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mardi 26 mai 2026

Pourquoi l'Occident ne comprend rien à l'Islam - Entretien avec Rémi Brague

Quand Rémi Brague — philosophe, historien des idées, professeur émérite à la Sorbonne et à Munich — laisse tomber cette phrase, il ne polémique pas. Il constate. Et c'est précisément ce qui rend cet entretien si rare : un intellectuel qui a passé vingt ans à enseigner la philosophie de langue arabe parle de l'islam sans la complaisance de Vatican II, sans l'idéologie d'Edward Saïd, et sans le confort de l'évitement.

Pendant près d'une heure trente, Ferghane Azihari et Rémi Brague reviennent sur une série de questions que la plupart des médias français refusent encore d'aborder frontalement :
  • Pourquoi le « dialogue interreligieux » ressemble-t-il davantage à un monologue ?
  • Que signifie réellement, pour un musulman, dire qu'il « respecte » Abraham, Moïse ou Jésus ?
  • Pourquoi la simple analyse historico-critique du Coran constitue-t-elle un péril existentiel pour l'islam — bien plus que pour le judaïsme ou le christianisme ?
  • Pourquoi le livre culte d'Edward Saïd, L'Orientalisme, mériterait, selon Brague, d'être « oublié » ?
  • Une réforme de l'islam est-elle envisageable ? Et de quel côté pourrait-elle venir ?

Voir aussi
 
 
 
 

Rémi Brague : Y a-t-il un islam des Lumières ?

La conservation du savoir grec à Constantinople et sa diffusion dans l'Europe romane (avec Extrait relatif à l’enseignement classique conservé sous l'Empire romain d'Orient).

Histoire — « On a trop souvent mythifié el-Andalous »  

Contes, légendes, clichés et réalité de l'Espagne musulmane

La liberté moderne vue par Rémi Brague

Rémi Brague — Sur le « vrai » islam

Rémi Brague sur l’islam, la culture classique et l’Europe

Rémi Brague : « Dans les gènes de l’islam, l’intolérance »



Commentaire de l’IDEO (l'Institut d’Études Orientales du Caire) sur l'ouvrage Le Coran des historiens en précise la teneur et la portée :

Si la tradition exégétique musulmane classique considère le Coran comme un point de départ, et s’attache surtout à en expliciter les points obscurs en faisant référence à la vie et aux paroles du Prophète, la tendance contemporaine de nombreux chercheurs en Occident est de le considérer comme un point d’arrivée, c’est-à-dire comme le produit de l’Antiquité tardive, qui recueille des traditions religieuses, philosophiques et culturelles antérieures. Une troisième voie consiste à l’étudier seul, ni dans son contexte antique tardif, ni dans sa réception musulmane. 

Ce Coran des historiens choisit résolument cette deuxième voie, celle de l’Antiquité tardive. (…) La vision de Guillaume Dye sur le Coran est celle d’un texte complexe, composite, ni l’œuvre d’un seul homme, ni livre fermé, mais un recueil ouvert qui se construit très progressivement en discussion avec ce contexte de l’Antiquité tardive.

« Contrairement à l’hagiographie musulmane qui donne au calife ʿUṯmān (m. 35/656) le rôle d’éditeur du texte sous sa version consonantique finale, Guillaume Dye identifie le règne du calife omeyyade Abd al-Malik (m. 86/705) comme le contexte politique et culturel qui a le plus influencé le texte.

vendredi 6 février 2026

« Beaucoup de jeunes filles [russes] viendraient, grandes, minces» : quand l'ancien premier ministre israélien discutait de « la qualité » de l’immigration avec Epstein

L’enregistrement audio d’Éhoud Barak discutant avec Jeffrey Epstein d’un projet d’immigration massive d’un million de Russes vers Israël a refait surface fin janvier 2026, dans le cadre d’une nouvelle vague de documents déclassifiés par le Département de la Justice américain en application de l’Epstein Files Transparency Act. Cette bande, datant vraisemblablement du début de l’année 2013 (Barak y indique avoir 71 ans, ce qui correspond à sa naissance en 1942), a suscité une vive controverse en Israël et à l’étranger. Elle ravive à la fois les débats sur la démographie israélienne, sur l’identité juive de l’État et sur la nature des relations entretenues par l’ancien Premier ministre avec le financier américain.

Dans la conversation, Éhoud Barak exprime explicitement son inquiétude face à la dynamique démographique arabe en Israël et dans les territoires palestiniens. Il explique avoir déclaré à Vladimir Poutine que « ce dont nous avons besoin, c’est d’un million de Russes supplémentaires » afin de « changer Israël de manière dramatique ».

Contrairement aux grandes vagues d’immigration des premières années de l’État d'Israël — notamment celles du début des années 1950 en provenance des pays arabes et d’Afrique du Nord, organisées dans un contexte de sauvetage collectif et d’urgence existentielle pour le jeune État, sans capacité réelle de sélection — il affirme qu’Israël pourrait aujourd’hui exercer un contrôle plus strict et « contrôler la qualité beaucoup plus efficacement ».

L’un des passages les plus commentés concerne son évocation de « jeunes filles russes grandes et minces » parmi les profils susceptibles d’émigrer, formulation largement perçue comme révélatrice d’une logique ethnique ou du moins sélective assumée. Il évoque également la possibilité d’assouplir les règles de conversion au judaïsme — en limitant le monopole du rabbinat orthodoxe — afin de faciliter l’intégration d’un afflux massif d’immigrants, y compris pour ceux qui ne sont pas juifs selon la Halakha mais éligibles à la Loi du Retour. La Halakha ne reconnaît pas comme juif des gens dont la mère n’est pas juive. En revanche, la Loi du Retour israélienne élargit le droit d’immigration : elle inclut les descendants d’un grand-parent juif et le conjoint d’un juif, même si ces personnes ne sont pas juives selon la Halakha.

Selon Éhoud Barak, la « pression sociale », notamment sur la deuxième génération, conduirait progressivement à une adaptation culturelle et religieuse.

La discussion, qui se déroule dans un cadre privé (Larry Summers est mentionné comme présent), révèle une conception explicitement instrumentale de l’immigration : un levier démographique destiné à consolider la majorité juive face à une natalité arabe plus élevée, tout en renforçant le poids d’une population laïque, éduquée et intégrée à l’économie moderne, susceptible de contrebalancer l’influence croissante des milieux ultra-orthodoxes (haredim).

Il semble qu’à l’époque, le plan d’Éhoud Barak se soit frayé un chemin jusqu’à Moscou. En effet, en réaction à la publication de l’enregistrement, le rabbin Pinchas Goldschmidt s’est dit mercredi sur X « très heureux que, lorsque j’étais grand rabbin de Moscou, nous ayons mis fin à cette initiative folle ». « Je ne savais pas que cela en avait été discuté avec Epstein », a-t-il ajouté.

Benyamin Netanyahou a qualifié cet enregistrement sonore de « révélation stupéfiante » sur le réseau social X jeudi. L’actuel Premier ministre d’Israël en a profité pour adresser une pique à son lointain prédécesseur : « Lorsque la gauche et son messie Éhoud Barak ne parviennent pas à remporter les élections, ils essaient de remplacer le peuple. »

Éhoud Barak (né Éhoud Brog le 12 février 1942 au kibboutz Michmar HaCharon, en Palestine mandataire, aujourd'hui Israël) est issu d'une famille achkénaze d'Europe de l'Est, avec des racines lituaniennes et polonaises. Ses parents, pionniers sionistes, ont immigré en Palestine dans les années 1930 et ont été parmi les fondateurs du kibboutz où il est né.

