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samedi 20 décembre 2025

À Paris, l’inexorable chute du niveau dans les très bons lycées publics

Depuis la réforme d’Affelnet en 2021, l’origine sociale compte autant que les notes, si ce n’est plus, pour intégrer un établissement réputé. Et les résultats ont considérablement baissé. Affelnet (Affectation des élèves par le Net) est la plateforme informatique du ministère de l'Éducation nationale français qui gère l'affectation centralisée des collégiens de 3e dans les lycées publics (seconde générale, technologique, professionnelle ou CAP) en fonction de leurs vœux, résultats scolaires, critères sociaux et localisation géographique, grâce à un algorithme qui classe les élèves pour leur attribuer une place dans un établissement à la rentrée

L’indice de positionnement social utilisé pour organiser la mixité scolaire augmente les candidatures des élèves des collèges défavorisés et pèse sur les résultats des lycées élitaires. 

Lycée Charlemagne. En 2025, Charlemagne s’est ainsi tout juste maintenu dans le top 100 du classement du Figaro Étudiant.

Condorcet, Charlemagne, Lavoisier, Sophie-Germain, Fénelon… Dans l’esprit des familles parisiennes attachées à l’école publique, ces noms riment encore avec réussite scolaire. Des lycées prisés pour leur exigence et leurs bons résultats.

Pourtant, la situation a bien changé depuis 2021 et la réforme d’Affelnet, cette plateforme de répartition des élèves de 3e vers le lycée. Le recteur de l’académie de Paris et chef d’orchestre de la réforme, Christophe Kerrero, l’avait du reste annoncé : le problème, c’était les « lycées de niveau» (comprendre, les établissements élitistes et attractifs). Puisqu’ils engendraient une « anxiété généralisée », le rectorat entendait introduire davantage de mixité sociale et scolaire dans les établissements de la capitale.

Objectif atteint : entre 2019 et 2023, la « ségrégation sociale » a baissé de 49 %, et la « ségrégation scolaire » de 39 % dans les lycées publics parisiens, selon le bilan du comité de suivi de la réforme de mars 2024. Mais cette mixité scolaire, et l’accueil d’élèves au niveau plus hétéroclite, présentés de manière positive par le rectorat, ont conduit à une baisse du niveau des meilleurs lycées publics parisiens. Une crainte exprimée au moment de la réforme par une partie des parents d’élèves et des enseignants des lycées les plus prestigieux.

jeudi 11 mai 2023

Pays-Bas — Plus les non-Occidentaux y vivent depuis longtemps, plus leur confiance envers autrui diminue

Conclusion des auteurs (Hans Schmeets, Jerome Conceiçao, Costanza Marcellino) d’une étude du Bureau central pour la statistique des Pays-Bas de 2021 :

Une étude précédente (Schmeets et Exel, 2021) avait déjà montré que les personnes issues de l’immigration font moins confiance à leurs semblables, mais ont souvent plus confiance aux institutions. La théorie des attentes et de l’assimilation a permis de déterminer si la durée du séjour jouait un rôle à cet égard. Selon ces perspectives, les immigrants ont de grandes attentes à leur arrivée quant au niveau de confiance du pays où ils immigrent, mais plus ils y restent longtemps, plus ils ajustent leur position sur l’échelle de confiance. Et cela s’applique plus fortement aux immigrants venant de pays, pour la plupart non occidentaux, dont les indicateurs de démocratie sont faibles.

Cette étude a montré que la théorie des attentes ne s’applique pas à la confiance dans autrui. Les immigrants n’ont pas plus, mais plutôt moins confiance dans les autres personnes que le groupe d’origine néerlandaise. Du point de vue de l’assimilation, on s’attend à ce qu’ils deviennent plus proches du groupe néerlandais au fur et à mesure qu’ils restent aux Pays-Bas. Là encore, cela ne correspond pas aux résultats.  

La confiance sociale, chez les immigrés qui restent plus longtemps aux Pays-Bas, n’augmente que légèrement pour le groupe occidental, alors qu’elle diminue en fait pour le groupe non occidental. Ainsi, alors que la distance de confiance sociale par rapport au groupe néerlandais diminue pour le groupe occidental, elle augmente pour le groupe non occidental.

Les deux perspectives théoriques semblent s’appliquer davantage à la confiance dans les institutions : les immigrants, en particulier, ont une plus grande confiance fiduciaire dans les institutions au cours de la première période de vie aux Pays-Bas que le groupe d’origine néerlandaise. Il semble également que cette confiance diminue au fur et à mesure que les immigrés restent aux Pays-Bas. Là encore, la distinction entre Occidentaux et non-Occidentaux est importante.

Pour l’immigré non occidental, dans presque tous les aspects de la confiance, celle-ci diminue au fur et à mesure qu’il vit aux Pays-Bas. Ce n’est pas le cas pour le groupe occidental. Soit il n’y a pas d’effet de la durée du séjour (police, médias, chambre basse, banques, églises), soit la corrélation est positive : un séjour plus long est associé à une plus grande confiance (armée, juges, UE, grandes entreprises). Ces résultats sont cohérents avec les études de Röder et Mühlau (2011, pp. 382-383 ; 2012, p. 12) et d’Adman et Strömblad (2015, p. 112) qui constatent une plus grande confiance [initiale] dans la police et dans les juges, en particulier chez les immigrés venant de pays où le niveau de corruption est élevé, confiance qui diminue toutefois plus ils restent longtemps dans le pays.

