

L'éducation dite « positive » en France

Ses sym­pa­thi­sants vantent les bien­faits d’une édu­ca­tion tour­née vers les « besoins » de l’enfant, dans laquelle ses émo­tions sont res­pec­tées et la confiance, cen­trale. Ses adver­saires y asso­cient l’image hor­ri­pi­lante de ce couple d’amis en train d’expli­quer pour la sei­zième fois à leur fille que la nuit, « c’est fait pour dor­mir, tu com­prends ma ché­rie?», ou de cette mère qui, au super­mar­ché, mori­gé­nait avec sua­vité son fils de 4 ans pour avoir délogé les conserves du rayon. « Tu vou­lais ran­ger, c’est ça, mon chou­fleur ? » Depuis une dizaine d’années, l’édu­ca­tion posi­tive s’est ins­tal­lée dans les familles françaises puis, en cas­cade, dans les débats de société. Impor­tant avec elle, bien sou­vent, un dia­logue de sourds entre les géné­ra­tions. En février, la psy­cho­logue Caro­line Gold­man, « en croi­sade » contre ces nou­velles normes paren­tales, les incul­pait dans la mon­tée du rejet des enfants dans l’espace public. « À force d’inter­dire toute auto­rité, on rend les adultes fous. »

En France, ce concept a com­mencé à deve­nir une expres­sion popu­laire dans les années 2010-2015. À l’époque, sa récep­tion, encore réser­vée à des blogs, à la presse fémi­nine ou spé­cia­li­sée, est d’une grande bien­veillance. Selon les comptes du socio­logue Nico­las Mar­quis dans Sciences humaines (1), « 90 % des articles sont alors élo­gieux ». Les grands traits de ce com­por­te­ment paren­tal promu par le Conseil de l’Europe en 2006 sont : le ban­nis­se­ment de la vio­lence phy­sique ou psy­cho­lo­gique, la place accor­dée aux émo­tions, l’encou­ra­ge­ment à l’auto­no­mie, la pri­mauté de la coopé­ra­tion sur l’obéis­sance pure. Il faut accom­pa­gner l’enfant, s’appuyer sur ses com­pé­tences tout en lui offrant un cadre solide car son cer­veau est imma­ture, ce qui le rend donc peu comp­table de ses débor­de­ments. Mais, en France, l’expres­sion a vite dési­gné un grand fourre-tout - et par­fois n’importe quoi - où se mêlent théo­rie de l’atta­che­ment, psy­cho­lo­gie posi­tive, com­por­te­men­ta­lisme… Par­fois si flou ou radi­cal qu’il a prêté le flanc aux cari­ca­tures.

Au début des années 2000, la thé­ra­peute Isa­belle Fillio­zat a été, en France, parmi les pre­miers à écrire des ouvrages sur le thème. Au cœur des émo­tions de l’enfant (JC Lat­tès, 1999) s’est écoulé à plus de 500 000 exem­plaires depuis sa paru­tion. Sans doute autant de jeunes parents qui l’ont reçu en cadeau de nais­sance. On y trouve des pas­sages comme : « Les parents nomment faci­le­ment “caprices” ou “comé­dies” ces cris qu’ils ne savent inter­pré­ter. C’est ter­rible pour un enfant (…) quand ses sup­pliques sont réduites à ces mots déva­lo­ri­sants. » Ou : « Les recettes édu­ca­tives d’hier ne sont plus adap­tées. Dans la société actuelle et plus encore dans celle de demain, la route du suc­cès passe par la confiance en soi, l’auto­no­mie et l’aisance rela­tion­nelle. »

Dans les années qui suivent, les « parents Fillio­zat » se mul­ti­plient. La pédiatre Cathe­rine Gué­guen, auteur de Pour une enfance heu­reuse (Robert Laf­font, 2013), est l’autre grande réfé­rence. Pour Sté­pha­nie, 50 ans, deve­nue mère pour la pre­mière fois en 2012, ses idées ont été une révé­la­tion. « J’ai reçu une édu­ca­tion je-m’en-fou­tiste, où les enfants étaient là mais pas très impor­tants. On était moins bien ser­vis à table, par exemple. J’en ai pas mal souf­fert. Et sou­dai­ne­ment ces livres m’ont expli­qué que faire atten­tion à eux, les trai­ter en êtres dignes de sérieux, était un moyen d’en faire des adultes bien dans leur peau qui osent être eux-mêmes. »

Si, dans la confu­sion actuelle, l’édu­ca­tion posi­tive est amal­ga­mée au laxisme, elle n’a aucun rap­port avec lui au départ. Ce que les Anglo-saxons appellent «posi­tive paren­ting» ren­voie d’abord à un ensemble de prin­cipes et d’outils concrets, tirés de connais­sances nou­velles comme l’ima­ge­rie. Le cadre est au contraire pré­cis et doit aider les parents à encou­ra­ger les com­por­te­ments sou­hai­tés, à res­ter calmes en cas de crise… En France, « à part don­ner des ordres ou tout lâcher », nous n’aurions « rien appris » pour édu­quer sans punir, affirme Isa­belle Fillio­zat dans Le Figaro en 2015. Elle est régu­liè­re­ment invi­tée sur le pla­teau des « Mater­nelles » (France 5), émis­sion très regar­dée, où elle conseille par exemple de dire « stop » plu­tôt que « non » car ce mot irait de pair avec un visage fermé, donc néga­tif. En cas de colère, elle sug­gère de don­ner une feuille à déchi­rer à l’enfant ou de lui faire un câlin pour insuf­fler une dose d’ocy­to­cine, l’hor­mone dite du bon­heur.

Les parents, ense­ve­lis sous des infor­ma­tions contra­dic­toires, saluent cette dimen­sion pra­tique qui doit leur per­mettre d’édu­quer en pré­ser­vant, c’est la pro­messe, la paix à la mai­son. On ne crie pas, on ne tape pas, on ne punit pas : on sanc­tionne. Pour avoir volon­tai­re­ment ren­versé son verre d’eau sur le sol, Eugène n’ira pas au coin, il net­toiera le sol. Éle­vés dans les années 1980-1990, de manière encore ver­ti­cale, sen­sibles à cette culture des émo­tions, les jeunes sont atti­rés par cette nou­velle rela­tion fami­liale. Comme il s’agit de nou­veaux ter­ri­toires scien­ti­fiques, cir­cule l’idée qu’il faut s’y for­mer. Parent ? Un métier. Fillio­zat (et d’autres) se lance dans l'accompagnement professionnel. Des comptes de par­ti­cu­liers-influen­ceurs comme Cool Parents Make Happy Kids [oui, en anglais] ou Papa­po­si­tive exploitent à leur tour ce filon. En 2020, Isa­belle Fillio­zat déclare au micro de France Culture : « La paren­ta­lité posi­tive res­pecte les besoins et les droits des enfants et des parents, donc on ne peut pas être contre. »

Au fil des années, l’édu­ca­tion posi­tive à la française finit pour­tant par dési­gner des réa­li­tés très dif­fé­rentes. Pour les uns, c’est une boîte à outils contre les conflits quo­ti­diens ; pour les autres, une phi­lo­so­phie édu­ca­tive vouée à décons­truire les dogmes anciens. For­cé­ment, le fossé géné­ra­tion­nel, mais aussi social, ne tarde pas à se creu­ser. Cer­tains sont contre par prin­cipe, d’autres par crainte des excès, beau­coup n’en sont même pas à se poser ces ques­tions. « On assiste à un grand écart entre les très pré­ve­nants, sou­vent CSP+, qui font atten­tion à tout, et les mal­trai­tants, sou­vent de milieux plus défa­vo­ri­sés, par­fois pas conscients des consé­quences pro­vo­quées par les vio­lences psy­cho­lo­giques et phy­siques, ni que la loi les inter­dit depuis 2019 », remarque la scien­ti­fique Marie Che­trit, auteur d’édu­ca­tion posi­tive : une ques­tion d’équi­libre ? (Solar, 2021).

