mardi 2 mars 2021

Splendide nouveau monde : trio homo parvient à faire inscrire trois pères sur certificat de naissance

Un trouple californien homosexuel est entré dans l’histoire en 2017 lorsqu’il est devenu la première famille de l’État à inscrire trois parents sur un certificat de naissance.

Leur parcours reproductif et leur bataille juridique pour devenir pères de Piper, maintenant âgé de 3 ans, sont détaillés dans « Trois papas et un bébé » (à paraître le 9 mars 2021 aux éditions Cleis Press), écrit par l’un de ses pères, le Dr Ian Jenkins.

Jenkins et ses partenaires, Jeremy Hodges et le Dr Alan Mayfield, ne considèrent pas « leur famille » — qui comprend désormais également leur fils, Parker, 1 an — comme inhabituelle.

« Le fait que Piper ait trois parents n’est tout simplement pas un problème. J’ai moi-même trois parents — ma mère, mon père et ma belle-mère — et personne n’y pense », écrit Jenkins dans le livre.

Jenkins a rencontré Mayfield, un psychiatre, alors qu’ils terminaient leurs résidences en médecine à Boston. Les deux étaient ensemble pendant huit ans lorsque Hodges, qui travaille dans un hôpital de zoo, est entré en scène.

Bien que leur relation avec Hodges ait commencé comme une amitié, les choses sont rapidement devenues sexuelles. Après cinq ans de couple à trois, le trio a commencé à discuter sérieusement de devenir parents lorsque des amies ont proposé de leur donner leurs embryons surnuméraires. Le groupe a détaillé son parcours reproductif et sa bataille juridique pour devenir les pères de Piper, maintenant âgé de 3 ans, dans un nouveau livre. Le groupe a détaillé son parcours reproductif et sa bataille juridique pour devenir pères de Piper, maintenant âgé de 3 ans, dans un nouveau livre. (Amazon le vend bien sûr contrairement à ces livres et films que le géant de la vente en ligne décide de bannir..)

Pour obtenir ce bébé, les trois hommes ont dépensé plus de 120 000 $ en frais juridiques, contrats, implantations et tests. « Les couples homosexuels ne deviennent pas parents par accident. C’est toujours un acte délibéré et compliqué », écrit Jenkins.

Ils ont d’abord dû trouver une mère porteuse. Heureusement, leur amie Delilah a proposé de porter leur enfant. Puis vinrent les avocats. Les embryons doivent être adoptés pour que chaque homme ait des droits parentaux égaux. C’était un cas rare : les troisièmes parents sont généralement ajoutés aux certificats de naissance après coup, pas au moment de la naissance.

Source : NY Post


Alliance des professeurs de Montréal a fait pression pour l'imposition du port du masque à l'école

Au retour de la semaine de relâche, les élèves de l’école primaire devront porter en tout temps le masque de procédure, y compris en classe, dans les établissements situés en zone rouge. Au moins un syndicat (l'Alliance des professeures et professeurs de Montréal) a fait pression sur le Ministère de l'Éducation pour prendre cette mesure décriée par de nombreux parents et des pédiatres.

Le Dr Jean-François Chicoine, pédiatre au CHU Sainte-Justine, se prononce sur cette nouvelle mesure imposée par le Gouvernement du Québec.

«Le masque est très désagréable, pour les adultes et les enfants. Évidemment, certains parents transposent leur anxiété à leurs enfants. Au-delà de 10 ans, les enfants fonctionnent à peu près comme les adultes. Une question légitime : que se passe-t-il avec un enfant de six ans qui porte un masque toute la journée? À cet âge, l’enfant n’est pas complètement régulé à propos de ses comportements et de ses émotions. La pensée logique commence seulement vers 7 ans. Je trouve que le port du masque obligatoire a été annoncé de façon débonnaire.»

 
Une pétition a été lancée contre cette imposition qui ne semble pas fondée sur des preuves (voir les juridictions qui n'imposent pas cette mesure et n'ont pas vu plus d'éclosions qu'ailleurs dans les écoles). Elle a rassemblé plus de 26.000 signataires.

Voir aussi 

Lettre ouverte à monsieur Francois Legault et monsieur Jean-François Roberge - Collectif-Parents Québec

En Italie, des parents ont réussi à faire annuler cette obligation. Extraits d'un article du Corriere del Veneto

Le décret ministériel ne doit plus imposer l'obligation de porter un masque à l'école pour les enfants et pré-adolescents de moins de 12 ans. C'est le Conseil d'État qui s'est exprimé sur l'appel présenté par deux parents de Bolzano [Nord-Est de l'Italie près de l'Autriche] contre la présidence du Conseil des ministres, le ministère de la Santé, le Intérieur et éducation, la province autonome de Bolzano et le directeur de l'école fréquentée par sa fille. Une fillette de 9 ans en parfaite santé qui, ces derniers mois, avait commencé à manifester inconfort et difficultés respiratoires liés à l'utilisation prolongée du masque porté en classe pendant de longues heures, comme l'exige l'arrêté du Président du Conseil des ministres du 3 novembre dernier. Les parents inquiets avaient emmené l'enfant chez un cardiologue et un pneumologue : à la suite d' examens spécifiques, tous deux avaient détecté des valeurs anormales et inquiétantes d'oxygénation, de tension artérielle et de fréquence cardiaque . Les valeurs qui avant de porter le dispositif de protection étaient tout à fait normales mais se sont fissurées de manière alarmante pendant la période d'utilisation du masque, pour revenir se stabiliser après l'avoir retiré.

 Aucun décès dû à une éclosion de Covid dans une école canadienne (Stats Canada au 30 janvier 2021)

Covid-19 : étude affirme que confinement et fermeture des commerces ont peu d'utilité une fois mesures plus douces prises  

Québec — Données inédites suggèrent fortement que les écoles ne sont pas un moteur de l’épidémie 

Covid — Floride se félicite d'avoir gardé les écoles ouvertes

Covid — Baisse de cas malgré les Fêtes et les vacanciers dans le Sud (plateau dès avant couvre-feu) 

Suède — l’effet des écoles restées ouvertes pendant la pandémie sur la santé sur les élèves et les enseignants

Bobard — Selon le Wall Street Journal la Suède abandonne son modèle et met désormais en place des restrictions obligatoires 

Covid-19 : baisse radicale des cas en Inde depuis plusieurs mois malgré levée des restrictions

Vague de suicides dans le Nevada force une ouverture partielle des écoles

Suède et Suisse — Enfants peu à risques et peu contagieux

Étude — la fermeture des écoles et universités causerait plus de décès, mais aplatirait les courbes

Déclaration de Great Barrington (13 600 médecins et experts) sur la Covid-19 — il existe une autre façon de faire (mettre fin au long supplice pour tous, il faut considérer l’ensemble des effets des politiques actuelles et pas uniquement les cas de la Covid-19)

Covid : la Suède impassible face à la deuxième vague  

COVID-19 — les gens « de gauche » plus à risque de développer de l’anxiété

Plus d’un jeune sur trois souffre d’anxiété ou de dépression

« Il y a une augmentation de l’anxiété [chez les jeunes] dans nos cabinets, on voit que le recours à la médication augmente. La toxicomanie bat des records et on ne parle pas de l’usage pathologique de l’Internet », a fait savoir lundi le Dr Jean-François Chicoine, pédiatre au CHU Sainte-Justine et porte-parole de l’Association des pédiatres du Québec. Or, selon celle-ci dernier, les jeunes sont devenus des cibles faciles pour rassurer la population, inquiétée par le discours gouvernemental sur la résurgence des infections.

