samedi 2 octobre 2021

Les cégeps anglais, les étudiants internationaux et le manque de courage politique de Québec

Le chercheur Frédéric Lacroix vient de publier un nouvel essai intitulé Un libre choix ? Cégeps anglais et étudiants internationaux : détournement, anglicisation et fraude. 
 
Commentant cet ouvrage dans Le Devoir du 23 septembre, Marco Fortier résume ainsi la thèse de Frédéric Lacroix : le Québec a pu demeurer largement francophone grâce à une série de facteurs, y compris [d'abord la natalité importante des francophones pendant des siècles mais on n'aime plus rappeler ces réalités...] la sélection d’immigrants qui ont une bonne connaissance de la langue française. 
 
Mais au cours de la dernière décennie, Ottawa a ouvert les vannes de l’immigration temporaire — sur laquelle le Québec n’a pas de prise — pour attirer des travailleurs dont le pays a bien besoin. La vaste majorité des immigrants arrivent désormais au Canada grâce à des permis temporaires d’études et de travail qui mènent par la suite à une résidence permanente. […] Les universités et les cégeps orientent ainsi une part importante de l’immigration en fonction de leurs propres intérêts […] La solution serait d’exiger que les candidats à la résidence permanente aient suivi un programme d’études en français.

Le consentement du Québec

Je ne conteste pas ce diagnostic de Frédéric Lacroix, comme résumé par Marco Fortier, sauf quand il affirme que l’immigration temporaire est une réalité sur laquelle Québec n’a pas de prise. Dans l’Accord Canada-Québec relatif à l’immigration et à l’admission temporaire des aubains, signé en 1991 et mieux connu sous l’appellation « entente Gagnon-Tremblay–McDougall », il est écrit en toutes lettres, à l’article 22 : « Le consentement du Québec est requis avant l’admission dans la province :

  • de tout étudiant étranger qui n’est pas choisi dans le cadre d’un programme du gouvernement canadien d’assistance aux pays en voie de développement ;
  • de tout travailleur temporaire étranger dont l’admission est régie par les exigences du Canada touchant la disponibilité de travailleurs canadiens ;
  • de tout visiteur étranger venant recevoir des soins médicaux. »

Concrètement, le consentement du Québec est donc requis pour la presque totalité des étudiants étrangers, pour une forte proportion de travailleurs temporaires et pour tout étranger venant recevoir des soins médicaux. Ce consentement obligatoire du Québec date en fait de l’entente Cullen-Couture conclue entre les gouvernements Lévesque et Trudeau en 1978. Et il constitue une forme de veto qui vient limiter le pouvoir d’Ottawa en matière d’immigration temporaire.

Les raisons du Québec de donner ou non son consentement à l’admission de ces visiteurs étrangers sur son territoire ne sont mentionnées nulle part dans l’entente, mais l’un des considérants de l’accord Canada-Québec de 1991 proclame la volonté du gouvernement du Canada et du gouvernement du Québec de conclure une nouvelle entente, inspirée de l’entente Cullen-Couture, pour fournir au Québec de nouveaux moyens de préserver son poids démographique au sein du Canada et d’assurer dans la province une intégration des immigrants respectueuse du caractère distinct de la société québécoise.

Selon cette logique, je vois mal ce qui empêcherait le Québec de s’attaquer, en amont, aux problèmes dénoncés par M. Lacroix en limitant très sérieusement le nombre d’étudiants recrutés à l’étranger pour des programmes d’études non offerts en français ou, en aval, d’exiger des étudiants déjà sur place qu’ils aient suivi « un programme d’études en français » pour être sélectionnés par le Québec en vue d’obtenir le statut de résident permanent, comme le suggère Frédéric Lacroix.

Le [manque de] courage politique

Il suffirait à nos gouvernants d’avoir le courage politique de poser pareil geste. Car, comme le souligne à juste titre M. Lacroix, c’est sur l’échiquier québécois que les universités et les cégeps, sous-financés et en mal de clientèles payantes, orientent une part importante de l’immigration temporaire en fonction de leurs propres intérêts. Et il en va de même des entreprises, pour qui le recrutement des travailleurs dont elles ont besoin devrait obéir, selon elles, aux seules lois aveugles du marché.

Le Québec ne cesse de réclamer de nouveaux pouvoirs en matière d’immigration. Peut-être devrait-il se servir des pouvoirs qu’il possède déjà pour faire contrepoids à ses propres groupes de pression et faire valoir les droits légitimes du français au sein d’un continent où l’anglais règne en maître et impose de plus en plus son empire à l’échelle de la planète.

À ceux et celles qui désirent connaître plus en profondeur l’entente Gagnon-Tremblay–McDougall, je conseille la lecture en ligne du bulletin de recherche publié sur le sujet par la Bibliothèque du Parlement canadien.

Source : Le Devoir

Un «libre choix» ? : Cégeps anglais et étudiants internationaux
par Frédéric Lacroix
paru octobre 2021,
aux éditions du Mouvement Québec français
à Montréal
174 pages,
ISBN : 9782981924223
14,95 $

Les Québécois, un peuple trahi par ses élites

Un texte de Joseph Facal dans le Journal de Montréal.

La situation des Québécois francophones au Canada et en Amérique du Nord fait irrésistiblement penser au village gaulois d’Astérix.

La double différence est que nous n’avons ni sa potion magique ni sa formidable solidarité.

Pour dire les choses crûment, une partie de notre élite travaille activement contre nous.

