mardi 5 novembre 2019

Astérix chez les féministes, parents homos et les rebelles aux enfants métissés

Pour ses soixante ans, Astérix s’offre un trente-huitième album, La Fille de Vercingétorix. L’éditeur a tenu à signaler que celle-ci porte l’histoire : « elle est donc la première aventurière de la série ».

Adrénaline, cette Greta Thunberg gauloise refuse l’oppression de ses contemporains, qu'ils soient Romains ou Gaulois. Elle récuse toute assimilation genrée. Ses premiers mots, « Nan, c’est nul de s’habiller en fille ! Moi, ce que j’aime c’est m’habiller gothique. » 

La jeune fille ne se plie pas aux conventions sociales. Elle tance nos héros. « Oh pythie ! Lâchez-moi les brogues », lance-t-elle à Astérix. Elle ne sourit vraiment jamais... Quand on vous dit qu’elle ressemble à Greta La Grincheuse.


Adrénaline est moderne au goût des bobos urbains : elle a « deux papas ». Et vlan dans les gencives des irréductibles ploucs gaulois rétrogrades ! Lors de leur arrivée au village, les deux lieutenants de Vercingétorix donnent pour consigne à leur fille adoptive : « sois bien sage, Adrénaline. Tes papas reviennent ! » Les personnages efféminés sont peu enclins à la violence : l’un pleure comme une madeleine et l’autre fait montre d’une exubérance excessive. On n’ose pas rire devant ce couple étrange, ce serait homophobe. C’est bien là un des problèmes avec cet album et l’idéologie progressiste : on rit peu.


Évidemment, ces deux papas sont doux et prévenants alors que les parents du village (Ordralfabetix et Cetautomatix) sont mal dégrossis, râleurs, colériques et tyranniques.

Ses deux pères se blâment mutuellement pour la mauvaise éducation de « leur fille » incapable de mener la résistance contre l’envahisseur : « On dirait qu’elle n’aime pas la guerre. Beuheuheuuu. Nous avons raté l’éducation de cette enfant. [...] c’est ma faute ! Jamais je n’aurais dû la forcer à apprendre à manier la hache ! […] Tu plaisantes, c’est moi ! J’étais trop strict… Et fais pas si et fais pas ça... ». Bonnemine semble comprendre : « aucun instinct maternel forcément ! » Devant ces deux efféminés rongés par le doute, nous ne sommes pas sûr que cette remarque se veut sérieuse ou du second degré. Ce qui est certain c’est que ce n’est pas comique, mais plutôt affligeant et pénible.


Notons au passage que cette éducation ne peut avoir duré que deux ans puisqu’Alésia est tombée en 52 avant J.-C et que « nous sommes en 50 av. J.-C » comme nous le rappelle le début de l’album. Mais bon, au diable la chronologie, l’important c’est l’homoparentalité.

Dans cet opus, les jeunes personnages tiennent des propos associés à la mouvance bobo progressiste. Le fils de Cetautomatix attaque brutalement Obélix. « Ça craint les menhirs ! Nul toujours le vieux système sanglier-menhier-potion ! » crie-t-il. La fille de Vercingétorix s’attaque également à des thèmes chers à la gauche végane et animaliste comme la surconsommation de viande : « Et les sangliers, au rythme où on les chasse, bientôt y en aura plus ! »  Cela se veut incisif, moderne. C’est inexact (il y a de plus en plus de sangliers en France) et, plus grave, ce n’est en rien drôle. On cherchera vainement le jeu de mots, le caractère absurde et désopilant de ces saillies idéologiques.


Pour dire vrai, cela nous rappelle le dernier Don Camillo filmé dans l’Italie post-soixante-huitarde : Don Camillo et les contestataires. Un four complet. Fernandel était mort, la contestation des jeunes trop ricanante. Le savant équilibre entre le maire communiste et le curé qui s’aimaient bien tout compte fait et partageaient une même culture paysanne avait cédé la place au prêchi-prêcha de modernité triomphante. La magie était rompue. Ce fut un navet.

Les auteurs ont encore d’autres prétentions intellectuelles. Ils veulent renouveler le sens de l’identité gauloise et l’acception du mot « résister ». Le père de Vercingétorix a failli (sort inévitable pour un père moderne cisgenré), son pays a été envahi, conquis, vaincu. Alors que le village d’Astérix résiste depuis 37 albums en voulant conserver son identité traditionnelle, Adréline va « réinventer » cette résistance et cette identité : elle n’ira pas à Thulé (sans doute trop germanique[1]), mais fuira vers un paradis exotique et adoptera une ribambelle d’enfants métissés. Et quand Astérix se demande si Adrénaline ne trahit pas de la sorte le combat et la mémoire de Vercingétorix. Le « sage » druide Panoramix conclut l’album par une morale très relativiste loin du repli identitaire et de la tradition que sa fonction devrait incarner : non, car « son père lui a demandé de résister d’être libre et c’est ce qu’elle a fait... à sa manière ! »

L’humour potache et l’esprit de camaraderie des premiers albums sont devenus anecdotiques. La morale progressiste accompagne l’ensemble des dialogues. Dans ces conditions, Astérix peut-il encore être vraiment comique ? Nous en doutons.




Note 1 : Rappelons que ce même mois de novembre une planète mineure que l’on appelait jusqu’alors Ultima Thulé à pris le nom de « Arrokoth » un terme tiré d’une langue disparue des États-Unis. Le nom d’Ultima Thulé avait été critiqué en raison de son utilisation par des occultistes nazis au début du XXe siècle en tant que prétendue origine mythique de la race aryenne, bien qu’il soit couramment utilisé dans la littérature grecque et latine antique ainsi que dans la culture esquimaude historique du peuple thuléen (voir Newsweek).