En 2021, Cathe­rine Gué­guen s’inquiète dans Marianne : « La dif­fu­sion de ces théo­ries par des parents qui s’inventent le sta­tut de coach abou­tit à des catas­trophes. » Une liste de «vio­lences édu­ca­tives ordi­naires » sor­tie du cer­veau d’on ne sait qui cir­cule sur les réseaux sociaux. Sur Face­book, de jeunes mères s’inter­rogent. Est-ce mal­trai­tant de contraindre l’enfant à prendre un médi­ca­ment ? À atta­cher sa cein­ture ? Com­ment lui faire com­prendre sans le hous­piller qu’une main, « c’est fait pour don­ner des caresses, pas pour taper » ? Pen­dant que des parents pensent qu’ils ne font jamais assez, des grands-parents s’entendent dire qu’ils auraient dû faire mieux. Sur les réseaux, une grand-mère s’afflige : « Ma fille se coupe les che­veux en quatre pour tout. C’est ça, la grande avan­cée ? » « “Édu­ca­tion moderne”, tu parles ! Enfants rois non édu­qués, sur­tout », siffle une autre.

Les don­nées sont empi­riques mais d’après les psy­cho­logues les conflits édu­ca­tifs sur­viennent de plus en plus. Nor­mal, rétorquent les pro-édu­ca­tion posi­tive, les grands chan­ge­ments cultu­rels pro­duisent des étin­celles. Reste qu’à mesure que le cou­rant gros­sit il se sim­pli­fie, agrège des dis­cours plus radi­caux. Média­ti­que­ment, le retour de bâton - a lieu très rapi­de­ment. Dès 2019, la psy­cho­logue Caro­line Gold­man lance sa « croi­sade » contre l’édu­ca­tion posi­tive. Elle lui reproche de mino­rer l’impor­tance des limites, de nier « l’exis­tence des pul­sions agres­sives » chez les enfants et de tout leur pas­ser en invo­quant l’imma­tu­rité céré­brale. En 2020, elle publie File dans ta chambre ! chez Dunod, livre dans lequel elle défend les ver­tus du temps d'arrêt, l’exclu­sion tem­po­raire dans la chambre, pour les enfants à par­tir de 1 an. Une tech­nique de la paren­ta­lité posi­tive anglo-saxonne, mais qu’elle repa­touille à sa sauce.

À ses côtés et à ceux du psy­cho­logue Didier Pleux, les tenants de l’édu­ca­tion tra­di­tion­nelle reprennent du poil de la bête. Ils affirment la néces­sité de l’auto­rité. En 2022, Caro­line Gold­man convainc 350 spé­cia­listes de la petite enfance de signer une tri­bune contre la paren­ta­lité « exclu­si­ve­ment » posi­tive dans Le Figaro. Selon ces pédiatres, psy­cho­logues, psy­chiatres, les enfants édu­qués de cette manière « ne sont plus aidés à gran­dir ». Ils accusent les théo­ri­ciens et autres influen­ceurs français de ce cou­rant de l’avoir élargi en y injec­tant des don­nées scien­ti­fiques extra­po­lées et une vision uni­que­ment com­pas­sion­nelle de l’enfant. Dans une part des foyers, son appli­ca­tion confi­ne­rait au laxisme. Mais un laxisme concep­tua­lisé, anxieux.

Chro­ni­queur des « Mater­nelles » de 2015 à 2024, Ben­ja­min Mul­ler a récem­ment raconté que sa rup­ture d’avec ce cou­rant était par­tie de l’obser­va­tion d’une de ces familles en vacances. « Le petit devait avoir 5 ou 6 ans et son père lui avait servi des petites tar­tines.» L’enfant en a jeté une par terre. Puis deux. « Le père s’achar­nait à essayer de com­prendre si le petit avait un pro­blème avec le pain ou la gar­ni­ture de la tar­tine.» Quand le petit a ren­versé le verre de sa soeur, « la mère n’a pas réagi, le père, lui, conti­nuait de cher­cher l’émo­tion chez son fils», raconte Mul­ler. Comme si chaque trans­gres­sion cachait un mes­sage qu’il appar­te­nait aux adultes de déco­der. La « dérive » de l’édu­ca­tion posi­tive l’a alors frappé.

Aujourd’hui, ce cou­rant paren­tal a pris du plomb dans l’aile sur le plan média­tique. À l’été 2023, Caro­line Gold­man a même obtenu une chro­nique jour­na­lière sur France Inter. Certes, la bronca fut impor­tante — la média­trice de Radio France a dû publier un cour­rier, de nom­breux spé­cia­listes de l’enfance se sont indi­gnés de ses prises de posi­tion dans Le Monde —, mais, désor­mais, quand il est ques­tion d’elle, les écueils pos­sibles de l’édu­ca­tion posi­tive sont tou­jours abor­dés. En mars der­nier, l’his­to­rien Pierre Ves­pe­rini nous confiait désor­mais lui pré­fé­rer le terme d’« édu­ca­tion démo­cra­tique », moins mar­qué.

Qu’en est-il dans la vraie vie ? « Sur le ter­rain, en ins­ti­tu­tion, per­sonne ne parle vrai­ment d’édu­ca­tion posi­tive, qui appa­raît avant tout comme un épi­phé­no­mène propre aux influen­ceurs et aux réseaux sociaux », consi­dère Bap­tiste G., un psy­cho­logue en ins­ti­tut médico-édu­ca­tif, assez engagé sur le sujet pour être aujourd’hui pour­suivi par une psy­cho­logue du cou­rant, très pré­sente en ligne. «L’édu­ca­tion posi­tive a dif­fusé énor­mé­ment de fausses nouvelles, ce qu’on appelle des “neu­ro­mythes”, sur le fonc­tion­ne­ment du cer­veau. Ayant dénoncé ces contre­vé­ri­tés sur les réseaux, je me retrouve dans ce qu’on appelle une pro­cé­dure bâillon par l’une des repré­sen­tantes de ce cou­rant qui porte plainte contre moi et n’hésite à mena­cer d’autres confrères et consœurs à la moindre contra­dic­tion. » En dehors de ces cercles, il y a fort à parier que de nom­breux parents, les­si­vés par les excès, ont trié le bon grain de l’ivraie, retenu qu’en effet un cer­veau d’enfant est imma­ture. Mais qu’il sup­porte les inter­dits, les non, les fron­ce­ments de sour­cils.

Source : Le Figaro

(1) Cité par Béa­trice Kam­me­rer dans son article « Heurs et mal­heurs de l’édu­ca­tion posi­tive » («Construc­tif», 2024).

samedi 15 août 2026

La fermeture de restaurants rapides qui emploient massivement des immigrants temporaires est une bonne nouvelle



Tania Longpré, professeure spécialisée dans l’enseignement des langues et l’intégration par le français, salue les restrictions imposées par le gouvernement fédéral canadien limitant le recours aux travailleurs temporaires étrangers pour des emplois peu qualifiés. 

Elle prend pour exemple un restaurant de la chaîne Tim Hortons (une enseigne canadienne emblématique de restauration rapide, comparable à McDonald’s ou Quick en Europe) situé aux Îles-de-la-Madeleine (un archipel du Québec), menacé de fermeture faute de main-d’œuvre. Les Îles-de-la-Madeleine sont situées à 1000 km à l'est de Montréal à vol d'oiseau.

Elle dénonce l’absurdité de recruter des travailleurs aux Philippines pour occuper des postes simples dans la restauration rapide. Selon elle, cette situation doit inciter à remettre en question le modèle de consommation de masse porté par des chaînes comme Tim Hortons ou McDonald’s.