Les uns le font par inconscience, les autres le font parce qu’ils ont compris qu’on peut faire de belles carrières en couchant avec le plus fort.

Comédie

Je vous donne trois exemples.

Prenons d’abord notre patronat.

Il se plaint continuellement de la pénurie de main-d’œuvre.

Le sujet est complexe et on pourrait en discuter longtemps.

Mais nos patrons n’ont rien à cirer de la complexité. Ils n’ont qu’une solution à la bouche : immigration, immigration, immigration.

Toujours plus, toujours plus, toujours plus.

Pas un mot sur les salaires, les conditions de travail, l’automatisation, la formation, le type d’immigration, etc.

C’est exactement la même cassette à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), chez les Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) et au Conseil du patronat (CPQ).

Une cassette alimentée par des statistiques souvent tronquées sur les supposées aptitudes linguistiques des nouveaux arrivants.

Le Conseil du patronat est dirigé par un ex-député libéral, mais c’est sans doute sans rapport. Je dois m’imaginer des affaires.

Prenons maintenant, deuxième exemple, la CAQ.

Devant le miroir, elle [la CAQ] gonfle ses beaux muscles nationalistes.

Quand il s’agit de monter sur le ring, elle est nettement moins virile : voyez les dossiers Dawson, Royal Vic et la question de l’imposition de la loi 101 au cégep.

On a l’impression que les députés de la CAQ ne comprennent rien à rien de la réalité montréalaise.

Je me reprends tout de suite : ce n’est pas une impression, ils ne comprennent vraiment rien à la réalité montréalaise puisqu’ils sont élus à l’extérieur de celle-ci.

Autre possibilité : ils la comprennent tellement qu’ils se sentent vaincus d’avance et ont choisi de ne pas livrer les batailles qui comptent vraiment.

Dans leur cas, pour revenir à ma distinction initiale entre ceux qui nous nuisent inconsciemment et ceux qui nous nuisent consciemment, je pencherais pour l’inconscience.

Prenons enfin, troisième exemple, le PLQ.

Dominique Anglade a compris que, pour se redresser dans le Québec francophone, le PLQ doit redevenir plus nationaliste.

Mais un des principaux députés libéraux, André Fortin, conseille Justin Trudeau en cachette, et un autre, Gregory Kelley, qui nous fait le coup de l’anglophone gentil et ouvert, a été surpris en train d’associer la défense du français... à Joyce Echaquan et au racisme systémique.

De kessé ?

Quant aux positions officielles du PLQ en matière linguistique, elles rappellent la barbe à papa des parcs d’attractions : colorée, fondante et dépourvue de la moindre protéine.

Intérêts

Ne blâmons pas les immigrants ou les anglophones butés de Montréal.

Ils savent où est leur intérêt et le défendent. Tout simplement.

Quand une partie importante du Québec français agit comme elle le fait, nous n’avons même plus besoin d’ennemis.


La Boétie et la servitude volontaire

Statue de la Boétie
Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu'il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu'il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien, et si volontiers, qu'on dirait à le voir qu'il n'a pas seulement perdu sa liberté mais bien gagné sa servitude.
Pareillement les tyrans, plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur baille [donne], plus on les sert, de tant plus ils se fortifient et deviennent toujours plus forts et plus frais pour anéantir et détruire tout ; et si on ne leur baille rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits et ne sont plus rien, sinon que comme la racine, n’ayant plus d’humeur ou aliment, la branche devient sèche et morte.

Discours de la servitude volontaire
Étienne de la Boétie mort à 32 ans probablement de la tuberculose

L’originalité de la thèse soutenue par La Boétie est de nous démontrer que, contrairement à ce que beaucoup s’imaginent quand ils pensent que la servitude est forcée, elle est en vérité toute volontaire. 

Combien, sous les apparences trompeuses, croient que cette obéissance est obligatoirement imposée. Pourtant, comment concevoir autrement qu’un petit nombre contraint l’ensemble des autres citoyens à obéir aussi servilement ? En fait, tout pouvoir, même quand il s’impose d’abord par la force des armes, ne peut dominer et exploiter durablement une société sans la collaboration, active ou résignée, d’une partie notable de ses membres.


vendredi 1 octobre 2021

Ministre de l'Éducation de Biden incapable de dire que les parents sont les premiers intéressés dans l'éducation de leurs enfants

Le secrétaire à l’Éducation de Biden, Miguel Cardona, n’est pas parvenu à dire jeudi lors d’un échange avec le sénateur Mike Braun (républicain de l’Indiana) que les parents sont les « premières » parties prenantes de l’éducation de leurs enfants.

Lors d’une audition de la commission sénatoriale sur la santé, de l’éducation, du travail et des retraites, Braun a demandé à Cardona : « Pensez-vous que les parents devraient être responsables de l’éducation de leur enfant en tant que principal éducateur ? »

« Je crois que les parents sont des parties prenantes importantes — », a commencé Cardona, et, après que Braun lui a rappelé qu’il lui a demandé s’ils étaient les « premiers » intéressés, a poursuivi, « mais je pense également que les enseignants ont un rôle dans la détermination des programmes éducatifs. »

« Je pense que c’est un peu flou, a déclaré Braun. Je pense que les parents sont présents dans tous les domaines liés à l’éducation, car ils paient les factures et élèvent leurs enfants. À ce titre, ils devraient probablement être les principaux porte-parole de leurs propres enfants. »

Les commentaires de Cardona surviennent deux jours seulement après que l’ancien gouverneur de la Virginie, Terry McAuliffe (démocrate), a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux à la suite de sa remarque : « Je ne pense pas que les parents devraient dire aux écoles ce qu’elles devraient enseigner. »

Au cours de son débat avec le candidat républicain au poste de gouverneur Glenn Youngkin mardi, McAuliffe a ajouté, en réponse aux critiques de Youngkin sur sa décision passée d’opposer son veto à un projet de loi qui aurait permis aux parents de retirer des livres controversés de leurs bibliothèques scolaires, « Je ne vais pas laisser les parents entrer dans les écoles, retirer des livres et prendre des décisions par eux-mêmes ».

