Le 13 avril prochain, le pape Léon XIV posera pour la première fois le pied sur le sol algérien.
Première visite pontificale dans ce pays, elle sera chargée de symboles : pèlerinage sur les traces de saint Augustin à Annaba (Bône), dialogue avec l’islam, encouragement à une toute petite communauté catholique.
Pourtant, une annonce discrète du Vatican a surpris : lors de ses interventions publiques en Algérie, le Saint-Père ne s’exprimera pas en français.
Léon XIV avait déjà parlé anglais au Liban à plusieurs occasions dont la rencontre avec les jeunes à Bkerké (1er décembre, parvis du patriarcat maronite) : il a commencé par un chaleureux « Bonjour ! » et quelques phrases en français (qui ont été très applaudies), puis a poursuivi la majeure partie du discours en anglais (12 à 15 minutes) ainsi que le discours de départ à l’aéroport international de Beyrouth (2 décembre) : entièrement en anglais. Durée : environ 8-10 minutes.
En Algérie, Robert Francis Prevost privilégiera l’anglais, avec traduction en arabe et en tamazight (berbère) quand nécessaire.
Le motif invoqué ? La « dynamique multinationale » de l’Église catholique. Dans un monde où les catholiques sont désormais majoritairement africains, asiatiques et latino-américains, l’anglais serait devenu la langue de la communion universelle. On ajoute souvent d’autres arguments : pragmatisme (le pape est américain), volonté d’inclure les étudiants anglophones subsahariens présents en Algérie, et refus de toute apparence de « francocentrisme » colonial. Autant de prétextes qui se veulent modernes et œcuméniques.On peut pourtant regretter, sans acrimonie, que cette logique globale passe à côté d’une réalité locale très concrète.
En Algérie, les quelque 8 000 à 9 000 catholiques sont, pour l’essentiel, des étudiants et migrants d’Afrique de l’Ouest francophone : Ivoiriens, Burkinabés, Sénégalais, Maliens, Togolais… Pour eux, le français n’est pas une langue héritée de la colonisation lointaine ; c’est la langue dans laquelle ils étudient, prient et se retrouvent le dimanche.
C’est aussi la langue historique de l’Église locale depuis l’époque des Pères blancs et des moines de Tibhirine.
Les messes en français y sont majoritaires ; les messes en anglais restent minoritaires et complémentaires.
Choisir de ne pas s’adresser directement à eux dans leur langue de cœur, même pour une visite de deux jours, risque de créer une petite mais réelle distance symbolique.
On célèbre la « diversité » de l’Église, mais on semble parfois oublier que cette diversité s’incarne aussi dans des contextes précis. En Algérie, la communauté catholique est déjà discrète, fragile, soumise à une législation stricte sur les cultes. Elle n’a pas besoin d’un signe supplémentaire de déconnexion.
Bien sûr, un pape ne peut pas parler toutes les langues. Mais précisément parce que l’Église se veut « catholique » – c’est-à-dire universelle et enracinée –, elle gagne à adapter son langage aux fidèles qu’elle rencontre, plutôt qu’à leur imposer une langue prétendûment « neutre » venue d’ailleurs. La véritable universalité ne consiste pas à effacer les particularités locales au nom d’une uniformité mondiale ; elle consiste à les respecter.On espère donc que, sur place, à Alger comme à Annaba (Bône), le pape Léon XIV trouvera le moyen de parler s en français. Non par nostalgie, mais par simple proximité pastorale. Car c’est bien là, dans cette petite Église « hôte » d’Algérie, que bat encore un peu du cœur francophone de l’Afrique catholique. Et ce cœur mérite, lui aussi, d’être entendu.
À moins évidemment qu'Alger, dont la régime autoritaire militarisé au pouvoir est très francophobe, ait joué un rôle dans l'occultation du français, majoritaire parmi les catholiques en Algérie. Rappelons la promotion agressive de l’anglais à l’université par le régime au pouvoir : à partir de la rentrée 2025-2026, l’anglais remplace ou supplante le français dans de nombreuses filières scientifiques, techniques, médecine et pharmacie.
Voir aussi
Première visite pontificale dans ce pays, elle sera chargée de symboles : pèlerinage sur les traces de saint Augustin à Annaba (Bône), dialogue avec l’islam, encouragement à une toute petite communauté catholique.
