lundi 30 juin 2008

Soirée d’information sur le cours d'ECR à Farnham, le lundi 7 juillet

Le lundi 7 juillet 2008

Soirée d’information à Farnham

sur le cours d’éthique et culture religieuse et « ses conséquences sur vos enfants »
19 h au sous-sol de l’église St-Romuald,
rue Yamaska, Farnham
Entrée gratuite.

Parents de toutes convictions, c’est à vous de décider le type d’enseignement religieux que vos enfants recevront à l’école et NON à l’État de décider pour vous.

Conférenciers

— Mme Marie-Josée Croteau, sociologue, présidente de la Coalition pour la liberté en éducation (CLÉ) ;

— M. Sylvain Lamontagne, parent membre de la CLÉ ;

— Me Jean-Yves Côté, avocat et co-concepteur du formulaire d'exemption ;

— Ainsi que des enseignants qui ont suivi la formation pour ce cours.

Le cardinal Ouellet sur le cours d'éthique et de culture religieuse

Le cardinal Ouellet s'exprimait récemment dans une entrevue accordée au journal La Croix au sujet du cours d'éthique et de culture religieuse qui sera imposé par le Monopole de l'Éducation à tous les élèves du Québec en septembre 2008.

— Quelles sont ces difficultés de l'Église que vous évoquez ?
— Depuis quarante ans, la vie religieuse au Québec a beaucoup changé. 80 % des Québécois pratiquaient, ils sont aujourd'hui de 5 à 10 %. L'enseignement religieux a été complètement éliminé. À partir de septembre prochain, l'État impose son cours d'éthique et de culture religieuse dans toutes les écoles, y compris catholiques. C'est une situation complètement nouvelle.

— Ne vaut-il pas mieux une culture religieuse pour tous, plutôt que rien ?
— Dans le respect de l'histoire et de l'identité collective, il aurait pu y avoir un autre système, davantage en continuité avec notre tradition : par exemple un enseignement de culture religieuse biblique et historique, au lieu de ce cours d'éthique et de culture où l'on enseigne sept ou huit religions. Un tel enseignement, de plus, ne porte aucun jugement et exige une absolue neutralité des professeurs, ce qui est à mon sens impossible.

— Pourquoi, alors, ne pas renouveler la catéchèse ?
— De grands efforts sont faits dans les paroisses pour cela, mais dans le contexte québécois, nous n'atteignons qu'une très petite minorité, parce que nous n'avons pas la culture de l'école du dimanche. Nous allons devoir sans doute la créer. La situation est différente dans le reste du Canada : en Ontario, province voisine de tradition protestante, il existe un système public financé par l'État, alors que chez nous, tout a été évacué.

vendredi 27 juin 2008

Novlangue et droit d'objection de conscience des enseignants

L'article 20 de la Loi sur l'instruction publique du Québec se lisait comme suit :

Liberté de conscience.

20. L'enseignant a le droit de refuser de dispenser l'enseignement moral et religieux d'une confession pour motif de liberté de conscience.

Mesure disciplinaire.

Il ne peut se voir imposer un congédiement, une suspension ou toute autre mesure disciplinaire parce qu'il a exercé ce droit.

Cet article a été abrogé par le projet de loi no 95 de 2005 qui déconfessionnalisait l'enseignement public.

Aujourd'hui, plus de dispense. En effet, comment un enseignant pourrait-il s'opposer à ce que l'État décrète être la neutralité et un projet important pour le Québec du XXIe siècle ? À savoir le cours obligatoire d'Éthique et de culture religieuse.

Plus de dispense, mais un accompagnement des enseignants qui ne se sentent pas prêts à enseigner cette matière, pierre angulaire d'un Québec « interculturel » pour reprendre la terminologie du rapport Bouchard-Taylor.

Voyez cette résolution émanant de la Commission scolaire de Montréal (extrait du procès-verbal de la séance extraordinaire du conseil des commissaires de la Commission tenue le 25 juin 2008), réunion à laquelle ne furent discutées que les demandes d'exemption au cours d'ECR et dans l'argumentaire desquelles était mentionné l'article 20 abrogé et où figuraient des témoignages d'enseignants qui dénoncent le cours d'ECR.

