mercredi 10 février 2021

Vers l'interdiction de la prière thérapeutique en Australie ?

La thérapie de conversion — l’utilisation d’interventions psychologiques ou spirituelles pour tenter de changer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne — s’est révélée controversée aux États-Unis et au Canada. Elle est interdite dans le cas des mineurs dans une vingtaine d’États américains. Le gouvernement Trudeau a déposé un projet de loi C-6 qui vise à interdire ce type d’assistance. Le projet de loi trudeaupien a passé une première lecture dans la Chambre des communes.

Le District de Columbia aux États-Unis interdit complètement ces thérapies, quel que soit l’âge. De telles lois pourraient être considérées comme un soutien du gouvernement à la cause LGBTQ2SAI+, mais il se peut qu’elles visent aussi à protéger des personnes vulnérables contre l’arnaque de traitements payants que les législateurs considèrent comme faux ou inefficaces.


Cependant, l’État de Victoria en Australie vient d’adopter un projet de loi qui intensifiera considérablement le conflit entre la liberté religieuse, le choix individuel et la coterie LGBTQ2SAI+.

La législation qui vient d’être adoptée est le Projet de loi 2020 sur l’interdiction des pratiques de changement ou de suppression (conversion). Son intention fondamentale est « de faire en sorte que toutes les personnes, indépendamment de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre, se sentent les bienvenues et valorisées dans l’État de Victoria et puissent vivre de manière authentique et fière ».

L’objectif semble assez louable (qui veut vivre dans un endroit où elle ne se sent pas valorisée ?), il incarne ce discours sirupeux et nébuleux caractéristique de notre ère thérapeutique. Se sentir valorisé et vivre de manière authentique sont des phrases creuses et rassurantes que l’on peut ressortir à tout moment. Mais, bien évidemment, cette langue de bois se heurte vite à la réalité : les pédophiles (une orientation sexuelle comme une autre selon plusieurs experts) doivent-ils se sentir bienvenus et valorisés ?

La loi de l’État de Victoria définit une pratique de changement ou de suppression comme suit :

une pratique ou une conduite dirigée vers une personne, avec ou sans son consentement 

(a) sur la base de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre de la personne ; et 

(b) dans le but :

(i) de changer ou de supprimer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre de la personne ; 

(ii) ou inciter la personne à changer ou supprimer son orientation sexuelle ou son identité de genre.

Notez que le consentement de la personne n’a pas d’importance pour le législateur : la pratique de changement ou de suppression est illégale que le personne en question la désire ou non.

Mais la partie importante du projet de loi d’un point de vue religieux est sa liste de « pratiques de changement ou de suppression ». Celle-ci comprend : « pratiquer une pratique religieuse, y compris, mais sans s’y limiter, une pratique basée sur la prière, une pratique de délivrance ou un exorcisme. »

Bref, si quelqu’un demande à un pasteur, à un prêtre ou à un ami chrétien de prier pour lui afin que ses désirs sexuels ou sa dysphorie de genre puissent être modifiés, oserons-nous dire guéries, ce pasteur, prêtre ou ami court le risque de commettre une infraction pénale. Vraisemblablement, cela s’applique également aux parents qui prient pour leurs enfants — ou peut-être même aux parents qui apprennent à leurs enfants que les expressions du désir sexuel sans entraves (du moins dans les canons du goût bourgeois contemporain) sont inappropriées.

Cette disposition n’est manifestement basée sur aucune objection métaphysique cohérente à la pratique de la prière. Si les législateurs croient que Dieu existe, ils croient vraisemblablement qu’Il est assez sage pour ignorer de telles prières si elles sont réellement nuisibles. Et s’ils ne pensent pas qu’Il existe, alors il semble raisonnable de supposer qu’ils considéreraient une telle prière comme un exercice inefficace, voire insensé.

Si la politique n’est pas métaphysique, elle révèle néanmoins un des aspects de la nouvelle politique identitaire : les traîtres à la cause correctiviste ne peuvent être tolérés. Que ce soit John McWhorter dénonçant la ferveur revivaliste de la nouvelle religion antiraciste qui s’empare des États-Unis ou un quidam en Australie qui estime que sa dysphorie de genre est un problème mental ou spirituel, et non purement corporel, le traître est quelqu’un, au pire malveillant, au mieux quelqu’un qui a besoin d’être protégé de lui-même par l’État et ses lois.

Cette loi démontre également l’un des résultats les plus étranges de l’insistance moderne mis sur la liberté radicale de l’individu. Dans notre monde, théoriquement, chacun doit théoriquement être autorisé à construire leur propre identité. Mais parce que certains récits identitaires s’opposent inévitablement à d’autres, certaines identités doivent donc être privilégiées, légitimées, protégées alors que d’autres seront traitées comme des cancers culturels rétrogrades. Et cela signifie que, ironiquement, l’individu cesse d’être souverain et le gouvernement doit intervenir en tant qu’exécutant. Le groupe de pression à la mode (LGBTQ2SA+ dans ce cas) décide ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Dans ce cas, l’homo ou le trans qui veut (re) devenir hétéro ou « cis » (pour utiliser le jargon actuel prétentieux) est totalement inacceptable. Son récit remet en question celui des autres. On pourrait dire que son existence même est une menace. Accorder une quelconque légitimité à son désir, c’est remettre en cause le statut normatif des désirs d’autrui.

Et c’est pourquoi il faut interdire de prier pour de tels hérétiques à la religion moderne, même s’ils le demandent spécifiquement. Ce n’est pas tant parce que cela nuit aux personnes pour qui l’on prie, mais simplement parce que cela témoigne du fait que certaines personnes — certains homos et trans - n’adhèrent pas aux dogmes de la politique d’identité sexuelle.

Peut-être les sociétés occidentales commencent-elles enfin à saisir que le christianisme témoigne foncièrement du fait que le monde n’est pas comme il devrait être. Il est inquiétant lorsqu’une pratique religieuse aussi fondamentale que la prière — si souvent décriée par les irréligieux comme des sornettes au mieux inutiles — est maintenant la cible d’une législation hostile dans un pays démocratique. Nous n’en sommes peut-être pas encore au point où la pensée est un crime, mais nous semblons en être au point où l’expression de certaines pensées, même dans la prière, pourrait être considérée comme un comportement criminel. Au risque d’encourager les gens à commettre de graves crimes et délits, peut-on exhorter tout le monde à prier pour que les autres pays ne suivent pas l’exemple de l’État de Victoria, car si les autres pays venaient à suivre cet exemple, il pourrait devenir illégal de prier pour presque tout ce déplaira à nos seigneurs et maîtres d’ici quelques années.

Voir aussi

Est-il permis d’être LGBT, d’être mal dans sa peau et de vouloir devenir hétéro « cisgenre » ? (Canada)

Derek Sloan s’insurge contre projets de loi qui criminalisent l’affirmation positive de son corps

Guerre civile : retour à la case départ pour l'Occident

Éric Zemmour recense le dernier livre de Guillaume Barrera : La Guerre civile. Guillaume Barrera, docteur en philosophie politique et professeur au Lycée Fustel de Coulanges, y offre une histoire de la guerre civile qui montre combien nos démocraties, qui s’en croyaient débarrassées, en sont à nouveau menacées. Édifiant et effrayant.

On en avait fini avec tout ça. Avec ce passé révolu. Nous étions en paix avec nos voisins et avec nous-mêmes. Notre démocratie apaisée, comme disait le président Giscard d’Estaing, ne connaissait que les guerres picrocholines des partis et des idées ou celles des affaires et du commerce. La guerre et la guerre civile, c’étaient les autres, au loin. Et puis, de Charlie au Bataclan, d’un prêtre tué dans son église à un prof devant son école, la France a redécouvert la malédiction des rues ensanglantées et des corps déchiquetés. Le grand écrivain algérien Boualem Sansal nous a expliqué que la guerre civile algérienne des années 1990 avait commencé ainsi. On a préféré se boucher les oreilles et détourner le regard. Mais l’idée de guerre civile chemine en nous malgré nous.