Covid-19 — impact direct sur l’espérance de vie en France relativement bas (-0,2 an pour hommes, -0,1 an pour femmes)

Allemagne — pas de solutions uniques face au coronavirus pour la rentrée

New York reporte encore la rentrée en personne dans les écoles publiques

 

lundi 1 mars 2021

États-Unis — La loi sur l'« égalité » des démocrates exclut expressément toute objection religieuse

Le 25 février, la Chambre des représentants des États-Unis a adopté la HR5, la prétendue « loi sur l’égalité », pour modifier diverses dispositions de la loi sur les droits civils de 1964. Si ce projet de loi était adopté par le Sénat et promulgué par le président Biden, le projet de loi aurait d’incalculables conséquences plus particulièrement dans son attaque particulière contre les femmes (biologiques, il faut préciser de nos jours apparemment !) et les croyants des religions traditionnelles. Le projet de loi est expressément conçu pour imposer une idéologie sexuelle controversée au public américain et pour en interdire toute objection fondée sur la religion.

Le prologue du projet de loi affirme que son objectif est « d’interdire la discrimination fondée sur le sexe, l’identité de genre et l’orientation sexuelle, et à d’autres fins ». Mais comme le reste du projet de loi l’indique clairement, cela signifie interdire tout désaccord et proscrire les distinctions biologiques, c’est-à-dire qu’être femme ou homme n’est plus ancré dans la biologie, mais dans la perception de son « genre ». Les « autres fins » incluent la restriction du libre exercice de la religion. En outre, le projet de loi poursuivra la normalisation de l’avortement en tant que procédure médicale comme une autre et obligera les médecins et autres prestataires de soins de santé à participer à l’avortement malgré leurs objections morales.

Lire Monsieur Patate dans les patates et
Derrière l’attaque contre Monsieur Patate

Trois dispositions clés du projet de loi forment son ossature : la redéfinition du terme « sexe » pour nier la biologie ; l’élargissement du terme d’« hébergement public » pour inclure tout lieu où des personnes se rassemblent à l’extérieur d’une résidence privée ; et le déni explicite de la liberté religieuse et de la protection de la liberté religieuse.

La première disposition, la plus fondamentale, propose de modifier la loi sur les droits civils de 1964 en remplaçant le terme « sexe » par « sexe (y compris l’orientation sexuelle et l’identité de genre) ». Les lobbies LGBTQ+ tentent depuis de nombreuses années de persuader les tribunaux fédéraux de définir le sexe de cette façon. Ils ont remporté une victoire historique en 2020 dans la cause Bostock c. Clayton County, dans lequel la Cour suprême a jugé que le titre VII de la loi sur les droits civils de 1964 inclut l’identité de genre et l’orientation sexuelle dans sa définition du « sexe ». Cependant, même certains partisans de cette décision reconnaissent que l’opinion majoritaire du juge Gorsuch est fondée sur un sophisme et donc qu’elle est vulnérable dans de futures causes avec la structure actuelle de la Cour Suprême.

La HR5, s’il est adopté, mettrait fin à cette vulnérabilité. Ou peut-être pas. L’un des aspects les plus vexants de la loi de 64 est que, bien que son objectif était principalement d’interdire la discrimination fondée sur le sexe, le terme « sexe » n’y était pas défini. La HR5 définit désormais le sexe comme « y compris l’orientation sexuelle et l’identité de genre », il ne définit ni l’un ni l’autre. Dans l’idéologie LGBTQ+ dominante, « l’identité de genre » est « fluide ». Ainsi, on pourrait s’identifier comme étant un homme un jour et une femme le lendemain — ou selon la longueur de la queue devant les toilettes au stade, au théâtre ou à la fête paroissiale.

Car la HR5 élargit la définition de « hébergement public » de la loi de 64 pour inclure tout « lieu ou établissement qui propose des expositions, des divertissements, des loisirs, des exercices, des spectacles, des rassemblements publics ou des expositions publiques » ; et « tout établissement qui fournit un bien, un service ou un programme, y compris […] une banque alimentaire, centre de services ou de soins [ou] refuge. » Cette formulation signifie que les paroisses, les écoles paroissiales et autres institutions religieuses pourraient être poursuivies en vertu du projet de loi. En fait, il est difficile de concevoir un lieu ou un programme en dehors d’une résidence privée qui ne soit pas visée par cette définition.

C’est ainsi que tout événement sportif de l’organisation catholique de la jeunesse est un lieu de loisirs et d’exercice. Chaque crèche de Noël est une exposition publique. Chaque centre de conseil en matière de grossesse est un service ou un programme. Le refuge pour femmes et la banque alimentaire parrainés par le diocèse sont… un refuge et une banque alimentaire. Si une église, une mosquée, une synagogue — ou une école affiliée à une confession religieuse ou un centre de loisirs — offre l’un de ces programmes ou services, elles seront obligées de permettre aux hommes biologiques, par exemple, d’utiliser les toilettes pour femmes. Les équipes sportives seraient obligées d’autoriser les garçons à utiliser les vestiaires des filles. Les refuges pour femmes maltraitées et battues seraient obligés d’admettre des hommes qui se disent femmes à cet instant-là. Et bien sûr, les filles seraient obligées de concourir contre des garçons dans des événements sportifs. Le projet de loi nie expressément toute objection fondée sur la religion.

Les auteurs du projet de loi, reconnaissant qu’il s’agit d’une atteinte au libre exercice de la religion, nient explicitement l’application de la plus importante garantie statutaire du libre exercice de la religion, la Loi sur la restauration de la liberté religieuse (« RFRA ») de 1993. Le projet de loi prévoit spécifiquement que la RFRA « ne pourra servir de base pour contester ou se défendre d’une contestation en vertu de » la HR5. Cela signifie deux choses.

D’une part, si une personne, physique ou morale, veut poursuivre un organisme gouvernemental pour l’empêcher d’appliquer le projet de loi, il ne peut invoquer la RFRA comme base pour son action en justice. Pour ester en justice contre toute personne, il faut invoquer une loi ou un précepte de common law. Dans l’état actuel des choses, la RFRA fournit une telle base. Elle a été largement utilisée avec succès dans tout le pays pour protéger les églises, les écoles et autres institutions contre les lois par ailleurs généralement applicables qui les forceraient à violer leur pratique religieuse ou leur conscience. Avec la HR5, ce puissant bouclier contre l’intrusion du gouvernement dans la liberté religieuse serait supprimé.

D’autre part, si une église, une école ou toute autre résidence « d’hébergement public » est elle-même poursuivie par un individu ou le gouvernement fédéral pour avoir enfreint la HR5, elle ne pourra pas utiliser la RFRA comme moyen de défense lors du procès. Le but même de la RFRA est de protéger le libre exercice de la religion des lois généralement applicables qui pèsent indûment sur la liberté religieuse. Sans invalider les lois, la RFRA est utilisée pour en obtenir des dérogations. La loi sur l’égalité supprimera cette défense, laissant les églises, temples et pratiquement toute autre institution sans défense contre l’imposition d’une idéologie progressiste radicale.

La loi sur l’égalité est l’imposition législative sans compromis d’une idéologie sociale radicale. Il s’agit d’une agression contre le libre exercice de la religion. Tel est son but, et si HR5 devient loi, ce sera son effet.

