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Jason Arday quand Closer célébrait sa nomination comme professeur
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Ses prétendues performances universitaires s’accompagnaient d’allégations de coureur qui auraient rivalisé avec les plus grands athlètes d’ultra-marathon, ainsi que de collectes de fonds caritatives qui auraient relégué Bob Geldof au rang d'amateur, malgré une persécution raciale qui n’aurait pas déparé dans l’Alabama du XIXe siècle.
Chacune de ses affirmations – les 30 marathons, les millions récoltés pour de bonnes causes, les persécutions violentes – a systématiquement été réfutée. Mais jusqu'à récemment, il continuait pourtant à contre-attaquer et à s'en prendre à ses détracteurs. Sa ligne de défense semble être que, dans le milieu universitaire, personne n’est très regardant. « Aurais-je jamais pu imaginer que quelqu’un passerait littéralement au crible chaque mot que j’ai prononcé ? », a-t-il demandé au Times de Londres. Lorsqu’un journaliste du Guardian a tenté de vérifier ses affirmations — selon lesquelles il aurait été menacé par des fous armés de couteaux et qu'on lui aurait lancé des bananes, des balles et une tête de cochon coupée à son domicile — et n’a trouvé aucune preuve, il a répondu au journaliste : « Je pensais que vous me croiriez, tout simplement. »
Toute la carrière de l'universitaire a reposé sur la crédulité face à ses affirmations, alors même que le but même du monde universitaire est de remettre en question, de vérifier et de critiquer.
Son ascension fulgurante incrimine son université pour son manque de curiosité. Il semble que personne n’ait jamais vérifié son CV universitaire, ni les articles qu’il a soumis pour publication (et leurs corrections), ni les données qu’il a utilisées.
Les charlatans pratiquent leur métier depuis des millénaires. Alexandre d'Abonuteichos, sous l'Empire romain, avait ainsi fixé une fausse tête humaine sur un serpent et l’avait déclaré dieu. Par ses artifices et stratagèmes, il exerça une influence considérable sur certains notables. Il y a donc toujours eu des Jason Arday. La question est de savoir pourquoi cet escroc a pu s’imposer à Cambridge. Comment se fait-il que l’une de nos institutions les plus respectées se soit révélée si perméable et si peu perspicace ? Pourquoi une université, à qui l’on a désormais fourni des preuves irréfutables de sa duperie, l’a-t-elle soutenu jusqu’à il y a quelques jours.
Arday a été nommé professeur en sociologie de l'éducation à la suite d’un vote unanime du Conseil des électeurs, présidé par la baronne Sally Morgan (Parti travailliste). L’annonce a été faite en grande pompe. Avant même sa prise de fonctions, la BBC a réalisé une vidéo sur son inouï parcours. Dans celle-ci, le professeur vedette interrogeait sa nouvelle supérieure, Hilary Cremin, sur comment elle allait s'y prendre pour rendre la faculté d’éducation inclusive. Elle avait promis que « nous allons écouté les voix de nos chercheurs et de nos étudiants noirs » et que Cambridge allait « s’attaquer aux problèmes structurels auxquels les gens sont confrontés ». Elle n'a pas hésité à déclarer à Arday : « Nous avons tellement de chance de vous avoir parmi nous. Vous êtes le meilleur au monde dans votre domaine de recherche. »
On a du mal à croire que Cremin ait vraiment cru ce qu’elle disait. À ce moment-là, Arday n’avait à son actif qu’une poignée de publications et un nombre de citations exceptionnellement faible. Le titre de sa thèse comporte une erreur grammaticale et ses articles regorgent de fautes d’orthographe sur des mots élémentaires comme « micro-agression ». Il avait à peine mené de véritables recherches, préférant utiliser « une méthode narrative issue de la théorie critique de la race (CRT), qui fonctionne comme un contre-récit visant à conceptualiser mes propres expériences professionnelles de négociation de la blanchité normative ».
Le jeune professeur était médiocre même dans l’industrie de la commercialisation des doléances raciales. La recherche en éducation est un domaine à forte production de publications, mais de piètre qualité. Une étude récente a montré qu'à peine 2,9 % des articles en « sciences de l'éducation » publient leurs données. Autrement dit, dans l'immense majorité des cas, il est impossible de vérifier les analyses publiées. En mathématiques ou en économie, en revanche, il est possible de n’avoir publié que peu d’articles, mais de haute qualité de n'avoir rédigé qu'un petit nombre d’articles mais de grande qualité avant d’obtenir un poste universitaire. Une grande partie des travaux d’Arday portait sur ses propres expériences. Il est facile de produire ce genre de contenu à un rythme élevé. Plusieurs membres du personnel subordonnés à Jason Arday au sein de la faculté d’éducation de Cambridge ont réussi à accumuler des listes de publications bien plus longues. On peut se demander ce qu’ils ont ressenti lorsqu’il a été recruté à un poste plus prestigieux que le leur et que la directrice de leur faculté a déclaré qu'il était « le meilleur au monde ».
Le parcours universitaire d'Arday ne brillait pas. Une licence et un master de l’université St Mary’s ; un doctorat de l’université John Moores de Liverpool, puis de brefs passages à l’université de Roehampton et de Durham (Arday affirme également avoir travaillé à Glasgow, mais un porte-parole le dément). Arday aurait également obtenu un master en sciences de l’éducation à l’université John Moores de Liverpool, mais cette mention a récemment disparu de sa biographie sur le site web du Jesus College, dont il est membre. Un cursus peu prestigieux.
