samedi 13 août 2022

La guerre d'Espagne sans légendes

Texte de Jean Sévillia sur l’ouvrage de Pio Moa sur la Guerre d’Espagne.

Selon un historien espagnol, la guerre civile qui s’est terminée par la victoire de Franco, en 1939, n’a pas été provoquée par le coup d’État militaire raté de juillet 1936, mais par la dérive révolutionnaire de la République.

Le général Franco à Burgos, siège du gouvernement nationaliste espagnol pendant la guerre civile

« No pasarán! » (« Ils ne passeront pas ! ») Repris par la gauche française, d’Hidalgo aux antifas, le cri de guerre des défenseurs de Madrid contre les troupes de Franco, en 1936, exprime une vision idéalisée de la guerre civile espagnole. Celle-ci, provoquée par la rébellion de généraux factieux contre la République, aurait été le premier affrontement armé entre le fascisme et la démocratie. 

Or, cette interprétation est historiquement fausse. L’affirmer ne procède pas d’une quelconque nostalgie franquiste, mais de l’analyse des faits. 

Il faut se féliciter, à cet égard, de la publication en français d’un livre paru il y a presque vingt ans en Espagne où, vendu à 300 000 exemplaires, il a déclenché de violentes controverses. Son auteur, Pío Moa, né en 1948, a été, à 20 ans, militant du parti communiste espagnol avant d’être membre fondateur du Grapo, un mouvement terroriste d’inspiration maoïste. Converti au libéralisme démocratique et retiré de toute activité politique, Pío Moa a dirigé des revues historiques et culturelles, et s’est lancé dans l’étude de la guerre d’Espagne à travers une trentaine d’ouvrages fondés sur des recherches menées dans le fonds documentaire de la Fondation socialiste Pablo Iglesias.


Les Mythes de la guerre d’Espagne, 1936-1939
fournit la synthèse de ce travail, avec les portraits des principaux acteurs des deux camps, et le décryptage de maints épisodes transformés par la légende, du siège de l’Alcazar de Tolède au bombardement de Guernica. 

La thèse centrale de Pío Moa est que, dans les forces qui composeront le camp dit républicain de 1936 à 1939 — communistes, anarchistes, socialistes, républicains de gauche, nationalistes catalans, séparatistes basques —, quasiment personne n’était démocrate

Quand la droite modérée gagna les élections, en 1933, même les républicains de gauche, refusant leur défaite électorale, s’allièrent aux partis les plus radicaux, ce qui déboucha, en 1934, sur une grève générale insurrectionnelle, transformée en révolte armée dans les Asturies. 

En février 1936, c’est le Front populaire qui remporta les élections, mais dans un climat de violence marqué par la surenchère révolutionnaire des extrémistes qui incendiaient églises et couvents, organisaient des attentats contre les forces de l’ordre et menaçaient les hommes politiques de droite. L’assassinat du député monarchiste Calvo Sotelo, le dirigeant le plus populaire de l’opposition, fit tout basculer en entraînant le raidissement des conservateurs. 

Conclusion de Pío Moa : c’est le mouvement révolutionnaire et l’effondrement de l’État républicain qui ont provoqué le soulèvement militaire de juillet 1936, et non l’inverse. Il s’ensuivra une guerre civile atroce, avec, des deux côtés, son lot de massacres.

Vers une dictature « nationale-catholique »

Pour des raisons qui tenaient à leurs intérêts stratégiques, Allemands et Italiens aidèrent les nationalistes, tandis que, de son côté, l’Union soviétique envoya des conseillers militaires et arma les Brigades internationales, dont l’encadrement était communiste, et se remboursa avec l’or espagnol déposé à Moscou. 

Les républicains, politiquement divisés, finirent par perdre leurs avantages initiaux, tandis que Franco, parvenant à cumuler tous les pouvoirs, politiques et militaires, remporta la victoire en 1939. 

Il instaura une dure dictature que l’on a qualifiée de « national-catholique ». Mais si ses adversaires avaient triomphé, explique Pío Moa dans ce livre qui renverse les idées reçues, c’est une dictature soviétique qui se serait installée à Madrid. L’Espagne n’était pas à l’heure de la démocratie. Celle-ci adviendra, à partir de 1976, par la transition assurée par le roi Juan Carlos — ce que n’avait sans doute pas prévu Franco. 


Les Mythes de la guerre d’Espagne, 1936-1939,
par Pío Moa paru le 9 mars 2020,
aux éditions de L’Artilleur,
688 pp.,
ISBN-13 : 978-2810010950


vendredi 12 août 2022

L'économiste Pierre Fortin : non, le Québec n'a pas besoin de 80 000 immigrants par an

« le Conseil du patronat [CPQ] a tort d’affirmer que l’immigration peut faire diminuer la pénurie de main-d’œuvre pour l’ensemble de l’économie. Cette idée n’est en fait rien d’autre qu’un gros sophisme de composition. »

— Pierre Fortin, économiste.

Le Conseil du patronat en réclame de 80 000 à 100 000 par année. Le gouvernement vise une cible de 50 000. Dans une analyse détaillée que l’Actualité a synthétisée, l’économiste Pierre Fortin tranche le débat en faveur du seuil le moins élevé. Ce n’est pas la première fois que Pierre Fortin dénonce le simplisme du « plus d’immigrants résoudront la pénurie de main-d’œuvre ». Voir la vidéo ci-dessous.

Extraits :

[Estimation de la pénurie qui souffre de deux défauts méthodologiques majeurs]

Malheureusement, cette estimation d’un besoin annuel de 80 000 immigrants permanents présentée par le CPQ souffre de deux défauts majeurs. Ces deux défauts font gonfler démesurément le besoin annuel d’immigrants permanents estimé par l’organisme patronal.

La première des deux failles de l’estimation du CPQ est qu’elle est basée sur les prévisions d’une étude d’Emploi-Québec datant de 2018, donc d’avant la pandémie et forcément périmée, plutôt que sur la mise à jour postpandémique 2021 qu’Emploi-Québec a publiée au début de 2022. Cette dernière repose sur des perspectives économiques renouvelées et prolongées à la période décennale 2021-2030.

En appliquant à cette mise à jour 2021 d’Emploi-Québec la méthode d’estimation que le CPQ a utilisée avec l’édition périmée de 2018, on trouve que le nombre estimatif d’immigrants permanents dont le Québec aurait besoin en moyenne de 2023 à 2030 est de 63 000 plutôt que de 80 000. En employant l’édition périmée de 2018 plutôt que l’édition mise à jour de 2021, le CPQ s’est donc trouvé à gonfler démesurément (de 26 %) le résultat estimé pour les années 2023 à 2026.

Le second défaut de cette évaluation est d’être tenue implicitement pour certaine et de n’accorder aucune attention à la marge d’erreur dans le chiffre de 80 000 avancé, contrairement à la pratique professionnelle de tous les travaux qui reposent sur des hypothèses statistiques faillibles. En supposant, pour fixer concrètement les idées, qu’Emploi-Québec ait surestimé en 2021 la hausse de l’emploi à pourvoir d’un plausible et tout petit 0,1 % par année pour la période 2021-2030, on trouve après correction que le nombre estimatif d’immigrants permanents dont le Québec aurait besoin en moyenne de 2023 à 2030 serait de 53 000 plutôt que de 63 000. Cela ramènerait la réclamation du CPQ à un niveau voisin du taux annuel de 50 000 immigrants permanents par année prévu par le Premier ministre Legault et ses ministres Boulet et Fitzgibbon.

 

Il n’existe pas de lien entre la croissance du PIB par habitant et l’immigration. Aux dernières nouvelles, les immigrés formaient 49 % de la population à Toronto et 7 % à Québec, mais la croissance par habitant de 2001 à 2018 a été deux fois et demie plus rapide à Québec qu’à Toronto. À l’inverse, à Vancouver, le poids important de la population d’immigrés (45 %) n’a pas empêché la région de connaître une performance économique très supérieure à la moyenne.