Voir aussi

Biden signe décret qui permet aux étudiants nés hommes de concourir chez les femmes s’ils se sentent femmes

The Equality Act: Anti-Woman, Anti-Catholic (Crisis)

La vérité sur la Loi sur l’égalité (en anglais, de la conférence des évêques catholiques des États-Unis) 

Cabinet de Joe Biden regorge de catholiques en rupture avec l'enseignement catholique sur des questions fondamentales 

Dénormaliser l'hétérosexualité et la famille tradi : petits pas, cliquets et gros mensonges (texte + vidéo)

 

dimanche 28 février 2021

États-Unis — Suppression de classes « avancées » au nom de l’« équité » (trop de blancs et d’asiatiques y sont inscrits)

Un programme sélectif destiné aux élèves de quatrième (9-10 ans), cinquième et sixième années du primaire très performants de Boston a suspendu les inscriptions en raison de la pandémie et de préoccupations concernant l’équité du programme, a appris GBH News1.

La surintendante Brenda Cassellius a recommandé la suspension du programme pendant un an, connu sous le nom d’Advanced Work Classes, en disant que le district ne reconduirait pas le programme pour les nouveaux élèves l’année prochaine.

« Il y a eu beaucoup d’inégalités qui ont été mises en lumière lors de la pandémie et auxquelles nous devons faire face », a déclaré Mme Cassellius à GBH News. « Il y a beaucoup de travail à faire dans le district pour être antiracistes et avoir des politiques où tous nos étudiants ont une chance d’avoir une éducation équitable et excellente ».

Les nouveaux élèves seront admis en quatrième année selon des normes à déterminer au niveau de l’école, selon un porte-parole du BPS.

Il n’y aura pas de nouveaux élèves admis en cinquième ou sixième année, a déclaré le porte-parole, mais ceux qui sont déjà en classes avancées seront autorisés à poursuivre.

Une analyse du programme au niveau du district a révélé que plus de 70 % des élèves inscrits au programme étaient blancs et asiatiques, alors que près de 80 % de tous les élèves des écoles publiques de Boston sont hispaniques et noirs. 

Lorna Rivera, membre du comité scolaire, a déclaré lors d’une réunion en janvier qu’elle était gênée par ces résultats, notant que près de 60 % des élèves de quatrième année du programme avancé de l’école Ohrenberger à West Roxbury sont blancs, même si la plupart des élèves de troisième année inscrits à l’école sont noirs et hispaniques. « Ce n’est tout simplement pas acceptable », a déclaré Mme Rivera lors d’une récente réunion du comité scolaire. « Je n’avais jamais entendu ces statistiques auparavant, et elles me perturbent beaucoup ». Le programme était ouvert à tous les élèves des écoles publiques de Boston qui avaient passé un test connu sous le nom de Terra Nova en troisième année et avaient obtenu une note élevée. Les étudiants du programme avancé ont la possibilité d’étudier des sujets plus en profondeur et se voient offrir plus de travail scolaire que ne l’exige le programme traditionnel. 

Équité des résultats plutôt qu’égalité de traitement

L’administration Biden a déclaré que « l’équité » — entendre l’égalité des résultats et non des chances est la pierre angulaire de ses politiques étrangères et nationales.  

Le mercredi 3 février 2021, le ministère de la Justice américain a abandonné son action en justice contre l’Université de Yale pour sa politique d’admission discriminatoire fondée sur la race. Sous l’ancien procureur général Bill Barr, la justice avait déclaré que cette discrimination raciale de Yale (qui discrimine en pratique contre les bons étudiants asiatiques et blancs à cause de leur race) violait la loi de 1964 sur les droits civils. Le ministère a agi avant même que le Sénat n’ait confirmé un nouveau procureur général ou chef de la Division des droits civils désigné par le président démocrate Biden. 

« Je suis totalement choqué par la décision hâtive du Ministère de la Justice de Biden d’abandonner le procès contre Yale, huit jours seulement après que le président Biden a signé un décret prétendant lutter contre la discrimination anti-asiatique », a déclaré le président de la Coalition asiatique américaine pour l’éducation, Yukong Zhao.

Les Étudiants pour des admissions justes, qui ont perdu leur procès contre Harvard devant la Cour d’appel du premier circuit en novembre, ont toujours affirmé que la Cour suprême est le tribunal qui avait le plus de chance de leur accorder une victoire dans sa lutte contre les politiques d’admission discriminatoires basées sur la race. En attendant, le groupe a déclaré qu’il intentera sa propre action contre Yale puisque le Ministère de la Justice, désormais aux ordres des démocrates, avait abandonné sa poursuite. 

Au cours des deux dernières années, les électeurs de deux des États américains parmi les plus libéraux — celui de Washington et la Californie — ont voté contre des référendums (initiatives) qui auraient abrogé les interdictions de discrimination raciale. Une enquête Pew de 2019 a révélé que 73 % des Américains pensent que la race ne devrait pas être un facteur d’admission à l’université. 



1 WGBH est une station de télévision non commerciale éducative américaine basée à Boston, dans le Massachusetts. Elle est membre du réseau Public Broadcasting Service (PBS) et produit plus des deux tiers des programmes nationaux de PBS diffusés en première partie de soirée. Elle est diffusée par Bell au Québec sur les canaux 284 (SD) et 1204 (HD).

Voir aussi 

États-Unis — district scolaire exclut élèves asiatiques des personnes de couleur et les classe avec les Blancs

États-Unis — Pas de réduction de l’écart scolaire en maths et lecture entre les groupes ethniques 

Ministère de la Justice accuse Yale de discrimination raciale contre blancs et asiatiques (14 août 2020)

Pourquoi la culture, et non l’économie, détermine la politique américaine

Qui étaient les émeutiers du Capitole ?

Le Washington Post a analysé les finances des émeutiers du 6 janvier à Washington. 

Près de 60 % des personnes poursuivis par la justice dans le cadre de cette émeute avaient ou avaient eu de graves problèmes financiers, notamment des dettes écrasantes, étaient menacés de saisie, d’expulsions et avaient des impôts impayés. Ils étaient en moyenne environ deux fois plus susceptibles que l’Américain moyen d’avoir déclaré faillite. Vingt-cinq pour cent avaient été poursuivis à un moment donné par des créanciers. Un cinquième avait risqué de voir leur maison saisie par la banque pour dette impayée. 

Une manifestante de San Diego, une ancienne militaire du nom d’Ashli Babbitt, s’est retrouvée si profondément endettée en essayant de maintenir sa petite entreprise à flot qu’elle a contracté un prêt de soixante-cinq mille dollars à un taux d’intérêt de 169 %.

En fin de compte, elle n’a pas eu à rembourser ce prêt usuraire, un agent de police de Capitol Hill, dont l’identité est toujours tenue secret, a tiré sur Ashli Babbitt dans la gorge ce jour-là et l’a tuée sur place alors qu’elle n’avait aucune arme et ne menaçait personne. Les médias, comme le Guardian, ont accusé Ashli Babbitt d’être une complotiste, une adepte de QAnon, organisation censément suprémaciste blanche même si elle est dirigée par un noir d’extraction cubaine. Il n’y a aucune preuve qu’elle était raciste ou suprémaciste. Il y a beaucoup de preuves qu’Ashli Babbitt était une Américaine fort imprudente et en colère. Pourquoi était-elle en colère ? Parce qu’elle se sentait être une laissée pour compte de l’économie américaine. Elle se disait dégoûtée par la corruption des institutions amércaines les plus puissantes.