Youngkin, cependant, a affirmé : « Je pense que les parents devraient être responsables de l’éducation de leurs enfants. »

Glenn Youngkin a précisé sur Tweeter : « Terry McAuliffe devrait apprendre le droit de Virginie. » Youngkin a ensuite cité la loi de la Virginie (VA Code § 1-240.1 [2020]) : « § 1-240.1. Droits des parents. Un parent a le droit fondamental de prendre des décisions concernant l’éducation, l’instruction et la garde de son enfant. »

Sean Parnell, candidat républicain au Sénat fédéral pour la Pennsylvanie, a tweeté en réponse au commentaire de McAuliffe : « Pendant un instant, McAuliffe vous a montré ce qu’il croyait vraiment et cela devrait effrayer tous les parents. »

« La réalité est que tous les gauchistes radicaux pensent de cette façon », a ajouté Parnell. « Ils croient savoir ce qui est le mieux pour vous et vos enfants. Ils veulent un contrôle total du gouvernement sur tous les aspects de votre vie. »

L’université britannique se révolte (un peu) contre le wokisme

Confrontés au révisionnisme décolonial et à la censure historique au prétexte de ménager les sensibilités des minorités, des professeurs d’université, en Grande-Bretagne et dans le Commonwealth, ont entrepris de « récupérer l’histoire » et de résister à « l’effacement ». À Oxford, la statue de Cecil Rhodes a déjà sauvé sa tête.

Le 9 juin 2020, des milliers de personnes ont manifesté devant l’Oriel College, à Oxford, pour exiger que la statue de Cecil Rhodes (en haut, au-dessus du porche), figure du colonialisme britannique en Afrique australe, soit retirée de la façade de l’institution universitaire.

Il a vacillé sur son socle, mais tient toujours bon sur ses jambes. Finalement, Cecil Rhodes ne sera pas déboulonné. Sa statue restera au centre de la façade de l’Oriel College à Oxford. Un consensus s’était pourtant dégagé pour faire tomber la représentation de l’« impérialiste britannique », bienfaiteur de l’institution. Mais l’affaire s’est révélée trop compliquée. On en est donc resté aux « bonnes » intentions.

L’impérialiste Cecil Rhodes vu par les Allemands en 1941. Cecil Rhodes est en blanc.

Taillée dans de la pierre de Portland, la statue trône au-dessus du porche, flanquée plus bas par deux souverains qui se passèrent le relais au moment où le bâtiment fut édifié, Édouard VII et George V. « Grâce à la généreuse munificence de Cecil Rhodes », dit une inscription en latin. Un jeu de lettres en majuscule date l’édifice, 1911, année durant laquelle fut inaugurée l’immense bâtisse construite grâce aux 100 000 livres léguées par Cecil Rhodes à sa mort. Il est représenté dans une attitude naturelle, chapeau à la main. Il regarde vers le bas, comme s’il semblait découvrir la foule des manifestants demandant sa tête post-mortem.

Lancée en 2015, la campagne Rhodes Must Fall a trouvé un sang nouveau dans le sillage du mouvement Black Lives Matter l’an dernier. En juin 2020, des milliers de personnes ont manifesté aux cris de « Enlevez-la ! » et « Décolonisons ! ». À l’époque, la fièvre montait en Angleterre, après que la statue du marchand d’esclaves Edward Colston avait été jetée à la mer à Bristol. Figure du colonialisme britannique en Afrique australe, Cecil Rhodes est vite entré dans le collimateur. Fondateur de la British South Africa Company et du géant des diamants De Beers, il fut aussi Premier ministre de la colonie du Cap. Il a donné son nom à deux territoires africains, les Rhodésie du Nord et du Sud, devenues respectivement Zambie et Zimbabwe.

Une « démarche nihiliste »

La direction de l’Oriel College et la commission indépendante créée pour l’occasion se sont accordées sur le retrait de la statue. Avant de renoncer, invoquant les « défis réglementaires et financiers » imposés par cette façade classée. Qui plus est, la politique du gouvernement est de « maintenir et expliquer », en les contextualisant, ces symboles de l’héritage colonial. C’est ce que fera l’Oriel College, assure son doyen, Neil Mendoza, qui entend « améliorer l’expérience quotidienne des étudiants issus de la diversité ». Mais des professeurs, furieux de cette reculade, ont refusé de venir faire cours aux élèves, leur faisant payer le prix de leur posture.

