mardi 19 novembre 2024

Canada — Demandeurs d'asile logés à l'hôtel par le gouvernement qui reçoivent 224 $ par jour pour se nourrir et se loger

Les personnes qui se prétendent réfugiées au Canada reçoivent 224 $ par jour du gouvernement fédéral pour se nourrir et loger dans une chambre d'hôtel. Cela représente 81 760 $ par an, soit 16 000 $ de plus que le salaire moyen au Canada. Ceci ne comprend pas d'autres dépenses comme les frais de santé ou de scolarité des enfants, ainsi que les frais de traitement de leur demande.




Alors que le nombre de demandeurs d'asile au Canada atteint de nouveaux sommets, une députée conservatrice a révélé qu'Ottawa consacre environ 224 dollars par jour pour nourrir et loger certains étrangers qui demandent l'asile après être entrés illégalement dans le pays.

En début d'année, la députée conservatrice Lianne Rood a téléchargé sur les médias sociaux des documents montrant la réponse du gouvernement à sa question sur les « biens et services » fournis aux étrangers qui ont demandé l'asile au Canada, mais dont la demande n'a pas encore été examinée par les services d'immigration.

Le coût moyen de l'hébergement est de « 140 dollars par nuit et par chambre », et le coût moyen des repas est de « 84 dollars par jour et par demandeur », soit un total de 224 dollars par demandeur et par jour.

Et le coût journalier peut être encore plus élevé si l'on tient compte des autres « articles essentiels » fournis gratuitement aux demandeurs, y compris « les articles de toilette, les médicaments, les couches ».

« Les demandeurs d'asile dans les hôtels gérés par IRCC (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada), quelle que soit la manière dont ils sont entrés au Canada, sont logés et nourris une fois qu'ils sont relogés », peut-on lire dans la réponse officielle à M. Rood, signée par Paul Chiang, secrétaire parlementaire du ministre de la Diversité et de l'Inclusion.

« Le gouvernement néo-démocrate-libéral accorde dix fois plus d'avantages aux frontaliers illégaux qu'il n'en accorde aux aînés canadiens ! C'est SCANDALEUX ! », a écrit M. Rood dans la légende accompagnant un message posté le 7 mai sur X, dans lequel il téléchargeait le document.

Selon les chiffres de mai 2024 de l'IRCC, 156 032 demandes d'asile sont en cours d'examen par l'agence, mais tous les demandeurs d'asile ne se trouvent pas au Canada et ne vivent pas dans un hôtel de l'IRCC.

Alors que de nombreux demandeurs d'asile submergent les abris municipaux, le gouvernement Trudeau a récemment lancé le Programme d'aide au logement provisoire afin de « fournir un hébergement temporaire limité aux demandeurs d'asile qui, autrement, n'auraient pas d'endroit où s'abriter ».


Mathieu Bock-Côté : « La droitisation antiwoke des jeunes hommes est visible partout en Occident »

L'essayiste et sociologue québécois tire les enseignements de la victoire de Donald Trump. Il y voit une défaite majeure pour le système politique et médiatique dominant, fruit d'une insurrection populaire qui traverse toutes les démocraties occidentales. Mais pour Mathieu Bock-Côté, si la gauche woke est fragilisée comme jamais, elle n'a pas encore dit son dernier mot.

— Trump a été élu avec une avance que personne n'avait anticipée. Est-ce l'échec du totalitarisme sans le goulag que vous décriviez dans votre dernier livre? La lutte contre la prétendue extrême droite et la stratégie de diabolisation ne fonctionne-t-elle plus?


Une chose d'abord sur ce qui frappe dans cette victoire : son ampleur. Trump ne s'est pas faufilé à la Maison-Blanche comme en 2016, il a tout raflé, même le vote populaire, devant un système mobilisé comme jamais pour en finir avec lui.

Il faut revenir à l'histoire de la structuration de l'espace politique américain pour comprendre la présente séquence. Depuis les années 1990 (dans les années 1980, le reaganisme a représenté un premier réalignement politique), il y avait aux États-Unis une forte convergence entre les élites politiques démocrates et républicaines. Elles communiaient dans une même adhésion au messianisme démocratique, sacralisant le « leadership américain » dans un monde sur le chemin d'une gouvernance globale, au libre-échange, à l'immigration massive ainsi qu'à une définition civique et multiculturaliste de la nation américaine. L'alternance démocratique se déroulait donc dans les paramètres d'une idéologie dominante.

On a bien connu des insurrections populistes dans chaque parti, mais elles furent chaque fois matées.

Ce fut le cas de la révolte de Pat Buchanan dans le cadre de deux primaires républicaines, en 1992, où il parvint à imposer le thème de la « cultural war », puis en 1996, où il réaligna intellectuellement la droite populiste autour d'une critique du globalisme, de la mondialisation et de l'immigration. En 2000, il quittait le Parti républicain pour mener une campagne solitaire sans succès à la présidentielle à la tête d'un tiers parti, le Parti réformiste. Au lendemain du 11 septembre 2001, il fut même frappé d'anathème : qui ne soutenait pas la croisade bushienne en Irak était accusé de trahir son pays. Il revint ensuite chez les Républicains, mais à la manière d'un partenaire mineur, dans la mesure où ce parti s'était recomposé autour de l'alliance des néoconservateurs, de la droite religieuse et des libertariens mondialistes.

Le Parti démocrate a aussi connu une insurrection de ce genre, dans les années 2000, avec Howard Dean, et les années 2010, avec Bernie Sanders, qui a voulu renouer avec une gauche économique contre une mondialisation poussant à la désindustrialisation du pays. Il fut lui aussi maté.

Mais voilà : l'arrivée de Donald Trump en 2016 a changé la donne, dans la mesure où il est parvenu, avec sa personnalité extravagante, à s'emparer de son parti en s'appuyant sur la droite « buchananienne ». C'était le mariage des rejetés, dans la mesure où Trump, de son côté, rêvait d'appartenir à la bonne société new-yorkaise, mais fut toujours traité comme un parvenu grossier. Personne, alors, ne croyait vraiment à sa victoire. Lui-même n'y croyait pas trop. Une fois le pouvoir conquis, il a gouverné en tanguant entre les coups de menton inspirés de Steve Bannon et les politiques conservatrices classiques, portées par les anciens républicains qui s'étaient ralliés à lui. Cette gouvernance décevante n'est pas sans lien avec sa défaite en 2020, qui aurait ensuite pu signer sa mort politique avec l'émeute du Capitole.