L’ouvrage de Guillaume Barrera en est un signe indubitable. Bien sûr, la tête sur le billot, notre historien le nierait. L’Université et les médias n’autorisent pas ce genre d’audace. Il cherche seulement « le principe moteur des guerres civiles ». Notre historien est dans sa tour d’ivoire. Il fait semblant de le croire ; mais nous ne sommes pas obligés d’y croire.

Il remonte à l’Antiquité grecque hantée par ce qu’elle appelait la stasis (guerre civile) qu’elle distinguait du polemos (la guerre étrangère). Pour Platon, la guerre civile est « l’injustice en actes ». Avec le catholicisme tout change : « La religion et d’abord la religion chrétienne — qui voulut étendre à toutes les nations une promesse universelle reçue du judaïsme — est à l’origine, je ne dis pas qu’elle en est la cause, de tout ce processus ». Puis « d’autres forces se sont présentées pour porter une même promesse d’universalité » : liberté, démocratie, socialisme, communisme.

Notre historien tient son sujet : « Pas une histoire universelle des guerres civiles, mais une histoire des guerres civiles à caractère universel. » Il remonte le temps avec un brio intellectuel et un sens de la synthèse impressionnants. L’affrontement entre les deux glaives, le pape et l’empereur, les gibelins et les guelfes, va hanter le Moyen Âge et la Renaissance. Les œuvres de Dante et de Machiavel en sont pleines. Et puis, arrive « l’hérésie » huguenote. L’obéissance est le problème des guerres de Religion. Obéissance à l’Église, mais aussi au roi. Obéir au roi, oui, bien sûr disent les protestants, mais d’abord à Dieu. Après un siècle de massacres, il y a deux types de réponses pour sortir de cet enfer : la française et l’anglaise. La France s’inspire de Hobbes : l’ordre et l’ordre absolu. L’Angleterre s’inspire de Locke et de Hume : le désordre libéral pour mieux désactiver le désordre des passions religieuses. La France transfère le sacré sur la tête du roi. C’est Louis XIV. L’Angleterre désacralise le politique pour diriger les énergies vers le commerce. Le pouvoir politique est « vide et neutre ». L’Angleterre a un siècle d’avance sur la France. Pour les légistes français, le souverain est « empereur en son royaume ». Pour les légistes anglais, le souverain, c’est le droit (et donc le juge). Montesquieu a tout compris : « Le libéralisme ne surmonte pas les haines, il ne les détruit pas, il les rend impuissantes. »

On croit l’affaire réglée avec le traité de Westphalie (1648). Chacun est maître chez soi. Mais viennent les Lumières et la révolution démocratique. Nouvelle histoire, nouvelle religion universaliste, nouvelles guerres civiles. Tocqueville l’analyse pour s’en désoler ; Marx pour s’en réjouir. Il pousse à la lutte des classes : « Karl Marx peut être tenu pour l’apôtre de la guerre civile sociale parce qu’il a su d’abord gagner la guerre des mots, imposer l’idée d’un esclavage universel, justifier la violence. » Tocqueville est le bon docteur qui soigne et tente d’éradiquer la maladie par la « domination de la classe moyenne », garante du principe d’égalité et donc de la paix civile.

Le XXe siècle va accomplir toutes les potentialités du XIXe. La guerre civile « démocratique » se mondialise avec en acmé l’effroyable guerre d’Espagne. On croit encore qu’on en a fini en 1945 et plus encore en 1989 ! On se trompe. Une triple transformation va remettre la guerre civile au cœur de notre époque : la mondialisation libérale déstabilise les classes moyennes occidentales ; l’Afrique indépendante n’assimile pas le concept européen d’État-nation ; « L’Islam secoue les pays qu’elle régit avec une violence comparable à celle que connut le XVIe siècle chrétien. »

Avec l’islam, nous rejouons en accéléré toute notre histoire : « L’oumma des sunnites, sans tête et sans frontières, partage ces deux caractères préoccupants avec les sectes puritaines du XVIIe siècle, qui ne connaissaient elles non plus ni frontières ni magistère. Les arguments de Hobbes la concernent aussi, d’autant que le Coran — qui l’ignore ? — attend son Hobbes ou son Spinoza. »

Dans les universités et dans les médias, les militants « décoloniaux » rejouent le jeu marxiste en poussant à la guerre civile avec les mêmes méthodes.

Curieusement, notre historien ne tient pas compte de la démographie. Il méconnaît les travaux du sociologue suédois Gunnar Heineson, et de son « indice de belligérance », quand les jeunes mâles représentent plus de 20 % d’une population. Aveuglement ou prudence, il ne voit pas ou ne veut pas voir que nos pays européens, et la France en particulier, accumulent tous les éléments qu’il a diagnostiqués de façon disparate : une prolétarisation des classes moyennes ; la violence de gangs maghrébins ou africains, qui usent eux aussi du triptyque sud-américain : « kalach, hach, cash » ; et l’islam qui impose dans nos banlieues ses mœurs et donc sa loi : « Ce livre s’est presque ouvert sur le catholicisme, religion universelle. Il est juste qu’il s’achève sur l’islam, autre religion mondiale (…) la terre d’islam n’est pas l’Orient, mais la terre où l’islam a prévalu ; l’oumma n’est pas le peuple arabe, mais l’ensemble des croyants en migration, en hégire vers Allah (…) Pour que s’étende la terre d’islam, le Dar el-Salam, la terre d’impiété, la Dar el-Koufr, devra reculer. »

On a compris ce que Barrera veut nous dire sans oser nous le dire : la « fitna » (guerre civile) entre musulmans s’accompagne d’une « harb » (guerre étrangère) contre les infidèles que nous sommes, selon la même distinction entre stasis et polemos que faisaient les Grecs de l’Antiquité. Retour à la case départ.

 
 
 
 
LA GUERRE CIVILE
par Guillaume Barrera,
paru le 11 février 2021
chez Gallimard,
328 pages,
22 € ISBN-13 : 978-2070148165.
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« Langue appauvrie et endoctrinement : l’imaginaire de nos enfants en miettes » (m à j)

Le Club des cinq : les versions « politiquement correctes » se vendent mal

Les éditeurs britanniques et français des aventures d’Enid Blyton ont cru relancer les ventes en sacrifiant le texte original sur l’autel du correctivisme politique dans les années 2000 avant d’abandonner faute de résultats.

Ils ont remplacé le « nous » par le « on », oublié le passé simple (trop compliqué ?) pour le présent, simplifié les métaphores, donné des téléphones portables aux membres du Club des Cinq pour qu’ils ne se perdent plus dans un jeu de piste, éliminé leur passage à la messe, et surtout, aseptisé tout ce qui semblait politiquement incorrect aux « homo moralisator » du XXIe siècle.

La réussite de ce toilettage éditoriale était garantie sur facture… Mais malheureusement (ou heureusement) moins d’une dizaine d’années après ces décisions « vulgarisatrices », Hachette en France, qui aura suivi à la lettre cette politique de réécriture trop policée, mais sans en retirer le moindre fruit, a décidé d’arrêter les versions abrégées et vidées de toute substance de Club des Cinq revu et mal corrigé.

Une simplification qui « ne fonctionne pas »

En Angleterre, pays d’origine de la romancière Enid Blyton, les mêmes causes ont fini par avoir les mêmes effets. La directrice de collection des livres pour la jeunesse Hodder, Anne Mc Neil qui avait, à l’aube des années 2010, déclaré tout feu tout flamme « qu’une simplification de la langue permettrait aux enfants de mieux s’impliquer dans les enquêtes des Famous Five », aura dû constater amèrement au bout de trois ans d’expériences décevantes en avouant au Guardian que le lissage grammatical et la simplification orthographique « n’avaient pas fonctionné ».

