mercredi 23 septembre 2020

La CAQ pour l'agrandissement du cégep anglophone Dawson et de l'université anglophone McGill à Montréal

La CAQ vient de publier sa liste de projets « priorisés » dans le cadre du nouveau projet de loi 61 « Loi concernant l’accélération de certains projets d’infrastructure ». L’agrandissement de Dawson College (au moins 50 M$) ET l’agrandissement de McGill sur le site du Royal Victoria (au moins 700 M$) y sont inscrits.

L'agrandissement du vétuste hôpital Maisonneuve-Rosemont n'est pas priorisé par le projet de loi 61. Cet hôpital est situé dans l'est de Montréal et dessert une clientèle principalement francophone.

Certains pensaient que la CAQ était un parti de droite et nationaliste, berné sans doute par un projet de laïcité timide et sans véritable effet positif. (Le problème est démographique, la laïcité en France nettement moins timide n’empêche pas les problèmes de coexistence en France.) Espérons que les nationalistes qui avaient des yeux de Chimène pour la CAQ seront enfin désabusés.


Montréal l’anglicisante : le collège Dawson (Montréal) accueille des élèves et enseignants du gymnase Rotteck à Fribourg en Allemagne en anglais.


Le gouvernement « nationaliste » de François Legault mise donc sur l’anglicisation du système collégial à Montréal. Pourtant, le gouvernement de M. Legault connaît la réalité inquiétant des chiffres linguistiques à Montréal. L’aile affairiste et fédéraliste (qui a payé les dettes de l’ADQ, environ 800 K$ ?) triomphe. L’aile profrancisation devant se contenter de 50 employés supplémentaires pour l’Office de la langue française.


Voir aussi

 
La « westislandisation » pour les nuls : entretien avec Frédéric Lacroix 

Québec va financer l’agrandissement du Collège [fin lycée] anglophone Dawson, à Montréal 

« À Montréal, l’anglais a déclassé le français comme langue des études postsecondaires »

 Aller au cégep anglais pour apprendre l’anglais ? Vraiment ?  

Les enfants de la loi 101, l’école en français : une immersion forcée, ensuite ruée vers l’anglais

 


Pro renovatione occidentis

Immigration de masse, déclin des valeurs, théorie du genre, radicalisation, sociétés parallèles, cartels politiques, polarisation sociale, crise de la dette — où que l’on regarde, l’Europe semble se désintégrer devant nos yeux : l’universalisme politiquement correct nous a menés au bord du gouffre. Il est grand temps pour un retour à ces valeurs qui, jadis, furent à la racine de la grandeur de l’Occident, si nous voulons éviter les pires scénarios.

Ceci ne sera possible que grâce à un renouveau fondamental de l’Europe sur base d’une idéologie politique que nous voudrions appeler « hespérialisme » : d’un côté, nous avons besoin d’une Europe assez forte pour protéger l’État-nation individuel contre la montée de la Chine, l’explosion démographique de l’Afrique, les relations difficiles avec la Russie et la radicalisation du Proche Orient. Mais d’un autre côté, une telle Europe ne sera acceptée par le citoyen que si elle reste fidèle aux traditions historiques de l’Occident au lieu de les combattre au nom d’un universalisme multiculturel chimérique.

Défense de la famille naturelle, régulation sévère de l’immigration, retour à la Loi Naturelle, protection d’un modèle économique socialement responsable, implémentation radicale du principe de subsidiarité, renforcement des racines culturelles de notre identité et renouveau de notre sens de la beauté - voici, en quelques mots, les bases d’une nouvelle Europe « hespérialiste ».

« En lisant Engels, il m’est venu cette idée bizarre, et même incongrue, que Nietzsche, s’il vivait aujourd’hui, serait peut-être le premier à souhaiter un renouveau du catholicisme. Alors qu’il a combattu avec acharnement le christianisme comme “religion des faibles”, il se rendrait compte, aujourd’hui, que toute la force de l’Europe résidait dans cette “religion des faibles” ; et que, sans elle, l’Europe est condamnée… »

MICHEL HOUELLEBECQ

Renovatio Europae - Plaidoyer pour un renouveau hespérialiste de l’Europe
sous la direction de David Engels,
et les contributions de Chantal Delsol, David Engels, Alvino-Mario Fantini, Birgit Kelle, Zdzisław Krasnodębski, András Lánczi, Max Otte, Jonathan Price et Justyna Schulz,
paru aux éditions du Cerf,
à Paris,
le 16 juillet 2020,
232 pages,
ISBN-13 : 978-2204140355



David Engels : « Le déclin de l’Occident n’est pas un accident de parcours »

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN —Inquiet de voir la civilisation européenne dépérir, l’historien David Engels livre ses réflexions et conseils personnels dans Que faire ? Vivre avec le déclin de l’Europe, un guide de survie à l’usage des amoureux de l’Occident.

David Engels est historien et professeur à l’Institut Zachodni en Pologne et à l’Université libre de Bruxelles. Il est l’auteur de plusieurs livres dont Le Déclin. La crise de l’Union européenne et la chute de la République romaine (Éditions du Toucan, 2013) et Que Faire ? Vivre avec le déclin de l’Europe (Blue Tiger Media, 2019).

FIGAROVOX. — Votre livre Que Faire ? Vivre avec le déclin de l’Europe [paru en 2019] relève plus du témoignage personnel que de l’essai politique. Pourquoi avez-vous voulu partager ces réflexions intimes ?

David ENGELS. — La situation est grave : ce n’est pas seulement un modèle politique, économique ou social qui est graduellement en train de disparaître, mais l’entièreté de ce qui fut, pendant mille ans, « l’Occident ». Cette évolution est tout sauf un fait divers dont il suffirait de prendre bonne note avant de continuer comme si de rien n’était : le déclin massif de l’Europe en tant que civilisation est une véritable tragédie historique qui nous concerne tous, non seulement en tant que collectif, mais aussi en tant qu’individus. Personnellement, je souffre énormément de la fin annoncée de la civilisation occidentale que j’aime de tout mon cœur, et je sais que je suis loin d’être le seul dans ce cas, bien que beaucoup de contemporains ne se rendent pas encore tout à fait compte de la nature gravissime de cette évolution ou n’osent pas en tirer les conséquences qui s’imposent. C’est pour eux que j’ai écrit ce livre, afin de partager avec eux mes réflexions pour savoir comment nous, amoureux de l’Occident, de son histoire, de son patrimoine et de ses traditions, pouvons faire pour rester fidèle, dans un monde post-européen, à nos convictions intimes, et pour les léguer à nos descendants.

— Vous rappelez l’analogie entre le déclin actuel du monde occidental et le déclin du monde gréco-romain que vous aviez étudié dans l’un de vos livres précédents. En quoi la comparaison tient-elle ?

— L’honnêteté avec elle-même doit être la vertu suprême pour toute civilisation qui se respecte. En effet : le déclin de l’Occident, comme l’ont montré de nombreux historiens comme Oswald Spengler ou Arnold Toynbee, n’est pas un accident de parcours : il est inscrit dans la logique de l’Histoire elle-même qui a déjà connu la montée et le déclin de nombreuses autres civilisations. Dans mon livre Le Déclin, d’ailleurs tout juste sorti en édition de poche avec une nouvelle préface il y a quelques semaines, j’ai tenté de montrer à quel point la crise actuelle de l’Europe rappelait celle de la République romaine du premier siècle, quand, atteinte par une crise politique, économique, démographique, ethnique et sociale sans précédent, elle fut déchirée par des émeutes endémiques se muant en véritables guerres civiles avant de basculer vers un État autoritaire stabilisant, certes, la crise, mais au prix d’une réduction drastique de la liberté politique et d’une certaine stagnation culturelle. Je suis convaincu que cette évolution nous attend également durant les deux prochaines décennies et ne peux qu’appeler mes lecteurs à se préparer à ces événements.

— Vous pointez du doigt le fait que peu de gens osent vraiment évoquer un « déclin ». Mais ne craignez-vous pas qu’en parler puisse avoir un effet performatif ?