Mais voilà, Trump n'a pas capitulé et est parvenu à renaître politiquement. Tout en misant sur une posture insurrectionnelle, canalisant la colère de l'Amérique profonde, il s'est présenté cette fois avec une équipe capable d'assurer l'exercice du pouvoir. Il est soutenu par une mouvance intellectuelle, le national-conservatisme. Il s'est aussi associé à certaines figures dissidentes majeures, qu'il s'agisse d'Elon Musk, de J.D. Vance, de Tucker Carlson ou de Robert Kennedy Jr.

Devant cette mutation populiste du Parti républicain, le Parti démocrate est véritablement devenu l'expression politique de l'oligarchie, qui s'est mobilisée derrière lui, de la gauche woke jusqu'à la droite néoconservatrice. Il a trouvé dans la défense du wokisme son liant idéologique - le wokisme, sous Joe Biden, est devenu l'idéologie officielle de la technostructure fédérale américaine, à travers l'EDI, sa traduction managériale. Il est parvenu à lever des montants astronomiques pour soutenir une candidate qui s'est imposée lors d'un putsch interne médiatiquement propulsé et légitimé, sans que jamais elle n'ait notamment à nous dire depuis combien de temps elle était consciente et témoin de l'effondrement cognitif de Joe Biden. Les médias se sont ici montrés complices d'un mensonge d'État. L'oligarchie a tout fait pour se maintenir, en inscrivant même les deux dernières semaines de campagne sous le signe de l'antifascisme. Mais l'oligarchie a échoué. L'insurrection trumpienne l'a emporté.

—  Diriez-vous que c'est le début de la fin de ce que vous appelez « le régime diversitaire »?

La victoire de Trump nous rappelle qu'on doit se méfier de l'illusion d'un verrouillage absolu du système, qu'on doit se méfier de l'illusion de son invulnérabilité. Un système antipopulaire, antinaturel, aussi, dans la mesure où il est animé par le fantasme de l'homme nouveau, finira toujours par tomber, à moins qu'il ne parvienne à fabriquer un nouveau peuple, soit en rééduquant la population, en ce moment en la zombifiant, soit en la submergeant par une population nouvelle. Chose certaine, le régime diversitaire est fragilisé. On peut toutefois s'attendre à ce qu'il se radicalise en Europe occidentale, justement pour empêcher le triomphe d'une insurrection de même nature. On le voit ainsi se mobiliser contre la « désinformation », au nom de la lutte contre les « fake news » et les « discours haineux ». La censure se radicalisera. La dissolution des groupes identitaires, la persécution bancaire ou juridique de leurs militants, annonce peut-être demain la dissolution des partis antisystème, comme on l'évoque en Allemagne.

— L'un des enseignements de ce vote est qu'une partie des minorités a été insensible, voire hostile au discours woke porté par la gauche démocrate. La volonté de la gauche « progressiste » de façonner « un homme nouveau » se heurte-t-elle finalement à des réalités anthropologiques indépassables?

On a parlé de la révolte des jeunes hommes, que la campagne de Trump a su rejoindre en misant sur les médias alternatifs, et je ne parle pas ici que de Twitter. Cette « droitisation » antiwoke des jeunes hommes est visible partout en Occident. Elle se dévoile par l'émergence d'un discours sur leur nécessaire « dématrixisation », ou dans celui plaidant, dans le même esprit, pour la pilule rouge, symbole tiré du même film, marquant la volonté de ne plus voir le monde à travers les yeux du système, et de se rebeller mentalement contre lui. On a aussi parlé de la révolte des jeunes hommes latinos, qui se sont ralliés majoritairement à lui. C'est vraiment l'élément inattendu de cette campagne. On annonçait ce ralliement depuis vingt ans : il s'est finalement concrétisé.

Les excentricités et les outrances de Donald Trump, loin d'avoir joué contre lui, semblent, au contraire, avoir été ses principaux atouts. Comment expliquez-vous ce paradoxe?

Le commun des mortels n'en peut plus d'une parole publique aseptisée, placée sous la surveillance de médias décrétant le dérapage du jour, et se donnant le rôle de distinguer les gentils et les méchants. Une parole transgressive, avec tous les excès qui l'accompagnent, peut jouer un grand rôle dans le dynamitage des interdits mentaux sur lesquels repose le régime diversitaire. J'ajoute un élément central : la liberté d'expression aux États-Unis est sanctuarisée grâce au premier amendement, que voulaient d'ailleurs réinterpréter de manière restrictive les démocrates. La mouvance populiste peut s'y développer sans subir une persécution juridique à l'européenne.

—  Si le trumpisme peut être vu comme une rupture par rapport au néoconservatisme de George Bush et même au Reaganisme, il est aussi un retour aux sources de l'idéologie et de l'imaginaire de la droite américaine. Comment s'inscrit-il dans la longue histoire de la droite américaine?

Je l'évoquais, il y a un instant : le trumpisme a renoué avec la droite buchananienne des années 1990, qui elle-même prétendait renouer avec la droite traditionnelle, antérieure au virage néoconservateur des années 1980, ou même, antérieure à sa refondation par William Buckley dans les années 1950. Cette droite autoproclamée paléoconservatrice est le chaînon manquant dans l'histoire intellectuelle du conservatisme américain. La droite trumpiste condamne le messianisme démocratique prêtant aux États-Unis une mission civilisatrice à travers le monde. Elle n'est pas isolationniste, comme on l'entend, même si elle n'est pas insensible à cette musique, mais s'oppose à l'idée d'une gouvernance globale. Elle s'oppose à l'immigration massive, et considère que la nation américaine n'est pas seulement une nation civique : elle a une culture, qui s'ancre dans l'expérience inaugurale des 13 colonies, même si le trumpisme lui-même relève davantage d'un conservatisme du « hearthland » que de la côte est. Le trumpisme est enfin un antiwokisme radical : c'est le nouveau visage de la guerre culturelle.

— En quoi peut-elle inspirer les autres droites occidentales? La victoire de Trump peut-elle faire tomber certaines barrières mentales et idéologiques dans les pays européens et singulièrement en France?

Le trumpisme n'est pas transposable intégralement, évidemment. Le système bipartite américain a permis son émergence. Il faut s'imaginer son emprise sur le GOP comme si Éric Zemmour ou Marine Le Pen s'emparaient d'un parti unissant toutes les droites et faisant accepter leur leadership à François Bayrou et Jean-Pierre Raffarin. Cela dit, le populisme s'adapte par définition à la morphologie mentale de chaque peuple, mais est toujours animé par le désir de faire éclater une structure technocratique calcifiée déformant les aspirations populaires et une pulsion insurrectionnelle au nom de l'identité profonde d'une collectivité. Cette identité est partout aujourd'hui compromise par l'immigration massive.