Extraits de l’article du Washington Post

Une majorité des personnes arrêtées pour participation à l’émeute du Capitole avaient des antécédents de problèmes financiers. Une série de faillites, de problèmes fiscaux et de créances irrécouvrables soulève des questions pour les chercheurs qui tentent de comprendre les motivations des émeutiers.

Jenna Ryan semblait être une participante improbable dans la foule qui a pris d’assaut le Capitole des États-Unis le 6 janvier. Elle était agente immobilière au Texas. Elle s’est envolée pour Washington en jet privé. Et elle était habillée ce jour-là avec des vêtements mieux adaptés pour une fête d’après-ski qu’une émeute.

Pourtant, Jenna Ryan, 50 ans, est accusée de s’être précipitée dans le Capitole devant des vitres brisées et alors que des alarmes de sécurité retentissaient et, selon les procureurs fédéraux, d’avoir crié : « Luttez pour la liberté ! Battez-vous pour la liberté ! »

Mais d’une autre façon, elle s’intégrait parfaitement.

Malgré ses signes extérieurs de succès, Mme Ryan connaissait des difficultés financières depuis des années. Elle remboursait toujours une amende de 37 000 $ pour impôts fédéraux impayés lorsqu’elle a été arrêtée. Elle avait failli voir sa maison saisie avant cela. Elle a déposé son bilan en 2012. Le fisc l’avait également mis à l’amende en 2010.

Près de 60 % des personnes faisant face à des accusations liées à l’émeute du Capitole avaient eu des problèmes financiers par le passé, y compris des faillites, des avis d’expulsion ou de saisie, des créances irrécouvrables ou des impôts impayés au cours des deux dernières décennies, selon une analyse des archives publiques effectuée par le Washington Post pour les 125 prévenus pour lesquels on dispose d’antécédents financiers suffisamment détaillés. [Plus de 200 personnes ont été arrêtées. A-t-on plus d’antécédents financiers sur ces 125 parce que, justement, ils avaient eu des ennuis avec le fisc ou la justice et étaient donc dans le système ?]

Le taux de faillite du groupe — 18 % — était près de deux fois plus élevé que celui de la population américaine, a constaté le Washington Post. Un quart d’entre eux avaient été poursuivis par un créancier. Et 1 sur 5 d’entre eux risquait de perdre leur maison à un moment donné, selon les documents judiciaires.

Les problèmes financiers sont révélateurs, car ils offrent des indices potentiels pour comprendre pourquoi tant de partisans de Trump — beaucoup avec des carrières professionnelles et peu avec des antécédents criminels violents — étaient prêts à participer à une émeute encouragée [selon le Washington Post, très anti-Trump] par la rhétorique du président […]

À la lecture des informations du Washington Post, Cynthia Miller-Idriss, professeur de sciences politiques qui aide à diriger le laboratoire d’innovation de recherche sur la polarisation et l’extrémisme à l’American University a déclaré : « Je pense que ce que vous trouvez est plus qu’une simple insécurité économique, mais un profond sentiment de précarité au sujet de leur situation personnelle ». « Et cette précarité — jointe à un sentiment de trahison ou de colère de se voir dépossédé — a mobilisé beaucoup de gens ce jour-là. »

Les erreurs financières des émeutiers accusés allaient de petites dettes de quelques milliers de dollars il y a plus de dix ans à des impôts impayés de 400 000 dollars et des maisons menacées de saisie ces dernières années. Certaines de ces personnes semblaient avoir retrouvé leur assise financière. Mais beaucoup d’entre elles ont autrefois été près du gouffre.

[…]

Les pauvres et les peu-instruits ne sont pas plus susceptibles de rejoindre des mouvements extrémistes, selon les experts. Il y a quelques années, deux professeurs ont trouvé le contraire dans le cas des radicaux islamistes : un nombre étonnamment élevé d’ingénieurs en faisait partie.

Dans l’attaque du Capitole, les propriétaires d’entreprise et les cols blancs représentaient 40 % des personnes accusées d’avoir participé [à l’émeute], selon une étude du Chicago Project on Security and Threats de l’Université de Chicago. Seuls 9 pour cent semblaient être au chômage. […]

 

Voir aussi

Intox radio-canadienne — l’« assaut du Capitole » et le policier « frappé à coups d’extincteur »

« La blanchité multiraciale » : comment les wokes expliquent que des non-blancs votent pour Trump

Analyse du désarroi des classes moyennes blanches aux États-Unis

Les agriculteurs et restaurateurs blancs ne bénéficieront pas du projet d’aides contre les effets de la Covid (HR 1319, approuvé par la Chambre des députés américains, samedi 27 février 2021 à 219 voix contre 212).

L’article 1005 du projet de loi offre aux propriétaires d’exploitations agricoles “socialement défavorisés” une remise totale de dettes pouvant atteindre des centaines de milliers de dollars par agriculteur. Mais les hommes blancs n’auront pas à faire une demande. La définition de “socialement défavorisé” donnée par le projet de loi, tirée d’un autre texte de la loi fédérale, limite l’aide aux groupes raciaux qui ont été victimes de discrimination par le passé.

De même, la discrimination touche l’aide apportée aux restaurants par le projet de loi. Il accorde aux propriétaires de restaurants jusqu’à 5 millions de dollars par établissement pour compenser les pertes causées par les fermetures. 

Mais il y a un hic : seuls les femmes, les anciens militaires et les propriétaires de restaurants “socialement et économiquement défavorisés dans la société” (encore une fois, selon la définition raciale figurant dans la loi fédérale) peuvent faire une demande pendant les trois premières semaines du programme. La plupart des hommes blancs vont au bas de la pile, même si leurs besoins d’aide étaient plus pressants.

Espérance de vie baisse chez les hommes en Ontario, en Colombie-Britannique et chez les blancs aux États-Unis

Suicide : déclin mondial mais augmentation chez les blancs américains 

 

Analyse du désarroi des classes moyennes blanches aux États-Unis

La traduction du succès de librairie d’Anne Case et Angus Deaton, Morts de désespoir, arrive tardivement en France. Leur analyse du désarroi des classes moyennes blanches aux États-Unis reste cependant d’actualité. Recension par Charles Jaigu.

C’est peut-être parce qu’Angus Deaton est un enfant de la méritocratie, le fils d’une famille écossaise modeste, qu’il est si attentif aux pannes spectaculaires de l’ascenseur social dans son pays d’adoption. Il a reçu le Nobel d’économie en 2015, au moment où il publiait avec Anne Case, son épouse, elle aussi économiste à l’université de Princeton, une étude troublante sur la baisse de l’espérance de vie aux États-Unis, pour la première fois depuis plus d’un siècle. [Cette baisse de l’espérance de vie aux États-Unis s’est prolongée pendant les six premiers mois de 2020, sans que cela soit soit le seul fait de la Covid qui n’a eu un effet notable qu’à partir de mars 2020. Dans la première moitié de 2020, l’espérance de vie à la naissance pour la population américaine était de 77,8 ans par rapport à 78,8 ans en 2019 et à 78,9 ans en 2014. L’espérance de vie à la naissance pour les hommes était de 75,1 ans au premier semestre 2020, représentant une baisse de 1,2 an, par rapport à 76,3 ans en 2019. L’espérance de vie s’établit désormais à 78,0 ans pour les blancs (non hispaniques), 79,9 ans pour les Hispaniques (oui, supérieur aux blancs) et 72,0 ans pour les noirs.] 

À ce premier constat s’ajoutait un autre, encore plus déroutant. La hausse des morts concernait les Blancs n’ayant pas fait d’études supérieures.