Plutôt que de faire appel à une main-d’œuvre étrangère, elle propose des alternatives :
  • Réorganiser les horaires de travail pour mieux répartir la charge ;
  • Soutenir les cafés et restaurants locaux ;
  • Encourager la cuisine maison ;
  • Explorer l’automatisation pour pallier la pénurie, sans dépendre de l’immigration temporaire.
Un article de presse à l'origine 

C'est le Journal de Montréal et la chaîne de télévision qui sont à l'origine de cette histoire qui se veut emblématique. Un article récent relatait la fermeture prochaine, le 5 septembre, de l’unique Tim Hortons des Îles-de-la-Madeleine, à Cap-aux-Meules. Le restaurant, très fréquenté par les habitants, est victime d’un paradoxe particulièrement marqué dans les régions éloignées : la pénurie de main-d’œuvre est telle que l’entreprise ne peut fonctionner sans travailleurs étrangers, mais le durcissement des règles d’immigration l’empêche de conserver ces travailleurs.

Le franchisé Patrick Chevarie avait recruté 14 travailleurs étrangers en 2022, principalement des Philippins (13) ainsi qu’une Tunisienne, pour un investissement d’environ 200 000 $. Cette main-d’œuvre serait devenue indispensable : avant même leur recrutement, le restaurant devait parfois fermer certains jours faute de personnel. Question annexe : ces Philippins parlaient-ils français ?

En 2026, les permis de travail de ces employés n’ont toutefois pas été renouvelés. Ottawa avait pourtant annoncé un sursis d’un an pour certains titulaires de permis de travail liés à un employeur précis (« permis fermés »). Mais cette mesure ne réglait pas complètement le problème, notamment pour les familles des travailleurs. Le gouvernement a ensuite assoupli les règles concernant les conjoints en juin, mais cela n'a pas suffi à sauver le restaurant.

Le propriétaire avait d’ailleurs exposé sa situation devant un comité parlementaire en avril, en expliquant que les réalités des régions éloignées étaient très différentes de celles des grands centres : il n’y a tout simplement pas assez de travailleurs locaux pour pourvoir les emplois dans les commerces et les services.

Le contexte politique : le virage contre les travailleurs temporaires

Cette fermeture s’inscrit dans le resserrement des politiques canadiennes concernant les travailleurs étrangers temporaires. Après avoir fortement augmenté le recours à cette main-d’œuvre au cours des dernières années, Ottawa cherche désormais à en réduire le nombre, notamment pour freiner la croissance de l’immigration temporaire et répondre aux critiques selon lesquelles le programme exercerait une pression à la baisse sur les salaires ou permettrait à certaines entreprises de contourner le recrutement local.

Rappel : Tim Hortons a fait pression auprès du fédéral pour davantage de travailleurs étrangers

En décembre 2025, une enquête de la CBC révélait que Tim Hortons avait fait pression pendant environ 18 mois auprès du gouvernement fédéral pour que certains de ses franchisés puissent recruter davantage de travailleurs étrangers temporaires. Des représentants de Tim Hortons et de sa société mère avaient multiplié les rencontres avec des députés et des fonctionnaires alors qu'Ottawa cherchait justement à réduire le recours au programme.

Si un Tim Hortons ne trouve pas de Canadiens disposés à travailler pour le salaire et les conditions proposés, est-ce réellement une « pénurie de main-d'œuvre » — ou un problème de salaire et de conditions de travail ?

Une analyse de Reuters en 2024 relevait justement que les critiques du programme lui reprochaient de faire pression à la baisse sur les salaires et de placer les travailleurs dans une situation de grande vulnérabilité, particulièrement lorsqu'ils sont liés à un seul employeur par un permis fermé.

Le rapporteur spécial de l'ONU Tomoya Obokata est allé beaucoup plus loin en 2024, décrivant le système canadien comme un « terreau propice aux formes contemporaines d'esclavage », en raison notamment de la dépendance des travailleurs envers leur employeur, de l'endettement lié à leur recrutement et des cas d'abus et de vol de salaire qu'il avait documentés.

Il existe des précédents très concrets.

En Colombie-Britannique et en Alberta, un franchisé Tim Hortons avait été accusé par un travailleur philippin de lui avoir fait rembourser en espèces des heures supplémentaires pourtant inscrites sur ses chèques de paie. Le travailleur affirmait également que les employés craignaient de se plaindre parce qu'ils risquaient de perdre leur statut et d'être renvoyés aux Philippines. Tim Hortons a finalement rompu ses relations avec ce franchisé après une enquête des autorités du travail. Un syndicat avait par ailleurs porté des accusations de violations des normes du travail et des droits de la personne.

En mai 2026, Tim Hortons a annoncé une campagne visant à recruter 10 000 travailleurs « locaux », tout en affirmant qu'il réduisait désormais son recours au programme des travailleurs étrangers temporaires.

La société affirme aujourd'hui qu'elle compte environ 110 000 employés au Canada, dont seulement 4 000 — 3,6 % — seraient recrutés par le programme des travailleurs étrangers temporaires. Elle explique que le recours massif au programme était lié aux « pénuries aiguës » de main-d'œuvre de 2021 et de l'après-Covid et qu'avec le chômage élevé des jeunes en 2026, il n'est plus nécessaire de faire pression pour élargir ce programme.

C'est précisément ce changement de position qui nourrit certaines critiques : en 2025, Tim Hortons demandait à Ottawa de desserrer les restrictions ; en 2026, la même entreprise explique qu'il est désormais possible de recruter localement.

Ce revirement si rapide affaiblit fortement l'idée d'une pénurie structurelle et inévitable qui rendrait indispensable le recrutement international.

Pourquoi un modèle de restauration rapide reposant sur des emplois peu rémunérés en était-il venu à considérer l'importation de travailleurs étrangers comme une composante normale de son fonctionnement ?

Et là, Tim Hortons porte une part de responsabilité, puisque l'entreprise a non seulement utilisé ce dispositif, mais a activement cherché à en élargir l'accès.

Il y a même un élément assez savoureux : Tim Hortons affirme maintenant que seulement 3,6 % de ses employés sont des travailleurs étrangers temporaires, comme si cela réglait la question. Mais ce chiffre ne comprend évidemment pas les autres catégories de travailleurs étrangers présents dans les restaurants — notamment certains étudiants étrangers et détenteurs d'autres types de permis. Il faut donc être prudent avant de traduire « 3,6 % de TFW » par « 3,6 % de travailleurs étrangers ». 

vendredi 14 août 2026

Jason Arday, ex-professeur de Cambridge mêlé à un scandale de plagiat, retrouvé mort

L'ancien professeur de l'Université de Cambridge Jason Arday, au cœur d'un retentissant scandale de plagiat et de déclarations fantaisistes et qui a démissionné début août, a été retrouvé mort vendredi, a confirmé sa famille, qui dénonce « une campagne de harcèlement ».

Ce Britannique de 41 ans avait été découvert inconscient dans le sud de Londres dans l'après-midi, ont expliqué Sky News et d'autres médias, citant un communiqué de la police de la capitale britannique.

Dans un communiqué diffusé par la suite vendredi, la police métropolitaine de Londres n'a pas donné son identité, disant simplement que des agents avaient été appelés par le service londonien des ambulances à la suite d'un signalement selon lequel un homme avait été trouvé inconscient à l'intérieur d'un bâtiment dans le quartier de Battersea. Malheureusement, un homme de 41 ans a été déclaré mort sur les lieux, a-t-elle ajouté.

« Pour l’instant, son décès est considéré comme inattendu, mais il ne semble pas suspect. L’affaire fait l’objet d’une enquête menée par des agents de l’unité centrale sud de la police métropolitaine. Un dossier sera constitué à l’intention du médecin légiste. »


La police sur place

La police a précisé que ce décès n’était pas considéré comme suspect.