France Inter (les impôts des contribuables français au service des bobos) n'est malgré tout pas contente.




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lundi 4 novembre 2019

Éducation à la sexualité au Québec : plus de 200 élèves exemptés


Quelque 80% des étudiants libérés d’éducation à la sexualité viennent de la même commission scolaire.

Une commission scolaire de l’Outaouais devra rendre des comptes au ministre de l’Éducation parce que ses écoles ont accepté que près de 200 élèves soient soustraits à des contenus d’éducation à la sexualité, un nombre gigantesque par rapport au reste du Québec.

« Si on se rend compte qu’il y a des failles qui sont exploitées par des groupes de parents, on va resserrer les balises, dit le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Les exemptions, ça doit être vraiment, vraiment exceptionnel. »

Depuis un an, l’éducation à la sexualité est censée être de retour dans toutes les écoles du Québec. Les parents qui souhaitent que leurs enfants soient sortis de la classe lorsque certains sujets sont abordés doivent se plier à une procédure établie par le ministère.

Dans l’ensemble de la province, les écoles ont reçu 540 demandes d’exemption, dont 237 ont été acceptées par les directions, selon le ministère.

Or, 81 % de ces dérogations accordées viennent de la même commission scolaire, soit Portages-de-l’Outaouais (CSPO). Ailleurs, moins d’une cinquantaine d’élèves à travers le Québec ont pu sortir de la classe pendant les ateliers.

« Est-ce que ces demandes ont bien été analysées par la CSPO ? » se demande le ministre, qui a l’intention de demander des comptes à l’organisation.

Lourdeur

Sur le terrain, le personnel de la CSPO a dû gérer chacune de ces demandes à la pièce, ce qui a entraîné de la lourdeur, explique Suzanne Tremblay, du syndicat des profs de l’Outaouais.

Par exemple, que faire lorsqu’un élève du primaire doit quitter le local le temps d’un atelier ? C’est souvent le technicien en éducation spécialisé qui devait s’en occuper, au lieu d’être en classe pour donner son appui habituel, illustre Mme Tremblay.

Mais comment expliquer un tel volume dans une petite commission scolaire basée à Gatineau ?

Le président de Parents engagés de l’Outaouais, Ibrahim Sballil, croit que son organisme a eu un important rôle à jouer.

Son association est composée essentiellement de parents musulmans, mais est ouverte à toutes les religions, précise-t-il.

Dès le départ, les parents n’ont pas été consultés par le gouvernement sur le contenu, critique-t-il. Le regroupement a demandé à la CSPO une rencontre d’information à laquelle quelque 300 parents ont assisté à l’automne 2018.

Trans et homosexualité

Ce sont les thèmes de l’homosexualité et de la réalité transgenre qui étaient au cœur des demandes. Plus précisément, l’idée que les gens ne choisissent pas leur orientation sexuelle, et que le sexe biologique ne détermine pas le genre de la personne, explique M. Sballil.

Il ne reproche pas au programme d’en parler, mais croit qu’il manque de « neutralité » en présentant le point de vue religieux comme une « perspective à combattre ».

« Je diverge totalement d’opinion, dit le ministre Roberge. Les cours d’éducation à la sexualité ne sont ni proreligion ni anti-religion. » Cela reste à prouver pour ce carnet. En quoi banaliser ou d'introduire précocement la promiscuité, l'homosexualité ou la transsexualité serait compatible avec les religions traditionnelles chrétiennes, musulmanes ou judaïques ?

La Commission scolaire Portages-de-l’Outaouais a refusé notre demande d’entrevue.

Les élèves dispensés d’éducation sexuelle

Commission scolaire Portages-de-l’Outaouais

214 demandes
192 acceptées

Ailleurs au Québec

326 demandes
45 acceptées

Total

540 demandes
237 acceptées

Source: Ministère de l’Éducation
Les élèves montréalais n’ont pas été exclus

Les écoles de la métropole ont refusé toutes les demandes d’exemption reçues, des décisions qui contrastent avec celles prises en Outaouais, selon une compilation du Journal. Où l'on voit qu'il est facile pour des fonctionnaires d'en faire à leur tête et de se passer de l'avis des parents.

« Quand on regarde le nombre pour l’ensemble du Québec, je ne vois pas de grand scandale », dit le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

« Ailleurs [qu’à la Commission scolaire Portages-de-l’Outaouais], il y a peut-être des groupes de parents qui se sont mobilisés, mais qui se sont fait dire non », suggère-t-il.

Le Journal a obtenu par demande d’accès à l’information le nombre de demandes reçues et accordées dans chaque commission scolaire, et aucune de celles situées à Montréal n’a noté avoir exempté des élèves, malgré la clientèle multiethnique.

C’est le cas à la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSPI), qui a reçu des demandes pour 13 élèves.

« On s’attendait à en recevoir beaucoup plus que ça », avoue Valérie Biron, du secrétariat général.

Moins que prévu

Selon les balises du ministère, les parents pouvaient invoquer deux motifs pour demander une dérogation. Le premier est un possible tort psychologique que pourrait causer l’exposition à certains contenus, comme lorsque l’enfant a été victime d’agression sexuelle.

Mais dans la grande majorité des demandes, c’est le deuxième motif qui a été invoqué, soit une atteinte à un droit fondamental garanti par les chartes canadiennes et québécoises, généralement pour des raisons religieuses.

Les parents devaient alors prêter serment et prouver le caractère « sérieux » de la demande. Ils devaient préciser les contenus à éviter pour leur enfant.

Dans tous les cas, la décision finale revenait à la direction de l’école. La CSPI a toutefois mis sur pied un comité pour faire des recommandations aux directeurs.