Les primeurs de ce livre sont aujourd’hui éventées. Les deux indicateurs de la crise du modèle américain sont devenus un cliché connu de tous. Mais l’enquête conserve un intérêt, au moment où « les minorités visibles » s’affirment aux États-Unis avec de plus en plus de radicalité. La majorité invisible, blanche, puisqu’il faut lui donner une couleur par défaut, continue de glisser dans la dépression. Deaton souligne que la perte de la position dominante des Blancs vis-à-vis des minorités explique en partie leur sentiment de dépossession. Mais cette raison s’ajoute à tant d’autres, qui sont mises bout à bout et dressent le tableau d’un phénomène strictement américain de multiplication des « morts par désespoir » chez les Blancs peu éduqués.

Car c’est en Amérique que les classes moyennes et ouvrières se sont laissé engloutir dans un cycle de suicides, d’alcoolisme, de toxicomanie aux drogues et aux opioïdes. On le sait, ce malaise a débouché sur l’élection de Donald Trump. Ce dernier n’avait pas hésité à brandir l’étude de Deaton et Case pendant la présidentielle de 2016. Le couple avait fait savoir qu’ils n’approuvaient pas le protectionnisme bravache du futur président américain. Deaton nous le redit lors d’un échange de courrier électronique : « Le protectionnisme ne permet pas de recréer le vieux monde des emplois de qualité, c’est une solution populiste classique qui détruit l’objectif qu’elle s’est fixé. »

Dans un livre précédent, La Grande Évasion, Deaton louait l’instinct de survie qui a permis à l’humanité d’inventer le capitalisme pour s’évader d’une « prison » faite de misère et de vies trop brèves. Ce livre en est l’antithèse. Après la lumière, il décrit les ombres au tableau. Il est vrai que, depuis 1989, le capitalisme est seul face à lui-même. Il est plus difficile de bien se tenir quand on n’a pas face à soi un adversaire qui vous défie. L’Amérique des trente dernières années a concentré tous les excès d’une progressive déréglementation, notamment de l’éducation, de la santé, de l’énergie, mais aussi des impôts.

Deaton et Case montrent qu’il y a désormais une muraille de Chine entre les détenteurs d’un diplôme universitaires (soit 33 % des plus de 25 ans), qui raflent les augmentations de salaire et le prestige social, et ceux qui n’ont pas eu accès aux études supérieures : « Les gagnants sont encouragés à considérer leur réussite comme leur propre fait, comme la mesure de leurs mérites, et à mépriser ceux qui ont eu moins de chance », nous écrit-il. Finalement, « plus personne ne parle pour les humbles. » Cela rappelle bien des débats depuis les « gilets jaunes », mais l’état des lieux de la classe moyenne américaine blanche est sans commune mesure avec celui des autres pays développés. C’est une véritable marche funèbre : « Il n’y a qu’aux États-Unis que l’on constate l’augmentation du nombre de ces morts par désespoir ; les systèmes européens, même s’ils sont très chers, évitent cela. »

L’urgence n’est pas l’impôt, mais le droit, les règles, et le retour des régulateurs

Résumons : perte du statut de l’homme blanc, écrasement des salaires, évanouissement des églises et des syndicats. Trop de ressorts se sont cassés au pays des opportunités pour tous. C’est pourquoi les auteurs refusent d’accuser la mondialisation. Pour eux, la cause du mal est l’effondrement des institutions régulatrices qui ont laissé régner les lobbys prédateurs. Ce livre est un réquisitoire en règle contre les passe-droits d’une méritocratie devenue cynique et arrogante. « Wall Street » est allé trop loin par rapport à « Main Street ». « Nous dénonçons la recherche de rentes et la légalisation du vol par des entreprises ou des particuliers qui obtiennent des avantages réglementaires exorbitants au préjudice du plus grand nombre. Les compagnies pharmaceutiques ont tous les droits, notamment de commercialiser des médicaments qui tuent », résume Deaton.

Car l’une des raisons de cet abandon de la promesse d’une prospérité partagée est le Far West médical qui s’est développé au pays qui jadis cultivait comme les autres le « welfare state ». C’est la thèse centrale du livre : le système de santé américain marche sur la tête. « Les systèmes de santé sont en difficulté partout, et la surconsommation des soins que l’on voit en France à cause de l’accès gratuit est un problème, mais les Américains ont le pire de tous », nous répond-il, « la France dépense 11,3 % de son PIB, et les États-Unis 18 %, et elle obtient de bien meilleurs résultats. » L’OCDE a en effet depuis longtemps classé le système de santé américain « parmi les moins performants ». Il n’empêche pas la baisse de l’espérance de vie depuis 2014. La pandémie ne fait que révéler ces dysfonctionnements dramatiques.

Que cela ne soit pas une cause d’autosatisfaction en France. La gestion de la pandémie a beaucoup laissé à désirer, alors que la part du PIB consacrée à la santé est la plus élevée d’Europe. Déjà, certains demandent plus d’impôts et plus de dépense publique pour « sauver l’hôpital ». Il ne faut jamais rater une occasion de dénoncer cette obsession française pour la redistribution punitive. Mais le cas américain est à l’autre bout du spectre. La hausse des impôts des plus riches aux États-Unis aurait certainement un sens. Pourtant les auteurs n’en font pas une priorité : « Nous ne pensons pas que la fiscalité soit la
solution contre ceux qui abusent ; le moyen d’arrêter les voleurs est de les empêcher de voler, et non d’augmenter leurs impôts »,
écrivent-ils. Autrement dit, l’urgence n’est pas l’impôt, mais le droit, les règles, et le retour des régulateurs. Ce point avait pourtant été compris par tous après la crise de 2008. Mais la leçon a été très vite oubliée aux États-Unis, chez les banquiers, dans la « Big Tech », ou la « Big Pharma ». Les lois antitrust doivent être réinventées aux États-Unis. « Il y a des abus, soit dans les domaines où les marchés sont inefficients, comme la santé, soit dans le domaine des techniques numériques, où le statu quo engendre des positions dominantes qui posent un problème de fond. La pression est très forte aux États-Unis, et des changements vont intervenir, même si personne n’en connaît encore les modalités », conclut Deaton.

Morts de désespoir,
par Anne Case et Angus Deaton,
publié le 24 février 2021,
aux Presses universitaires de France,
à Paris,
396 pp.
ISBN-10 : 2 130 827 357

 

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samedi 27 février 2021

Histoire du Canada français — La Chambre et le gouverneur (1791-1840)


« La bagnole, instrument de souveraineté »

Recension par Éric Zemmour du livre
Prendre la route de l’Américain Matthew Crawford. Un bel éloge de la voiture par un auteur original et un philosophe qui se méfie autant des leçons de morale des progressistes que de l’impérialisme des GAFAM.

C’est une photo publiée par le New York Times de janvier 2019 qui n’a pas retenu l’attention des médias français : un vélo brûlé par des « gilets jaunes ». Un vélo comme symbole d’un mode de vie, celui des métropoles, et de leurs habitants, « vaste troupeau de moralistes arrogants à bicyclette ou en scooters électriques et de fondamentalistes anti-carbone ». Le vélo comme l’anti-bagnole. Le vélo comme l’ennemi du peuple.

Tout le monde se souvient que la révolte des « gilets jaunes » est partie d’une protestation contre une nouvelle taxe sur l’essence et la réduction de la vitesse autorisée sur les routes nationales et départementales. À la même époque, les automobilistes allemands endossaient un gilet jaune pour dénoncer un projet de limitation de vitesse sur les autoroutes ; et quelques années auparavant, la révolte des chauffeurs de taxis londoniens contre Uber avait été un déclencheur non négligeable de la campagne du Brexit.