L'apport politique du trumpisme est ailleurs : il pose de manière neuve la question du régime, en remettant en question l'État administratif qui dispose d'un pouvoir immense et travaille la société dans la perspective de l'ingénierie sociale. Le wokisme ne pourrait se diffuser s'il n'était qu'un discours : c'est dans la mesure où il est porté par cette technostructure publique (mais aussi privée) qu'il parvient à conditionner la population. Son définancement changera la donne. L'antiwokisme est aussi essentiel dans un monde qui ne sait plus distinguer l'homme et la femme, qui a institutionnalisé le racisme antiblanc en le nommant antiracisme. Le trumpisme met aussi l'accent sur une défense intégrale de la liberté d'expression. C'est probablement là son principe le plus important.

— Donald Trump a désormais tous les pouvoirs et il peut compter sur un parti républicain aligné sur son style et son idéologie populiste. Faut-il craindre un retour de bâton autoritariste? De ce point de vue, certaines inquiétudes sont-elles légitimes?

Le personnage Trump est assurément brutal, et on le critiquera souvent, avec raison, sur bien des domaines. Il a tous les pouvoirs élus à Washington, mais il les a gagnés démocratiquement. Ne sous-estimons pas toutefois ces contre-pouvoirs majeurs que sont les États. Vous noterez, par ailleurs, que la droite américaine est bonapartiste sans le savoir en flirtant avec un certain césarisme. J'en résume l'esprit, qui évoque le Machiavel des Discours sur la première décade de Tite-Live. Une cité a trois composantes organiques : l'un, les quelques-uns, et la masse. Je traduis : César, les oligarques et le peuple. Certains théoriciens du conservatisme américain se sont convaincus de la nécessaire alliance de César et du peuple pour déstabiliser l'oligarchie et redistribuer la souveraineté. Mais n'en doutons pas un instant, l'oligarchie n'a pas dit son dernier mot. -

Source : Le Figaro Magazine

lundi 18 novembre 2024

Pour Justin Trudeau, il ne faut pas que l'urgence de payer son logement ou son épicerie l'emporte sur la lutte contre les changements climatiques

Le Premier ministre Justin Trudeau s'est entretenu le 17 novembre avec Michael Scheldrick, cofondateur du groupe de lutte contre la pauvreté Global Citizen, en marge du sommet des chefs d'État et de gouvernement du G20 à Rio de Janeiro (Brésil).

Pontifiant, il a déclaré :

Il est très, très facile, lorsque vous êtes dans une situation de survie à court terme : je dois payer le loyer ce mois-ci, je dois pouvoir acheter des provisions pour mes enfants, de dire « d'accord, accordons une priorité légèrement moindre au changement climatique ».

Et c'est quelque chose d'instinctif quand la tempête arrive, vous voulez vous blottir, vous recroqueviller et attendre qu'elle se calme. Nous ne pouvons pas faire cela avec le changement climatique. Et malheureusement, nous avons beaucoup d'amplification politique du type de récit qui est directement opposé à cela.

Les Françaises non immigrées ont d'autant moins d'enfants qu'elles ont peu de revenu disponible

En France, le taux de fécondité est positivement associé au niveau de revenu et de diplôme. Si on omet les immigrés, il s’écroule en dessous de 2000€ mensuels.

Les femmes diplômées du supérieur et disposant de 4000€ par mois sont quasiment au niveau de fécondité nécessaire au renouvellement des générations.

Selon un rapport de l’Insee, en 2023, 677 800 bébés sont nés en France, dont 639 533 en France métropolitaine Ce chiffre n’avait pas été aussi bas depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Lecture : parmi les femmes nées à l’étranger, les 20 % les plus modestes (en deçà du 1ᵉʳ quintile de niveau de vie), qui ont un niveau de vie moyen de 587 euros par mois sur la période, ont une fécondité moyenne de 2,63 enfants, d’après leur fécondité observée de 2012 à 2017 par âge et rang de naissance (ICFRA).   

 La fécondité des femmes nées à l’étranger est plus élevée que celle des femmes nées en France (figure ci-dessus). Ces écarts sont accentués en bas de l’échelle des niveaux de vie : 1,5 enfant pour les femmes nées en France contre 2,6 pour celles nées à l’étranger parmi les 20 % les plus modestes (en deçà du 1ᵉʳ quintile de niveau de vie). Alors que la fécondité des femmes nées à l’étranger diminue nettement avec le niveau de vie, celle des femmes nées en France tend à augmenter avec celui-ci. Parmi les femmes nées à l’étranger, les 20 % les plus aisées ont en moyenne 2,0 enfants, soit un niveau de fécondité proche de celui des femmes les plus aisées nées en France (1,9).

Voir les données de l'INSEE, il s'agit de niveau de vie, lequel est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation (UC). Le niveau de vie est donc le même pour tous les individus d’un même ménage.

Des collèges bidon qui vendent la citoyenneté canadienne ?

Québec a autorisé plus de 12 000 étrangers à étudier dans un collège privé méconnu de Montréal, soit plus qu’à n’importe quels autres cégeps ou universités.

Le Collège Supérieur de Montréal, situé au cœur du centre-ville, accueille une minorité d’étudiants québécois.

Son modèle d’affaires est plutôt basé sur le lucratif recrutement d’une clientèle internationale souvent originaire du Maghreb et de l’Inde.

Lors de sa dernière demande de renouvellement de permis, l’établissement privé avait informé le gouvernement qu’il prévoyait accueillir seulement 1147 étudiants en 2024-2025.

Qu’à cela ne tienne, Québec a délivré un nombre record de 12 622 certificats d’acceptation du Québec (CAQ) à des étudiants admis par le Collège entre avril 2023 et janvier 2024. C’est deux fois plus que pour l’Université de Montréal et trois fois plus que pour McGill (voir tableau ci-dessous).

Le Collège Supérieur de Montréal a ainsi profité des largesses du ministère pour accueillir un maximum d’élèves étrangers. Il en compte présentement 3300. Faute de place, certains des 12 000 admis ont opté pour un autre établissement ou ont baissé les bras après que le début de leur session a été repoussé de plusieurs mois.

«Notre objectif n’a jamais été d’octroyer des lettres d’admission à un maximum d’élèves, même si aucune règle ne nous en empêche, mais plutôt d’offrir un enseignement de qualité», s’est défendu par écrit Noureddine Hajibi, directeur général du Collège.