II est unanimement RÉSOLU :

3° de MANDATER la direction générale de vérifier si tous les enseignants se sentent suffisamment outillés et d'offrir du soutien aux enseignants qui ne se sentiraient pas prêts à enseigner cette matière;

Explosion du nombre d'écoles sans subvention, la ministre Courchesne se dit inquiète

Le nombre d’établissements scolaires qui ne reçoivent aucune subvention explose au Québec, une situation qui inquiète la ministre du Monopole, Mme Michelle Courchesne. Le Québec comptait 78 écoles non subventionnées il y a trois ans. Ce chiffre s’est élevé à 100 établissements pour l’année scolaire 2007-2008, soit une augmentation de 28 %.

Ces institutions diffèrent des écoles privées habituelles dont près de 60 % du financement est constitué de subventions gouvernementales alors que ces écoles ne vivent que des contributions payées par les parents ou des mécènes.

De plus en plus de parents sont prêts à se serrer la ceinture pour envoyer leurs enfants dans ces écoles où les frais d’inscription s’élèvent parfois à 18 000 $ l’an.

Promouvoir le secteur public

Selon la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, il y a « beaucoup » d’écoles privées non subventionnées. Selon le Journal de Montréal du 16 juin, Mme Courchesne croit qu’il y a un « travail à faire » pour promouvoir le réseau scolaire public.

Que faut-il comprendre par « promouvoir » ou « mettre en valeur » ? S’agira-t-il d’une autre campagne de communication gouvernementale payée par les contribuables pour les convaincre qu’ils se trompent comme c’est dans le cas pour le cours d’ECR ? Selon certaines indications, dans le cas de ce programme controversé, le Monopole a décidé de consacrer plusieurs millions de dollars à la promotion de ce programme imposé à tous les élèves malgré l’opposition de nombreux parents. Le Monopole a, en effet, produit un court métrage idyllique sur ce cours relativiste, organise de nombreuses réunions publiques aux frais des contribuables pour convaincre ceux-ci, la ministre devrait également écrire à tous les parents afin de les informer de ce que le Monopole a décidé d’imposer à leur enfant[1], et cela avec leurs sous.

« Pouvoirs limités » du Monopole selon le Journal de Montréal

Selon le journaliste du Journal de Montréal,
« la ministre de l'Éducation dispose de pouvoirs très limités pour accepter ou refuser d'émettre un permis à un nouvel établissement 100 % privé. En vertu de la Loi sur l'enseignement privé (LEP), la ministre doit délivrer l'autorisation dès que l'établissement démontre qu'il possède les ressources humaines et matérielles requises et adéquates, les ressources financières suffisantes, et que le régime pédagogique sera respecté. »

C’est nettement plus que ce que de nombreuses provinces imposent.

C’est d’ailleurs pourquoi les écoles mennonites conservatrices n’ont pas été déclarées « illégales » dans ces provinces contrairement à celle de Roxton Falls au Québec. Rappelons que le régime pédagogique du Québec impose le cours d’ECR ainsi que le très politiquement correct nouveau cours d’histoire et d’éducation à la citoyenneté.

On ne comprend donc pas trop bien ce que semble regretter le Journal de Montréal. De quels pouvoirs devrait encore disposer le Monopole de l’Éducation alors qu’il peut imposer le contenu d’une grande partie des matières enseignées entièrement aux frais des parents ? Faut-il comprendre que M. Jean-Philippe Pineault, auteur de cet article, regrette l’existence même des écoles non subventionnées ?

Crainte de la multiplication des écoles confessionnelles non subventionnées

Le président de la Fédération des commissions scolaires du Québec, André Caron, dit craindre la multiplication d'écoles totalement privées à saveur religieuse. « On peut se poser des questions sur la qualité de l'enseignement qui y est dispensé », dit-il.

Comme si les écoles religieuses enseignaient par définition mal. Dire qu’à une époque les écoles jésuites étaient considérées comme d’excellentes écoles…

« Qualité de l’enseignement » des écoles confessionnelles non subventionnées

Mais peut-être le manque de qualité concerne-t-il la transmission de valeurs « modernes » ?