De ce vice commercial Anne McNeil a fait vertu. Les mauvaises ventes lui ont fait comprendre que de changer « mère en maman n’était plus nécessaire. Aujourd’hui que l’héritage d’Enid Blyton se perpétue. Des millions de lecteurs ont appris à lire avec elle ». Tout ça est réjouissant Claude, Mick, François et Annie et leur fidèle chien Dagobert, vont peut-être désormais pouvoir de nouveau s’empiffrer de gluten sans avoir à redouter les foudres des tenants de la bien-pensance.

 


Billet originel du 10 février

Le Club des cinq réécrit dans un français élémentaire et plat, les classiques pour enfants, victimes de jugements moralisateurs et anachroniques : le poète Alain Duault s’inquiète d’une aseptisation des œuvres destinées à l’enfance et de la caporalisation moralisatrice de la jeunesse. Dernier ouvrage de poésie paru : « La Cérémonie des inquiétudes » (Gallimard, 2020, 160 p., 18 €).

Par quelle aberration intellectuelle un éditeur peut-il transformer, lors d’une réédition, une phrase telle que « Le soleil disparut dans un flamboiement d’incendie et le lac refléta de merveilleux tons de pourpre et d’or » en la phrase amaigrie « Le soleil disparaît derrière les sommets alpins et le lac prend des reflets dorés » ? C’est pourtant ce qu’a fait Casterman en rééditant Le Club des cinq et le Cirque de l’étoile, publié initialement en 1946 [sous le titre du Club des Cinq et les saltimbanques, mais peut-être saltimbanque est-il devenu un mot trop compliqué].

Cette castration littéraire est un inquiétant symptôme de ce nivellement généralisé qui, dans le sillage de ce qu’on appelle la culture de l’effacement (« cancel culture »), est en train de bâillonner l’imaginaire en éteignant la saveur des mots. Pourquoi ce renoncement à la richesse de la langue dans ces textes à destination des jeunes ? Pourquoi, par exemple, ce renoncement au passé simple au profit d’un présent aplati ?

L’habitude des contes et de leur déclencheur, « il était une fois », familiarise pourtant les enfants à ce décalage entre le passé et le présent. Tout comme ces mêmes enfants savent utiliser le conditionnel, « ce serait », « on verrait », « on dirait qu’on est », qui leur sert de carburant à images et à récits partagés. Pourquoi donc les priver de la pulsation gourmande d’une langue riche et charnue pour en faire une sorte de prose végane ?

Depuis quand une identité — et la langue est bien notre première identité — devrait-elle se modeler à l’aune d’une facilitation du discours ? Que s’est-il passé dans notre société depuis le début du XXIe siècle pour en arriver à cet avachissement qui nous conduit tout droit à la relégation intellectuelle — alors que la France a longtemps pu, à juste titre, s’enorgueillir de sa langue et de sa culture ?

Bien sûr, le globish anglomaniaque, qui a peu à peu colonisé toute la communication (alors même que, maintenant, le Royaume-Uni a quitté l’Europe) s’est imposé comme une soi-disant évidence dans les échanges intra-européens parce qu’il serait plus pratique. Mais depuis quand une identité — et la langue est bien notre première identité — devrait-elle se modeler à l’aune d’une facilitation du discours ? À ce titre, pourquoi ne pas « dégraisser » Proust, aux phrases sans doute trop longues pour le bon entendement de ces comptables du sens immédiat ? Pourquoi ne pas « alléger » les symphonies de Beethoven, aux orchestrations trop capiteuses pour les oreilles de ces infirmes de la jouissance sonore ? Pourquoi ne pas effacer des tableaux du Titien tout ce qui « encombre » le regard pour ne conserver que la vision nette d’un personnage central ainsi débarrassé de tout ce qui n’est pas « utile » à la compréhension ? Qu’est-ce qui justifie cette maltraitance récurrente de ce qui constitue la matière de notre culture ?

Sans prétendre retrouver le XVIIIe siècle où le français était la langue des cours européennes, on peut s’étonner de ce que la langue anglaise ait définitivement pris le pouvoir dans cette Europe qui avait pour ambition de réunir les peuples, non de réduire leurs échanges à cet impérialisme linguistique. En octobre dernier, le parquet européen a ainsi choisi d’adopter l’anglais comme unique langue de travail !

Le désapprentissage de la langue dans son épaisseur et sa complexité se fait au profit de sa seule valeur d’échange L’argument de la simplification induit donc la réduction — d’où le désapprentissage de la langue dans son épaisseur et sa complexité au profit de sa seule valeur d’échange : c’est bien pourquoi il faut aplatir les textes destinés aux enfants, pour les préparer à « être en phase avec leur époque », ainsi que le dit la directrice de Casterman jeunesse.

De ce point de vue, la poésie ne leur est plus nécessaire, pas plus que la musique ou que la peinture, pas plus que tout ce qui crée un langage propre à élever l’esprit, à questionner le monde, à en révéler la beauté et la multiplicité. Un seul chemin : l’utile, le pratique, ou l’échangeable, voire le jetable. Et, surtout, le profitable comme on le dit en termes comptables, puisque la beauté n’est plus une valeur.

Ce n’est pas tout : qu’on songe à la curieuse « déconstruction » de Babar opérée doctement le 21 janvier sur France Culture par un certain anthropologue qui s’interroge sur le fait que le bonhomme éléphant cacherait en fait « une apologie du colonialisme » et distille insidieusement que le personnage serait né en 1931 « comme le raciste “Tintin au Congo” et l’Exposition coloniale à Paris ». Qu’on songe aussi à la prohibition des Aristochats, de La Belle et le Clochard ou de Peter Pan par la plateforme Disney qui en bloque l’accès aux enfants. Et à tous ces alignements devant le politiquement correct qui fait réécrire des titres, déboulonner des statues, étouffer des œuvres, débaptiser des écoles, défigurer la graphie de la langue avec la pratique de l’écriture inclusive, réduire toute expression à la pensée unique du moment.

Une langue décharnée plutôt que savoureuse et colorée, un imaginaire censuré plutôt qu’une ouverture au rêve, une aseptisation des contenus plutôt qu’un apprentissage des différences et de la mise en perspective historique, une uniformisation du style, du son, de la perception qui conduit à une robotisation des consciences, un langage unique (comme l’est la pensée), ce fameux globish, aussi éloigné de la langue anglaise, disent ses vrais amoureux, que l’est la cuisine surgelée de la saveur des produits frais : l’inquiétude n’est pas nouvelle. Sauf que, à présent, l’accumulation de ces atteintes anticulturelles cible les jeunes, les enfants même, qui, si l’on accepte de laisser cette action rongeuse se poursuivre, n’auront bientôt plus de mémoire pour se défendre, plus d’images pour rêver, plus de mots pour dire la beauté, l’amour, la vie.

Est-ce cela que nous voulons ?

Source : Le Figaro

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mardi 9 février 2021

« Comment les médias racontent le Covid » (vidéo)

« Comment les médias racontent le Covid ». Un film de Bernard Crutzen sur le traitement médiatique de la crise par les médias belges francophones. Ce qu’ils disent, comment ils le disent, et ce qu’ils taisent.

 
 

Sorti il y a environ deux semaines, le documentaire du journaliste-réalisateur Bernard Crutzen (ci-dessus) a été visionné plus de 500 000 fois à l’heure d’écrire ces lignes. Pas exempt de tout reproche comme l’écrivait lundi La Dernière Heure, le programme a le mérite de soulever des points intéressants. Une vidéo de Marc Van Ranst datant de 2019 (ci-dessous), où le virologue s’exprime à propos de la gestion des pandémies, pose notamment question.