[Idéalisation initiale des institutions de la part des non-Occidentaux ?]

 Ainsi, au moins en ce qui concerne la confiance institutionnelle, les résultats soutiennent à la fois la théorie des attentes et la théorie de l’assimilation. Mais cela ne s’applique qu’au groupe non occidental. Cette convergence des immigrants vers le groupe néerlandais indique l’assimilation et entraîne l’intégration. Étant donné que cette évolution diffère entre le groupe occidental et le groupe non occidental, il s’agit d’une assimilation segmentée (Portes, Fernandez-Kelly et Haller, 2005). Les mécanismes qui jouent un rôle à cet égard n’ont pas été démontrés dans cet article. Du point de vue de la théorie de l’expectative, les attentes élevées à l’égard des institutions s’adaptent à une durée de résidence plus longue. Mais il est également concevable que la discrimination joue un rôle (supplémentaire) : plus les immigrés vivent longtemps aux Pays-Bas, plus ils sont [seraient ?] victimes de discrimination, ce qui entraîne une diminution de la confiance dans les institutions.

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mardi 9 mai 2023

Vaste étude confirme que la diversité ethnique a des effets négatifs sur la cohésion sociale

Sans confiance, la vie politique est fracturée et les nations divisées. La crise de la démocratie traversée par la France et plusieurs pays en Europe témoigne d’un affaiblissement inquiétant du politique. Un article du sociologue allemand Ruud Koopmans permet d’éclairer sous un jour nouveau les fondements de la confiance politique. Une recension de l’article « Statistical and Perceived Diversity and Their Impacts on Neighborhood Social Cohesion in Germany, France and the Netherlands » (2016).
 
Selon les chercheurs, cette étude est à leur connaissance la première à avoir étudié la relation entre la diversité ethnique et la cohésion sociale à travers les localités de trois pays d’immigration différents, tout en comparant systématiquement les natifs et les personnes d’origine immigrée.

Les chercheurs affirment qu’en montrant que les mécanismes de base reliant la diversité à la cohésion sociale dans les quartiers sont très similaires d’un pays à l’autre, ainsi que pour les natifs et les personnes d’origine immigrée, leurs résultats ont un plus grand potentiel de généralisation que les études antérieures.

Conformément à la majorité des études précédentes, nous constatons que la diversité ethnique statistique a des effets négatifs sur chacune de nos cinq mesures de la cohésion sociale de quartier :
  • la confiance,
  • l’efficacité collective,
  • l’interconnexion,
  • les problèmes sociaux signalés et 
  • la satisfaction générale à l’égard de la vie de quartier. 
À quelques exceptions près, ces effets sont statistiquement significatifs dans les trois pays et s’appliquent aussi bien aux natifs qu’aux personnes âgées. À quelques exceptions près, ces effets sont statistiquement significatifs dans les trois pays et s’appliquent de la même manière aux natifs et aux personnes d’origine immigrée.

L’Observatoire de l’immigration et de la démographie résume ainsi l’article :

Professeur de sociologie à l’université Humboldt de Berlin, Ruud Koopmans est un chercheur de renommée internationale1 pourtant peu relayé en France, alors même que son champ d’études englobe généralement plusieurs pays européens et en particulier l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. Ses travaux les plus notables concernent trois domaines en lien avec l’immigration à l’échelle européenne : l’analyse comparative des différentes politiques d’intégration ; les comportements politiques des immigrés et des minorités ethniques et l’incidence de la diversité ethnique sur la confiance sociale. C’est à ce dernier champ d’étude que s’intéresse le présent article. Il se fonde, pour l’essentiel, sur une étude publiée par R. Koopmans et M. Schaeffer en 2016 dans la revue Social Indicators Research. 
 
Une méthodologie robuste et minutieuse 
 
Pour conduire leur analyse, les auteurs utilisent les résultats de l’« Ethnic Diversity and Collective Action Survey » (EDCAS), une enquête menée entre 2009 et 2010 à partir de 10 200 appels téléphoniques standardisés. M. Schaeffer et R. Koopmans se concentrent sur une sélection de 4 600 répondants correspondant aux 938 quartiers d’Allemagne, de France et des Pays-Bas retenus pour l’étude. Pour la France, ces quartiers sont issus des villes de Lille, Strasbourg, Lyon, Marseille et Rennes, ainsi que de Paris et ses départements limitrophes (Hauts-de-Seine, Seine–Saint-Denis et Val-de-Marne). 
 
L’étude développe en outre une double approche des effets de la diversité ethnique sur la cohésion sociale. Elle évalue dans un premier temps les effets de la diversité ethnique « statistique », objectivée par le pourcentage de personnes d’origine immigrée (personnes immigrées ou ayant au moins un parent immigré) dans chaque quartier considéré.
 
Dans un second temps, elle s’intéresse aux effets de la diversité ethnique « perçue » par les habitants, mesurée à l’aide de quatre indicateurs du questionnaire : l’existence de conflits intergroupes, l’existence de groupes caractérisés par des valeurs ou une langue différente et l’estimation par chaque répondant de la proportion de personnes d’origine immigrée vivant dans le quartier.
 
En ce qui concerne la diversité « statistique », l’étude démontre une nette corrélation entre l’augmentation de la diversité ethnique et la baisse de la cohésion sociale dans les quartiers considérés. En particulier, les auteurs trouvent qu’en France, la diversité ethnique conduit à une augmentation des problèmes sociaux, ainsi qu’à une baisse significative de la confiance, du lien social et de la satisfaction dans la vie en général.
 