La réalité de l’immigration ex-soviétique depuis la fin des années 1980

Depuis 1989, Israël a accueilli environ 1,2 à 1,3 million d’immigrants originaires de l’ex-URSS (Russie, Ukraine, Biélorussie, États baltes, etc.). La vague des années 1990 a été la plus massive (près d’un million de personnes en une décennie) et a profondément transformé le pays : apport scientifique et technologique majeur, contribution significative aux secteurs médical, militaire et universitaire, influence culturelle durable. L’intégration socio-économique, initialement difficile, est aujourd’hui considérée comme globalement réussie.

En revanche, la composition religieuse des flux a évolué.

Dans les années 1990, la grande majorité des arrivants étaient reconnus comme juifs selon la Halakha (les estimations varient, généralement entre 85 % et plus de 90 % selon les années et les sources).

À partir des années 2000, cette proportion diminue nettement.

Dans les années 2010-2020, seuls 30 à 40 % des nouveaux immigrants issus de l’ex-URSS sont reconnus comme juifs selon la définition rabbinique orthodoxe.

En 2020, environ 70 % des immigrants en provenance de l’ex-URSS ne sont pas juifs au sens halachique, tout en étant éligibles à la Loi du Retour (ascendance juive jusqu’au grand-parent, conjoint juif, etc.).

Après l’invasion de l’Ukraine en 2022, les flux augmentent fortement (environ 70 000 arrivées cette année-là), avec une majorité de non-halachiques.

En 2025, le nombre total d’immigrants baisse sensiblement, mais l’effet démographique cumulé demeure significatif : les immigrants ex-soviétiques et leurs descendants constituent aujourd’hui une composante majeure — souvent estimée autour de 15 à 20 % de la population juive israélienne.

Intégration et religiosité : la deuxième génération


Éhoud Barak mise, dans l’enregistrement, sur un mécanisme d’intégration rapide par la pression sociale et sur une évolution identitaire au sein de la deuxième génération.

Intégration civique et culturelle.

Les enfants nés en Israël ou arrivés très jeunes (générations 1,5 et 2) sont majoritairement intégrés : hébreu langue dominante, service militaire quasi généralisé, insertion professionnelle élevée, mariages fréquents avec des Israéliens non russophones. Ils se définissent souvent d’abord comme israéliens, même s’ils conservent une identité culturelle familiale partiellement russophone.

Religiosité.
Les données disponibles (notamment Pew Research 2016, toujours cité) montrent un décalage intergénérationnel.

Première génération : environ 80 % se définissent comme laïcs (hiloni), avec une observance faible.

Deuxième génération : la proportion se déclarant strictement laïque diminue (environ 55-60 %), la croyance en Dieu est plus élevée que chez les parents, et certaines pratiques rituelles sont davantage observées.

La part se définissant comme haredi ou religieuse augmente légèrement, mais reste minoritaire.

Il ne s’agit pas d’une « judaïsation » massive au sens orthodoxe. La tendance est plutôt celle d’une intégration nationale avec une religiosité modérée, souvent culturelle ou traditionnelle.

Par ailleurs, parmi les immigrants non reconnus comme juifs selon la Halakha — devenus majoritaires dans certaines vagues récentes — beaucoup ne se convertissent pas. Ils vivent dans une situation juridique et identitaire intermédiaire : citoyens israéliens, intégrés socialement, mais exclus du mariage religieux juif et d’une pleine reconnaissance rabbinique.

Conclusion

Le projet évoqué par Éhoud Barak — un million d’immigrants supplémentaires sélectionnés selon des critères démographiques et socioculturels — n’a jamais donné lieu à un programme officiel structuré. Aucune réforme majeure du système de conversion n’a été adoptée depuis 2013.

Cependant, indépendamment de cette stratégie explicite, l’immigration ex-soviétique a bel et bien contribué au maintien d’une majorité juive en Israël dans un contexte de rivalité démographique avec la population arabe israélienne et palestinienne.

L’effet observé est principalement civique et national plutôt que religieux. L’intégration est réelle, mais elle ne s’est pas traduite par une transformation religieuse profonde à grande échelle.

L’enregistrement met ainsi en lumière une vision stratégique de la démographie comme instrument politique. La controverse actuelle ne porte pas seulement sur les formulations employées — jugées par certains crues ou ethnicistes — mais sur la légitimité même d’une politique démographique pensée comme outil d’ingénierie nationale.

samedi 7 septembre 2024

Vigiles juifs patrouillent le campus de l'Université de Toronto

Des vigiles juifs patrouillent désormais sur le campus de l'Université de Toronto pour protéger les juifs parce que la police ne fait rien contre les agressions et le harcèlement dont sont victimes les juifs et les autres « juifs suspectés ».

mercredi 4 septembre 2024

France — Statistiques des écoles indépendantes à la rentrée 2024 : l’État contre les attentes sociales ?

Créer son école a tenu sa traditionnelle conférence de presse de rentrée ce mercredi 4 septembre au sein de l’école Atouts-Plus de Monique Canto-Sperber, ancienne directrice de l’ENS de la rue d’Ulm, à Paris Ve.

116 OUVERTURES D'ÉCOLES LIBRES (HORS CONTRAT) À LA RENTRÉE 2024


À la rentrée 2024, on compte 116 ouvertures d’établissements indépendants (non subventionnés) ou de niveaux (contre 107 l’an dernier). Cela représente 76 groupes scolaires.

CARTE DES NOUVELLES ÉCOLES INDÉPENDANTES OUVRANT À LA RENTRÉE 2024

Consultez notre carte interactive en ligne en cliquant sur le lien ci-dessous :

https://creer-son-ecole.com/annuaire-rentree-2024

UN NOMBRE D'ÉCOLES INDÉPENDANTES EN ACTIVITÉ EN FORTE CROISSANCE

Depuis 15 ans, le rythme des créations d’école est soutenu.

Si les fermetures d’école sont plus fréquentes depuis la COVID-19, l’augmentation nette reste importante : le paysage éducatif indépendant français compte 58 écoles en plus cette année, soit un nombre total de 2485 en activité actuellement.


vendredi 14 juin 2024

Le refus idéologique par la gauche de parler de la réalité

Nicolas Mayer-Rossignol.— Moi, j'ai une synagogue qui a brûlé.
Journaliste.—  Qui l'a brûlée ?
—  J'ai pas envie de l'extrême droite au pouvoir.
—  Qui l'a brûlée ?
—  Je vous parle de l'instrumentalisation
—  Qui l'a brûlée ?
—  Un monsieur.
—  Il vient d'où ?
—  Un monsieur.


L’homme à l’origine de l’incendie de la synagogue de Rouen, vendredi 17 mai, a été abattu. Il s’agissait d’un Algérien de 29 ans qui faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. 
On ne voit pas le rapport avec l'« extrême droite »...
 

Voir aussi

Supplément histoire — Que faut-il penser de Pétain et de l'antisémitisme de la gauche ?

France — 90 % du vandalisme et profanations de lieux de cultes visent des églises (deux par jour !)

