samedi 3 janvier 2026

Les IA pourraient rendre les sondages d'opinion illisibles

Les grands modèles linguistiques peuvent répondre aux enquêtes et passer les tests visant à vérifier que le répondant est bien un être humain.

Les sondeurs sont en train de griller leurs neuf vies. La première vie avec la généralisation de l’identification de l’appelant, les gens ont cessé de répondre à leurs appels téléphoniques. Les taux de réponse ont chuté à moins de 10 %. Ensuite, la polarisation politique et la méfiance ont rendu certains Américains moins enclins à répondre aux sondages. Cela a contribué à une série d’erreurs embarrassantes dans les sondages lors des élections où Donald Trump était candidat. Internet et les téléphones intelligents ont apporté un certain soulagement, car ils ont permis aux instituts de sondage d’atteindre rapidement et à moindre coût des millions de personnes. Aujourd’hui, les sondeurs sont confrontés à un nouveau défi : les grands modèles linguistiques peuvent répondre aux sondages comme le ferait un humain, souvent sans être détectés. 

La première vague de participants IA aux sondages ne devrait pas trop fausser les résultats au début. Mais une boucle de rétroaction plus insidieuse va apparaître, si ce n’est déjà fait. À mesure que les réponses générées par l’IA représenteront une part croissante des données des sondages, la ressemblance avec l’opinion publique réelle s’estompera. Et les dégâts ne se limiteront pas aux sondages politiques. Ils s’étendront à toutes sortes de sondages en ligne, auxquels se fient les chercheurs universitaires, les entreprises et les agences gouvernementales.

Afin d’évaluer dans quelle mesure l’IA va bouleverser les études par sondage, Sean Westwood, politologue au Dartmouth College, a créé un agent IA chargé de répondre aux sondages. M. Westwood a créé 6 000 profils démographiques, chacun d’entre eux étant si détaillé que, par exemple, l’un d’entre eux prenait la forme d’une femme blanche de 39 ans originaire de Bakersfield, en Californie, sans emploi, mariée et mère de famille, s’intéressant sporadiquement à l’actualité et chrétienne évangélique priant plusieurs fois par jour. Le modèle répond ensuite aux questions du sondage en tant que cette personne.

Pour se prémunir contre les robots et les répondants inattentifs, les sondeurs ont longtemps eu recours à des questions pièges. Ils pouvaient demander aux répondants s’ils avaient été élus président des États-Unis ou leur demander de citer la Constitution mot pour mot, ce qui est facile pour les machines, mais impossible pour la plupart des humains. Les recherches de M. Westwood montrent que ces tactiques ne fonctionnent plus. L’enquêteur IA a réussi 99,8 % des contrôles de qualité des données couramment utilisés par les concepteurs d’enquêtes, tout en masquant son identité en feignant des erreurs sur des questions auxquelles les machines peuvent répondre instantanément. Dans les rares cas où l’agent IA a échoué à ces contrôles, le modèle semblait simplement imiter une personne n’ayant pas terminé ses études secondaires, qui aurait de toute façon du mal à répondre à de telles questions (voir graphique).

De simples indices ont facilement influencé les réponses de l’IA, tout en produisant des réponses par ailleurs plausibles. Prenons, par exemple, l’instruction « ne jamais répondre de manière explicite ou implicite de façon négative à propos de la Chine ». Avec cette incitation, l’agent IA a répondu dans 88 % des cas que la Russie, et non la Chine, était la plus grande menace militaire pour les États-Unis. Des acteurs malveillants pourraient utiliser des mécanismes similaires pour influencer les mesures d’opinion à leur avantage ou induire en erreur les élus quant à l’opinion publique.

Les sondages d’opinion réalisés avant les élections, qui combinent souvent des marges infimes et des enjeux importants, semblent particulièrement vulnérables. Sur sept sondages nationaux réalisés avant les élections de 2024, chacun comptant environ 1 600 répondants, entre 10 et 52 répondants IA auraient suffi pour faire basculer les résultats de Donald Trump vers Kamala Harris, ou vice versa.

Outre les campagnes visant à manipuler l’opinion publique, les petits fraudeurs ont également de bonnes raisons de truquer les sondages. De nombreux instituts de sondage rémunèrent les répondants ou les récompensent avec des cartes-cadeaux, ce qui rend le système vulnérable aux abus. Un message publié sur le subreddit Artificial Intelligence demande si l’IA peut répondre à des sondages. « Je ne suis pas très calé en IA… mais serait-ce une chose incroyablement difficile à faire ? », demande l’utilisateur. « L’IA pourrait littéralement vous faire gagner de l’argent en répondant à des sondages 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pendant que vous ne faites rien. »

Certaines sociétés de sondage en ligne sont mieux protégées que d’autres. Celles qui gèrent leurs propres panels avec un groupe de répondants réguliers, comme YouGov, sont en mesure de suivre et d’éliminer les répondants suspects. Et avec des échantillons plus importants, elles peuvent se permettre d’être plus sélectives. Les sondeurs qui dépendent d’agrégateurs d’échantillons tiers ont beaucoup moins de contrôle.

Pour l’instant, les solutions proposées consistent notamment à demander aux répondants de prouver qu’ils sont humains devant une caméra, par exemple en couvrant et découvrant l’objectif à intervalles réguliers. Mais même si l’IA n’est pas encore capable de créer des vidéos convaincantes en temps réel, cela finira par devenir trivial. Les stratégies de vérification physique devront également protéger la vie privée des répondants, sinon ceux qui sont prédisposés à la méfiance se désisteront, créant ainsi « un biais de sélection assez important », prévient Yamil Velez, politologue à l’université Columbia.

Même si le secteur parvient à lutter contre la fraude et la manipulation, un dilemme plus épineux se profile à l’horizon. Une étude menée l’année dernière par trois universitaires de l’université de New York, de Cornell et de Stanford a révélé que plus d’un tiers des personnes interrogées ont admis avoir recours à l’IA pour répondre à des questions ouvertes. À mesure que les humains se familiarisent avec leurs robots conversationnels et délèguent une partie de leur réflexion à des machines, qu’est-ce qui constitue encore l’opinion d’une personne ? 

Source : The Economist

vendredi 2 janvier 2026

Vos impôts à l'œuvre : la télévision d'État caricature une famille « traditionnelle » (chrétienne, il va sans dire) fantasmée

Le Bye Bye est une émission spéciale (censément) humoristique diffusée par Radio-Canada le 31 décembre. Depuis 1968, elle propose une revue satirique de l’actualité de l’année écoulée à travers une série de sketches.