C’est ainsi que l’ancien ministre de l'Éducation Fournier déclarait en novembre 2006 à l’Assemblée nationale de Québec, lors du débat sur les écoles que Québec avait déclarées illégales, que la raison pour laquelle il ne fallait « pas perdre » les enfants de ces écoles — comme si ces enfants appartenaient à l’État — était qu’il fallait s’assurer que ces enfants partagent les valeurs de la société québécoise : « il est important pour [ces enfants] de faire partie de la société, de connaître l'ensemble des valeurs de cette société-là et de les partager avec tout le monde. » Pardon ? De partager les valeurs québécoises qu'ils ne connaîtraient pas sans aller aux écoles publiques et subir leur interprétation du programme officiel ?

Cette même volonté d’imposer à tous les enfants sans la moindre exception les « valeurs » décidées par le Ministère de l’Éducation, ses experts cooptés habituels dont on connaît les sensibilités « modernes » a d’ailleurs poussé Mme Malavoy du Parti québécois et M. Michel David du Devoir, deux phares du correctivisme politique, d’appeler à l’interdiction des écoles confessionnelles. Il faut, selon eux, interdire ces écoles confessionnelles qui ont le vent en poupe, car elles permettent, dans une certaine mesure grâce à des cours complémentaires et un personnel sélectionné par leurs soins, de transmettre des valeurs autres que celles décidées par le Monopole et prônées dans ses programmes obligatoires d’Éthique et de culture religieuse ou d’Histoire et d’éducation à la citoyenneté.

Pour 84 % des Québécois, le privé est une bonne chose

Cet appel à la suppression du secteur privé confessionnel apparaît alors que 84 % des répondants dans un sondage de 2005 de Léger Marketing affirmaient que la présence des deux réseaux d’enseignement est un avantage pour les parents qui ont le choix d’envoyer leur enfant [1] dans l’un ou l’autre. Donc, aux yeux de la population, les écoles privées conservent leur raison d’être parce qu’elles permettent aux parents de faire un choix en ce qui a trait à l’éducation de leur progéniture.


[1] Il est plus prudent d’utiliser le singulier quand on parle du nombre d’enfants des couples québécois, surtout ceux des Québécois francophones nés au Québec qui sont parmi les bas parmi les Québécois.

jeudi 26 juin 2008

Réunion publique sur l’ECR à Westmount : les fonctionnaires balaient du revers de la main les questions relatives aux droits des parents

Le Catholics Times dans son numéro de juin 2008 a interrogé deux professeurs de McGill sur le cours d’éthique et de culture religieuse (ECR).

Le professeur Douglas Farrow de l'université McGill a déjà dénoncé énergiquement ce programme en exposant à plusieurs reprises ses failles à des parents lors de réunion d’information organisée par la Coalition pour la liberté en éducation (CLÉ).

Ce professeur en études religieuses s’oppose à l’imposition de ce cours aux écoliers du primaire et à ceux qui fréquentent les écoles privées et confessionnelles. Il décrit le programme comme étant « conçu pour éloigner les enfants de la morale et des religions traditionnelles. »

Dan Cere, professeur adjoint, au département d’études religieuses de McGill, a un autre point de vue. Selon lui, le programme d’ECR ne devrait pas être abandonné, mais il faudrait calmer les inquiétudes des parents et « de nombreux ajustements s’imposent ».

« Les parents ont droit au chapitre » rappelle M. Cere. L’introduction de ce nouveau programme « met en cause la liberté religieuse et de l’autorité parentale ». « Il faut faire en sorte que les questions et les inquiétudes des parents soient prises en compte en classe » suggère-t-il.

Cere fut une des seize personnes à assister, le 3 mai, à une réunion publique d’information sur le cours d’ECR organisée par le Monopole de l’Éducation à la Westmount High School.

Les représentants du Ministère ont expliqué aux participants qu’ils s’opposaient à ce que les écoles invitent des personnalités religieuses pour présenter des exposés en classe. Les fonctionnaires ont également balayé du revers de la main les questions relatives aux droits des parents, relate Cere.

Cere décrit les questions sensibles qui se posent dans le cadre de ce nouveau programme « comme une contestation judiciaire imminente ».