— C’est comme en médecine : aimeriez-vous être soigné par un médecin qui traitera votre cancer comme un rhume, de peur de l’impact psychosomatique de vous faire part de la véritable situation ? Ainsi, je crois surtout que l’honnêteté avec elle-même doit être la vertu suprême pour toute civilisation qui se respecte. Taire volontairement la réalité des processus culturels qui se déroulent actuellement — que ce soit l’immigration de masse, le vieillissement de la population, l’islamisation, l’intelligence artificielle, la dissolution des États Nations, l’auto-destruction du système scolaire et universitaire, l’immense retard de l’Europe sur la Chine, la transformation de la démocratie en technocratie — revient, à mon avis, à un acte de haute trahison avec des conséquences durables. Car quand la vérité — c’est-à-dire la nature de plus en plus irréversible du processus — éclatera au grand jour, même les derniers restes de confiance en notre système politique se trouveront fracassés, tout comme la solidarité sociale entre les différents groupes sociaux et culturels qui composent notre société. Ce n’est qu’en analysant sincèrement et froidement la situation actuelle que nous pouvons déterminer les marges de manœuvre (de plus en plus réduites) qui nous restent et tenter d’envisager les réformes nécessaires pour sauver et stabiliser ce qui persiste de notre civilisation, comme l’a d’ailleurs très bien remarqué Michel Houellebecq quand il a écrit son appréciation de mon livre pour la quatrième de couverture.

— Ce déclin civilisationnel semble plus vous inquiéter que les discours qui nous alarment quant à l’urgence climatique…

— L’Occident ne pourra stabiliser son déclin actuel que s’il renoue à la fois avec ses racines et reste solidaire et uni. Au contraire : bien que je reste sceptique concernant la prétendue urgence climatique et encore plus de l’impact de l’humain dans le cadre de cette théorie, l’exploitation outrancière de nos ressources naturelles et la spoliation de la diversité et de la beauté de la nature à tous les niveaux font partie intégrale de notre déclin civilisationnel, comme ce fut d’ailleurs le cas vers la fin de la République romaine. C’est aussi pourquoi je suis convaincu qu’il est essentiel de ne pas s’attaquer à des symptômes, mais aux véritables causes : ce n’est pas seulement en diminuant le CO2 ou d’autres matières problématiques, mais en travaillant sur l’idéologie matérialiste, consumériste, égoïste du monde moderne que nous pouvons espérer trouver un nouvel équilibre avec la nature — tout en sachant que le véritable danger pour notre environnement ne vient plus de l’Europe qui a déjà fait des immenses progrès, mais plutôt de l’Asie… D’ailleurs, dans ce contexte, je m’étonne toujours du double langage de nombreux écologistes : alors que, sur le plan écologiste, ils préfèrent défendre un « conservatisme » de plus en plus radical, sur le plan culturel, ils défendent un constructivisme extrême : on dirait que, pour beaucoup d’entre eux, la disparition d’une espèce de grenouille est plus importante que celle de la civilisation européenne… C’est aussi pour sensibiliser l’opinion publique sur la richesse de notre culture et le risque de la voir diluée ou disparaître définitivement que j’ai écrit ce livre.

— Le Brexit serait-il le premier signe concret du délitement de l’Europe que vous redoutez ?

— Entre nous, j’avoue n’être toujours pas convaincu que le Brexit aura véritablement lieu, bien que la nomination de Boris Johnson puisse faire changer la situation. Mais il ne faut pas confondre « Europe » et « Union européenne » : pendant des siècles, l’Occident a été politiquement et culturellement plus uni que maintenant. Une disparition ou transformation de l’Union européenne en tant que telle ne signifierait donc nullement un délitement de l’Europe en tant que civilisation. Ce délitement vient surtout de l’intérieur, non de l’extérieur. La destruction de la famille traditionnelle, le relativisme culturel, le masochisme historique, la pensée politiquement correcte, la tendance à censurer tout avis déplaisant, le remplacement de communautés homogènes et donc solidaires par une juxtaposition de groupements cherchant uniquement leur propre profit, la polarisation sociale, le cynisme avec lequel toute notion de vérité absolue est remplacée par des « compromis » négociés — voilà les véritables raisons du délitement de l’Europe. Les événements politiques que nous voyons aujourd’hui — la transformation de l’Union européenne en le défenseur principal de ce que je viens d’énumérer ainsi que la volonté non seulement des Britanniques, mais aussi des « populistes » partout en Europe, de sacrifier l’unité européenne afin de protéger, au moins, leur propre identité — n’en sont que les conséquences déplorables. Car la véritable réponse vient d’ailleurs : l’Occident ne pourra stabiliser son déclin actuel que s’il renoue à la fois avec ses racines et reste solidaire et uni. Malheureusement, ce message ne sera entendu que quand il sera trop tard.

— Vous dites ne pas vouloir vous laisser aller au catastrophisme. Pour autant vous n’êtes pas ce que l’on pourrait appeler un optimiste…

— Si nous voulons conserver notre identité à travers les crises, il faut commencer par la renforcer et la défendre au quotidien. En premier lieu, je me considère comme historien et ne peux éviter le constat que toutes les grandes civilisations humaines connaissent des cycles historiques plus ou moins analogues. Pourquoi l’Occident serait-il une exception à cette règle millénaire ? Puis, je crois être un observateur assez sensible des processus qui affectent actuellement notre société : il suffit de se promener à travers les banlieues de Paris, de Londres ou de Bruxelles ; de voyager à travers les campagnes de plus en plus désertes ; de voir de ses propres yeux le niveau d’éducation des écoles et universités ; d’étudier l’évolution des taux d’intérêt ; de discuter avec les administrateurs politiques nationaux et européens de plus en plus déconnectés des réalités ; de sentir le désarroi et le désamour de plus en plus d’Européens pour leur système politique, pour voir que l’Occident est en train de se transformer radicalement, et pas pour un mieux. L’éclatement de la grande crise que nous attendons tous pourra peut-être, être encore repoussé, à grands frais, de quelques mois ou années. Mais une fois que les caisses seront vides et que la sécurité sociale s’écroulera, nous verrons que les « gilets jaunes » n’auront été que le prélude à des conflits nettement plus violents. L’Europe qui en émergera n’aura plus grand-chose à faire avec celle dont nous connaissons actuellement les derniers soubresauts. Si nous voulons commencer à conserver du moins quelques restes de ce qui nous tient à cœur de cette civilisation déclinante, le moment, c’est maintenant…

— Finalement, ce petit livre peut se lire comme un guide de survie à usage individuel (vous y tenez). N’y a-t-il vraiment plus de moyens d’action collective pour contrer un déclin qui, à vous lire, semble inéluctable ?

— Si, absolument ! D’ailleurs, j’insiste plusieurs fois sur le fait que ce petit guide ne remplace nullement l’activité politique et collective ; tout au contraire : « vita activa » et « vita contemplativa » doivent se compléter pour former une société véritablement stable. Mais il faut bien se rendre compte que l’Europe va très mal et que même dans le meilleur des cas, elle se retrouvera radicalement changée par rapport à l’Europe dans laquelle la plupart d’entre nous avons été socialisés. Si nous voulons vraiment conserver notre identité à travers les crises qui nous attendent, il est grand temps de ne pas renvoyer la responsabilité vers un monde politique largement indifférent, voire hostile à la véritable culture européenne — et qu’il ne sera pas facile de déboulonner du jour au lendemain —, mais de commencer par défendre et renforcer notre propre identité au quotidien. En effet, nous constatons de plus en plus la force interne de ces « sociétés parallèles » qui dominent désormais nos métropoles : si nous n’œuvrons pas rapidement à raffermir notre propre identité, nous n’aurons bientôt même plus droit à notre propre « société parallèle »… Désormais, le temps où nous pouvions compter sur la stabilité à la fois de notre système politique et culturel est révolu ; si nous voulons protéger notre héritage, la lutte doit désormais être double : d’un côté, nous devons transformer chaque individu, chaque famille, chaque groupe d’amis en une petite forteresse aux valeurs et identités soudées ; d’un autre côté, nous devons développer une nouvelle idéologie politique alliant conservatisme culturel et lutte pour une Europe unie (non nécessairement identique à l’Union européenne). C’est d’ailleurs le sujet de mon dernier livre Renovatio Europae, paru il y a quelques semaines en version allemande et, durant les prochains mois, en traduction française, anglaise, polonaise, italienne et espagnole, et qui fait diptyque avec Que faire ?