Par exemple, des parents ne croyant pas à l’homosexualité alléguaient que cela minerait leur autorité parentale si leur jeune en entendait parler, illustre-t-elle.

« Le comité n’était pas fermé à l’idée d’accepter certaines demandes. »

Mais aucun de ces parents n’a pu prouver aux yeux des autorités qu’il y aurait de préjudice sérieux si leur enfant assistait aux cours d'ajouter la journaliste du journal de Montréal.

Pour ce carnet, dans ces matières morales, l'ampleur du préjudice dépend des convictions et de la sensibilité des gens. Normaliser l'homosexualité, la transsexualité, la sexualité hors mariage peuvent paraître sans conséquences pour des comités urbains « progressistes », mais perçus très différemment pour des parents plus prudes ou conservateurs. Pourquoi est-ce aux parents de convaincre des gens qui ne partagent pas leur valeurs de ce qui est bon pour leurs enfants ? Ne devrait-ce pas être l'inverse ?





Biologie — L'expression de 6 500 différences génétiques distinguent l'homme de la femme

Une étude génétique a permis de mettre en évidence 6500 gènes qui s’expriment différemment chez l’homme et la femme.

Les experts disent que cela pourrait avoir un effet profond sur la manière dont nous identifions et traitons tout, de la maladie à la fécondité.

Résumé des découvertes

Des chercheurs ont analysé 20 000 gènes différents, en les triant par sexe et en fonction des différences d’expression dans chaque tissu organique.

Ils ont découvert qu’environ 6 500 de ces gènes étaient davantage exprimés pour un sexe, dans au moins un tissu organique.

Par exemple, ils ont découvert que les gènes fortement exprimés dans la peau des hommes, par rapport aux femmes, étaient ceux liés à pilosité.

L’expression des gènes pour la construction musculaire était plus élevée chez les hommes et celle du stockage des graisses chez les femmes.

Les chercheurs ont également découvert des gènes liés au sexe dans les glandes mammaires, dont la moitié s’exprimaient chez l’homme.

Les hommes disposant d’un « équipement mammaire » parfaitement présent, mais non fonctionnel, les chercheurs croient que certains gènes pourraient contribuer à inhiber la lactation.

Un autre fait notable est la présence d’un gène actif dans le cerveau des femmes. Les chercheurs pensent qu’il pourrait protéger les neurones de la maladie de Parkinson, qui est plus fréquente et se déclenche plus tôt chez les hommes que chez les femmes.
Ce projet a commencé il y a plusieurs années, lorsque les chercheurs, le professeur Shmuel Pietrokovski et le Dr Moran Gershoni du département de génétique moléculaire de l’Institut Weizmann se sont demandé pourquoi certaines maladies étaient plus prévalentes que d’autres.

Ils se sont plus particulièrement demandé pourquoi 15 % des couples qui essaient d’avoir un bébé sont stériles. Cela suggérait que des mutations génétiques qui nuisent à la fertilité sont assez répandues.

Cette haute prévalence déconcertait les chercheurs, car, en toute logique, ces mutations, qui affectent la survie de l’espèce en réduisant le nombre de descendants, auraient dû être éliminées par la sélection naturelle — un mécanisme clé de la théorie de l’évolution qui modifie les traits hérités par une population à la suite de mutations génétiques aléatoires.

Les chercheurs ont découvert que les mutations dans les gènes spécifiques à la formation du sperme persistent, car ces gènes ne s’expriment que chez l’homme. Une mutation qui n’est problématique que pour la moitié de la population, si nuisible soit-elle, sera transmise à la génération suivante par l’autre la moitié, les femmes.

Mais dans une nouvelle étude, publiée dans la revue BMC Biology, les chercheurs ont élargi leurs analyses pour inclure des gènes qui, sans être nécessaires à la fécondité, s’expriment malgré tout différemment chez les hommes et les femmes.

Pour identifier ces gènes, les chercheurs ont utilisé le projet GTEx, une vaste étude qui a enregistré l’expression génique humaine de nombreux organes et tissus corporels pour environ 550 donneurs adultes.

Les chercheurs ont analysé 20 000 gènes différents, en les triant par sexe et en fonction des différences d’expression dans chaque tissu corporel.

Ils ont découvert qu’environ 6 500 de ces gènes étaient davantage exprimés dans un sexe, dans au moins un tissu corporel.

Par exemple, ils ont découvert que les gènes fortement exprimés dans la peau des hommes par rapport aux femmes étaient liés à la croissance des poils.

L’expression des gènes pour la construction musculaire était plus élevée chez les hommes et celle du stockage des graisses chez les femmes.

Ils ont également examiné la tendance de chaque sexe à accumuler des mutations afin de déterminer si la sélection naturelle exerçait une pression plus ou moins forte sur les gènes spécifiques aux hommes ou aux femmes. En d’autres termes, ils essayaient de déterminer dans quelle mesure les mutations nuisibles sont éliminées ou tolérées. Ils ont constaté que l’efficacité de la sélection naturelle est plus faible dans beaucoup de ces gènes. « Plus un gène était spécifique à un sexe, moins le gène était sélectionné », a déclaré le Dr Gershoni. « Et encore une différence : cette sélection était encore plus faible chez les hommes. »

Cela signifie que plus une mutation génétique était propre à un sexe, plus elle était tolérée et restait dans la population.

Bien que les chercheurs ne puissent expliquer complètement de ce qui se passe, ils suggèrent comme explication une théorie de l’évolution sexuelle des années 30.

« Dans de nombreuses espèces, les femelles ne peuvent produire qu’un nombre limité de descendants, tandis que les mâles peuvent, en théorie, en engendrer beaucoup plus ; la survie de l’espèce dépend donc d'un plus grand nombre de femmes qui survivent dans la population que d’hommes », de déclarer le professeur Pietrokovski.