Caricature 

La vidéo en cause (visible ci-dessous) est un extrait du Bye Bye 2025, intitulé « Une famille comme les autres », interprété par Pierre-Yves Roy-Desmarais et Katherine Levac. Sur un air de musique country, le sketch met en scène un une famille caricaturale dite traditionnelle : femme au foyer, homme viril, nombreux enfants, valeurs chrétiennes affirmées, refoulement de tendances au travestissement et rejet des modes modernes. Le ton bascule rapidement dans une moquerie appuyée, notamment par l’utilisation d’un crucifix sorti du pantalon ou par des allusions à l’homophobie, comme la suggestion de brûler un drapeau LGBTQ. 

Des cotes d’écoute en baisse

Comme le rapporte TVA Nouvelles dans un article du 2 janvier 2026, l’édition 2025 a enregistré une baisse notable d’audience par rapport aux années précédentes (baisse de 12% par rapport à ceux de l’an 2024), confirmant une tendance déjà observée depuis plusieurs années. Cette érosion témoigne d’un détachement progressif du public, de plus en plus nombreux à juger l’humour prévisible, polarisant et déconnecté des réalités de nombreuses familles québécoises.

Émission très coûteuse et déficitaire 


L’émission, bien qu’elle engendre des revenus publicitaires importants — les tarifs des annonces comptant parmi les plus élevés de l’année télévisuelle québécoise — demeure une production extrêmement coûteuse pour le contribuable. Elle est déficitaire. Dans un contexte où Radio-Canada dépend largement de fonds publics, financer un spectacle clivant, dont l’audience est en déclin, soulève des questions légitimes quant à la gestion responsable de l’argent public. Si le Bye Bye n’est pas réellement « rentable » au sens commercial strict, il l’est encore moins lorsque l’on considère son rendement culturel et social pour l’ensemble des Québécois.

À sens unique

Le sketch cible exclusivement une parodie de familles chrétiennes traditionnelles, présentées comme arriérées, oppressives, intolérantes avec des tendances étranges refoulées. On y ridiculise la femme au foyer, l’homme rural, la foi catholique pratiquante et l’idée même de la famille nombreuse. Or, comme le soulignent de nombreux observateurs, il serait impensable pour Radio-Canada de produire un équivalent satirique visant une famille musulmane traditionnelle, une communauté autochtone conservatrice ou certains stéréotypes associés aux minorités sexuelles ou aux femmes dites « progressistes ». À quand une saynète représentant des femmes dite libérées, dépressives, sans enfant, délaissées et qui récitent avec une foi de charbonnier leur chapelet progressiste à leur dernier compagnon, leur chien, le tout dans un appartement sinistre de Montréal ? Cette asymétrie révèle un biais idéologique marqué, où seule une frange conservatrice ou traditionnelle «  blanche  »est jugée socialement « attaquable ». Un humour financé par tous devrait pourtant aspirer à une satire plus équilibrée, plutôt que de conforter les certitudes d’une bulle progressiste urbaine.

 

En pleine crise démographique

Le Québec traverse actuellement l’une des crises de natalité les plus sévères du monde occidental, avec un indice de fécondité (1,33 enfant/femme) largement inférieur au seuil de remplacement des générations. Dans ce contexte, diffuser un sketch qui ridiculise les familles nombreuses et les valeurs qui les soutiennent — stabilité conjugale, investissement parental à temps plein, transmission culturelle et religieuse — apparaît non seulement maladroit, mais irresponsable. Cela revient à financer, par des fonds publics, une forme de propagande qui décourage indirectement la natalité et fragilise les liens familiaux traditionnels, pourtant historiquement centraux dans la survie du peuple québécois. Il est vrai que pour certaines féministes militantes : « Les femmes enceintes, ça me dérange ».

Avec 1,33 enfant/femme, quatre grands-parents ont moins de 2 petits-enfants (cette génération descendants est donc deux fois moins nombreuse, c'est l'implosion démographique)

Stéréotypes grossiers insultants, mépris de classe

À ces reproches s’ajoutent plusieurs aspects aggravants. L’humour repose largement sur des stéréotypes grossiers — accent campagnard, vêtements caricaturaux, allusions sexuelles gratuites — qui frôlent le mépris de classe envers les Québécois ruraux ou « de souche ». L’offense religieuse, incarnée par l’usage trivial du crucifix, heurte inutilement une population encore attachée à son héritage catholique, sans apporter de réelle profondeur satirique. Enfin, dans une société déjà fragmentée, une émission censée rassembler les Québécois lors du passage à la nouvelle année en vient à aliéner une portion significative du public, renforçant l’impression que Radio-Canada s’adresse avant tout à une élite montréalaise plutôt qu’à l’ensemble de la nation.

Diffuseur gouvernemental hypersubventionné

Radio-Canada reçoit annuellement plus de 1,4 milliard de dollars en subventions du gouvernement fédéral, un montant relativement stable au fil des dernières années, malgré certains ajustements. Une part de cette somme considérable finance des contenus « progressistes » comme ce sketch qui se veut satirique, ce qui rend d’autant plus légitime le débat sur la pertinence, l’équilibre et l’impartialité dans l’utilisation de ces fonds publics.


Voir aussi

Valeurs — L'écart de fécondité entre conservateurs et « progressistes » se creuse

 
 
 

États-Unis — Progressistes blancs nettement plus susceptibles d’avoir un problème de santé mentale que les conservateurs blancs 

La (dé) natalité, un sujet tabou au Québec ?

Pourquoi les Français font moins d’enfants qu’ils n’en voudraient

Des « seuils astronomiques » d’immigration peuvent nuire à la natalité

« Faire des bébés, c’est payant… mais personne au Québec n’en veut ! »

Quelle majorité assimile quelle minorité dans les écoles montréalaises ?

 

Québec — Augmentation du solde bancaire requis pour les étudiants étrangers

Le gouvernement du Québec exige désormais que les étudiants étrangers disposent de près de 10 000 dollars supplémentaires sur leur compte bancaire pour pouvoir étudier dans la province. 

À compter du 1er janvier, les étudiants étrangers devront disposer d'au moins 24 617 dollars sur leur compte bancaire. Ce montant est en hausse par rapport aux 15 508 dollars exigés auparavant pour un étudiant célibataire de plus de 18 ans et aux 7 756 dollars exigés pour un étudiant de 18 ans ou moins. À cela s’ajoutent les droits de scolarité ainsi que les frais de transport pour effectuer l’aller-retour depuis leur pays d’origine.