La reine elle-même a fait les frais de la vague de « cancel culture » courant sur les gazons d’Oxford. En juin dernier, des étudiants du Magdalen College ont voté en faveur du retrait d’un portrait d’Elizabeth II d’une salle commune parce que la souveraine personnifiait « l’histoire coloniale récente ». Peu importe que la décolonisation se soit faite sous son règne. Le cadre a été remisé dans un placard. Le chef de file de ce groupe d’épurateurs, Matthew Katzman, est un étudiant… américain. Pour lui, ce lieu doit être « accueillant et neutre pour tous les membres ». Bref, n’offenser personne et pour cela « annuler » la reine.

Spectaculaires, médiatisées, ces batailles culturelles ne sont que la partie émergée du phénomène. De manière plus sourde et plus large, le « wokisme » se répand dans les universités britanniques dans le sillage de leurs cousines américaines. Qu’il s’agisse des programmes, de la sélection des étudiants ou du corps enseignant, un mouvement de fond est à l’œuvre, menaçant pour certains la liberté d’expression que la sphère intellectuelle devrait chérir.

Les théories avant les sources

Pour mener la contre-offensive, un groupe d’universitaires vient de lancer une initiative posée sur un site internet History Reclaimed (l’histoire récupérée). À la manœuvre, David Abulafia, professeur émérite d’histoire méditerranéenne, et Robert Tombs, professeur émérite à Cambridge lui aussi, spécialiste de la Commune — et par ailleurs Brexiter convaincu. Ils sont pour le moment plus d’une quarantaine, issus de sept pays anglo-saxons. Aux côtés d’autres éminents historiens britanniques, comme Andrew Roberts ou Vernon Bogdanor, on trouve aussi l’Américaine Elizabeth Weiss, l’Australienne Bella d’Abrera, le Canadien John Bonnett, des Irlandais et des Néo-Zélandais.

L’initiative entend remettre les faits et la nuance à l’honneur afin d’équilibrer un débat dans lequel la condamnation est trop souvent préférée à la compréhension. « Pour les activistes “woke”, regarder en face un passé présenté comme culpabilisant est la voie vers un avenir meilleur et plus inclusif, commente Robert Tombs, mais cette lecture caricaturale et souvent fausse de l’histoire ne fait qu’aggraver les divisions, les ressentiments, voire la violence. C’est une démarche nihiliste, qui sape la légitimité de nos démocraties alors que nos sociétés libres ont besoin de confiance, de solidarité, d’un but commun et d’une estime de soi. Une histoire partagée est un socle nécessaire. » Pour l’historien, considérer que notre passé est uniformément glorieux est absurde, mais le décrire comme massivement honteux l’est tout autant. Et si des voix diverses doivent pouvoir s’exprimer, « aucune ne doit être imposée comme une nouvelle orthodoxie ». Il s’inquiète que de nombreuses institutions — universités, musées, collectivités locales — aient capitulé devant la tendance « woke » en acceptant parfois des contre-vérités pour acheter la paix.

Pour David Abulafia, le problème n’est pas tant ces thèses, qui méritent d’être entendues, mais la façon dont elles sont assénées. « Ce sont des vérités absolues, il n’est pas possible d’en débattre. C’est le parti unique. Nous devons accepter ces théories, un point c’est tout », dit-il. Il déplore une grille de lecture uniquement fondée sur le racisme et l’impérialisme, qui a viré à l’obsession. « L’histoire est vue comme une invention capitaliste. Ils imposent une vision politique radicale sur le passé puis adaptent le passé à ce prisme politique ». Il reproche aux « historiens woke » de poser leurs théories avant de travailler les sources et de tout interpréter ensuite d’après cela. « Même les historiens marxistes discutaient des faits et étudiaient des théories critiques… », souligne-t-il. La simplification de l’histoire le désole : « Personne ne nie l’esclavage et ses horreurs, mais expliquer les révolutions industrielles uniquement par les profits qu’il a dégagés est si réducteur. C’est un fait non discutable, mais il y a eu aussi bien d’autres facteurs, comme la transformation agricole. »

S’il reconnaît qu’une frange d’activistes d’extrême gauche a développé une approche « intolérante », Alan Lester, professeur à l’université du Sussex et spécialiste de l’histoire coloniale, estime de son côté que la guerre culturelle est alimentée par les conservateurs « qui refusent de voir aujourd’hui combien notre passé impérial fut raciste et violent. » Pour lui, ce mouvement ne vise pas à « annuler », mais à « ajouter » des éléments à l’histoire.

Chape de plomb

Le problème n’en reste pas au débat d’idées, mais a des conséquences sur le corps professoral et sur les trajectoires des étudiants. Des cours de formation sont organisés pour encadrer la pensée des professeurs. « Émettre de simples objections peut compromettre une carrière universitaire », regrette David Abulafia. Des étudiants doivent recourir à l’anonymat pour témoigner. Comme Jeremy, étudiant en « classics » à Cambridge, effondré par la campagne de « décolonisation » de ces études. « Ces militants estiment que les études classiques, qu’il s’agisse de Rome ou de la Grèce, servent à soutenir l’impérialisme européen et le suprémacisme blanc. » Écœuré par cette chape de plomb, il s’apprête à renoncer à la carrière universitaire dont il rêvait.

