jeudi 27 août 2026

Synthèse de la démographie mondiale (nouvelles récentes)

Voici une synthèse des mises à jour démographiques les plus marquantes récemment diffusées par Birth Gauge, chacune portant sur un pays distinct. Les chiffres sont ceux compilés à partir de sources nationales, d’estimations provisoires et de corrections démographiques. 

L'indice synthétique de fécondité (ISF), ou nombre moyen d'enfants par femme, mesure le nombre d'enfants qu'une femme aurait au cours de sa vie si elle connaissait à chaque âge les taux de fécondité observés une année précise. Le seuil de renouvellement des générations est fixé à environ 2,1 enfants par femme (ce nombre peut être plus grand dans les pays où la mortalité avant l'âge adulte est élevée).

1. Corée du Sud (légère hausse)

L'indice de fécondité a rebondi à 0,799 enfant par femme en 2025 (contre 0,748 en 2024), porté par une hausse de 6,7 % des naissances et surtout de 8,6 % des premiers enfants. Le nombre moyen d’enfants par mère continue toutefois de reculer (1,60), et la part des premiers-nés a encore augmenté au premier semestre 2026 (63,1 %).

2. Tunisie (baisse)

Les données définitives confirment un ISF de 1,54 en 2024, en recul par rapport à 1,58 en 2023. Le Maghreb urbain poursuit ainsi sa transition accélérée vers un non-remplacement des générations.

3. Jordanie

L'ISF en 2025 s’établit à 2,21 enfants par femme, légèrement au-dessus du seuil de renouvellement.

4. Israël (hausse)

Sur la base des naissances de janvier à juin, l'ISF 2026 atteint 2,94 (2,88 en 2025). Les Juifs se situent à 3,16, les musulmans à 2,75, les chrétiens à 1,63 et les « personnes sans religion » à 1,05.

En Israël, les personnes enregistrées officiellement comme « sans religion » (חסרי דת, hasrei dat) représentent un groupe juridique et social spécifique, souvent constitué d'immigrés non-juifs venus d'ex-URSS ou de personnes ne rentrant pas dans les cases du rabbinat orthodoxe.  Une grande partie de la population juive israélienne se définit comme laïque (חִלּוֹנִי, hiloni) dans son mode de vie, mais reste juridiquement rattachée au judaïsme par le biais de la loi du retour ou de l'ascendance, ce qui diffère du statut officiel de « sans religion » attribué à ceux qui n'ont aucune judéité reconnue par l'orthodoxie. Aussi paradoxalement que cela paraisse, on peut être un juif laïc/hiloni et athée quand sa judéité est définie à travers l'histoire, la culture, la langue et la nationalité plutôt qu'à travers la religion.

5. Iran

Les estimations provinciales pour 2025 révèlent de forts contrastes : le Sistan-Baloutchistan (ISF de 3,34) dépasse largement la moyenne nationale de 1,47, tandis que trois provinces sont déjà sous 1,0 enfant/femme. L’agglomération de Téhéran (Téhéran + Alborz) n’est plus qu’à 1,02.

6. Singapour (baisse)

L'ISF est tombé à 0,87 en 2025. Le gouvernement a annoncé un vaste train de mesures (soutien financier d’environ 70 000 $S par enfant, congés allongés, logement et crèches subventionnés). En comparaison des politiques familiales européennes, elles semblent cependant modestes.

7. Allemagne (baisse)

La population a reculé de 110 000 personnes en 2025, sous l’effet combiné d’une immigration moindre et d’un ISF de 1,31. Le nombre de nouveaux retraités approche un record historique.

8. Portugal (correction à la baisse)

Après une révision massive à la hausse de la population, l'ISF 2025 a été corrigé de 1,44 à 1,30.

9. Palestine (hausse)

L'ISF est remonté à 2,92 en 2025 (2,82 en 2024, année déprimée par la guerre). Les naissances ont reculé de 7,4 % en Cisjordanie mais ont fortement augmenté à Gaza.

10. El Salvador

Selon les dernières estimations, l'ISF 2025 s’établit à 1,12 enfant par femme.

11. États-Unis (légère baisse)

Les naissances 2025 ont légèrement diminué ; l'ISF se situe à 1,574 enfant par femme. Les naissances ont un peu baissé ; l’ISF aussi, d’environ 0,03 point. Seul le Dakota du Sud demeure proche du seuil de renouvellement.

Ventilation 2025

  • ISF national : 1,574 (1,60 en 2024).  
  • Hispaniques : 1,86 (1,93 en 2024)  
  • Blancs non hispaniques : 1,54 (1,53)  
  • Noirs non hispaniques : 1,44 (1,50)

Les Hispaniques restent au-dessus de la moyenne, mais baissent ; les Noirs non hispaniques passent sous les Blancs non hispaniques. L’ISF asiatique est encore plus bas, il était à 1,31 en 2023. 