 



mardi 23 mai 2023

France — Catholicisme en forte perte de vitesse, les sans religion, protestants évangéliques et musulmans augmentent

L’enquête Trajectoires et origines de l’Insee rendue publique en avril est une précieuse source d’informations sur l’évolution des religions en France. La Croix résume : « L’historien Guillaume Cuchet en liste quelques-unes : chute du catholicisme, montée des évangéliques et de l’identitarisme juif. »  Étrangement ce résumé omet l’augmentation rapide du nombre de musulmans (de 2 % à 9 % en 12 ans…).
 

Selon la nouvelle étude Trajectoire et origines de l’Insee, les catholiques déclarés en France sont passés de 43 % à 25 % en douze ans.
 
Une information chassant l’autre, on ne s’est guère attardé sur les enseignements religieux de l’enquête Trajectoires et origines de l’Insee, dite TEO 2, qui portent sur des données datant de 2019-2020 et qui a été rendue publique en avril. La comparaison avec les données issues de TEO 1 de 2007-2008 est pourtant instructive.

Le premier constat est que les choses évoluent très rapidement depuis douze ans. C’est d’autant plus sensible que l’enquête porte sur les 18-59 ans et pas sur la totalité de la population, c’est-à-dire des personnes nées après 1960, ligne de partage des eaux désormais bien repérée par les historiens. On a affaire à des générations sans grand passé religieux ou issues de l’immigration disponibles pour de profondes réorganisations.

Déclin du catholicisme
 
Les grandes tendances déjà perceptibles dans TEO 1 s’accentuent. La seule vraie nouveauté est la croissance spectaculaire des protestants évangéliques. On peut en distinguer cinq principales. La première est la hausse des sans-religion déclarés qui passent de 45 à 53 %. Avec eux, on est dans un processus classique de « sortie de la religion » tel que le décrivent depuis le XIXe les théoriciens de la sécularisation, d’Auguste Comte à Marcel Gauchet.

La deuxième est le déclin du catholicisme, qui passe de 43 à 25 %, soit une quasi-division par deux en douze ans. La « crise des abus sexuels dans l’Église » a amplifié la tendance mais ne l’a pas créée. Ce n’est plus de déclin qu’il faut parler mais d’effondrement, et nul ne peut dire à quel niveau se fera la stabilisation.

Anciens catholiques : pourquoi quittent-ils l’Église ?
 
La troisième est la forte montée des « autres chrétiens », de 2,5 à 9 %, surtout des protestants évangéliques. C’est la plus forte progression depuis TEO 1. La quatrième est la progression des musulmans, qui passent de 8 à 11 %, moins par conversions d’éléments extérieurs que par reproduction de l’identité et de la ferveur à l’intérieur du monde musulman. 26 % des femmes portent le voile.

Le judaïsme, la religion la plus identitaire
 
La cinquième tendance est le caractère de plus en plus identitaire et fervent du judaïsme. C’est même, à bien des égards, la religion la plus « identitaire » de France, si l’on en croit l’enquête. Les succès de librairies spirituels de la rabbin libérale Delphine Horvilleur ne doivent pas donner le change de ce point de vue sur les tendances dominantes du groupe. 
 
Le bouddhisme enfin reste stable, à 0,5 % des Français.

L’enquête délivre par ailleurs des enseignements instructifs sur les moteurs du changement religieux en France. L’immigration joue un rôle croissant, à la fois parce qu’elle reste massive (plus de 10 % d’immigrés) et parce que le groupe central de la société française sans ascendance migratoire, souvent d’origine catholique, est de plus en plus sécularisé. Elle recompose puissamment la religion qui reste. Le point n’est pas sans importance pour comprendre les impressions collectives qui accompagnent le processus : un grand nombre de Français regardent d’assez loin ces recompositions qui leur paraissent secondaires, liées à l’immigration et ne modifiant pas le sens de leur histoire qui continue de se ramener, bien souvent, à la sortie du catholicisme.

Transmission

Deuxième facteur important, le taux de reproduction spirituelle des groupes, c’est-à-dire leur capacité à transmettre leurs convictions à la génération suivante. Il est lié à la dimension identitaire de la religion et à la ferveur. Le meilleur est celui de l’islam (91 %), le moins bon celui du catholicisme (67 %), mais celui des évangéliques (69 %) est plus près des seconds que des premiers. Les Églises évangéliques sont aussi des Églises dont on sort, ce qui rend d’autant plus spectaculaire leur progression.

Le troisième facteur est l’efficacité du prosélytisme, c’est-à-dire la capacité à faire des convertis. Elle est surtout évangélique, l’islam ayant tendance à se spécialiser dans la reconversion identitaire de populations d’origine musulmane. La croissance des évangéliques est aussi liée à l’immigration parce que les zones de départ, en Afrique par exemple, ont été touchées par la révolution évangélique de ces dernières décennies et que les migrants arrivent déjà convertis. Le dernier facteur est l’inégale dynamique démographique des groupes, notamment à la deuxième génération, avant l’alignement tendanciel de la troisième sur les standards hexagonaux.

Déclassement annoncé

De toutes ces tendances, il ressort que le paysage religieux français au sens de répartition des cultes déclarés, qui n’avait guère bougé dans ses grandes lignes depuis le XVIIe siècle et qui avait résisté à la Révolution française, à la révolution industrielle, aux deux guerres mondiales, à l’effondrement de la pratique depuis les années 1960, est en train de changer profondément sous nos yeux. En 1872, dans le dernier recensement public à avoir comporté officiellement une rubrique religieuse, plus de 97 % des Français avaient répondu qu’ils étaient catholiques romains et on en était encore pratiquement là au début des années 1960.

Dans TEO 2, ils ne sont plus que 25 % à le dire, et la réduction n’est pas terminée. Dans ces conditions, il n’est pas sûr que le catholicisme reste encore longtemps la première religion du pays. À terme, il pourrait passer au deuxième, voire au troisième rang des religions en France. Un déclassement annoncé qui, étrangement, suscite peu de commentaires dans l’Église, comme si les évêques, sonnés par la crise des abus sexuels, ne savaient plus qu’assister, muets et impuissants, à l’effondrement.
 
Voir aussi
 

Vatican II, « déclencheur » de l’effondrement de la pratique catholique ? (M-à-j vidéos) 

L’Église anglicane au Québec se meurt, elle soutient fortement le cours ECR  

L’Église catholique — pour qui sonne le glas ? (M-à-j)

Les plus religieux hériteront-ils de la Terre ? (sur la fécondité des conservateurs religieux par le professeur Eric Kaufmann).

Éric Zemmour : « Quand Joe Biden et le pape François jouent contre les évêques américains »

 
 
Le Pape François a donné quitus à une éradication du christianisme dans sa Terre natale
 

 

 

jeudi 23 mars 2023

Les Québécois plus susceptibles d’avoir une vision négative des religions, d'abord l'islam, mais aussi le christianisme

Les Canadiens de partout au pays sont plus enclins à avoir une mauvaise opinion de l’islam que des autres religions étudiées (les cinq principales religions du monde). Au Québec, le quart des répondants (25 %) ont une opinion favorable de l’islam. À noter, le nombre de répondants favorables à l’islam dans les différentes régions du Canada ne dépasse jamais 37 % :


Au pays, les Québécois sont les plus susceptibles d’avoir une vision négative de la plupart des religions présentées. Cependant, le reste du pays n’est pas non plus à l’abri de ce genre de perspective, en particulier lorsqu’il est question de l’islam :


Les Québécois se disent également les plus défavorables au christianisme (37 % d’avis défavorables), mais cette mesure doit être nuancée par le fait que le mariage avec un chrétien/une chrétienne est l’option la plus favorable pour les Québécois (acceptable à 80 %). Un rejet de la théologie catholique, mais l’acceptation des chrétiens historiques le plus souvent non pratiquants ?