La sélection naturelle peut donc être plus « laxiste » avec les gènes qui ne sont nocifs que chez les hommes. Ils peuvent ainsi survivre dans la population, souvent transmis du côté maternel.

Les chercheurs ont également découvert une autre différence génétique dans leur étude. Par exemple, ils ont trouvé des gènes sexuels dans les glandes mammaires, dont la moitié était exprimée par les hommes. Les hommes ayant un « équipement mammaire » parfaitement ajusté, mais non fonctionnel, les chercheurs pensent que certains gènes contribueraient à réprimer la lactation.

L’interprétation de certains résultats n’était pas claire. C’est ainsi qu’on a constaté que certains gènes ne s’expriment que dans le ventricule gauche du cœur chez les femmes.

Mais l’un de ces gènes, également lié à l’absorption de calcium, a montré des niveaux d’expression élevés chez les femmes plus jeunes alors qu’ils diminuent fortement avec l’âge. Les chercheurs pensent que ce gène est actif jusqu’à la ménopause, protégeant le cœur des femmes et pouvant éventuellement provoquer des maladies cardiaques et l’ostéoporose lorsque son expression s’arrête.

Un autre cas notoire est la présence d’un gène actif dans le cerveau des femmes. Les chercheurs pensent qu’il pourrait protéger les neurones de la maladie de Parkinson dont la prévalence est plus élevée et l’apparition plus précoce chez les hommes.

Ils ont également identifié l’expression d’un gène sexuel dans le foie qui régule le métabolisme des médicaments, lequel diffère entre les femmes et les hommes.

« Le génome de base est presque le même pour nous tous, mais il s’exprime différemment dans le corps selon les individus », a déclaré le Dr Gershoni.

« Ainsi, pour ce qui est des différences entre les sexes, nous constatons que l’évolution fonctionne souvent au niveau de l’expression des gènes. »

Le professeur Pietrokovski a ajouté : « Paradoxalement, les gènes sexuels aux mutations nuisibles plus susceptibles d’être transmis, y compris ceux qui altèrent la fécondité. De ce point de vue, les hommes et les femmes subissent des pressions de sélection différentes et, au moins dans une certaine mesure, l’évolution humaine doit être considérée comme une coévolution. »

L’étude souligne également la nécessité de mieux comprendre les différences entre les hommes et les femmes pour ce qui est des gènes pathogènes ou leur réponse au traitement.

Source BMC Biology

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dimanche 3 novembre 2019

Un historien canadien, « expert en études du genre », avoue avoir falsifié ses recherches

Confessions de Christopher Dummitt pour Quillette, un journal australien en ligne. Christopher Dummitt est historien de la culture et de la politique. Il enseigne à l’université Trent en Ontario au Canada. Il est l’auteur de Unbuttoned : A History of Mackenzie King’s Secret Life. La traduction est de Peggy Sastre avec quelques corrections de ce carnet.

Si on m’avait dit, voici vingt ans, que la victoire de mon camp allait être aussi décisive dans la bataille idéologique sur le sexe et le genre, j’aurais sauté de joie. À l’époque, je passais de nombreuses soirées à débattre du genre et de l’identité avec d’autres étudiants – voire avec n’importe qui avait la malchance de se trouver en ma compagnie. Je ne cessais de le répéter : « Le sexe n’existe pas. » Je le savais, un point c’est tout. Parce que j’étais historien du genre.

Norrie, la personne à l’origine de la création d’une troisième option ; le genre neutre
Dans les facultés d’histoire nord-américaines des années 1990, c’était d’ailleurs le nec plus ultra. L’histoire du genre — et, plus généralement, les études de genre dans le reste du monde universitaire — constituait un ensemble de sous-disciplines à base identitaire alors en pleine phase ascendante dans les campus d’arts libéraux. Selon les enquêtes sur les domaines de spécialisation menées en 2007 et 2015 par l’Association des historiens américains, les plus gros effectifs se comptaient dans l’histoire des femmes et du genre, suivis de près par l’histoire sociale, l’histoire culturelle et l’histoire raciale et sexuelle. Autant de domaines partageant avec moi une même vision du monde : que pratiquement toutes les identités ne sont qu’une construction sociale et que l’identité n’est qu’une question de pouvoir.

À l’époque, pas mal de gens n’étaient pas de mon avis. Toute personne — c’est-à-dire pratiquement tout le monde — n’ayant pas été exposée à ces théories à l’université avait bien du mal à croire que le sexe n’était globalement qu’une construction sociale, tant cela allait à l’encontre du sens commun. Mais, aujourd’hui, ma grande idée est partout. Dans les débats sur les droits des transgenres et la politique à adopter concernant les athlètes trans [hommes se disant femmes] dans le sport. Dans des lois menaçant de sanctions quiconque laisserait entendre que le sexe pourrait être une réalité biologique. Pour de nombreux militants, un tel propos équivaut à un discours de haine. Si vous défendez aujourd’hui la position de la plupart de mes opposants d’alors — que le genre est au moins partiellement fondé sur le sexe et qu’il n’y a fondamentalement que deux sexes (le mâle et la femelle), comme les biologistes le savent depuis l’aube de leur science —, les super-progressistes vont vous accuser de nier l’identité des personnes trans, et donc de vouloir causer un dommage ontologique à un autre être humain. À cet égard, dans son ampleur et sa rapidité, le revirement culturel est stupéfiant.

Mea culpa

Aujourd’hui, j’aimerais faire mon mea culpa. Mais je ne me contenterai pas d’être désolé pour le rôle que j’ai pu jouer dans ce mouvement. Je veux détailler les raisons qui me faisaient faire fausse route à l’époque, et celles qui expliquent les errements des socio-constructionnistes radicaux contemporains. J’ai avancé les mêmes arguments qu’eux et que je sais qu’ils sont faux.