École secondaire Loyola : 600 demandes de dispense sur 700 élèves

On se rappelle que l'école privée catholique anglophone Loyola de Notre-Dame-de-Grâce à Montréal a demandé au Monopole de l'Éducation d'être exempté d'enseigner le nouveau programme d'éthique et de culture religieuse. Si cette demande de dispense n'est pas accordée, le directeur de l'école Loyola, M. Paul Donovan, s'est déjà dit prêt à défendre ses droits devant un tribunal.

Le Catholic Times de juin 2008 nous apprend que le Monopole de l'Éducation a appelé le 5 mai 2008 pour s'enquérir au sujet de la demande de l'école pour obtenir une dispense globale par rapport au programme d'éthique et de culture religieuse (ECR).

Entretemps, cette école secondaire privée a reçu plus de 600 formulaires de demande d'exemption au cours d'ECR de la part des parents. M. Donovan a précisé que son école catholique pour garçons transmettra ces formulaires au Monopole de l'Éducation, si jamais celui-ci rejetait la demande de dispense globale demandée par l'école. Sept cents élèves fréquentent Loyola.

Liban — Le bac en terre chrétienne

Les tensions inter-confessionnelles entre chiites et sunnites pèsent de plus en plus sur le quotidien des Libanais et soulèvent plus d’un problème.

Comment faire passer leur baccalauréat à des jeunes sunnites dans des centres en zone chiite avec des surveillants attachés à ces centres et donc également chiites ? Comment faire passer leur bac à des jeunes chiites dans des centres en zone sunnite avec des surveillants attachés à ces centres et donc aussi sunnites ?

C’est la double question qui s’est posée au ministre de l’Éducation nationale libanais face aux tensions à peines calmées entre les villes de Saadneyl et Taalabeya dans la vallée de la Békaa.

La solution lui a paru claire : faire passer le bac à tous à Zahlé, ville exclusivement chrétienne et aux enseignes en français de la Békaa, avec dans ces centres des surveillants chrétiens qui pourront faire le travail de surveillants sans risquer de faire exploser la situation pour un rappel à l’ordre ou une remarque jugée déplacée.

Les premières épreuves se sont passées sans incidents.

mercredi 25 juin 2008

Cartes de la fête des Pères interdites dans les écoles écossaises

Le Daily Telegraph de Londres révèle qu’on a interdit à des milliers de jeunes écoliers de confectionner des cartes pour la fête des Pères à l'école de peur d'embarrasser leurs compagnons qui vivent avec des mères monoparentales ou des lesbiennes.

Cette politique politiquement correcte a été discrètement mise en œuvre dans les écoles « par respect » pour le nombre croissant de foyers monoparentaux et homosexuels.

Elle n'a été révélée que par le grand nombre de pères qui n'ont pas reçu leurs traditionnels cadeaux et leur carte faits à la main.

L'interdiction des cartes de la fête des Pères a été mise en place dans les écoles de Glasgow, Édimbourg, East Renfrewshire, Dumfries et Galloway et Clackmannshire. La confection des cartes et cadeaux pour la fête des Mères demeure toutefois autorisée.

La décision au sujet de la fête des Pères fait suite à une série d'autres mesures politiquement correctes dans les écoles primaires, parmi lesquelles celle de supprimer les références chrétiennes des cartes de vœux de fin d'année.

vendredi 20 juin 2008

« Privée d'excursion, elle traîne son père en justice et gagne ! », réactions de chroniqueurs

Deux réactions à la décision stupéfiante d'une juge québécoise qui a donné raison à une jeune adolescente privée d'excursion par son père pour avoir désobéi et avoir affiché des photos indécentes d'elle-même sur Internet.

Mario Roy écrit :
« Il est devenu courant pour un enfant privé de dessert ou de télé de menacer papa ou maman : « Je vais appeler la DPJ ! » la Direction de la protection de la jeunesse, bien sûr, dont le pouvoir est expliqué aux marmots à la garderie et à l'école dès qu'ils ne sont plus aux couches. Dorénavant, peut-être les tout-petits pourront-ils recourir aussi aux plus hauts tribunaux du pays...

[...]

L'affaire s'inscrit évidemment dans un contexte de divorce, de désaccord entre ex-conjoints, d'adaptation difficile de l'enfant à une famille reconstituée. Néanmoins, elle dit un certain nombre de choses sur les contradictions de l'État ainsi que sur la place dévolue au père dans ce qu'on appelle encore, faute de terme plus approprié, la famille.