Des professeurs invités sont déprogrammés sous la pression de ceux qui ne les jugent pas « conformes ». Si un enseignant déplaît, des lettres ouvertes sont envoyées par des étudiants et des professeurs pour demander plus ou moins implicitement sa mise à l’écart. C’est ce qui est arrivé à David Butterfield, maître de conférences en lettres classiques à Cambridge. On lui reprochait un article où il « minimisait l’existence d’un racisme systémique et la sous-représentation des personnes noires, asiatiques et ethniquement minoritaires (Bame) dans les départements classiques. »

Professeur de philosophie, Arif Ahmed a mené le combat pour que la liberté de parole ne soit pas ébréchée à Cambridge. En mars 2020, la direction de l’université a voulu faire passer un texte stipulant que les opinions devaient être « respectueuses » des vues et des identités de chacun. « En clair, cela revenait à se donner les moyens d’interdire tout ce qui ne plaît pas et — soi-disant — offense, commente Arif Ahmed, alors que les universités ne doivent pas avoir peur de ce qui dérange, choque et provoque. C’est cela qui nourrit le débat. » Avec d’autres, il a réussi à faire voter un amendement remplaçant le mot respect par « tolérance » envers les différentes opinions. L’acteur Stephen Fry, peu suspect de tropisme conservateur, a soutenu l’initiative. Depuis, le gouvernement travaille sur une loi garantissant la liberté de parole dans les universités. « Dans nos enceintes et dans le pays en général, de plus en plus de gens sont effrayés par la radicalité du “wokisme”, mais ils ont peur de s’exprimer tant l’intimidation est forte et les risques lynchage grands », commente-t-il.

Incohérence wokiste

La volonté de nettoyage des justiciers « woke » a parfois ses limites. « Il est étonnant de voir des universités dénoncer notre passé colonial et accepter en même temps la manne financière de la Chine, qui embastille ses opposants et oppresse les Ouïgours, dit Roberts Tombs. Tous ces gens sont beaucoup plus sensibles aux violences du passé qu’à celles du présent… »

Source : Le Figaro
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Canada — Université menace ses étudiants en ligne de suspension s'ils ne sont pas vaccinés, mis en demeure par des avocats, elle recule


L’Université Mount Royal (« la MRU ») est établie à Calgary malgré son nom.

Elle a fait marche arrière à la suite d’un avertissement juridique du Centre de justice, après avoir initialement exigé que les étudiants exclusivement en ligne divulguent leur statut de vaccination ou s’exposent à une éventuelle désinscription de leurs cours.

Le 20 septembre 2021, la MRU a envoyé un courriel à un étudiant qui assiste à tous ses cours en ligne, l’avertissant que s’il ne déclarait pas son statut vaccinal avant le 21 septembre à 16 heures, il « pourrait être désinscrit de vos cours ». Un organisme, le Centre de justice pour les libertés constitutionnelles, a été contacté par d’autres étudiants qui ont reçu des courriels similaires.

Le 22 septembre 2021, l’étudiant a reçu un autre courriel de la part de MRU indiquant que son compte MRU en ligne avait été suspendu et l’a de nouveau averti qu’il pourrait être « désinscrit » de ses cours. Le message indiquait qu’il était obligatoire selon la MRU que « tous les étudiants, qu’ils étudient en personne ou en ligne, déclarent leur statut vaccinal ».

Le 23 septembre 2021, le Centre de justice a envoyé une lettre à MRU au nom de l’étudiant, avertissant que l’exigence de MRU violait la vie privée des étudiants, la Charte et les droits de l’homme. La lettre mettait en garde contre une action en justice si la MRU annulait l’inscription des étudiants qui suivent des cours en ligne.

Le 27 septembre 2021, la MRU a envoyé un courriel à l’étudiant confirmant que l’accès de l’étudiant à son compte MRU en ligne serait rétabli le 29 septembre 2021. Le message électronique ne mentionnait plus l’exigence précédente de la MRU selon laquelle les étudiants en ligne doivent déclarer leur statut de vaccination.

« L’intimidation et la coercition exercées par des institutions publiques telles que l’Université Mount Royal pour exiger la divulgation de renseignements médicaux personnels sont injustifiées et inacceptables », a déclaré Marty Moore, avocat du Centre de justice.

« L’obligation totalement inutile pour les étudiants en ligne de divulguer s’ils sont vaccinés est révélatrice de l’abus de pouvoir irrationnel que les autorités publiques exercent dans la confusion actuelle. Il est essentiel que les gens se lèvent et s’opposent à ces abus de pouvoir. »


jeudi 30 septembre 2021

Restrictions des visas pour les Maghrébins : «Zemmour est en train d’obliger toute la classe politique à annoncer des choses extraordinaires»

L’ancien ministre de l’Éducation et philosophe Luc Ferry était l’invité de Laurence Ferrari dans la Matinale de CNEWS ce mercredi 29 septembre. « Éric Zemmour est en train d’obliger toute la classe politique à annoncer des choses extraordinaires », a-t-il déclaré.

M. Ferry faisait allusion à l’annonce gouvernementale soudaine — en fin de mandat de Macron alors qu’Éric Zemmour monte dans les sondages (il est à 13 %) — de réduire de moitié le nombre de visas accordés à l’Algérie et au Maroc, et de 30 % à la Tunisie.

Lors de son entretien, Luc Ferry a déclaré qu’Éric Zemmour était le « symptôme de la lâcheté des démocraties et de la France dans les quartiers depuis trente ans ». Luc Ferry n'est pas partisan d'Éric Zemmour, il prétend même qu'il n'a aucune chance de l'emporter et semble préférer des candidats centristes comme Xavier Bertrand (centristes qui sont de futurs candidats au poste de premier ministre de Macron selon Zemmour).


