mercredi 20 mai 2009

Course breaks the golden rule

Lettre envoyée à la Gazette de Montréal par Ed Hoyer de Roxboro  :
Michael Schleifer completely sidesteps the concerns raised by William Johnson and the questions raised by Loyola High School.

First, under the Charter of Rights and Freedoms, parents have the right to choose the religious training for their children. If parents want to teach a certain religion or philosophy, that is their right. If schools (and the Education system in Québec) try to teach something contrary to the parents belief, then parents have the ultimate authority and right to choose. It's all very well for Schleifer to argue that the course is good, but if the parents don't want it, they should have the final say. Strawberries might be good for you, too, but you don't have to eat them.

Second, the course is not age appropriate for third- or fifth-grade students. A child is taught by his parents and religious institution that certain things are true or sacred. Then if the school teacher, who is considered an authority by young children, teaches the contrary, the child will be confused. Children at that age cannot hold contrary views in their minds and try to figure out what they want to believe. Schleifer refers to the golden rule – "Don't do to others what you don't want them to do to you," or in the positive form, "Do for others what you want them to do for you." By forcing a course of study on children, the state is breaking this vital rule.

Ed Hoyer, Roxboro

Les chemins de Gravel

Lettre de Benoit Girouard envoyée à La Presse (en attente de publication) :
J’ai été surpris ce dimanche matin de lire les propos de l’abbé Gravel qui qualifiait les opposants au cours d’éthique et de culture religieuse de « …petit groupe d’opposants, plus fanatiques les uns que les autres ». Il ne pouvait s’arrêter et rajoutait vers la fin « …je me méfie de l’intégrisme fanatique des opposants ».

Ça y est le mot est lancé les opposants au cours d’ÉCR sont des fanatiques et des intégristes. Cette tactique de communication qu’emploie ce cher prêtre-média fait malheureusement de plus en plus sa place dans notre monde moderne et démontre le peu d’envergure intellectuelle des opposants à telle ou telle idée. Par exemple au États-Unis, avant même d’entendre les arguments d’un expert qui réclame de fixer un plafond pour les gaz à effet de serre on dira qu’il est libéral (lire à l’anglaise) …qui sera compris par la population américaine comme gauchiste voir même communiste.

Au Québec c’est l’inverse, lorsque les Lucien Bouchard, Joseph Facal et autres parleront d’un Québec lucide, on dira qu’ils sont « à droite » afin de bien vendre l’idée qu’il ne vaut même pas la peine d’engager la conversation avec eux. Ce procédé qu’utilise M. Gravel est dans les faits une prise d’otage en règle, car l’individu ou le groupe qui se voit affubler de ces accusations, parce qu’à l’inverse du courant dominant, ne peut plus argumenter sur son idée avant d’avoir rétabli les faits quant à ce qu’il n’est pas. Un autre argument utilisé dans son texte, est celui de spécifier que les opposants au cours sont minoritaires.

Ainsi, selon lui, le petit nombre est une preuve d’absence de légitimité. Ce genre d’argument repris mainte fois par les médias n’a rien à faire avec le droit et encore moins avec la raison car, à ce titre, les femmes qui furent à l’origine une poignée à réclamer le droit de vote, n’auraient jamais dû l’obtenir, tout comme les premiers antiesclavagiste et que dire de la secte du Nazaréen devenu les catholiques d’aujourd’hui. La valeur d’une idée se défend au poids de son argumentaire et non du nombre de ceux qui la soutiennent ; justifier avec le nombre seulement n’est, dans les faits, que l’argument de ceux qui manquent d’argument.

Sur les arguments

M. Gravel a vu juste en disant que la transmission de la foi appartient d’abord aux parents, mais pas seulement que la foi, M. Gravel. Avant l’État, les premiers éducateurs sont les parents car ils représentent la famille, toute première unité qui bâtit une société. Pourtant, le cours d’ÉCR banalise et supplante les parents dans la transmission de l’éthique et des valeurs. Dans certains cas il viendra même en contradiction avec les valeurs familiales… car les familles aussi ont des valeurs. Vous avouerez que c’est plus dur d’avoir ce même genre de conflit avec un cours de mathématique ou de français. Ainsi nous ne parlons pas d’un problème d’ordre religieux mais bel et bien du rôle de l’État versus le droit parental.

Parlant de la responsabilité de la famille vis-à-vis de l’éducation des enfants, Charles de Koninck, ancien doyen de la faculté de philosophie de l’Université Laval, rappelait lors d’une conférence que « son droit est inaliénable, antérieur au droit de l'État, et inviolable ». Selon un vieil adage des régimes totalitaires, « quand nous sommes en minorité, nous réclamons pour nous la liberté au nom de vos principes ; quand nous sommes en majorité, nous vous la refusons au nom des nôtres. » L’abbé Gravel semble faire écho à cette maxime en écrivant que le cours « …favorise l’inclusion dans le respect de la dignité de chacun. C’est pourquoi il doit demeurer obligatoire pour tous sans exception. »

Il faut savoir que le respect de la dignité de chacun a toujours été incompatible avec le mot obligatoire et qu’à ce titre nous vous souhaitons, M. Gravel, bienvenue parmi les intégristes !

Benoit Girouard

Père de 5 enfants et président Union paysanne

Réal Gaudreault — Georges Leroux et les vérités universelles

Deux nouvelles capsules de l'historien Réal Gaudreault sur le procès de Drummondville.