J’ai ma carte du club socio-constructionniste. J’ai terminé mon doctorat en histoire du genre et publié en 2007 mon premier livre sur le sujet, The Manly Modern : Masculinity in Postwar Canada [Modernité virile : la masculinité dans le Canada d’après-guerre]. Mais ne vous fiez pas au titre, il ne s’agit en réalité que de cinq études de cas datant du milieu du XXe siècle, toutes centrées sur Vancouver, où des aspects « masculins » de la société ont pu faire l’objet d’un débat public. Pour mes exemples, j’ai pioché dans la culture automobile, le système pénal, un club d’alpinisme, un terrible accident du travail (l’effondrement d’un pont) et une commission royale sur les anciens combattants. Je n’entrerai pas dans les détails, mais j’ai honte de ma production, surtout en ce qui concerne les deux dernières parties.


J’ai également publié un article tiré de mon mémoire de maîtrise, dont la portée a sans doute été plus large que mes travaux académiques. C’est un article divertissant consacré aux liens entre les hommes et le barbecue dans le Canada des années 1940 et 1950. Publié pour la première fois en 1998, il a été intégré à plusieurs reprises dans des manuels de premier cycle. Bien des étudiants embarqués dans l’étude de l’histoire du Canada ont été obligés de le lire pour en apprendre davantage sur l’histoire du genre et la construction sociale du genre.

La « pose du mollet viril »

Petit problème : j’avais tort. Ou, pour être un peu plus précis : j’avais partiellement raison. Et pour le reste, j’ai globalement tout inventé de A à Z. Je n’étais pas le seul. C’est ce que faisait (et que fait encore) tout le monde. C’est ainsi que fonctionne le champ des études de genre. Je ne cherche pas à me dédouaner. J’aurais dû faire preuve de plus de discernement. Mais, rétrospectivement, je crois que c’était le cas : je ne me bernais pas moi-même. Raison pour laquelle je défendais ma position avec autant de ferveur, de colère et d’assurance. Cela me permettait de camoufler qu’à un niveau très élémentaire j’étais incapable de prouver une bonne partie de mes propos. Intellectuellement, ce n’était pas jojo.

Ma méthodologie se déroulait en trois étapes. Tout d’abord, j’aurais tenu à souligner qu’en tant qu’historien je savais l’existence d’une grande variabilité culturelle et historique. Que le genre n’avait pas toujours et en tout lieu été défini de la même manière. Comme je l’écrivais dans The Manly Modern, le genre est « un ensemble de concepts et de relations historiquement changeants donnant sens aux différences entre hommes et femmes ». Et j’insistais : « Il n’y a pas de fondation anhistorique de la différence sexuelle enracinée dans la biologie ou autre base solide dont l’existence aurait été antérieure à son appréhension culturelle. »

J’avais mes exemples préférés, que je recyclais dans mes conférences ou mes conversations. Louis XIV et ce que j’appelais la « pose du mollet viril », vue comme le summum de la virilité dans les années 1600, mais qui apparaît aujourd’hui comme plutôt efféminée. Je parlais aussi de bleu et de rose, avec des citations datant des années 1920 dans lesquelles on conseillait aux petits garçons de porter du rose « ardent et terrien », tandis que le bleu « aérien et éthéré » était préféré pour les petites filles. Mon auditoire éclatait de rire et mon argument n’en passait que mieux : ce que nous considérions comme la vérité absolue et certaine du genre avait en réalité changé avec le temps. Le genre n’était pas binaire. Il était variable et peut-être même infiniment.

Une question de pouvoir

Deuxièmement, j’aurais avancé à quiconque me parlant de masculin ou de féminin que ces notions ne relevaient pas uniquement du genre. Qu’il y avait toujours, simultanément, une question de pouvoir. Le pouvoir était, et demeure, une sorte de formule magique dans le milieu universitaire, surtout pour un étudiant découvrant Michel Foucault. À l’époque, ce n’était que discussions interminables sur l’« agentivité » (Qui en avait ? Qui n’en avait pas ? Quand ? Où ?). Dès lors, si quelqu’un niait que le sexe et le genre étaient variables, s’il laissait entendre qu’il y avait quelque chose d’intemporel ou de biologique dans le sexe et le genre, alors, il cherchait en réalité à justifier le pouvoir. Et donc à légitimer des oppressions. Vous voyez le topo ?

Et troisièmement, j’aurais cherché une explication dans le contexte historique montrant, à un moment historique précis, pourquoi on pouvait parler de masculin ou de féminin dans le passé. L’histoire a cela de merveilleux qu’elle est immense. Il y a toujours quelque chose à trouver. Mes travaux portaient sur l’après-guerre, dire que les gens craignaient le retour à la normale après l’arrêt des hostilités n’avait rien d’absurde. Il y avait eu des femmes dans l’armée et dans des emplois « masculins ». L’accent mis sur les distinctions de genre cachait en réalité une volonté de renvoyer les femmes à la maison. Tout n’était question que de contrôle et d’oppression.

Tant que je m’en tenais aux archives et reconstituais la manière dont les gens parlaient dans le passé, j’étais en terrain sûr. Il en va, selon le jargon des historiens, du « comment » de l’histoire. Les historiens privilégient certaines questions par rapport à d’autres. Tout le monde est censé avoir le qui, le quoi, le quand et le où. Ce sont les détails du passé. Mais ce genre de précision, comme l’écrivait le grand historien E. H. Carr, est un devoir, pas une vertu. Il n’y a donc pas matière à se vanter.