Nous ne tirons bien sûr aucune satisfaction de la mort d’Arday, qui reste une tragédie.

Même en supposant qu’il se soit ôté la vie, il est impossible de savoir si son ascension fulgurante vers la célébrité universitaire, suivie de sa chute brutale, ont précipité ou retardé son destin funeste.

Une chose est sûre : cette chute n’aurait jamais eu lieu si les universitaires de Cambridge n’avaient pas propulsé au firmament un homme manifestement inapte à enseigner, aux tendances mythomanes avérées et à l’équilibre mental fragile. Une promotion accordée non pour ses mérites, mais parce qu’il cochait les bonnes cases — et parce qu’ils n’avaient aucun intérêt à préserver l’exigence académique.

Il faut craindre, désormais, que ces mêmes universitaires « diversitaires » n’utilisent sa mort pour étouffer toute remise en question et que quiconque osera souligner cette évidence soit traité de monstre insensible.


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jeudi 13 août 2026

Un bilan peu flat­teur pour la loi aus­tra­lienne qui interdit les réseaux sociaux au moins de 15 ans


Il n’y a qu’Ins­ta­gram qui a banni notre fils. Il a tou­jours accès aux autres réseaux sociaux. La loi n’a pas eu d’impact sur ses habi­tudes en ligne.» Ce témoi­gnage d’un parent d’un ado­les­cent de 14 ans en rejoint un autre d’un col­lé­gien du même pays : « Cer­tains de mes amis ont perdu l’accès à leurs comptes. Mais pour moi, rien n’a changé. » Ces ver­ba­tim sont extraits d’un rap­port de l’ins­ti­tu­tion gou­ver­ne­men­tale aus­tra­lienne esa­fety, char­gée du suivi de la bonne mise en appli­ca­tion d’une loi pion­nière entrée en vigueur au prin­temps dans le pays : l’inter­dic­tion des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Et le moins que l’on puisse dire est que ce pre­mier bilan, trois mois après le « grand ban­nis­se­ment » des ado­les­cents aus­tra­liens d’Ins­ta­gram, Tik­tok, You­Tube ou Twitch, n’est pas flat­teur.

Avant la loi, 53,7% des Aus­tra­liens âgés de 10 à 15 ans avaient un compte per­son­nel sur un réseau social au moins. Ces der­niers auraient dû dis­pa­raître en vertu de la nou­velle légis­la­tion. Il n’en est rien. Trois mois plus tard, la pro­por­tion n’a baissé que de 10 points, à 42,1 %. Dans le détail, elle est pas­sée de 34,5 % à 23,3% chez YouTube, de 29,9% à 23,3 % chez Snap­chat, de 29 % à 21,7 % chez Tik­tok, et de 23,5 % à 19,3 % chez Ins­ta­gram. On note même une hausse sur la contro­ver­sée pla­te­forme vidéo Kick, pas­sée de 0,4 % à 0,6 %.

La rai­son n’est pas un recours mas­sif des col­lé­giens aus­tra­liens aux VPN, ces logi­ciels qui per­mettent de faire croire aux sites inter­net qu’on se connecte depuis un autre pays. La faute revient aux failles des réseaux sociaux dans leurs opé­ra­tions de contrôle de l’âge, selon le rap­port.

Manque de fia­bi­lité des véri­fi­ca­tions d’âge

Les son­deurs ont demandé aux ado­les­cents ayant tou­jours leurs comptes pour­quoi ils sont pas­sés entre les mailles du filet. Dans la moi­tié des cas, la réponse est simple : les pla­te­formes sociales ne leur ont jamais demandé de jus­ti­fier leur âge! Et quand cette véri­fi­ca­tion a lieu, elle n’est pas tou­jours fiable. Ainsi, cer­tains ado­les­cents ont menti en chan­geant leur date de nais­sance afin de faire croire qu’ils ont plus de 16 ans - ce qui a mar­ché (37,1 %). Et dans 18,2 % des cas, les outils de véri­fi­ca­tion de l’âge se sont trom­pés, en esti­mant qu’ils étaient plus âgés qu’ils ne le sont réel­le­ment.

Le rap­port note aussi que cer­taines pla­te­formes peuvent être consul­tées sans avoir besoin de se connec­ter à un compte, ou bien en uti­li­sant un compte fami­lial. C’est le cas notam­ment de YouTube, bien sou­vent pré­sent sur la télé­vi­sion du foyer. 73,6 % des 10-15 ans conti­nuent ainsi de regar­der des vidéos sur la pla­te­forme de Google. « En l’absence des mesures réel­le­ment effi­caces et robustes mises en œuvre par les pla­te­formes, la réduc­tion du nombre de comptes déte­nus par des ado­les­cents res­tera modeste », pré­vient l’étude.

Et qu’en est-il des ado­les­cents qui ont perdu accès à leurs réseaux sociaux ? Ont-ils lâché leurs smart­phones pour reve­nir à des acti­vi­tés sociales « dans la vraie vie » ? Eh bien, pas vrai­ment. Le rap­port montre au contraire une hausse de la fré­quen­ta­tion des mes­sa­ge­ries en ligne : la moi­tié (52,3 %) des 10-15 ans s’y connecte chaque jour, contre 40,5% avant la loi. Un quart d’entre eux déclarent s’y rendre « plu­sieurs fois par jour » (19% aupa­ra­vant), et 8,9% « une à deux fois par heure » (5,6 % avant la loi). Même phé­no­mène pour les jeux vidéo en ligne : 29 % des jeunes son­dés déclarent s’y connec­ter chaque jour, contre 26 % avant la loi. A contra­rio, les acti­vi­tés hors ligne, comme la pra­tique du sport, de la musique, des arts, n’ont pas pro­gressé. Et ces col­lé­giens voient à peine plus qu’avant leurs amis « en vrai ».

Der­nier point pro­blé­ma­tique : la pro­por­tion des parents igno­rant que leur enfant de 10 à 12 ans se rend sur les réseaux sociaux a for­te­ment aug­menté depuis l’entrée en vigueur de la loi, pas­sant de 35 à 49%! «Une consé­quence inat­ten­due » de la légis­la­tion, note le rap­port. L’ins­ti­tut esa­fety conti­nuera de publier des études régu­lières sur l’impact de la loi, mais pré­vient déjà :

« Des pro­grès signi­fi­ca­tifs, comme la réduc­tion du temps d’écran, la moindre expo­si­tion aux dan­gers du numé­rique, une meilleure santé men­tale et une réduc­tion des conflits intra­fa­mi­liaux, ne dépen­dront que du ren­for­ce­ment des mesures prises par les pla­te­formes sociales. »

Source : Le Figaro

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L’essor et le recul partiel des mentions DEI dans les offres d’emploi américaines

Une étude récente, basée sur l’analyse de plus de 371 millions d’offres d’emploi en ligne aux États-Unis, révèle pour la première fois l’évolution des engagements affichés en matière de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI) dans le recrutement. Publiée en prépublication le 10 août 2026, elle met en lumière une évolution en deux phases : une hausse spectaculaire après 2020, puis un recul marqué – mais incomplet – après l’élection de Donald Trump en novembre 2024.

Une analyse sans précédent

Les chercheurs Janet Xu, Reuben Hurst et Shanshan Liu ont analysé l’intégralité des offres d’emploi en ligne aux États-Unis entre janvier 2016 et février 2026, soit 371,1 millions d’annonces publiées par 2,7 millions d’employeurs. Leur travail s’est concentré sur la présence de mentions explicites d’engagement en faveur de la diversité (ethnique, raciale et sexuelle).