« Beaufs » populistes

La concomitance de ces événements n’a pas échappé à Matthew Crawford. Notre auteur est un original. Enseignant la philosophie à l’université de Virginie, il tient aussi un atelier de réparation de motos. Dans un précédent ouvrage, Éloge du carburateur, il avait marié avec art ses deux passions. Il récidive dans son dernier livre avec l’automobile. Il y mélange de manière explosive (comme le moteur !) des récits de courses dans le désert, des expériences de laboratoire autour de rats conducteurs, ou son inlassable travail de réhabilitation d’une Coccinelle rouge de 1975 sans cesse menacée par la rouille, à des réflexions philosophiques sur la liberté et la responsabilité, et l’histoire de l’automobile. Il y a dans ce livre un côté Gran Torino, ce superbe film dans lequel Clint Eastwood campait un ancien combattant de la guerre de Corée amoureux de sa belle américaine, seule tâche de beauté et de luxe dans un univers urbain en déréliction.

Ne nous y trompons pas : derrière une apparence loufoque et fantaisiste, et son humour très anglo-saxon, le propos de notre auteur est éminemment politique. Que nous dit-il ? Que la conduite automobile est le symbole de la liberté et de la responsabilité individuelle. Que les amoureux de la bagnole ne sont pas des « déplorables », comme dit Hillary Clinton, des « beaufs » populistes, comme pensent les élites progressistes françaises. Que le développement passé de l’automobile n’a pas été le produit de l’anarchisme individualiste, comme le prétendent les écolos, mais le résultat d’une programmation d’un État planificateur et progressiste. Que le coût des voitures a quasiment doublé entre 1977 et 2016. Que le plaisir de conduire a, dans le même temps, décliné au même rythme. Qu’« à partir des années 1990, les voitures sont devenues de plus en plus ennuyeuses à conduire (…) voitures de plus en plus lourdes avec pour objectif une isolation maximale par rapport à la route qui élimine tous les mécanismes de transmission tangibles ». Que « le plaisir de conduire, c’est le plaisir de faire quelque chose ; de sentir toutes nos facultés activement engagées dans un réel qui nous résiste ». Que la voiture d’aujourd’hui est truffée d’électronique et de sécurités ; qu’elle n’est plus du tout l’appendice de notre corps, à la manière d’un outil, mais un objet extérieur, étranger, comme un jeu vidéo. Que nous conduisons de plus en plus mal, car nous sommes de plus en plus distraits ; que « nous sommes tellement distraits au volant parce que nous conduisons déjà comme si nos voitures étaient autonomes » ; que « les accidents d’avion viennent de plus en plus de la confiance excessive des pilotes dans les systèmes automatisés ».

Voiture sans chauffeur

Crawford retourne nos préjugés avec maestria. Il oppose l’ordre américain au désordre italien, et chante le génie des automobilistes transalpins qui n’ont pas plus d’accidents par une transgression intelligente des règles. Il vante en même temps l’absence de limitation de vitesse sur les autoroutes allemandes, qui repose sur la grande confiance que les automobilistes germaniques éprouvent l’un envers l’autre.

Crawford n’est dupe de rien. Il a bien compris que les déclarations vertueuses des gouvernants sur la « sécurité au volant » ne sont pas exemptes d’arrière-pensées fiscales. Il le démontre avec des exemples très simples, comme le temps des feux orange réduit artificiellement, ou les radars installés dans des carrefours où les accidents sont rares. Pas étonnant, note-t-il, que les « gilets jaunes » aient détruit près de 60 % des radars français !

Crawford s’assume en nostalgique d’un monde qui disparaît. Il pointe le « dégoût de soi des hommes (surtout les hommes) au sein d’une société bourgeoise d’où la menace de danger physique a été presque entièrement extirpée ».

Mais il nous prévient sans ambages : ce monde ultra-sécurisé qui arrive tourne autour de la voiture sans chauffeur. Truffée d’électronique, elle sera l’instrument de notre colonisation par les Gafa. Il nous raconte comment le système de Street View, qui rend tant de services à tous ceux qui sont dépourvus de sens de l’orientation, a permis aussi à Google de rafler d’innombrables données personnelles des habitants des villes qu’elle cartographiait, en utilisant sans vergogne le Wi-Fi sur les réseaux privés, quand ses caméras passaient lentement autour des maisons. Crawford nous rappelle que le propre des empires est de vouloir connaître et accéder au plus près des territoires qu’ils dominent. La destruction du Paris moyenâgeux par Haussmann avait d’abord pour but d’assécher la veine révolutionnaire de la capitale française. Ce projet impérial est désormais porté non par les États, mais par les Gafa.

Sous son air d’intello loufoque, Crawford a choisi son camp. Il a vu la face noire du projet progressiste. Il a pris le parti de ceux qui sont sans cesse dénigrés et ostracisés. Il leur rend leur noblesse et retourne avec élégance les stigmates de leur condamnation. Il remet la souveraineté au cœur du projet démocratique, souveraineté individuelle au volant de sa voiture, comme souveraineté nationale. La rationalité et l’idéal des Lumières ne sont pas forcément du côté de ceux qui en parlent le plus. On a trouvé en Crawford, un lointain héritier de George Orwell et de sa fameuse « décence commune ».

Prendre la route,
par Matthew B. Crawford,
publié aux éditions de la découverte,
à Paris,
le 4 mars 2021, 356 pp.
ISBN-10 : 2 707 198 803


vendredi 26 février 2021

France — pour le bac 2021, seules les écoles libres vont plancher


Les élèves des écoles libres (hors contrat avec l'État, sans subventions) ne sont pas dispensés des épreuves de terminale, comme c’est le cas pour ceux des lycées sous contrat.

Ces élèves fréquentent quelque 700 structures hors contrat, réparties équitablement en trois grandes catégories : les établissements confessionnels — essentiellement catholiques —, les établissements laïcs et ceux qui proposent des pédagogies dites « alternatives ».

La « guerre scolaire » est-elle déclarée ? Derrière cette expression, le conflit historique entre l’école publique laïque et les écoles privées, reconnues par la loi Debré de 1959, qu’elles soient « sous contrat » (leur programme doit être conforme aux normes de l’Éducation nationale en échange d’une rémunération de leurs enseignants par l’État) ou « hors contrat » (libres du contenu de leurs enseignements). Pour les partisans de l’« école libre », ces dernières seraient clairement dans le collimateur du ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer.

« Nous avons le sentiment d’être traités comme des parias », résume Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école, qui soutient le développement d’écoles hors contrat. En cause, la décision du ministre de maintenir les épreuves terminales de spécialités du bac 2021 pour les élèves du hors contrat, là où ceux des lycées publics et privés sous contrat en sont dispensés. Crise sanitaire oblige, ces derniers seront évalués sur la base des notes obtenues au cours de l’année dans les deux spécialités qu’ils ont choisies. « Lorsque le ministre a annoncé, en janvier, l’annulation des épreuves, il a évoqué la nécessaire “sérénité” des lycéens. Pourquoi nos élèves ne font-ils pas l’objet de la même délicate attention ? Ils devraient donc être les seuls à passer ces épreuves dans de gros centres d’examen ? » interroge Anne Coffinier, qui dénonce « une rupture d’égalité ». « Il y aura donc deux bacs, un privé et un public », poursuit-elle, évoquant d’un côté des épreuves terminales, de l’autre des notes de contrôle continu, qui « seront sans doute remontées, dans les lycées qui notent sec, comme ce fut le cas en 2020 ». Elle prévoit d’ores et déjà de saisir la justice, via un référé suspension, quand la décision ministérielle sera officielle.