Un copier-coller de la politique fédérale [et de l’Initiative du Siècle]

Le CPQ ne fait pas que réclamer du Québec qu’il accroisse son taux d’admission à 80 000 immigrants permanents par année de 2023 à 2026, il l’invite également à « tendre idéalement » vers un taux annuel de 100 000 par la suite. Cette cible de 100 000 immigrants permanents par année n’est pas choisie au hasard. Elle équivaut à 22 % des 451 000 immigrants permanents que le gouvernement fédéral vient d’annoncer qu’il admettrait à partir de 2024. Or, 22 % est exactement la part de la population canadienne que représentent actuellement les 8,6 millions de Québécois. La proposition du CPQ pour le Québec est donc un copier-coller de la nouvelle politique fédérale, qu’il appuie sans discussion.

Les lobbys politiques canadiens qui, comme le CPQ, appuient l’accélération de l’immigration canadienne que planifie le gouvernement fédéral sont d’avis qu’elle apporterait trois avantages économiques majeurs au pays : elle résoudrait le problème des pénuries de main-d’œuvre, elle combattrait efficacement le vieillissement de la population, et elle favoriserait la croissance du niveau de vie moyen et du bonheur des gens. Malheureusement, il n’existe aucune preuve scientifique sérieuse de la présence de l’un ou l’autre de ces trois effets bénéfiques présumés.

De faux avantages économiques

Le premier avantage économique présumé est que plus on accueillera d’immigrants, plus la pénurie de main-d’œuvre va s’atténuer. Il est incontestable que le recours à l’immigration fait partie des moyens essentiels de soulager les pénuries de main-d’œuvre particulières des entreprises individuelles. Il doit être encouragé et facilité en réduisant la complexité administrative et les longs temps d’attente.

Mais malheureusement, le CPQ a tort d’affirmer que l’immigration peut faire diminuer la pénurie de main-d’œuvre pour l’ensemble de l’économie. Cette idée n’est en fait rien d’autre qu’un gros sophisme de composition. Ceux qui la défendent « oublient » de tenir compte du fait que les revenus supplémentaires encaissés et dépensés par les nouveaux arrivants finissent par faire augmenter la demande de main-d’œuvre autant que l’offre de main-d’œuvre, de sorte que l’effet net sur la rareté de la main-d’œuvre dans l’économie globale est à peu près nul.

[…] Cette affirmation voulant que l’immigration soit sans effet net sur la pénurie globale de main-d’œuvre est tout à fait conforme aux données de l’expérience. De 2015 à 2019 par exemple, le solde migratoire total du Québec, qui prend en compte l’addition annuelle nette de tous les immigrants permanents et temporaires, a quadruplé, passant de 24 800 à 93 500 personnes. Mais plutôt que de diminuer, le taux de postes vacants a doublé au Québec pendant ce temps, passant de 1,8 % de postes disponibles en 2015 à 3,5 % en 2019. Autre exemple : de 2015 à 2022, bien que le solde migratoire total de la Colombie-Britannique ait dépassé celui du Québec de 65 % à 75 % en proportion selon les années, le taux de postes vacants de cette province était récemment supérieur, et non inférieur, à celui du Québec, s’établissant à 6,5 % là-bas contre 5,8 % au Québec.

Le deuxième avantage économique présumé d’une expansion migratoire comme celle que prévoit le gouvernement fédéral, soit 451 000 immigrants permanents à partir de 2024, est qu’elle aiderait à combattre le vieillissement de la population. Malheureusement, cet espoir est lui aussi contredit par la littérature de recherche, qui a clairement démontré que l’effet de l’immigration sur le rapport de dépendance des personnes âgées est minime, notamment parce que les immigrants arrivent souvent avec leurs vieux parents, puis vieillissent eux-mêmes.

Le troisième avantage économique présumé d’une accélération majeure de l’immigration comme celle que planifie Ottawa est qu’elle favoriserait la croissance du niveau de vie et du bonheur des gens. Mais encore ici, il n’existe aucune preuve scientifique que la croissance du niveau de vie des Canadiens réagirait positivement (ou négativement) à une expansion accélérée de l’immigration et de la population. [On ne sait si le PNB par habitant augmenterait ou diminuerait.]

Les synthèses [des études] produites par les meilleurs chercheurs canadiens en économie de l’immigration ont au contraire fermement conclu que les effets de l’immigration sur le niveau de vie estimés par les nombreuses recherches sur la question sont [au mieux] généralement négligeables. Par exemple, malgré un taux d’immigration 19 fois plus faible que celui du Canada, la Corée du Sud a vu son PIB par habitant (inflation déduite) augmenter 4,5 fois plus que celui du Canada de 2000 à 2019. Et tout près de nous, bien qu’on dénombre sept fois moins d’immigrants à Québec qu’à Toronto, la croissance du PIB par habitant a été deux fois plus importante dans la Vieille Capitale que dans la Ville reine de 2001 à 2018.

[Raisons pour refuser l’augmentation d’immigration]

[…] il est clair que la réclamation maximale du CPQ, de 80 000 à 100 000 par année, doit être rejetée pour au moins quatre raisons.

Premièrement, doubler l’immigration permanente au Québec de 50 000 à 100 000 d’ici la seconde moitié de la présente décennie entraînerait une surcharge administrative impossible au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) et aux autres ministères responsables des services publics.

[…]

une explosion migratoire qui ferait passer soudainement le nombre d’immigrants permanents de 50 000 à 100 000 par année serait passablement téméraire sur le plan social. Elle risquerait d’attiser la xénophobie et d’encourager le rejet de l’immigration. On observe déjà cette malheureuse évolution des choses en Europe et aux États-Unis. Les recherches sur le terrain ont décisivement montré que l’introduction trop rapide de l’immigration et de la diversité ethnoculturelle dans une communauté tend naturellement à réduire les relations de confiance, le degré d’altruisme, l’intérêt à coopérer et la cohésion sociale.

[Enfin,] le recrutement et l’intégration des immigrants posent des défis plus difficiles et complexes à relever au Québec qu’ailleurs en Amérique du Nord, parce que la promotion du français, fragile mais essentielle à la protection et au développement de la culture distincte du Québec, doit forcément s’éloigner du principe de personnalité, selon lequel chaque personne choisit librement la langue qu’elle utilise dans l’espace public, en faveur du principe de territorialité en vigueur dans toutes les sociétés d’immigration sauf à Montréal, et voulant que chaque personne utilise dans l’espace public la langue officielle ou majoritaire de la population d’accueil.

Tous ces défis à relever ajoutent à la justification d’une politique générale d’immigration différente au Québec, contrôlée strictement par la province, et planifiant des volumes d’admissions plus modérés qu’au Canada, en conformité avec l’Accord Canada-Québec relatif à l’immigration et à l’admission temporaire des aubains de 1991. La question du taux d’immigration optimal reste ouverte, mais l’idée de poursuivre la « règle » suivie par le MIFI au cours de la période de 15 ans de 2008 à 2022, soit d’admettre un niveau relativement stable de 50 000 immigrants permanents par année, n’est pas mauvaise, car il appert fréquemment qu’« une vieille règle est une bonne règle ».

Qu’adviendra-t-il du poids du Québec dans le Canada ?

Choisir d’accueillir de 50 000 à 55 000 immigrants permanents par année plutôt que de 80 000 à 100 000 comme le voudrait le CPQ par imitation de la politique fédérale aurait deux conséquences démographiques pour le Québec. En niveau absolu, la population du Québec croîtrait moins vite. Selon le plus récent scénario démographique de référence de l’Institut de la statistique du Québec, avec 50 000 immigrants (augmentés plus tard à 55 000), elle s’élèverait à 10 millions d’habitants en 2061, alors qu’elle pourrait atteindre 11,7 millions d’habitants avec les 100 000 immigrants annuels réclamés par le CPQ.

L’effet sur le niveau de vie moyen et le bonheur des Québécois serait à peu près nul, comme c’est le cas pour nombre de petites nations qui sont devenues riches et heureuses sans avoir dû à cette fin poursuivre un rêve de grandeur démographique, politique ou militaire (par exemple la Suisse, la Norvège, le Danemark, l’Autriche, la Suède ou la Finlande).