« Impossible de refuser »

La popularité du Collège Supérieur de Montréal, un collège privé subventionné, s’explique en partie par le fait qu’il donne accès à un précieux permis de travail post-diplôme qui mène à la résidence permanente.

Plusieurs étudiants étrangers acceptent donc de payer les frais d’admission et de scolarité s’élevant à plusieurs milliers de dollars par session dans l’espoir de pouvoir immigrer au Canada de façon permanente.

Ces étudiants font partie des 600 000 immigrants temporaires présents au Québec, un nombre que François Legault veut réduire. Dans la dernière année, il a maintes fois interpellé le fédéral à ce sujet. Or, le ministère de l’Immigration du Québec a directement contribué à cette hausse en acceptant en masse les étudiants du Collège Supérieur de Montréal.

Mais pourquoi ne pas en avoir refusé plus, vu la taille du collège? Questionné par notre Bureau d’enquête, le Ministère affirme que les dispositions législatives actuelles l’empêchent de gérer les demandes en fonction de la capacité d’accueil réelle des établissements.

Des «dérapages»

Le mois dernier, le ministre de l’Immigration Jean-François Roberge a néanmoins déposé le projet de loi 74 pour mieux contrôler la venue d’étudiants étrangers, vu les «dérapages» dans le milieu.

Sans les nommer, l’élu a fait allusion à deux collèges privés problématiques.

«C’est comme si l’enseignement n’était plus une mission sociale, une mission économique, mais un modèle d’affaires pour vendre la citoyenneté québécoise et canadienne plutôt que la qualité du diplôme», a-t-il déploré en conférence de presse.

De son côté, le ministère de l’Éducation affirme que si le projet de loi est adopté, il permettra d’assurer une meilleure répartition des étudiants étrangers entre les types de formation. [Pas de limiter ce nombre ?]

L’Ontario a aussi récemment sévi contre l’industrie «d’usines à diplômes» qui s’était développée autour des collèges privés. Pour sa part, le gouvernement fédéral a annoncé dans les derniers mois des plafonds d’admissions pour les étudiants étrangers.


Nombre de certificats d’acceptation octroyés par Québec entre avril 2023 et janvier 2024
  •     Collège Supérieur de Montréal: 12 622
  •     Université Laval: 7778
  •     Université du Québec en Outaouais*: 7176
  •     Université de Montréal: 6174
  •     Collège Ellis (campus de Trois-Rivières): 6086
  •     Université du Québec à Chicoutimi**: 5453
  •     Université du Québec à Trois-Rivières: 5144
  •     Université du Québec à Montréal: 4846
  •     Université Concordia: 4744
  •     Université McGill: 3832

*pour le 1er cycle seulement

**pour les 1er et 2e cycles seulement

Source: Cahier explicatif des crédits 2024-2025, ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration

Qu’est-ce que le CAQ?

Un étudiant doit obligatoirement obtenir un Certificat d’acceptation du Québec (CAQ), remis par le ministère de l’Immigration du Québec, avant de demander son permis d’études au fédéral. L’étudiant peut changer d’établissement sans que son CAQ ne soit mis à jour.

Qui est derrière le Collège Supérieur de Montréal?

Le directeur général de l’établissement est Noureddine Hajibi. L’homme d’origine marocaine a occupé le même poste à l’Institut Teccart par le passé.

Sa femme, Saloua Zraida, et lui sont aussi administrateurs du Collège Supérieur de Sherbrooke et du Collège Universel, à Gatineau. Ces deux établissements privés accueillent également une grande proportion d’étudiants étrangers.

samedi 16 novembre 2024

La plus ancienne école de journalisme au monde a été rachetée par un groupe d’investisseurs conservateurs

Article du journal d'extrême gauche Libération (6,3 millions d'aides publiques en 2016) qui n'aime pas la possibilité que des journalistes échappent à une formation de gauche.

La plus ancienne école de journalisme au monde a été rachetée par un groupe d’investisseurs conservateurs, dont le milliardaire d’extrême droite [rappel, selon les gauchistes de Libé] Vincent Bolloré. Faisant craindre qu’elle ne se transforme en pépinière pour médias bollorisés.
 

La bollorisation commencera désormais dès l’école de journalisme. L’École supérieure de journalisme de Paris (ESJ Paris), la plus ancienne école de formation de journalistes au monde, créée en 1899 par l’écrivaine Jeanne Weill, alias Dick May, passe sous le pavillon d’un consortium d’investisseurs marqués à droite, parmi lesquels Bernard Arnault, Vincent Bolloré, la famille Dassault, l’ancien président du Medef Pierre Gattaz et Rodolphe Saadé.

Dans un communiqué publié ce vendredi 15 novembre, la bande [sic!], associée également au groupe Bayard Presse, a annoncé vouloir faire de cette école, qui ne fait actuellement pas partie des quatorze reconnues par la profession et qui n’a rien à voir avec la plus célèbre ESJ Lille [dont 87 % des étudiants affirmaient voter pour la gauche ou l'extrême gauche], «un haut lieu de l’excellence journalistique, un centre de formation de référence où se dessinent les contours du journalisme de demain». La nouvelle direction de l’établissement semble notamment mettre en avant une volonté de devenir une référence dans le domaine de l’enseignement du journalisme économique. Un «engagement collectif» dans le sens d’une «dynamique de renouveau», s’est gargarisé dans la foulée le JDD bollorisé, sans prendre la peine de s’éloigner un tant soit peu du communiqué – difficile de critiquer leur potentielle future pépinière de talents.

Une ancienne d’Europe 1 à la direction

Mais c’est en effet, comme le souligne l’hebdomadaire à la main du milliardaire d’extrême droite, une «nouvelle page qui s’ouvre», bien loin des valeurs de l’école des débuts, la première au monde à s’ouvrir aux femmes, soutenue par Emile Durkheim et honnie par la droite antidreyfusarde. Les étudiants, qui ont découvert le rachat ce vendredi matin par des sources journalistiques, sont sonnés. Marie (1), en master [maîtrise] de journalisme, parle d’un «sale coup au moral» qu’elle n’avait pas vu venir. Autour d’elle, certains ont certes un peu d’espoir que le rachat permette d’augmenter les moyens d’une école qui en manque, mais Marie, elle, ne «voit que des côtés négatifs». Déjà parce que c’est son argent, et celui de ses camarades, qui financent l’école : 7 000 euros l’année tout de même, et qu’elle craint l’arrivée de professeurs d’extrême droite qui viendraient bousculer ce qu’elle jugeait jusqu’ici comme un «enseignement équilibré». Ensuite parce qu’elle s’inquiète des conséquences pour sa carrière. «Ça me rend hyper triste de me dire que le truc qui sera sur mon CV toute ma vie ce sera ça. Et j’ai peur de ne pas trouver du travail quand les rédactions verront que j’ai fait la Bolloré School of Journalism. [en anglais !]»