En utilisant un indice net de favorabilité, une comparaison du pourcentage des répondants ayant une vision positive et de ceux dont l’opinion est négative, on peut observer clairement que l’opinion des Canadiens par rapport à l’islam est plus négative que celle qu’ils ont des autres religions.


Les symboles religieux en public et au travail

dimanche 16 octobre 2022

Société métissée — Le New York Times craint la perpétuation du racisme malgré la minorisation des blancs

Charles McRay Blow (né le 11 août 1970) est un journaliste, commentateur et éditorialiste américain pour le New York Times et analyste politique actuel pour MSNBC.

Pour Charles McRay Blow, dans un article d’opinion publié par le New York Times, alors que les États-Unis deviennent moins blancs, la suprématie blanche pourrait simplement se muer en une suprématie « plus pâle », dans laquelle les personnes à la peau plus claire (comprendre y compris les Hispaniques) perpétuent un racisme anti-noir modifié plutôt que de l’éliminer.

Traduction de son article :

J’ai une théorie sur l’avenir de l’Amérique que je ne veux pas voir se réaliser.

C’est une théorie qui m’inquiète et sur laquelle j’ai déjà écrit : avec le brunissement de l’Amérique, la suprématie blanche pourrait simplement être remplacée par — ou renforcée par — une forme de suprématie « pâle », dans laquelle les personnes à la peau plus claire perpétuent une version modifiée du racisme anti-noir plutôt que de l’éliminer.

Les commentaires racistes révélés cette semaine provenant d’un enregistrement de dirigeants latinos à Los Angeles — trois membres du conseil municipal et un dirigeant syndical — n’ont rien fait pour apaiser ces craintes.

Dans les enregistrements, la présidente du Conseil, Nury Martinez, qui a démissionné de son poste de président du Conseil lundi et a démissionné du Conseil mercredi, a fait les commentaires les plus flagrants. Elle a insulté les gens de la manière la plus grossière et la plus racialement offensante, comparant le fils noir d’un collègue à un singe et semblant insulter les Oaxaca — des gens de la région disproportionnellement amérindienne d’Oaxaca au Mexique — en les qualifiant de « petites personnes foncées et courtes » qui sont « laides ». »

Mais ce qui me dérange le plus, c’est le tribalisme racial, ethnique de ses calculs politiques. Après tout, l’enregistrement est celui d’une réunion sur le redécoupage électoral décennal de la ville. Il s’agit d’une réunion portant sur le pouvoir politique et sur comment aider ou nuire à l’élection de certains selon le découpage des districts électoraux.


 

Dans l’enregistrement, lorsque l’ancien président de la Fédération du travail du comté de Los Angeles, Ron Herrera, dit : « Je suis sûr que Katz et son équipe ont un programme », se référant à l’ancien membre de l’Assemblée d’État Richard Katz, qui est juif, Martinez répond que les Juifs « ont passé un accord avec South L. A. »

Plus direct, Martinez licencie un responsable en disant : « [juron] ce type… Il est avec les Noirs. »

Je ne veux pas suggérer que les personnes qui participent à cet appel sont représentatives de la société dans son ensemble, mais je comprends que la politique est un sport de contact et qu’elle divise les gens en groupes. Parfois, ces regroupements se font sur la vision des partis, leurs programmes. Parfois, ils tournent autour de choses plus fondamentales comme l’identité et la culture.

Pour être clair, je crois à la répartition représentative du pouvoir politique. Los Angeles est presque à moitié latino. Il devrait y avoir un pouvoir politique latino fort et décomplexé dans cette ville. En fait, la sous-représentation est un problème qui continue d’affliger la communauté latino.

Comme Paul Barragan-Monge, le directeur de la mobilisation de l’U.C.L.A. Latino Policy and Politics Institute, a expliqué cette semaine à propos du pouvoir hispanique en Californie : « Bien qu’ils représentent 39 % de la population de l’État, ils ne constituaient que 18,4 % des nominations au postes de direction dans le cabinet du gouverneur. »


Ce déséquilibre doit être corrigé. Le problème que pose cet enregistrement est que les personnes qui participaient à l’appel semblent voir le pouvoir parmi les électeurs de la ville comme un jeu à somme nulle, et dans ce jeu, ils ont ouvertement dénigré d’autres groupes en raison de leur identité.

Au lieu de s’allier avec d’autres groupes défavorisés, ils les ont rabaissés. Leur discussion était anti-noire, anti-autochtone, anti-juive.

Ils faisaient le travail de la suprématie blanche. Et pas parce qu’ils voient le pouvoir blanc comme étant le leur. À un moment de l’enregistrement, tout en discutant de la question de savoir si le membre du Conseil Mark Ridley-Thomas, qui est noir, continuera à être payé après son inculpation pour corruption, Martinez dit : « Ce n’est pas nous. Ce sont les membres blancs de ce Conseil qui vous [juron] en un claquement de doigts. »

Le racisme intraminoritaire [devenu majoritaire en Californie et bientôt aux États-Unis…] est complexe à certains égards, mais simple à d’autres.

Le racisme est perpétué par ceux qui en profitent. Le racisme anti-noir profite à ceux dont les apparences sont les moins noires. La suprématie blanche profite à ceux qui sont blancs, ou à ceux qui sont voisins du blanc à la fois en apparence, en culture et en affect.

Moi aussi, je souhaite que nous vivions l’avenir idéalisé auquel aspirent certains militants : une Amérique qui, en devenant moins blanche, devient également moins raciste et plus égalitaire et tolérante sur le plan racial.

Mais cet avenir plein d’espoir n’est pas assuré, peu importe à quel point nous croyons que nos enfants sont plus tolérants sur le plan racial, peu importe si la diversité raciale est davantage présente dans la culture pop, peu importe la fréquence à laquelle nous avons des repas-partage multiculturels au travail.

C’est en partie parce qu’une partie de l’alliance que nous vivons est performative. Pendant l’été des protestations [émeutes] en 2020, vous auriez pensé que Martinez était solidaire des Noirs et des vies noires. Elle a déposé une requête pour réduire le financement du département de police de Los Angeles — pour supprimer le financement de la police — et elle a publié un gazouillis approuvant cette décision : « Aujourd’hui, nous avons introduit une motion visant à réduire le financement de la police de Los Angeles, alors que nous réinitialisons nos priorités à la suite du meurtre de #GeorgeFloyd et de l’appel #BlackLivesMatter et que nous voulons tous pour mettre fin au racisme. Ce n’est qu’un petit pas. Nous ne pouvons pas parler de changement, nous devons être axés sur le changement. »

Elle a soutenu la fin du racisme en public, mais l’a perpétué en privé.

Même dans la partie de l’enregistrement où elle parle de l’enfant noir comme d’un singe, elle explique qu’elle était avec cet enfant sur un char du défilé du Martin Luther King Day rempli de personnes noires et brunes.

La triste réalité est que la suprématie blanche anti-noirs ne se limite ni aux Blancs ni aux républicains, même s’ils la courtisent et la dorlotent. Martinez est démocrate dans une ville majoritairement démocrate.