Il y a deux autres questions, et ce sont celles qui comptent le plus. La première est le comment. Comment est-ce arrivé ? Comment pensaient les humains du passé ? Répondre à ces questions exige de reconstruire des schémas de pensée. Ce qu’on ne peut jamais parfaitement réussir en général et d’autant plus avec des gens ayant vécu à une autre époque.

Construction sociale

Reste que la plus grande question — la plus importante — est la dernière : Pourquoi ? Dans mon cas : pourquoi les Canadiens d’après-guerre parlaient-ils des hommes et des femmes comme ils le faisaient ? Mes réponses, je ne les ai pas trouvées dans mes recherches primaires. Je les ai tirées de mes convictions idéologiques, même si, à l’époque, je ne les aurais pas qualifiées ainsi. Sauf que c’est bien ce qu’elles étaient : un ensemble de croyances préconçues et intégrées a priori dans la pénombre académique que sont les études de genre.

Tel était mon argument : si les gens parlaient des hommes comme je le décrivais, c’était parce que le genre est une construction sociale dont les contours ne peuvent être attribués qu’au pouvoir et à l’oppression. Les Canadiens avaient recours a une pensée genrée, car cela donnait du pouvoir aux hommes et en enlevait aux femmes, parce que cela structurait la masculinité comme supérieure à la féminité.

Bien évidemment, on pourrait partir de la même base documentaire et déboucher sur d’autres explications elles aussi parfaitement plausibles. Est-ce que les Canadiens d’après-guerre voyaient les hommes comme des preneurs de risque à cause d’une construction sociale ? Oui, c’est plausible. Comme il est tout aussi plausible de penser qu’ils le pensaient… parce que les hommes, en moyenne, prennent davantage de risques que les femmes. Mes recherches ne prouvaient rien, dans un sens comme dans l’autre. Je partais du principe que le genre était une construction sociale et je brodais toute mon « argumentation » sur cette base.

Je ne me suis jamais confronté — du moins pas sérieusement — à une autre opinion que celle-ci. Et personne, à aucun moment de mes études supérieures ou du processus de publication de mes articles de recherche, n’allait me demander de faire preuve d’un tel esprit d’ouverture. En réalité, les seules critiques que j’ai reçues me demandaient de renforcer davantage le paradigme, ou de me battre pour d’autres identités ou contre d’autres formes d’oppression. On pouvait me demander pourquoi je ne parlais pas davantage de classe. Ou pourquoi je me focalisais sur les hommes et laissais les femmes de côté. Même si je m’attelais à déconstruire la masculinité et à montrer qu’elle n’était qu’une construction sociale, il fallait quand même que je m’intéresse aux femmes. Et quid de la sexualité ? Ne pouvais-je pas trouver davantage de références à des hommes non hétérosexuels ? Pourquoi ne pas s’intéresser plus avant à la manière dont la masculinité se construisait parallèlement à la sexualité ? Tant que les questions se bornaient au paradigme dans lequel je m’étais de toute façon déjà limité, toutes étaient bonnes à prendre.

Attentes genrées

Il y en a pourtant d’autres. Les attentes genrées sont-elles réellement si différentes et variables dans le temps et l’espace ? Impossible d’y répondre avec les petites anecdotes que j’adorais citer. Cette question doit être étudiée de manière systématique et comparative. Dans ma propre lecture, je dois admettre que ce que je voyais tenait davantage d’une légère variabilité avec une cohérence centrale manifeste. Que les hommes soient vus comme les principaux pourvoyeurs de ressources, preneurs de risque et responsables de la protection et de la guerre semble une notion assez stable à travers l’histoire et les cultures. Oui, il y a des variations en fonction de l’âge et de certaines particularités culturelles et historiques. Mais sans partir du principe que ces petites différences ont une grande importance, les données disponibles ne vous permettent pas d’arriver à cette conclusion.

Et la question du pouvoir alors, est-elle réellement omniprésente ? Peut-être. Et peut-être pas. Pour prouver que c’était le cas, je ne faisais que citer d’autres chercheurs qui en étaient persuadés. Et encore mieux s’ils étaient philosophes avec un nom français. Je me suis aussi beaucoup appuyé sur les travaux d’une sociologue australienne, R. W. Connell. Selon elle, la masculinité est avant tout une question de pouvoir — et permet d’affirmer la domination des hommes sur les femmes. Sauf que ses travaux ne permettent pas de le prouver. Tout ce qu’elle fait, comme je le faisais, c’est d’extrapoler à partir de petites études de cas. J’ai donc cité Connell. Et d’autres m’ont cité. Voici comment l’on « prouve » que le genre est une construction sociale et une question de pouvoir. Comment on peut prouver n’importe quoi et son contraire.

Mon raisonnement bancal et d’autres travaux universitaires exploitant une même pensée défectueuse sont aujourd’hui repris par des militants et des gouvernements pour imposer un nouveau code de conduite moral. Lorsque je prenais des verres avec d’autres étudiants et que nous bataillions tous pour la suprématie de nos ego, cela ne portait pas trop à conséquence. Mais les enjeux sont aujourd’hui tout autre. J’aimerais pouvoir dire que ce domaine d’études s’est amélioré — que les règles de la preuve et la validation par les pairs sont plus exigeantes. Sauf que, en réalité, l’acceptation aujourd’hui presque totale du socio-constructivisme dans certains cercles est bien davantage le fruit d’un changement démographique au sein du monde universitaire, avec des points de vue désormais encore plus hégémoniques qu’ils ne l’étaient à l’époque de mes études supérieures.