En janvier 2019, une conférence intitulée « Comment unir nos forces pour se préparer à une pandémie de grippe ? », était tenue à Londres par le Royal Institute of International Affairs, plus connu sous le nom de Chatham House, un groupe de réflexion reconnu sur la scène internationale.

Lors de celle-ci, en tant que Commissaire belge de la grippe, le virologue belge Marc Van Ranst. Particulièrement mis au-devant de la scène médiatique depuis le début de cette crise sanitaire, ce dernier était invité à s’exprimer sur la gestion des épidémies et en particulier sur la communication et l’engagement du public.

Lors de son intervention, nous apprenons ainsi que pour Marc Van Ranst, qui prend l’exemple de la grippe mexicaine qui a frappé le pays en 2009, il faut être « omniprésent » dans les médias : « Dès les premiers jours, vous devez commencer à communiquer avec la presse, avec la population. Vous devez avoir un accord avec eux. Vous leur dites tout. S’ils vous appellent, vous répondez », explique-t-il, « Si vous faites cela, ils ne vont pas chercher d’autres voix alternatives », ajoute le virologue.

Plus loin dans la vidéo, il rapporte même qu’il serait possible de créer des liens avec les médias et ainsi influencer l’opinion publique : « Vous pouvez leur demander des faveurs en retour. Passer par eux pour transmettre un publireportage gratuitement par exemple. »

Instrumentaliser la peur

Par ailleurs, plusieurs autres stratagèmes ont été utilisés par Marc Van Ranst afin d’influencer la population. Le virologue informe ainsi qu’il usait parfois de phrases chocs : « Il y aura 7 morts par jour lors du pic de l’épidémie », par exemple. Or c’est le cas chaque année, même lorsqu’il n’y a pas d’épidémie. Cependant, cette annonce, qui a été reprise par la presse, a interpellé la population qui s’est alors rendu compte que des gens mouraient de la grippe. Il rapporte même qu’il a participé aux premières funérailles des personnes décédées de la grippe mexicaine en Belgique afin de renforcer son message.

Par rapport à la vaccination, il a également instrumentalisé le fait que certains clubs de football professionnels du pays, contre tout avis, voulaient faire vacciner leurs joueurs en priorité. À l’époque, Marc Van Ranst avait fait en sorte de montrer son agacement dans les médias. Il souhaitait que les Belges s’interrogent sur la « désirabilité » du vaccin puisque les gens se tiraient dans les pattes afin d’être les premiers vaccinés.


lundi 8 février 2021

Zemmour sur l'université attaquée de toutes parts (vidéo)

« Les enfants n’ont plus le niveau, car le système scolaire s’est effondré. Il s’est effondré à cause des méthodes et parce que les professeurs qui ont étudié dans cette école n’ont plus le niveau non plus. » 

« Il y a énormément d’étudiants qui viennent uniquement pour toucher leur bourse, ou pour les étudiants étrangers, qui sont là pour garder leur titre de séjour. »

« L’idéologie décoloniale permet de détruire l’histoire de France résumée à une infamie coloniale éternelle Toute l’histoire de France et le présent est revu au travers de l’histoire de la colonisation. » 

« Les universités ont des financements de l'Union européenne si elles adoptent les théories décoloniales et la théorie du genre. »


Comment les militants décoloniaux prennent le pouvoir dans les universités

Au lieu de lutter contre l’influence grandissante du décolonialisme dans l’enseignement supérieur et la recherche, le gouvernement vient de faire adopter une loi qui la favorise, s’alarment les deux universitaires. Samuel Mayol est maître de conférences en sciences de gestion. Xavier-Laurent Salvador, agrégé de lettres modernes, est maître de conférences en langue et littérature médiévales. L’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires dispose d’un site internet : decolonialisme.fr.

Par Samuel Mayol et Xavier-Laurent Salvador

Le modèle de formation des « élites » ne passe plus, tant s’en faut, par les universités. Les meilleurs étudiants qui fréquentent les classes préparatoires dans des établissements du secondaire ne rencontrent plus les chercheurs de nos laboratoires. Ces établissements sont affranchis des équivalences que pilotait naguère la seule université. Un élève redoublant sa khâgne obtient aujourd’hui sa licence par décision du conseil de classe. Des écoles centrales, des écoles d’ingénieurs, des écoles nationales supérieures et des instituts peuvent désormais délivrer un doctorat en parallèle des universités. Des organismes para-universitaires « partenaires », les Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (INSPE) contrôlent la formation des enseignants. L’université est donc dorénavant dépouillée de sa prérogative : la certification du diplôme, qu’elle partage avec des institutions concurrentes.

Des chercheurs militants, confondant propagande et recherche, ont investi le monde académique et procèdent à une occupation méthodique des postes-clés.

Affaiblie, l’université a vu de surcroît son mode de gouvernance changer. Le « management par délégation de responsabilité », une méthode organisationnelle qui fait peser sur les subordonnés les conséquences des orientations de la hiérarchie en laissant l’illusion de partager ses choix, y est désormais implanté « top-down », des institutions de l’Union européenne au laboratoire universitaire. Ses ravages dans le milieu hospitalier dont tout le monde constate aujourd’hui l’ampleur sont identiques dans l’enseignement supérieur.

« Imposer un modèle multiculturel »

Or la recherche est un enjeu national qui pourrait être planifié par les pouvoirs publics. Ce n’est pourtant pas le cas : les orientations stratégiques sont promues par des incitations financières à répondre à des projets dont les cadres sont préconçus par les institutions de l’Union européenne. Et celles-ci, comme l’a récemment montré notre collègue Bernard Rougier dans Le Point, utilisent ce moyen « pour imposer un modèle multiculturel ». Les financements s’obtiennent au final en s’inscrivant dans ces cadres qui, en sciences humaines, font la part belle à l’inclusivisme et aux théories décoloniales.

On a assisté, parallèlement, à un démantèlement des filières de validation scientifique classiques au profit de logiques d’évaluation et de « reporting » menées par des comités anonymes. C’était ouvrir la porte à toutes les demandes sociales ou politiques qui deviennent le critère principal des gestionnaires des établissements d’enseignement supérieur cherchant à flatter les responsables publics. On obtient alors à l’université une synthèse du pire de ce que peuvent produire la planification bureaucratique et le management capitaliste.

Dans ce contexte, nous avons alerté dans une tribune collective sur la montée du mouvement décolonial dans les établissements d’enseignement supérieur. À la faveur du délitement de nos missions, des chercheurs militants, confondant propagande et recherche, ont investi le monde académique et procèdent à une occupation méthodique des postes-clés : élections de présidents et des conseils universitaires, commission de recrutements pour la cooptation des jeunes maîtres de conférences et recrutements de vacataires ou d’allocataires de bourses de thèses. Ces derniers sont contraints de suivre un mouvement qui leur promet la sortie de la précarité à laquelle ils se croient condamnés.

La précarité des postes est une réalité qui pèse lourdement sur les orientations scientifiques puisqu’elle transforme des fonctions indépendantes en missions ponctuelles. Au plan national, dans le supérieur, le taux de contractualisation des emplois administratifs est de 38,8 % du total des postes (filière BIATSS). Ces agents ont une mission capitale : ils sont responsables des aspects financiers du fonctionnement des composantes des universités. C’est le nerf de la guerre. Et une part non négligeable de ces recrutements temporaires est liée aux orientations du cadre européen imposant aux laboratoires universitaires leur mode de fonctionnement et leurs finalités.

Précarisation de l’université

Le domaine de l’enseignement n’est pas épargné. La carrière du chercheur libre au service de l’État-stratège est devenue un Graal inaccessible : songeons que l’âge moyen d’entrée dans la carrière est aujourd’hui de 33 ans ; l’âge de soutenance de thèse est de 29 ans. Conséquence ? La précarisation des emplois va grandissant et la stabilité des équipes de recherche est remise en cause.