Elhame Medjahed, ancienne présentatrice sur Europe 1, propriété de Vincent Bolloré, et jusqu’ici directrice pédagogique de l’établissement, prend la direction générale par intérim. Elle succède au spécialiste du Maroc Guillaume Jobin, qui dirigeait l’école depuis 2009. À la présidence de l’établissement, on retrouvera Vianney d’Alançon, un entrepreneur catholique trentenaire, cofondateur de la maison de joaillerie Laudate, qui fabrique des médailles de baptême et les vend à Lyon et Versailles, comme le racontait le Monde en 2017. L’homme est surtout châtelain de La Barben (Bouches-du-Rhône), où il a implanté le parc d’attractions historique Rocher Mistral, sorte de Puy-du-Fou provençal à la vision historique plus que contestable. Selon nos informations, c’est lui qui est à l’origine du tour de table rassemblant le gratin du capitalisme français. En mai, le magazine Challenges faisait état de négociations pour céder l’école pour un montant entre 2 et 3 millions d’euros.

L’école a pu avoir ces dernières années une réputation sulfureuse [dans les milieux de la gauche radicale], employant par exemple comme professeurs le controversé journaliste indépendant Jean-Paul Ney ou la reporter russophile [?] Anne-Laure Bonnel. L’ESJ Paris entretenait par ailleurs ces derniers temps un tropisme pour le Moyen-Orient, avec une filière orientée vers le marché des médias des pays arabes. Quelle sera désormais sa future ligne ? La nouvelle équipe de direction sera connue en janvier, et l’école devrait bientôt quitter la rue de Tolbiac, dans le XIIIe arrondissement de Paris, pour des nouveaux locaux. Contactée, la nouvelle directrice n’a pour l’heure pas répondu aux sollicitations de Libération.

Voir aussi
 
 

Gladiateur 2 — Critiques (était : Denzel Washington y jouera Macrin (Macrinus))

Critique positive du film dans le Figaro Magazine ci-dessous (ce serait une bonne surprise), cet avis n’est pas partagé par l’hebdomadaire britannique The Economist plus bas.

LA GLOIRE DE SON PÈRE

Ridley Scott signe avec « Gladiateur II » un film spectaculaire qui marche sur les traces du premier.

C’est la bonne nouvelle que l’on n’attendait pas. Parce que Gladiator, immense succès qui lança en 2000 le renouveau du film antique, décourageait tout espoir d’une suite digne de lui. Parce que les films historiques de Ridley Scott ont suivi sur une pente descendante, d’Exodus. Gods and Kings [L’Exode : Dieux et Rois au Québec] au Dernier duel et à Napoléon, tous marqués au coin du grotesque. Or, Ridley Scott et le scénariste David Scarpa ont fait pour Gladiateur II un choix payant : celui de la filiation tous azimuts, à commencer par le héros, Lucius (Paul Mescal), propre rejeton de Maximus, qu’incarnait Russell Crowe. Capturé en Numidie par l’armée du général Acacius (impeccable Pedro Pascal) lors d’une bataille où sa femme perd la vie, il devient, à Rome, un gladiateur anonyme, bien décidé à se venger de son vainqueur qu’il découvre marié à… sa mère, Lucilla (Connie Nielsen, survivante du premier film).

Comme dans Gladiator, les scènes de batailles et d’arène rythment savamment l’action, avec un zeste de surenchère jouissive (on aime Les Dents de la mer en plein Colisée). Les empereurs Geta et Caracalla reprennent haut la main le flambeau de Commode en clowns maléfiques, flanqués d’un préfet du prétoire tout aussi impitoyable (Denzel Washington, qui offre un numéro soigné de barbarie au sourire Colgate). Ridley Scott a réalisé un film moins lyrique, plus sombre que le premier. Mais son grand spectacle est solide comme l’airain qui cuirasse son héros, loin de l’esthétique de jeu vidéo à laquelle le genre semblait abonné depuis 300. Quant à l’Irlandais Paul Mescal, il est aussi à l’aise dans la série romantique Normal People [Des Gens normaux au Québec] que dans ces combats virils qui sentent bon le MMA et le sable chaud, avec ce qu’il faut d’humanité blessée et de destins brisés. Force et honneur !

La bande-annonce (l’aguiche) en VF :

 
GLADIATEUR II, ses erreurs artistiques dépassent ses erreurs historiques

QUEL EST le moment le plus ridicule de « Gladiator II » ? Est-ce lorsqu’un gladiateur chevauche un rhinocéros dans l’arène ? Ou lorsque le héros, Lucius (Paul Mescal), se bat aux côtés de sa femme ? (On lui a fourni une armure moulée à ses seins, les armées du troisième siècle étant des employeurs réputés pour leur égalité des chances, c’est bien connu.) Ou est-ce lorsqu’il combat un singe conçu par ordinateur, mi-gibbon, mi-Gollum ?

Ou peut-être est-ce la façon dont il cite sans cesse le premier « Gladiateur », en répétant » Force et honneur « et » J’aurai ma vengeance « — bien qu’il évite de demander “Alors, ça vous divertit ?”. Probablement parce que la réponse serait : pas autant qu’avec le premier opus.

Lorsque le premier “Gladiateur” est sorti en 2000, le monde s’est instantanément épris de Maximus Decimus Meridius (interprété par Russell Crowe), qui se décrit comme » le père d’un fils assassiné, le mari d’une femme assassinée » et qui possède les plus beaux avant-bras que l’on avait vu à l’écran depuis un bon bout de temps. Les critiques ont fait la fine bouche (« grandiose et stupide », a dit l’un d’eux). Mais presque tout le monde les a ignorés : « Gladiateur » est devenu le deuxième film le plus rentable de l’année. Il a remporté cinq Oscars et s’est attiré l’adoration des spécialistes du classicisme, dont le sujet semblait soudain plus à la mode qu’ennuyeux. J’ai adoré ce film », a déclaré Dame Mary Beard, auteur à succès et spécialiste de l’histoire romaine. « J’ai pleuré. »

Voici le retour de « Gladiateur », dont la suite prendra d’assaut les arènes modernes (appelées cinémas) le 15 novembre en Grande-Bretagne et le 22 novembre en Amérique. Le dernier film s’est terminé dans un bain de sang : dans l’art comme dans la vie, les gladiateurs et les empereurs romains ont une espérance de vie particulièrement courte. Cela a nécessité des changements considérables dans la distribution des rôles.