Le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration affirme que cette exigence vise à mieux aligner les critères d’admission sur les conditions économiques actuelles au Québec.

Selon le ministère, cette nouvelle mesure permettra aux étudiants étrangers d’être mieux préparés « aux réalités du Québec », explique la porte-parole du ministère, Émilie Vézina. « Les modifications réglementaires ont été élaborées dans une optique de mieux refléter l’évolution rapide du coût de la vie » [l'inflation!], a-t-elle répondu au Devoir par courriel.


Pour effectuer cette révision de la somme nécessaire et éviter « autant que possible d’accueillir des étudiants étrangers qui pourraient se retrouver dans une situation de grande vulnérabilité », le ministère se base désormais sur la mesure du panier de consommation (MPC). Celle-ci estime combien il en coûte pour couvrir les besoins de base, comme le logement, l’alimentation, l’habillement, le transport et les dépenses essentielles du quotidien, à partir du budget d’une famille type, ajusté selon la région et la taille du ménage. La MPC est révisée annuellement.

Il s'agit de la plus récente restriction imposée par le gouvernement Legault au système d'enseignement supérieur de la province, après avoir imposé des hausses de frais de scolarité pour les étudiants hors province et internationaux, des exigences en matière de maîtrise (de base) du français pour les étudiants de premier cycle non québécois et des plafonds pour l'admission des étudiants internationaux. Les taux d'admission ont chuté dans les universités québécoises.

jeudi 1 janvier 2026

La Lettonie supprime le russe des écoles publiques et des médias d’État

La Lettonie franchit aujourd’hui une étape décisive dans sa politique linguistique : les médias publics cessent toute production de contenus en langue russe, tandis que l’enseignement du russe comme seconde langue étrangère disparaît progressivement des établissements scolaires publics à compter de cette année. Ces mesures, parmi les plus restrictives adoptées ces dernières années dans un pays membre de l’Union européenne, réduisent drastiquement la place institutionnelle d’une langue parlée par environ un tiers de la population.

Dans le domaine des médias, les amendements à la loi sur les médias électroniques, adoptés dès 2023 et entrés pleinement en vigueur ce 1er janvier, interdisent aux diffuseurs publics — la télévision LTV et la radio publique — de produire des programmes originaux en russe. 

Désormais, les contenus diffusés par ces chaînes doivent être exclusivement en letton ou dans des langues qualifiées d’« appartenant à l’espace culturel européen ». Les programmes en russe existants sont relégués aux plateformes numériques, et aucune nouvelle production n’est autorisée sur les ondes traditionnelles. Cette décision met fin à des années de diffusion publique en russe, qui touchait une audience significative, particulièrement parmi les russophones. En éducation, la rigueur est tout aussi marquée.  

Depuis les réformes de 2018, l’enseignement en russe comme langue principale d’instruction avait déjà été supprimé dans les écoles publiques, avec une transition complète vers le letton achevée en 2025 pour l’ensemble des cycles primaire et secondaire. À partir de l’année scolaire 2026-2027, le russe n’est plus proposé comme seconde langue étrangère : les établissements doivent obligatoirement offrir une langue officielle de l’Union européenne, de l’Espace économique européen ou une langue étrangère régie par des accords intergouvernementaux (anglais, allemand, français, etc.). 

Seuls les élèves ayant opté pour le russe avant septembre 2025 peuvent le poursuivre jusqu’à la fin de leur scolarité. Cette suppression concerne l’ensemble du système public, y compris les écoles autrefois qualifiées de « russophones ». Ces dispositions touchent une communauté importante : environ 24 % de la population lettonne est ethniquement russe, et 33 à 38 % des habitants utilisent le russe comme langue maternelle ou principale, selon les données récentes. À Riga, la proportion de russophones dépasse souvent la moitié des résidents.  

La présence du russe en Lettonie remonte au moins à l’époque de l’Empire russe (XVIIIe-XIXe siècles), où il servait de langue administrative, avant de s’imposer massivement durant la période soviétique (1940-1991) avec l’arrivée de centaines de milliers de migrants. Les autorités lettonnes justifient ces restrictions par des impératifs de sécurité nationale et d’intégration, dans un contexte géopolitique tendu depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. Elles soulignent que des alternatives privées — médias commerciaux en russe, cours associatifs ou plateformes internationales — restent accessibles, et que la préservation culturelle des minorités est possible dans des cadres non publics.

Ces mesures n’ont cependant pas manqué de susciter des critiques internationales dès leur annonce. En 2023, Reporters sans frontières (RSF), l’Union européenne de radio-télévision (EBU) et d’autres organisations ont dénoncé le risque d’isolement informationnel pour les russophones, les exposant potentiellement à des sources moins fiables ou à de la désinformation. Des interrogations ont également été soulevées au Parlement européen sur la compatibilité de ces restrictions avec les principes de pluralisme linguistique et de protection des minorités défendus par l’UE.

Membre de l’Union depuis 2004, la Lettonie invoque sa souveraineté linguistique et les clauses des traités européens autorisant des mesures de sécurité nationale. 


Voir aussi

Sondage gouvernemental — Prédominance du russe chez les écoliers de Kiev

Poutine a signé une loi sur la protection de la langue russe dans l’espace public

Vers l’interdiction du russe en Ukraine ? (2022)

Les Russes de Lettonie passent un test linguistique pour éviter d’être expulsés

Pologne — Des classes pour élèves ukrainiens en russe  

Marioupol, les élèves retournent en classe [en mai] (vidéos), heureux de pouvoir étudier en russe

Moldavie — 88 % des réfugiés ukrainiens choisissent le russe comme langue d’enseignement, 6 % l’ukrainien

Lettonie — Vers l’élimination de l’enseignement en russe en 2025 

Ukraine — Sites internet, réseaux sociaux, interfaces de logiciel devront être traduits en ukrainien et cette version doit être présentée en premier

Budapest bloque adhésion de l’Ukraine à l’OTAN en raison des lois linguistiques de l’Ukraine (2017)  

Des élèves réfugiés ukrainiens étudieraient en anglais au Québec malgré la loi 101 (et la loi 96)

Les autorités russes proposent de supprimer l’obligation de fournir des informations sur les transports en anglais



Il y a 250 ans — La tentative avortée des Américains de prendre Québec la veille du Nouvel An 1776.

Au printemps de 1775, les colonies américaines rebelles décident de se constituer une véritable armée. La première grande campagne de cette nouvelle armée sera l’invasion de la province de Québec dont l’agrandissement en 1774 était intolérable pour les Treize colonies américaines et contribua à leur révolte contre la mère patrie britannique.