À cette situation financière peu favorable au développement d’une recherche de long terme s’ajoute une mécanique électorale clientéliste : à l’université, que l’on soit précaire ou titulaire, on vote tout le temps. Et on ne vote pas pour un représentant, comme c’est d’ordinaire la règle, mais pour un chef de service susceptible d’accorder emplois, primes et augmentations. Pour ceux qui ne rentrent pas dans cette logique, des phénomènes de censure, d’intimidation, de discrimination politique ont été instaurés, créant ainsi des clivages inédits qui forcent des jeunes doctorants à un alignement idéologique sur des courants politiques légitimés par le nombre d’obligés et de vacataires recrutés, autant dire leur armée.

En lançant l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires, nous appelons à mettre un terme à l’embrigadement de la recherche et de la transmission des savoirs.

C’est dans ce contexte qu’intervient la promotion de la loi de programmation de la recherche (LPR) élaborée par le gouvernement et adoptée par le Parlement fin décembre au terme de la procédure accélérée (ce qui n’est pas anodin). La loi consiste entre autres à supprimer l’étape de « qualifications nationales » pour les professeurs. Aujourd’hui, les recrutements des chercheurs sont conditionnés par l’examen devant le Conseil national des universités (CNU). Bien qu’étant très loin d’être parfait, ce mécanisme assurait le développement national et homogène de l’institution. Ce ne sera désormais plus le cas. L’étape de la vérification de la qualité des travaux des candidats par le Conseil national des universités est supprimée et les recrutements directs des professeurs par les universités sont autorisés.

Les militants du décolonialisme et de l’intersectionnalité seront dorénavant libres de poursuivre leur entreprise d’accaparement de l’université au gré de politiques universitaires locales. Pour répondre à de pseudo-besoins territoriaux — en réalité politiques — ou favoriser l’implantation de filières présumées « innovantes », les présidences clientélistes de certaines universités pourront, sans rendre aucun compte, favoriser cette orientation.

Transmissions des savoirs

Une telle évolution fait peser en outre une menace non négligeable sur le recrutement des professeurs de l’enseignement secondaire de demain. Car n’oublions pas qu’un étudiant de 2021 sera un professeur certifié en 2025. Si son cursus de formation n’est plus harmonisé ou n’est plus composé que d’études décoloniales, qu’enseignera-t-il demain en classe à des collégiens et des lycéens ?

En lançant l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires, nous appelons à mettre un terme à l’embrigadement de la recherche et de la transmission des savoirs. Dans ce cadre, nous dénonçons la loi de programmation de la recherche (LPR) qui donne des marges de manœuvre inédites aux ennemis de l’universalisme.

Source : Le Figaro

1965 : Les cancres à l'école

Quand un professeur demande à des enfants de jouer les cancres...


Nouvel accroc à l'histoire des Vikings : actrice noire incarnera un chef viking dans feuilleton Netflix

Netflix a annoncé une série dérivée de son feuilleton à succès Vikings. Elle s’appellera Vikings : Valhalla. Cette nouvelle saga, qui se situe 100 ans après la fin de la série originelle, porte à l’écran les aventures des plus célèbres Norrois qui ont marqué l’histoire. Elle racontera les histoires de certains des hommes du Nord les plus connus de l’histoire : Leif Erikson, Freydís Eiríksdóttir, Harald Hardrada et le roi normand Guillaume le Conquérant (un descendant viking).

Netflix a annoncé que Caroline Henderson rejoindra la distribution de Vikings : Valhalla dans le rôle du Jarl Haakon. Le jarl (prononcer « yarl ») est en norrois l’équivalent de comte (apparenté à l’anglais « earl »). Caroline Henderson est une chanteuse de pop et de jazz dano-suédoise. Elle vit à Stockholm. Elle n’a pas le type scandinave…

Caroline Henderson
 
Netflix décrit son personnage comme une « grande guerrière », chef de Kattegat, la ville où se déroule la série originale.

Haakon est une païenne, mais elle a réussi à maintenir Kattegat comme un lieu accueillant des confessions multiples. Kattegat paradis multiculturel ?

Un bref synopsis de Haakon, fourni par Netflix, révèle qu’elle deviendra une puissante mentor pour Freydis Eiriksdottir. Fredyis est une femme nordique légendaire, qui serait la fille de l’explorateur nordique Erik le Rouge. Erik le rouge a établi la première colonie viking au Groenland. Fredvis est également la sœur de Leif Erikson qui aurait été le premier Européen à mettre le pied en Amérique du Nord continentale.

Freydis dans Vikings : Valhalla est décrite comme « farouchement païenne, fougueuse et entêtée ». Les amateurs de la série devront attendre la diffusion du feuilleton sur Netflix pour en savoir plus sur Jarl Haakon et Freydis.

Il existe bien un Jarl Haakon. Il était très différent.

L’illustrateur Christian Krohg en a dessiné un portait, repris ci-dessous.
 
 
Notons que jarl (comte) est un titre masculin. De même en anglais, le titre « earl » de même origine n’a pas de forme féminine saxonne, mais un titre d’origine française : « countess ». 

Jarl Haakon, le jarl de Lade (Hlaðir) Haakon Sigurdsson, surnommé le Puissant, naquit vers 937 à Lade et mourut en 995 à Romol, aujourd’hui Melhus en Norvège. Il exerça le pouvoir dans ce pays avec le titre de jarl jusqu’en 995.

Des femmes comme chefs de guerre ?

Dans la série Vikings, après sa séparation d’avec Ragnar, Lagertha devient « comte » de Hedeby en son nom propre avec le titre de jarl Ingstad. C’est bien évidemment anhistorique. Pour le portrait de Lagertha, une figure légendaire, lire la notice Wikipédia.

Les femmes pouvaient devenir des dirigeants politiques dans la Scandinavie de l’ère viking, comme c’est le cas de Gunnhild, la mère des rois, qui commandait à ses fils royaux. Les femmes pouvaient également diriger des voyages d’exploration et fonder des établissements tels que Aude la Très-Sage, la fondatrice d’une colonie scandinave en Islande.

Cependant, en ce qui concerne le commandement militaire, nous n’avons que des légendes, pour la plupart antérieures à l’ère viking, qui nous parlent d’une poignée de guerrières et de femmes chefs militaires. Il n’y a aucune preuve, comme des squelettes féminins montrant des traces de blessures à l’épée, pour établir que les femmes occupaient une place militaire ou martiale importante, voire significative, dans la Scandinavie norroise. Lagertha, par exemple, nous est connue par Saxo Grammaticus grâce à sa Geste des Danois. Mais, selon Judith Jesch, la riche variété des contes des neuf premiers livres de la Geste de Saxo, qui comprennent l’histoire de Lagertha, est « généralement considérée comme largement fictive ». En dépeignant les nombreuses femmes guerrières dans ces contes, Saxo s’est notamment appuyé sur la légende des Amazones de l’Antiquité classique.

À quel point la série Vikings est-elle historique ?