Il ne faut pas voir dans cette confession un argument pour dire que le genre n’est pas, dans de nombreux cas, socialement construit. Reste que les critiques des socio-constructivistes ont raison de lever les yeux au ciel lorsque de soi-disant experts leur présentent de prétendues preuves. Les erreurs de mon propre raisonnement n’ont jamais été dénoncées — et n’ont en réalité qu’été confirmées par mes pairs. Tant que nous n’aurons pas un domaine d’études sur le sexe et le genre très critique et idéologiquement diversifié — tant que la validation par les pairs n’y sera peu ou prou que le dépistage idéologique d’un entre-soi —, alors, il nous faudra effectivement prendre avec énormément de pincettes toute « expertise » sur la construction sociale du sexe et du genre.

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Québec — La réforme Roberge critiquée par la FSE et la CSQ, trop de pouvoir aux parents ?

Au printemps, les commissions scolaires seront chose du passé. Le projet de loi 40 déposé le mois dernier par le gouvernement de François Legault prévoit la disparition des conseils des commissaires élus par la population. Ces structures seront remplacées par des centres de services scolaires (CSS) gérés par des CA où les parents détiendront 8 des 16 siège [mais seront-ils représentatifs ?], contre 4 pour le personnel scolaire. Le ministre Roberge fait fausse route en restreignant le pouvoir des enseignants et des professionnels, croit la CSQ qui présentera sa position sur le projet de loi 40 en commission parlementaire lundi.

Mme Éthier, présidente de la CSQ, recommande donc au gouvernement d’accorder au personnel enseignant, professionnel et aux employés de soutien 8 des 16 sièges au sein du CA des futurs CSS. « Il faut vraiment avoir la majorité puisque nous détenons l’expertise pour tout ce qui se passe dans les établissements d’enseignement », a-t-elle affirmé.

La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) dénonce l’ingérence de l’autonomie professionnelle des enseignants qu’introduira la Réforme Roberge.

Sa présidente, Josée Scalabrini, s’en prend aux articles du projet de loi 40 qui permettent la manipulation des notes des élèves ; qui impose des formations aux enseignants sans tenir compte de leurs besoins particuliers ; qui affaiblit la représentation des enseignants au sein des conseils d’établissement.

Des modifications à la Loi sur l’enseignement public qui viennent dévaloriser la profession enseignante aux yeux de Mme Scalabrini. Présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), Josée Scalabrini a évoqué l’influence qu’auront les parents sur les méthodes pédagogiques, menaçant du même coup l’autonomie professionnelle des enseignants.

« Les enseignants ne veulent plus se sentir comme des exécutants. Ils veulent être partie prenante des décisions. Le projet de loi nous amène encore plus à devenir des exécutants que des gens qui font partie des solutions », estime-t-elle.

Le projet de loi instaurera un régime particulier pour les 9 commissions scolaires anglophones puisque les membres des CA des CSS seront élus par la population, et non choisis par les élèves et les parents siégeant aux conseils d’établissement, comme ce sera le cas pour les écoles francophones.

samedi 2 novembre 2019

À parité de pouvoir d’achat, les enseignants québécois sont déjà mieux payés que ceux de la Finlande

Chronique de Mario Dumont sur l’ampleur des demandes syndicales des enseignants dérange même ceux qui seraient sympathiques à une amélioration de leur sort.

Les demandes syndicales des enseignants sont exagérées. Les propos de certains leaders syndicaux aussi. C’est malheureux. Un mauvais départ pour une négociation importante.

Je précise que j’appuie l’idée générale que cette négociation permette des améliorations réelles à leurs conditions de travail. C’est connu, le gouvernement jouit de marges de manœuvre. 

[Il faut comprendre par marges de manouvre qu’il a des surplus, notamment parce que nous payons nettement plus d’impôts que l’Ontario que les syndicats aiment utilisé comme base de comparaison pour les salaires...

Taux d’imposition marginale Québec
Revenus
Taux
43 790 $ ou moins
15 %
de 43 790 $ à 87 575 $
20 %
de 87 575 $ à 106 555 $
24 %
de 106 555 $
25,75 %


Taux d’imposition marginale Ontario

Revenus
Taux
43 906 $ ou moins
5,05 %
de 43 906 $ à 87 813 $
9, 15 %
de 87 813 $ à 150 000 $
11,16 %
de 150 000 $ à 220 000 $
12,16 %
supérieur à 220 000 $
13,16 %

Source

Il faut aussi rappeler, comme le fait l'Institut du Québec dans son rapport sur le sujet, que la rémunération des enseignants du Québec est déjà globalement avantageuse quand on la compare au salaire moyen des bacheliers universitaires québécois âgés entre 25 et 64 ans, considérant surtout que les enseignants bénéficient de la permanence, de plusieurs semaines de vacances annuelles et d’un régime de retraite à prestations déterminées. 

]
Cette ronde de discussions devrait permettre d’améliorer autant le salaire que les conditions de pratique des professeurs.

Ils exécutent un travail exigeant. Plusieurs d’entre eux le font dans des conditions difficiles et dans des milieux qui présentent beaucoup de défis. Pour un gouvernement et pour une société qui met en priorité l’éducation, quoi de plus normal que de bien traiter ceux qui en ont fait leur carrière.


Trop loin, excessif

Cette semaine, la FAE a mis la barre tellement haute que j’en perds mon préjugé favorable. Le salaire de départ qui passerait de 42 000 $ à 56 000 $. L’échelon maximal qui serait atteint après seulement 11 ans, plutôt que 17. Cet échelon maximal qui passerait de 82 000 $ à 92 000 $. Les demandes représentent au total plus de 20 % d’augmentation sur trois ans. Énorme. !

D’ailleurs, je dois candidement avouer que je ne pensais pas qu’un enseignant gagnait présentement au-dessus des 80 000 dollars par année. J’ai aussi réalisé que la majorité des gens furent étonnés dans mon entourage.