En niveau relatif, on peut estimer en gros que le poids démographique du Québec dans la fédération canadienne passerait de 22,5 % en 2021 à 19,2 % en 2061 si sa politique d’immigration adhérait aux 80 000 à 100 000 admissions annuelles du CPQ, et à 16,4 % s’il s’en tenait à la politique gouvernementale québécoise actuelle des 50 000 (augmentés plus tard à 55 000). Le poids du Québec diminuerait donc de 3,3 points de pourcentage avec la politique d’immigration des 80 000-100 000 et de 6,1 points, soit 2,8 points de plus, avec celle des 50 000-55 000.

Voir aussi

Et si la diversité diminuait la confiance ?  

L’Institut Fraser : la politique migratoire actuelle coûterait près de 20 milliards par année au Canada [2011]

Les immigrés coûtent de plus en plus cher au Canada : ils coûtent plus de 16 [jusqu’à 23] milliards de dollars par an aux contribuables [2012]

« Le français hors Québec ? C’est terminé. » Sauvons les meubles…

Sondage [fin 2020] — Seuls 17 % des Canadiens interrogés d’accord avec l’importation de 1,2 million d’immigrants en 3 ans

La « diversité » ou la tarte à la crème

Un Québec de plus en plus divers, est-ce vraiment une bonne chose ? 

« Trop de diversité sape les fondements de la solidarité » 

Étude — Baisse de « solidarité » corrélée à l’augmentation du nombre d’étrangers

Multiculturalisme, « hybridation », « métissage culturel », une nouvelle illusion théorique dans les sciences sociales 

L’immigration, le remède imaginaire 

Des personnes ayant la nationalité américaine réclament le statut de réfugié au Canada

Afflux renouvelé de réfugiés au Québec et impact sur le réseau scolaire déjà en sous-effectif  

Crise du logement : le tabou des seuils d’immigration trop élevés

Humour — désolé d’être là 

Les ⅔ des Québécois contre une hausse du nombre d’immigrants 

Immigration de masse : le Canada connaît la plus forte croissance démographique du G7

L’augmentation de l’immigration a amplifié la crise du logement

Canada — Faire passer l’immigration de 300 000 personnes par an à un million

L’initiative du Siècle (dont un des cofondateurs est Dominic Barton, actuellement ambassadeur du Canada en Chine populaire). En anglais uniquement.

Le patronat québécois reprend de plus belle sa campagne en faveur de l’immigration massive : 64 000 par année au Québec ! (1er avril 2021, ce n’est hélas pas un poisson d’avril)

L’État-providence : une pompe aspirante pour tous les immigrants « illégaux »

 

France — Victoire pour la liberté scolaire devant le tribunal administratif de Toulouse

Communiqué de l’association Liberté éducation :

Au lendemain d’une audition de Pap Ndiaye à l’Assemblée pendant laquelle le ministre a reconnu de nombreux refus (46 % des nouvelles demandes) et du dépôt d’une nouvelle requête de Liberté éducation au Conseil d’État contre les décrets du 2 juin (voir liberteeducation.com).

Le 4 août 2022, pour la première fois, le juge des référés a suspendu une décision de refus d’autorisation d’instruction en famille. Après des semaines de combats juridiques, le juge vient pour la première fois de reconnaître l’urgence et le doute sérieux entachant un refus d’autorisation.

Jusqu’alors, les rectorats retiraient quasi systématiquement les refus d’autorisation juste avant l’audience, très certainement pour éviter que le juge se prononce et qu’une jurisprudence favorable aux familles puisse émerger.

De nombreux tribunaux administratifs avaient également refusé de reconnaître l’urgence, comme le tribunal administratif de Versailles. Beaucoup de familles se sont ainsi retrouvées avec des ordonnances défavorables sans même avoir droit à une audience : les ordonnances de « tri » semblaient écarter définitivement les familles des prétoires.

Cette victoire a été permise sous convention tripartite entre notre avocat partenaire du cabinet La Norville, la famille et notre association.

Le succès du 4 août est double

Le premier succès est de voir reconnue l’urgence à suspendre un refus d’autorisation pour un enfant de trois ans. Le juge a reconnu l’urgence compte tenu de la difficulté d’anticiper une scolarisation dans un établissement public ou privé à maintenant un mois de la rentrée. C’est un motif qui pourra très certainement servir à toutes les familles qui, à moins d’un mois de la rentrée, saisissent le juge des référés.

Le juge a également reconnu, au titre de l’urgence, les difficultés venues du benjamin d’une fratrie qui serait le seul à être scolarisé alors que ses frères et sœurs sont instruits en famille. De nombreuses familles dont les aînés sont bénéficiaires de la dérogation de plein droit pour 2022-2023 et 2023-2024, prévue dans la loi, mais dont le petit dernier avait un refus d’autorisation pourront se fonder sur cette jurisprudence.

Deuxième victoire, c’est la reconnaissance par le juge du doute sérieux, c’est-à-dire l’inégalité manifeste entachant la décision de l’académie.

Nous avons des informations concordantes qui montrent que l’académie de Toulouse refuse presque toutes les demandes d’autorisation du motif 4 « situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif ». Dans notre association Liberté éducation, sur près de 400 refus d’autorisation au niveau national, l’académie de Toulouse est celle qui en oppose le plus, cumulant 31 % des refus. Selon le rectorat, seuls les enfants impossibles à scolarisés pouvaient prétendre à être instruits en famille, à savoir quasiment aucun. Un traitement à rapprocher de l’aveu du ministre de l’Éducation nationale, auditionné mardi à l’Assemblée affirmant au sujet des refus : « Dans certains départements, c’est un non très massif » (voir vidéo ci-dessous et lire notre analyse).

Le juge a reconnu le doute sérieux dans le cas d’une famille développant une pédagogie alternative type Montessori inexistante dans les établissements scolaires situés à proximité. Il a reconnu également que le projet pédagogique était adapté à l’enfant et a souligné les bons résultats obtenus par ses frères sœurs lors des contrôles de l’académie.

Avec cette jurisprudence, c’en est fini du rejet massif des autorisations pour le motif n° 4 concernant la situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif. Elle montre bien qu’un projet pédagogique suffisamment original pour se distinguer de la pédagogie enseignée dans les établissements publics ou privés et adaptés à l’âge et au rythme de l’apprentissage de l’enfant pour qu’une autorisation soit accordée.

Cette situation nouvelle devra être confirmée par le juge du fond, et nous l’espérons, par les autres tribunaux administratifs. Elle montre bien que les parents ont raison de se battre pour exiger le respect de la nouvelle loi tel qu’interprété par le Conseil constitutionnel en août 2021.

Voir aussi

France — Chute de 9100 à 4000 des nouveaux enfants instruits en famille 

France — École à la maison : comment faire pour obtenir une autorisation pour la rentrée prochaine ?

France, instruction à domicile : des décrets beaucoup trop restrictifs

France : décrets d’application de la loi sur l’école à la maison : carton rouge pour le ministère

France — Le ministre de l’Éducation, Pap Ndiaye, a placé ses enfants dans une école privée élitiste pour avoir une « scolarité sereine » 

Le Macron nouveau : Ndiaye militant communauriste noir à l’Éducation nationale française

Bock-Côté sur Pap Ndiaye, le controversé nouveau ministre de l’Éducation en France

 

jeudi 11 août 2022

« Le français hors Québec ? C'est terminé. » Sauvons les meubles...

Il existe schématiquement  deux types de pays bilingues :
  • ceux composés principalement de régions strictement unilingues avec quelques rares zones bilingues, on parle de principe territorial ;
  • ceux dont l’offre de bilinguisme n’est en théorie pas ancrée géographiquement, le citoyen a accès à des services bilingues à travers le pays, il s’agit d’une politique linguistique fondée sur le principe de personnalité.

La Belgique ou la Suisse sont des pays qui adoptent (en dehors de quelques zones bilingues) le principe territorial. C’est ainsi que, dans les zones unilingues, toute l’administration et l’enseignement publics se font dans la langue de la région (pas d’écoles francophones dans les cantons germanophones unilingues en Suisse, pas de « appuyez sur le 9 pour le français »  dans l'administration publique flamande).
 