Voici quelques erreurs, imprécisions ou parti-pris idéologiques peu fondés historiquement :

  • La série s’ouvre en postulant que les Scandinaves ignoraient à l’époque qu’il y avait des terres à l’ouest, au-delà de la mer du Nord : la Grande-Bretagne. C’est faux. Les Norrois étaient commerçants et avaient des relations dans toute la mer du Nord et la Baltique. 
  • Le feuilleton présente les Anglo-Saxons surpris de l’arrivée des Vikings qui parlent une langue impénétrable. En réalité, les Anglo-Saxons connaissaient la Scandinavie, car ils étaient eux-mêmes originaires du nord de l’Allemagne (Saxons) ou du sud de la Scandinavie (Jutes et Angles). En d’autres termes, Ragnar n’a pas découvert l’Angleterre. Les deux peuples parlaient donc des langues germaniques proches, relativement compréhensibles entre elles.
  • La représentation de la société viking sous le comte/jarl Haraldson n’est pas exacte. Haraldson est décrit comme un dirigeant absolu qui garde le meilleur butin pour lui-même et qui décide seul des lieux que ses guerriers pillent. Or la société nordique était très égalitaire.
  • Ragnar et ses fils sont des personnages semi-légendaires.
  • Rollo n’était pas (même dans la légende) le frère de Ragnar.
  • Ragnar n’a pas été le premier à attaquer l’Ouest.
  • Les drakkars n’ont pas été inventés à l’époque des premiers raids en Angleterre, mais bien plus tôt.
  • Les Anglo-Saxons n’utilisaient probablement ni arcs longs ni cavalerie cuirassée, certainement pas en nombre. En général, la représentation des armes, des armures et des batailles est inexacte.
  • Les soldats et les pilleurs nordiques ne comprenaient pas de femmes, ou alors uniquement à titre exceptionnel.

    Les chroniqueurs chrétiens d’Europe avaient peu de sympathie pour ces pilleurs païens scandinaves. Pourquoi aucun ne mentionne-t-il la présence de guerrières parmi les pilleurs qui attaquèrent l’Angleterre anglo-saxonne, l’Irlande et l’Empire franc? S’il y avait des femmes guerrières, il semblerait naturel que les observateurs chrétiens la remarquent comme des exemples de la barbarie, de l’étrangeté ou de la perversité païenne.

    Adam de Brême (né bien avant 1050) se rendit à Uppsala, c’est le seul observateur lettré du monde chrétien à se rendre dans cette région alors païenne. Adam de Brême ne fit aucune mention à des guerrières. Pourquoi ? L’explication la plus simple est qu’il n’en a vu aucune.

    De récentes analyses d’ADN effectuées sur les restes humains dans une tombe de l’âge viking contenant une tombe typiquement masculine démontreraient que l’occupante de cette tombe était une femme. Cet exemple unique a été saisi par les producteurs de la série comme preuve à postériori de l’exactitude historique de leur divertissement féministe-ment correct. Cette étude a été publiée en septembre 2017. La série Vikings a été lancée en 2013.

    L’ennui c’est que cette théorie a été battue en brèche par une universitaire spécialiste de la culture viking, Judith Jesch, citée par les auteurs mêmes de cette « découverte »… Rappelons d’abord que la tombe en question (Bj 581) a été découverte au XIXe siècle.

    La professeur Judith Jesch rejette les conclusions selon lesquelles le squelette de la tombe Bj 581 était celui d’une femme en raison du fait que, d’une part, depuis 1889, d’autres os provenant des tombes environnantes ont pu être mélangés aux ossements du site. Dans les termes de la professeur Jesch : « les tombes ont été principalement excavées au XIXe siècle et il y a eu une certaine confusion quant à l’origine des différents sacs d’ossements. Assez extraordinairement, cela n’est même pas mentionné dans l’article actuel. » En outre, aucune blessure pathologique ou traumatique n’a été constatée sur le squelette. Une excellente guerrière ou pas du tout une guerrière... Les découvreurs de la « femme guerrière » ne précisent pas non plus s’il y avait des indications sur les os des types d’activités auxquelles on pourrait s’attendre de la part d’une guerrière, car une activité physique intense pourrait avoir laissé des traces, en particulier si cette guerrière était assez bonne pour éviter toute blessure grave.

    Judith Jesch critique ensuite les inférences établies sur base de la présence de pièces de jeu faisant de ces conclusions des spéculations prématurées et, enfin, parce que les chercheurs n’ont pas considéré les autres motifs qui pourraient expliquer la présence d'os féminins dans la tombe d’un guerrier.

    La professeur Jesch conclut que « la fascination pour les femmes guerrières, tant dans la culture populaire que dans le discours universitaire, est fortement, probablement trop fortement, influencée par les désirs des XXe et XXIe siècles. » [Cette même fascination très contemporaine et anhistorique pour les femmes fortes qui rivalisent au combat avec les hommes (et dans les affaires) se retrouve dans la série anglo-canadienne Frontières sur la Compagnie d’Hudson]
  • Les sociétés saxonne et nordique étaient dominées par les hommes. Les femmes n’occupaient habituellement pas de postes de commandement. Il n’était pas plus d’usage pour elles — même en tant qu’épouses de chefs — de s’adresser à des guerriers avec le ton autoritaire et fier qu’elles adoptent dans la série. Pas plus qu'avec de simples hommes libres. Elles n’auraient adopté ce ton qu’avec des esclaves et des serfs.
  • Il n’existe aucune attestation historique d’orgies sexuelles. Si un chef pouvait amener une esclave dans sa couche, l’inverse ne s’appliquait pas aux femmes — on s’attendait à ce qu’elles préservent l’honneur de leur mari et qu’elles soient publiquement fidèles. Les Lois de l’oie grise montrent clairement que connaître ses parents était d’une importance capitale. Avant qu’un mariage ne soit légal, les deux parties devraient réciter leur ascendance sur 5 générations devant des témoins pour s’assurer qu’elles n’étaient pas des cousins trop proches. Cela ne reflète pas une société de mariages « libres » où l’on ne saurait pas trop qui était son père… La Saga des Sturlunga nous fournit des images de femmes échangées par les hommes comme des gages. Comme l’écrit Lévi-Strauss, le code des Lois de l’oie grise souligne le statut quasi commercial ou presque de cheptel des femmes.
  • Certains des engins flottants que les Vikings construisent pour attaquer Paris sont de la pure fantaisie.
  • L’architecture parisienne est gigantesque par rapport aux normes médiévales, plus proche de la fantaisie et complètement inexacte pour l’époque.
  • Les Francs et les Saxons de l’époque ne portaient pas d’uniformes.
  • On voit des montagnes partout en Scandinavie. Des montagnes apparaissent dans l’épisode qui se déroule à Uppsala alors que la région est plate…
  • Kattegat (Cattégat) est un détroit pas une ville. C’est un nom hollandais (le trou du chat, la chatière) qui désigne l’étroitesse du détroit. Ce nom exotique est aussi anachronique, car postérieur à l’ère viking.
  • Les Vikings du feuilleton s’amusent à trucider des moines désarmés, des chrétiens dans leur église, mais épargnent des musulmans en pleine prière. C’est ainsi que Floki massacre allègrement des chrétiens, viole des religieuses et utilise même des évêques pour s’entraîner au tir. Mais le même Floki préférerait mourir plutôt que de voir les musulmans blessés. On ne comprend pas très bien pourquoi si ce n’est qu’il est plus prudent aujourd’hui de ne pas paraître islamophobe. Notons que les raids contre les musulmans, en Espagne par exemple, furent très rares comparés aux raids en Europe occidentale. Les auteurs de la série n’ont pourtant pas hésité à les représenter.

Sources : Express, Variety, Wikipédia, carnet de Judith Jesch

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Universités : après le mot « nègre » devenu tabou, le bannissement de « femme » et « homme » pour transphobie ?

La Presse publiait ce samedi un article intitulé « La Liberté universitaire en péril : au-delà du “mot qui commence par un n” ». En voici quelques extraits :

À l’UQAM [Université du Québec à Montréal], en études féministes, elle enseignait en quoi consiste « l’analyse différenciée selon les sexes », une approche reconnue pour contribuer à l’égalité entre les hommes et les femmes lors de l’élaboration d’un projet ou d’une politique publique. Alors, elle prononçait souvent les mots « femme » et « homme » en classe. Forcément.

Chaque fois, un étudiant s’y opposait avec force. Selon lui, une femme cisgenre comme elle n’avait pas à utiliser ces mots, puisque la société interdit aux hommes qui se sentent femmes de se dire femmes.