12. Thaïlande (baisse)

Le recul des naissances s’est accéléré : l'ISF 2026 est estimé autour de 0,76-0,77, contre 0,87 en 2025.

13. Taïwan (baisse)

Sur six mois de 2026, l'ISF moyen mobile annuel glissant tombe à 0,62, après 0,70 en 2025. C’est l’un des niveaux les plus bas du monde.

14. Chine (légère baisse)

L'ISF 2026 est estimé à 0,70, dans la continuité de la baisse observée depuis plusieurs années (0,73 en 2025).

15. France (léger recul)

L'ISF 2026 s’établit à 1,54, en léger recul par rapport à 1,56 en 2025.

On constate que la fécondité des immigrés musulmans varie fortement selon le pays d’accueil. Elle est en général plus élevée en France qu’en Europe du Nord (Suède, pays nordiques). Birth Gauge l’attribue en partie à la manière dont les politiques familiales sont conçues et appliquées : le système français, plus généreux et plus universel, irait de pair avec une fécondité immigrée plus haute, alors que les systèmes nordiques, plus conditionnels ou moins favorables aux familles nombreuses, s’accompagnent d’une fécondité immigrée plus basse. En 2021, l'ISF des migrantes autour de 2,85 en France contre 1,86 en Suède, alors que les ISF des natives étaient proches. L’origine géographique des immigrants joue également un rôle important : la France reçoit davantage de populations d’Afrique du Nord et d’Afrique sahélienne que l’Islande ou la Suède. 

16. Congo-Brazzaville (République du Congo)

L’enquête DHS donne un ISF de 3,5 enfants par femme en 2023-2025 (urbain 3,0, rural 5,3), contre 5,1 treize ans plus tôt. C'est désormais l’un des ISF les plus bas d’Afrique subsaharienne, probablement parce que le pays est très urbanisé : plus de la moitié de la population vit à Brazzaville et à Pointe-Noire. 

17. Islande

En 2025, l’ISF national est de 1,56. La ventilation par citoyenneté, nouvellement publiée, inverse le schéma habituel d’Europe de l’Ouest : 1,78 pour les citoyennes islandaises et seulement 1,09 pour les étrangères. On note que l’Islande atteint ce niveau sans groupes à très forte fécondité : les familles nombreuses y restent rares. 

18. Paraguay

D’après les naissances enregistrées, on estime l’ISF 2025 autour de 1,65.   

Selon Birth Gauge : à terme, ce seraient surtout les Autochtones et les Mennonites (souvent germanophones) qui resteraient les plus féconds, tandis que les « Latinos » émigreraient davantage vers l’Espagne ou les États-Unis:

  •  Le recensement 2022 donne un ISF autochtone de 3,77. 
  • Les Mennonites (relativement) « modernes » du Chaco (Menno, Fernheim, Neuland) : souvent 3 à 4 enfants, déjà urbanisés, scolarisés, parfois installés à Asunción.

  • Mennonites traditionalistes d’Orient (Sommerfeld, Bergthal, etc.) : familles beaucoup plus nombreuses (on cite souvent 6 à 8 enfants). 

19. Afrique du Sud : passage sous le seuil de renouvellement

Stats SA prévoit l’ISF du pays en 2026 à 2,12 enfants par femme. Dans le contexte sud-africain, le seuil de renouvellement n’est pas 2,10 mais 2,16, à cause d’une mortalité plus élevée qu'en Occident. L’Afrique du Sud passe donc sous le remplacement. Il s'agirait du premier pays d’Afrique subsaharienne continentale dans ce cas.

Le recul est net : 2,78 en 2008 → 2,21 en 2025 → 2,12 en 2026.

Ventilation par groupe de population.

Stats SA ne publie pas, dans le rapport public 2026, l’ISF officiel par groupe de population. Cependant en utilisant la dernière enquête démographique (SADHS 2016) qui le faisait, on obtient ces ordres de grandeur, cohérents avec les pyramides des âges de Stats SA, sont :

Afrique du Sud — ISF par groupe de population Ordres de grandeur
Groupe Ordre de grandeur de l’ISF Commentaire
Noirs africains ≈ 2,2 – 2,3
Encore au-dessus du renouvellement, mais déjà bas pour l’Afrique
Coloured (métis) ≈ 2,0 – 2,1
Autour du seuil, peut-être juste en dessous
Indiens / Asiatiques ≈ 1,3 – 1,5
Nettement sous le renouvellement, proche des Blancs
Blancs ≈ 1,4 – 1,5
Nettement sous le renouvellement,  émigration des plus jeunes

Le Gauteng (Johannesburg–Pretoria et Soweto) aurait un ISF autour de 1,8. Même le groupe majoritaire n’est plus dans une fécondité « africaine classique », et les minorités blanches et indiennes sont depuis longtemps au niveau européen. 