Capsule 29 — Les vérités universelles I

« Au Palais de justice de Drummondville s’est tenu, la semaine dernière, un procès intenté par une famille contre la Commission scolaire des Chênes. M. Georges Leroux, un témoin expert du gouvernement, nous apprendra notamment que le cours ÉCR ne doit pas être sujet au régime d’exemption à cause de son caractère universel. Eh bien, oui. Le cours ÉCR est fondé sur des vérités universelles dont nos enfants ne doivent pas être privés. »


Capsule 30 — Les vérités universelles II

« Selon Georges Leroux, une vérité universelle est une vérité que partage naturellement l’ensemble des peuples du monde. « Tu ne tueras point » est un exemple de ce qu’est une vérité universelle selon Leroux. Mais qui donc peut se targuer d’être à la fois juge et arbitre de ce qu’est une vérité universelle? Croyez-le ou non, il paraît que, au Québec, nous sommes en possession de ce savoir extraordinaire et que c’est là une des raisons qui pousse l’État à imposer le cours ÉCR dans toutes les écoles du Québec. »

Joseph Facal : « Vous avez tort de regarder de haut Drummondville »

Chronique de l'ex-ministre péquiste Joseph Facal sur le procès de Drummondville :
Dieu est encore partout

Vous avez tort de regarder de haut Drummondville. Il s'y passe des choses très importantes.

Des parents de l'endroit viennent de s'adresser au tribunal pour obtenir que leurs enfants soient exemptés du nouveau cours d'Éthique et culture religieuse (ECR). Ce cours obligatoire remplace l'ancien régime qui donnait le choix entre l'enseignement de la religion catholique ou protestante, ou l'enseignement moral. Les parents sont des catholiques qui invoquent que c'est eux et non l'État qui devraient avoir le dernier mot en matière d'éducation religieuse.

J'avoue que l'ancien régime me chicotait. J'ai toujours pensé que ce n'est pas une des missions de l'école que de transmettre une foi religieuse particulière. C'est aux autorités religieuses et aux parents que ce rôle incombe.

Mais le gouvernement, lui, plaide que le cours ne vise qu'à former de bons petits Québécois ouverts à la diversité d'aujourd'hui, en les initiant aux différentes cultures et aux différentes religions. De la pure foutaise.

ENDOCTRINEMENT

Supposons, comme le notait Christian Rioux du Devoir, que vous voulez initier les enfants à la littérature arabe. Ne serait-il pas plus logique de le faire dans un cours de littérature donné par un professeur dont c'est la spécialité ? Si vous voulez initier les enfants à l'histoire des religions amérindiennes, un cours d'histoire donné par un historien de métier ne serait-il pas la façon toute désignée ?

Autrement dit, si on enlève du cours d'ECR tout ce qui normalement devrait trouver sa place dans des cours déjà prévus au programme, que reste-t-il ? Il reste la véritable intention des promoteurs du cours : non pas ouvrir les enfants à la différence, comme s'ils étaient présentement fermés, mais plutôt les convertir à leurs vues.

Et quelles sont ces vues ? Mais tout simplement, le nouveau catéchisme du Québec moderne : le multiculturalisme à la canadienne, les droits individuels, les Chartes. Nous sommes simplement en train de remplacer une religion par une autre. Nouvelles soutanes, nouveau discours, même mentalité.

Allez lire les documents produits par les promoteurs du cours ECR. Si j'avais de la place, je vous citerais des extraits ahurissants. L'enfant doit en venir à trouver normal que son petit copain sikh porte un couteau, ou que l'on déplace une date d'examen pour cause de fête religieuse. Si vous êtes contre, vous êtes « nostalgique » et souffrez de « repli identitaire ».

MATRAQUAGE

Ce sont toujours les mêmes questions qui reviennent.

Pour qu'un immigrant s'intègre, qui doit faire le plus gros du chemin, lui ou la société qui l'accueille ? Est-ce que la majorité a le droit de poser ses valeurs forgées par 400 ans d'histoire comme culture de convergence ? Les pratiques religieuses doivent-elles être confinées à la sphère privée et dans les lieux de culte prévus pour cela ? Où est-ce que les institutions publiques doivent se transformer pour accueillir toutes les croyances ?

Comme le notait une collègue, après dix ans d'un tel matraquage idéologique, nos enfants ne sauront pas grand-chose de l'histoire des religions, mais il n'y a pas une seule demande d'« accommodement », aussi exagérée soit-elle, qui ne leur semblera pas « raisonnable ». C'est le vrai but de ce cours.

mardi 19 mai 2009

No neutral ground in religion and ethics class

Lettre ouverte envoyée à la Gazette par John Vaudry de Montréal.
There seems to be a lot of misunderstanding as to why some parents object to the new course on Religion and Ethics that is now mandated in Québec schools. Shouldn't we all know something of what others believe? And if the course aims at promoting tolerance and "the common good," how could any right-thinking person be against it? Conservative Catholics and evangelicals are among the main opponents of the course. Those I know want a society in which all people (whatever they profess to believe or not believe) might live and let live. There ought to be at least civility among us, and in many cases co-operation for the common good.

However, this does not mean that children in Grade 1 must be taught about world religions. If parents and church teach, for example, that Jesus is Lord over all yet the school says Jesus is but one of many religious teachers (and how can it do otherwise?), there will inevitably be confusion in the child's mind. The notion that such a course can be taught from a neutral point of view is a myth. Not to decide is to decide. Either the school affirms that everyone should bow before Jesus or it does not. There is no neutral ground.

Similarly, it is questionable whether ethics can be taught from some supposedly neutral perspective. The teacher always has a bias (whether Christian, humanist, utilitarian, etc.) which will be virtually impossible to conceal. Big Brother needs to stop encroaching on the rights of parents.

John Vaudry, Montréal

Le pouvoir légitime des parents — Réponse à la lettre de l'abbé Gravel

Lettre ouverte de Mme Morse-Chevrier, présidente de l'Association des parents catholiques, envoyée à la Presse de Montréal et à l'Action, à la suite de la publication d'une lettre du prêtre Raymond Gravel en faveur de l'imposition du cours d'éthique et de culture religieuse.

Le procès opposant les parents qui demandent l’exemption de leurs enfants du cours d’Éthique et culture religieuse (ECR) et la Commission scolaire Des Chênes, assistée de la Procureure Générale comme intervenante, a eu lieu à la Cour Supérieure de Drummondville du 11 au 15 mai 2009. Ayant assisté à l’entièreté de la preuve présentée par les deux parties, je ré-affirme l’appui de la part de l’Association des parents catholiques du Québec (APCQ) aux parents qui demandent l’exemption pour leurs enfants.