Ces résultats sont particulièrement robustes dans la mesure où ils prennent en compte une multitude de facteurs sociaux pour évaluer l’incidence de la seule « diversité ethnique », selon une démarche expérimentale. Chaque indicateur de confiance est ainsi testé et ajusté pour tenir compte, dans chaque quartier, du taux de chômage, de la densité de population, du nombre d’années vécues dans le quartier, du statut de locataire ou de propriétaire, du niveau d’éducation, de l’âge, du sexe, de l'état matrimonial, du type d’emploi occupé, de l’origine immigrée ou non et même des croyances religieuses. 
 
Cette différenciation des facteurs pouvant avoir une incidence sur le niveau de confiance sociale mesuré permet d’éviter les biais liés à la condition socio-économique des habitants des quartiers retenus pour l’étude, et d’examiner de la manière la plus précise possible la seule incidence de la diversité ethnique. 
 
En ce qui concerne la diversité perçue, l’étude arrive aux mêmes conclusions que pour la diversité statistique. Ces résultats ont en outre pour intérêt de tester de manière indépendante l’effet de la diversité perçue chez les répondants natifs et chez les répondants d’origine immigrée. Or dans ces deux catégories de répondants, une baisse similaire de la confiance sociale est observée, pour des niveaux de diversité perçue équivalents. Ceci tend à montrer que la baisse de la cohésion sociale n’est pas liée qu’à un rejet des immigrés par les natifs, mais résulte aussi d’un rejet analogue des natifs par les immigrés, ainsi que de l’existence de groupes hétérogènes au sein même des populations immigrées.

Source

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mardi 18 avril 2023

France — Demain, la classe moyenne n’aura-t-elle plus aucun moyen de protéger ses enfants de l’effondrement de l’école publique ?

Le ministre de l’éducation nationale français, le controversé Pap Ndiaye, compte sur un « engagement » de ces établissements sous contrat avec des « pourcentages » de « boursiers », euphémisme désignant des élèves le plus souvent issus de l’immigration.

Dans une interview au Figaro, le ministre de l’Éducation nationale (ci-contre) avait précisé sa volonté d’« engagement » du privé sous contrat, avec des « pourcentages » de boursiers. Pour ces établissements, l’équation est impossible : comment accueillir plus de familles défavorisées sans en avoir les moyens ? « Si nous n’avons pas d’aides sociales, ça ne fonctionnera pas », résume Philippe Delorme, secrétaire général de l’enseignement catholique.

« Dans cette affaire, il ne faudrait pas que l’enseignement catholique soit le bouc émissaire », réagit Gilles Demarquet, à l’association des parents de l’enseignement libre (Apel), avant de pointer « une politique de la ville défaillante » et l’inflation qui pèse sur le quotidien des Français. Les établissements catholiques accueillent aujourd’hui, affirme-t-il, « tous types de familles », qui les rejoignent pour des raisons « religieuse, culturelle, de proximité géographique, de difficultés scolaires ». Dans un contexte économique difficile, il explique que les familles modestes sont de plus en plus nombreuses à renoncer au privé sous contrat, payant.

L’enseignement catholique — qui rassemble l’écrasante majorité des établissements sous contrat — estime être aujourd’hui confronté à une impossible équation : accueillir des familles défavorisées alors qu’il ne bénéficie pas des mêmes aides sociales que le public. À commencer par la cantine, qui coûte 6 à 8 euros par jour, quels que soient les revenus des parents. Autre illustration : si le privé se fixe un objectif de 10 % de boursiers dans ses classes préparatoires, celui-ci n’est jamais atteint. En raison des frais de scolarité — qui financent l’immobilier, très coûteux dans les grandes villes —, les admis se dirigent plutôt vers le public.

Le hors contrat [moins soumis à l’État] se répand

« On ne peut pas nous reprocher notre manque de mixité et empêcher des familles de nous rejoindre ! », résume Philippe Delorme, secrétaire général à l’enseignement catholique (Sgec). « Si nous n’avons pas d’aides sociales, ça ne fonctionnera pas. Certaines familles n’auront pas la liberté de nous rejoindre. Ce n’est pas idéologique que de dire cela, mais pragmatique », ajoute-t-il. De son côté, la Peep, fédération de parents d’élèves du public, craint « l’effet pervers » que pourrait avoir la conclusion d’un accord entre l’enseignement sous contrat et l’État.

« Cela risque de pousser les élèves les plus riches du privé sous contrat vers le hors contrat, qui se répand déjà de plus en plus », observe son vice-président, Laurent Zameczkowski. Plus généralement, il ne souhaite pas que la politique de mixité à venir « repose uniquement sur l’école privée sous contrat ».

« Je ne veux pas que cela masque tout ce qu’il y a à faire du côté du public, explique-t-il. Il faudrait déjà commencer par donner les moyens aux établissements publics d’avoir une politique permettant une mixité ambitieuse. » Un avis partagé par Stéphane Crochet, secrétaire général du syndicat enseignant Se-unsa. « L’enjeu, c’est bien de faire avancer la mixité sociale à l’intérieur de l’école publique, afin que cette dernière puisse tenir sa promesse républicaine d’égalité des chances », déclare celui qui trouve cependant « justifié » que l’état « demande des comptes à l’enseignement privé ». « On sait bien que le privé est un des acteurs de la ségrégation sociale à l’école », affirme-t-il.