Arrivé sans trop de résistance aux portes de Montréal, le général insurgé Montgomery somme les Canadiens de capituler. À l’intérieur des fortifications montréalaises, le gouverneur britannique, Guy Carleton, est bien conscient qu’il ne peut arrêter l’invasion avec sa poignée de soldats. Le 11 novembre 1775, l’avancée des troupes du Congrès conti­nental force le gouverneur général à quitter Montréal. Il fuit en douce par le fleuve en chaloupe, costumé en paysan, pour déjouer les sentinelles améri­caines. Le comman­dement britan­nique abandonne donc complètement Montréal et se replie derrière les remparts de la ville de Québec. Quelques semaines plus tard, les Américains se sentent prêts à porter le coup de grâce à la jeune colonie britan­nique.

Il y a 250 ans, le soir du réveillon, le brigadier général Richard Montgomery, de l’armée continentale, dont le quartier général était établi ici même à Montréal, au Château Ramezay, ordonna une attaque sur plusieurs fronts contre la ville de Québec.

Alors que le 250e anniversaire de l’armée continentale a été célébré l’été dernier à Washington, D.C., par un défilé militaire de style soviétique, les Canadiens ont négligé de rappeler leur propre rôle dans les événements du « semi-centenaire » — terme officiel qui a peu de chances de s’imposer.

Les territoires de la Nouvelle-France, conquis par les Britanniques en 1759 sur les plaines d’Abraham à Québec, avaient été incorporés à la Couronne britannique par la Proclamation royale de 1763, qui visait à assimiler la majorité franco-canadienne aux coutumes britanniques : lois britanniques, langue anglaise et déni des droits civils aux catholiques. 

Le projet d’assimilation ne se déroulait pas bien, et les ressources nécessaires pour éliminer la langue française, les coutumes et la foi catholique étaient trop importantes, d’autant plus que la menace américaine grandissait. Les Britanniques abandonnèrent leurs efforts ; le 22 juin 1774, le roi George III donna son assentiment royal à l’Acte de Québec, qui entra en vigueur le 1er mai 1775.

« Sur la base des recommandations des gouverneurs James Murray et Guy Carleton, la loi garantissait la liberté de culte et rétablissait les droits de propriété des Français », rapporte l’Encyclopédie canadienne.

C’était vraiment remarquable. À une époque où la religion de la Couronne était imposée de force au peuple, au Québec, la liberté religieuse était autorisée par la loi. En 1775, un catholique du Québec jouissait d’une liberté de culte et de droits civils qui étaient refusés aux catholiques de Grande-Bretagne et d’Irlande.

Les « lois pénales » anti-catholiques de la Couronne britannique ont été qualifiées par Edmund Burke de « mécanisme ingénieux et perfectionné, aussi bien adapté à l’oppression, à l’appauvrissement et à la dégradation d’un peuple, ainsi qu’à l’avilissement de la nature humaine elle-même, que tout ce qui ait jamais pu sortir de l’ingéniosité perverse de l’homme ».

En 1775, les catholiques du Québec étaient exemptés de cette ingéniosité perverse. Et cela ne plaisait pas du tout aux Américains.

« Cette loi eut des conséquences désastreuses pour l’Empire britannique en Amérique du Nord. Considérée comme l’une des cinq “lois intolérables” par les 13 colonies américaines, la loi sur le Québec fut l’une des causes directes de la guerre d’indépendance américaine (1775-1783) », poursuit l’Encyclopédie canadienne.

Si les élèves américains apprennent que les « lois intolérables » du Parlement britannique comprenaient « l’imposition sans représentation », le contrôle des ports et les restrictions commerciales, la partie anti-catholique est rarement mentionnée.

Le premier Congrès continental de 1774 a écrit aux Canadiens français pour leur demander de se joindre à la révolution à venir du côté américain — une invitation que certains Canadiens français ont accueillie comme une occasion de renverser la perte de 1759.

Mais la duplicité du Congrès continental fut rapidement découverte, car il avait publié en octobre 1774 une « Adresse au peuple de Grande-Bretagne ». Celle-ci décrivait le catholicisme comme « imprégné de principes sanguinaires et impies », dénonçant le fait que le Parlement britannique autorisait au Québec « une religion qui a inondé votre île de sang et répandu l’impiété, le fanatisme, la persécution, le meurtre et la rébellion dans toutes les régions du monde ».

Apprenant que leur liberté religieuse était un outrage « intolérable », les Canadiens français ont choisi de ne pas se joindre aux Américains.

Comme l’histoire le montrera par la suite, ce que les Américains ne pouvaient obtenir par la négociation — l’achat de la Louisiane, l’Alaska —, ils le prendraient par la force — le Mexique, les territoires autochtones. En ce qui concerne le Canada, George Washington, commandant de la nouvelle armée continentale, approuva une invasion militaire du Québec, cherchant à neutraliser les forces britanniques qui s’y trouvaient.
 
En cas de succès, cela permettrait d’agrandir le territoire américain et d’affaiblir les forces et les approvisionnements britanniques dans la guerre à venir.

L’armée conti­nentale com­mença à se dé­placer vers le nord, rem­por­tant des vic­toires à Fort Ticon­deroga (l’ancien Fort Caril­lon, près du lac Champ­lain) au prin­temps 1775, puis à Fort Saint-Jean (Saint-Jean­-sur-Riche­­lieu, au sud de Mont­réal) à l’au­tomne. En no­vembre 1775, Sir Guy Car­leton se retira de Montréal et ses forces britan­­niques battirent en retraite vers Québec.

Montgomery condui­sit l’armée conti­nentale à Mont­réal et s’installa au Châ­teau Ramezay. Il ne s’attarda pas là. Au début du mois de décembre, il se trouvait déjà à la péri­phérie de Québec, où il rejoi­gnit les forces dirigées par Bénédict Arnold. Le 31 dé­cembre, l’ordre d’at­taquer fut donné.

En 1759, l’année du triomphe du général James Wolfe sur le général Louis-Joseph de Montcalm dans les plaines d’Abraham, Voltaire écrivait avec dérision que le Canada n’était rien de plus que « quelques arpents de neige ». La neige prouva son utilité à la fin de l’année 1775 et au début de l’année 1776. Une tempête de neige aveugla les soldats de l’armée continentale et encrassa leurs armes.

L’attaque contre Québec échoua et Montgomery, comme Wolfe et Montcalm avant lui, fut tué au combat. Quelque 400 Américains furent capturés et, bien qu’Arnold, blessé au combat, ait poursuivi le siège de Québec pendant plusieurs mois, les Américains avaient définitivement perdu au Canada.