Le Cardinal Zenon Grocholewski de Rome, se référant « à de nouvelles réglementations civiles » qui remplacent l’enseignement religieux par des cours de « morale et culture religieuse », a publié très récemment (le 5 mai 2009), une lettre à tous les évêques du monde pour distribution auprès de ceux engagés dans la mission éducatrice de l’Église. Cette lettre rappelle très fortement la priorité pour le parent de choisir l’éducation morale et religieuse de leurs enfants à l’école comme ailleurs : « Au sein d’une société pluraliste, le droit à la liberté religieuse requiert à la fois l’assurance que l’enseignement religieux soit donné dans les écoles, et une garantie que cet enseignement soit en conformité avec les croyances des parents. »

La lettre du cardinal Grocholewski vient renforcer ses remarques orales il y a quelques semaines à l'effet que l'imposition du cours d'éthique et de culture religieuse au Québec « violait le droit des parents. » (Zenit, 19 février 2009)

En tant que préfet de la Congrégation pour l’Éducation catholique, le Cardinal, le 5 mai 2009, a prévenu des dangers suivants : « Si l’enseignement religieux se limite à une exposition de différentes religions de manière comparative et “neutre”, cela peut être source de confusion, ou inciter au relativisme ou à l’indifférentisme. » Ce n’est pas différent de ce que disent les parents qui demandent d’exempter leur enfant du cours d’Éthique et culture religieuse (ECR), ni des propos du théologien Guy Durand, témoin expert pour les parents en Cour supérieure à Drummondville du 11 au 15 mai 2009, qui a souligné que ce cours mène au relativisme.

Ce ne sont pas quelques parents marginaux qui s’objectent à ce cours, contrairement aux dires de M. Raymond Gravel (L’Action, le 14 mai 2009). Les Chevaliers de Colomb de la province veulent la reconnaissance du droit à l’exemption et que ce cours soit optionnel. Il en va de même pour les coptes orthodoxes, pour les parents de l’Association des parents catholiques du Québec (APCQ) et de la Coalition pour la liberté en éducation (CLÉ), pour plusieurs pasteurs évangéliques et autres. Lorsque 2000 parents demandent l’exemption, que 200 parents retirent leurs enfants et que des parents poursuivent une commission scolaire en cour, il y a lieu de s’interroger. Pour moins que cela, on avait introduit l’enseignement moral comme option à l’enseignement religieux, il y a plus de 25 ans. L’APCQ demande, avec les autres parents, que les commissions scolaires accordent l’exemption aux parents qui le demandent ou, mieux encore, que le cours ECR soit optionnel.

David Mascré, philosophe et professeur associé à l’Université de Paris, après une analyse minutieuse du programme, considère que ce dernier est dangereux pour les enfants car il promeut « le polythéisme » et « réduit systématiquement le contenu de la foi à un ensemble de symboles sans fondement objectif ni assise rationnelle ». Son analyse confirme celles faites par les parents de la province.

Il ne faut pas confondre la perte du choix entre l’enseignement religieux ou l’enseignement moral (sans religion) et l’imposition du programme d’ECR. Les parents veulent avoir, bien sûr, une option respectueuse de leur foi à l’école comme l’a maintes fois recommandé le Vatican. Cependant ils veulent aussi et séparément, ne pas voir des religions étrangères imposées à leurs enfants dans le contexte d’un cours non chrétien comme ECR. Ils ne veulent pas, non plus, que leurs enfants soient soumis à une approche de clarification des valeurs pour l’éthique, comme c’est le cas dans ECR.

Le cynisme, la moquerie et le mépris de M. Gravel à l’égard des parents ne semblent pas connaître de limite (L’Action, le 14 mai 2009). Mais, à mon étonnement, M. Gilles Routhier, théologien expert pour la Commission scolaire Des Chênes à Drummondville, a aussi reproché aux parents : « de bouder le programme, de faire des marches et des manifestations ». Par ces actions, les parents ne font qu’exercer leur pouvoir démocratique et défendre leurs droits. L’État et certains membres du clergé ont peut-être un agenda social à promouvoir, mais ce débat doit se faire entre adultes consentants. Ne le faisons pas sur le dos des enfants. En dépit de sa position pro-ECR, Georges Leroux, témoin expert pour la Commission scolaire à Drummondville, a prévenu contre le fascisme quand l’autorité parentale tombe. Il faut renforcer et non miner l’autorité parentale et le droit de choisir des parents.

Les parents ne sont pas des fanatiques parce qu’ils tentent de passer à leurs enfants des valeurs sûres et une foi vivante et parce qu’ils ne veulent pas voir cet ouvrage détruit par l’école, en l’occurrence par le cours ECR. L’APCQ demande le respect pour ces parents et pour leurs enfants et adolescents dont la liberté de conscience et de religion est aussi bafouée.

Lorsqu’on demande à l’enfant de comparer des récits religieux, de rentrer dans des lieux de culte en prenant les postures requises par cette croyance, de nommer des noms de dieux païens, de lire des prières des spiritualités autochtones, de raconter comment il vit sa religion à domicile, de se taire devant des opinions qu’il trouve irresponsables ou devant des croyances qu’il trouve illégitimes, d’accepter toute croyance sur le même pied, on demande à l’enfant d’agir et non seulement d’observer le phénomène religieux, contrairement à ce qu’ont prétendu M. Jacques Pettigrew et M. Routhier lors des audiences en cour. Ces actes interfèrent avec le développement religieux de l’enfant car il doit mettre de côté son esprit critique face aux autres religions et collaborer avec des actions qui vont parfois contre sa foi. Le vivre-ensemble n’est pas tout, l’enfant tend entièrement vers la connaissance de la vérité, comme l’a précisé le professeur Mascré devant le Tribunal.