Misère de la vérif des faits

Dans cette tribune, Éric Zemmour revient sur les chiffres avancés lors du débat avec Jean-Luc Mélenchon sur BFMTV et analyse le rôle très politique du décodage. Voir aussi Zemmour c. Mélenchon : débat, florilège, fausses vérifications de BFMTV.

Mon débat télévisé du 23 septembre avec le líder maximo de la France Insoumise a été pour BFM TV l’occasion d’étrenner un nouveau jouet, tout droit venu d’une pratique éprouvée par leurs confrères américains du Washington Post ou du NY Times, le désormais célèbre « fact-checking » en direct. Passons sur l’inutile anglicisme. On « checke » désormais les faits comme on examinerait au « check-in » votre carte d’embarquement : un rapide coup d’œil du garde à la mine patibulaire et voilà vos chiffres approuvés, tamponnés, validés, ou au contraire interdits d’accès et reconduits à la frontière du débat public.

Éclairer le débat public par des faits étayés et mesurables est salutaire. Les enjeux de cette élection pour notre pays sont tels qu’ils ne méritent rien d’autre qu’un discours de vérité, une réalité sans fard et sans déguisements. Offrir au feu du combat démocratique le combustible factuel dont il se nourrit, voilà le noble métier du véritable journalisme d’investigation au long cours, mais aussi, à l’heure des réseaux sociaux et de l’information en continu, celui de tout citoyen.

Seulement voilà, c’est là que le bât blesse. Quelle arrogance faut-il pour croire que l’on peut se faire l’arbitre de disputes profondément politiques, en passant quelques minutes sur un moteur de recherche en quête effrénée d’une contradiction pour décocher le « Aha » tant espéré ? Et, au nom d’un ridicule positivisme de la donnée oscillant entre naïveté et partialité, voir dans le premier résultat Google trouvé par hasard une réalité statufiée, inébranlable et indiscutable, en dit long sur le remplacement progressif de la politique des idées par le commerce des petites phrases.

Quelques exemples de ce fétichisme des « faits » mal compris, qui n’est qu’une paresse intellectuelle, et s’est pris, pendant notre débat, les pieds dans le tapis de chiffres trop complexes pour une presse à laquelle la culture quantitative fait trop souvent défaut.

IMMIGRATION

Les fact-checkers aiment à prétendre que mes chiffres sur l’immigration sont imprécis. Ils sont pourtant exactement ceux du Ministère de l’Intérieur auquel ils peuvent adresser leurs inquiétudes et qui, dans sa dernière publication sur le sujet, confirme la délivrance de 277 000 premiers titres de séjour en 2019, une augmentation de plus de 42 % en dix ans. Il faut y ajouter le nombre d’individus dont la demande d’asile a été rejetée, mais qui n’ont pas effectivement été reconduits à la frontière, que le Président Emmanuel Macron lui-même évalue à environ 80 000 par an. Rien qu’avec cela, nous sommes déjà à plus de 350 000 entrées par an (à peu près l’équivalent de la ville de Nice), mais il faudrait encore y ajouter les mineurs (qui n’ont pas besoin de titre de séjour) qui restent sur le territoire (en retirant ceux qui obtiennent un titre de séjour à leur majorité pour éviter un double comptage), sans parler des gens qui entrent illégalement sur le territoire. Même s’il est impossible d’estimer précisément ces chiffres-là, on parle sans doute de plusieurs dizaines de milliers de personnes par an, ce qui devrait nous amener sinon à 400 000 entrées par an du moins pas très loin et fait effectivement 2 millions sur un quinquennat au rythme actuel, c’est-à-dire l’équivalent de la ville de Paris. Même si on veut faire preuve de prudence et ne retenir que le chiffre de 350 000 entrées par an, qui encore une fois est indiscutablement une sous-estimation du nombre réel d’entrées, ça fait tout de même 1,75 million sur 5 ans, ce qui n’est pas très éloigné du chiffre que j’ai donné.

L’INSEE dément aussi très clairement le mythe perpétué par BFM TV selon lequel une large part de ces immigrés repartirait du territoire. S’il y a bien plus de 200 000 sorties du territoire chaque année, 70 % d’entre elles sont le fait des natifs, ce qui donne lieu à un solde migratoire massivement positif pour les immigrés, mais largement négatif pour les individus nés en France. En conséquence, les immigrés représentent désormais plus de 10 % de la population française, leur nombre ayant augmenté de plus de 50 % en 20 ans.

Essayant alors piteusement de se rattraper, les « fact-checkers » prétendirent que plus de la moitié des immigrés viennent d’Europe. Seulement, c’est encore raté : en 2019, selon l’enquête annuelle de recensement de l’INSEE, les immigrés venus d’Afrique représentaient bien 41 % des entrées, et ceux venus d’Europe 30 % seulement. Les chiffres sont encore plus disproportionnés parmi les demandeurs d’asile demeurant illégalement en France et les mineurs isolés. Les immigrés venus d’Europe représentent 30 % des entrées, mais seulement 20 % de notre solde migratoire, car, souvent étudiants, ils repartent bien plus fréquemment que ceux venus d’Afrique. Une fois encore, c’est l’INSEE qui l’écrit noir sur blanc : « De 2006 à 2019, une immigration de plus en plus extra-européenne ». Seulement 22 % des immigrés arrivés en 2019 d’Afrique et d’Asie sont en emploi, contre près de la moitié de ceux venus d’Europe.