Marcel Pagnol parle du latin


dimanche 20 septembre 2020

Trente-deux linguistes énumèrent les défauts de l’écriture inclusive

« Outre ses défauts fonctionnels, l’écriture inclusive pose des problèmes à ceux qui ont des difficultés d’apprentissage et, en réalité, à tous les francophones soudain privés de règles et livrés à un arbitraire moral. » Bien que favorables à la féminisation de la langue, plusieurs linguistes estiment l’écriture inclusive profondément problématique.

Présentée par ses promoteurs comme un progrès social, l’écriture inclusive n’a paradoxalement guère été abordée sur le plan scientifique, la linguistique se tenant en retrait des débats médiatiques. Derrière le souci d’une représentation équitable des femmes et des hommes dans le discours, l’inclusivisme désire cependant imposer des pratiques relevant d’un militantisme ostentatoire sans autre effet social que de produire des clivages inédits. Rappelons une évidence : la langue est à tout le monde.

Des femmes tué·e·s...

LES DÉFAUTS DE L’ÉCRITURE INCLUSIVE

Les inclusivistes partent du postulat suivant : la langue aurait été « masculinisée » par des grammairiens durant des siècles et il faudrait donc remédier à l’« invisibilisation » de la femme dans la langue. C’est une conception inédite de l’histoire des langues supposant une langue originelle « pure » que la gent masculine aurait pervertie, comme si les langues étaient sciemment élaborées par les locuteurs. Quant à l" invisibilisation », c’est au mieux une métaphore, mais certainement pas un fait objectif ni un concept scientifique.

La langue n’a pu être ni masculinisée, ni féminisée sur décision d’un groupe de grammairiens, car la langue n’est pas une création de grammairiens — ni de grammairiennes. Ce ne sont pas les recommandations institutionnelles qui créent la langue, mais l’usage des locuteurs. L’exemple, unique et tant cité, de la règle d’accord « le masculin l’emporte sur le féminin » ne prétend posséder aucune pertinence sociale. C’est du reste une formulation fort rare, si ce n’est mythique, puisqu’on ne la trouve dans aucun manuel contemporain, ni même chez Bescherelle en 1835. Les mots féminin et masculin n’ont évidemment pas le même sens appliqués au sexe ou à la grammaire : trouver un quelconque privilège social dans l’accord des adjectifs est une simple vue de l’esprit. Si la féminisation est bien une évolution légitime et naturelle de la langue, elle n’est pas un principe directeur des langues. En effet, la langue française permet toujours de désigner le sexe des personnes et ce n’est pas uniquement une affaire de lexique, mais aussi de déterminants et de pronoms (« Elle est médecin »). Par ailleurs, un nom de genre grammatical masculin peut désigner un être de sexe biologique féminin (« Ma fille est un vrai génie des maths ») et inversement (« C’est Jules, la vraie victime de l’accident »). On peut même dire « un aigle femelle » ou « une grenouille mâle »…

UNE ÉCRITURE EXCLUANTE

La langue n’est pas une liste de mots dénués de contexte et d’intentions, renvoyant à des essences. Il n’y a aucune langue qui soit fondée sur une correspondance sexuelle stricte. Autrement, le sens des mots serait déterminé par la nature de ce qu’ils désignent, ce qui est faux. Si c’était le cas, toutes les langues du monde auraient le même système lexical pour désigner les humains. Or, la langue n’a pas pour principe de fonctionnement de désigner le sexe des êtres : dire à une enfant « Tu es un vrai tyran » ne réfère pas à son sexe, mais à son comportement, indépendant du genre du mot.

Les formes masculines du français prolongent à la fois le masculin (librum) et le neutre (templum) du latin et font donc fonction de genre « neutre », c’est-à-dire par défaut, ce qui explique qu’il intervienne dans l’accord par résolution (la fille et le garçon sont partis), comme indéfini (ils ont encore augmenté les impôts), impersonnel (il pleut), ou neutre (c’est beau). Il n’y a là aucune domination symbolique ou socialement interprétable. Quand on commande un lapin aux pruneaux, on ne dit pas un·e lapin·e aux pruneaux…

La langue a ses fonctionnements propres qui ne dépendent pas de revendications identitaires individuelles. La langue ne détermine pas la pensée — sinon tous les francophones auraient les mêmes pensées, croyances et représentations. Si la langue exerçait un pouvoir « sexiste », on se demande comment Simone de Beauvoir a pu être féministe en écrivant en français « patriarcal ». L’évidence montre que l’on peut exprimer toutes les pensées et les idéologies les plus antithétiques dans la même langue.

Ces formes fabriquées ne relèvent d’aucune logique étymologique et posent des problèmes considérables de découpages et d’accords

En français, l’orthographe est d’une grande complexité, avec ses digraphes (eu, ain, an), ses homophones (eau, au, o), ses lettres muettes, etc. Mais des normes permettent l’apprentissage en combinant phonétique et morphologie. Or, les pratiques inclusives ne tiennent pas compte de la construction des mots : tou·t·e·s travailleu·r·se·s créent des racines qui n’existent pas (tou-, travailleu-). Ces formes fabriquées ne relèvent d’aucune logique étymologique et posent des problèmes considérables de découpages et d’accords.

En effet, les réformes orthographiques ont normalement des objectifs d’harmonisation et de simplification. L’écriture inclusive va à l’encontre de cette logique pratique et communicationnelle en opacifiant l’écriture. En réservant la maîtrise de cette écriture à une caste de spécialistes, la complexification de l’orthographe a des effets d’exclusion sociale. Tous ceux qui apprennent différemment, l’écriture inclusive les exclut : qu’ils souffrent de cécité, dysphasie, dyslexie, dyspraxie, dysgraphie, ou d’autres troubles, ils seront d’autant plus fragilisés par une graphie aux normes aléatoires.

Tous les systèmes d’écriture connus ont pour vocation d’être oralisés. Or, il est impossible de lire l’écriture inclusive : cher·e·s ne se prononce pas. Le décalage graphie/phonie ne repose plus sur des conventions d’écriture, mais sur des règles morales que les programmes de synthèse vocale ne peuvent traiter et qui rendent les textes inaccessibles aux malvoyants.

L’écriture inclusive pose des problèmes à tous ceux qui ont des difficultés d’apprentissage

On constate chez ceux qui la pratiquent des emplois chaotiques qui ne permettent pas de produire une norme cohérente. Outre la prolifération de formes anarchiques (« Chere· s collègu· e· s », « Cher·e·s collègue·s », etc.), l’écriture inclusive est rarement systématique : après de premières lignes « inclusives », la suite est souvent en français commun… Si des universitaires militants ne sont pas capables d’appliquer leurs propres préceptes, qui peut le faire ? L’écriture inclusive, à rebours de la logique grammaticale, remet aussi radicalement en question l’usage du pluriel, qui est véritablement inclusif puisqu’il regroupe. Si au lieu de « Les candidats sont convoqués à 9 h » on écrit « Les candidats et les candidates sont convoqué·e·s à 9 h », cela signifie qu’il existe potentiellement une différence de traitement selon le sexe. En introduisant la spécification du sexe, on consacre une dissociation, ce qui est le contraire de l’inclusion. En prétendant annuler l’opposition de genre, on ne fait que la systématiser : l’écriture nouvelle aurait nécessairement un effet renforcé d’opposition des filles et des garçons, créant une exclusion réciproque et aggravant les difficultés d’apprentissage dans les petites classes.