[...]

Si la « délinquance » informatique de la pré-ado est réelle, peut-on blâmer un père d'avoir pris les moyens pour y mettre fin ? Pour coincer les prédateurs du web, l'État, lui, ne mobilise-t-il pas des hordes de policiers - efficaces, on vient de le voir à Montréal ? Alerté par le Conseil du statut de la femme, l'État ne dénonce-t-il pas les dangers de l'hypersexualisation, s'apprêtant à ensevelir ce fléau consumériste sous des argents considérables ? Les pères, eux, n'ont-ils rien à faire dans tout ça ? Ce père en particulier, qui a la garde légale de l'enfant, a-t-il surévalué ces dangers et été trop sévère ? Et même si c'est le cas, appartient-il à la justice d'en décider ?

L'affaire sous examen est exceptionnelle, assure Me Fortin [avocat de l'enfant], qui n'y voit pas une porte ouverte au «droit» pour un enfant de réclamer l'examen judiciaire des sanctions parentales. Or, c'est exactement ce que craint Me Beaudoin, qui se pourvoira en appel.

On verra bien.

Mais on sait déjà à quel point l'État et la justice - jadis boutés hors de la chambre à coucher ! - ont à nouveau envahi l'espace familial. Et on sait aussi que, lorsqu'un « droit » accède à l'existence, il demeure rarement inutilisé. »


Yves Boisvert pour sa part conclut sa relation de cette affaire par :
« Mais que reste-t-il de l’autorité parentale si elle peut être révisée sur toute question à la demande d’un enfant ? La Cour supérieure est-elle devenue une cour d’appel des punitions parentales ? On n’en aurait pas fini…

À moins de cas nettement excessifs ou mettant l’enfant en danger, les juges n’ont pas d’affaire dans la révision des punitions, même quand elles sont malavisées.

[...]


En attendant que la Cour d’appel nous éclaire, j’ai pour ma part caché le journal à mes enfants.

Abus d’autorité parentale, me dira-t-on. Je n’en disconviens pas. Mais comme j’essaie de l’expliquer en vain à mes enfants, une famille n’est pas une démocratie. »

Une décision judiciaire stupéfiante sur l’autorité parentale soulève des questions sur le droit des parents à choisir l’éducation de leurs enfants

Ottawa Citizen, le 19 juin 2008

Si vous empêchez vos enfants de regarder la télévision ou les privez de leur argent de poche, peuvent-ils vous traîner en justice ? Et avoir gain de cause ?

Ce scénario invraisemblable s’est réalisé alors qu'un juge de Gatineau a donné raison à une jeune fille de 12 ans qui avait défié son père après que celui-ci lui eut refusé de la laisser partir en excursion scolaire parce qu’elle n’avait pas respecté son interdiction d’utiliser l’Internet.

Des experts en droit de la famille et de la protection de la jeunesse se disent sidérés par le jugement rendu vendredi passé par la juge Suzanne Tessier de la Cour Supérieure.

« Cela semble incroyable » bredouille Gene Colman, avocat de la famille chevronné de Toronto il a fondé la Revue canadienne de droit familial. « Je n'ai jamais entendu parler de ceci auparavant. »

« En tant qu'avocat et en tant que parent, » déclare Fred Cogan, avocat de la famille à Ottawa, « je pense qu’il s’agit d’une ingérence de la part de l’État dans un domaine où les tribunaux devraient s’abstenir d’intervenir. »

« J'ai six enfants », ajoute M. Cogan. « Je ne désire certainement pas que les juges surveillent tout ce que je fais, ni que mes enfants puissent se précipiter au tribunal. »

Mais peut-être tout le monde devrait-il prendre un Valium. Il y a peu d’indices qui suggèrent que les tribunaux canadiens suivront l’exemple de la juge Tessier.

« Les juges des tribunaux de la famille sont peu enclins à statuer dans le domaine de l’autorité parentale » a dit Peter Dunning, chef de la direction de la Ligue pour le bien-être de l’enfance du Canada.

Joan Durrant, pédopsychologue clinique et professeure en sciences sociales de famille à l'université du Manitoba, nous a confié que les tribunaux préfèrent habituellement ne pas intervenir dans le domaine de la discipline parentale, même lorsqu'elle implique l’usage excessif de la force.