Laissons les parents éduquer leurs enfants. Ne tentons pas de leur enlever ce privilège qui vient avec la responsabilité de les élever. Faisons confiance au peuple québécois en leur laissant, comme le stipule le Vatican, une réelle liberté dans le choix de l’école et des programmes. Rejetons l’approche totalitaire qui impose, par le biais de lois gouvernementales, de cours obligatoires et de mépris des demandes des parents, des changements identitaires aux plus jeunes et plus vulnérables des citoyens.

Terminons par une citation d’un document de Vatican II donnée en Cour Supérieure par Me Jean-Pierre Belisle, procureur pour les parents, pour appuyer la légitimité des actions des parents catholiques (et autres) qui veulent exercer de manière responsable leur autorité parentale :
« Qu'ils [les laïcs] attendent des prêtres lumières et forces spirituelles. Qu'ils ne pensent pas pour autant que leurs pasteurs aient une compétence telle qu'ils puissent leur fournir une solution concrète et immédiate à tout problème, même grave, qui se présente à eux, ou que telle soit leur mission. Mais plutôt, éclairés par la sagesse chrétienne, prêtant fidèlement attention à l'enseignement du Magistère, qu'ils prennent eux-mêmes leurs responsabilités. »
(Gaudium et Spes, 43-2).

Notons que le Magistère vivant est celui dont l'autorité s'exerce au nom du Christ, c'est-à-dire par les évêques en communion avec l'évêque de Rome (Wikipedia).

Jean Morse-Chevrier,
présidente,
Association des parents catholiques du Québec

Cours d'éthique et de culture religieuse — Réponse à l'abbé Gravel

Lettre ouverte de Guy Durand, théologien, à Raymond Gravel, prêtre, qui approuve l'imposition du cours ECR.
Monsieur Raymond Gravel, votre lettre sur le cours Éthique et culture religieuse m'a d'autant plus attristé que j'ai une grande admiration pour vous. Comment pouvez-vous être aussi méprisant pour des citoyens qui demandent qu'on respecte leur liberté de conscience et de religion: «Fanatiques», «ultra-catholiques», sans avoir «évaluer la pertinence et le contenu» du programme. Tout en appuyant la demande d'exemption, je ne me reconnais aucunement sous ces termes: j'ai milité il y a plusieurs années pour la déconfessionnalisation de l'école Notre-Dame-des-Neiges à Montréal; j'ai déjà écrit comment on devrait transformer le présent programme (revue Éthique publique, printemps 2008). Mais je respecte infiniment la liberté de conscience et de religion, donc le droit à l'exemption du cours ÉCR qui constitue le coeur du procès à Drummondville. D'autant plus que je trouve que le programme actuel, malgré les beaux objectifs affichés, contient des faiblesses majeures, surtout lorsqu'il s'adresse aux élèves du primaire. Peut-on discuter à un autre niveau que celui des invectives?

Vous dites que les objectifs du programme sont corrects. Oui, mais avez-vous analysé la structure et le contenu du programme? Avez-vous analysé quelques manuels? Personnellement, je ne pense pas que le cours réponde aux objectifs que vous désirez: «comprendre notre culture et notre héritage collectif» ou «montrer l'influence du christianisme dans l'évolution de la société québécoise». On présente huit religions aux enfants de six et sept ans. Elles sont sur le même pied que des légendes grecques, des mythes et des contes que personne ne donne comme «croyances». Le maître doit rester neutre dans les discussions entre enfants. Je ne vois pas en quoi le cours permettra «d'apprendre à distinguer un récit historique d'une légende ou d'un texte poétique». Au contraire, c'est plutôt la confusion que le programme favorise. Les éléments des religions sont présentés de manière morcelée, sans que l'élève ne puisse saisir la signification profonde de la religion ou le sens qu'elle pourrait donner à sa vie. Le christianisme lui-même y est mal présenté, vidé de tout ce qui fait sa signification. Il n'est pas certain d'ailleurs qu'on lui donne la prépondérance demandée. Quand il est question des besoins de l'enfant, on en nomme cinq ou six, mais jamais les besoins d'ordre spirituel ou religieux ne sont cités. On cherche à développer l'esprit critique des jeunes enfants, y compris vis-à-vis les règles familiales et religieuses. On impose aux enfants du primaire des discussions qui relèvent davantage de la fin du secondaire.

Il n'est pas question de transmission de la foi – on s'entend que celle-ci relève des parents et des communautés – mais de la transmission de connaissances religieuses ou d'acquisition de la culture religieuse qui a fait le Québec, ainsi que d'une véritable formation morale et non d'un cours de citoyenneté.

Les orientations du programme sont confirmées et accentuées par les affirmations et déclarations de certains rédacteurs ou conseillers du programme dans des revues ou des séances de formation organisées par le Ministère: l'un affirme «Tout est légitime»; un autre déclare qu'il faut «apprendre à ébranler la suffisance identitaire» du jeune; un troisième dit qu'il faut décentrer le jeune; un quatrième qu'il faut apprendre à relativiser; une diapositive d'un video de formation signale qu'il faut poursuivre la déconfessionnalisation du système scolaire jusqu'à la «déconfessionnalisation des mentalités».

Dans les manuels utilisés à Drummondville (1re et 2e années), il y a deux prières à la Terre-Mère et au Grand-Esprit, aucune allusion au Notre Père. On parle de la Création en deuxième année en décrivant la légende autochtone du Grand-Lièvre: rien sur le récit biblique. On fait suivre le récit de Noël d'un «réveillon» chez les souris. on ne dit pas pourquoi Jésus pardonne à Zachée. Dans un autre manuel, on demande aux enfants de 12,13 ans d'inventer leur propre religion (fondateur et mythe fondateur, un ou des dieux, un code moral, un livre sacré, quelques rituels, quelques objets de culte): jeu si l'on veut, mais on peut se demander ce que ce jeu induit dans la pensée de l'enfant. Ailleurs, on met la Révélation de Dieu à Mahomet à l'indicatif («Dieu révéla à Mahomet le message divin») alors qu'on utilise le conditionnel pour la Résurrection de Jésus («ses disciples l'auraient rencontré bien vivant»). On décrit la place de la femme dans diverses religions de manière vraiment injuste pour le catholicisme. Une activité de réflexion de type yoga avec les tout petits a pour titre «Graine de doute» et donne le doute comme fruit de l'activité.