Outre ses défauts fonctionnels, l’écriture inclusive pose des problèmes à tous ceux qui ont des difficultés d’apprentissage et, en réalité, à tous les francophones soudain privés de règles et livrés à un arbitraire moral. La circulaire ministérielle de novembre 2017 était pourtant claire et, tout en valorisant fort justement la féminisation quand elle était justifiée, demandait « ne pas faire usage de l’écriture dite inclusive » : des administrations universitaires et municipales la bafouent dans un coup de force administratif permanent. L’usage est certes roi, mais que signifie un usage militant qui déconstruit les savoirs, complexifie les pratiques, s’affranchit des faits scientifiques, s’impose par la propagande et exclut les locuteurs en difficulté au nom de l’idéologie ?

Tribune rédigée par les linguistes Yana Grinshpun (Sorbonne Nouvelle), Franck Neveu (Sorbonne Université), François Rastier (CNRS), Jean Szlamowicz (Université de Bourgogne).

Signée par les linguistes :

Jacqueline Authier-Revuz (Sorbonne nouvelle)
Mathieu Avanzi (Sorbonne Université)
Samir Bajric (Université de Bourgogne)
Elisabeth Bautier (Paris 8 — Saint-Denis)
Sonia Branca-Rosoff (Sorbonne Nouvelle)
Louis-Jean Calvet (Université d’Aix-Marseille)
André Chervel (INRP/Institut Français de l’Éducation)
Christophe Cusimano (Université de Brno)
Henri-José Deulofeu (Université d’Aix-Marseille)
Anne Dister (Université Saint-Louis, Bruxelles)
Pierre Frath (Université de Reims)
Jean-Pierre Gabilan (Université de Savoie)
Jean-Michel Géa (Université de Corte Pascal Paoli)
Jean Giot (Université de Namur)
Astrid Guillaume (Sorbonne Université)
Pierre Le Goffic (Sorbonne Nouvelle)
Georges Kleiber (Université de Strasbourg)
Mustapha Krazem (Université de Lorraine)
Danielle Manesse (Sorbonne Nouvelle)
Luisa Mora Millan (Université de Cadix)
Michèle Noailly (Université de Brest)
Thierry Pagnier (Paris 8 — Saint-Denis)
Xavier-Laurent Salvador (Paris 13 — Villetaneuse)
Georges-Elia Sarfati (Université d’Auvergne)
Agnès Steuckardt (Université Paul Valéry, Montpellier)
Georges-Daniel Véronique (Université d’Aix-Marseille)
Chantal Wionet (Université d’Avignon)
Anne Zribi-Hertz (Paris 8 — Saint-Denis)

 

Source


Covid19 — Pourcentage de cas positifs au Québec du 8 mars au 18 septembre 2020

Plusieurs de nos lecteurs se sont étonnés que les médias ne publient que les chiffres bruts des tests positifs et non pas les pourcentages (le nombre de cas positifs divisé par le nombre de tests réalisés). Nous avons produit le graphique ci-dessous pour leur répondre.

D’abord, le graphique que l’on voit un peu partout, le nombre absolu de cas positifs (double-cliquer sur l’image pour l’agrandir)



Puis, le pourcentage de cas positifs (le nombre de cas positifs rapporté au nombre de tests effectués) :


Cette courbe a l’air moins menaçante (bien qu’il y ait une petite remontée récemment).

Quant à la valeur de ces tests dont on ne connaît pas le nombre de cycles d’amplification pendant la PCR auquel il faut ajouter un taux d’erreur dans les tests positifs d’environ 3 %, voici ce qu’en dit le professeur de médecine Toussaint :


Toujours le Pr Toussaint sur la 2e vague et les corrections officielles de données en France :


vendredi 18 septembre 2020

La haine de la culture à l'école des « compétences »

Extraits de la recension par Éric Zemmour du livre La Haine de la culture par Konrad Paul Liessman. On trouvera également de longs extraits du début de l’ouvrage à la fin de ce billet.

Bildung : un mot que seuls les germanistes connaissent ; et les lecteurs des grands romanciers allemands, les Theodor Fontane et Thomas Mann. Bildung, c’est à la fois l’éducation, la culture et la formation, comme nous l’expliquent, dès la première page du livre, nos traducteurs. Bildung était bien sûr dans le titre original de cet ouvrage : bildung abandonnée, bildung rejetée, bildung méprisée, bildung martyrisée mais bildung debout, bildung…

Si je me permets ainsi de jouer, c’est que notre auteur ne se prive pas lui-même de manier l’ironie avec une efficacité grinçante. Et si je joue sur un registre franco-allemand, c’est que les thèmes de son ouvrage évoquent des auteurs français bien connus : le Finkielkraut de La Défaite de la pensée ou le Régis Debray de L’Éloge des frontières. Konrad Paul Liessmann a écrit une formidable charge contre les progressistes ; en France, il aurait été catalogué dans les « nouveaux réacs ». Mais Liessmann est un philosophe autrichien qui peut s’ébrouer librement, loin des sectaires et des sicaires du boulevard Saint-Germain. Il est libre Konrad ! Libre d’appeler à de nouvelles Lumières contre l’Islam sans craindre les reproches d’islamophobie [...]

Libre de nous démontrer que l’école d’aujourd’hui, qui a abandonné la culture pour les compétences, est devenue une école « barbare ». Qu’on n’éduque plus les enfants, mais qu’on cherche « l’acquisition de compétences telles que la capacité à travailler en équipe, la disposition à communiquer, le goût de l’innovation et la virtuosité numérique ». Que « la culture n’est pas un savoir-faire. » Que le « savoir inutile voilà ce qui distingue l’homme cultivé ». Que la littérature a connu le sort du latin et du grec ancien dans les années 1960, devenue obsolète, car symbole de la culture bourgeoise. Et que « faire en sorte de barrer systématiquement l’accès à la littérature aux jeunes gens, par la mise en œuvre d’une politique éducative obsédée par les compétences et ne jurant que par la technique, cela ne saurait être interprété que comme un acte barbare ».

Qu’il y a un lien (évident, mais que personne ne veut voir) entre la dévalorisation des connaissances et l’entrée dans l’ère de la post-vérité. Et de finir sur cette ironie réjouissante : « On peut y voir un processus démocratique : ce que jadis seuls 10 000 privilégiés avaient le droit de lire, aujourd’hui plus personne n’a le droit de le lire. Inégalité pour tous. »

Liessmann nous montre le paradoxe de notre époque qui vide l’éducation de sa substance culturelle et qui, en même temps, pare l’éducation de toutes les vertus et de tous les objectifs. « De nos jours, parler de l’éducation, c’est croire aux miracles (…) (L’école est devenue) une sorte de religion dans une société sécularisée. » Mais justement, ceci explique cela. C’est parce qu’on a détruit la culture littéraire, ce qu’on appelait la « culture » et que l’extrême gauche appelait « la culture bourgeoise », qu’on a pu ainsi transformer les salles de classe en un lieu de propagande mise au service du développement durable, de la théorie du genre, etc. Et parce qu’on a renoncé au « processus de conquête de soi-même par la culture » qu’on peut donner le bac à tout le monde.

Liessmann dénonce avec lucidité des profs privés de « tout contact avec leur discipline », « au nom d’une pseudo scientifisation de la pédagogie fort douteuse en raison de l’étendue de leur contamination idéologique ».

Il ne respecte rien ni personne pour notre plus grande joie. « À l’époque du numérique, où des tablettes sont utilisées durant les cours, les écoles ne font pas des enfants et des adolescents qui leur sont confiés des citoyens émancipés capables de résister aux tentations totalitaires des multinationales du net, mais, au contraire, des agents de ces firmes ». On transmettra le message à Valérie Pécresse qui, au nom de la région Île-de-France, a distribué des ordinateurs à tous les enfants des écoles !