DELINQUANCE

Les journalistes de BFM ont aussi repris avec gourmandise mes chiffres sur la délinquance, en prétendant que les Français ne feraient face (et c’est déjà énorme) qu’à 700 agressions par jour en moyenne, soit 260 000 par an. Au lieu de faire l’effort minimal de se plonger dans la source primaire, les « fact-checkeurs » de BFM se contentent de lire en diagonale les premiers résultats Google. Selon le bilan statistique de la délinquance produit par le Service Statistique ministériel de la sécurité intérieure, en 2020 — une année pourtant marquée par deux confinements — les coups et blessures volontaires declarés dans un commissariat de police ou une enquête de gendarmerie représentent bien environ 260 000 faits par an. Plus de la moitié sont extérieurs au cadre familial, auxquels il faut ajouter les violences sexuelles (55 000) et les vols violents (entre 70 000 et 80 000 par an), pour arriver à un total (hors violences intrafamiliales) d’environ 260 000.

Seulement, le même rapport du Ministère précise (deux lignes plus loin, ce qu’un fact-checking plus sérieux n’aurait pas manqué de noter), que « ce chiffre sous-estime le phénomène des violences puisque selon les enquêtes de victimation, moins d’un quart des victimes de violences physiques ont formellement déposé plainte. » En prenant le chiffre conservateur issu des enquêtes Cadre de Vie et Sécurité de 25 % d’atteintes à l’intégrité des personnes physiques déclarées aux forces de police, on aboutit donc à plus d’un million de violences par an, soit plus de 2 700 par jour.

FRAUDE SOCIALE

Sur la fraude sociale, là encore, les fact-checkeurs de BFM ont fait la preuve éclatante de leur partialité outrancière, mais aussi de leur incapacité à lire en détail les sources dont ils se prévalent. S’ils avaient parcouru jusqu’au bout le rapport de la Cour des Comptes dont ils ont extrait le chiffre ridiculement bas d’un milliard d’euros par an, ils auraient découvert qu’il s’agissait uniquement de la fraude détectée, par construction une part très faible de la fraude réelle. La Cour rappelle dans le même rapport qu’une estimation bien supérieure, de 7 à 8 milliards d’euros, réalisée par l’Acoss via des contrôles aléatoires de l’URSSAF en 2018, est elle-même largement sous-estimée. La Commission d’enquête de l’Assemblée nationale relative a la lutte contre les fraudes aux prestations sociales confirme par la voix de son rapporteur que le chiffre véritable de la fraude non détectée se situe entre 14 (estimation basse) et 45 milliards d’euros (estimation haute). L’estimation ridicule d’un milliard d’euros donnés par les fact-checkeurs de BFM le soir du débat est d’autant intrigante que, dans une émission de la semaine précédente, la rédaction de BFM, via la voix d’une autre journaliste, reprenait précisément cette fourchette de 14 à 45 milliards.

La partialité du fact-checking, des Décodeurs du Monde à la Désintox de Libération, n’est plus à démontrer. Elle pourrait presque tendre au comique dans ses exagérations, si ses implications pour le pluralisme du discours médiatique auquel sont exposés les Français n’était aussi sinistre. Ces décodeurs autoproclamés, dont l’agenda ne fait guère de doute, utilisent les statistiques comme un homme ivre se sert d’un lampadaire : plutôt pour s’appuyer que pour s’éclairer. Je n’en suis d’ailleurs pas l’unique victime, car mon adversaire du jour, Jean-Luc Mélenchon, en a aussi fait les frais après le débat, les fact-checkeurs de BFM lui ayant expliqué qu’on ne coupait pas l’électricité pour cause d’impayés, car la loi l’interdisait. On attend avec impatience le fact-checking de BFM nous expliquant que les meurtres n’existent que dans les films puisqu’ils sont interdits par la loi !

Venus de tous les recoins du spectre politique, des penseurs de premier ordre, Popper, Hayek ou Polanyi, nous ont mis en garde contre les dangers du « scientisme » qui prétend remplacer le débat démocratique par l’illusion d’une vérité scientifique, définitive, univoque, et donc toute-puissante. Gardons-nous à notre tour d’un « wikipedisme » de bas étage qui donnerait à des décodeurs humains, trop humains, et pétris de biais idéologiques, un trop grand pouvoir sur notre place publique.

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mercredi 29 septembre 2021

Composition de la population belge 2000 à 2021

Photo illustrative choisie par le site de l’Office belge de la statistique

Au 01/01/2021, la population belge se composait comme suit : 67,3 % de Belges d’origine belge, 20,1 % de Belges d’origine étrangère et 12,6 % de non-Belges. C’est ce que montrent les chiffres de Statbel, l’Office belge de statistique.

Les catégories utilisées :

  • Belge né de Belges (uniquement pour les personnes du groupe d’origine Belge d’origine belge) ;
  • Pays voisin : l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, le Grand-Duché de Luxembourg et le Royaume-Uni sont considérés comme des pays voisins ;
  • UE27 (à l’exclusion de la Belgique et des pays voisins) ;
  • Hors UE27 (à l’exclusion des pays voisins).