Jusqu’à mi-2020, ces mentions étaient présentes dans 7 à 12 % des offres. Après les mobilisations liées à la mort de George Floyd et au mouvement Black Lives Matter, leur fréquence a bondi de 152 %. Elle a atteint un pic de 25,4 % à la veille de l’élection présidentielle de 2024. En février 2026, ce taux était redescendu à 19,9 %, marquant une baisse de 21 %.

Un reflux inédit, mais partiel

Les auteurs qualifient ce reflux d’« inédit », tout en soulignant qu’il reste partiel. Il a réduit d’environ un tiers la hausse enregistrée après 2020. Les mentions en faveur de la diversité restent ainsi deux fois plus fréquentes qu’avant cette période.

Les baisses ont été plus prononcées au sein des entreprises titulaires de contrats fédéraux. En revanche, les baisses sont proportionnellement similaires parmi les employeurs dont les employés sont majoritairement proches des démocrates ou des républicains.

Un indicateur des priorités des entreprises

Ces résultats illustrent la sensibilité du discours des entreprises aux évolutions politiques. Si la pression de la seconde administration Trump a ralenti l’affichage des engagements DEI, elle n’a pas effacé les transformations amorcées cinq ans plus tôt. Aujourd’hui, les mentions DEI dans le recrutement américain se situent à un niveau intermédiaire : bien en dessous du pic de 2024, mais toujours bien au-dessus des niveaux d’avant 2020.

Intitulée The Rise and (Partial) Retreat of DEI Claims in Recruiting, cette étude est l’une des premières à quantifier systématiquement ce phénomène à l’échelle nationale. Elle invite à distinguer les déclarations publiques des pratiques réelles, tout en rappelant que le langage des offres d’emploi reste un indicateur clé des priorités des entreprises.


mercredi 12 août 2026

Euthanasie : « On a l’eugé­nisme qu’on peut, selon les vices qu’on entre­tient »

Texte de Chantal Delsol paru dans Valeurs Actuelles du 22 Juillet 2026. Depuis, le 15 juillet 2026, l’Assemblée nationale française a adopté définitivement la proposition de loi créant un « droit à l’aide à mourir », par 291 voix contre 241 et 29 abstentions. Le texte n’est toutefois pas encore une loi applicable : des saisines du Conseil constitutionnel ont été annoncées. Il doit donc encore être examiné par le Conseil constitutionnel, puis promulgué.

La léga­li­sa­tion pro­chaine de l’eutha­na­sie et du sui­cide assisté marque l’abou­tis­se­ment d’un long pro­ces­sus de glis­se­ment du cri­tère de la valeur humaine. Pour nos socié­tés contem­po­raines ce n’est plus la vie qui compte mais le confort.

La loi « fin de vie » qui vient actuel­le­ment au vote final après des années de débats mou­ve­men­tés, enre­gistre et confirme la fin de l’influence chré­tienne sur nos mœurs, la fin de notre manière chré­tienne de pen­ser et de vivre. Les deux siècles pré­cé­dents ont été nour­ris de mul­tiples débats, par­fois vol­ca­niques, oppo­sant les tenants de la tra­di­tion morale mil­lé­naire et les pro­gres­sistes par­ti­sans d’une éman­ci­pa­tion – les lois sur le divorce, en France et plus encore en Ita­lie, ont signé pen­dant des décen­nies une sorte de ques­tion d’orient, tou­jours en que­relle et tou­jours ful­mi­nante. La loi « fin de vie » appar­tient à la fin de ce cycle.

De quoi s’agit-il? D’un dépla­ce­ment de la valeur, dépla­ce­ment qui ne s’opère pas seule­ment chez une petite élite pres­crip­tive, mais chez des peuples entiers – ici le peuple français. Il s’agit de mou­rir et de tuer. Le « Tu ne tue­ras pas » est ins­crit au fron­ton de toutes les cultures sans excep­tion. C’est une maxime qui fait par­tie de la morale uni­ver­selle, celle que l’écri­vain bri­tan­nique C. S. Lewis appe­lait « l’ensemble des pla­ti­tudes notoires ». Pour­tant le monde humain est ce qu’il est, dur et violent, semé d’embûches, et dans toutes les cultures on admet des excep­tions, consi­dé­rées comme légi­times, à l’inter­dit de tuer. Ces excep­tions ne sont pas les mêmes par­tout, parce que les cultures n’accordent pas la valeur majus­cule aux mêmes enti­tés.

Toutes les cultures, sauf la nôtre depuis peu, ont admis la peine de mort pour les grands cri­mi­nels. Toutes admettent bien que les guerres tuent, sous des condi­tions che­va­le­resques. Les anciens Grecs et Romains, et les Chi­nois jusqu’à Mao, lais­saient au père le loi­sir de tuer le bébé mal venu. Chose que les chré­tiens ont tou­jours refusé de faire, mais l’église catho­lique aux siècles pré­cé­dents emprun­tait pério­di­que­ment l’armée royale pour aller mas­sa­crer par mil­liers les Vau­dois héré­tiques dans les val­lées des Alpes.

Lorsque l’ortho­doxie est essen­tielle, elle peut avoir plus de valeur que la vie des héré­tiques, lorsque la volonté du père est essen­tielle, elle a plus de valeur que la vie du nour­ris­son. Ce qui est  [devenu] essen­tiel dans les socié­tés occi­den­tales contem­po­raines, c’est la capa­cité pour chaque indi­vidu de déci­der de son propre des­tin, sans être sou­mis à aucune norme exté­rieure. Aussi la plu­part de nos conci­toyens ne com­prennent-ils pas du tout à quel titre on peut empê­cher quelqu’un de se sui­ci­der. Et comme la morale contem­po­raine, dès lors sans reli­gion ni doc­trine, se résume au soin de l’autre (le care), au simple secours que nous devons à l’autre direc­te­ment et sans loi exté­rieure, alors peu d’entre nous com­prennent pour­quoi nous pour­rions refu­ser à l’autre la grâce de la mort si c’est lui qui la demande.

Bien sûr, il s’agit d’une trans­for­ma­tion anthro­po­lo­gique à l’œuvre depuis deux siècles, au sens où le cri­tère de la valeur humaine s’est déplacé. Chez nous en Occi­dent, au départ l’être humain était digne parce qu’image de Dieu. L’être humain contem­po­rain est digne parce que déci­dant pour lui-même de son propre des­tin. Ce qu’il est impor­tant de sou­li­gner, c’est l’ampleur popu­laire de ce glis­se­ment. La loi « fin de vie » n’est pas le fait de je ne sais quelle obs­cure cote­rie. La plu­part des Français (et c’est vrai pour beau­coup d’occi­den­taux contem­po­rains) ne voient abso­lu­ment pas pour quelle rai­son on pour­rait refu­ser la mort à un malade de Char­cot (c’est tou­jours l’exemple avancé), s’il la sou­haite: au nom de quoi? au nom de quelle loi hété­ro­nome ou trans­cen­dante ou royale à laquelle per­sonne ne croit plus ? Voilà l’his­toire.

Natu­rel­le­ment, on voit poindre à l’hori­zon proche les dérives glaçantes qui ne man­que­ront pas de se pro­duire, et ce d’autant que cer­tains pays voi­sins, plus « avan­cés » que nous, en mani­festent déjà les hor­reurs. Qu’est-ce que la volonté d’un malade et comme il est facile de la sus­ci­ter… Nous savons, et toutes les études le disent, que la grande majo­rité des Français sou­hai­te­raient que l’on déve­loppe d’abord par­tout des soins pal­lia­tifs de haut niveau. Mais c’est un vœu pieux: la ques­tion serait plu­tôt de se deman­der ce que les Français seraient prêts à sacri­fier en termes d’allo­ca­tions, rem­bour­se­ments, soins gra­tuits ou allo­ca­tions diverses, pour finan­cer les soins pal­lia­tifs. Et ils ne sont prêts à rien sacri­fier du tout.