En 1969, le Canada adopta une politique linguistique fondée sur le principe de personnalité. Celle-ci reconnaît le droit individuel à des services gouvernementaux dans la langue officielle de leur choix. Bien évidemment, dans la réalité, ce droit profite davantage à la majorité anglophone, car partout on trouvera des fonctionnaires qui parleront l’anglais alors que la réciproque ne sera pas vraie (essayez de trouver un douanier francophone à Edmonton).
 
Le Québec privilégie une politique basée sur le principe de territorialité afin de renforcer la langue française sur son territoire, mais cette politique est très lacunaire pour différentes raisons, notamment l’opposition de l’appareil fédéral, mais également une timidité de débonnaire qui ne veut pas faire de vagues ou fâcher le gorille anglophone.

À la lecture du témoignage ci-dessous paru dans l’Actualité, il serait temps de penser à instaurer strictement le principe territorial au Québec : l’administration, la santé et l’enseignement publics devraient y être strictement et uniquement en français. Cela ne devrait pas empêcher, bien sûr, que des écoles privées (non subventionnées) utilisent une autre langue d’enseignement ; c’est le principe des écoles internationales principalement destinées aux expatriés. C’est ainsi qu’on peut déjà envoyer ses enfants à une école en allemand au Canada, mais à ses frais.
 
L’assimilation en famille


Pour ce carnet, trop longtemps on a imposé au Québec la protection de droits linguistiques octroyés à la « communauté historique » anglophone en échange d’une protection réciproque des droits des minorités francophones hors Québec. Au vu de la disparition rapide des francophones hors Québec et du renouvellement constant des anglophones au Québec par l’assimilation d’allophones, il s’agit de plus en plus d’un marché de dupes qui doit prendre fin pour que le français puisse s’épanouir, voire survivre, à longue échéance au Québec. Il faut sauver les meubles.

Tuons dans l’œuf deux objections :
  • la francophonie hors Québec se renouvellerait grâce à l’immigration. Nous n’en croyons rien. Cette immigration constante n’a pas évité le déclin des francophones hors Québec depuis des décennies. Au mieux, cette immigration l’a ralenti. Les francophones minoritaires hors Québec disparaissent au fur et à mesure que les mariages mixtes avec les anglophones deviennent plus fréquents. Autrefois, ces mariages mixtes étaient relativement rares dans des villages fortement francophones, mais l’exogamie se généralise par l’urbanisation croissante et la disparition de la barrière confessionnelle entre les blancs (un mariage catholique-luthérien ne fera plus sourciller). Pour ce qui est de l’immigration récente francophone hors Québec, elle est souvent isolée et donc plus facilement assimilable. En outre, un immigrant noir ou musulman francophone pourra ressentir plus d’affinités avec d’autres noirs (anglophones) ou d’autres musulmans (anglophones) qu’avec des francophones minoritaires hors Québec trop souvent perçus comme des perdants patoisants. 

Les élèves de français de la 11e année du collège francophone Louis-Riel d’Ottawa accueillaient en 2018 Madame Rollande Meunier, 87 ans.
 

  • la minorité historique du Québec doit être protégée. La minorité historique francophone de Flandres, présente depuis mille ans (lire Les Lys de Flandre de Luc Bever de Ryke), ne bénéficie pas les droits que les anglophones ont au Québec. L’anglais n’est en rien menacé dans le monde, il n’a pas besoin d’être protégé dans une province marginale à l'échelle mondiale. Il faut également tordre le cou à l’idée selon laquelle les anglophones qui profitent d’écoles, de cégeps, d’universités, d’hôpitaux ou de services administratifs  en anglais au Québec sont les ressortissants de la « minorité historique » anglophone du Québec. Une grande partie de cette minorité historique a déménagé depuis belle lurette pour des horizons souvent plus prospères (l'Ouest) et plus ensoleillés (le Sud, l'Ontario). À nos yeux, les anglophones au Québec aujourd’hui sont le plus souvent des allophones (grecs, juifs, italiens, pakistanais, antillais, etc.) assimilés à l’anglais ou des anglophones récemment installés au Québec. Dans un contexte minoritaire, il est suicidaire de leur accorder tant de facilités qu’ils n’ont objectivement absolument aucune raison d’apprendre ce qu'ils considèrent comme le baragouin local, à savoir le «French». À ce sujet, voir ce que rapporte La Presse sur la situation à Gatineau  : « [Les Ontariens qui déménagent à Gatineau] ne parlent pas français et ne souhaitent pas l’apprendre », de déclarer Émilie Sauriol. Cela n’étonne en rien le statisticien Charles Castonguay, qui depuis des années analyse les données sur la langue au Québec et au Canada. « Est-ce que je m’y attends ? Évidemment », tranche-t-il en entrevue. « Ça fait 15 ans que le poids du français baisse au Québec et que le poids de l’anglais augmente tranquillement, ajoute-t-il. Et ça fait 15 ans que le poids du français baisse dans la région de Gatineau et que l’anglais augmente tranquillement. »

Nous n’oublions pas les francophones voisins du Québec : peut-être une fois le Québec réellement francophone, l’importance du français augmentera-t-elle dans les régions francophones voisines au Québec. Des régions, comme l’Acadie, demanderont peut-être davantage de droits linguistiques à l’instar du Québec. Quoi qu’il en soit, le Québec ne plus se laisser entraver par le sort malheureux du français hors Québec, il doit d’abord s’assurer que le français s’épanouisse au Québec en y abolissant le principe de personnalité du bilinguisme canadien.


Il est où le français, il est où ? (par Josée Boileau)

En cet été d’aéroports bondés, j’ai choisi de « sauter dans mon char » pour traverser le Canada vers l’ouest, en me demandant par ailleurs jusqu’où j’allais croiser la « francophonie » canadienne…

[…]

Cela a commencé dès le nord de l’Ontario, où de nombreux panneaux publicitaires invitent fièrement les jeunes à s’inscrire à l’école française. Déduction du touriste devant ce signe tangible de vitalité linguistique : je peux donc entrer dans une station-service, un restaurant ou un hôtel en disant « bonjour » et on me rendra au moins la pareille…

Serions-nous mal tombés ? Pas une fois ce n’est arrivé ! Même pas à Sudbury, où pourtant le quart de la population est francophone. Dans cette ville, j’ai d’ailleurs insisté : « Vous parlez français ? » « Non. » Pas de « désolé », pas de « on va trouver quelqu’un », juste « non ». Sans hostilité (… que j’avais déjà ressentie lors de précédentes visites dans le Rest of Canada), plutôt une indifférence tranquille.

Cette scène s’est souvent répétée, même dans un hôtel ontarien qui annonçait ses services dans les deux langues officielles sur la porte d’entrée ! Cette fois-là, je n’ai pas renchéri : à quoi bon. Nous étions sur le chemin du retour et j’avais bien compris que le français, ça valait pour les apparences ou les initiés qui savent quelles adresses fréquenter et vous y guider.

On ne peut même pas se fier aux sites touristiques qui nous assurent de leur bilinguisme, tant l’offre en français y est inégale. Ainsi en va-t-il des parcs nationaux : accueil en français à Jasper et à Banff, mais pas dans les plus petits.

J’ai par ailleurs fini par mettre au rancart mon truc du « bonjour » qui restait sans réponse. Mais dans un supermarché de Kelowna, la caissière nous a d’elle-même parlé en français en nous entendant, mon mari et moi. C’était boiteux et elle s’en excusait : elle était pourtant francophone, fille d’une Montréalaise, élevée à Ottawa. Mais depuis le temps qu’elle était installée en Colombie-Britannique, elle vivait en anglais, comme tout le monde… Bien sûr.

J’ai néanmoins trouvé d’une infinie tristesse qu’au Musée de Saint-Boniface, lieu chargé de préserver la mémoire de ce bastion francophone, la jeune fille à l’accueil ce jour-là soit incapable de dire un mot de français. Une scène qui aurait été impensable il y a 10 ans, quand j’avais visité l’endroit pour la première fois…

Ce soir-là, nous avons longuement jasé avec la serveuse du resto où nous prolongions notre repas. Elle a fini par nous dire qu’elle avait étudié le français à Montréal et nous en a fait la démonstration (réussie !) avec une certaine gêne, expliquant n’avoir jamais l’occasion de le pratiquer à Winnipeg.