 

On remarque que la part des Belges nés de Belges baisse sans cesse passant de 8,4 millions en 2000 à 7,7 millions en 2021

POPULATION SELON LE GROUPE D’ORIGINE

Au 01/01/2021, la population belge se composait comme suit : 67,3 % de Belges d’origine belge, 20,1 % de Belges d’origine étrangère et 12,6 % de non-Belges. En chiffres absolus, cela représente respectivement 7 753 000, 2 320 385 et 1 447 853 habitants. Le groupe des Belges d’origine étrangère est toutefois très divers :

  1. 49,7 % n’ont pas la nationalité belge comme première nationalité enregistrée, mais ont acquis la nationalité belge entre-temps.
  2. 50,3 % ont la nationalité belge comme première nationalité enregistrée, parmi lesquels :
  • 20,3 % ont deux parents ayant une première nationalité étrangère enregistrée ;
  • 30,0 % ont un parent ayant une première nationalité étrangère enregistrée ;


 Il y a des différences importantes si l’on compare les trois régions belges entre elles.

  • Au niveau belge, environ deux tiers de la population étaient belges d’origine belge au 01/01/2021. Cela varie d’une personne sur quatre dans la Région de Bruxelles-Capitale à deux personnes sur trois en Région wallonne, et trois personnes sur quatre en Région flamande.
  • Globalement, une personne sur cinq est belge d’origine étrangère. Ce pourcentage est le plus faible en Flandre avec 14,7 %. Il grimpe à 23,7 % en Wallonie et atteint 39,5 % en Région de Bruxelles-Capitale.
  • La part de non-Belges se situe autour de 10 % en Région flamande et en Région wallonne. Cette part est de 35,5 % en Région de Bruxelles-Capitale.

Il est important de remarquer que la nationalité ne dit pas si une personne a migré ou non. La nationalité donne plutôt des informations sur l’origine d’une personne. Le pays de naissance est un meilleur indicateur pour savoir si une personne a effectué ou non un mouvement migratoire vers la Belgique. Pratiquement tous les Belges d’origine belge sont nés en Belgique (98,3 %). 70,0 % des Belges d’origine étrangère et 16,0 % des non-Belges sont également nés en Belgique.

Dans les différents groupes d’origine, la proportion d’hommes et de femmes semble être répartie équitablement. La répartition est moins égale en ce qui concerne l’âge.

  • La part de Belges d’origine belge augmente clairement avec l’âge : elle atteint 53,8 % chez les 0-17 ans, 65,5 % chez les 18-64 ans et 86,9 % chez les plus de 65 ans.
  • Il est frappant de constater que les mineurs qui appartiennent au groupe d’origine Belge d’origine étrangère sont particulièrement fortement représentés dans les sous-catégories dont la première nationalité enregistrée est belge. Nous observons la situation inverse chez les 18-64 ans : ils ont plus souvent une première nationalité étrangère enregistrée.
  • La part des non-Belges est la plus élevée chez les 18-64 ans, à savoir 14,8 %. Ils sont suivis par les 0-17 ans avec 11,7 % et les plus de 65 ans avec 6,4 %.

La diversité selon l’origine a augmenté en Belgique au cours de la décennie écoulée :

  • La proportion de Belges d’origine belge a diminué de 81,8 % en 2001 à 74,3 % en 2011 et 67,3 % en 2021.
  • La proportion de Belges d’origine étrangère a augmenté de 5,7 % entre 2001 et 2011. Cette proportion a encore augmenté de 4,6 % au cours de la décennie écoulée.
  • La proportion de non-Belges a augmenté de 8,4 % en 2011 à 10,2 % en 2011 et 12,6 % en 2021.


 

POPULATION SELON LA NATIONALITÉ D’ORIGINE

Les Belges d’origine belge ont tous une nationalité d’origine belge. C’est la raison pour laquelle nous nous concentrons dans cette partie uniquement sur les Belges d’origine étrangère et les non-Belges.

Le 01/01/2021, les Belges d’origine étrangère et les non-Belges se répartissaient comme suit entre les groupes de nationalité d’origine. 20,3 % appartenaient au groupe de nationalité d’un pays voisin, 28,1 % au groupe de nationalité de l’UE27 (à l’exclusion des pays voisins) et 51,7 % au groupe de nationalité hors UE27.

De nouveau, il y a des différences importantes si l’on compare les trois régions.

  • La Région flamande semble avoir une plus faible proportion de personnes ayant comme groupe de nationalité d’origine l’UE27 (à l’exclusion des pays voisins) : 20,9 % contre 28,1 % au niveau national. Dans le même temps, la Flandre a une part plus importante de personnes dont la nationalité d’origine se situe en dehors de la zone UE27 : 57,2 % par rapport à 51,7 % au niveau belge. 
  • On observe le schéma inverse en Région wallonne : une part plus importante issue d’un pays de l’UE27 (à l’exclusion des pays voisins) : 39,2 % et une part plus faible issue d’un pays situé en dehors de la zone UE27, à savoir 37,9 %.
  • La Région de Bruxelles-Capitale a la plus faible proportion de personnes issues d’un pays voisin : 13,8 % contre 20,3 % au niveau national. Cette région affiche également la plus forte proportion de personnes dont la nationalité d’origine se situe en dehors de la zone UE27 : 60,7 % contre 57,2 % en Flandre et 37,9 % en Wallonie.

Il y a eu quelques glissements au cours de la dernière décennie :

  • Ces 20 dernières années, la part de personnes appartenant au groupe de nationalité des pays voisins a diminué : de 28,0 % en 2001 à 23,8 % en 2011 et à 20,3 % en 2021.
  • À l’inverse, on observe une augmentation du groupe de nationalité d’origine en dehors de la zone UE27, qui passe de 38,4 % en 2001 à 47,6 % en 2011 pour atteindre 51,7 % en 2021.