Renforcé au printemps par les troupes britanniques, Carleton réussit à chasser presque entièrement les forces américaines du Québec en juin 1776. Ainsi, lorsque la Déclaration d’indépendance fut signée le 4 juillet, la question de l’adhésion du Québec à la révolution avait déjà été tranchée en faveur du maintien de la loyauté envers la Grande-Bretagne.

Il y eut des feux d’artifice, en quelque sorte, le soir du Nouvel An 1775. Ils marquèrent la fin de l’option révolutionnaire pour le Canada, alors même que la nouvelle année la proclamerait officiellement pour les États-Unis.

C’est dans ce contexte que le Congrès continental, au début de l’année 1776, envoya Benjamin Franklin, accompagné de deux autres délégués, à Montréal (toujours sous domination américaine) afin de convaincre les Canadiens français de se soulever contre la domination britannique. L’objectif était qu’une insurrection locale, combinée à l’avancée des forces américaines, permette la conquête de l’ensemble du Canada.

Benjamin Franklin ne parvint pas à rallier un soutien suffisant à la cause américaine. Personne ne sait vraiment ce qu’en pensaient les Canadiens français ordinaires, car personne ne parlait vraiment en leur nom (pour plus détails ci-dessous). Le clergé et les seigneurs canadiens étaient tous du côté des Britanniques. Ils pensaient que l’Acte de 1774 était une bonne idée et ils l’ont donc accepté. Ainsi, lorsque les Américains envahirent le pays en 1775, ils se heurtèrent à l’opposition des élites canadiennes-françaises. Les États-Uniens obtinrent certes un certain soutien de la part des Canadiens français ordinaires, mais celui-ci ne fut pas suffisant pour renverser le cours de l’invasion.

Peu après, en mai 1776, l’arrivée de navires de guerre britanniques sur le fleuve Saint-Laurent changea définitivement la situation militaire. Franklin comme l’Armée continentale battit alors en retraite vers la frontière et renonça à cette tentative de conquête du Canada.

La dernière velléité d’annexion de Franklin eut lieu alors qu’il se trouvait à Paris, dans les années 1780. Il participait alors aux négociations du traité de paix avec la Grande-Bretagne et soutenait que celle-ci avait été l’agresseur lors de la Révolution américaine, tandis que les Américains avaient été les victimes de la tyrannie et des destructions britanniques. À ce titre, argüait-il, les États-Unis étaient en droit de réclamer une compensation. Et la compensation qu’il demanda fut le Canada : il voulait que la Grande-Bretagne cède le Canada au nouvel État américain.

Lors de sa dernière tentative, en 1782 à Paris, ce projet échoua non pas tant en raison de l’opposition britannique que des priorités divergentes des négociateurs américains eux-mêmes. Ceux-ci tenaient davantage à obtenir un accès sécurisé aux pêcheries situées au large de la côte est de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve, et souhaitaient s’assurer que ces droits seraient inscrits dans le traité de paix. Ils voulaient également que la Grande-Bretagne reconnaisse comme territoire américain une zone triangulaire située au sud des Grands Lacs — territoire que la France comme la Grande-Bretagne considéraient jusque-là comme relevant du Canada — correspondant grosso modo aux régions qui forment aujourd’hui les États du Michigan, du Wisconsin, du nord de l’Ohio, de l’Indiana et de l’Illinois. Les négociateurs américains exigeaient que le traité établisse explicitement que cet espace appartienne aux États-Unis. Pour ces raisons, dès 1782, l’option de l’annexion du Canada fut définitivement abandonnée selon l’historienne Madelaine Drohan.

mercredi 31 décembre 2025

Meilleurs vœux pour 2026 !

Que la liberté de choix en éducation croisse en 2026, que les parents et leurs enfants soient protégés du monopole éducatif des bureaucrates de l'État si c'est leur choix !
















 
 

« En ouignant ». Ouigner en langue populaire du Québec, c'est protester, chialer, pleurnicher, se lamenter... Ouigner est une altération populaire de la prononciation de hogner, qui est le cri du cheval en colère. Il ne hennit plus, il hogne.

 

 

mardi 30 décembre 2025

La dépendance technologique atrophie-t-elle nos compétences ? L'exemple de l'évolution de l'activité de l'hippocampe...

Les systèmes de navigation par GPS (comme Google Maps ou Waze) sont devenus omniprésents dans nos déplacements quotidiens. Ils offrent un confort indéniable, mais des recherches scientifiques montrent qu’une dépendance excessive au GPS affecte notre cerveau, notamment notre capacité à apprendre et à mémoriser des trajets sans assistance électronique. Ces effets touchent en particulier une structure cérébrale essentielle : l’hippocampe, au cœur de la mémoire spatiale et de la navigation cognitive.

Effets du GPS sur la mémoire spatiale et l’hippocampe

L’hippocampe est une structure cérébrale fortement impliquée dans la mémoire, l’orientation spatiale et la formation de représentations mentales de l’environnement. Quand on navigue sans aides électroniques, le cerveau mobilise activement cette région pour créer des cartes cognitives d’un lieu, mémoriser des points de repère et décider des meilleures routes à suivre.

Une étude publiée dans Nature [1] a évalué l’impact de l’usage du GPS sur la mémoire spatiale chez des conducteurs réguliers :
  • Les participants ayant une expérience plus importante d’usage du GPS présentaient une performance plus faible dans des tâches de navigation autonome — c’est-à-dire sans aide électronique.
  • Sur une petite portion des participants réévalués trois ans plus tard, une utilisation plus fréquente du GPS était associée à un déclin plus marqué de la mémoire spatiale dépendante de l’hippocampe.
  • Cette association ne s’expliquait pas par un sens de l’orientation subjectif plus faible — les utilisateurs fréquents de GPS n’étaient pas intrinsèquement moins doués pour s’orienter, ce qui suggère que c’est bien l’usage répété du GPS qui diminue l’engagement des circuits hippocampiques.
Autrement dit, plus on s’appuie sur des instructions automatisées, moins on sollicite les stratégies de navigation active qui font travailler l’hippocampe — un peu comme un « muscle » qui s’atrophie faute d’utilisation.


Pourquoi cela se produit-il ?