C’est un fait : la France est scolairement ségréguée. Un constat qui s’impose depuis des années et que la récente publication des indices de position sociale (IPS) est venue confirmer, chiffres à l’appui. Ces IPS ont mis en lumière les écarts sociaux criants entre des établissements publics parfois géographiquement proches, dans les grandes villes notamment, mais aussi la concentration de populations favorisées dans l’enseignement privé sous contrat. De là à conclure que l’enseignement privé catholique sous contrat est un pilier de la ségrégation scolaire, il n’y a qu’un pas… Que de nombreux politiques, militants de gauche et syndicats d’enseignants du public, comme le Se-unsa, n’hésitent pas à franchir, surtout depuis que Pap Ndiaye a fait de la mixité sociale et scolaire une priorité de son mandat.
 

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lundi 3 octobre 2022

« Ici il n’y a que des noirs et des arabes […] on se disait qu’on allait être envahis par les blancs »

Florilège : la mixité imposée et la propagande Rosa Parks sur les enfants

À la rentrée, Hasna, Adil et ceux du collège Berlioz vont devoir accueillir Clémence, Mateo et leurs amis du collège Coysevox [kwazəvo] (selon Petit Robert 2) ou [kwazvo] (selon Petit Larousse) d’à côté. Et ils voient d’un mauvais œil cette « invasion des blancs ». 


Reportage (très politiquement correct) au complet


Dans ce quartier du 18e arrondissement de Paris, en traversant une rue, on passe des HLM de la porte de Clignancourt aux immeubles bourgeois du bas Montmartre. Un tiers des parents d’élèves contournaient la carte scolaire pour éviter leur collège de secteur, un véritable ghetto selon eux, au profit du collège d’à côté dont les résultats étaient plus prometteurs. 

Au fil des années, Berlioz a fini par devenir le ghetto tant redouté, avec plus de 60 % d’élèves défavorisés et Coysevox son miroir social, avec 60 % issus de familles favorisées.

Mais il y a quelques années, sur décision du Conseil de Paris, les deux collèges ont dû progressivement mélanger leurs élèves afin de recréer dans la cour d’école la mixité sociale typique des rues du 18e arrondissement. 

Et cette année, les élèves de 4e du « bon » collège, pour la plupart blancs et bien nés, viennent faire leur année de 3e [14-15 ans] à Berlioz, avec les filles et les fils d’immigrés du Maghreb et d’Afrique de l’Ouest.

Voir aussi
 
Allemagne — difficultés d’intégration des immigrés (Dans certaines écoles allemandes, les élèves allemands sont désormais minoritaires)

mardi 8 avril 2014

L’indifférenciation sexuelle à l’école : cause de l’échec des garçons ?

Jean-Louis Auduc, agrégé d'histoire, a enseigné en collège et en lycée en France et a exercé des responsabilités syndicales. Il a été directeur-adjoint de l'IUFM (institut universitaire de formation des maîtres) de Créteil près de Paris, où il a mis en place des formations sur les relations parents-enseignants à partir de 1999. En 2001-2002, il a été chargé de mission sur les problèmes de violence scolaire auprès du ministre délégué à l'Enseignement professionnel. Il a coordonné deux universités d'été interministérielles « Éducation et Politique de la Ville » « Les relations parents-école : un enjeu pour la réussite scolaire des jeunes ». Il a publié de nombreux ouvrages et articles sur le fonctionnement du système éducatif, la violence à l'école, la citoyenneté et la laïcité. Récemment, il a publié Sauvons les garçons.

Dans la vidéo ci-dessous il explique que sa première surprise fut de constater qu'en France, les statistiques sur l'éducation nationale étaient asexuées.

Il observera alors que ce sont les garçons qui manifestent les plus grandes difficultés dans l'actuel système éducatif, dont la méthode mixte de lecture, dite semi-globale, semblerait exacerber ces différences garçons-filles. Fer de lance de l'ABCD de l'égalité défendu par Najat Vallaud-Belkacem, ces données mettent à mal l'idée communément admise que le système éducatif des sociétés dites patriarcales, favoriserait davantage les garçons.

Après un tour d'horizon sur l'analyse de ces nouvelles statistiques et des solutions proposées pour réduire ces écarts significatifs, Jean-Louis Auduc explique l'origine philosophique de cette indifférenciation des sexes en rappelant les écrits utopistes de Barthélemy Prosper Enfantin, chef de file du mouvement saint-simonien.






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mardi 11 juin 2013

Novlangue — OQLF prescrit « action positive » plutôt que « discrimination positive »

Tiré du carnet d'Olivier Kaestlé, les graphiques sont de nous, au sujet de la préconisation de l'OQLF d'utiliser « action positive » plutôt que « traitement préférentiel » ou « discrimination positive » 

« Féminisme d'État et action... positive ?

Au fond, qu'est-ce qu'une expression aussi vague qu' « action positive » peut bien vouloir dire ?  Parlons-nous de bénévolat, de civisme, d'initiatives en vue d'améliorer notre environnement, nos habitudes de vie, ou notre façon d'envisager notre prochain ?  Que nenni !