Mais beaucoup de choses nous sont familières. Maximus, homme d’humeur changeante, a été remplacé par Lucius, homme d’humeur changeante. L’empereur fou Commode est devenu deux empereurs fous : Caracalla et Geta. « Gladiateur II » offre le même mélange de sabres, sandales et sueur, et en grande partie la même intrigue. Lucius, comme Maximus (déflorement : ils s’avèrent être apparentés), est capturé comme esclave lors d’une bataille, il est ensuite amené à Rome, puis s’efforce de la libérer d’empereurs malveillants. Comme Maximus, Lucius aspire au « rêve qu’était Rome ». Malheureusement, ce que Sir Ridley Scott, le réalisateur du premier et du second opus, entend par ce rêve se révèle moins clair la deuxième fois.

Tous les drames historiques se déroulent non pas à une époque, mais à deux : celle qu’ils évoquent ostensiblement et celle dans laquelle ils sont filmés. « Bridgerton », avec ses dialogues à la Downton Abbey et sa distribution des rôles multiethnique, se déroulait davantage en 2020 qu’en 1813.

Les péplums romains sont également datés, car les Romains sont utilisés « en partie comme une image de nous-mêmes », explique Dame Mary. Par exemple, « Quo Vadis » (1951) est un hymne au christianisme ; la série télévisée « Moi, Claude » proposait une débauche racoleuse qui reflétait les années 1970. Le premier « Gladiateur » exprimait l’idéalisme de la démocratie, ce qui convenait parfaitement au tournant du millénaire. (Marc Aurèle veut que Maximus aide à rendre le pouvoir au peuple.) Ici le film s’inscrivait dans la lignée du célèbre essai de Francis Fukuyama « La fin de l’histoire » paru peu avant.

Le second opus est plus confus. Le péplum affirme défendre la démocratie, mais la croyance en elle, à l’écran comme en dehors, semble bien plus faible qu’auparavant. Les vrais méchants de ce film sont, comme souvent dans le cinéma d’aujourd’hui, les riches oisifs. Ses héros sont les travailleurs immigrés de Rome.

Ainsi, Lucius, réduit en esclavage, travaille avec une force surhumaine tout au long du film. Ses compagnons gladiateurs sont représentés sous un jour favorable, de même que leur médecin indien. Même le méchant « maître » des gladiateurs, Macrinus (Denzel Washington), est plus séduisant que les aristocrates imbéciles qu’il sert. Quel est le rêve de Rome ? À en juger par ce deuxième volet, c’est le plein emploi, le fait de déjouer les riches et des relations interraciales harmonieuses (la distribution est extrêmement diversifiée). Les femmes y sont émancipées à un point improbable : elles participent aux batailles et se battent dans le Colisée aux côtés des hommes. Tout cela fait très 2024 — et c’est sans doute très méritoire. En revanche, ce n’est pas très palpitant. 

Cela n’en fait pas un film non historique. La Rome antique était très diversifiée [mais la présence des noirs et des Indiens était négligeable, il s’agissait d’un mélange de Méditerranéens]. L’Empire romain s’étendait de l’Espagne à la Syrie ; il comptait environ 60 millions d’habitants, dont beaucoup se déplaçaient. Des poteries d’Afrique du Nord ont été retrouvées à Iona, en Écosse ; des rhétoriciens de Gaule ont été retrouvés en Islande. Tout le monde s’est retrouvé au Colisée de Rome lors de son ouverture. Arabes, Égyptiens, Yéménites, Éthiopiens, Germains, tout le monde était là, a écrit le poète Martial. [Voir l’encadré ci-dessous pour l’analyse ADN de dépouilles remontant à la Rome antique, l’échantillonnage est encore petit et sélectif doit on ajouter.]

Et les Romains ne s’intéressaient guère à la teinte de la peau. Un Nord-Africain pouvait devenir empereur (comme le sera plus tard Macrin en 217 après J.-C.) presque sans que son teint ne fasse l’objet d’un commentaire. Rome n’était pas une utopie raciale, loin de là. Mais les préjugés des anciens Romains n’étaient pas les mêmes que ceux de la société actuelle. Les peuples que les Romains détestaient vraiment étaient les peuples nordiques poilus. La Germanie était menaçante, la Grande-Bretagne était lugubre et les habitants de l’Irlande étaient, selon le géographe Strabon, « des cannibales et de gros mangeurs » qui avaient « des relations sexuelles… avec leurs mères ».

De récents résultats d’analyse d’ADN indiquent qu’il y a eu un énorme changement dans l’ascendance des personnes qui ont vécu à Rome à l’époque impériale et que l’apport génétique provenait principalement de la Méditerranée orientale et du Proche-Orient.

Les siècles suivants sont quelque peu agités. L’empire se divise en deux en 395, des maladies ravagent la population romaine et la ville est envahie à plusieurs reprises. Ces événements ont marqué les habitants de la ville, dont l’ascendance est devenue plus proche de l’Europe occidentale. Plus tard, l’avènement et le règne du Saint Empire romain germanique ont entraîné un afflux d’ancêtres d’Europe centrale et septentrionale. Mais « au cours de la période impériale, la tendance la plus marquée est un changement d’ascendance vers la Méditerranée orientale, avec très peu d’individus d’ascendance principalement ouest-européenne », notent les chercheurs. « Une des explications possibles de la prédominance du flux génétique de l’Orient vers Rome est que la densité de population était plus élevée dans l’est de la Méditerranée que dans l’ouest ». (Voir Ancient Rome : A genetic crossroads of Europe and the Mediterranean, dans Science 2019)

Comme on l’a dit plus haut ces résultats se fondent sur des échantillons restreints. C’est ainsi que l’ascendance nord-africaine en Italie n’est étayée que par l’ADN d’un seul individu précédemment signalé de la période romaine impériale (R132) (Antonio et coll., 2019). Une autre étude génétique de 2022 montre que malgré l’hétérogénéité génétique dans la Rome impériale, l’Europe a connu une stabilité des structures génétiques de ses populations depuis d’Âge du fer. Plusieurs hypothèses sont émises pour résoudre cette apparente contradiction : cette hétérogénéité n’aurait pu être qu’urbaine (les sites de fouille d’où provient l’ADN antique sont souvent dans les anciennes villes), les villes ont tendance à faire baisser la natalité (le logement y est cher, les enfants ne peuvent aider dans les travaux des champs), les maladies auraient surtout frappé ces villes densément peuplées et à l’hygiène douteuse, la population aurait été remplacée par une population locale rurale plus homogène et plus féconde, enfin le déclin économique de l’empire d’Occident aurait pu encourager le retour d’étrangers vers leur pays ou du moins l’Empire d’Orient resté plus prospère. Plus de détails dans Stable population structure in Europe since the Iron Age, despite high mobility.
Pouce vers le bas