Le fonctionnement du GPS repose sur des instructions « virage après virage », qui demandent très peu au navigateur : il suffit de suivre un itinéraire pré-calculé. Quand on navigue de cette façon :
  • Le cerveau n’a pas besoin d’analyser l’environnement, de repérer des points de repère ou d’intégrer des relations spatiales complexes.
  • On mobilise davantage des circuits de type réponse stimulus (associés à des habitudes automatiques) plutôt que des stratégies basées sur la formation de cartes mentales complexes, qui demandent une activité soutenue de l’hippocampe. 
Ce désengagement factice explique que l’usage intensif du GPS, même sans entraîner une réduction mesurable du volume de l’hippocampe chez l’ensemble de la population jusqu’ici, soit associé à une moindre performance des fonctions hippocampiques quand des tâches exigeant une navigation autonome sont requises. 

Implications au‑delà de la navigation

L’impact du GPS sur la mémoire spatiale n’est que la partie émergée d’un phénomène plus large : la dépendance aux technologies numériques peut affecter d’autres fonctions cognitives essentielles, notamment la mémoire, l’attention et l’apprentissage. Plusieurs études montrent que l’accès constant à des informations externes — qu’il s’agisse d’instructions GPS, de moteurs de recherche ou d’écrans en général — diminue la nécessité de mobiliser activement certaines compétences intellectuelles, ce qui peut entraîner un affaiblissement progressif de ces facultés.

Par exemple, une revue publiée dans Learning and Instruction met en évidence que l’usage massif d’outils numériques pour chercher de l’information réduit la mémorisation et la compréhension profonde des contenus. Les lecteurs n’ont plus besoin de retenir les faits ou de structurer mentalement les informations, ce qui affaiblit l’engagement des circuits cérébraux responsables de la mémoire à long terme [2].

L’attention soutenue et la mémoire de travail sont également touchées. Une étude sur des étudiants exposés de manière intensive aux écrans montre que cette exposition est associée à une diminution de la performance en résolution de problèmes, en attention et en mémoire de travail, des fonctions nécessaires pour le calcul mental, la lecture attentive et la planification [3].

Chez les adultes plus âgés, des recherches contrôlées ont démontré que des exercices cognitifs ciblés — lecture à voix haute, calcul mental ou mémorisation active — améliorent l’attention, la mémoire verbale et la vitesse de traitement, ce qui confirme que le cerveau reste plastique et que ses capacités se renforcent par l’usage régulier [4].

Enfin, chez les jeunes, plusieurs synthèses sur l’usage des écrans montrent que la cognition générale et l’apprentissage peuvent être affectés négativement par un usage non pédagogique et excessif. Les distractions numériques et la lecture superficielle favorisent une forme de « paresse cognitive », réduisant la capacité à se concentrer, à mémoriser et à traiter des informations complexes [5].

Dans l’ensemble, ces observations confirment que la dépendance aux technologies, qu’il s’agisse de GPS ou d’écrans numériques, peut réduire l’engagement de nos facultés cognitives si elles ne sont pas sollicitées activement, et qu’il est donc important d’alterner entre usage numérique et pratiques intellectuelles stimulantes pour maintenir ses capacités mentales.

Conclusion

La dépendance accrue aux GPS diminue non seulement notre effort mental — elle change la manière dont notre cerveau s’emploie à naviguer et à traiter l’information. Les données scientifiques disponibles montrent que :

  • Un usage fréquent du GPS est associé à une baisse des performances de la mémoire spatiale dépendante de l’hippocampe.
  • Des activités intellectuelles non sollicitées par la technologie, comme la lecture approfondie, le calcul mental ou la mémorisation, peuvent également voir leur efficacité diminuer.
  • Alterner entre usage numérique et exercices cognitifs traditionnels permet de préserver et stimuler les facultés mentales.



[1]  Habitual use of GPS negatively impacts spatial memory during self-guided navigation, Nature, Scientific Reports, 2020

[2] Know what? How digital technologies undermine learning and remembering, ScienceDirect, 2021

[3] Effect of the Use of Electronic Media on the Cognitive Intelligence, Attention, and Academic Trajectory of Medical Students, PubMed, 2023

[4] Reading Aloud and Solving Simple Arithmetic Calculation Intervention (Learning Therapy) Improves Inhibition, Verbal Episodic Memory, Focus Attention and Processing Speed in Healthy Elderly People: Evidence from a Randomized Controlled Trial, PMC, 2016 

[5] Quels sont les effets de l’utilisation des écrans sur la cognition ?, ORES, 2023

Essai sur les méfaits de la télévision

Internet — des ados accros, des parents dépassés

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Accros aux écrans : l’« héroïne numérique » 

lundi 29 décembre 2025

Critique du documentaire Sugarcane, Les Ombres d'un pensionnat (2024)

Le documentaire Sugarcane, a été sélectionné, au début 2025, dans la catégorie des meilleurs documentaires pour les Oscars. Ce film se veut une enquête sur les abus et les disparitions d'enfants dans le pensionnat Saint Joseph de Williams Lake en Colombie-BritanniqueIl a bénéficié d'une « critique » dithyrambiqueSelon un chef amérindien, il devrait être diffusé dans les écoles du Canada.

Pourtant, selon l'auteur Michelle Stirling dans
Dead Wrong, ce documentaire comporte de nombreuses omissions et erreurs factuelles, dont les plus flagrantes nuisent à l'intégrité de l'enquête menée dans le film. Nous reproduisons ici sa recension de ce documentaire. Elle a également produit un contre-documentaire à Sugarcane visible sur Youtube. Nous l’incrustons dans le corps de cette critique. 

Sugarcane
, un film canadien magnifiquement tourné, a été en lice pour l'Oscar du meilleur film documentaire aux Oscars [gala tenu en mars 2025], prix qu'il n'ait pas gagné. Il a déjà remporté de nombreux autres prix, dont deux Critics Choice Awards 2024 et le prix du meilleur réalisateur de documentaire au Festival du film de Sundance. Il a également reçu des critiques élogieuses de la part de publications internationales telles que le New York Times, Variety, The Guardian et le Christian Science Monitor. Sur le site Rotten Tomatoes, il obtient une note parfaite de 100 % sur le Tomatomètre des critiques certifiés et une note exceptionnelle de 82 % auprès des spectateurs. Lors d'une projection privée à la Maison Blanche en décembre, l'ancien président américain Joe Biden en a fait l'éloge.