Paraguay : engouement pour le guarani


Une heure à peine après le début de leur cours de guarani, les étudiants en médecine de l’Université nationale d’Asunción sont déjà captivés. Un groupe prodigue des « pytyvõpya’ehasývape » (premiers secours) pour un « kangue opě » (fracture). Un autre s’inquiète qu’un problème au niveau du « tajygue mboaty rehe » (système nerveux) puisse nécessiter un « ñembovo » (intervention chirurgicale). 

Ce cours, obligatoire pour les futurs médecins, s’inscrit dans une série de mesures visant à promouvoir la langue autochtone. Peu d’étudiants semble s’en plaindre. « J’adore parler le guarani, confie Tadeo Ramírez, en première année. C’est bien plus convivial que l’espagnol. »

Un tel engouement reflète le renouveau du guarani, langue ancestrale du Paraguay. Bien que seulement 2,3 % de la population s’identifient comme autochtones, près de 90 % la comprennent. Près de 40 % la parlent quotidiennement à la maison, selon une récente enquête, en plus de l’espagnol. C’est l’un des taux de bilinguisme les plus élevés au monde, bien devant des pays officiellement bilingues comme le Canada et l’Irlande.  La plupart pratiquent le yopará, dont le nom même signifie « mélange » : une fusion naturelle entre les deux langues. « C’est notre lingua franca », résume Miguel Ángel, chauffeur de taxi.

Pendant des décennies, les élites paraguayennes ont tourné le dos au guarani, le reléguant au rang de patois de campagne. Ses sons nasaux, ses occlusions glottales ? Objet de moquerie. Dans les années 1950-1960, le dictateur Alfredo Stroessner avait même découragé son usage à l’école. Il faudra attendre 1992 et le retour de la démocratie pour que le guarani soit enfin reconnu comme langue officielle, aux côtés de l’espagnol. Une loi de 2010 a instauré un programme scolaire et une administration bilingues. Aujourd’hui, les Paraguayens peuvent choisir de voter, de se marier et d’être jugés en guarani.

L’engouement pour le guarani s’affiche partout. En juin, les supporters de football ont attribué leur victoire au Mondial contre l’Allemagne à « l’esprit guarani ». En mai, l’orchestre symphonique national a osé une première : l’« Ode à la joie » de Beethoven… en guarani. Et en avril, la reine Letizia d’Espagne a surpris tout le monde en entamant son discours pour le centre culturel espagnol par un « ¡Vy’apavě ne arambotýre ! » — un « Joyeux anniversaire ! » qui a fait date.

Les jeunes emboîtent le pas. Des influenceurs inondent TikTok et Instagram de tutoriels de vocabulaire ; des artistes diffusent du rap et du jazz yopará sur Spotify. Les parents branchés donnent à leurs enfants des prénoms comme Yerutí (colombe) et Marangatu (vertueux).

Certains s’inquiètent de voir que ce bilinguisme croissant résulte davantage de l’apprentissage de l’espagnol par les locuteurs du guarani que l’inverse. La proportion de locuteurs monolingues du guarani est passée de 28 % en 2002 à 12 % en 2022. « C’est un processus de supplantation », explique Arnaldo Casco, du Secrétariat de la politique linguistique (SPL). Ce dernier a réagi en publiant une multitude de contenus en guarani, allant des dictionnaires techniques à la poésie. « Le guarani doit couvrir toutes les sphères de l’interaction sociale », affirme Javier Viveros, le directeur du SPL.

D’autres se montrent plus sereins. Le monolinguisme espagnol stagne. Le guarani est présent sur Google Translate et Wikipédia (« Vikipetã »). Le personnel du SPL entraîne actuellement de grands modèles linguistiques sur cette langue. Les normes sociales ont évolué. María del Carmen Giménez, de l’Institut Patria Soñada, en sourit encore : « Nous qui devions nous hésitions à parler guarani enfants, aujourd’hui, nous le parlons sans complexe. » 

L’Italie propose de limiter le nombre d’enfants issus de l’immigration dans les classes

Le gouvernement italien de Giorgia Meloni a proposé de plafonner à 30 % la proportion d’enfants issus de l’immigration dans les classes italiennes.

Cette proposition a été présentée par Giuseppe Valditara, le ministre de l’Éducation, qui souhaite également interdire le port de la burqa à l’école.

La coalition conservatrice souhaite aussi rendre obligatoires les cours d’italien pour les parents d’enfants issus de l’immigration, dans le cadre de mesures visant à favoriser l’intégration et à éviter la formation de ghettos culturels.