« Il suffit de fréquenter Saint-Boniface, non ? » avons-nous répondu. « Oh non, il n’y a presque plus de francophones là-bas ! » C’était en effet l’impression que nous avions eue en nous promenant dans le quartier : parmi les gens croisés, nous n’avions entendu personne parler en français…

J’ai éprouvé le même sentiment d’abandon dans les multiples villages aux noms français qui marquent le paysage du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta, mais où la présence française se fait autrement très discrète, voire inexistante.

C’est le cas même dans les lieux mythiques de l’histoire canadienne-française.

À Batoche, par exemple, théâtre de la grande bataille de Louis Riel pour préserver les droits des Métis avec l’appui du Québec politique du XIXe siècle, le cimetière de l’endroit sert toujours. Mais sur les stèles funéraires des dernières années ne subsistent que les noms français : le reste des informations sur le défunt tout comme les prières sont écrites en anglais. Tout ça pour en arriver à ce renoncement…

D’ailleurs, dans les musées, les Métis sont dorénavant présentés comme les enfants d’une union entre une Autochtone et un Européen : l’épithète « canadien-français » est effacée, ou ramenée à la portion congrue de l’histoire de l’Ouest, au moment même où tout est fait pour valoriser la culture et l’histoire autochtones. Comme si les deux réalités ne pouvaient pas coexister…

Mon retour de voyage a coïncidé avec l’annonce du décès de Gisèle Lalonde, cette grande militante pour les droits des francophones en Ontario. J’en ai été touchée, me demandant si les francophones hors Québec pouvaient arriver à vivre sans avoir à constamment penser à leur identité… N’y a-t-il manière pour eux d’exister au quotidien qu’en se battant ou bien en développant leurs propres réseaux ? Se tenir à la marge, quoi, plutôt que de faire partie de la norme…

Ce questionnement ne se pose pas pour les anglophones du Québec, qui peuvent s’exprimer et être servis dans leur langue partout sur le territoire — il y a toujours quelqu’un pour les accommoder.

C’est un incident banal qui m’a fait pleinement prendre conscience de ce que cela implique dans la vie de tous les jours.

Nous visitions un musée de Winnipeg quand une alarme d’incendie s’est déclenchée. Fausse alerte ? Pendant un bon moment, les directives ont été confuses et données uniquement en anglais.

J’ai alors imaginé la même situation à Montréal, mais avec un message seulement en français : oh que quelqu’un aurait vite dénoncé sur les réseaux sociaux l’intolérable menace à la sécurité des gens !

On a finalement dû évacuer les lieux, beau prétexte pour jaser avec une sympathique bénévole en attendant l’arrivée des pompiers. La dame se pâmait sur Montréal, où sa fille était partie apprendre le français et où elle pourrait aussi l’utiliser, alors qu’ici, n’est-ce pas… Hé oui, hélas.

Source : L’Actualité

Voir aussi

Le client était unilingue francophone. Le procès s’est déroulé au Québec en français. Le jugement est en anglais uniquement. Un avocat québécois s'en plaint. Le conseil de discipline du Barreau reproche à Me Frédéric Allali d'avoir « manqué de respect » dans sa lettre envoyée à la juge Karen Kear. Il connaîtra sa sanction dans les prochains mois. Il aurait réclamé « de façon intempestive » des explications sur un jugement rendu en anglais dans une cause s'étant déroulée entièrement en français. Le Québec : là où tout être fait en anglais, héritage de privilèges exorbitants.

Le français ravalé au même rang que les langues autochtones ? Des fonctionnaires fédéraux de haut rang envisagent d’offrir des cours de langues autochtones aux employés fédéraux. Ils songent aussi à offrir une exemption à ceux qui en parlent déjà une tout en ayant une connaissance suffisante de l’anglais ou du français, révèlent des documents. Il est évident que cela profitera aux autochtones massivement anglicisés. La nomination de Mary Simon, une métis anglo-esquimaude, au poste de gouverneure générale, a soulevé la controverse, car elle ne parle que l’anglais et l’inuktitut (esquimaud), mais pas le français, bien que née au Québec ! Elle serait en train d’apprendre la langue de Molière depuis sa nomination il y a un an. On jugera de sa maîtrise de celle-ci grâce à la vidéo officielle ci-dessous... S'armer de patience et de bienveillance.

mercredi 10 août 2022

« À l’école de mon fils, ils n’ont pas arrêté de leur rabâcher les oreilles avec les différences sexuelles »

De la chroniqueuse du Journal de Montréal Maria Mourani :
Une autre demande qui revient à enfoncer une porte ouverte : changer le cursus scolaire en matière d’éducation à la sexualité en mettant l’accent sur les diversités. Juste pour info, à l’école de mon fils, ils n’ont pas arrêté de leur rabâcher les oreilles avec les différences sexuelles. D’ailleurs, j’en perds mon latin : LGBTQ2+. À ce rythme, d’ici la fin de ce siècle, toutes les lettres de l’alphabet vont y passer. Dans les formulaires d’inscription, il n’y a plus de mère ou de père.

La société inclusive


Documents judiciaires révèlent que l’interdiction de voyager au Canada n’avait pas de fondement scientifique (m à j)

Le 13 août 2021, le gouvernement fédéral canadien a annoncé que toute personne non vaccinée contre la COVID ne pourrait bientôt plus prendre l’avion ou le train. Si vous viviez à Montréal et vouliez rendre visite à votre mère sur son lit de mort à Paris ou à Bruxelles, vous étiez obligé de vous plier à la volonté de Justin Trudeau et vous faire vacciner. De même pour prendre le train ou l’avion afin d’aller de Québec à Toronto.

Jennifer Little, directrice générale de Relance post-COVID, l’unité gouvernementale qui a élaboré ce décret, l’a qualifié de « l’une des obligations de vaccination les plus strictes pour les voyageurs au monde ».


Des documents récemment publiés dans le cadre d’une poursuite en justice lèvent le voile sur la prise de décision derrière cette exigence vaccinale pour voyager. Ces documents indiquent que, loin de suivre la science, le Premier ministre et son cabinet se sont fondés sur des considérations politiques.

Deux jours après avoir annoncé l’obligation vaccinale, Trudeau a déclenché des élections anticipées, s’attendant vraisemblablement à ce que son Parti libéral, qui était minoritaire à la Chambre des communes, profite de l’annonce et soit catapulté à la tête d’une majorité. Les libéraux n’ont pas réussi à remporter la majorité aux élections de septembre 2021. Entre-temps, environ cinq millions de Canadiens non vaccinés se sont vu interdire de rendre visite à leurs proches, de travailler ou de voyager. Trudeau, pour sa part, est resté au pouvoir. Même si les conservateurs ont remporté le vote populaire lors des deux dernières élections, à cause du système parlementaire du Canada, ils n’ont pas obtenu le plus de sièges.

Les documents judiciaires font partie d’une poursuite intentée par deux résidents canadiens contre le gouvernement. Jusqu’au mois dernier, ils étaient sous scellés.

Les deux plaignants sont propriétaires d’entreprises. Tous deux ont de la famille en Grande-Bretagne. Ils se nomment Harrison et Rickard. Ils ont refusé de se faire vacciner au motif de leur autonomie corporelle. Tous deux étaient réticents à identifier leurs entreprises par peur de perdre des clients.

L’avocat des deux plaignants, Sam Presvelos, a déclaré que toutes les décisions gouvernementales liées à la santé publique exigeaient la transparence : « Les fonctionnaires ne devraient pas se cacher derrière un voile de mystère ».

Le but de la poursuite en justice est de soulever ce voile et de mettre en lumière la base non scientifique de ce décret.

 

Justin Trudeau et sa famille arrivent en jet privé au Costa Rica le 1er août 2022. Sa fille Ella-Grace Margaret éternue plusieurs fois. Aucun masque pour Trudeau et son entourage qui nous gouvernent. L'austérité pour lutter contre le changement climatique, c'est aussi juste bon pour les contribuables assujettis aux taxes et impôts canadiens.