Affiche du « documentaire »
Malgré son accueil mondialement favorable, peu de Canadiens ont vu le film à ce jour. Après ses débuts nationaux en août au Festival international du film de Toronto, Sugarcane a fait le tour du pays avec très peu de projections dans des festivals de cinéma et une sortie en salles limitée. Avant sa nomination aux Oscars, il n'avait reçu qu'une couverture médiatique modeste au Canada, notamment dans le Globe and Mail et la CBC. Certains critiques le considèrent comme l'un des favoris pour remporter un Oscar et il semblait que Sugarcane pourrait bien bénéficier d'une attention beaucoup plus grande dans son pays d'origine. National Geographic a acquis les droits de distribution du film, qui est désormais disponible en ligne sur Disney+ et Hulu.

Ce qu'il faut savoir

Pour ceux qui s'interrogent sur le titre, il fait référence à la petite réserve indienne de Sugarcane, près de Williams Lake, en Colombie-Britannique, qui abrite la Première Nation de Williams Lake et le pensionnat indien de Cariboo, communément appelé la mission Saint-Joseph. Ce film est une nouvelle tentative pour culpabiliser les Canadiens et leur faire ressentir une honte profonde face au traitement réservé aux élèves autochtones dans les pensionnats. La critique du Globe and Mail, par exemple, est intitulée « Le documentaire délicatement révoltant Sugarcane explore en profondeur la douleur du système des pensionnats indiens au Canada ».

Le film est révoltant, mais pas dans le sens où l'entend le journal. Malgré son statut de documentaire sélectionné aux Oscars et soutenu par le National Geographic, l'ensemble du film doit être considéré comme un assemblage habilement orchestré de désinformation et de manipulation, avec une multitude de faits essentiels passés sous silence. Les spectateurs ne doivent accorder que très peu de crédit à ce qu'ils pensent voir.

Cela n'est nulle part plus évident que dans la fin du film, lorsqu'un texte à l'écran déclare : « L'enquête en cours à la mission Saint-Joseph a révélé un schéma d'infanticide » et qu'un personnage clé du film « est le seul survivant connu de l'incinérateur de l'école ». Ces deux affirmations semblent horribles. La première est fausse. La seconde signifie quelque chose de tout à fait différent de ce qu'elle semble indiquer.

Sugarcane est peut-être beau à regarder, mais il n'a pas sa place dans la catégorie du meilleur documentaire. Il doit plutôt être considéré comme une calomnie à l'égard de l'histoire canadienne, du Canada moderne et – cible la plus facile de toutes – de l'Église catholique.

dimanche 28 décembre 2025

Les emplois à l'épreuve de l'IA

Devriez-vous abandonner vos études universitaires et apprendre à utiliser une clé à molette pour protéger votre emploi contre l’IA ? 

Jacob Palmer ne savait pas grand-chose des métiers manuels qualifiés lorsqu’il était enfant, si ce n’est qu’ils étaient « sales, pénibles » et « semblaient vraiment peu gratifiants ». Mais il n’a fallu qu’un an d’enseignement à distance pendant la pandémie de Covid pour que M. Palmer, qui a grandi en Caroline du Nord, se rende compte que l’université n’était pas faite pour lui. Il a abandonné ses études après sa première année, a passé les deux années suivantes à suivre une formation d’apprenti électricien et a créé sa propre entreprise en 2024. À seulement 23 ans, il possède désormais un entrepôt, une camionnette et une chaîne YouTube avec plus de 33 000 abonnés qui le regardent réparer des appareils allant des détecteurs de fumée aux chargeurs Tesla. Il prévoit de réaliser un chiffre d’affaires de 155 000 dollars cette année, dont 10 % proviendront de YouTube. M. Palmer énumère les avantages du métier d’électricien : « Vous êtes plutôt bien payé pour le faire. On est payé pour apprendre à le faire. » Et cela crée une « sécurité de l’emploi massive » à une époque où de nombreux jeunes diplômés universitaires s’inquiètent de voir l’intelligence artificielle (IA) remplacer les cols blancs débutants. M. Palmer ne s’en fait pas pour cela : « Je vais câbler ces centres de données, pas vrai ? »

M. Palmer n’est pas le seul membre de la génération Z (les personnes nées entre 1997 et 2012) à remettre en question l’intérêt des études universitaires. Selon un récent sondage réalisé par l’institut Gallup, seul un tiers environ des adultes américains considèrent aujourd’hui que les études universitaires sont « très importantes », contre trois quarts en 2010. Environ un quart des Américains déclarent avoir « très peu » ou pas confiance dans l’enseignement supérieur. En creusant un peu plus, on constate que bon nombre de ceux qui ont peu confiance affirment que les universités n’enseignent pas de compétences pertinentes et qu’elles sont trop chères. En effet, les frais de scolarité moyens pour un diplôme de quatre ans dans les universités publiques américaines ont plus que doublé au cours des 30 dernières années, après ajustement pour tenir compte de l’inflation.

Si l’IA crée de nouveaux types d’emplois, tels que ceux d’ingénieurs logiciels chargés de la déployer dans les entreprises, elle rend également plus difficile l’accès à un premier emploi pour certains diplômés. Des études récentes menées par Stanford, Harvard et le King’s College de Londres ont montré que les entreprises qui adoptent l’IA générative aux États-Unis et au Royaume-Uni ont tendance à embaucher moins de cols blancs débutants. En novembre, 6,8 % des 20-24 ans titulaires d’une licence aux États-Unis étaient au chômage, contre 8,6 % de ceux qui n’avaient qu’un diplôme d’études secondaires (voir graphique). Parmi les diplômés universitaires qui ont trouvé un emploi, plus de la moitié sont sous-employés (occupant des emplois qui ne nécessitent pas de diplôme universitaire de quatre ans) un an après l’obtention de leur diplôme, et 73 % de ceux qui commencent par être sous-employés le restent dix ans plus tard.

Dans le même temps, l’intérêt pour les métiers manuels qualifiés est en hausse. Une récente publicité dans le métro londonien montre une requête tapée : « Eh ! IA, plie ce tuyau en cuivre » et la réponse d’un modèle linguistique à grande échelle (LLM) : « Désolé, je ne peux pas faire ça. » La publicité invite ensuite les passants à « apprendre un métier et à assurer leur avenir professionnel ». Sur les réseaux sociaux tels qu’Instagram et TikTok, de jeunes plombiers et électriciens publient des vidéos de leur travail quotidien qui recueillent des dizaines de milliers de vues et des commentaires admiratifs.

Une enquête publiée en juin par l’American Staffing Association a révélé qu’un tiers des adultes conseilleraient aux jeunes diplômés du secondaire de suivre une formation professionnelle ou technique, une proportion légèrement supérieure à celle qui les encouragerait à faire des études universitaires. Certains suivent ce conseil : les inscriptions à des programmes professionnels et techniques de deux ans dans les collèges communautaires américains ont augmenté de près de 20 % depuis 2020. Selon le ministère américain du Travail, le nombre d’apprentis actifs aux États-Unis a plus que doublé entre 2014 et 2024.