Même notre société de l’intelligence est brocardée par notre iconoclaste : « Seuls les pays affichant un faible pourcentage de diplômés de l’enseignement supérieur — la Suisse, l’Autriche, l’Allemagne — affectent un faible taux de chômage de ces personnes (…) Ailleurs, (se développe un) précariat académique [des diplômés universitaires] grandissant (qui signifie sans doute “que la lutte pour les talents” appartienne déjà au passé). »

On l’a dit, Liessmann est autrichien. Sa critique acerbe de la société et de l’école concerne le système éducatif du monde germanique. Chez nos voisins, l’école est fédéralisée, régionalisée, même les programmes peuvent être différents d’une région à l’autre. Des fondations parfois privées gèrent le système. Pas de Rue de Grenelle, pas de ministère centralisé, pas « de plus gros employeur du monde depuis la disparition de l’Armée rouge ». Pas de sclérose bureaucratique, pas de Jules Ferry disant « tous les enfants de France font la même dictée à la même heure ». Pas de pédagogistes et de gauchistes qui se sont introduits dans le cœur du système pour mieux le piloter et le désintégrer. Pas de profs fonctionnaires « fainéants » qu’on ne peut pas virer et qui ne pensent qu’aux vacances !

Rien de tout cela et pourtant les mêmes résultats, les mêmes constats, le même mépris de la culture et de la littérature, la même obsession des compétences, le même Graal des classements Pisa, le même modèle finlandais, la même propagande des lobbys gays, antiracistes, écologistes, féministes. En lisant Liessmann, on comprend que la France a subi comme ses voisins le même processus de Bologne (Union européenne), les mêmes instructions de l’OCDE (inspirées des méthodes américaines d’après-guerre), le même mépris de la transmission au bénéfice de l’innovation, la même incapacité à mener un nouveau combat des Lumières contre l’Islam, la même détestation de la culture bourgeoise, patriarcale, hétérosexuelle et blanche. Cela nous rend plus indulgents pour nos faiblesses hexagonales. Et plus lucides sur nos véritables ennemis.

LA HAINE DE LA CULTURE
par Konrad Paul Liessmann,
paru à Paris
le 16 septembre 2020
aux éditions Armand Colin,
173 pages,
ISBN-13 : 978-2200627928



Début du livre

37 % des gènes humains ont une expression différenciée selon que l’on est homme ou femme

Une étude vient de paraître dans la revue Science du 10 septembre, mettant en valeur les différences d’expression génétique entre les sexes, aboutissement de dix années d’efforts, 37 % des gènes humains ont une expression différenciée selon que l’on est un homme ou une femme. Health (NIH).

Quand on pense génétique, on raisonne souvent selon l’absence ou la présence de tel ou tel gène. Or, les différences de phénotype et de nombreux facteurs biologiques (poids, maladies, vieillissement, taux de sucre dans le sang…) dépendent aussi étroitement de la façon dont les gènes sont utilisés par la cellule (épigénétique). Certains gènes restent ainsi souvent en grande partie inactivés. Ces variations d’expression sont appelées « transcriptome ». Un gène contient un code ADN pouvant être lu et transcrit en protéines fonctionnelles. Il génère pour cela un brin d’ARN à partir du code ADN, qui sert de guide pour fabriquer la protéine. Plus le gène est actif, plus il produit d’ARN et donc de protéines. C’est la quantité et la qualité de l’ARN que l’on appelle transcriptome et qui est utilisé pour mesurer l’activité des gènes.

Ainsi, les différences entre les sexes, communément attribuées aux hormones et aux chromosomes sexuels, seraient en grande partie dues à ce fameux transcriptome. 37 % des gènes humains ont une expression différenciée selon que l’on est un homme ou une femme.

Les scientifiques ont découvert 58 liens inédits entre l’expression génétique et des caractéristiques des individus, comme la pression sanguine, le taux de cholestérol ou le risque de cancer du sein. Le gène CYP450, qui influe sur l’assimilation des médicaments humains dans le foie, s’exprime ainsi de manière différenciée selon le sexe dans de nombreux tissus. Cela pourrait expliquer pourquoi certains médicaments sont plus efficaces chez l’homme que la femme (ou vice versa). Chez les femmes, la régulation génétique du CCDC88 est fortement associée à la progression du cancer du sein, et l’activité du gène HKDC1 est corrélée au poids de naissance (en modifiant le métabolisme du glucose dans le foie de la femme enceinte). Chez les hommes, la régulation génétique du DPYSL4 est associée au pourcentage de graisse corporelle et celle du CLDN7 au poids de naissance. Les chercheurs ont également identifié un lien entre l’expression du gène C9orf66 et la calvitie masculine.

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jeudi 17 septembre 2020

Au Québec, un cours d’éducation sexuelle « imprégné par la théorie du genre » ?

Un nouveau cours d’éducation à la sexualité pour les élèves attire l’attention des Québécois. Selon le groupe féministe Pour les droits des femmes du Québec, une partie de celui-ci aurait été conçue par des militants radicaux qui nient la réalité biologique des sexes. Entretien avec Nadia El-Mabrouk, membre du groupe et intellectuelle laïque.

En 2018, le ministère de l’Éducation du Québec a lancé un nouveau programme d’éducation sexuelle qui compte un volet relatif à « l’identité de genre ».

Le groupe féministe Pour les droits des femmes du Québec (PDF) a pu en obtenir une copie en avant-première, découvrant au passage que des militants pour « l’identité de genre » avaient participé à l’élaboration du cours que suivent les élèves, à partir du niveau préscolaire jusqu’à la fin du secondaire. Propagande ou discours scientifique ?

Nadia El-Mabrouk, intellectuelle laïque et membre du groupe féministe, estime en entrevue avec Sputnik que ce nouveau cours est « imprégné par la théorie du genre ».

Sputnik — Vous dénoncez un programme idéologique et non scientifique. Quelles sont les principaux éléments problématiques, selon vous ?

Nadia El-Mabrouk — « Je tiens tout d’abord à dire que je suis en faveur d’un cours d’éducation à la sexualité. En tant que maman, et en tant que féministe membre de Pour les droits des femmes du Québec (PDF Québec), je ne peux qu’être favorable à un cours dont les objectifs sont la lutte aux stéréotypes sexuels, la prévention des agressions sexuelles ou encore la sensibilisation aux phénomènes de la puberté. [Nous ne partageons pas cet enthousiasme : c'est ainsi que la lutte aux « stéréotypes sexuels », concept vague, cache souvent la la lutte aux rôles traditionnels des hommes et des femmes. Il n'est pas du ressort de l'État de lutter contre les normes sociales traditionnelles. Voir Programme d'éducation à la sexualité du Québec : lutter contre « les effets nuisibles des versions traditionnelles » des rôles sexuels.]

Une grande partie du contenu du programme est tout à fait pertinente. Mais d’autres parties transmettent un contenu idéologique et non scientifique. C’est le cas du thème “Identité, rôles, stéréotypes sexuels et normes sociales”, avec du contenu prévu pour les élèves à peu près une fois par an, de la maternelle à la cinquième année du secondaire. Ce thème est imprégné du vocabulaire de la théorie du genre, qui sème la confusion plutôt que d’éclairer les jeunes.


Extrait des thèmes du programme d'éducation sexuelle. On est loin des cours d'anatomie. Il s'agit aussi d'instaurer de nouvelles normes et de lutter contre les stéréotypes traditionnels sociaux.


Partout, on parle de sexe “assigné” ou “attribué” à la naissance. Mais qui donc assignerait un sexe à son bébé ? Le sexe est, bien sûr, “constaté” à la naissance, ou même avant la naissance, sur une base objective, sur la base de ses organes génitaux. Par cette confusion que l’on entretient dans tout le programme, on sous-entend que le sexe qui a été “assigné” peut être “réassigné”, que le sexe relèverait du choix et qu’un enfant pourrait donc choisir de le changer.

Par ailleurs, on sème la confusion entre les notions de “sexe” et de “genre”. Par exemple, dans l’outil Sam, offert en livre et en capsule vidéo, donné plusieurs fois en référence dans le programme, les illustrations enfantines suggèrent que la “véritable” identité de l’enfant est celle qui est “dans son cœur”. Qu’est-ce que le genre ? Sans le dire, les images indiquent qu’il s’agit des stéréotypes féminins et masculins : une fille qui aime s’habiller en travailleur de la construction, porter un maillot de sport ou a les cheveux courts. En fait, cette petite fille, Sam, n’est pas simplement une fille qui aime les jeux de construction. Elle finit, à la fin de l’animation, par être un garçon.