Si le message de ce film est un peu plus confus, son esthétique l’est tout autant. Le premier film n’avait pas un héros fort et taciturne, mais deux : Maximus et Rome elle-même. Il commençait par une bataille dans une Germanie âpre et dure, avant de se rendre dans une Rome encore plus âpre. L’effet général était un sinistre chic fasciste. De nombreuses scènes — aigles impériaux se découpant sur le ciel, tambours battant la mesure — font écho, plan pour plan, au « Triomphe de la volonté » (1935), le film de propagande de Leni Riefenstahl sur l’Allemagne nazie.

Si le premier « Gladiateur » évoquait le théâtre de guerre, celui-ci frôle le théâtre kitsch. Il commence par une sotte bataille navale dans le nord-ouest de l’Afrique avant de se déplacer dans une Rome très différente, où des aristocrates oisifs se livrent à la nudité, au recouvrement des tétons et à ce qu’on ne peut que nommer se faire des mamours. Cela se veut osé, mais selon les normes romaines authentiques, ce n’est pas grand-chose. L’empereur fou Héliogabale se serait fait remorquer dans un char par quatre femmes nues [il nous en est parvenu un camée représentant la scène, Héliogabale est lui-même nu et son sexe est en érection…] et aurait étouffé à mort des convives sous des gerbes de fleurs. Dans « Gladiateur II », les excès impériaux les plus évidents concernent un flacon de gel pour les cheveux. Lorsque les hommes pensent à Rome plusieurs fois par jour, comme le prétendent les médias sociaux, il est presque certain que ce n’est pas à cette Rome qu’ils pensent.

Pendant ce temps, le film ajoute des fictions historiques improbables. Il inonde le Colisée pour simuler des batailles navales (qui ont certainement eu lieu, en détournant un aqueduc local). Mais le film ajoute de fausses îles désertes, de faux palmiers et de faux requins (ce qui n’a pas eu lieu). Et moins on en dit sur le singe généré par ordinateur, mieux c’est.

Non, pas de requin dans le Colisée

Transporter et maintenir des requins dans un habitat marin artificiel aurait été impensable au troisième siècle de notre ère. La qualité de l’eau nécessaire pour maintenir en bonne santé les grands prédateurs actifs implique des systèmes de filtration complexes pour éliminer les déchets et maintenir les niveaux d’oxygène — une technologie qui dépasse de loin les possibilités de la Rome impériale.

Bien sûr, si vous voulez de l’exactitude historique, « Pourquoi regardez-vous un film ? » demande Dame Mary. [Cela nous paraît un peu faible, les films ont un impact très important sur ce que l’on considère comme crédible, ils forment et déforment notre vision du monde contemporain et historique.] Le premier « Gladiateur » prenait beaucoup de libertés dramatiques. En outre, tous les films doivent condenser et simplifier. John le Carré a dit que transformer un livre en film équivalait à transformer « une vache en un cube Oxo » de bouillon de bœuf. Transformer un empire qui a duré un millénaire en un film de deux heures et demie est encore plus difficile. La nuance est inévitablement perdue. Par exemple, les Romains sont dépeints comme des assoiffés de sang, mais beaucoup d’entre eux détestaient l’arène : Sénèque, un philosophe romain, pensait que le simple fait d’y assister rendait l’homme plus « cruel et inhumain ».

Cependant, les problèmes de ce film sont plus profonds qu’une simple inexactitude. Les grands souverains romains ont remodelé Rome à leur convenance : Adrien a reconstruit le Panthéon, Titus a achevé le Colisée, Auguste a transformé la brique en marbre.

Les grands films font de même, remodelant la Rome de l’imagination. Il y a plus de vingt ans, Sir Ridley a changé la façon dont vous pensez à Rome. Ce film ne le fera pas. ■ (The Economist)

Autre critique de Gladiateur II (en vidéo) sans trop le déflorer :

 

Historiquement : vrai et le faux


Billet du 10 juillet 2024

 

Dans le prochain Gladiateur 2 de Ridley Scott qui devrait sortir à la fin 2024, selon Vanity Fair, « Denzel Washington joue le rôle d’un fringant homme d’affaires nommé Macrin (us). Denzel est un marchand d’armes qui fournit de la nourriture aux armées européennes, du vin et de l’huile, fabrique de l’acier, des lances, des armes, des canons et des catapultes. C’est donc un homme très riche. Au lieu d’avoir une écurie de chevaux de course, il a une écurie de gladiateurs. »

Mêmes couleurs beige que dans Napoléon, sans éclat, musique rap en anglais déplacée et moche, un empereur berbère noir et une trame qui semble, pour ce que l’on en peut juger de cette aguiche, une resucée du premier Gladiator.


Le film semble présenter une version condensée des années 211-217 apr. J.-C., au cours desquelles l’empereur Caracalla assassine son frère Geta pour s’emparer seul du pouvoir. Finalement, le tyrannique Caracalla tombera lui-même sous la coupe de l’ambitieux « marchand d’armes » Macrin (us). L’image semble montrer Macrin (us) en tant qu’empereur surveillant les batailles dans l’arène, et provient donc probablement du point culminant du film.

Ci-dessous un buste de l’empereur Macrin, sa famille était berbère.


Macrin est né en 164. Il était originaire de Césarée, la capitale de la province de Maurétanie Césarienne (Mauretania Caesariensis), qui se trouvait près de l’actuelle ville algérienne de Cherchell. Macrin était membre de l’ordre équestre. Il est possible que ses parents inconnus aient déjà été chevaliers, mais il est également possible qu’il ait été le premier à recevoir ce titre. Ce n’est que dans l’historiographie de l’Antiquité tardive que des détails sur sa prétendue ascension à partir d’un milieu extrêmement pauvre nous sont parvenus, mais ils sont peu crédibles. Il s’agit manifestement de calomnies destinées à le discréditer dans les milieux aristocratiques en le faisant passer pour un parvenu indigne. L’historien et sénateur contemporain Dion Cassius se contente de dire que Macrin était un Maure romanisé et que sa famille était « très modeste » et que Macrin avait l’oreille percée, comme c’était la tradition chez les Maures. Mais, comme Macrin a reçu l’éducation nécessaire et coûteuse pour sa future carrière, sa famille n’était probablement en réalité pas sans ressources.