Je suis particulièrement abasourdi par votre dernière phrase: «comme prêtre catholique, je fais confiance à la sagesse de nos évêques». Que pensez-vous de la sagesse des évêques sur la contraception, l'homosexualité, le mariage des prêtres, l'ordination des femmes? Question directement de leur ressort pastoral pourtant. Le concile Vatican II a d'ailleurs affirmé que dans les questions concrètes d'aménagement social et politique, il appartient aux laïcs de décider; ceux-ci ne doivent pas penser que leurs pasteurs ont cette compétence, ni mission à cet effet (Gaudium et spes, no 43, paragraphe 2).

Quant à la déclaration de l'épiscopat en 2008, elle rappelle que leur préférence demeure pour les options en enseignement religieux, elle signale de nombreuses faiblesses et difficultés qui affectent le programme, «dont certaines sont contournables», ce qui implique que certaines ne le sont pas. Et leur déclaration contient trois fois l'affirmation qu'ils sont devant un fait accompli: Ils sont loin d'approuver le programme. On peut comprendre leur fatigue quand on sait qu'ils se sont prononcés en faveur des options des dizaines de fois, notamment en 1997, 1999, 2000, 2005.

Guy Durand, théologien retraité

Dunham

« Le libre choix, ça fait partie de nos valeurs au Québec »

« Le libre choix, ça fait partie de nos valeurs au Québec »
C'est ce qu'a déclaré ce matin madame Yolande James, ministre de l'immigration et des communautés culturelles, au micro de Paul Arcand au 98,5 MF.

C'est ce qu'elle a affirmé mot pour mot, en parlant du port du voile musulman dans la fonction publique québécoise, pas de la liberté de choix à l'école, bien sûr.

lundi 18 mai 2009

Jacques Pettigrew à la barre – ne pas faire de vagues, aseptiser le cours

On se rappellera qu’en septembre passé MM. Pettigrew et Bergevin étaient passés par Valcourt et Sherbrooke pour rencontrer les parents des alentours au sujet du nouveau cours d’éthique et de culture religieuse (ECR). Nous avions alors publié un rapport de leur intervention à Valcourt.

Après ces deux réunions houleuses, M. Pettigrew a fait un rapport au sous-ministre de l’Éducation. Voici ce qu’on en apprit au procès grâce à Me Bélisle et son équipe.

Quelques extraits de la séance du mercredi 13 mai tirés du repiquage audio :

Il est obligatoire d’offrir le cours ECR, mais faut-il le suivre ?
11:15 Me Bélisle – Le régime pédagogique, cours sujet à sanction, cours obligatoire, quand un élève arrive dans une classe avec un billet motivé de son parent pour une absence, est-ce qu’il y a une disposition dans le régime pédagogique qui indique au professeur ou à l’école de faire quelque chose ?

[objection de Me Jacob, rejetée]

M. Pettigrew – Je suis incapable de répondre à votre réponse [sic] pour la raison suivante que la gestion de la présence en classe – à ma connaissance – relève de la commission scolaire et de l’école, de la direction d’école. À ma connaissance, elle ne fait pas partie du régime pédagogique, je ne suis pas un expert dans l’application du régime pédagogique. Je m’occupe du programme d’éthique et de culture religieuse.

Me Bélisle – M. Pettigrew vous me surprenez. Si effectivement, le cours ECR, il y avait 50 % des élèves qui apportaient un billet motivé de leurs parents à l’effet qu’ils ne vont pas au cours une journée. Est-ce qu’il y a quelque chose que le prof que le directeur d’école en vertu du régime pédagogique doit faire? Y a-t-il quelque chose que vous connaissez qu’il doit faire ?

M. Pettigrew – Je suis incapable de répondre à cette question.

Me Bélisle – D’accord. Je vais prendre le même cas, le même exemple. Je vais prendre le même enfant, le même parent, puis ça fait 50 fois qu’il y a le même billet d’absence qui est remis au prof. Est-ce qu’il y a quelque chose dans le régime pédagogique qui dit au prof, à la direction d’école qu’il y a un traitement particulier à faire ?

M. Pettigrew – Je répète ce que j’ai dit. La gestion de la présence en classe est de juridiction – à ma connaissance – de l’école et de la commission scolaire.

[…]

11 h 19

Me Bélisle – Quand vous dites dans le régime pédagogique que le cours est obligatoire, qu’est-ce que cela signifie « obligatoire » ?

M. Pettigrew – Cela veut dire …

Me Bélisle – Obligatoire de présence ou obligatoire, mais avec absence répétée chronique, mais ça respecte l’obligation. Vous comprenez ma question ?

M. Pettigrew – Très bien.

Me Bélisle – Répondez à la question.

M. Pettigrew – La réponse c’est que le régime pédagogique donne le mandat ou institue les cours qui sont obligatoires et que la commission scolaire doit mettre à son horaire et doit mettre à l’horaire des élèves. La gestion de la présence en classe, ça c’est du regard de la commission scolaire et de l’école.

Me Bélisle – Donc le régime pédagogique quand il dit qu’un cours est obligatoire, ce n’est pas obligatoire ?

[M. Pettigrew dit ne pas savoir, Me Boucher vient à la rescousse et objecte, discussion avec le juge, objection refusée, mais pas de réponse de M. Pettigrew.]
Nous verrons lors de la plaidoirie ce que dit la commission scolaire locale dans les interrogatoires pré-audience et en se basant sur quels textes.

Ne pas faire de vagues
11 h 24, Me Bélisle – Votre dernière page de votre rapport (JP-1). Il y a eu un débriefing après la rencontre.