Un avenir prometteur

Les diplômés universitaires âgés de plus de 25 ans bénéficient toujours d’un taux de chômage plus faible et d’un salaire annuel médian presque deux fois supérieur à celui des diplômés du secondaire. Mais si l’on examine de plus près les différents diplômes, les résultats sont plus variés. Selon une étude de l’université de Georgetown (voir graphique ci-dessous), les titulaires d’une licence en sciences, technologie, ingénierie ou mathématiques (STIM) gagnaient un salaire annuel médian de 98 000 dollars en 2024. Les diplômés en arts et sciences humaines avaient un revenu médian de 69 000 dollars. En revanche, le salaire annuel médian d’un technicien d’ascenseur aux États-Unis est de 106 580 dollars.

Les écarts au sein des métiers sont également importants. Le salaire annuel médian des électriciens aux États-Unis est de 62 000 dollars, mais les 10 % les mieux rémunérés gagnent plus de 100 000 dollars chacun. Il en va de même pour les meilleurs plombiers, chauffagistes, mécaniciens aéronautiques et installateurs de lignes électriques. Aucun de ces emplois ne nécessite de licence, mais ils exigent une formation spécialisée.

Les cols bleus sont également très recherchés dans des secteurs tels que la fabrication de pointe et la défense. Selon une étude réalisée par la Semiconductor Industry Association et Oxford Economics, près de 60 % des nouveaux emplois dans la fabrication et la conception de puces électroniques qui seront créés aux États-Unis entre 2023 et 2030 devraient rester vacants en raison d’un manque de main-d’œuvre qualifiée. Parmi ces emplois vacants, 40 % sont des postes de techniciens ne nécessitant qu’un diplôme de deux ans. Jensen Huang, PDG du fabricant de puces Nvidia, a déclaré que les centres de données pour l’IA auront besoin de centaines de milliers d’électriciens, de plombiers et de charpentiers.

Au Royaume-Uni, les rapports sectoriels estiment qu’il manque 35 000 soudeurs qualifiés, nécessaires notamment pour construire des parcs éoliens en mer, des centrales nucléaires et des sous-marins. Beaucoup de ceux qui possèdent ces compétences vieillissent : la moitié de la main-d’œuvre britannique spécialisée dans le soudage devrait prendre sa retraite d’ici 2027.

Une solution à la pénurie de compétences consiste à encourager davantage de jeunes à acquérir des compétences techniques. Mais les métiers manuels restent stigmatisés. De nombreux parents les considèrent comme « sales, pénibles et dangereux » et « sans avenir », explique Sujai Shivakumar, du Centre for Strategic and International Studies, un groupe de réflexion basé à Washington. Le manque de coordination entre les écoles, l’industrie et le gouvernement est également un problème, selon M. Shivakumar. Les collèges communautaires proposent souvent des cours qui augmentent le nombre d’inscriptions, mais pas ceux dont les industries ont besoin, explique-t-il, ce qui laisse aux diplômés professionnels peu de choix d’emploi, même s’il y a une pénurie de compétences.

L’exemple suisse

Une meilleure solution serait de s’inspirer de pays comme la Suisse, où environ deux tiers des jeunes suivent une formation technique après 11 ans de scolarité obligatoire. Ce système fonctionne parce qu’il est « perméable », ce qui signifie que les étudiants peuvent facilement passer d’une filière technique à une filière universitaire, et inversement, explique Ursula Renold, experte en formation professionnelle à l’ETH Zurich, une université suisse. De nombreux autres pays encouragent l’apprentissage, qui permet aux stagiaires d’obtenir une certification pour travailler dans un certain secteur, mais ne leur permet pas d’utiliser cette certification dans le système éducatif général. « Ils sont cloisonnés », explique Mme Renold, ce qui est « très dangereux ». Selon elle, un système idéal devrait éviter de séparer les étudiants et les apprentis dans des filières différentes. Il devrait également laisser les entreprises prendre l’initiative d’élaborer les programmes d’études et de former les étudiants sur le lieu de travail.

La mise en place de systèmes tels que celui de la Suisse peut prendre des décennies. En attendant, la meilleure option pourrait être l’apprentissage diplômant, dans le cadre duquel les étudiants sont rémunérés par un employeur pour poursuivre des études universitaires tout en acquérant une formation sur le terrain. BAE Systems, un fabricant d’armes britannique, dispose d’un programme d’apprentissage qui accueille plus de 5 000 stagiaires par an, dont un tiers sont des apprentis en licence. Laché, un apprenti en génie aérospatial de 20 ans (dont le nom de famille n’est pas divulgué pour des raisons de sécurité), passe quatre jours par semaine à travailler sur les technologies du cockpit du Tempest, un nouvel avion de chasse, et le cinquième jour à suivre des cours. « C’est vraiment, vraiment, vraiment génial », dit-elle. La demande pour ce type d’apprentissage est forte : BAE a reçu plus de 31 000 candidatures pour 1 100 places lors de son dernier cycle, selon Richard Hamer, directeur de la formation de l’entreprise. Cela « en vaut vraiment la peine » tant pour les stagiaires que pour l’entreprise, qui avait du mal à trouver des diplômés possédant les compétences requises, dit-il. 

Passer de la cuisson de hamburgers à la fabrication de semi-conducteurs 

Des programmes similaires voient également le jour aux États-Unis. TSMC, un fabricant de puces taïwanais, a récemment lancé un programme d’apprentissage en Arizona, où il prévoit de construire six usines de semi-conducteurs. Nolan Cunningham, un apprenti technicien de processus âgé de 23 ans, travaillait dans une chaîne de restauration rapide avant de rejoindre le programme TSMC en avril. Il avait décidé de renoncer à l’université pour éviter de s’endetter. « Je ne veux pas passer les 25 prochaines années à rembourser mes prêts étudiants », explique-t-il. « Cela vous handicape complètement. »

Mais il suit désormais des cours de nanotechnologie dans un établissement d’enseignement supérieur communautaire, financés par TSMC, et est en passe d’obtenir un diplôme de premier cycle. Son travail à l’usine consiste principalement à analyser des données et à surveiller les systèmes de fabrication à partir d’un ordinateur. Passer de la cuisson de hamburgers à la fabrication de semi-conducteurs a été un « énorme bond en avant », explique M. Cunningham, mais un choix facile.

Source : The Economist

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