lundi 3 août 2026

France — Immi­gra­tion de tra­vail : der­rière l’écran de fumée

Les dis­cours qui tendent à nous faire croire que l’immi­gra­tion de tra­vail est une néces­sité vitale sont lar­ge­ment inva­li­dés par un exa­men rigou­reux des don­nées. Texte de Nico­las Pou­vreau-Monti, est direc­teur de l’obser­va­toire de l’immi­gra­tion et de la démo­gra­phie (OID), paru dans Valeurs actuelles.

L’immi­gra­tion est deve­nue, plus que tout autre, un enjeu poli­tique au sujet duquel les convic­tions pré­cèdent sou­vent les faits. En par­ti­cu­lier, l’idée que les étran­gers de nais­sance feraient « le tra­vail que les Français ne veulent pas faire » figure parmi les pon­cifs fré­quents.

Pour la pre­mière fois, en ana­ly­sant les micro-don­nées du recen­se­ment de la popu­la­tion, l’obser­va­toire de l’immi­gra­tion et de la démo­gra­phie a pu éta­blir une radio­gra­phie inédite de la situa­tion de l’emploi des per­sonnes nées étran­gères et ins­tal­lées en France – selon leur natio­na­lité à la nais­sance, leur niveau de diplôme, leur sexe et leur âge. Il en res­sort un ensemble de constats abso­lu­ment sai­sis­sants.

À com­men­cer par celui-ci: il existe non pas une, mais des immi­gra­tions, aux résul­tats d’inté­gra­tion sur le mar­ché du tra­vail radi­ca­le­ment diver­gents. Hors étu­diants et retrai­tés: 82 % des Por­tu­gais de nais­sance occupent un emploi. Il s’agit du seul niveau supé­rieur à celui des Français de nais­sance (80 %). D’autres natio­na­li­tés d’ori­gine s’en rap­prochent néan­moins for­te­ment – ori­gi­naires d’Europe pour la plu­part d’entre elles, mais aussi du Viet­nam ou du Liban. À l’inverse : ces niveaux d’emploi les plus éle­vés sont supé­rieurs de 30 points à ceux des Como­riens, des Haï­tiens ou des Pakis­ta­nais de nais­sance (51 %). Bien au-delà aussi des Algé­riens (54 %) ou des Maro­cains de nais­sance (57 %).

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Contre­di­sant cer­taines expli­ca­tions “ras­su­ristes”, la fai­blesse de ces taux d’emploi per­siste à âges et niveaux de diplôme équi­va­lents. Par exemple : une per­sonne née avec une natio­na­lité du Magh­reb et diplô­mée d’un Bac +5 tra­vaille, en moyenne, moins sou­vent qu’un simple bache­lier français de nais­sance…

L’un des fac­teurs iden­ti­fiables tient dans la très faible inté­gra­tion, sur le mar­ché du tra­vail, de cer­taines femmes nées étran­gères. À qua­rante ans, c’est-à-dire au pic des âges actifs: plus de 40 points séparent les taux d’emploi des Françaises de nais­sance (très proche de celui des hommes) et des Turques de nais­sance. Ce fait appa­raît déter­miné par des traits cultu­rels et anthro­po­lo­giques struc­tu­rants, qui pri­vi­lé­gient un rôle domes­tique et fami­lial des femmes.

L’ana­lyse de la situa­tion des « métiers en ten­sion » met éga­le­ment en évi­dence un pro­fond dés­équi­libre entre la région pari­sienne et le reste du pays. En Île-de-France, 66 % des employés de la res­tau­ra­tion sont nés étran­gers — contre seule­ment 21 % dans les autres régions. Le même contraste appa­raît parmi les ouvriers non qua­li­fiés du second œuvre du bâti­ment : ils sont 59 % à être nés étran­gers en Île-de-France, contre 19 % ailleurs.


Concen­trés majo­ri­tai­re­ment à Paris, les res­pon­sables poli­tiques et de nom­breuses voix média­tiques semblent consi­dé­rer que « l’immi­gra­tion de tra­vail » serait la seule solu­tion pour pal­lier les besoins en recru­te­ment de ces pro­fes­sions. Une telle vision, foca­li­sée sur l’agglo­mé­ra­tion pari­sienne, offre un miroir défor­mant d’une réa­lité beau­coup plus nuan­cée à l’échelle natio­nale. Dans la majeure par­tie du pays, contrai­re­ment aux idées reçues : ce sont très majo­ri­tai­re­ment des Français de nais­sance qui occupent ces postes.

L’argu­ment éco­no­mique pour l’immi­gra­tion de masse, dans un pays qui compte 4 mil­lions de per­sonnes au chô­mage ou dans son halo direct — et où les immi­grés sont parmi les moins “au tra­vail” de toute l’Europe — gagne­rait à être reconnu comme ce qu’il est : une illu­sion aux consé­quences lourdes, à dis­si­per rapi­de­ment. 

 
[Les professions médicales constituent l’un des cas exemplaires des difficultés de recrutement en France. En effet, la pénurie de médecins, d’infirmières et des autres professions médicales fait régulièrement l’actualité, tout comme le développement de « déserts médicaux ». 

Là où d’aucuns affirment que l’immigration contribuerait positivement au fonctionnement du système médical dans ce contexte, il convient de regarder les chiffres disponibles à cet égard.

L’analyse par profession médicale comparées à la population de plus de 15 ans (hors étudiants et retraités) montre que les étrangers de naissance originaires d’Afrique subsaharienne ou de Turquie sont nettement sous-représentés parmi les médecins, au regard de leur poids dans la population. Les personnes nées d’une nationalité d’Afrique du Nord ou d’Europe du Sud sont représentés à un niveau « normal » parmi les médecins, cohérent avec leur part démographique. Les personnes nées étrangères avec une nationalité de l’UE sont, elles, surreprésentées.

En revanche, tous les groupes étrangers de naissance sont sous-représentés (parmi les personnes employables) chez les autres professions médicales tels que la pharmacie, les sage-femmes et les infirmiers.]


« Le nombre de bénéficiaires de l’Aide médicale d’État (AME), réservée aux étrangers en situation irrégulière sur le sol français, a triplé en 20 ans. »


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