Voici la définition précise que notre gouvernement, poussé par un féminisme d'État omniprésent, vient de donner à cette expression sans éclat, qui peut inclure tant de sens possibles et aucun : « Ensemble cohérent de mesures prises pour éliminer la discrimination subie par un groupe de personnes et remédier aux inégalités de fait en leur accordant temporairement certains avantages préférentiels, notamment en matière de recrutement. »


L'Office de la langue française et le correctivisme lexical

Vous l'avez compris, « action positive » est le résultat d'une opération cosmétique maladroite et cousue de fil blanc visant à nous faire avaler le concept de « discrimination positive »,  celui-là même qui fait que, « temporairement », les hommes hétérosexuels et de souche disparaissent peu à peu de la fonction publique provinciale au profit des femmes, des autochtones, des communautés culturelles et des personnes handicapées.  Nul doute que ces gens aient droit à leur place dans la société, mais faut-il qu'elle se taille au détriment des intérêts légitimes d'un groupe jadis dominant, mais devenu lui-même minoritaire ?

La définition confirme les publics-cibles traditionnels de la discrimination positive : «  Les principaux groupes visés par l'action positive sont les femmes, les minorités visibles et les personnes handicapées. »  Rappelons que les femmes dépassent maintenant les 60 % des effectifs de la fonction publique québécoise, même si les programmes dits d'action positive les favorisant demeurent toujours en vigueur.  Les hommes occupaient 42,9 % des emplois de la fonction publique provinciale en 2009, année où seulement 36,9 % d’hommes ont été embauchés. Y aura-t-il un jour un pilote dans l'avion pour corriger le tir de cette situation flagrante de dérapage et d'iniquité ?


Répartition des sexes dans la fonction publique québécoise


Au plan fédéral, c'est depuis 1983 que les programmes de discrimination positive existent.  Ce n'est pourtant que récemment que notre gouvernement aux vues si éclairantes vient de saisir la contradiction évidente de cette expression : «  Les expressions discrimination positive et discrimination à rebours n'ont pas été retenues même si on les trouve dans certains textes spécialisés, car elles sont inappropriées. Dans la langue courante, le mot discrimination a une connotation négative d'emblée; il désigne le fait de séparer un groupe social des autres en le traitant plus mal. La discrimination est contraire à l'égalité, qu'elle soit positive ou négative. »


Répartition des groupes bénéficiant de la discrimination positive


Le désavantage de naître garçon

Quel avenir pour les garçons ?

De cet énoncé, je retiens «  séparer un groupe social des autres en le traitant plus mal  ».  Ils l'ont écrit, maintenant, quand donc vont-ils le comprendre ?  Car enfin dès la naissance, le garçon québécois - ou occidental - part perdant si l'on compare le sort qui l'attend à celui des filles qui ont désormais leur journée internationale, le 11 octobre, confirmant par là qu'elles représentent le futur de l'humanité.

Il évoluera dans un environnement scolaire où les figures masculines disparaissent peu à peu, par crainte des fausses allégations, au profit d'une surreprésentation d'enseignantes.  Il s'ennuiera dans un contexte d'apprentissage statique et exempt de compétition favorisant l'apprentissage des filles.  Il découvrira dès le secondaire les programmes de discrimination positive, oh pardon, d'action positive, exclusivement destinés à ses consœurs, comme Les filles et les sciences, un duo électrisant, dont il se verra exclu, si par malheur il veut y participer.

S'il persévère vers les hautes études, il constatera la mise en place de programmes d'action positive ne visant que l'intégration des filles dans les disciplines non traditionnelles pour elles, alors que rien n'existera pour lui, pas même en médecine, en biologie ou en biochimie, domaines devenus majoritairement féminin.  À ces programmes, s'ajouteront les concours et bourses d'études visant - toujours - l'intégration féminine telles que Chapeau les filles et Excelle Science, dont aucun équivalent n'existe pour les gars.

Le « drame » des filles

Notre bien-aimé gouvernement s'alarme de la sous-représentation de nos filles en sciences et en technologies, apparemment persuadé que cet état de fait ne puisse être attribuable qu'à un contexte de discrimination ancestrale les opprimant. On ne s'étonnera pas trop de voir des chercheurs de l'Université du Québec à Montréal (UQÀM) s'alarmer ostensiblement de ce « drame » tandis que les garçons disparaissent d'à peu près partout, une fois le secondaire passé :
« La lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes s’est manifestée dans tous les espaces sociaux, dont ceux de l’éducation et de l’emploi. Dans cette lutte, une stratégie déployée par le mouvement féministe et par les pouvoirs publics de nombreux pays fut de favoriser la présence des femmes dans les emplois dits non traditionnels. Malgré les luttes sociales et les interventions publiques visant à ouvrir l’horizon professionnel des femmes, il reste que les ghettos d’emplois sont encore fort présents. »

« J'aimerais avoir un emploi technique. »
Plus un pays est pauvre et « rétrograde », plus les filles veulent une carrière de garçon...
Tiré des travaux de Svein Sjøberg et Camilla Schreiner de l'Université d'Oslo


Je parie que ces gogos, incapables d'imaginer que les filles ne puissent pas s'intéresser aux sciences en aussi grand nombre que les gars, croient leurs propres lamentations, pendant que les étudiantes universitaires, largement majoritaires au sein de leurs murs, peuvent envisager un statut préférentiel si elles choisissent une carrière dans la fonction publique, avec les atouts qu'un tel cheminement représente en comparaison du secteur privé. »
»

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Indépendance d'esprit et mutins de Panurge

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mardi 8 janvier 2013

Mixité oblige — Une école juive orthodoxe pour filles doit accueillir deux garçons

Un tribunal belge a ordonné le 21 décembre 2012 à une école juive pour filles d’admettre deux garçons ou de faire face à de lourdes amendes, à savoir 1000 € par jour et par garçon non admis.

