lundi 26 octobre 2026

Trappes : Radio-Canada a suivi le récit tant qu'il était politiquement utile, puis a détourné le regard

Le 23 octobre 2026, Kévin T. (ci-dessous lors d'une manifestation pro-palestinienne), 39 ans, ouvre le feu en rafales depuis sa voiture à Trappes et à La Verrière. Un homme est tué, plusieurs personnes sont blessées, dont une enfant de 12 ans. Emmanuel Macron se rend sur place et qualifie les faits d'« attentat terroriste raciste ». Le maire de Trappes, Ali Rabeh, parle d'un acte « à connotation raciste, probablement islamophobe ». Le Parquet national antiterroriste se saisit de l'affaire.

Radio-Canada publie le jour même un article qui reprend fidèlement ce cadrage, essentiellement basé sur des dépêches AFP. L'histoire colle au récit attendu : un auteur présumé, blanc, cible des personnes issues de l'immigration, probablement musulmanes, un président qui s'en mêle, une qualification terroriste qui élève le fait divers au rang de symbole politique. La couverture s'arrête là.

Dans les jours qui suivent, les éléments qui compliquent ce récit paraissent dans la presse française — mais pas sur le site de la Société Radio-Canada.

Kévin T. est diagnostiqué schizophrène et sous traitement. Les analyses toxicologiques révèlent la présence de cannabis et de cocaïne. Sa garde à vue est suspendue pour observation psychiatrique.
Selon Le Monde, il avait déclaré à son interpellation vouloir « venger les commerçants » en s'en prenant « aux Noirs et aux Arabes ».

Sa garde à vue est reprise le 26 octobre après un nouvel examen qui ne constate pas de décompensation aiguë. Ce jour-là, le procureur antiterroriste Olivier Christen indique que le suspect, s'il ne conteste pas la matérialité des faits, « conteste le caractère raciste de ses crimes ». Le parquet maintient pourtant la circonstance aggravante raciste. On ignore si Kévin T. a été confronté à ses premières déclarations, s'il s'en souvient, ni dans quel état il les a prononcées : le point presse ne l'a pas dit. 

Le profil antérieur du suspect est plus embrouillé que ne le laissait croire le premier récit. L'Association France Palestine Solidarité a confirmé qu'il avait participé à un événement public pro-palestinien en 2018, sans en être adhérent. Proches et sources proches du dossier évoquent un parcours à gauche avant une radicalisation raciste plus récente. 



Aucun tract politique n'a été découvert dans sa voiture (démentant de fausses informations initiales évoquant la présence de matériel militant). La perquisition de son domicile illustre la confusion de son parcours, puisque les enquêteurs y ont saisi un exemplaire de Mein Kampf, mais également une Bible et un Coran.

Autant d'éléments qui relativisent la figure commode d'un militant d'extrême droite pur et dur — et qui ne figurent nulle part dans la couverture de Radio-Canada qui n'est pas revenu sur cette affaire.


Enfin, la victime principale a un nom : Pengo Bossio Wangi, 26 ans, d'origine congolaise, combattant amateur de MMA. Sa sœur jumelle a dit qu'il était chrétien. Rapportée par Blast puis reprise par Le Parisien, cette précision n'a pas non plus trouvé sa place dans les colonnes de la SRC. Elle n'invalide pas le caractère raciste présumé de l'attaque — un tireur peut cibler sur la base d'une origine perçue —, mais elle complique l'étiquette « islamophobe » collée dans l'heure.

Radio-Canada n'est pas seule dans ce traitement sélectif. Nombre de médias ont d'abord relayé le cadrage officiel avant de se faire discrets lorsque la réalité psychiatrique, le passé militant et les précisions sur la victime sont apparus. Pour un service public qui se pose en référence en matière d'information, le silence depuis le 23 octobre n'en est que plus frappant. Il semble que l'histoire intéressait le diffuseur gouvernemental tant qu'elle confirmait un schéma mobilisateur. Dès qu'elle est devenue plus complexe, plus humaine et moins manichéenne, elle a cessé d'exister.

La violence reste la même. Les victimes aussi. Ce qui change, c'est l'instrumentalisation moins probable du récit.

Voir aussi

Maire d'extrême gauche d'origine malienne en faveur de l'interdiction de parole du Rassemblement national

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