Pièce de monnaie avec l’image de l’empereur Macrin. IMP C M OPEL SEV MACRINVS AVG soit
Imperator Caesar Marcus Opellius Severus Macrinus Augustus.
Empereur (commandant suprême) César Marc Opellius Sévère Macrin, Auguste (empereur).


Le mythe de l'école « neutre »

Affiche soviétique de 1930 :
« la religion est un poison, protégez vos enfants »
avec église délabrée à gauche
et l’école triomphante à droite.
Notre choix d'illustration.

Scandale dans les médias : le ministère de l’Éducation a rendu public un rapport dénonçant les pratiques de 11 professeurs à l’école primaire [publique] Bedford, dans Côte-des-Neiges à Montréal. Violences physiques et psychologiques envers les élèves, application de méthodes jugées désuètes, intimidation envers certains collègues, etc.

Et malgré tout, j’y vois du bon dans cette histoire.

Rassurez-vous : je ne suis ni sadique ni illuminée. Je reconnais, évidemment, la majorité des évènements à Bedford comme mauvais. Et je compatis avec les élèves et les professeurs du « clan minoritaire », certains parfois eux aussi d’origine maghrébine. Tout de même, deux points positifs ont retenu mon attention.

D’abord, petit point marginal, mais qui vaut tout de même la peine d’être soulevé : le rapport dénonce un enseignement plus traditionnel, qui utilise, par exemple, des cahiers plutôt que des Ipad.  Ou encore qui met à l’étude les fables de la Fontaine. Traitez-moi de vieux jeu, mais pourquoi pas?

Ingérence islamiste

Cela dit, ce qui m’a surtout frappée dans cette histoire, c’est d’observer l’idéal de laïcité québécois confronté, voire contredit. Je ne me réjouis pas de l’ingérence islamiste dans nos écoles publiques. Ingérence qui s’est faite sentir soit directement, avec la visite de représentants de la mosquée; soit indirectement, à travers le refus d’enseigner l’éducation sexuelle, le choix de limiter la science ou encore l’interdiction pour les filles de jouer au soccer.

(Remarquez que ce n’est pas propre aux musulmans : j’ai habité en Italie et on me présumait lesbienne dès que je mentionnais être une joueuse de soccer. Ce que je ne suis pas, au risque de décevoir la gente féminine.)

Dans tous les cas, je m’oppose à l’influence islamiste dans nos écoles. Pas tant pour les conséquences potentielles, contrairement à la plupart des chroniqueurs, mais parce que je crois l’islam fondamentalement faux. Notamment, je pense que Mohamed est un faux prophète.

Mon désaccord intellectuel ne fait évidemment pas de moi une islamophobe, comme mon désaccord avec les athées ne me rend pas athéophobe.

L’illusion d’une école « neutre »

Mais revenons à nos moutons. Une école complètement imperméable à la religion, c’est une illusion. Quand j’entends les défenseurs de la laïcité soutenir que l’école ne doit enseigner que la « vérité scientifique », les mathématiques ou la grammaire, et ce, sans entrer dans la morale ou la religion, je sourcille.

Notre vision de la vie influence toute notre personne, tous nos choix, tous nos comportements. Peu importe que cette vision dépende d’une religion plus traditionnelle ou plus « séculière », comme l’est l’athéisme aujourd’hui.  

Une école athée

Le ministre responsable de la laïcité, Jean-François Roberge, a déclaré dans les derniers jours que l’école devait être le rempart à l’obscurantisme religieux. D’accord, mais dire que le sexe est une catégorie sociale et qu’il se trouve sur un spectre infini, ce qui est enseigné présentement, ce n’est pas de l’obscurantisme ? Et faire comme si Dieu n’existait pas, c’est la vérité ultime ? Parce que nos écoles québécoises ne sont pas neutres, me semble-t-il, mais athées dans leur fonctionnement et leur contenu. La neutralité est un mirage.

Orienter un système d’éducation sans prendre position sur les questions fondamentales, c’est impossible. On doit proposer une vision de l’univers et de son origine, qu’on le fasse consciemment ou non.

Normalement, il vaudrait mieux le faire de façon consciente, pour éviter la double ignorance (croire savoir ce qu’on ne sait pas), situation dans laquelle se trouvent nos écoles en ce moment. Elles prétendent n’enseigner que « le savoir », sans aucun système de croyances en amont. Nos écoles, encore une fois, sont athées et l’athéisme, c’est une croyance.

Convertissez-vous les uns les autres

Certains chroniqueurs de droite demandent, en commentant l’histoire de Bedford, une assimilation des musulmans par le Québec. Or assimiler, c’est convertir.

En fait, tout le monde veut convertir tout le monde. C’est normal et même sain. Je me souviens encore d’une amie en philosophie. Après une longue journée de conférences, nous nous sommes retrouvées au restaurant. Au moment où j’allais croquer mon burger, elle me lance : « je pensais que tu étais une bonne personne ». S’ensuit une longue conversation pour me convertir au véganisme.

Je n’ai rien contre le véganisme. Mais si Dieu ne voulait pas qu’on mange les cochons, pourquoi il les a faits en bacon ?

Dans tous les cas, bien que j’avoue avoir été profondément ennuyée d’être dérangée pendant que je me sustentais, j’admire le courage et l’intérêt de mon amie pour ma pauvre personne. Bien sûr qu’elle a raison de vouloir me convertir si elle croit de tout son cœur au véganisme !

J’ai bien tenté de la convertir au christianisme, de mon côté. Il fallait bien que je lui rende la pareille et que je lui montre que je l’aime assez pour lui partager, moi aussi, mes convictions.

Rancard express religieux

Il existe toutes sortes de cafés, aujourd’hui. Des cafés pour faire de la poterie, pour flatter des chats, des cafés dans le noir, etc. Pourquoi pas un café de speed dating religieux?

Tu t’assois et tu places un écriteau devant toi : catholique, musulman, athée, végan, peu importe. Plutôt que de feindre que tout le monde peut se mettre d’accord dans la vie politique et éducative, même en ayant une vision du monde complètement à l’opposé, on devrait se confronter un peu plus les uns les autres. Pas derrière un écran, mais de manière plus traditionnelle : c’est-à-dire dans le blanc des yeux.

Source : Le Verbe

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