Selon la Gazet van Antwerpen, un quotidien anversois, un juge belge a décidé en référé que si l'école Benoth Jerusalem, une école hassidim de la communauté Belzer, refuse d’admettre les garçons, elle devra payer 2600 $ pour chaque jour où les deux garçons ne sont pas autorisés à y étudier.

La mixité est obligatoire dans l'enseignement subventionné en Flandres — pourquoi ? — le juge en référé a donc décidé de forcer l'école pour filles à accueillir ces deux jeunes garçons. L'argument de l'école juive, selon laquelle elle n'a pas l'infrastructure nécessaire pour accueillir des garçons, comme des toilettes séparées, une entrée séparée ni du personnel de sexe masculin qui devra s'occuper de ces garçons, n'ont pas eu l'heur d'émouvoir le juge.

La décision du tribunal est une mesure provisoire, en attendant un jugement sur le fond, plus tard cette année en 2013.

Joods Actueel, un mensuel belge juif, a rapporté que le père des garçons était Moché Friedman, un juif anti-sioniste, ancien membre de Nétourei Karta qui a participé à une conférence en 2006 à Téhéran en Iran. M. Friedman a été mis au ban de la communauté juive anversoise. Un ordre d'excommunication à son encontre avait été placardé dans trente-cinq synagogues d'Anvers. Les écoles ultra-orthodoxes pour garçons sont privées et non subventionnées. Aucune école hassidim n'aurait voulu accepter les enfants de M. Friedman.

Ce n'est pas la seule cause que les tribunaux devront entendre concernant les enfants Friedman. En effet, les Friedman ont également trois filles d'âge scolaire (13, 15 et 17 ans) qui ne fréquentent aucune école. L'école Yavne, une école sioniste, a refusé de les accueillir. M. Friedman a également intenté un procès contre celle-ci. L'affaire devrait être entendue sous peu.  L'école Yavne est une école mixte (la section pour garçons est la Yéchiva Tichonit et celle pour les filles est la Oulpena Lebanot), mais M. Friedman n'a pas cherché à y inscrire ses garçons.

L'affaire avait commencé à la fin 2011, après que M. Friedman et sa femme se sont établis à Anvers en provenance de New York. À leur arrivée, ils avaient eu des difficultés pour trouver une yéchiva prête à enseigner à ses garçons. L'école Benoth Jerusalem a déclaré qu'elle ferait probablement appel de la décision en référé.

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mercredi 3 octobre 2012

Espagne — Le cours d'éducation à la citoyenneté disparaît en pratique

Le Parti populaire (centre-droite) espagnol a publié son avant-projet de loi qui réformera le controversé programme d'Éducation à la citoyenneté instauré par le parti socialiste espagnol de José Luis Rodríguez Zapatero.

Selon le texte du projet de loi, l'Éducation à la citoyenneté cours sera éliminé à tous les niveaux.

« Il s'agit là d'une excellente nouvelle et la fin d'une bataille qui a duré six ans », a déclaré Jaime Urcelay, président des Professionnels pour l'éthique, un groupe qui a mené la bataille juridique contre le programme imposé par le gouvernement socialiste. Les Professionnels pour l'éthique ont eu l'occasion de se pencher sur le texte du projet de loi, ils soulignent les aspects positifs suivants :
  • l'élimination dans la loi organique sur l'Éducation de tout le jargon idéologique qui imposait « le développement des capacités émotionnelles des élèves et la reconnaissance de la diversité affective et sexuelle ». Le nouveau texte parle plutôt de l'éducation comme d'« un moyen qui vise à faciliter le développement personnel et l'intégration sociale ».
  • une nouvelle matière, l'Instruction civique et constitutionnelle, sera enseignée en 2e année du secondaire en lieu et place d'Éducation à la citoyenneté. « Il est trop tôt pour l'évaluer », d'expliquer Urcelay, « parce que nous ne connaissons pas son contenu. Mais, s'il s'agit de connaître notre système politique et juridique, le fonctionnement de nos institutions démocratiques et que le tout est dénué de toute volonté d'endoctriner ou de façonner les consciences des élèves, nous n'avons pas d'objection. » Cette matière sera également transversale, c'est-à-dire qu'on abordera ce sujet dans d'autres matières du programme obligatoire.
  • le cours d'Éducation à la citoyenneté disparaît des années au primaire et secondaire,  les heures récupérées par l'élimination de cette matière seront utilisées pour renforcer les matières de base. 
Mais, pour les Professionnels pour l'éthique, une question reste en suspens. C'est le préjudice scolaire qu'ont subi de nombreux élèves objecteurs de conscience du programme d'Éducation pour la citoyenneté. En effet, dans de nombreux cas, ceux-ci auraient été marginalisés, négligés et contraints de redoubler une année pour avoir contesté ce programme controversé à l'école. « C'est un problème qui ne peut rester sans réponse, ces élèves sont les victimes d'une lutte pour la liberté de tous. Ils ne méritent pas d'être punis dans leur cursus scolaire, ils méritent plutôt la reconnaissance sociale », a conclu Urcelay.

Pour la presse de gauche, les programmes scolaires ont été modifiés et « les références à l’homophobie ont été supprimées, tout comme les références aux conflits sociaux ou aux inégalités homme-femme. » Ce qui était conçu comme un enseignement de valeurs n’est plus qu’une éducation civique très générale sur les lois et la Constitution.