M. Pettigrew – Oui, Monsieur.

[Long accouchement pour apprendre qui était présent à la rencontre dont nous faisons grâce aux lecteurs]

Me Bélisle, lisant le rapport – Première conclusion de l’avis de deux représentants du MELS, – je suppose que c’est vous et M. Bergevin ? –

M. Pettigrew – Exact.

Me Bélisle, continue la lecture – …ce genre de rencontres risque d’offrir aux représentants de la CLÉ une tribune que ce mouvement, pour l’instant marginal, recherche à des fins de promotion de ses idées, ainsi nous estimons qu’il serait préférable de ne pas répéter ces rencontres. C’est bien ça ?

M. Pettigrew – Exact.

Me Bélisle – Alors votre stratégie à vous autres c’est on ne fait plus de rencontres, on ne va pas exposer ou communiquer ou faire la pro-mo-tion é-ner-gique du programme, du nouveau produit parce qu’on se fait brasser. Vous l’avez dit aux pages précédentes que vous vous êtes fait brasser.

[…]

Me Bélisle – Vous avez eu Valcourt, vous avez eu effectivement ici à Drummondville. Puis vous en avez eu assez. Deuxième commentaire, conclusion : « Une fois l’année scolaire engagée, le MELS devrait peut-être utiliser la stratégie de soutien aux autorités scolaires locales, les laisser assumer le rôle de prestataire de services, et éviter de se présenter localement comme le premier interlocuteur auprès des parents. Vous disparaissez de la circulation, vous laissez là la commission scolaire avec ses problèmes. C’est vous qui êtes responsable du programme ECR, il y a un peu de houle dans le bateau, vous vous retirez, vous laissez la commission scolaire effectivement aller au bâton pour vous autres.

M. Pettigrew – Ce sont les commissions scolaires qui sont les premiers intervenants au niveau des enseignants …

Me Bélisle – Je comprends.

M. Pettigrew – …et on leur a toujours dit qu’on était en soutien à eux.

Me Bélisle – Je comprends. Je comprends très bien.

[silence]

La troisième et la quatrième [recommandations] : « D’une façon ou d’une autre, les enseignantes et enseignants du primaire devraient être invités à se concentrer sur le volet éthique du programme dans les premières semaines, ce volet ne soulevant pas ou fort peu d’oppositions. » La stratégie que vous adoptez au MELS : on va faire le moins de vagues possible et puis on va toucher au secteur plutôt éthique du programme parce qu’on ne veut pas avoir de vagues, on ne veut pas avoir d’autres demandes. N’est-ce pas vrai ? N’est-ce pas la raison ?

M. Pettigrew – Je pense qu’il faut mettre ce point aussi en rapport avec le point suivant où on disait que le catholicisme et le protestantisme étant prépondérants dans le programme, ils pourraient pour les premières semaines d’implantation occuper l’essentiel du contenu relié au volet culture religieuse. Faut se rappeler que le programme comprend deux volets : éthique et culture religieuse et que l’enseignant est tout à fait libre de décider par lequel il commence.

Me Bélisle – J’ai très bien compris.

[…]


Les parents oubliés et tassés
11 h 29

Me Bélisle – J’attire votre attention sur le système planétaire. La galaxie vous en avez parlé longuement, p. 278 du programme. C’est réellement beau, y a bin de la couleur, c’est réellement très beau. L’élève est dans le centre.

Juge Dubois – Je dois tenir compte de cela dans mon jugement, parce que c’est beau ?

Me Bélisle – Non, non, c’est bôô. Oui, vous allez faire ce qui s’en vient, vous pourriez tenir compte de ce qui s’en vient. L’élève, « structuration de l’identité », « développement du pouvoir d’action » […], puis « construction d’une vision du monde », on fabrique effectivement quelque chose. Puis à l’extérieur de la galaxie, manifester une compréhension du phénomène religieux, réfléchir, pratiquer le dialogue et tout le reste. C’est du domaine du développement personnel, le programme comme tel, l’élève est au cœur de cela. C’est l’univers social, c’est la ga-la-xie telle que perçue, conçue par le MELS, le ministère de l’Éducation, du Loisir et des Sports. C’est bien ça ?

M. Pettigrew – C’est la schématisation du programme de formation de l’école québécoise.

Me Bélisle – Est-ce qu’il y a une autre galaxie qui n’est pas là, qui devrait être là avec celle-là? Vous ne savez pas ?

M. Pettigrew – Je ne sais pas à quoi vous vous référez.

Me Bélisle – La galaxie des valeurs et des croyances des parents ? [pas de réponse] Oui ou non ? [pas de réponse] Pourquoi on n’en tient pas compte dans tout ce beau schéma technocratique qui est là de couleurs ? Pourquoi on ne tient pas compte de l’autorité parentale ? Des croyances et des valeurs des familles et des parents ? Pourquoi ?

M. Pettigrew – Tout ce que je peux dire c’est que c’est le programme de formation de l’école québécoise et tout le programme, évidemment, tient compte de… ne propose rien qui doit aller à l’encontre… euh..

Me Bélisle – C’est votre opinion, mais les parents ne sont pas là. Ils ne sont pas dans la galaxie. Okay c’est beau.
Pas d’athéisme dans le programme « malheureusement », vraiment ?
11 h 32

Me Bélisle – Est-ce que le programme permet aux enseignants de traiter, de communiquer, de donner de l’information sur tout ce qui s’appelle les [nouveaux] mouvements religieux, je parle des sectes, je parle des mouvements religieux réellement marginaux ?

M. Pettigrew – Il y a une possibilité au deuxième cycle du secondaire.

Me Bélisle – Parfait. Maintenant, l’athéisme, l’athéisme. Est-ce que les enseignants dans le programme du ministère peuvent parler de l’athéisme, de la non-existence de Dieu, en donnant des exemples.

M. Pettigrew – Je rappelle que le programme est un programme qui aborde le monde des religions de façon culturelle, c’est important pour la réponse…

Me Bélisle – Je comprends, je comprends très bien, il n’y a pas de culture athée ? C’est cela que vous allez me dire.