On lais­sera donc à l’aban­don les ser­vices de soins pal­lia­tifs qui coûtent cher, et alors, sans soins effi­caces contre la dou­leur, la mort active sera la seule solu­tion. Les chiffres des pays déjà nan­tis de ce genre de lois montrent bien que les malades sans res­sources sont les pre­miers can­di­dats à la mort volon­taire. Le Canada se vante ouver­te­ment des gains finan­ciers per­mis par l’aide à mou­rir. Autre­ment dit, dans les cir­cons­tances d’aujourd’hui c’est l’éco­no­mie qui pas­sera avant la vie.

Si l’on veut cher­cher dans l’his­toire humaine une com­pa­rai­son pour mieux appré­hen­der ce qui nous arrive, on la trou­vera dans les époques pré­chré­tiennes ou chez des peuples étran­gers à notre culture, où le vieillard inutile est sommé de tom­ber du coco­tier afin de faire place aux géné­ra­tions sui­vantes. Ici: afin de ne pas dépen­ser en soins exces­sifs l’argent de la géné­ra­tion sui­vante. Autre­ment dit, nous en arri­vons à cette eutha­na­sie dite libé­rale pour citer Haber­mas, qui la dif­fé­ren­ciait ainsi de l’eutha­na­sie des nazis orga­ni­sée par le pou­voir dans un des­sein raciste. Enfin pas si « libé­rale » que cela, parce que tout de même les pauvres et les aban­don­nés de famille seront bien contraints de signer leur arrêt de mort, d’une contrainte qui ne dira pas son nom. De même les diag­nos­tics géné­tiques, ceux déjà pré­sents ou ceux à venir (DPI-A [diagnostic avant l'implantation de l'embryon]) rendent ou ren­dront l’eugé­nisme obli­ga­toire par simple pres­sion éco­no­mique. On a l’eugé­nisme qu’on peut, selon les vices qu’on entre­tient. Notre vice n’est plus le racisme, c’est la pas­sion du confort [ou le refus contemporain d'accepter certaines contraintes, dépendances et souffrances comme des composantes possibles de l'existence.].  La dignité des grands malades passe après.

[Note du carnet : Plus une société dispose de moyens pour détecter à l’avance les caractéristiques d’un enfant, qu’elles résultent d’une fécondation naturelle ou in vitro, plus elle doit affronter une question qu’elle pouvait jadis éluder : voulons-nous accueillir l’enfant qui vient, ou choisissons-nous, de plus en plus, quel enfant a le droit de naître ?

À quel moment le dépistage anténatal cesse-t-il d’être une simple information médicale pour devenir implicitement une incitation adressée aux parents à mettre fin à une grossesse qui ne répond pas aux attentes ?

Il ne sera pas nécessaire d’imposer directement cette décision aux parents si les normes sociales, les médecins, les assurances, les coûts et les attentes collectives quant à ce qui constitue une vie digne rendent certaines options progressivement « inévitables ».
]


Le dis­cours lar­moyant et com­pas­sion­nel qui accom­pagne la loi est à lui seul un aveu contraire. On a bien remar­qué que les lotis­se­ments les plus moches reçoivent tou­jours des noms de fleurs mer­veilleuses, et que les lois liber­ti­cides des dic­ta­teurs se réclament toutes de la liberté. Ici on fait appel à la dignité pour y glis­ser la mort, récu­pé­rant le plus beau de nos héri­tages pour en déco­rer l’infâme – et on se sou­vient que Bin­ding et Hoche, auteurs en 1920 du libelle Le droit de détruire la vie dénuée de valeur, avaient déjà eu la même idée… (Ci-contre couverture d'une réédition moderne de l'ouvrage en allemand).

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mardi 11 août 2026

Pourquoi les jeunes Chinois sont-ils de moins en moins nombreux à étudier à l’étranger ?

Pékin plutôt que Princeton

Ceux qui partent sont, eux, de plus en plus nombreux à rentrer au pays.

Des étudiantes de l’université de Pékin, en 2025, se préparent à poser pour des photographies avant la cérémonie de remise des diplômes.

Depuis 2019, la pandémie, les tensions commerciales et géopolitiques croissantes ont creusé le fossé entre la Chine et le reste du monde. Ces facteurs expliquent en partie le déclin du nombre d’étudiants chinois partant à l’étranger. En 2025, seulement 570 000 jeunes Chinois ont quitté le pays pour leurs études, contre un sommet de 700 000 en 2019 (voir graphique). Ce chiffre représente le niveau le plus bas enregistré depuis 2016.

Par ailleurs, certains pays d’accueil ont durci les conditions d’études pour les Chinois. En 2025, l’administration du président Donald Trump a annoncé son intention de « révoquer avec fermeté » les visas des étudiants chinois dans des « domaines sensibles », sans préciser lesquels. Elle a en outre subordonné la loterie d’attribution du visa H-1B — principale voie légale permettant aux travailleurs qualifiés, y compris aux jeunes diplômés, de s’installer aux États-Unis — à des seuils salariaux élevés, ce qui pénalise particulièrement les débutants. Selon plusieurs observateurs, les travailleurs chinois seraient plus touchés que les autres par cette mesure. Ainsi, Mme Hao, une Chinoise de vingt-cinq ans qui travaillait pour une jeune pousse américaine, a récemment décidé de rentrer en Chine, son statut de visa rendant quasi impossible tout changement d’employeur.

Le resserrement des budgets

La flambée des coûts des études à l’étranger n’a en effet rien arrangé. Selon une enquête de New Oriental, une grande entreprise de soutien scolaire, le coût moyen d’une année d’études à l’étranger atteint cette année 605 000 yuans (soit environ 89 600 dollars américains), en hausse de près d’un cinquième par rapport à 2023.

La [relative] morosité de l’économie chinoise a par ailleurs contraint les familles à une plus grande rigueur budgétaire, rendant les étudiants plus sensibles aux coûts. Parmi ceux qui persistent à partir, un nombre croissant se tourne désormais vers des destinations offrant un meilleur rapport qualité-prix. [Le FMI table sur une croissance de l'économie chinoise de 5 % en 2025 et 4,5 % en 2026, des chiffres enviables pour une économie mature.]

Si les statistiques chinoises ne précisent pas les destinations choisies par les étudiants, les données publiées par les pays d’accueil révèlent une tendance claire : les effectifs chinois diminuent en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada [et légèrement en Australie] tandis qu’ils progressent à Hong Kong, au Japon [et en Malaisie]. Hong Kong, en particulier, est devenu une destination prisée, comme l’explique Mme Yang, en raison du prestige de ses établissements et de sa proximité géographique avec la Chine. Quatre de ses clients sur cinq demandent des renseignements sur des études dans cette région proche. D’autres destinations plus abordables, comme la Malaisie — où il est possible d’obtenir un diplôme pour seulement 100 000 yuans soit environ 15 000 dollars américains —, attirent également l’attention des étudiants.

[On observe également une forte baisse (-27,5 %) aux Pays-Bas. Cette diminution s’explique par deux facteurs : d’une part, des tendances mondiales, comme le retour des étudiants vers la Chine et la diversification vers d’autres destinations asiatiques ; d’autre part, des choix politiques néerlandais visant à réguler l’internationalisation de l’enseignement supérieur. Le gouvernement a en effet adopté des mesures pour limiter l’afflux d’étudiants étrangers, notamment en réduisant l’offre de programmes en anglais et en restreignant le recrutement à l’étranger, dans un contexte marqué par une pénurie de logements et les limites des capacités d’accueil de ces étudiants.]