« Listen to your heart » (écoute ton coeur) Sam est un nouvel outil éducatif conçu pour aider les enfants, ainsi que leur entourage, à comprendre ce que peut vivre une enfant transgenre « Appuyé par Québec ».

Sexe “assigné” à la naissance, stéréotypes, outils pédagogiques controversés

C’est un exemple parmi d’autres dans le programme suggérant qu’un enfant qui ne se conformerait pas aux stéréotypes sexuels de son sexe serait de l’autre sexe. Or, c’est exactement le contraire que devrait transmettre un programme qui vise à lutter contre les stéréotypes sexuels. Un jeune devrait être encouragé à aimer ce qu’il veut, avoir sa propre personnalité et ses propres préférences, qu’il soit fille ou garçon.

De plus, même si ailleurs dans le programme, on dit bien qu’il faut éviter de poser des questions suggestives aux enfants, c’est exactement ce que l’on fait dans les parties imprégnées de l’idéologie du genre. Certains exemples qui sont donnés sous forme de témoignages sont susceptibles d’orienter un jeune qui ne se sentirait pas bien dans sa peau, en suggérant qu’il est trans. On l’oriente vers certaines références, et on lui suggère que la réponse à son mal-être est qu’il serait “né dans le mauvais corps”. »

Sputnik — Pour les droits des femmes du Québec a mis la main sur le programme complet du ministère de l’Éducation, qui n’était toujours pas disponible. A-t-on cherché à dissimuler de l’information au public ? Si oui, pour quelle raison ?

Nadia El-Mabrouk — « L’information qui est mise à la disposition des parents sur le site du ministère de l’Éducation est très partielle et permet seulement de connaître les grandes lignes des thèmes abordés dans le programme.

Oui, c’est en effet une maman, membre de PDF Québec, qui a réussi à obtenir le canevas pédagogique détaillé du programme. Mais ça ne s’est pas fait sans difficulté ! Ni sa commission scolaire ni la direction de son école ne voulaient lui fournir le document auquel elle a pourtant droit en vertu de la loi sur l’instruction publique. Elle a alors contacté le ministère de l’Éducation et on lui a répondu que si le programme n’est pas mis à la disposition des parents, c’est parce que le sujet est trop délicat et peut être mal interprété. N’est-ce pas curieux qu’un programme destiné à de jeunes enfants ne soit pas approprié pour leurs parents ?

Cette maman a dû passer par la loi de l’accès à l’information pour finalement obtenir le document. Ce manque de transparence de la part du ministère est vraiment troublant. »

Sputnik — Les parents d’élèves québécois semblent-ils conscients des idées véhiculées dans ce cours ?

Nadia El-Mabrouk — « Non, je ne crois pas. Ce n’est jamais cet aspect du programme qui est mis en avant quand on présente le cours d’éducation à la sexualité dans les médias. D’ailleurs, j’ai constaté en parcourant le canevas pédagogique que plusieurs documents recommandés aux enseignants sont des ressources conçues par des activistes du lobby trans. Mais par ailleurs, dans les sections “Pour les parents” du canevas pédagogique, ce ne sont pas ces documents qui sont conseillés, mais d’autres qui eux, ne contiennent aucune référence à l’identité de genre.

Un programme destiné aux enfants “inapproprié” pour leurs parents ?

Les parents ne sont pas non plus toujours informés lorsque des organismes comme “Enfants Transgenres Canada” font des interventions dans les écoles. »

Sputnik — En juin dernier, J.K. Rowling a provoqué une vive polémique en laissant entendre sur Twitter que seulement les femmes pouvaient avoir leurs règles. L’auteure de la saga Harry Potter a rapidement été accusée de « transphobie ». Percevez-vous au Québec et plus largement au Canada une régression de la liberté d’expression concernant ces questions ?

Nadia El-Mabrouk — « Absolument ! Ce qu’a vécu J.K. Rowling, des femmes qui osent contester la théorie du genre le subissent constamment. Bien des féministes sont victimes d’insultes, de retrait au programme de conférences, de bannissement des médias sociaux pour des propos affirmant par exemple que seules les femmes accouchent, ou que l’espèce humaine est bisexuée.

À l’université d’Alberta, une professeur du département d’anthropologie a été congédiée en juin dernier en raison de ses positions en faveur d’une affirmation des droits des femmes basée sur le sexe. Dire qu’une femme est un être humain de sexe féminin vaut à bien des femmes des accusations de transphobie et de “TERF” [trans-exclusionary radical feminist; féministe radicale transexclusionniste, NDLR]. Ces accusations sont souvent accompagnées d’intimidation, de menaces de mort, de congédiements.

Les opposants à la théorie du genre menacés et ostracisés

Comment espérer avoir un débat de société sain dans ces conditions ? Les droits des personnes trans doivent être respectés et ces personnes doivent être protégées contre les discriminations. Mais cela ne peut pas se faire en niant la notion de sexe biologique et en censurant la parole publique. Il n’y a pas plus malsain qu’une culture basée sur le mensonge et la censure. »

Sputnik — En mars dernier, le gouvernement Trudeau a déposé à Ottawa un projet de loi visant à interdire les thérapies de conversion dont le but est de changer l’orientation sexuelle ou « l’identité de genre » d’une personne. Est-ce une avancée ou un recul ?

Nadia El-Mabrouk — « Vous parlez du projet de loi C-8. À première vue, le projet paraît progressiste en voulant interdire des pratiques visant à changer l’orientation sexuelle. À PDF Québec, nous nous opposons, bien évidemment, à ces thérapies qui sont souvent l’œuvre de groupes religieux chrétiens rigoristes. D’ailleurs, de moins en moins de groupes religieux tentent de pratiquer ce genre de “conversion”, d’abord parce qu’il y a un taux d’échec élevé et ensuite parce que ses [sic, recte : ces] groupes acceptent de plus en plus que des fidèles puissent avoir une orientation sexuelle différente, ce qui est très bien. [Mais pas très scripturaire, de toute façon les églises comme l'Église catholique condamne surtout les actes plutôt que l'orientation dans tous domaines... Voir Pasteur en désaccord avec lobby LGBTQ, on menace de brûler son temple.]

Mais le problème, c’est que dans la définition de thérapie de conversion donnée dans le projet de loi inclut également le fait de vouloir modifier une “identité de genre” en “cisgenre”. On vise donc aussi à interdire un autre type de thérapie, s’adressant à une autre clientèle, soit en particulier les enfants souffrant de dysphorie du genre, autrement dit qui ne se sentent pas en conformité avec leur sexe biologique.

Est-ce que cela signifie que l’on va vouloir interdire toute approche médicale visant à changer le corps, notamment au moyen de bloqueurs de croissance et d’hormonothérapie, et ce, sans aucun appui sur des données probantes, études cliniques ou rapports d’experts et avis d’endocrinologues ? Les statistiques démontrent que de 60 à 85 % des enfants dysphoriques se réconcilient avec leur sexe biologique après l’adolescence, sans intervention invasive médicale.

Est-ce que l’approche prudente préconisant une période d’attente vigilante serait criminalisée par la loi proposée ? Si c’est le cas, il s’agirait d’une ingérence inédite et étonnante de la sphère législative dans le domaine médical. Si c’est le cas, cette loi représente un grand danger pour nos enfants. »

Source

Extraits du programme de 6e année (primaire)

Sixième année: Identité, rôles, stéréotypes sexuels et normes sociales

Objectifs éducatifs :

Expliquer comment la discrimination basée sur l’identité et l’expression de genre ainsi que l’orientation sexuelle peuvent affecter les personnes.

Discuter du rôle que chacun peut jouer dans le respect de la diversité sexuelle et de la différence.

Les apprentissages des enfants inclus:

  • La façon dont la discrimination basée sur l’identité et l’expression du genre ainsi que l’orientation sexuelle peuvent affecter le développement d’un individu.
  • La définition du sexisme et son influence sur l’estime de soi, l’image de soi et les choix personnels.
  • La définition de l’homophobie et son influence sur les individus.
  • La définition de la transphobie et son influence sur les individus.
  • Le rôle que chacun peut jouer dans le respect de la diversité sexuelle et de la différence.