[Me Boucher demande que le témoin puisse répondre]

M. Pettigrew – …donc une approche culturelle du phénomène religieux et, dans ce sens, on amène l’élève à décoder, comme je le disais à M. le juge hier, des expressions du religieux. Je donnais le crucifix en exemple. Et, en ce sens là, on veut tenir compte des autres manières de penser, on va nommer des fêtes religieuses et on va identifier avec les élèves des fêtes qui ne relèvent pas du fait religieux.

Me Bélisle – Et s’il n’y a pas de fête religieuse pour les athées, donc on ne parlera pas du phénomène d’athéisme, parce que tout simplement ce n’est pas une manifestation d’un phénomène religieux et donc ce n’est pas prévu dans la conception du programme.

M. Pettigrew – Je vous référerais à la page 277 (non paginé) du préambule : « religions, ni de promouvoir quelque nouvelle doctrine religieuse commune destinée à remplacer les croyances particulières. » […] Au primaire, on se limite à décoder des éléments qui sont dans l’univers du jeune, et malheureusement il n’y a pas de temple athée, il n’y a pas de temple agnostique, donc lorsqu’on va aborder la question des temples, on va dire tiens le musulman va à la mosquée, le jeune juif va à la synagogue, le jeune qui fait partie d’une famille où on ne pratique aucune religion…

Me Bélisle – Vous avez lu l’article du Journal de Québec du 19 avril 2008 « Le mot athée banni » ?

M. Pettigrew – Oui.

L’ennui c’est que la question de M. Bélisle ne se limitait pas au primaire et qu'au secondaire on peut aborder le sujet de l’athéisme, il est cité comme exemple de sujet de discussion pour aborder l'existence du divin et plusieurs cahiers le font ! Voir programme page 543.

C'est ainsi que le « cahier-manuel » d'éthique et de culture religieuse publié par les éditions de la Pensée en 2008 et destiné à la 2e année du 2e cycle du secondaire (soit secondaire IV) y consacre cinq pages explicitement.

Karl Marx et Jea-Paul Sartre, athées
(page 183, du cahier d'éthique et de culture religieuse, Dialogue II, publié par les éditions La Pensée, 2008)


On a droit à deux pages sur Karl Marx, Jean-Paul Sartre et Simone Beauvoir. Simone de Beauvoir est l'auteur du livre Le deuxième sexe devenu l'ouvrage de référence du mouvement féministe selon les auteurs de ce cahier d'ECR qui déjà consacrent ailleurs 28 pages au féminisme.

Aseptiser le cours, pas de débat sur les aspects religieux?

Ce n’est pas la première fois que M. Pettigrew aseptise de la sorte le programme d’éthique et culture religieuse. Ainsi, mardi (entre 17 h 30 et 17 h 32), a-t-il dit qu’on ne discutait, qu’on ne débattait pas de religion, ce n’est pas tout à fait faux dans le sens que le programme ne prévoit pas l’analyse critique des récits ou des principes des différentes religions comme un sujet distinct d’analyse.

Mais, cela n’empêche pas la discussion et la confrontation de récits religieux en classe, voir le reportage de Radio-Canada fait à micro ouvert dans une classe d’ECR où les élèves comparent les récits de la Création, ni de discuter de « repères » (de valeurs) religieux, de les comparer, de les confronter et donc de les analyser : qu’elle est la place de la femme dans la société, le clonage est-il permis, l’avortement, tous les types de famille sont-ils bons, etc. ? Il existe des repères religieux en la matière et ils pourront être mis à mal lors d’une discussion sur ces sujets dans un débat où tout peut être mis en question (sauf ce qui nuirait aux finalités très vagues de bien commun et de « reconnaissance de l’autre »).

Il ne nous apparaît donc pas honnête de vouloir faire croire au tribunal que la discussion, pardon le dialogue, sur des sujets religieux, se limitera à savoir si un tel aspect du programme se discutera sous la forme d’une pièce de théâtre, d’une présentation PowerPoint, d’un récit, etc. (mardi 17 h 53)

Intriguant

Nous ne savons pas pourquoi les avocats de la défenderesse (Mme Lavallée) n’ont pas réagi à cette volonté évidente d’aseptiser, de rendre inoffensif et inodore le programme ECR, en parlant le plus possible du premier cycle du primaire, alors que le programme précise clairement le contraire de ce que laissait sous-entendre M. Pettigrew (pour l’athéisme voir ci-dessus, pour la discussion des « repères » religieux voir ci-dessous). Les avocats des requérants se réservent-ils la dénonciation de cette volonté de banalisation pour la plaidoirie ? Désirent-ils ne pas tant s’attaquer au contenu du programme, mais plutôt au droit administratif et au non-respect des Chartes, une fois la croyance sincère et non frivole de la demanderesse prouvée ?

Transcription du contre-interrogatoire de M. Pettigrew
mardi, 17 h 52 à 17 h 55

M. Pettigrew – Il y a une erreur qu’il faut éviter à tout prix, M. le juge, c’est de prendre le contenu ou des éléments du dialogue et de l’appliquer systématiquement à la culture religieuse ou à l’éthique.

Le dialogue ici [p. 332] vise à habileter [sic] l’élève à dialoguer avec ses copains, avec les gens qui l’entourent sur des sujets qui ne sont pas de sa croyance religieuse, on ne discute pas et on ne remet surtout pas en question la croyance ou les convictions du jeune.

Je peux dire, par exemple, que si je voulais donner un exemple de la pratique du dialogue, on pourrait dire, par exemple, si les enfants ont à illustrer le récit, pour prendre celui qu’on a utilisé tout à l’heure, le récit de la Nativité. Les enfants sont quatre, ils sont ensemble et ils doivent se demander comment on va illustrer à nos amis de la classe, comment on comprend ou comment ou quel est le récit de la Nativité. Alors, ils ont à entrer en dialogue, l’un va vouloir faire une pièce de théâtre, l’autre un dessin, un autre va vouloir faire une présentation PowerPoint de ce qui en est. Et ils devront être capables. En sixième année [à six ans ?], en première année, ils sont capables.