Le retour des « haigui », ou « tortues de mer »

Cette tendance ne se limite pas à une réduction des départs : un nombre record de 10,7 millions de jeunes Chinois ont intégré l’enseignement supérieur dans leur pays l’an dernier. Par ailleurs, parmi ceux qui partent étudier à l’étranger, la proportion de ceux qui choisissent de rentrer en Chine après leurs études n’a jamais été aussi élevée. L’an dernier, pas moins de 94 % des étudiants chinois ayant étudié à l’étranger sont revenus au pays, un record historique (voir graphique). Entre 2015 et 2025, ce sont ainsi 5,2 millions de diplômés qui ont regagné la Chine après une période passée à l’étranger, selon les chiffres officiels. On les surnomme  les « haigui » 海龟, littéralement « tortues de mer », lesquelles sont de grandes migratrices.

Cette vague massive a profondément modifié la perception des études à l’étranger. Que ce soit sur le marché du travail ou même dans la sphère privée, comme sur les sites de rencontre, le prestige autrefois associé à un diplôme étranger s’est fortement érodé. Aujourd’hui, selon les données de New Oriental, un diplômé de retour au pays perçoit en moyenne un salaire de départ d’environ 12 800 yuans par mois, soit seulement 2 100 yuans de plus que les diplômés formés localement (10 700 yuans).

Nombreux sont les « haigui » dont la situation professionnelle est bien moins enviable que celle de leurs pairs restés en Chine. Certains enchaînent même les petits emplois précaires, comme livreurs. Lors d’une émission télévisée chinoise, une jeune femme a révélé que ses parents avaient dépensé plus de deux millions de yuans pour financer ses études à l’étranger, pour aboutir à un emploi ne lui rapportant que 4 000 yuans par mois. « À ce rythme, lui a-t-elle confié avec amertume, il me faudrait un siècle pour rembourser une telle somme. »

Un diplôme étranger, un atout en déclin

Mlle Zou, une étudiante chinoise en maîtrise de chimie à l’University College de Londres, a choisi de partir à l’étranger par désir de « découvrir le monde ». Pourtant, elle ne s’attend à aucun avantage face aux diplômés formés en Chine lorsqu’elle cherchera un emploi dans l’industrie des semi-conducteurs à son retour. Or, en Chine, une maîtrise s’obtient après trois années d’études, contre une seule année dans son cas. Par ailleurs, les étudiants chinois représentent environ 40 % de sa promotion à Londres ; dans d’autres établissements, cette proportion peut atteindre 90 %. Cette surreprésentation remet en question l’idée reçue selon laquelle les universités étrangères offriraient une expérience fondamentalement différente de celle des établissements chinois.

Du côté des employeurs, les diplômes étrangers ont perdu de leur attrait. La brièveté des programmes et des critères d’admission parfois moins sélectifs ont en effet conduit les entreprises à remettre en cause la réputation autrefois sans faille des formations à l’étranger. En réalité, étudier à l’étranger ne garantit nullement une meilleure adaptation au monde professionnel. Certains services des ressources humaines estiment même que les diplômés locaux sont « plus dociles », comme l’explique Mme Zou, car ils n’auraient pas été contaminés par les idées libérales occidentales.

Certaines administrations provinciales limitent par ailleurs l’accès des diplômés de retour de l’étranger à la fonction publique. En 2024, la dirigeante de Gree, un géant chinois de l’électronique, a même déclaré publiquement qu’elle refusait d’embaucher des « haigui », craignant qu’ils ne soient des espions au service de puissances étrangères.

L’ascension des universités chinoises

Parallèlement, les universités chinoises gagnent en attractivité. Leur ascension dans les classements internationaux est spectaculaire. L’université de Pékin et l’université Tsinghua, les deux fleurons de l’enseignement supérieur chinois, occupent désormais respectivement la 13e et la 14e place du classement mondial QS.

Les établissements issus des programmes « 985 » et « 211 » — deux appellations gouvernementales désignant un petit groupe d'établissements d’élite chinois — sont désormais considérés comme supérieurs à de nombreuses universités étrangères, à l’exception de quelques institutions prestigieuses comme Oxford, Cambridge ou les universités de l’Ivy League américaine. Dans des disciplines comme les sciences ou l’ingénierie, la recherche chinoise se distingue particulièrement. Par ailleurs, les frais de scolarité, généralement de quelques milliers de yuans par an dans le public, restent très abordables.

Les universités étrangères en pâtissent

Cette baisse des inscriptions des étudiants chinois commence à peser sur certaines universités occidentales, devenues trop dépendantes de cette manne. Au cours de l’année universitaire 2024-2025, les Chinois représentaient ainsi plus de deux cinquièmes des étudiants internationaux au sein du Russell Group, un consortium regroupant 24 des universités les plus prestigieuses du Royaume-Uni.

Nombre de ces établissements avaient en effet développé des programmes de maîtrise spécialement conçus pour attirer les étudiants chinois, en leur appliquant des frais de scolarité bien supérieurs à ceux des étudiants britanniques. Les facultés s’étaient agrandies, de nouvelles infrastructures avaient vu le jour. « Il régnait une illusion de stabilité financière », explique Filippo Boeri, de l’Université City St George’s de Londres. Aujourd’hui, la réalité est tout autre : les universités suppriment des formations, licencient du personnel ou incitent leurs employés à accepter un départ volontaire. ».

Un manque à gagner pour les deux parties selon The Economist

Cette désertion des étudiants chinois privera l’Occident de talents précieux. Elle pourrait également se retourner contre la Chine elle-même. En effet, lorsque le pays s’est ouvert au monde, les « haigui » ont rapporté des compétences et des savoirs acquis à l’étranger, contribuant ainsi de manière décisive à la modernisation du pays et à son rattrapage économique. À titre d’exemple, huit des vingt-et-un membres actuels du Politburo du Parti communiste chinois ont étudié à l’étranger.

Par ailleurs, l’expérience internationale des « haigui » a permis aux entreprises chinoises de s’implanter avec succès sur les marchés étrangers. Si moins de tortues de mer prennent le large, la Chine en subira elle aussi les conséquences.


Source : The Economist

dimanche 9 août 2026

Malgré le scandale, l'autobiographie de l'ex-professeur vedette de Cambridge devrait être publiée ce mois


Le plus jeune professeur noir de Cambridge a donc démissionné.

La maison d’édition Simon & Schuster publiera néanmoins son autobiographie la semaine prochaine, moyennant un à-valoir qui s’élèverait à 1,4 million de livres sterling (ce chiffre a été largement relayé dans la presse ; l’éditeur ne l’a pas confirmé). 

Daniel Engber, du magazine The Atlantic, a mis la main sur le tapuscrit original du livre datant de 2024 et l'a comparé avec la version à paraître. Nous reproduisons son récent article sur ce sujet.

[L’indicatif, que nous avons conservé dans les extraits ci-dessous, ne préjuge en rien de la réalité des faits rapportés par Jason Arday ; nous avons simplement reproduit son emploi.] 


Great and Unfortunate Things, écrit en collaboration avec Eve Claxton, doit paraître la semaine prochaine aux éditions Simon & Schuster. Le récit qu’y expose Arday ne saurait être pris à la lettre : il diffère notablement des autres versions de sa vie qu’il a livrées en public comme en privé, y compris dans la proposition initiale qu’il avait soumise à la maison d'édition par l’entremise de son agent. Pourtant, l’ouvrage se révèle, à bien des égards, d’une honnêteté frappante et particulièrement révélateur : il brosse le portrait saisissant d’un homme manifestement mal préparé à affronter le monde universitaire, mais qui, contre toute attente, a su gravir les échelons les plus élevés. Il ne s’agit pas ici d’un jugement sévère émis par un tiers sur la carrière à la fois tragique et improbable d’Arday : c’est son propre récit.