L’erreur est de croire que chaque personne dans chaque communauté qui a été opprimée par la suprématie blanche la rejettera. Ce n’est tout simplement pas vrai, car certains voient l’oppression comme le fait d’avoir un perchoir : il faut être juché dessus pour pouvoir opprimer. Dans cette optique, être en mesure d’opprimer devient une aspiration ; être anti-Noirs — et être capable d’éviter la majorité racisme anti-noirs — permet de trier les gens. C’est un signe de réussite. C’est très américain.

Voir aussi

États-Unis — district scolaire exclut élèves asiatiques des personnes de couleur et les classe avec les Blancs

Le nouvel exode blanc 

États-Unis — Pas de réduction de l’écart scolaire en maths et lecture entre les groupes ethniques

La Californie dit « oui » à l’éducation bilingue

Massacres de la quasi-totalité de blancs de 1804 en Haïti, les mulâtres forcés de participer aux massacres (Wikipédia)

Le déclin des blancs : rejeter, réprimer, fuir ou métisser ? (Whiteshift)

Citations ethniquement incorrectes de Karl Marx 
 
 
  
 
 
 
 

samedi 1 octobre 2022

Citations ethniquement incorrectes de Karl Marx


Lettre de Marx à Engels rédigée en juillet 1862 :

Le Nègre juif [Ferdinand] Lassalle qui, je suis heureux de le dire, part à la fin de cette semaine, a perdu encore une fois 5000 thalers dans une spéculation mal avisée… Pour moi, c’est désormais évident — comme la forme de son crâne et la manière dont ses cheveux poussent — qu’il est un descendant de ces Nègres qui accompagnèrent la fuite de Moïse d’Égypte (à moins que sa mère ou sa grand-mère paternelle ait fricoté avec un Nègre). Maintenant, ce mélange de juiverie et de germanité et son fond négroïde, entre autres, ne peut pas manquer d’induire des conséquences particulières. L’inconvenance de ce type est elle aussi caractéristique de celle des nègres. 1

Dans une autre lettre à Engels, rédigée quatre années plus tard (en 1866), où Marx décrivait un travail récent dont il pensait qu’Engels aurait pu tirer profit. Marx s’intéressait à Pierre Trémaux et à son Origine et Transformations de l’Homme et des autres êtres (Paris, 1865). Voici comment il présenta les travaux de Trémaux à Engels :

En dépit de toutes les limites que j’ai notées, il représente une progression significative par rapport à Darwin… (il a passé de nombreuses années en Afrique), ce qui l’amène à montrer que le type nègre commun est juste une forme dégénérée d’un type qui lui est bien supérieur. 2

Voici ce que Marx écrivait dans une autre lettre à Engels, lorsqu’il entreprenait d’évoquer le cas des Juifs.

L’expulsion des lépreux d’Égypte, à la tête desquels se trouvait un prêtre égyptien du nom de Moïse. Lazare, le lépreux, est aussi le Juif typique. 3

En 1853, dans le cadre de l’un de ses articles publiés dans le New York Tribune, Marx écrivait sur les Balkans :

qui avaient la mauvaise fortune d’être habités par un conglomérat de différentes races et de différentes nationalités dont il est difficile de déterminer laquelle est la moins adaptée pour le progrès et la civilisation. 4

En 1856, on pouvait lire sous sa plume dans le même journal que « Chaque tyran est soutenu par un Juif ». Il prétendait également qu’il existait toujours « quelques Juifs prêts à vous faire les poches ». En commençant par l’époque où Jésus avait jeté les marchands du temple, Marx informait son lectorat que

les Juifs pratiquant l’usure en Europe font à une échelle plus grande et plus néfaste ce que d’autres font à une échelle moins importante et plus modeste. Mais c’est uniquement parce que les Juifs sont si forts qu’il est important et urgent de dévoiler et de clouer au pilori leur organisation. 5

Une décennie plus tôt, en 1843, Marx écrivait Sur la question juive :

Quelle est la religion terrestre du Juif ? L’arnaque. Quel est son Dieu terrestre ? L’argent. L’argent est le dieu jaloux d’Israël, au regard duquel aucun autre Dieu ne peut exister. 6

En 1853, dans un discours que Karl Marx tint en Amérique, il déclara que « la société indienne n’a pas du tout d’histoire, ou du moins pas d’histoire connue ». Et tandis que Marx se moquait de la civilisation indienne qu’il supposait complètement ignorante, il semblait être favorable à la domination de l’Inde par les Britanniques. 

La question, selon lui, n’est pas de savoir si l’Angleterre avait le droit de conquérir l’Inde mais plutôt de savoir si nous eussions préféré qu’elle fût conquise par les Turcs, par les Perses, par les Russes plutôt que par les Britanniques ». Un des rôles de la Grande-Bretagne en Inde, selon lui, était de « poser les fondations matérielles de la société occidentale en Asie ». Il avait tendance à penser qu’elle était capable de le faire. En effet, bien que Marx eût noté que d’autres civilisations avaient envahi l’Inde par le passé, « les conquérants barbares » n’avaient pas pu mener cette tâche à bien. Au contraire, « les Britanniques étaient les premiers conquérants supérieurs et ne pouvaient donc succomber aux sirènes de la civilisation hindoue. 7 

Quant à l’esclavage, voici ce qu’écrivait Marx sur ce sujet en 1847, 14 ans avant la guerre de Sécession américaine :

L'esclavage est une catégorie économique comme une autre. Donc il a, lui aussi, ses deux côtés. Laissons là le mauvais côté et parlons du beau côté de l'esclavage [...] Sans l'esclavage, l'Amérique du Nord, le pays le plus progressif, se transformerait en pays patriarcal. Effacez l'Amérique du Nord de la carte du monde, et vous aurez l'anarchie, la décadence complète du commerce et de la civilisation modernes. Faites disparaître l'esclavage, et vous aurez effacé l'Amérique de la carte des peuples 8 

Sources

1 – Karl Marx à Friedrich Engels, 30 juillet 1862, Marx and Engels Collected Works, vol. 41, Lawrence & Wishart, 1984, p. 388.
2 – Marx à Engels, 7 août 1866, Marx and Engels Collected Works, vol. 42, p. 303.
3 – Marx à Engels, 10 mai 1861, Marx and Engels : Collected Works, vol. 41, p. 285.
4 – Karl Marx, “The Russian Menace to Europe”, New York Tribune, 7 avril 1853.
5 – Karl Marx, “The Russian Loan”, New York Tribune, 4 janvier 1856. 

6 – Karl Marx, Sur la question juive, (1843) in Karl Marx: Selected Writings, deuxième édition éditée par David McLellan, 2000, p. 66-69.  La traduction française par Jean-Michel Palmier en 1968 pour l'Union générale d’Éditions dans la collection : Le monde en 10-18, n° 412, est légèrement différente : « Quel est le fond profane du judaïsme ? Le besoin pratique, l'utilité personnelle. Quel est le culte profane du Juif ? Le trafic. Quel est son Dieu profane ? L'argent.»

7 – Karl Marx, “The future results of British rule in Indian”, New York Daily Tribune, 8 août 1853.
8 – Karl Marx, Misère de la Philosophie, (1847), éditeur Giard & Brière, 1908, Paris, p. 158–159.

 
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mardi 5 juillet 2022

Le Scrabble exclut des mots pour être plus « inclusif »

 

On parle d’un petit séisme dans le monde de la compétition de ce célèbre jeu de société. Mattel, société éditrice du Scrabble, a décidé de retirer 400 mots de la liste officielle des mots autorisés dans la version anglo-saxonne du jeu.