Le juge Dubois – Ils sont meilleurs que les adultes, quand on leur demande d’expliquer, ils n’expliquent pas.

M. Pettigrew – Vous connaissez les mêmes adultes que moi. C’est là que se situe le dialogue.
Extrait du programme d’ECR (primaire)
« Examiner quelques repères d’ordre culturel, moral, religieux, scientifique ou social

Premier cycle du primaire


Trouver quelques repères présents dans différents points de vue • En rechercher le rôle • Considérer d’autres repères (p. 341)

Troisième cycle du primaire

Trouver quelques repères présents dans différents points de vue • En rechercher le rôle et le sens • Considérer d’autres repères • Comparer le sens de certains repères dans différents contextes » (pp. 298 et 341). »
Primaire Culture religieuse — Attentes de fin de cycle pp. 301 à 303

1er cycle p. 301 :

« Il en repère dans son environnement et reconnaît ce qu’elles ont en commun et ce qui les distingue. Il peut faire des liens entre des écrits sacrés, des guides spirituels et leurs traditions. Il est capable d’établir quelques liens entre diverses expressions religieuses et des éléments de l’environnement social et culturel d’ici et d’ailleurs. Il nomme diverses façons de penser, d’être ou d’agir et des comportements appropriés à l’égard de la diversité.

Dans l'illustration p. 301 :

« Explorer diverses façons de penser, d’être ou d’agir à l’intérieur d’une même tradition religieuse ou entre plusieurs traditions religieuses Repérer des expressions du religieux dans son environnement • Les rattacher à des éléments de l’environnement social et culturel d’ici et d’ailleurs • Reconnaître leur influence
sur certains aspects de la vie en société • Dégager ce qu’elles ont en commun et ce qui les distingue »...
« Établir des liens entre des expressions du religieux et l’environnement social et culturel

Deuxième et troisième cycles du primaire

Repérer des expressions du religieux dans son environnement • Les rattacher à des éléments de l’environnement social et culturel d’ici et d’ailleurs • Reconnaître leur influence sur certains aspects de la vie en société • Dégager ce qu’elles ont en commun et ce qui les distingue • Faire un retour sur ses découvertes et ses réflexions (p.302) »

dimanche 17 mai 2009

L'ainé des enfants du procès de Drummondville tombe dans les pommes alors qu'on s'apprête à le contre-interroger

Nous avions décidé de ne pas en parler pour préserver l'intimité et la dignité de l'ainé des deux enfants Lavallée (son nom de famille n'est pas Lavallée). Depuis, on nous a dit que d'autres médias en ont parlé. Nous pensons aussi qu'il faut exposer ces faits pour faire apparaître le caractère scandaleux de ce procès qui, incidemment, coûte une véritable fortune à la famille Lavallée.

L'ainé des enfants Lavallée est en secondaire V, il a seize ans, c'est un grand et beau jeune homme de six pieds deux. Il devait être contre-interrogé lundi après sa mère. Il avait assisté aux attaques répétées des procureurs contre celle-ci. Ils questionnèrent ses motifs et mirent en doute sa sincérité de catholique croyante pendant plus d'une heure (10h53 à 12h01). Pendant ce temps, le jeune homme à quelques mètres de sa mère se passa fréquemment la main sur la nuque pour se masser le cou.

Vient son tour d'être appelé à la barre. Il se présente. Décline à la greffière son nom, son âge, son occupation. Me Bélisle lui demande ensuite sa date de naissance, histoire de le mettre en confiance. Pas de réponse. Il dit « Je suis un peu étourdi. » Il titube. Puis tombe à la renverse. Me Coté se précipite pour le retenir. Le jeune homme tombe allongé au pied de Me Jacob qui au lieu de lui prêter secours passe un dossier à la greffière et déclare à 12h03 : « J'ai l'original de l'interrogatoire de M. X, moi j'avais l'intention de me référer à cela as is. » Me Boucher pour sa part croise les bras, le menton relevé, son visage émacié arbore un petit rictus aux commissures des lèvres. La séance est levée. Les avocats se réunissent avec le juge. L'aîné des enfants Lavallée est excusé, il ne devra plus témoigner. On ne le reverra plus jusqu'à vendredi.

Il faut dire ici que cet évènement fait suite à deux interrogatoires de l'aîné Lavallée qui ont eu lieu avant le procès. Lors du second, le procureur affecté à la « question » a tellement pressé le jeune homme de questions intimes ou de détails que celui-ci est resté sans voix et a perdu tous ses moyens. Ajoutons à la décharge du jeune homme que sa mère avait pleuré peu avant, lors de son deuxième interrogatoire à elle.

La famille Lavallée nous a appris que leur garçon n'avait pas dormi la veille, n'avait pas mangé lundi matin, que depuis quelques mois ses notes à l'école ont connu un fléchissement certain.

Lors de son témoignage, quelques minutes auparavant, Mme Lavallée avait relaté le fait que, l'an passé, son fils avait suivi un cours d'éthique et de culture religieuse en secondaire IV et qu'il n'avait pas aimé les discussions autour de la sexualité, étant assez timide sur la question. Il était également revenu fâché et « mêlé » par les cas de conscience qu'on lui exposait. Il n'avait pas aimé non plus la confrontation à plusieurs dieux et il en avait ressenti un malaise.

Et le comble c'est qu'à l'issue de ces épreuves, du premier refus d'exemption, du refus renouvelé d'exemption après la demande de révision, après deux longs interrogatoires et le long contre-interrogatoire imposé à la mère, la commission scolaire et la Procureure générale disent maintenant que le cours d'ECR en secondaire V n'est pas obligatoire et que, d'ailleurs, on ne le donne même pas à l'école de ce jeune homme, on y donne plutôt un cours d'« éthique et valeurs humanistes » !

On aurait donc induit la mère et l'enfant en erreur pendant une année en ne leur signalant jamais ce fait et en indiquant sur le bulletin de leur enfant qu'il s'absentait bien du cours ECR !?