Outre la quasi-disparition du controversé programme d'Éducation à la citoyenneté, le Parti populaire désire rétablir la liberté scolaire au niveau de la mixité ou non des écoles. C'est ainsi que le PP a récemment critiqué une décision du Tribunal suprême qui annule l’obligation faite aux Communautés autonomes (de grosses provinces) de financer les établissements sous contrat qui séparent les garçons des filles. Le ministre de l’Education, José Ignacio Wert, a annoncé son intention de modifier la loi pour assurer les possibilités de financement de ce type d’établissements. La région de Madrid, présidée par Esperanza Aguirre, a confirmé qu’elle continuerait à financer les huit écoles de ce type situées sur son territoire.

Voir aussi

Texte du projet de Loi organique pour l'amélioration de la qualité en éducation (2012) (en espagnol)

Espagne — bilan désastreux pour les socialistes, il ne reste que l'idéologie et le chômage

Espagne — « sain relativisme » du programme d'éducation à la citoyenneté admis par le gouvernement

La cause ECR en Cour suprême du Canada suivie attentivement en Espagne

Espagne — Plainte contre l’éducation à la citoyenneté devant le parlement européen

L'Espagne poursuivie par des parents devant la Cour européenne

Espagne — La « loi de l'égalité » permettra de discriminer contre les écoles non mixtes






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jeudi 29 mars 2012

« Les lycées mixtes ont d’abord été ouverts pour des raisons idéologiques et financières [...] sans étude scientifique »

Il est sans aucun doute le psychiatre français le plus médiatique. À 74 ans, Boris Cyrulnik, qui a grandi dans un milieu très modeste où l’aventure intellectuelle n’était pas valorisée, il revient sur son expérience d'écolier et de collégien.

Vous étiez dans un lycée de garçons. Quelles étaient vos relations avec les filles ?

Boris Cyrulnik — Nous leur parlions avec déférence. On les vénérait parce qu’il n’y avait pas de mixité à l’école. Et il y avait une sorte de barème dans les vêtements. D’abord la culotte courte, pour les petits, la culotte golf ensuite, puis le pantalon long pour les adolescents. Mettre un pantalon long impressionnait les filles ! Pour moi, la mixité est un leurre d’adulte. Les lycées mixtes ont d’abord été ouverts pour des raisons idéologiques et financières, sans que cela ne soit précédé, ni suivi, d’aucune étude scientifique. Donc, on ne sait pas ce que provoque la mixité.

J’habite aujourd’hui à Toulon et, lorsque je prends le bateau pour la rade, deux choses m’étonnent. Les filles sont plus grandes, plus matures, ont des seins, travaillent… Et les garçons sont d’une brutalité stupéfiante avec elles.

Source






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vendredi 2 décembre 2011

La non-mixité des classes en Grande-Bretagne et la remise en cause timide de la mixité en France

Reportage de France 2 en Grande Bretagne où la ministre de l'éducation s'est prononcée en faveur de la non mixité à l'école pour améliorer les résultats scolaires. Rencontre dans un collège privé de filles avec la directrice qui explique pourquoi cette séparation est profitable dans l'enseignement des mathématiques, interview d'un parent d'élève qui refuse de croire que la non- mixité prépare mal à la vie d'adulte, visite d'un collège public où une enseignante affirme que dans certains cours la non-mixité permet une meilleure liberté d'expression.



Le reportage de 2003 ci-dessous était consacré à la polémique autour de la mixité dans les établissement scolaires suite à la publication par le sociologue du CNRS Michel Fize d'un ouvrage intitulé Les Pièges de la mixité, dans lequel l'auteur plaide dans certains cas pour des classes séparées afin de ne pas défavoriser l'un ou l'autre sexe. Un microtrottoir de parents d'élèves et les interviews de Michel Fize et d'Isabelle Cabat, professeur des écoles association « Mix-cité » alternent avec un commentaire sur des images d'archives et d'illustration. On remarquera que les classes unisexes étaient acceptés en Allemagne et aux États-Unis pour que les filles rattrapent un retard perçu sur les garçons en sciences. Apparemment, pas de classes pour les garçons pour les aider.



Présentation de l'éditeur du livre

Dans Les Pièges de la mixité, Michel Fize dresse l'état des lieux de l’enseignement secondaire en France, sans idées préconçues ni esprit partisan. Ce livre, contribution importante à une interrogation actuelle, s’adresse aussi bien aux enseignants qu’aux parents. Cet ouvrage est la première tentative de cadrer le débat en prenant en compte tous les paramètres : réussite inégale des garçons et des filles, sexisme, violences sexuelles, incivilités, discipline, etc. La conclusion de ce travail n’est pas évidente. Loin du manichéisme facile qui consisterait à proposer des recettes, Michel Fize invite à une réflexion de fond qui ne manquera pas de provoquer un débat passionné à la rentrée scolaire.

L'auteur vu par l'éditeur

Sociologue, ancien conseiller auprès du ministère de la Jeunesse et des Sports, Michel Fize est chercheur au CNRS.

Les Pièges de la mixité
Paru aux Presses de la renaissance
Paris
Paru le 28 août 2003
274 pages
ISBN-10: 2856169309





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lundi 30 mai 2011

Espagne — La « loi de l'égalité » permettra de discriminer contre les écoles non mixtes

Leire Pajín
Le Cabinet espagnol a approuvé la semaine passée le projet de Loi sur l'égalité de traitement, qui vise à supprimer les subventions aux écoles dont les élèves sont séparés par sexe. Le ministre socialiste de la santé et la politique sociale, Leire Pajín (ci-contre) a déclaré à cette occasion que  le Conseil d'État a jugé que la suppression des subsides dans les écoles « ne viole pas le droit des parents de choisir l'éducation de leurs enfants  », ni à la création de nouvelles écoles.