Nous avons le sentiment d’être traités comme des parias

Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école

Du côté du ministère, on rappelle que dans les écoles hors contrat, les programmes sont « très libres » et que les professeurs ne sont pas inspectés. « Le ministère n’a donc aucun moyen de certifier du niveau effectif des élèves. C’est la raison pour laquelle, il faut une évaluation terminale. » 
 
[Note du carnet : cela nous paraît un prétexte à moitié convaincant, car la notation des établissements sous contrats est extrêmement variable : un 14/20 à Henri IV école de prestige vaut nettement plus qu’un 14/20 dans une « banlieue difficile ». Rien ne garantit que les deux écoles aient vu dans le même détail et avec la même rigueur le programme prescrit non plus. En outre en terminale, les écoles hors contrat ont tendance à coller d’assez prêt au programme officiel (c’est moins le cas dans les années précédentes) précisément pour préparer au bac.]  
 
On précise par ailleurs que les élèves concernés passeront les épreuves dans des « conditions sanitaires strictes », qu’ils auront deux sujets au choix au lieu d’un et seront évalués sur les deux tiers du programme.

3000 à 4000 élèves

Qui sont ces élèves ? Ils fréquentent quelque 700 structures hors contrat, réparties équitablement en trois grandes catégories : les établissements confessionnels — essentiellement catholiques —, les établissements laïcs et ceux qui proposent des pédagogies dites « alternatives ». Du lycée Saint Pie X à Saint-Cloud, qui a vu sur ses bancs Marion Maréchal-Le Pen, à l’établissement juif Beth Myriam de Marseille, en passant par les cours Fides, à Paris, où se croisent enfants d’artistes et d’ambassadeurs, la galaxie du hors contrat est un monde disparate. Elle compte aussi des structures qui se sont fait une spécialité de l’accueil des précoces, sportifs de haut niveau et artistes, ces profils qui ne trouvent pas leur place dans l’Éducation nationale… À condition d’y mettre le prix, de 400 à 1 300 euros par mois.

Ces élèves seront 3 000 à 4 000 à passer le bac cette année, sur 550 000 candidats au total. Une goutte d’eau ? Pas certain. Car ces écoles peuvent activer de puissants réseaux. Et, en toile de fond, revient régulièrement l’ombre de la guerre scolaire. « Que ce soit le Covid ou le projet de loi confortant les principes républicains (qui permettra de fermer plus rapidement des structures déviantes, NDLR), tout est bon pour taper sur le hors contrat et faire entrer tout le monde le cadre », estime Anne Coffinier.

« Blanquer m’a clairement dit qu’il ne voulait pas avoir les syndicats sur le dos », raconte Philippe de Villiers, le créateur du Puy du Fou, qui a lancé en 2015 une école privée hors contrat. « Les lycées hors contrat dérangent, d’autant plus qu’ils sont en concurrence directe avec le public pour l’accès aux grandes écoles », ajoute-t-il. Représenté par l’avocat Gilles-William Goldnadel, le Vendéen annonce qu’il va attaquer le gouvernement devant la Cour de justice de la République, pour « mise en danger de la vie d’autrui ».

Source : Le Figaro

Oui, la loi 101 est un échec

Ce texte de Frédric Lacroix est une réplique au billet La loi 101 n’est pas un échec du chroniqueur Jean-Benoît Nadeau du magazine L’Actualité.


J’ai lu avec étonnement la recension que Jean-Benoît Nadeau a faite de mon essai, recension intitulée « La loi 101 n’est pas un échec ». Le titre de mon essai est « Pourquoi la loi 101 est un échec ». Le « pourquoi » est important ; mon livre se veut une démonstration de la mécanique qui a mené à l’échec de la Charte de la langue française. Mais dans son titre, M. Nadeau laisse tomber le « pourquoi » et se cantonne dans l’affirmation, une simple affirmation qui semble relever pour lui de la certitude. Qu’il énonce d’ailleurs en ces mots : « personnellement, j’ai toujours trouvé que la loi 101 n’était pas un échec ». Excellent ! Mais, pour appuyer cette affirmation, encore faut-il une démonstration ! Cette démonstration, M. Nadeau ne la fait pas.

Il écrit qu’il avait « beaucoup hésité » avant de vous parler de mon livre, car il s’agirait « non pas d’un essai », mais d’un « pamphlet catastrophiste ». Le Petit Larousse définit un « pamphlet » comme étant « un écrit satirique, généralement court et violent, dirigé contre quelqu’un, une institution, un groupe ». Quant à « catastrophiste », il est défini comme : « qui est très pessimiste, qui imagine toujours le pire ». Moi qui pensais avoir livré dans cet ouvrage une démonstration documentée, étayée, rationnelle, propre à faire réfléchir ; mais non, j’aurais écrit une satire « violente », dirigée contre un groupe (lequel ?) et qui « imagine le pire » ? La qualité de mon « pamphlet » a pourtant été soulignée par de nombreux journalistes, chroniqueurs et intellectuels (la liste ici : fredericlacroix. quebec).

Qualifier mon essai de « pamphlet » n’est pas sérieux. Voilà une recension qui, à vrai dire, n’est pas sérieuse.

Ce qui semble beaucoup déranger M. Nadeau dans mon essai, c’est que le portrait de la dynamique linguistique que j’y brosse ne s’accorde pas avec ses convictions personnelles. Il semble avoir beaucoup de mal à admettre la réalité linguistique telle que je la conçois et la présente dans mon essai ; réalité qui est que le rapport de force entre l’anglais et le français au Québec est défavorable au français. Cette « réalité » est tissée à partir de nombreuses études, tendances, analyses que j’utilise pour brosser un portrait cohérent, me semble-t-il, de la situation. Pour contredire mon analyse, il ne suffit pas d’être en désaccord à cause de ses « opinions personnelles », il faut prouver que j’ai tort.

Par exemple, M. Nadeau m’accuse de passer sous silence les succès de la loi 101 alors qu’elle a réussi à faire passer le taux d’immigrants choisissant le français de 15 à 55 % (note : c’est la politique d’immigration qui a conduit à cela et non pas la loi 101, comme il en convient aussi). Il faudrait donc voir le verre « à moitié plein ». Je m’explique pourtant au long sur ceci (pages 11-12) en disant que la question ne se conçoit pas en ces termes de verre à moitié plein ou vide ; et qu’elle est plutôt mathématique. Au bénéfice des lecteurs, utilisons une analogie (que je dois à Jean-François Lisée) : avant la loi 101, le canot du français était entraîné à grande vitesse sur une rivière et se dirigeait tout droit vers une chute ; tout le monde dans le canot était menacé d’y laisser sa peau en tombant dans la chute. Avec la loi 101, nous nous sommes mis à ramer à contre-courant, ce qui a permis de ralentir la vitesse avec laquelle le canot était entraîné vers la chute. À ralentir seulement ; car nous n’avons pas réussi à inverser la direction du canot ; nous sommes toujours entraînés par le courant, car nous ne ramons pas assez vite pour que le canot ne tombe pas dans la chute éventuellement. Nous n’avons fait que gagner un peu de temps. Pour arriver à ne pas tomber dans la chute, il faudrait ramer suffisamment pour que le canot soit au moins immobile au milieu de la rivière. Cette immobilité du canot correspond à l’objectif premier de la loi 101, qui était d’arrêter l’érosion annoncée du poids démographique des francophones au Québec en incitant une nette majorité d’immigrants allophones à s’intégrer au groupe francophone. Cet objectif est écrit noir sur blanc dans le « Livre Blanc » déposé par Camille Laurin un peu avant le dépôt de son projet de loi en 1977.