 

 Entre autres choses, les documents judiciaires révèlent que :

  • Personne dans l’unité Relance post-COVID, y compris Jennifer Little, la directrice générale, n’avait de formation formelle en épidémiologie, en médecine ou en santé publique.
  • Little, qui détient un diplôme de premier cycle en littérature de l’Université de Toronto, a témoigné qu’il y avait 20 personnes dans l’unité. Lorsque Presvelos lui a demandé si quelqu’un dans l’unité avait une expérience professionnelle en santé publique, elle a dit qu’il y avait une personne, Monique Saint-Laurent. Selon le profil LinkedIn de St.-Laurent, elle semble être une fonctionnaire qui a brièvement travaillé pour l’Agence de la santé publique du Canada. Saint-Laurent n’est pas médecin, dit Little. Jointe au téléphone, Mme Saint-Laurent a confirmé qu’elle était membre de Relance post-COVID. Elle a transmis toutes les autres questions à un porte-parole du gouvernement.
  • Mme Little a suggéré qu’un haut fonctionnaire du Cabinet du Premier ministre ou peut-être le Premier ministre lui-même avait ordonné à la Relance post-COVID d’imposer l’obligation vaccinale pour voyager. (Lors de son contre-interrogatoire, Little a répondu à Presvelos qu’à plusieurs reprises des « discussions » sur cette obligation s’étaient tenues en « haut » lieu et en « très haut » lieu.) Mais elle a refusé de dire qui avait donné à son équipe l’ordre d’imposer l’obligation vaccinale de voyage. « Je ne suis pas libre de divulguer quoi que ce soit soumis au secret du Cabinet », a-t-elle déclaré.
  • Le terme « secret du cabinet » est à souligner, car il fait référence au Cabinet du Premier ministre. Cela signifie que Mme Little ne pouvait pas dire qui avait ordonné à l’unité Relance post-COVID d’imposer la vaccination aux voyageurs parce que quelqu’un au plus haut niveau du gouvernement était apparemment derrière cette décision.
  • Dans les jours qui ont précédé la mise en œuvre de l’obligation vaccinale pour voyager, les responsables des transports cherchaient frénétiquement une justification scientifique. Ils ont échoué.

Cela est devenu apparent lors d’un échange de courriels dans la seconde moitié d’octobre 2021 entre Aaron McCrorie et Dawn Lumley-Myllari. McCrorie est le sous-ministre adjoint associé pour la sûreté et la sécurité à Transports Canada, le ministère qui héberge Relance post-COVID. Lumley-Myllari est fonctionnaire à l’Agence de la santé publique du Canada. Dans cet échange de courriels, McCrorie semble chercher une justification crédible pour l’obligation vaccinale pour voyager. C’était moins de deux semaines avant que cette exigence n’entre en vigueur.

« Dans la mesure où des données mises à jour existent ou s’il existe des preuves plus claires des avantages de la vaccination pour la sécurité des utilisateurs ou d’autres parties prenantes du système de transport, il serait utile d’aider Transports Canada à soutenir ses mesures », a écrit McCrorie.

Quatre jours plus tard, le 22 octobre, McCrorie a de nouveau envoyé un message à Lumley-Myllari : « Nos besoins tombent à échéance le 30 octobre » — dans un peu plus d’une semaine — « nous avons donc besoin de quelque chose assez rapidement ».

Le 28 octobre, Lumley-Myllari a répondu à McCrorie avec une série d’avantages sous forme de liste à puces décrivant, d’une manière générale, ceux des vaccins anti-COVID. Elle n’a pas répondu à la question de McCrorie liée aux transports, notant que l’Agence de la santé publique du Canada mettait à jour ses « considérations de santé publique » en ce qui concerne l’obligation vaccinale.

Deux jours plus tard, le 30 octobre, cette obligation rentrait en vigueur.

Puis, huit mois et demi plus tard, le 14 juin 2022, alors que la grogne montait au Canada, les représentants du gouvernement annoncèrent qu’ils suspendaient cette obligation, bien qu’ils aient clairement indiqué qu’ils pouvaient le reprendre à tout moment.

Quelques jours plus tard, les avocats du gouvernement ont déposé une requête visant à mettre fin à la poursuite de Harrison et Rickard au motif qu’elle était désormais sans objet — et, selon l’avocat Presvelos, pour s’assurer que le public ne verrait jamais les documents judiciaires.

Ainsi, le 12 juillet, Presvelos a déposé une requête en dommages-intérêts supplémentaire, arguant que ses clients avaient subi des dommages pendant l’obligation vaccinale pour voyager. Ni Harrison ni Rickard n’ont dit qu’ils voulaient de l’argent. Le but était de s’assurer que la poursuite ne disparaisse pas et que les documents judiciaires soient rendus publics. Mais même ainsi, le fonctionnement interne de l’unité relance post-COVID et, plus généralement, les raisons du gouvernement Trudeau pour imposer l’obligation vaccinale restent opaques.

Relance post-COVID n’a pas de site sur la Toile et son nom n’apparaît presque nulle part dans les archives gouvernementales. (Il y a une brève mention à l’unité dans le document d’orientation annonçant qu’à compter du 20 juin, l’obligation vaccinale serait suspendue.)

« Le gouvernement Trudeau a prétendu suivre La Science quant à la COVID, mais cette science est étrangement différente de partout ailleurs dans le monde », a déclaré Bruce Pardy, professeur de droit à l’Université Queens et ancien membre du conseil d’administration du Centre juridique pour les libertés constitutionnelles, un centre juridique conservateur. Selon le professeur Pardy, « ses politiques sont basées sur la rancune, la division et la politique pure. La COVID sert maintenant d’excuse pour punir les ennemis idéologiques du gouvernement. »

Harrison et Rickard voulaient exposer la vérité derrière l’exigence vaccinale pour voyager : qu’elle était motivée par la politique et non la science. Ils pensaient qu’ils avaient le droit de refuser un vaccin sur lequel ils avaient fini par avoir des doutes. Ils ont dit qu’ils faisaient cela pour tous les Canadiens, même ceux qui pensaient qu’ils avaient tort.

« L’aspect le plus répréhensible dans la gestion de cette pandémie, a déclaré Rickard dans son attestation sous serment, c’est le comportement haineux, vindicatif et inutilement clivant dont j’ai été témoin de la part de voisins, d’amis, de membres de la famille, de collègues et de notre gouvernement. Les paroles et les actions du gouvernement, qui ont fondé les politiques vaccinales, sans considération pour les personnes non vaccinées, sont loin du Canada chaleureux, bienveillant et attentionné où je me souviens avoir vécu. »

En septembre, un juge décidera s’il y a lieu d’annuler le procès. Jusqu’à présent, 16 responsables gouvernementaux ont témoigné. Même si ce genre d’affaires n’aboutit presque jamais — il y a eu plusieurs contestations judiciaires des mandats, et toutes ont été rejetées — Harrison et Rickard, d’une certaine manière, ont déjà gagné : ils ont mis en lumière la cuisine des décisions gouvernementales. Cela n’a peut-être pas d’importance. « Je trouve que l’idée d’impuissance est répandue au Canada », de déclarer Harrison. « L’idée de protester ne vient pas naturellement ici. Il y a une tendance chez les gens à garder la tête basse, ce que je ne comprends pas, et le gouvernement exploite cette tendance. »

 Le document sous serment en question (PDF, 1299 pages)

 

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Étude — Aucune perte d’apprentissage en lecture parmi les élèves en Suède pendant la pandémie

Ottawa — Contre-manifestante disjoncte et éructe sans discontinuer

Autriche : échec de la politique de vaccination obligatoire anti-covid  

Pr Peyromaure : « Le passe vaccinal ne sert plus à grand-chose et n’a plus aucune justification aujourd’hui » 

Pr La Scola : « La vaccination des enfants ce n’est plus de la science, c’est du fanatisme » 

Orwell dans l’Allemagne de 2022 : L’obligation aboutit au volontariat 

Trudeau : « est-ce qu’on tolère les gens » farouchement opposés à se faire vaccinés anti-COVID ? 

Nouvelle-Zélande — Obligation vaccinale déclarée illégale par la Haute Cour du pays 

mardi 9 août 2022

« Écologie » — Forêt millénaire allemande détruite pour faire place à des éoliennes

Chêne centenaire de la forêt du Reinhardswald
 
 Dans le quotidien suisse NZZ, la Neue Zürcher Zeitung, Christian Saehrendt écrit sur « l’absurdité » de l’abattage d’une des dernières forêts intactes d’Europe pour faire place à de monstrueux parcs éoliens.