Pourtant, une annonce discrète du Vatican a surpris : lors de ses interventions publiques en Algérie, le Saint-Père ne s’exprimera pas en français.
Léon XIV avait déjà parlé anglais au Liban à plusieurs occasions dont la rencontre avec les jeunes à Bkerké (1er décembre, parvis du patriarcat maronite) : il a commencé par un chaleureux « Bonjour ! » et quelques phrases en français (qui ont été très applaudies), puis a poursuivi la majeure partie du discours en anglais (12 à 15 minutes) ainsi que le discours de départ à l’aéroport international de Beyrouth (2 décembre) : entièrement en anglais. Durée : environ 8-10 minutes.
En Algérie, Robert Francis Prevost privilégiera l’anglais, avec traduction en arabe et en tamazight (berbère) quand nécessaire.
Le motif invoqué ? La « dynamique multinationale » de l’Église catholique. Dans un monde où les catholiques sont désormais majoritairement africains, asiatiques et latino-américains, l’anglais serait devenu la langue de la communion universelle. On ajoute souvent d’autres arguments : pragmatisme (le pape est américain), volonté d’inclure les étudiants anglophones subsahariens présents en Algérie, et refus de toute apparence de « francocentrisme » colonial. Autant de prétextes qui se veulent modernes et œcuméniques.On peut pourtant regretter, sans acrimonie, que cette logique globale passe à côté d’une réalité locale très concrète.
En Algérie, les quelque 8 000 à 9 000 catholiques sont, pour l’essentiel, des étudiants et migrants d’Afrique de l’Ouest francophone : Ivoiriens, Burkinabés, Sénégalais, Maliens, Togolais… Pour eux, le français n’est pas une langue héritée de la colonisation lointaine ; c’est la langue dans laquelle ils étudient, prient et se retrouvent le dimanche.
C’est aussi la langue historique de l’Église locale depuis l’époque des Pères blancs et des moines de Tibhirine.
Les messes en français y sont majoritaires ; les messes en anglais restent minoritaires et complémentaires.
Choisir de ne pas s’adresser directement à eux dans leur langue de cœur, même pour une visite de deux jours, risque de créer une petite mais réelle distance symbolique.
On célèbre la « diversité » de l’Église, mais on semble parfois oublier que cette diversité s’incarne aussi dans des contextes précis. En Algérie, la communauté catholique est déjà discrète, fragile, soumise à une législation stricte sur les cultes. Elle n’a pas besoin d’un signe supplémentaire de déconnexion.
Bien sûr, un pape ne peut pas parler toutes les langues. Mais précisément parce que l’Église se veut « catholique » – c’est-à-dire universelle et enracinée –, elle gagne à adapter son langage aux fidèles qu’elle rencontre, plutôt qu’à leur imposer une langue prétendûment « neutre » venue d’ailleurs. La véritable universalité ne consiste pas à effacer les particularités locales au nom d’une uniformité mondiale ; elle consiste à les respecter.On espère donc que, sur place, à Alger comme à Annaba (Bône), le pape Léon XIV trouvera le moyen de parler s en français. Non par nostalgie, mais par simple proximité pastorale. Car c’est bien là, dans cette petite Église « hôte » d’Algérie, que bat encore un peu du cœur francophone de l’Afrique catholique. Et ce cœur mérite, lui aussi, d’être entendu.
À moins évidemment qu'Alger, dont la régime autoritaire militarisé au pouvoir est très francophobe, ait joué un rôle dans l'occultation du français, majoritaire parmi les catholiques en Algérie. Rappelons la promotion agressive de l’anglais à l’université par le régime au pouvoir : à partir de la rentrée 2025-2026, l’anglais remplace ou supplante le français dans de nombreuses filières scientifiques, techniques, médecine et pharmacie.
Voir aussi
L’Algérie mène la chasse à la langue française [université]
Histoire — Accords d’Évian : de Gaulle et Debré parlent à Joxe, Buron et de Broglie
Alger ordonne la chasse au français dans les écoles
Algérie : des porteurs de drapeaux berbères écopent de 6 mois de prison ferme. Une vingtaine de personnes avaient été arrêtées lors d’une manifestation le
17 septembre 2019 à Alger, dont une majorité pour avoir brandi des drapeaux berbères.
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