Ce sont tout d’abord les insultes raciales, homophobes ou contre les personnes âgées qui ont été supprimées. Cette décision intervient à la suite des récentes manifestations mondiales contre le racisme qui ont notamment suivi la mort de l’Américain George Floyd. L’idée de fond énoncée par les propriétaires du jeu est d’essayer d’être «plus inclusif» en retirant de l’espace de la compétition des paroles «offensantes» à l’encontre des minorités. Mais certains mots bannis paraissent surprenants.

Des suppressions «incongrues» voire «insignifiantes»

Certains termes dépourvus de toute connotation offensante ont aussi été supprimés, laissant de nombreux joueurs perplexes. C’est le cas par exemple du mot «jésuitique» qui se rapporte simplement à l’ordre religieux fondé par Saint Ignace de Loyola en 1534 et qui pouvait rapporter jusqu’à 200 points dans une partie de Scrabble.

Pour M. Maitland, chroniqueur au Spectator, la communauté du Scrabble condamne «unanimement» cette réforme des règles du jeu. Ce choix jugé «incongru» par les joueurs interrogés et la mesure dans son ensemble «insignifiante». Les mots juifs et papistes sont également « retirés ». Si l’utilisation de mots connotés et offensants à l’égard des minorités est à éviter, conviennent certains joueurs, il n’en reste pas moins que ces termes existent. Le chroniqueur l’écrit ainsi: «On ne peut désinventer les mots.» Et de préciser les paroles de Darryl Francis, co-rédacteur de la liste des mots autorisés au Scrabble de 1980: «Les mots ne deviennent des insultes que lorsqu’ils sont utilisés dans une intention dérogatoire». Or, le Scrabble est censé être un espace neutre.

 

Liste de mots « retirés » (quelques termes traduits en français quand le mot est de la même famille)

termes d'argot pour désigner les Autochtones, baldie, baywop, baywops, boche, boches, bogtrotter, bogtrotters, bohunk, bohunks, bubba, bubbas, buckra, buckras, bumboy, bumboys, butches, termes offensants pour les femmes latino-américaines, coloureds, coloureds, crip, crips, crumblies, culchie, culchier, culchies, culchiest, culshie, culshier, culshies, culshiest, c ***, c ****, termes très offensants pour les personnes à la peau foncée, terme très offensant pour les lesbiennes, dogan, dogans, variations de l'insulte homophobe f*****, fatso, fatsoes, fatsos, gadje, gadjo, ginzo ginzoes, insultes offensantes signifiant 'non-juif', barbe grise, barbes grises, barbe grise, barbes grises, gringa, gringas, gringo, gringos, haole, haoles, hicksville, hicksvilles, honkey, honkeys, honkie, honkies, honky, hos, hunkey, hunkeys, hunkie, hunkies, jailbait, jailbaits, jésuite, jésuitique, jésuitique, jésuitiquement, jésuitisme, jésuitismes, jésuites, jésuite,  juif, jigaboo, jigaboos, kanaka, kanakas, les, lesbo, lesbos, leses, lez , lezzes, lezzie, lezzies, lezzy, mick, micks, mulâtre, mulâtres, nance, nances, nancier, nancies, nanciest, nancy, le mot en N et autres variantes, non papiste, non papistes, ofay, ofays, papisme, papismes , papist, papistic, papistries, papistry, papists, pepsi, pepsi, picaninnies, picaninny, piccaninnies, piccaninny, pickaninnies, pickaninny, pickney, pickneys, polack, polacks, pommie, pommies, pommy, poncey, poncier, ponciest, poncy, poofier , poofiest, poufs, pooftah, pooftahs, poofter, poofters, poofy, poontang, poontangs, poove, pooves, poperies, papauté, popishly, raghead, ragheads, redneck, rednecks, schvartze, schvartzes, schwartze, schwartzes, sheeney, sheeneys , sheenie, sheenies, shegetz, shemale, shemales, shicksa, shicksas, shiksa, shiksas, shikse, shikseh, shiksehs, shikses, shkotzim, diverses insultes raciales pour les noirs, skimo, skimos, spaz, spazz, spazzes, insultes ethniques pour les sud-américains, Peuple américain, termes très offensants pour les femmes autochtones d'Amérique du Nord, vendu, vendus, wetback, wetbacks, whiteys, whities, insultes racistes w** et ses variantes, insultes juives hautement offensantes.

Sources : Le Figaro, The Spectator, Daily Mail, New York Post

jeudi 28 mars 2019

Les écoles talmudiques ne sont pas des « écoles illégales juives »

Hier, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a annoncé un nouveau règlement qui viserait à « encadrer » les écoles religieuses considérées comme « illégales ». Les médias ont repris cette formule à l’envi. « Roberge s’attaque aux écoles religieuses illégales » titrait le Journal de Québec, sur LCN Mario Dumont parlait de « mettre fin aux écoles religieuses illégales ». Radio Canada avait d’abord titré sur les « écoles illégales » (voir capture d’écran ci-dessous et cette url https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1160826/quebec-ecoles-illegales) et d’écoles clandestines avant de se raviser et de parler plus correctement de « Québec renforce sa réglementation sur l’école à la maison ».

Rappelons que nous sommes d’accord que les enfants du Québec apprennent le français, des mathématiques, des rudiments de sciences et d’histoire-géographie. Le problème avec le règlement de M. Roberge est son manque de souplesse, de nuances, de notion d’équivalences dont vont faire les frais des parents qui ne sont en rien juifs, ni même religieux. Faut-il ainsi, comme semble l’indiquer le règlement, qu’un enfant qui suit le programme officiel français par correspondance du CNED passe aussi les examens du ministère québécois ? Lire Instruction à domicile — Québec serre la vis et renforce le monopole du Ministère et Réglement Roberge sur l’instruction à domicile : recul « navrant » et manque de souplesse pour l’AQED (Association québécoise pour l’éducation à domicile).


Pour le directeur de l’Association éducative juive pour l’enseignement à la maison, Jacob Maman, interrogé par le Journal de Montréal, « il n’y a plus d’écoles illégales au Québec ». Ces yéchivas enseignent de l’enseignement religieux (une trentaine d'heures par semaine) et offre du soutien scolaire dans les autres matières (quelques heures par semaine).

Nous sommes enclins à donner raison à M. Maman.

Voici ce qu’en disait l’ancien ministre de l’Éducation (ex-ADQ, maintenant PLQ) Sébastien Proulx dans le cadre de ces écoles talmudiques : « Il n’y a pas eu de demande de permis, il n’y a pas de demande de permis en cours, il n’y en a pas eu dans le passé. Ce n’est pas un endroit où il se donnait un programme éducatif, donc ce n’est pas une école au sens du ministère de l’Éducation », a confirmé Sébastien Proulx.

Et ce qu’en disait le juge Dugré quand Québec a voulu faire fermer en urgence une de ces yéchidas (écoles talmudiques) :

[100] De plus, selon la plaidoirie des procureurs des parties, les établissements offrant des cours de soutien, par exemple en français, anglais ou mathématiques, ne sont pas considérés par le MELS comme étant soumis à l’obligation de détenir un permis en vertu de la L.E.P. [Loi sur l’enseignement privé]

[103] De son côté, l’Académie admet qu’elle n’est pas titulaire d’un permis délivré par la Ministre pour son établissement, mais soutient qu’un tel permis n’est pas requis puisqu’elle ne tient pas un établissement d’enseignement auquel s’applique la L.E.P. [Note du carnet puisqu’il s’agit d’un type de séminaire qui n’enseigne pas le programme du ministère !]