Le Reinhardswald couvre une superficie d’environ 200 kilomètres carrés, on trouve des chênes séculaires, une biodiversité naturelle très développée qui abrite par exemple des chats sauvages rares et des populations de cerfs blancs — un équilibre qui a mis 1000 ans à s’établir. Cette forêt est le cadre de nombreuses légendes populaires. S’y trouve le château de Sababourg, dont les frères Grimm on fait le château de la Belle au bois dormant dans leurs Contes de l’enfance et du foyer.

La NZZ rapporte : « À l’automne, la direction de la Documenta [une grande exposition de Cassel] a planté des chênes dans le féérique Reinhardswald près de Cassel pour sauver le climat. Maintenant, la forêt va céder la place aux éoliennes, ce qui sauvera encore mieux le climat. Un bel exemple de l’absurdité de la transition énergétique allemande.

Dans le nord de la Hesse, au centre de l’Allemagne, se trouve l’une des plus grandes zones forestières contiguës d’Europe centrale, le Reinhardswald, surnommé la “forêt féérique”. Les Allemands et leur forêt — c’est un sujet chargé d’histoire, dans lequel l’identité nationale, les mythes historiques et le romantisme politisé jouent des rôles importants. »

« Pour libérer l’Allemagne des importations d’énergie russe »

Le quotidien suisse ajoute : « Ce printemps, les autorités du nord de la Hesse ont approuvé la construction d’un parc éolien avec au moins dix-huit éoliennes de 240 mètres de haut au milieu de cette zone forestière, ce qui a semé la consternation générale.. »

La forêt-relique sur la place des Frères Grimm à Cassel

La région rurale et densément boisée autour de Cassel, où se tient cette année encore l’exposition artistique mondiale Documenta, a en fait traditionnellement misé sur le tourisme au « pays des contes de fées » et est desservie par la « Route allemande des contes de fées ». « Par le passé, cette stratégie a également été couronnée de succès auprès des touristes étrangers, notamment asiatiques », écrit la NZZ.

Les partisans des usines éoliennes défendent la déforestation de l’une des dernières forêts vierges d’Europe en affirmant que seules des zones malades de la forêt sont déboisées et que les turbines « libéreront l’Allemagne de l’emprise des importations d’énergie russes ».... et sauveront notre climat pour les générations à venir. « Le ministère fédéral allemand de l’Environnement a récemment autorisé la construction de parcs éoliens dans les aires naturelles protégées. En outre, la protection des espèces sera affaiblie », rapporte avec précision la NZZ. L’initiative « Windpark-Reinhardswald-against » a déclaré : « Le prétendu trésor des forêts européennes — est en ruine depuis des décennies. Nous sommes consternés. »

La haie d’épines du Monde de Grimm
 
 
Pas de souci, qu’ils se promènent dans des forêts succédanées

« Alors que la vraie forêt féérique, historiquement enracinée, à l’extérieur de la ville, est en train d’être abattue, on en crée des ersatz artificiels à l’intérieur de la ville. Ainsi, la société civile de Cassel se bat depuis des mois pour le réaménagement de la place des Frères Grimm, qui est conçue sous la forme d’une » forêt de conte de fées », composée de pins et d’arbustes — ce qui permet au mieux d’illustrer une forêt miniature sur un ilot de circulation. »

La NZZ ajoute : « Dans le musée Grimm de Cassel — le Grimmwelt, — qui sera à nouveau un site de la Documenta cet été, on a déjà aménagé une forêt artificielle, une “haie d’épines” créée par ces brosses vertes verticales que l’on rencontre dans les lave-autos. Même dans ces événements locaux, une tendance de notre époque devient visible : la désensibilisation et le filtrage médiatique de notre expérience. La nature est de plus en plus mise en scène et irréelle. Des bosquets urbains au lieu de forêts vierges, des mondes artificiels au lieu de la nature, tandis que le paysage extérieur devient de plus en plus inhospitalier et perd son visage. »


« Les voix qui sortent des haut-parleurs de la haie de la Belle au bois dormant créent un agréable effet effrayant. »

samedi 6 août 2022

Stéréotypes — Non, les gens de droite ne sont pas plus enclins à être complotistes

Une nouvelle étude parue dans Political Behavior intitulée « Les républicains et les conservateurs sont-ils plus susceptibles de croire aux théories du complot ? » par le politologue Adam Enders et ses collègues constate, selon trois méthodologies différentes, que, contrairement au stéréotype médiatique remontant au livre de Richard Hofstadter de 1964, Le Style paranoïaque, la droite du spectre politique américain n’est pas plus conspiratrice que la gauche.

Dans toutes les études, nous ne parvenons pas à observer de preuves cohérentes que la droite présente des niveaux de conspiration plus élevés — quelle que soit son opérationnalisation — que la gauche.

Tout d’abord, les chercheurs ont examiné huit enquêtes menées au cours de la dernière décennie concernant 52 théories du complot différentes. Vingt-cinq étaient plus populaires à droite, 23 à gauche et quatre se situaient juste au milieu. 

Les chercheurs admettent volontiers qu’il faut se soucier du biais de sélection dans leurs recherches :

Bien sûr, on pourrait nous objecter que les modèles représentés dans les figures 1 et 2 [ci-dessous] sont des artefacts des théories du complot que nous avons choisi d’examiner et cette critique est en effet fondé ! Cependant, ce serait le cas pour toute étude sur les théories du complot spécifiques. Ce point d’une importance cruciale explique les divergences entre les études précédentes : les conclusions dépendent fortement des théories du complot prises en compte.

C’est la raison la plus probable pour laquelle de nombreux politologues supposent que les conservateurs sont plus conspirationnistes : lorsqu’ils commencent à dresser des listes de théories du complot, ils considèrent toutes celles embrassées par la droite qui les rendent dingues, mais ignorent bon nombre de celles que partagent les gens de leur bord idéologique.


Figure 1 — Corrélations de Pearson entre la croyance dans différentes théories du complot et l’auto-identification partisane et idéologique. Les bandes horizontales représentent des intervalles de confiance à 95 %

Pour les auteurs donc :

Les inférences sur la nature fondamentale du complotisme ne devraient pas être tirées à partir de modèles issus d’un seul ou un petit nombre de croyances complotistes, même si précisément de telles généralisations sont courantes dans la recherche sur les croyances complotistes…. Ainsi, les découvertes d’asymétries gauche-droite (ou leur absence) peuvent être un artefact déterminé par les théories du complot que les chercheurs étudient.

Enders et ses collègues soulignent toutes les théories du complot qui sont acceptées tant par de nombreuses personnes de droite que de gauche :

Ainsi, la partisanerie et l’idéologie ne sont pas corrélées avec les croyances dans les théories du complot sur l’assassinat de JFK, le vaccin ROR, l’Holocauste, les OGM, le fluorure, les téléphones portables, le SIDA, les sociétés pharmaceutiques, le contrôle mental du gouvernement et les ampoules électriques.

Par ailleurs, les chercheurs écrivent :

Nos résultats concernant deux théories du complot spécifiques méritent une attention supplémentaire. Premièrement, les gens de gauche et de droite croient autant les uns que les autres que « peu importe qui est officiellement à la tête du gouvernement et des autres organisations, il existe un seul groupe de personnes qui contrôlent secrètement les événements et dirigent ensemble le monde ». Cette question traduit un sentiment vraisemblablement à la base de nombreuses croyances spécifiques à la théorie du complot. Le fait que nous n’observions aucune différence entre la gauche et la droite sur ce point peut suggérer que le fondement psychologique du complotisme traverse les différents courants politiques dominants. Deuxièmement, nous trouvons un équilibre politique dans la conviction que « le gouvernement américain rend obligatoire le passage aux ampoules fluorescentes compactes parce que ces lumières rendent les gens plus obéissants et plus faciles à contrôler », théorie du complot inventée par des chercheurs (Oliver et Wood, 2014). Le fait que la droite ne croit pas plus dans cette théorie du complot nous incite à nous demander s’il existe un lien inné entre l’identification à droite et les croyances en la théorie du complot.