De plus, les enfants discuteront des sujets suivants :

  • La Charte des droits et libertés de la personne du Québec et le respect des différences individuelles.
  • Les façons de respecter quelqu’un ou de ne pas respecter quelqu’un.
  • L’empathie à l’égard des autres.
  • Le concept d’égalité comme valeur sociale.
  • La dénonciation de la discrimination ou des inégalités pour la personne qui les subit.
  • Demander de l’aide à son entourage si je suis témoin ou victime de discrimination ou d’une inégalité.

Intervention : Continuer à promouvoir des rapports égalitaires et harmonieux tout en réduisant les attitudes et les comportements de discrimination basée sur le genre. Les activités devraient inclure le développement des habiletés à dénoncer cette discrimination sous toutes ses formes, dont le sexisme, l’homophobie et la transphobie.

  • Demander aux élèves ce qu’est la discrimination, quelles images leur viennent en tête, et s’ils subissent de la discrimination à l’école.
  • Visionner la vidéo « C’est quoi la discrimination? » de la série « Un jour, une question » et discuter du film en classe.
  • Demander aux élèves de compléter l’exercice « Circle of self ».
  • Définir ce qu’est le sexisme, l’homophobie, l’hétérosexisme et la transphobie.
  • À l’aide des outils fournis, compléter l’activité en explorant les types d’emplois et encourager les élèves à poursuivre leurs préférences au lieu de se limiter selon les attentes de la société à savoir qui doit faire quoi.
  • À l’aide de vidéos fournies, discuter des stéréotypes et de quelles façons ils peuvent limiter les choix personnels.
  • À l’aide du scénario « In the grade 5 class of Mr. Julien », explorer l’usage de la phrase « C’est trop gai ».
  • À l’aide de la courte vidéo « Stand Up », discuter avec les élèves de la discrimination et les façons dont ils peuvent faire preuve de respect envers la diversité sexuelle.

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Covid-19 — impact sur l’espérance de vie en France relativement bas (-0,2 an pour hommes, -0,1 an pour femmes)

Un article de Michel Guillot et de Myriam Khlat, chercheurs à l’Institut national des études démographiques (INED), paru dans The Conversation.

Le 26 juin 2020, le nombre de décès cumulés attribués à l’épidémie de Covid-19 en France s’élevait à 29 778, et le nombre de décès quotidiens continuait de diminuer avec 26 nouveaux décès enregistrés en 24 heures à l’hôpital. Cette baisse régulière du nombre de décès quotidiens indique que la France s’approche de son bilan final de décès Covid-19 en 2020. En l’absence d’une deuxième vague, celui-ci devrait se stabiliser autour de 30 000 décès.

Quelles seront les conséquences de cette épidémie inédite sur l’espérance de vie en 2020 ? Au-delà du décompte des décès Covid-19, primordial pour suivre la progression de l’épidémie, l’impact en ce qui concerne l’espérance de vie permet de replacer ces décès dans le contexte plus global de la démographie française. Le nombre total de décès attribués à la Covid-19 se précisant, il est possible de procéder à de premières estimations.

Une baisse d’espérance de vie relativement modeste En comparant les décès quotidiens de 2020 à ceux de 2019 sur la même période, on observe que l’épidémie de Covid-19 a généré une forte surmortalité concentrée sur les mois de mars et avril.

Début avril, au moment du pic de l’épidémie, on dénombrait en effet jusqu’à 1 000 décès quotidiens en excès par rapport à 2019, soit une augmentation de plus de 60 %. Depuis début mai, en revanche, le nombre de décès quotidiens est revenu à un niveau comparable à celui de 2019. Cela indique que même si l’épidémie continue à faire des victimes, elle s’est affaiblie au point de ne plus générer un excédent visible de décès par rapport à 2019.


Ces observations nous permettent de commencer à appréhender l’impact de l’épidémie de Covid-19 sur l’espérance de vie en France en 2020. Il est possible, par exemple, de faire l’hypothèse que les décès quotidiens sur le reste de l’année 2020 resteront comparables aux décès de 2019, comme cela est déjà le cas depuis plusieurs semaines.

Cette hypothèse est assez grossière, mais elle permet néanmoins de procéder à de premières estimations. En effet, hors évènements sanitaires majeurs, le nombre de décès journaliers varie peu d’une année à l’autre.

Nos résultats indiquent que la baisse de l’espérance de vie en France en 2020 devrait être relativement modeste. Pour les hommes, il s’agirait d’une baisse de 0,2 an, soit une espérance de vie de 79,5 ans en 2020 contre 79,7 ans en 2019. En ce qui concerne les femmes, l’espérance de vie devrait baisser de 0,1 an, soit 85,5 ans en 2020 contre 85,6 ans en 2019. Quant à l’espérance de vie à 65 ans, avec 0,3 an de baisse pour les hommes et 0,2 an pour les femmes, les pertes devraient être un peu plus marquées, mais finalement assez similaires à celles de l’espérance de vie à la naissance. La perte plus importante d’espérance de vie chez les hommes reflète leur plus grande vulnérabilité face à cette maladie.

Que représentent ces baisses d’espérance de vie ? Même si l’espérance de vie a connu ces dernières décennies une hausse annuelle de 0,2 an en moyenne, de telles baisses sont loin d’être inhabituelles. Pour les hommes, une baisse similaire a eu lieu en 2015. Pour les femmes, des baisses au moins aussi importantes ont eu lieu en 2008, 2012 et 2015. Ces baisses épisodiques s’expliquent principalement par les variations d’intensité et de calendrier de la grippe saisonnière d’une année sur l’autre.


 Un autre point de comparaison est l’épisode de canicule de 2003. Cette année-là, l’espérance de vie avait baissé de 0,1 an chez les femmes, mais avait au contraire augmenté de 0,1 an chez les hommes. Les baisses attendues en 2020 ne sont donc pas exceptionnelles.

Pourquoi une baisse aussi modeste ?

Il est indéniable que les mesures de confinement ont permis de diminuer fortement le nombre de décès dus à la Covid-19. Une étude a estimé que ces mesures exceptionnelles ont permis de réduire de 83 % le nombre de décès Covid-19. En l’absence de confinement, la baisse attendue de l’espérance de vie aurait certainement été beaucoup plus forte.

Les pertes attendues d’espérance de vie estimées ici semblent néanmoins modestes au regard des presque 30 000 décès Covid-19 qui se sont malgré tout produits à ce jour, en dépit des mesures de confinement. Plusieurs explications peuvent être avancées. Tout d’abord, il faut noter que les décès aux âges élevés ont un impact moins important sur l’espérance de vie que les décès aux âges jeunes, car les décès aux âges élevés entraînent un nombre inférieur d’années de vie perdues. Or, les décès Covid-19 sont survenus dans leur grande majorité à des âges relativement élevés (82 % au-dessus de 70 ans).

Ensuite, le nombre de décès en excès en janvier-mai 2020 par rapport à 2019 sur la même période est en fin de compte inférieur à ce à quoi l’on pourrait s’attendre au vu du décompte de décès Covid-19. En effet, il y a eu environ 287 000 décès pour toutes causes (Covid-19 ou non) entre janvier et mai 2020, à comparer aux 270 000 décès pour toutes causes enregistrés sur la même période en 2019. L’excédent de décès en 2020 est donc d’environ 17 000 décès, soit 12 000 décès en moins par rapport aux 29 000 décès liés à la Covid-19 enregistrés sur la même période. Cela signifie que par rapport à 2019, il y a eu en janvier-mai 2020 un déficit de 12 000 décès relevant d’autres causes que la Covid-19.

Ce déficit de 12 000 décès hors Covid-19 peut s’expliquer par trois raisons. Premièrement, l’année 2020 a commencé d’une manière particulièrement favorable du point de vue de la mortalité. Il y a eu en effet environ 10 000 décès en moins en janvier-février 2020 par rapport à 2019 sur la même période, ceci en raison d’une épidémie de grippe saisonnière n’ayant pas entraîné de mortalité notable contrairement à celles de quatre des cinq hivers précédents, dont celui de 2018-19. Ces déficits de décès en janvier-février compensent en partie les excès de décès en mars-avril dus à la Covid-19.