Bref, ces « écoles » talmudiques ne sont pas plus assujetties à la loi sur l’enseignement que des écoles d’équitation, des centres de soutien scolaire ou des séminaires. Elles ne peuvent donc pas être illégales dans le cadre de cette loi. Pour plus de détails voir Marronnier — Les écoles juives « illégales ».

Consternation de la part de l’Association éducative juive pour l’enseignement à la maison

« De revenir avec un nouveau règlement en plein milieu d’année, sans consultation, c’est un peu de la provocation », se désole le directeur de l’Association éducative juive pour l’enseignement à la maison, Jacob Maman.

Bien qu’elle n’ait pas été nommée par le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, cette association s’estime directement visée. M. Maman dit représenter environ 2000 élèves dans plusieurs centres d’enseignement à travers le Québec.

Les enfants qui fréquentent des centres comme l’académie Yechiva Toras, où Le Journal a rencontré Jacob Maman, suivent des cours religieux en avant-midi. Une fois rentrés à la maison, ils y reçoivent l’enseignent des matières obligatoires.

Une façon de faire rendue possible par la loi 144 adoptée sous l’ancien gouvernement libéral, mais qui a été critiquée durement hier par le ministre Jean-François Roberge. Il estime qu’elle ne permet pas de contrôler le cursus enseigné.

« Les enfants passent 20 heures, 30 heures par semaine dans ces lieux-là, apprennent un paquet de choses, sauf le Programme de formation de l’école québécoise, et c’est très problématique pour nous », a indiqué le ministre sans toutefois nommer d’établissement.

Le nouveau projet de règlement rendra obligatoire l’enseignement d’un « contenu minimal d’apprentissage enrichi », basé sur les programmes d’études de l’école québécoise en langues, mathématique, sciences et univers social, tout comme les examens ministériels.

Après avoir fait d’importants efforts pour respecter la loi 144, l’association se dit surprise de se voir imposer un nouveau règlement.

« Dimanche, on a eu des entretiens entre les parents et les évaluateurs et il y avait des représentants [du ministère] et, de ce qu’on a entendu, ils étaient très heureux de ce qu’ils voyaient », explique M. Maman.

« C’est comme jouer avec les parents comme des marionnettes. Avec la loi 144, on a fait des changements et là on refait encore des changements », ajoute Jacob Maman

mardi 22 mai 2018

Rapport : les élèves passés par ECR connaissent mal les religions, mais sont tolérants envers les signes religieux

Au Québec, les élèves des cégeps ont peu de connaissances générales sur les différentes religions, mais ils se montrent tolérants à l’égard des signes religieux dans l’espace public. Il s’agit des élèves auquel le Monopole de l’Éducation du Québec a imposé le controversé programme d’éthique et de culture religieuse (ECR) pendant quasiment toute leur scolarité. Les résultats ne sont pas étonnants puisque le programme d’ECR n’est pas un programme « encyclopédique » (les faits ont en fait peu d’importance, voir ici), c’est l’attitude tolérante envers la diversité des religieux qui est valorisée. Attitude tolérante qui peut s’accompagner d’une certaine banalisation ou relativisation des religions : elles se valent toutes autant ou aussi peu.

Rappel (extrait) :

Pour Pierre Lucier, « un enseignement de type encyclopédique sur le contenu ou l’histoire des doctrines et des traditions religieuses » ne serait pas approprié, étant donné les « objectifs sociaux et visées éducatives du programme ». En fait, comme l’indique Georges Leroux, les connaissances ne font même pas partie du programme comme tel, elles sont au strict service des compétences : « Dans l’univers très riche des programmes formulés selon des compétences, nous ne travaillons pas à partir de contenus prédéterminés : les jeunes ne recevront pas dans ce programme des connaissances encyclopédiques sur telle ou telle religion, ou doctrine morale ». L’important dans le programme ÉCR, ce sont les « compétences » et les « visées éducatives ».

Quelles sont ces visées éducatives ? Selon le rapport Proulx (p. 90) qui a servi de base théorique à l’imposition de ce programme, il s’agit de développer « l’ouverture et la tolérance ».

Selon un rapport de recherche du Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation (CEFIR), moins de la moitié des répondants (sur 991) a fourni des bonnes réponses aux questions sur l’islam et le judaïsme. Même pour le christianisme, les pourcentages de bonnes réponses étaient globalement faibles.

Pour 50 % des sondés, les actions terroristes sont principalement dues à des idéologies religieuses alors que plusieurs sont commises au nom d’idéologies non religieuses.

Selon les auteurs du rapport, il ressort encore que les étudiants ne connaissent pas les groupes extrémistes québécois et que leurs connaissances en matière de radicalisation sont minimes.

« On peut craindre que l’ignorance ne fasse le lit de la radicalisation tout en renforçant des orientations politiques inappropriées et contreproductives », ont affirmé les chercheurs. Ils recommandent de revoir les cours d’éthique et de culture religieuse, que les étudiants interrogés ont par ailleurs tous suivis lors de leur scolarité, afin de mieux outiller les jeunes dans la compréhension de la radicalisation et des idéologies religieuses.

Rétention de l’islam, effondrement du christianisme chez les jeunes ?
Le détail du rapport est instructif. Le tableau ci-dessous donne les caractéristiques de l’échantillon des élèves sondés comparées à celles de la population de la région métropolitaine montréalaise voisine des cégeps sondés, ainsi qu’à celles de la population Québec pour des classes d’âge similaires.




Pour les auteurs du rapport, la surreprésentation des individus « sans religion » dans l’échantillon des cégépiens sondés, pourrait être le résultat d’une série de facteurs. Les données de l’Enquête nationale auprès des ménages de Statistique Canada pourraient poser problème ici, car ce sont les chefs de ménage qui répondent pour les autres membres du ménage aux questions de ce sondage national. En d’autres mots, ce sont souvent les parents des jeunes de 15 à 24 ans qui répondent à la question de l’affiliation religieuse de ceux-ci. Il se peut donc que les réponses des parents soient erronées quant à l’affiliation religieuse de leurs enfants (les parents supposent qu’ils sont catholiques par exemple), alors qu’on retrouve des taux beaucoup plus élevés de « sans religion » lorsqu’on pose la question « Quelle est votre religion, si vous en avez une ? » aux jeunes mêmes. Il se peut également que la juxtaposition des mots « religion » et « radicalisation » dans le titre du sondage, dans le but d’indiquer l’objet de l’étude aux répondants, ait poussé certains qui ont des attaches plus faibles avec la tradition religieuse à laquelle ils ou elles s’identifient à mettre de côté leur identité religieuse habituelle dans le contexte de ce sondage. Il se pourrait aussi que des individus qui sont généralement contre la religion, mais s’y intéressent pour mieux appuyer leurs positions et sentiments antireligieux aient répondu au sondage en plus grand nombre comparativement à leur poids sociodémographique dans la population générale. Notons cependant que les musulmans ne semblent pas affectés par cette divergence entre les chiffres de Statistiques Canada et ceux du sondage.

Très faible connaissance du christianisme, très faible connaissance de la part des athées et agnostiques

Les élèves de 17 à 24 ans sondés devaient répondre à quatre (4 !) questions de bases sur le christianisme et le catholicisme pour évaluer (très superficiellement) leurs connaissances du christianisme. Si 63 % des collégiens peuvent identifier l’énoncé sur l’eucharistie comme vrai, seuls 14 % peuvent identifier l’énoncé sur les quatre Évangiles comme faux (Paul n’est pas un des évangélistes, il manque Luc).