« Il m’interrompait toujours avec un sourire en coin », raconte la chargée de cours de dix ans d’expérience, qui a requis l’anonymat de crainte de perdre son gagne-pain.

Cela a duré deux mois, à l’automne 2018. C’était constant. Assommant. La prof avait perdu tout plaisir à enseigner. Elle ne faisait plus qu’appréhender son prochain cours. « Qu’est-ce que ça va encore être cette semaine ? Est-ce qu’il va être là ? »

L’étudiant — qui est LGBT, mais pas transgenre — en avait convaincu trois ou quatre autres de le soutenir dans sa campagne de harcèlement et de rééducation de sa professeur, de menaces.

Un jour, une poignée d’étudiants sont entrés dans sa classe avant le début du cours pour distribuer des dépliants. « Fais attention à tes mots », était-il écrit. Parler d’hommes et de femmes pour décrire les gens, lisait-on encore, c’était faire preuve de transphobie.

Sans un mot, une militante s’est avancée jusqu’au pupitre de la prof pour déposer un dépliant sur son clavier, alors qu’elle rédigeait son plan de cours.

Ce jour-là, la prof en a eu assez. « Arrêtez deux petites secondes, leur a-t-elle dit. Oui, les hommes, les femmes, ça existe. Que vous soyez convaincus que les identités sont imaginaires, ça ne change rien : les catégories existent ! »

Elle a donné son cours, comme d’habitude, dans une atmosphère tendue. Puis il y a eu une pause. « Quand je suis revenue, tout mon pupitre était couvert de dépliants. Ils en avaient mis partout sur le tableau blanc. »

Elle a craqué. « Je me suis dit : c’est terminé. C’est la fin. Ça durait depuis deux mois. J’étais à bout. À bout. Elle est tombée en arrêt de travail.

[…] À l’UQAM, ce n’était pas la première fois que l’étudiant queer se présentait dans la classe de la chargée de cours. Un an plus tôt, il s’était inscrit au cours “Homosexualité et société”. La prof y donnait à lire des textes rédigés dans les années 1950 décrivant l’homosexualité comme une pathologie.

“Il venait me voir pour me dire que ça lui faisait violence. À un moment donné, je lui ai dit : ‘Si cela te fait du mal, ne viens pas, parce que ce cours porte sur l’histoire du traitement social de l’homosexualité. On ne va pas la réinventer.”

La porte était là ; elle ne le retenait pas. Il a choisi de rester. “Il a repris un autre cours avec moi, un an plus tard. Je ne l’ai pas compris tout de suite, mais il s’était donné un mandat. Il venait régler des comptes.”

La chargée de cours s’est butée aux certitudes morales inébranlables de son étudiant. “Il était dans une posture où le savoir universitaire, ça ne valait rien, puisque c’était le savoir dominant.”

Elle s’est demandé ce qu’il faisait à l’université, s’il ne croyait pas aux savoirs qui y étaient enseignés. Elle a fini par comprendre. “Ils ne sont pas majoritaires, mais ces étudiants-là sont crinqués [remontés]. Ils ne viennent pas en cours pour apprendre, ils viennent pour faire la révolution.”

L’Institut l’a encouragée à porter plainte. La faculté a été prévenue. Mais ça n’a conduit nulle part. L’UQAM dispose bien d’un “comité d’intervention” visant à assurer un milieu de travail sain et sécuritaire, mais l’existence de ce comité est peu connue, selon Mme Chagnon. “C’est toujours très difficile de porter plainte contre un étudiant, dit-elle. Surtout pour les chargés de cours, qui sont à contrat et qui sont très fragiles.”

Et surtout quand l’université dépend très (trop) largement des étudiants-rois pour assurer son financement [les droits de scolarité payés par les étudiants représentent environ 16,4% du financement, cependant chaque université est également financée en fonction du nombre d'étudiants qui s'y inscrivent]. Au bout du compte, la chargée de cours s’est sentie laissée à elle-même. “Heureusement que j’avais une bonne psy.” Elle n’est pas encore entièrement rétablie. Elle a renoncé à enseigner en études féministes. »

Pour la journaliste, ce qui est en jeu c’est la liberté universitaire, fondamentale pour instruire. Les professeurs doivent faire leur travail, essentiel, sans craindre de se faire emporter pour des mots tabous pour certains étudiants militants.

Or cette liberté s’érode. En septembre, le rapport du scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, notait que la montée de la «rectitude politique» dans les débats de société donnait lieu à des formes de censure. « Ces phénomènes atteignent les universités, dont ils commencent même à perturber la fonction capitale d’espace de libre débat. »

Selon l’écrivaine et militante (selon la SRC) féministe et professeur du Département d’études littéraires à l’UQAM, Martine Delvaux (ci-contre), « Insister pour dire que les femmes et les hommes existent et puis c’est tout, c’est se mettre le doigt dans l’œil jusqu’au nombril. C’est prendre les étudiant. es pour des tartes. » Les étudiants. Pas des étudiants militants radicaux, mais tous les étudiants. Mme Delvaux continue : « On peut reprocher aux “jeunes” de passer trop de temps sur leurs cellulaires (ce dispositif que nous leur avons procuré). On peut s’en prendre à la culture “woke” (même si, avouons-le, c’est un peu court comme réaction). Mais au final, ces jeunes sont déjà éduqués sur les questions de genre quand ils et elles passent le seuil de nos salles de classe. »

« Les jeunes ». Pas une minorité de jeunes, minorité militante, déjà endoctrinée. On se demande bien, d'ailleurs, par qui...

Donc, selon cette professeur payée par nos impôts, les étudiants wokes qui intimident et harcèlent des chargées de cours qui ont eu le malheur de prononcer des mots aussi simples que « homme » ou « femme », mots tabous comme le mot « nègre » pour ne pas vexer des auditeurs hypersensibles, ces étudiants radicaux font selon elle preuve d’une compréhension plus nuancée de la notion du genre. Si l’on s’entête à croire que les hommes et les femmes existent et que tout n’est pas que fluidité et un spectre sans solution de continuité, c’est qu’on est encore engoncé de vieilles certitudes dépassées.

L’ancien député, ministre et chef du Parti Québécois, Jean-François Lisée, commentant cette histoire, renvoie dos-à-dos deux formes d’extrémisme : celle de l’extrême gauche devenue folle qui veut faire taire et censurer les gens qui pensent autrement qu’elle et celle de la droite offensée incarnée par des parents qui ne désirent pas que leurs enfants suivent les cours du Mois de l’histoire des noirs dans une école de l’Utah.  M. Lisée ne voit-il donc aucune différence entre empêcher de parler et ne pas vouloir assister à un cours qui aura quand même lieu ? Pourquoi tente-t-il de relativiser le danger que fait peser la gauche woke en proférant ces fausses équivalences ?


L’école primaire en question accueille seulement 3 noirs sur 322 élèves. Cette école avait d’abord permis à des parents de retirer leurs enfants de son programme du Mois de l’histoire des Noirs. Cette possibilité de ne pas assister à ce programme avait suscité de vives réactions négatives de la part d’autres parents. L’école est donc revenue sur cette possibilité d’exemption. Nous ne connaissons rien du programme de l’école en question. Combien d’activités autour de ce mois de l’histoire noire ? De quelle teneur ? Rappelons que des parents et des experts (y compris non blancs) se demandent si le Mois de l’Histoire des noirs est encore une bonne chose à l’école.

Le Mois de l’histoire des Noirs a vu le jour en 1925 lorsque la deuxième semaine de février a été consacrée à la Semaine de l’histoire des Nègres (Negro History Week) puisque, à la fois, l’abolitionniste Frederick Douglass et le président Abraham Lincoln étaient nés dans la deuxième semaine de février.