Sur quels travaux le jeune universitaire s’est-il donc appuyé pour compenser son manque de références ? Lorsque les membres du jury se sont penchés sur la candidature d’Arday à un poste de professeur, ils ont sans doute lu son article phare, « Comprendre la santé mentale : quels sont les enjeux pour les étudiants noirs et issus de minorités ethniques à l’université ? ». Si tel est le cas, ils n'ont pu ignorer la longue liste de corrections ajoutées après qu’il eut « omis par inadvertance de signaler le chevauchement entre les deux publications [la sienne et un article de 2016 sur la perception de l’accès aux services de santé mentale au sein des communautés noires et issues de minorités ethniques (BME), rédigé par le professeur Anjum Memon et al. »
Si les membres du jury connaissaient bien le domaine dans lequel ils estimaient qu’Arday était « le meilleur au monde », n’ont-ils pas trouvé étrange que les 32 étudiants issus de minorités ethniques qu’il aurait recrutés pour son article aient fourni des citations que l’on retrouve sous une forme presque identique dans d'autres publications ? Un étudiant de premier cycle cité par l'universitaire accusé de plagiat semble reprendre presque mot pour mot les propos du professeur Memon. D’autres citations sont attribuées à des personnes différentes (de races différentes) dans l’ensemble des travaux d’Arday. On pourrait s’attendre à ce qu’une commission ayant réellement lu les travaux d'un candidat avant de le nommer professeur repère ce genre d’incohérence. Si ces citations sont fausses, Arday pourrait alors se rendre coupable de fraude aux données, une infraction bien plus grave pour laquelle des personnes sont régulièrement licenciées.
Le peu d’intérêt d’Arday pour une recherche rigoureuse n’a rien de surprenant. Il l’avait d’ailleurs admis lors de ses ateliers sur la lutte contre le racisme, organisés dans d’autres universités. Un lanceur d’alerte a montré à une chroniqueuse du Spectator une conférence qu’il avait donnée, au cours de laquelle il déclarait aux participants qu’une « obsession pour les données n’était d’aucune utilité » lorsqu’on aborde le racisme, tout en affirmant que « la culture blanche est exclusive ».
Dans un premier temps, l’université a publié un communiqué affirmant que « Le professeur Arday a été victime d’une campagne ignoble visant à saper sa crédibilité, qui doit cesser. Les allégations de plagiat concernant sa thèse et ses publications dans des revues ont fait l’objet d’enquêtes approfondies menées par les institutions compétentes et les revues en question. Ces enquêtes ont innocenté le professeur Arday de tout acte répréhensible. »
L'université, bien qu’elle ait nommé Arday, a longtemps considéré qu’il ne lui appartenait pas d’enquêter elle-même sur ces allégations et qu'elle pouvait se contenter de l’enquête menée par l’université John Moores de Liverpool comme preuve de son innocence. L’un des présidents de cette enquête, Nels Abbey, a minimisé ces allégations en déclarant que tout le monde commet des « erreurs en cours de route », que c’était « tout simplement ainsi que ces choses-là ont tendance à se passer ». Au micro de Times Radio, M. Abbey a éludé toute discussion approfondie sur ces allégations.
Les universitaires se bousculèrent pour affirmer que le plagiat occasionnel fait partie de la recherche normale. Alan Lester, professeur de géographie historique à l’université du Sussex, formé à Cambridge et spécialisé dans le colonialisme, a dû s'excuser pour avoir laissé entendre que l’ampleur des passages repiqués par Arday et non attribués aux travaux d’autres chercheurs était une pratique courante parmi ses pairs , voire « acceptable ». On peut imaginer que ses collègues lui ont conseillé de taire ce genre de secret de Polichinelle et qu'il valait mieux laver le linge sale en famille.
Trois directeurs de maison (équivalent des doyens) de Cambridge ont signé une lettre ouverte en soutien Arday, à l’initiative du Good Law Project, une ONG fondée par Jolyon Maugham. Il est intéressant de noter que, par la suite alors que le scandale prenait de l'ampleur, la professeure Dame Ijeoma Uchegbu, présidente du Wolfson College, a retiré son nom de la lettre et que Lord Woolley a retiré son titre de directeur de Homerton. Sonita Alleyne, directrice du Jesus College, a quant à elle maintenu son nom sur la lettre malgré l'accumulation de preuves. Sonita Alleyne est antillaise. Elle s’est particulièrement fait connaître pour son engagement sur les questions de legs de l’esclavage et du colonialisme. En octobre 2019, elle fut nommée directrice du Jesus College de Cambridge devenant ainsi la première femme à diriger ce collège depuis sa fondation en 1496 ainsi que la première personne noire à diriger un collège d’Oxbridge.
Nathan Cofnas a été le premier à révéler, sur son blogue Substack, les passages plagiés de la thèse et des articles de Jason Arday, brisant ainsi l’omerta universitaire. Sans son travail d'enquête, l’affaire serait probablement restée étouffée. Paradoxalement, nous devrions peut-être être reconnaissants envers l’ex-professeur Arday. Il a montré que des journalistes, des universitaires renvoyés ou des chercheurs indépendants tenant un carnet en ligne sont souvent de bien meilleurs évaluateurs que les universitaires attitrés de Cambridge.








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