Les connaissances sur le judaïsme ou l’islam sont encore moins bonnes.

Un recoupement de ces résultats avec les profils des cégépiens permet d’établir que les hommes connaissent mieux, en moyenne, le christianisme et l’islam que les femmes. En deuxième lieu, comme on pouvait s’y attendre, les membres affiliés à une religion en connaissent plus sur cette dernière. Par exemple, les catholiques ont un score moyen de 0,204 point plus élevé sur l’échelle du christianisme que les athées et les agnostiques. Cette échelle de la connaissance religieuse va de 0 à 4, un point par bonne réponse. Les musulmans ont un score moyen de 0,840 point plus élevé sur l’échelle de l’islam que les athées et les agnostiques, et un résultat moyen de 0,527 point plus faible sur l’échelle du christianisme que les athées et les agnostiques.



Les répondants avec un niveau de religiosité plus élevé ont en moyenne plus de connaissance en ce qui concerne chacune des trois traditions religieuses : une augmentation d’un point sur l’échelle de religiosité est associée à une augmentation moyenne de 0,452 point sur l’échelle des connaissances du christianisme, de 0,203 point sur l’échelle des connaissances du judaïsme et de 0,112 point sur l’échelle des connaissances de l’islam.

Surestimation du poids (actuel) de l’islam et sous-estimation du christianisme

La conclusion principale qu’on peut tirer de ces résultats est que la vaste majorité des élèves surestime la présence des minorités religieuses musulmane et juive dans la province, peut-être en raison de la plus grande visibilité de ces minorités dans les médias ou parmi les jeunes que côtoient les cégépiens. À l’inverse, la plupart sous-estiment l’affiliation au christianisme peut-être à cause du silence de l’Église catholique depuis des décennies et du peu d’importance dans leur vie de jeunes souvent sans religion.

Comment lire le graphique 8 : 20 % des cégépiens ont estimé correctement la proportion de chrétiens au Québec (plus de 60 % de la population), 80 % des cégépiens ont sous-estimé ce poids.

Attitudes des élèves sortis de l’école québécoise envers les enjeux sociaux

Le sondage Connaissances et perceptions de la religion et du phénomène de la radicalisation chez les étudiants au collégial a également posé une série de questions aux répondants quant au niveau d’importance qu’ils accordent à certains enjeux de société, qui incluent la protection de l’environnement, la prévention et la lutte au terrorisme, le financement des services publics, l’intégration des immigrants, la croissance économique ainsi que les inégalités sociales.


Les résultats présentés au Graphique 9 indiquent qu’une majorité des répondants étudiants sont d’avis que tous ces enjeux sont importants ou très importants pour notre société. La protection de l’environnement et les inégalités sociales sont les deux enjeux qui ont reçu les plus grandes proportions de répondants indiquant que ces enjeux sont très importants (64 % et 62 % respectivement). La croissance économique est l’enjeu qui a reçu le taux le plus faible de répondants indiquant que cet enjeu est très important (25 %), et le taux le plus élevé de ceux qui disent que cet enjeu n’est pas très/pas du tout important (24 %).

Cela n’est pas une surprise étant donné les priorités instillées dès le plus jeune âge par l’école québécoise : l’immigration c’est bien par définition, la protection environnementale prend même dans des manuels d’ECR du primaire le pas sur le développement économique, voir analyse de trois manuels approuvés d’ECR. Ces manuels parleront du réchauffement climatique, oui, en ECR, des ours polaires qui mourraient anormalement de faim, il demandera à l’enfant conditionné « Explique comment ces actions contribuent à la santé de la planète », mais jamais les trois manuels analysés utilisés dans la même école ne parleront de notre développement, notre richesse, notre confort, etc. Il semble qu’il n’existe pas de responsabilité éthique à se développer dans ces trois manuels par exemple. Rappelons que l’Institut du Québec vient de publier un portrait de Montréal en comparaison avec d’autres grandes villes nord-américaines. On y trouve une mine incroyable d’informations sur l’état de Montréal, et notamment sur la position de Montréal par rapport à d’autres grandes villes. Au chapitre du niveau de vie, parmi les quinze grandes villes faisant l’objet de la comparaison, Montréal arrive dernière. Même quant au revenu disponible. Montréal est la plus pauvre. Cette année encore, comme l’an dernier.

Les immigrants s’intègreraient bien, le Québec ne devrait pas accueillir moins d’immigrants

Selon le rapport, 59 % de l’échantillon de cégépiens est tout à fait ou plutôt d’accord avec la déclation selon laquelle la très grande majorité des immigrants s’intègre bien à la société québécoise, et seulement 15 % pensent que le Québec devrait accueillir moins d’immigrants par année.


Certains effets sociodémographiques sont présents auprès des répondants qui sont plus méfiants envers l’immigration au Québec. Les répondants étudiants plus âgés (du groupe pourtant âgé de moins de 24 ans) sont plus enclins à avoir ces attitudes plus réservées envers l’immigration. Le rapport affirme que plus les cégépiens connaissent les religions, moins ils sont réservés envers l’immigration. Mais cette diminution est très petite, dix moins moindre qu’avoir un parent né hors Canada. Ces deux variables ne sont d’ailleurs pas nécessairement indépendantes (les musulmans, des immigrés, baignant dans une culture occidentale connaissent mieux les trois religions que les catholiques culturels). En outre, comme on pouvait s’y attendre, les élèves de première et de deuxième génération d’immigration ont généralement moins sujets à exprimer une telle méfiance envers l’immigration.

Pour le port de toutes formes de symboles religieux pour les employés de la fonction publique et contre une préférence de l’immigration chrétienne


Les résultats présentés dans le Graphique 12 nous indiquent que 47 % des cégépiens de l’échantillon sont tout à fait ou plutôt d’accord avec le port des symboles religieux par les employés de la fonction publique, 19 % sont indécis et 33 % sont plutôt ou tout à fait en désaccord. La vaste majorité des élèves (76 %) est plutôt ou tout à fait en désaccord que le Québec devrait accueillir moins d’immigrants de confession musulmane au profit de ceux et celles de cultures chrétiennes. Enfin, 47 % des cégépiens sont plutôt ou tout à fait en désaccord avec l’idée que les individus avec de fortes convictions religieuses tentent de les imposer aux autres, 23 % sont indécis quant à cet énoncé et 30 % sont plutôt ou tout à fait en accord.

La majorité des cégépiens de notre échantillon est également tout à fait ou plutôt d’accord avec l’idée que les enseignants et enseignantes devraient être autorisés à porter le hijab (67 %), une croix (74 %) ou la kippa (70 %) s’ils ou elles le souhaitent (voir Graphique 13).

Les résultats du graphique 14 (non illustré) indiquent, quant à eux, que la majorité des élèves serait à l’aise si un membre de leur famille avait un nouvel amoureuse ou amoureux musulman (72 %), chrétien (80 %) ou juif (73 %). Cela n’est pas étonnant pour des jeunes qui ne donnent guère d’importance à la religion, mais qui ont été instruits à être tolérants envers toutes les expressions de la religion (vue comme un ensemble indistinct, voir le peu de différence de traitement entre la croix, le hijab et la kippa dans un pays pourtant historiquement catholique).