Cette théorie du complot des ampoules fluorescentes n’est pas une vraie théorie. Elle a été forgée par des chercheurs pour un sondage en 2014 afin de déterminer, grâce à une théorie du complot toute neuve, à quel point les gens aiment croire dans les théories du complot. Lors du sondage en 2014, 17 % des répondants ont déclaré qu’ils avaient entendu parler de ce complot (pourtant inventé pour l’enquête) et 10 % étaient d’accord avec celle-ci. L’étude avait trouvé que les gens qui se disaient de gauche étaient légèrement plus enclins à croire dans cette théorie des ampoules fluorescentes.

Ensuite, les chercheurs ont engagé une société de sondage internationale pour interroger sur onze théories du complot dans vingt pays, voir la figure 2 ci-dessous. Encore une fois, ils n’ont pas trouvé beaucoup de différences qui s’expliquaient par le bord politique des répondants.

Figure 2 — Corrélations de Pearson entre les croyances dans les théories du complot et l’auto-identification idéologique gauche-droite dans 20 pays. Les bandes horizontales représentent des intervalles de confiance à 95 %.

Enfin, ils ont inventé dix théories du complot ambidextres dans lesquelles ils pouvaient insérer soit « démocrate » soit « républicain », telles que : « Pensez-vous que les élites politiques démocrates [républicaines] complotent secrètement avec les grandes banques pour mentir sur la santé de l’économie afin d’obtenir un soutien pour leurs propositions politiques économiques ? »

Les répondants démocrates se sont avérés un peu plus paranoïaques que les républicains sur ces questions. Les auteurs concluent :

En somme, nous ne trouvons aucun soutien à l’hypothèse selon laquelle les personnes de droite sont plus susceptibles de croire dans des théories du complot qui attaquent les libéraux que les libéraux ne sont susceptibles de croire exactement les mêmes théories du complot lorsqu’elles visent les conservateurs.

 

Source: Enders A, Farhart C, Miller J, Uscinski J, Saunders K, Drochon H. Are Republicans and Conservatives More Likely to Believe Conspiracy Theories? Polit Behav. 2022 Jul 22:1-24.

 

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Certains groupes ethno-culturels pâtissent-ils d’une surcriminalité ? Si oui, pourquoi ?  

Pénurie de la main d’œuvre et immigration — attention aux sophismes

Viktor Orban appelle les conservateurs du monde entier à s’unir pour gagner « la guerre culturelle »

Le Premier ministre hongrois chaudement applaudi après un discours prononcé au Texas, c’est assurément un événement qui n’a pas dû se produire si souvent. Viktor Orban était l’invité, jeudi 4 août, de la Conservative Political Action Conference — une réunion des conservateurs américains, organisée tous les ans depuis 1974. Le chef d’État européen y a prononcé une allocution remarquée, rapporte La Dernière Heure belge, au cours de laquelle il a appelé les conservateurs du monde entier à s’unir.


 

« Nous devons coordonner le mouvement de nos troupes, parce que nous faisons face au même défi », a déclaré Viktor Orban devant une foule conquise, appelant les forces conservatrices à « reprendre le contrôle des institutions » de Washington à Bruxelles. « Je suis ici pour vous dire que nous devons unir nos forces », a-t-il encore martelé, invitant les organisations politiques de droite du monde entier à « créer leurs propres règles ». Le tout dans un seul objectif : remporter « la guerre culturelle » initiée par la gauche.

Défendre les racines chrétiennes de l’Occident

« Les progressistes d’aujourd’hui tentent de séparer la civilisation occidentale de ses racines chrétiennes », a encore estimé le chef d’État magyar, qui n’a cessé de faire du christianisme la base de son action politique et de la civilisation qu’il entend défendre. « Les horreurs du nazisme et du communisme se sont produites parce que certains États occidentaux avaient abandonné leurs valeurs chrétiennes », a-t-il par exemple déclaré. Assurément de quoi séduire les conservateurs américains avant la prise de parole de Donald Trump, attendue dimanche prochain.

Rejet de la société multiethnique

Auparavant, dans un discours prononcé samedi 23 juillet en Transylvanie roumaine où vit une importante communauté hongroise, Viktor Orban avait tenu des propos qui avaient créé une vive polémique dans les médias de grand chemin français. En effet, comme le rappelle Le Monde, le président hongrois avait rejeté la vision d’une société « multiethnique » mélangée à des « non-Européens » : « Nous ne voulons pas être une race mixte », avait-il alors déclaré. En déplacement à Vienne le jeudi 28 juillet, Viktor Orban était revenu sur sa prise de parole et maintenu sa déclaration. « En Hongrie, ces expressions et phrases représentent un point de vue culturel, civilisationnel », a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse dans la capitale autrichienne. Le dirigeant a aussi expliqué qu’il arrivait « parfois » qu’il parle « d’une manière qui peut être mal comprise » et assuré que son gouvernement appliquait une « tolérance zéro » quant au « racisme » et à « l’antisémitisme ».

Un combat commun avec l’Autriche

Malgré le tollé qui a retenti dans les médias, Viktor Orban est néanmoins resté droit dans ses bottes. Des survivants de l’Holocauste juif et de la communauté juive s’étaient notamment indignés et avaient appelé l’Union européenne à prendre ses distances avec le dirigeant nationaliste de 59 ans. Quant à son homologue autrichien Karl Nehammer, il a rappelé lors de la conférence de presse condamner « fermement toute forme de racisme et d’antisémitisme » et avoir abordé ce sujet « en toute franchise » avec Viktor Orban. Karl Nehammer a conclu en insistant sur ses points communs avec le dirigeant hongrois au sujet de l’immigration subie par les deux pays. « Nous voulons combattre ensemble », a-t-il déclaré.

Deux priorités : hausse de la natalité et baisse de l’immigration

Dans son discours annuel à Tusvanyos, Viktor Orban a insisté sur la question identitaire.

Le taux de fécondité de la Hongrie est en dessous du seuil de renouvellement. Il y a eu une amélioration de la natalité entre 2010 et 2020, depuis le Covid ce taux est en recul. Un peuple qui ne peut se renouveler biologiquement renonce à son droit à vivre. Si les Hongrois courent le risque d’être évincés du bassin des Carpates, la première cause en sera démographique. D’où le maintien des politiques natalistes et de l’orientation « pro-famille » du gouvernement hongrois.

Deuxième défi pour Viktor Orban : l’immigration. Le Premier ministre hongrois assume le terme de remplacement et lui adjoint celui de submersion. La première cause est spirituelle et Orban conseilla à son public la lecture du Camp des Saints de Jean Raspail. Face à l’immigration de peuplement qui caractérise l’Europe de l’Ouest depuis 50 ans, le Premier ministre hongrois épingle « les évolutions spirituelles qui expliquent l’incapacité de l’Occident à se défendre ».

Dans les pays de l’Ouest, « un conglomérat de peuples » se serait substitué aux nations. Les lois de la démographie donneront la mesure du bouleversement vers 2050. La Hongrie veut suivre une autre voie que ce « Post-Occident ». Que chacun suive sa voie. L’Europe centrale refuse le prosélytisme « diversitaire » de l’Ouest alors que celui-ci ne peut tolérer qu’une autre voie soit possible ou légitime.

Orban infirme par là l’argument de la gauche occidentale selon lequel il n’y a en Europe que des peuples métis. Il distingue le monde européen fait d’incessants échanges régionaux et le mélange révolutionnaire auquel sont livrées actuellement les populations de l’Ouest.

La Hongrie revendique la diversité (européenne) inhérente à l’Europe centrale : « nous sommes simplement un mélange de peuples vivant dans notre propre patrie européenne ». Orban entend respecter la continuité historique de l’Europe centrale, aux antipodes d’une obsession abstraite ou d’une idéologie identitaire. Il s’agit de refuser un nouveau fléau idéologique venu de l’Ouest : l’idéologie « diversitaire » qui cherche à abattre l’ordre antérieur au nom du Progrès. Ainsi Viktor Orban défend une logique de continuité, de transmission et de fidélité à l’égard de la civilisation dont nous sommes héritiers.