« Quelques cas assez graves ont débouché sur un acquittement parce qu’on a décidé que les parents avaient le droit de décider. » Selon Mme Durrant, dans les rares cas où des enfants ont trainé leurs parents en justice, il existe souvent des antécédents de conflit au sein de la famille : « il ne s’agit habituellement pas d’un incident isolé au sein de la famille. »

Cheryl Milne, avocat pour la Canadian Foundation for Children, Youth and the Law, a indiqué que le scénario de Gatineau pourrait bien être spécifique au Québec en raison du Code civil qui lui est propre. « Je ne peux pas imaginer qu’une telle cause soit entendue en Ontario. »

Même au Québec, la décision est pratiquement sans précédent. Kim Beaudoin, avocate du père – on ne peut l’identifier afin de protéger l'identité de sa fille – dit ne pas avoir pu trouver de jugement comparable.

Le père, divorcé, a la garde légale de sa fille. Il lui avait interdit l’accès à
internet après que sa fille ait clavardé sur des sites Web qu’il réprouvait. Elle a alors utilisé la connexion internet d'un ami pour afficher des photos d’elle indécentes, devait préciser Mme Beaudoin.

Après avoir découvert ceci, le père a appris à sa fille qu’elle ne participerait pas à l’excursion de trois jours que son école organisait. Selon Mme Beaudoin, la fille « a alors claqué la porte » et s’est réfugiée chez sa mère qui était disposée à la laisser partir en voyage.

Cependant, l'école ne voulait pas permettre à la fille d'aller en excursion sans l’autorisation des deux parents ou qu’un juge statue en sa faveur. C’est ce qui a incité la fille, soutenue par sa mère, à intenter une action judiciaire contre son père. Action qui a abouti au jugement.

Selon Mme Beaudoin, la juge Tessier a trouvé que priver la jeune fille de son excursion de trois jours constituait une punition trop sévère. Le fait que la fille vit désormais avec sa mère a également joué un rôle dans la décision de la juge, a-t-elle ajouté.

Le père, qui en appelle de la décision, était « atterré » par le jugement, selon Mme Beaudoin. Il refuse de reprendre sa fille chez lui « car il n'a aucune autorité sur elle. »

Mme Beaudoin a dit qu'elle était « vraiment, vraiment étonnée » par la décision. « On aurait dû conseiller à la mère de respecter la décision du père. Au lieu de quoi, le tribunal a encouragé une dispute familiale, où l’enfant sert à marquer des points. »

Mais Mme Beaudoin ne veut pas exagérer l'impact de cette affaire. « Je ne pense pas que la plupart des enfants poursuivront leurs parents. »

Cependant, Dave Quist, chef de la direction de l'Institut du mariage et de la famille Canada, pense que le passage à une société fondé sur les droits [des enfants] sape l'autorité parentale.

« L’idée qu’un État ou un tribunal, mandataire de l'État, puisse empêcher un parent d’élever son enfant comme il le juge bon me fait peur » d’ajouter M. Quist.

Il y a quatre ans, la Cour suprême a interdit que des châtiments corporels soient infligés à des adolescents et à des enfants de moins de deux ans. Mais elle a confirmé la « Loi sur la fessée », comme on la nomme, pour les autres enfants.

M. Quist s’inquiète que nous ayons perdu de vue le droit des parents à élever et corriger leurs enfants dans certaines limites. « Si les tribunaux commencent à se mêler de ce domaine, je pense que les enfants passeront du monde familial à celui de l’État impersonnel et froid ».

« Quelle est la limite si un enfant peut aller au tribunal pour exiger qu'il parte en voyage scolaire? À un moment donné, cela devient ridicule. »

M. Quist a rappelé que l’intervention trop zélée par des directions de la protection de la jeunesse est un problème croissant. « Plusieurs familles ont été détruites ou lésées par l'intervention de l'État plutôt que protégées comme unité. »

M. Dunning a déclaré que les services de protection de l’enfance ont commencé à accepter plus d'enfants à la suite de plusieurs enquêtes très médiatisées dans les années 90. En près de six ans, le nombre des enfants protégés en Ontario est passé d’environ 10 000 à presque 20 000, a-t-il ajouté.