« Il ne s'agit pas de faire disparaître, mais de ne plus financer ce type d'école », a déclaré Mme Pajín. La ministre socialiste a prétendu que cette décision « ne viole en aucune façon le droit des parents à ce que leurs enfants reçoivent un enseignement religieux ou moral conforme à leurs convictions, ne porte en aucune façon atteinte à la liberté de l'éducation ». Cette loi n'empêcherait pas plus la création de nouvelles écoles.

Les arguments du ministre pourraient évidemment être utilisés pour éliminer tout subside aux écoles privées en Espagne et accroître ainsi l'emprise de l'État au détriment du choix des parents qui sont imposés et taxés par l'État, mais privés en pratique de choix vu le coût des écoles privées non subventionnées.

Le centre-droit catalan s'oppose

La porte-parole du parti de centre-droit catalan CiU à la Commission pour l'égalité du Congrès, Merce Pigem, a déclaré que la suppression des subventions aux écoles non mixtes qui fait partie du projet de Loi sur l'égalité approuvé par le Conseil des ministres, viole les compétences régionales et qu'elle est « discriminatoire » puisqu'elle limite l'accès à ce type d'éducation aux familles aisées tout en empêchant ce même choix d'éducation pour les classes moyennes et populaires. Le gouvernement socialiste est à la tête d'un gouvernement minoritaire (169 sièges sur 350). Le Parti populaire (PP) de droite s'oppose à  ce projet, ils disposent de 154 sièges au Congrès espagnol. Les deux principaux tiers partis sont les partis nationalistes basque (PNV, 6 sièges) et catalan (CiU, 10 sièges). Si le CiU et PNV s'opposent à la loi, elle ne pourra être approuvée par le Congrès.

Rejet des écoles catholiques

En novembre dernier, le directeur des Services juridiques des écoles catholiques (FERE-CECA), Luis Centeno, s'était déjà prononcé contre l'initiative proposée par le gouvernement dans l'avant-projet de Loi sur l'Égalité de traitement, faisant valoir qu'« elle viole la liberté d'enseignement », car elle limite les options pour les parents lors du choix du type d'éducation qu'ils souhaitent pour leurs enfants, parce que, comme indiqué, sans soutien financier seules les personnes ayant un certain pouvoir d'achat pourraient choisir les écoles non mixtes.

Centeno avait alors déclaré : «C'est le piège. Si l'éducation non mixte est légale, pourquoi ne pas la soutenir par des fonds publics et, si c'est illégal, pourquoi ne pas interdire qu'elle soit subventionnée concertée ou non ? » Selon M. Centeno, l'éducation non mixte ne pourra jamais être déclarée discriminatoire si elle satisfait aux exigences de la Convention de l'UNESCO sur le sujet, à savoir l'exigence que le programme soit le même pour les garçons et les filles, que les enseignants aient la même formation,  que les diplômes aient la même valeur et que les installations et équipements soient semblables.

Pendant ce temps au Canada...

Pour Le Devoir, une (1!) nouvelle étude ontarienne sur les classes non mixtes viendrait dissiper les illusions qu'on avait sur la création d'écoles non mixtes. Ainsi, selon ce journal qui cite sans contradiction ce seul rapport, « séparer les garçons et les filles à l'école ne garantirait en rien la performance des premiers. Pire, laisser les jeunes messieurs entre eux les rendrait plus agressifs, voire misogynes. » Rien que cela.

Il n'est cependant pas évident que la conclusion de cette étude qui pointe vers des causes « d'ordre socioéconomique et racial » (racial?) pour expliquer l'échec des garçons plaisent beaucoup plus aux personnes opposés aux écoles non mixtes.

Écoles non mixtes : meilleurs résultats scolaires, moins de grossesses, meilleures relations ?

Rappelons que plusieurs études tendent à montrer que les garçons ne sont pas les seuls à bénéficier des écoles non mixtes, selon une étude britannique de 2009, les filles qui allaient à des écoles pour filles avaient de meilleurs résultats aux examens finaux du secondaire et progressaient le plus depuis leur sortie du primaire que les filles dans les écoles mixtes. Une étude néo-zélandaise fait ressortir des résultats similaires pour les garçons et les filles, même en éliminant des facteurs comme l'environnement familial, le comportement scolaire, etc.

Selon le Dr. Leonard Sax, les filles qui fréquentent des écoles non mixtes ont également nettement moins de grossesses non désirées que celles des écoles mixtes. Et pas parce que les garçons et les filles de ces enfants ne sortent pas ensemble hors des heures de cours. En fait, ce serait plutôt le contraire : ils sortiraient plus à deux que les adolescents des écoles mixtes qui ont plutôt tendance à faire du « hooking up », à draguer en groupe. Pour Sax, cette drague consiste à sortir en groupe, la fille la plus populaire se devant d'être physiquement intime avec le garçon le plus populaire. Ces relations sont plus instables que celles des adolescents fréquentant des écoles séparées. (Plus de détails ici.)

Voir aussi

« Les garçons se font punir pour affirmer leur virilité »

Adapter l'école québécoise aux garçons ?

Le dogme de la mixité remis en question

Le décrochage massif des garçons, une particularité québécoise




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