Deuxièmement, certaines des victimes de la Covid-19 ont pu être des personnes fragiles qui seraient décédées entre mars et mai 2020 même en l’absence de l’épidémie. L’excès de décès dus à la Covid-19 a donc pu entraîner une baisse de décès relevant d’autres causes et contribuer au déficit observé de décès hors Covid-19. Ces effets, appelés « effets de moisson », avaient expliqué en partie la baisse rapide des décès à la suite de la canicule de 2003, et l’on peut s’attendre à des effets similaires avec l’épidémie de Covid-19.

Enfin, il faut noter les effets « indirects » des mesures de confinement, qui, en modifiant profondément les habitudes de vie des Français, ont pu entraîner une baisse des décès dus à d’autres causes que la Covid-19, par exemple les accidents de la route.

Au total, les 12 000 décès hors Covid-19 évités entre janvier et mai 2020 atténuent l’impact de l’épidémie sur l’espérance de vie. Sans ces décès évités, la baisse attendue de l’espérance de vie en 2020 aurait été d’environ 0,5 an, ce qui aurait représenté une perte beaucoup plus inhabituelle.

Incertitudes concernant le reste de l’année 2020

Nos estimations de la baisse attendue de l’espérance de vie en 2020 reposent sur l’hypothèse que les décès sur le reste de l’année 2020 seront analogues aux décès de 2019 sur la même période. Elles ne prennent pas en compte la possibilité d’une deuxième vague de l’épidémie d’ici fin 2020. Il est cependant improbable qu’une deuxième vague, si elle a lieu, soit aussi meurtrière que la première en raison de la meilleure connaissance du virus et de la meilleure préparation des autorités sanitaires et de la population face à cette épidémie.

Nos estimations ne prennent pas non plus en compte la possibilité d’une augmentation des décès liée à des renoncements ou des reports de soins pendant la période de confinement. Pour les cancers, par exemple, les retards de dépistage ou de prise en charge pourraient entraîner des décès supplémentaires d’ici fin 2020. Mais là aussi, il est peu probable que ce type d’effet soit suffisamment important pour modifier sensiblement nos résultats. [Cet excès de mortalité est estimé à 2 % soit environ 3000 morts du cancer en 2020 dus à une prise en charge retardée. Chiffres de l'Institut Gustave Roussy à Villejuif rendus publics vendredi 18 septembre. Il meurt environ 150.000 personnes du cancer par an en France.]

À l’inverse, nos estimations ne prennent pas en compte la possibilité que les décès quotidiens sur le reste l’année 2020 soient inférieurs à ceux observés en 2019 sur la même période, par exemple en raison de possibles effets de moisson. Cela pourrait atténuer encore davantage la baisse de l’espérance de vie en 2020 et même générer une légère augmentation, comme cela avait été observé pour les hommes en 2003 malgré la canicule.

Il reste donc évidemment une part d’incertitude autour de la baisse de l’espérance de vie en 2020, et il faudra attendre la fin de l’année pour une réponse définitive sur cette question. Malgré ces incertitudes, les données à ce jour indiquent qu’en raison de multiples facteurs, l’épidémie de Covid-19 ne devrait pas générer une baisse particulièrement inhabituelle de l’espérance de vie en France en 2020.

Allemagne — pas de solutions uniques face au coronavirus pour la rentrée

En Allemagne, l’éducation relève de la compétence des Länder. Chaque région décide des mesures à prendre en fonction de la virulence du virus.

La Rhénanie du Nord-Westphalie (Nord-Ouest du pays près de la Belgique), qui présente un des moins bons bilans nationaux, a imposé le port du masque en classe dès le secondaire (vu les difficultés pratiques, cette obligation sera levée à compter de la semaine prochaine).

Rentrée des classes près de Cologne (Ouest du pays)

En Mecklembourg-Poméranie antérieure (Nord-Est sur la Baltique), une des régions les moins affectées, le port du masque n’est obligatoire qu’à partir de la 5e année de primaire et seulement dans les couloirs.

À Berlin, la ville-État a choisi une solution intermédiaire : le port du masque est obligatoire pour tous les élèves, mais seulement lorsqu’ils se déplacent.

Dans la capitale, trois semaines après la rentrée, une certaine routine s’est installée dans les mesures barrières. Devant l’école primaire Kant située dans le quartier de Steglitz, lors de la dépose des enfants le matin, les parents se réjouissent des mesures barrières.

Après avoir finalement mis la main sur le masque de sa fille dans son cartable, Klaus commente : « Les enfants se sont bien adaptés aux mesures, et maintenant, cela fonctionne sans trop de problèmes. »

« Tout se passe à merveille et on voit que les enfants en ont vraiment besoin de retourner à l’école », reprend en écho une maman masquée.

» Pas une solution unique pour toutes les écoles »

Cette école internationale a repris l’enseignement avec les effectifs au complet, soit 450 élèves. Avant de descendre en récréation à la pause de 10 heures, les enfants de la première primaire s’alignent sur les tirets scotchés sur le sol bleu, avant de descendre les escaliers, en bon ordre et masqués. Leur instituteur, Stephan Bartels, en profite pour aérer la classe en grand et espère surtout « ne pas oublier de bien la fermer avant le retour des enfants ».

Parmi les autres mesures spéciales anti-corona prises dans cet établissement refait à neuf en septembre dernier, certains cours, qui se déroulent en demi-groupes, commencent par une petite séance de désinfection. Le lavage des mains est recommandé par des affiches dans les couloirs.

Andreas Wegener, le directeur de cette école privée Kant explique son point de vue : « Je ne crois pas qu’il y ait une solution unique applicable à toutes les écoles, parce que les conditions d’enseignement sont différentes. Les collègues réagissent différemment, les établissements sont différents et de ce fait, il faut voir ce qui est faisable en fonction des lieux. »

Des quarantaines ciblées

À la municipalité de Berlin, l’échevine (conseillère municipale) à l’éducation Sandra Scheeres a tiré un bilan positif de cette rentrée qui « prouve que notre concept est satisfaisant et que les écoles ne sont pas des foyers de contagion ». En trois semaines de classe, le bilan officiel fait état de 58 cas de Covid sur les 825 établissements de la capitale.

La stratégie des autorités consiste à opérer des fermetures ciblées d’établissement : ne pas fermer toute l’école, mais seulement la classe touchée par une infection. Seuls les enfants directement exposés à l’individu contaminé sont placés en quarantaine, mais leurs parents peuvent continuer d’aller travailler. Ils ne sont assignés à s’isoler que si un test pratiqué sur leur enfant s’avère positif.

Ce bon résultat tient aussi à l’autodiscipline. Beaucoup d’enseignants, prioritaires pour se faire tester, se mettent volontairement en retrait en cas de doute. Si le nez se met à couler ou si la gorge gratte, beaucoup de parents préfèrent garder les enfants à la maison.

Certains ont des craintes pour l’automne

Les mesures prises ne sont pas jugées suffisantes par tous les professeurs : tous ne se sentent pas assez protégés contre l’exposition au virus. Heinz-Peter Meininger, le président de l’association des professeurs allemands (DL) craint l’arrivée de l’automne « quand l’aération des classes sera moins aisée et quand le froid favorisera la circulation du virus ».

« Chez les élèves plus âgés, poursuit le dirigeant du DL, des études ont montré qu’ils sont plus exposés que des adultes parce qu’ils sont plus actifs et qu’il y a plus d’échanges à cet âge-là etc. Pour cette classe d’âge, il faudrait imposer le port du masque. »

Ces doutes semblent étayés par une étude réalisée par l’université technique (TU) de Berlin. Une vidéo montre comment les aérosols produits par un seul élève contaminé peuvent se répandre dans une classe fenêtre fermée : en 2 minutes seulement, un nuage de ces particules propagatrices du virus a envahi la salle…

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