Je démontre que cette « nette majorité » devrait être de 90 % pour simplement assurer la stabilité du poids relatif des groupes francophone et anglophone au Québec sur le long terme (toutes autres choses étant égales). À 55 % en 2016, trente-neuf ans après l’adoption de la loi 101, nous sommes très, très loin du 90 %. La loi 101 a certes ralenti la vitesse du canot, mais nous sommes toujours entrainés vers la chute ! Ainsi, le poids des francophones au Québec va continuer de chuter pour tout l’avenir prévisible.

Ce « catastrophisme » est même entériné par Statistique Canada, un organisme fédéral qui n’écrit ordinairement pas de pamphlets, qui prévoit que le poids démographique des francophones aura fondu à 69 % au Québec en 2036. A contrario, le poids démographique des anglophones sera en augmentation. La loi 101 n’atteint donc aucunement son premier objectif. Peut-on affirmer qu’une loi qui n’atteint pas son premier objectif est un succès ? Ou bien même qu’elle est un « non échec » ? La loi 101 nous fournit collectivement un faux sentiment de sécurité linguistique. Le roi est nu et il me semble important que nous en prenions conscience collectivement.

Il est crucial de préciser que la loi 101 qui est en échec est celle qui a été façonnée par les tribunaux fédéraux, dont les jugements, un après l’autre, sont venus démolir des pans entiers, très importants, de la loi 101 originale déposée par Camille Laurin en 1977. Ce sont les tribunaux canadiens qui ont transformé une loi qui aurait pu être un succès en échec. L’intention du législateur, de l’Assemblée nationale du Québec, n’a pas été respectée (voir Éric Poirier, La Charte de la langue française : ce qu’il reste de la loi 101 quarante ans après son adoption, Septentrion, 2016). Il est important de se le rappeler.

Mais après m’avoir balancé le pot, M. Nadeau me lance cependant quelques fleurs. Il convient que la politique du « libre choix » au cégep et à l’université favorise indûment les institutions anglophones, ce qui signifie que le réseau postsecondaire francophone est sous-financé. Il affirme même que ma démonstration est « impitoyable » (merci !). Il convient aussi avec moi qu’un des problèmes majeurs de la loi 101, c’est qu’elle a été rédigée en vue de l’indépendance du Québec, chose qui n’est pas advenue. Ce qui signifie que le Québec est toujours soumis au bilinguisme compétitif qui est au cœur de la Loi sur les langues officielles, un bilinguisme qui place hypocritement les langues sur un pied d’égalité juridique, tout en ignorant le fait qu’elles sont loin d’avoir le même rapport de force sociologique ; l’anglais étant la langue dominante du pays qui s’appelle le Canada, pays dont le Québec fait toujours partie. La Charte devrait tenir compte de l’échec de l’indépendance et tenter de faire contrepoids au bilinguisme compétitif fédéral.

Mais là où j’estime que M. Nadeau dérape, c’est quand il affirme que j’utilise « francophones » comme synonyme de « canadiens-français ». C’est totalement faux. À la page 11, je spécifie bien que le concept de poids démographique se rapporte à la langue maternelle. La langue maternelle est bien sûr celle fournie par Statistique Canada lors des recensements. Je n’utilise aucune catégorie ethnique nulle part dans mon livre, et j’estime que cette catégorisation ne permet pas de comprendre la dynamique linguistique. Je ne vois pas comment, de bonne foi, on peut en arriver à dire que mes « francophones » sont des « canadiens-français ». Quant à la langue d’usage, il s’agit d’une autre variable tirée des recensements canadiens et définie comme étant la langue « parlée le plus souvent à la maison » (spécifié à la page 58).

Il est vrai qu’à la page 62, j’écris que « depuis 1871, le poids démographique des francophones au Québec n’a jamais été sous 80 % » alors que la question sur la langue maternelle n’a été posée pour la première fois dans les recensements qu’en 1901. Il est vrai que les « francophones » du recensement de 1871 sont ceux qui répondent « française » à la question sur l’origine ethnique. Il s’agit donc, et je l’accorde à M. Nadeau, d’une approximation de l’origine ethnique « française » comme « francophone », approximation qui ne vaut que pour cette date précise. Une approximation, du reste, couramment utilisée en démographie pour les données du dix-neuvième siècle.

Tout ce que M. Nadeau trouve à opposer pour contrer ma démonstration que les cégeps et universités anglophones agissent comme des foyers d’assimilation à Montréal, c’est son « expérience personnelle » et le fait qu’il connaisse des francophones formés en anglais qui enseignent en français. Bien sûr, on peut choisir d’ignorer les études bien faites, rigoureuses, avec échantillonnage statistique aléatoire, comme celle de l’IRFA que je cite dans mon livre, études qui nous permettent de conclure hors de tout doute que les cégeps anglais sont des foyers d’anglicisation pour les allophones (surtout) et les francophones (dans une moindre mesure). Mais M. Nadeau erre en opposant ses anecdotes à des études. Poussons la chose à l’absurde ; si le postsecondaire anglophone n’agit pas en tant que foyer d’anglicisation, alors la disparition des cégeps et universités de langue française à Montréal ne devrait pas avoir d’impact sur la vitalité linguistique du français à Montréal. M. Nadeau, vous êtes d’accord ?

On doit aussi comprendre que si la proportion de francophones baisse dans une région, c’est parce qu’ils quittent cette région, tout simplement ! Alors qu’on appliquait autrefois cette idée à Montréal seulement, M. Nadeau l’étend à toute la région métropolitaine de Montréal. Ainsi, si le français recule à Laval, c’est « aussi parce que les francophones partent pour Granby ou Vaudreuil » (note : le poids des francophones recule aussi à Vaudreuil-Soulanges, oups !). Le français recule aussi au Québec globalement (-3,4 % en 15 ans). Est-ce parce que les francophones partent ? Son explication ne tient pas la route. Et ce que M. Nadeau évite de mentionner, c’est que pendant que le français recule à Laval (-12,4 % de 2001 à 2016 pour la langue d’usage), l’anglais avance (+3,9 %) ! L’anglais avance parce que les substitutions linguistiques des allophones se font vers l’anglais de façon totalement disproportionnée.

Il m’accuse ensuite de tenir un discours « identitaire » et d’avoir du mal à accepter que le Québec devienne « pluriculturel » et affirme même que « ça revient partout » et que je souffre de « frilosité identitaire ». Disons-le : n’arrivant pas à réfuter mes idées de façon convaincante, M. Nadeau en est réduit à m’accuser à mots couverts de « racisme ». Voilà qui est odieux.

Non, M. Nadeau, de gros mots ne constituent pas une réfutation de mon essai. Il s’agit même d’un aveu d’échec. De votre part.


« Le français pourrait disparaître de la fonction publique au Québec »

« Nous avons tous été stupéfaits d’apprendre que 74 % des employés de l’État à Montréal utilisent parfois une autre langue que le français dans leurs interactions orales avec des personnes physiques au Québec, une proportion qui grimpe à 81 % à Laval et à 88 % en Outaouais », soulignait Mme Lamarre dans les pages du Devoir.

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