Les parents qui ne scolarisent pas leurs enfants pourraient faire l’objet de poursuites et être condamnés à une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans.

« Il est fondamental qu’il n’y ait pas un pourcentage trop élevé d’enfants étrangers dans une classe, car cela signifie qu’ils auront plus de mal à apprendre l’italien et les valeurs de notre communauté », a déclaré le ministre.

« Je proposerai de rendre obligatoire l’apprentissage de l’italien pour les parents dont les enfants rencontrent des difficultés scolaires. »

Le ministre Giuseppe Valditara prévoit une nouvelle circulaire pour renforcer une directive de 2010 déjà existante. Les Uffici scolastici territoriali devront coordonner la répartition des élèves étrangers — surtout ceux qui maîtrisent mal l’italien — dans les classes du même établissement et dans les écoles de proximité (« scuole di vicinato » / « scuole di prossimità »). 

Valditara a précisé explicitement qu’on ne pourra pas envoyer un élève « à plusieurs kilomètres de chez lui ». Il insiste plutôt sur le fait que le vrai levier est ailleurs : les politiques résidentielles des communes, pour éviter la formation de « ghettos ». 

« Il est fondamental qu’un parent connaisse notre langue et communique avec les enseignants ; trop de parents d’enfants étrangers ne se présentent pas à l’école, alors que c’est important. »

Il a précisé que le taux d’absentéisme chez les enfants issus de l’immigration s’élevait à 26 %, contre 6 % chez les enfants italiens.

Ces propositions seront débattues lors d’une conférence à l’automne, qui réunira des enseignants, des syndicats, des conseils d’élèves et des responsables politiques, a indiqué M. Valditara.

L’Italie « accueille les migrants », a-t-il déclaré, mais ceux-ci doivent comprendre « l’identité et les valeurs » du pays.

La démographie italienne a évolué au cours des dernières décennies sous l’effet de l’immigration, passant d’une population uqsiment exclusivement blanche et d’origine italienne à une société multiculturelle.

On compte aujourd’hui 930 000 enfants non italiens dans les écoles du pays, soit près de 12 % de l’effectif total. Ce chiffre est en hausse par rapport aux 3,5 % enregistrés il y a deux décennies.

Dans certaines écoles, cette proportion est bien plus élevée, notamment dans le nord du pays, où une économie relativement florissante tend à attirer davantage de familles immigrées.

Environ 43 % des enfants issus de l’immigration viennent d’Europe, principalement de Roumanie, d’Albanie, d’Ukraine et de Moldavie. Environ 32 % proviennent de pays africains, principalement du Maroc, d’Égypte, de Tunisie, du Nigeria et du Sénégal.

Un cinquième vient d’Asie, principalement du Bangladesh, de Chine, d’Inde, des Philippines et du Pakistan. Un peu plus de 8 % viennent d’Amérique latine, principalement d’Équateur et du Pérou.

Un syndicat qualifie la proposition de « myope »

L’emprisonnement des parents qui n’envoient pas leurs enfants à l’école a été qualifié de « myope » par la FLC-CGIL, un syndicat d’enseignants.

« Rendre l’enseignement de l’italien obligatoire pour les parents d’enfants issus de l’immigration n’est pas de l’intégration : c’est une sanction imposée par décret, qui risque de produire exactement l’effet inverse. Rendre cet apprentissage obligatoire ne rapprochera pas les familles des écoles : cela ne fera que les criminaliser », a déclaré le syndicat.

Les détracteurs affirment que le gouvernement adopte des positions de plus en plus intransigeantes sur des questions comme l’immigration et l’identité, dans le but de devancer un nouveau parti d’extrême droite fondé plus tôt cette année par Roberto Vannacci, un ancien commandant des forces spéciales de l’armée italienne.

« Avenir national », le parti de M. Vannacci, recueille plus de 7 % des suffrages au niveau national, selon les sondages. Il a éclipsé la popularité de la Ligue, l’un des trois partis de la coalition au pouvoir.

M. Vannacci, qui a servi en Afghanistan et en Irak, a dévoilé cette semaine davantage de détails sur le programme de son parti, appelant au déploiement de troupes dans les rues des villes italiennes pour maintenir la sécurité et à l’enseignement des valeurs militaires dans les écoles.

Il souhaite l’interdiction des bloqueurs de puberté et du changement de sexe chez les adolescents, ainsi qu’un accès restreint à l’avortement.

Les unions civiles entre couples homosexuels seraient interdites, et son parti mènerait une politique très controversée de « remigration », consistant à renvoyer les migrants dans leur pays d’origine.

Alessandro Zan, député du Parti démocrate (centre-gauche) et membre de l’opposition, a déclaré que ce programme « frôlait le nazisme ».