Tous les noirs ne sont pas d’ailleurs pas d’accord avec ce mois consacré à l’histoire des noirs. Pour certains, l’histoire des noirs aux États-Unis doit davantage faire partie de l’Histoire des États-Unis et ne doit plus être reléguée ainsi à quelques activités.

Pour d'autres, comme John H. McWhorter dans le Washington Examiner, « nous vivons à une époque où les manuels d’histoire consacrent déjà tellement de temps à l’esclavage que certaines critiques dénoncent la réduction de temps consacré à d’autres aspects de l’histoire. Une époque où les autorités universitaires considèrent qu’il est plus important qu’un étudiant de premier cycle sache ce qu’est le racisme institutionnel plutôt que ce qu’était l’accord de Munich. […] Il peut être étrangement difficile d’admettre qu’une bataille a été gagnée. Mais d’autant plus que la personne blanche typique n’est pas exactement une encyclopédie ambulante de l’histoire “blanche”, il est temps d’admettre que l’Amérique connaît son histoire des Noirs aussi bien que quiconque a des raisons de le souhaiter. »

Alors que cette tradition américaine (96 ans !) se répand désormais en Angleterre, un expert en éducation a averti que les enseignants devraient éviter que ce nouveau programme anglais du Mois de l’Histoire des Noirs ne serve de prétexte pour enseigner « l’idéologie clivante » qu’est la « Théorie critique des races ». Ils devraient plutôt enseigner une histoire factuelle et véridique et des connaissances de fond.

Dans le Daily Telegraph, Calvin Robinson, un directeur d’école et ancien directeur adjoint qui est lui-même non blanc, prévient que la Théorie critique des races répond pleinement à la définition de l’endoctrinement : « processus consistant à enseigner à une personne ou à un groupe à accepter un ensemble de croyances sans les critiquer.  »

Voir aussi 

Cour supérieure du Québec : vers l'effacement des concepts immémoriels comme le sexe, le père et la mère ? (m à j) 

Université du Michigan publie une liste de mots à bannir : pique-nique, liste noire, indigène seraient racistes

Célèbre journaliste féministe et travailliste démissionne du Guardian à cause du climat de censure 

Secte «woke» pas prise au sérieux. Mais confrontés à celle-ci, les gens se soumettent ou sont détruits

L'Université Evergreen (États-Unis) et les dérives du progressisme militant  (vidéo)

Le wokisme : des protestants puritains athées

La protestation radicale dans les universités, un acte religieux ? (vidéo)

Carence de crimes haineux, il faut les inventer ? 

Des universités politiquement correctes qui doivent « protéger » leurs étudiants 

La théorie de la « fragilité blanche » (une nouvelle ordalie de l'eau utilisée pour découvrir les sorcières)

Inquisition — Norvège condamne à la prison ceux qui tiennent des propos « transphobes »... en privé

Démystifier les mythes diversitaires sur le sexe et l'identité de genre

Jordan Peterson et les jeunes « trans » (M-à-j avis de Debra Soh sur l’augmentation de ceux-ci)

Transsexuelle « homme aujourd’hui » allaite en public et est « enceint » 

Programme pour enfants de Radio-Canada (CBC) traite J. K. Rowling de transphobe 

Biologie — L’expression de 6 500 différences génétiques distinguent l’homme de la femme

Étude — La testostérone change la structure du cerveau

Le cerveau des femmes est mieux préparé que celui des hommes pour faire face aux défauts génétiques

Paradoxe confirmé : l’égalité juridique des sexes renforce les stéréotypes sexuels (chasser le naturel, il revient au galop ?)  

La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales

L’instinct maternel aurait une réalité biologique

Gigantesque étude : il n’existe pas de gène « gay » 

À la lumière de six études Remafedi trouve que le suicide chez les jeunes homosexuels s’explique peu par l’homophobie, mais davantage par la prostitution, la famille désunie, l’agression sexuelle en bas âge, les peines d’amour et l’étiquetage prématuré de l’orientation sexuelle.

Joe Biden — pour que les enfants de 8 ans puissent décider d'être transgenres

Royaume-Uni : femme de 23 ans attaque la clinique où elle a subi une “transition de genre" à 16 ans

Surdiagnostics de dysphorie de genre chez des enfants : 35 psychologues démissionnent

Fonctionnaires contre père : qui décide si un enfant mineur peut subir une thérapie de transition de genre ? 
 
Père : ma fille de 14 ans a été détruite par des hormones de transition imposées par un tribunal

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Grande-Bretagne — enfants autistes poussés à s’identifier comme transgenres ?

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Trans — Médecins inquiets que des enfants s'exposent à des "dégâts à long terme" en raison de groupes de pression et de parents agressifs

États-Unis — Trois lycéennes portent plainte pour empêcher athlètes transgenres de concourir avec filles

Cours d'éducation à la sexualité, l'imposition de la théorie du genre est cruciale... 

 Québec — Éducation à la sexualité : des exemptions « très strictes », mais pas pour raisons religieuses

37 % des gènes humains ont une expression différenciée selon que l’on est homme ou femme

Au Québec, un cours d’éducation sexuelle « imprégné par la théorie du genre » ?

 

dimanche 7 février 2021

Cour supérieure du Québec : vers l'effacement des concepts immémoriels comme le sexe, le père et la mère ? (m à j)

Mise à jour dimanche 7 février

Radio-Canada (vos impôts à l’œuvre) se félicite de ce jugement, car cette décision donne espoir aux personnes transgenres. En tous cas, pour les activistes transgenres.

L’article de Radio-Canada ne voit aucun problème à cette décision, n’interroge aucun opposant. Au contraire, il donne la parole à des personnes qui représentent une minorité (les « sans citoyenneté ») au sein d’une minuscule minorité (« les trans ») qui se félicite d’effacer ainsi des concepts immémoriels (« père », « mère ») universels.

Aussi la société gouvernementale tient-elle plutôt à nous apprendre que « Le fait que les personnes sans citoyenneté puissent maintenant changer de genre sans avoir à attendre est “une véritable bouffée d’oxygène” ».

[Pour le militantisme de Radio-Canada la semaine passée, voir par exemple Radio-Canada renvoie dos-à-dos histoire factuelle « blanche » et tradition orale indienne.]

Billet originel du 5 septembre

Un jugement fort troublant a été rendu en anglais le 28 janvier par la Cour supérieure du Québec de Montréal, qui porte un coup dur à la notion légale de sexe. Des mots comme femme et homme, mère et père, sont jugés discriminatoires envers les personnes non-binaires.

Plusieurs articles du Code civil sont invalidés en raison de la présence des mots « sexe », « mère », « père ». Même si les articles du Code civil permettent déjà d’interpréter ces mots en fonction de l’identité de genre plutôt que du sexe biologique, même si le procureur général propose de remplacer, sur demande, les mots mère et père par « filiation » (alinéa [177]), même s’il s’est engagé à délivrer des certificats de naissance ne comportant pas de désignation de sexe, les articles du Code civil seraient néanmoins inconstitutionnels, car ils rendraient invisibles les personnes non-binaires qui ne s’identifient ni comme femme ni comme homme, ou les deux.

Ainsi, ce jugement tend à faire disparaitre la binarité des sexes du registre de l’état civil. Or, si les catégories hommes/femmes n’existent plus, le principe même d’égalité des sexes devient caduc. Comment continuer, dans ces conditions, à défendre les droits des femmes basés sur le sexe ? Qu’advient-il des sports féminins, des toilettes, vestiaires ou refuges non mixtes ? Que deviennent les prisons pour femmes ? Comment continuer à promouvoir l’équité en matière d’emploi ou à combattre les violences faites aux femmes ?

Tout cela pour satisfaire une infime minorité militante. L’affaire avait été portée en justice par le Centre de lutte contre l’oppression des genres (son logo est reproduit ci-contre), un organisme indépendant, financé par les étudiants et étudiantes de l’Université de Concordia, la deuxième université anglophone de Montréal.

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