Son autobiographie débute par une prophétie. Nous sommes en 2006, et Jason Arday, alors âgé de vingt et un ans, installait des pompes à eau dans les favelas du Brésil et enseignait aux enfants comment les utiliser. Une travailleuse humanitaire locale — une femme d’une trentaine d’années, aux cheveux et aux yeux foncés, à l’allure douce et posée — lui effleure le bras et lui murmure qu’il était destiné à souffrir toute sa vie, mais aussi à accomplir de grandes choses.

samedi 8 août 2026

Québec — Pour la ministre de l’Enseignement supérieur, « Débattre… est troublant et inquiétant »



« Débattre… est troublant et inquiétant » : une phrase indigne d’une ministre de l’Enseignement supérieur.

C’est pourtant ce qu’a écrit Mme Biron, l’actuelle ministre de l’Enseignement supérieur du Québec.

Une ministre de l’Enseignement supérieur devrait être particulièrement attachée au débat d’idées, à la confrontation des arguments et à la liberté de discussion. Or, Mme Biron présente comme « troublant et inquiétant » le simple fait de vouloir débattre d’une question controversée.

Le Canada a décriminalisé l’avortement jusqu’à la naissance, une situation exceptionnelle en Occident, où la quasi-totalité des pays fixent une limite, généralement au cours du deuxième trimestre ou à son issue.

Au Canada, il est donc théoriquement possible d’avorter jusqu’au terme, y compris après que le fœtus est viable.  C’est un fait. Rappelons que la viabilité fœtale est généralement atteinte vers 24 semaines de grossesse.

Dans une société démocratique, on doit pouvoir débattre de tout, y compris de sujets qui déplaisent à la gauche et à la CAQ — que d’aucuns ont, non sans ironie, qualifiée de parti de droite.

Rappelons d’ailleurs que l’interdiction de l’avortement au troisième trimestre, sauf lorsque la santé de la mère est en jeu, recueillait l’appui de 49 % des Canadiens et de 41 % des Québécois dans un sondage de l’Angus Reid Institute réalisé en 2020.

Et pourtant, on voudrait nous expliquer qu’il ne faudrait même pas en discuter.

En août 2025, un sondage de Research Co. indiquait que 49 % des Canadiens et 58 % des Québécois estimaient que l’avortement devrait être légal « en toutes circonstances ». Autrement dit, cette position ne recueille pas l’adhésion d’une majorité au Canada, et elle est loin de faire l’unanimité au Québec.

Ces chiffres, provenant de deux firmes de sondages sérieuses et régulièrement citées dans les médias, montrent que le débat n’est ni marginal ni « extrême ».

Lorsqu’une proportion aussi importante de la population — y compris au Québec — se montre favorable à l’instauration d’une limite comme il en existe dans la plupart des pays occidentaux, qualifier l’ouverture d’une discussion de « troublante et inquiétante » en dit peut-être davantage sur la fragilité du prétendu « consensus » que sur le débat lui-même.

Une autre question, tout aussi légitime, reste taboue : faut-il que le Trésor public rembourse tous les avortements, y compris ceux pratiqués alors que la vie de la mère n’est pas en danger et que l’enfant est déjà viable ? Et que faire lorsque l’« indication médicale » invoquée repose sur la santé mentale de la mère, au risque de transformer une notion aussi large en justification de convenance pour un avortement qui répond en réalité au simple choix de ne pas poursuivre une grossesse non désirée ? Pourquoi faire peser sur le budget de la santé le coût de tels avortements électifs ?

Pourquoi la ministre refuse-t-elle que ces questions soient discutées ? Pourquoi ce tabou ?

On assiste à une sacralisation de décisions vieilles de près de quarante ans — arrêt Morgentaler, 1988 — alors que la société québécoise a profondément changé. Avec un indice de fécondité tombé à un creux historique de 1,35 enfant par femme en 2024 (1,36 en 2025), le plus bas jamais enregistré, on pourrait au moins s’interroger sur la place que nous accordons à l’enfant. Et, plus fondamentalement, se demander si l’avortement, lorsqu’il est érigé en droit pratiquement intouchable, ne finit pas par dévaloriser l'enfant et la vie elle-même. Pourquoi cette question devrait-elle être soustraite au débat ?

Ces questions sont légitimes et devraient être ouvertes au débat.

Et pourtant : la crispation persiste, le débat  « inquiète » la ministre.

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vendredi 7 août 2026

Allemagne : un élève risque une amende pour avoir refusé de participer à un atelier « queer »

Une école secondaire de Dachau (près de Munich, en Bavière), exige la présence obligatoire de ses élèves mineurs à un atelier sur les questions « queer ». Malgré les interrogations des parents, la direction de l’établissement a maintenu son exigence. Résultat : un adolescent de 14 ans fait désormais l’objet d’une procédure d’amende.


Dachau — La sous-préfecture locale a engagé des poursuites contre un élève de 14 ans pour absence à l’atelier Diversity@school (en anglais dans le texte!), organisé le 10 juillet dans son école secondaire. Bien que les parents aient exprimé leur opposition à la participation de leur fils, l’établissement a insisté sur le caractère obligatoire de l’activité, au nom du programme scolaire.

Lors de cet atelier, deux militants « queer » sont intervenus en classe pour échanger avec les élèves. Selon l’association Diversity München, à l’origine de l’initiative, l’objectif était d’aborder l’acceptation des identités « queer », de déconstruire les stéréotypes et de lever les appréhensions. Des parents ayant assisté à des retours de leurs enfants rapportent que l’un des intervenants, présentant à la fois une barbe et une apparence féminine, aurait partagé des expériences personnelles, notamment des incidents de discrimination.

Des parents contestent le bien-fondé pédagogique

Dans une lettre adressée à la sous-préfecture, dont le média Apollo News a obtenu copie, les parents justifient l’absence de leur fils par le manque de réponses claires de la part de la direction. Ils estiment que la formulation du programme — selon laquelle les élèves doivent être « préparés à leur développement physique et psychique, à leur genre, à leurs sentiments, à leur identité de genre et à leur orientation sexuelle » — dépasse le cadre de la mission éducative de l’école ou de l’État.

Face à cette situation, les parents ont soumis neuf questions à l’établissement, avertissant qu’à défaut de réponses, ils déposeraient une plainte disciplinaire. Parmi leurs interrogations :
  • La présence permanente d’un enseignant pour garantir l’absence de toute forme de domination et éviter qu’un point de vue ne soit présenté comme moralement supérieur ;
  • L’accès aux supports et méthodes utilisés par les intervenants ;
  • La base juridique justifiant le choix de l’association Diversity München comme partenaire externe ;
  • L’implication éventuelle du conseil des élèves dans l’organisation de l’atelier.
  • La direction s’est contentée de confirmer qu’un enseignant serait présent en permanence pour veiller au respect de l’interdiction d’intimidation. Aucune autre réponse complète n’a été apportée. Le proviseur a simplement regretté que les parents ne partagent pas les valeurs de l’association, sans pour autant accepter que leur fils soit dispensé de l’atelier. Ceux-ci ont donc déposé une plainte disciplinaire et annoncé leur intention de contester toute amende par voie judiciaire.
Une association militante aux revendications politiques

Diversity München, qui finance ses activités grâce à des dons et à des subventions de la ville de Munich, affiche des revendications politiques explicites. Bien que le proviseur ait affirmé que l’atelier n’avait aucune visée d’endoctrinement, l’association formule des exigences à l’attention des gouvernements fédéral et régional bavarois, notamment :
  • La suppression des mentions « père » et « mère » sur les actes de naissance, remplacées par « parent 1 » et « parent 2 » ;
  • L’intégration systématique des enjeux « queer » dans les programmes scolaires ;
  • L’utilisation, sur les documents officiels (comme les bulletins), des prénoms choisis par les élèves, indépendamment de leur nom légal.