Le métier d’enseignant est certes demandant, je trouve quand même pas mal grotesque d’entendre le président de la FAE parler d’exploitation à 82 000 $ par année. « Tout ce qui est excessif est insignifiant », disait Talleyrand. Je crois que cela s’applique bien à la notion d’enseignants québécois prétendument « exploités ».



Si noir que ça ?

L’Institut du Québec, un institut de recherche économique, s’est penché sérieusement sur la situation des enseignants québécois. Sont-ils maltraités lorsqu’on prend la peine d’aller chercher des comparatifs ? La réponse est non. Peut-on faire mieux ? La réponse est oui.

Voici l’extrait exact : « La rémunération des enseignants du Québec est comparable à la moyenne de l’OCDE. À parité de pouvoir d’achat, les enseignants québécois sont mieux payés que ceux de la Finlande, mais moins bien rémunérés que ceux des Pays-Bas, de Singapour, de l’Ontario et de la moyenne canadienne. »

Par contre, parmi les pays qui payent mieux les enseignants, bon nombre sont aussi plus exigeants, que ce soit en matière d’évaluation ou de formation continue. 

[
Ajoutons que, pour ce carnet, la valeur de l'enseignement au Québec n'est pas optimale : il est peu diversifié (toutes les écoles doivent enseigner un identique programme gouvernemental y compris des matières controversées comme ECR) et davantage orienté vers une formation de citoyen du monde et des attitudes politiquement correctes qu'une culture nationale, encyclopédique ou scientifique (au choix). Voir Québec — La construction d'une nouvelle citoyenneté par l'école.]

À Singapour, les enseignants suivent 100 heures de formation par an pour se tenir au courant des dernières techniques alors que la pédagogie elle-même est « magistrale » et l'enseignant n'est en rien un simple animateur. Le gouvernement les paie bien aussi. Il accepte la nécessité de classes plus importantes (la moyenne est de 36 élèves contre 24 dans l’ensemble de l’OCDE et 12 dans les classes dédoublées des banlieues immigrées en France). Car mieux vaut avoir de grandes classes données par d’excellents enseignants que de plus petites aux mains de médiocres. Les enseignants qui cherchent de l’avancement sans devenir directeurs d’école peuvent devenir de « maîtres enseignants », responsables de la formation de leurs collègues. Les meilleurs enseignants obtiennent des affectations au ministère de l’Éducation et des primes importantes. Dans l’ensemble, les enseignants sont payés à peu près comme les diplômés dans le secteur privé. Les enseignants sont également soumis à de rigoureuses évaluations de performance annuelles.

]


Les syndicats d’enseignants aiment parfois rappeler que lors de la fondation de son parti, François Legault avait ouvert la porte à rehausser substantiellement leur rémunération. Il faut alors préciser que cela venait avec de nouvelles exigences en retour, notamment la formation d’un ordre professionnel. C’est un peu indécent de demander l’argent lorsqu’on a refusé catégoriquement les autres idées du nouveau pacte.

La présence de marge de manœuvre [surplus nés notamment d’impôts très élevés] semble avoir enivré certains chefs syndicaux. Du calme, le gouvernement ne laissera pas les syndiqués du secteur public partir avec la caisse. Ceux qui garderont l’appui du public amélioreront leur chance d’avoir leur part.


Voir aussi

Syndicats satisfaits : taux du nombre d’élèves par enseignant en baisse constante au moins jusqu’en 2015 [mais mystérieusement les résultats ne s’améliorent pas...]

Singapour — Il est permis de copier : « Singapour privilégie la pédagogie traditionnelle où les enseignants donnent un cours magistral face à leur classe. Cela contraste avec la préférence de nombreux réformateurs qui privilégie un enseignement plus souple, plus « progressiste » dont le but est d’apprendre aux enfants à apprendre par eux-mêmes. Bien que les études internationales donnent à penser que l’enseignement magistral (« l’instruction directe ») est, en effet, un bon moyen de transmettre des connaissances, ses détracteurs soutiennent que la méthode de Singapour consiste à « bûcher et tuer » et qu’il produit de malheureux matheux sans imagination. Les parents s’inquiètent du stress que le système impose à leurs enfants et à eux-mêmes alors qu’ils convoient leurs enfants à des cours particuliers. [...] Singapour a obtenu des résultats en collaboration qui surpassaient ses excellents résultats en lecture et en sciences. Les élèves singapouriens se sont également déclarés heureux, plus que les élèves en Finlande, par exemple, un pays que les pédagogues présentent souvent (pour les mauvaises raisons selon Nathalie Bulle) comme une façon d’obtenir des résultats exceptionnels avec des méthodes plus « affectueuses » d’enseignement. »


PISA 2015 — Les bonnes notes du Québec remises en question

Lecture des élèves à 10 ans, bons résultats du Québec, pour les rares participants

Les résultats des élèves au PISA remis en question

TIMSS 2015 : le Québec s’en sort bien en maths, les garçons encore mieux, mais faible participation québécoise

vendredi 1 novembre 2019

Table ronde sur la crise de la foi, de la famille et de l'Église catholique

Table ronde tenue le 28 octobre 2019*sur la décadence dans le monde et dans l'Église catholique, et comment en sortir. En compagnie de :



* La date incrustée dans le bandeau inférieur de la vidéo (28 octobre 2010) est une erreur.

Pologne – Un projet de loi citoyen contre la sexualisation des enfants

Le lundi 21 octobre avait lieu au Parlement européen un nouveau débat sur la Pologne. Il ne s’agissait pas cette fois de discuter des réformes de la justice mises en œuvre par le gouvernement de Mateusz Morawiecki, mais de l’accès à l’éducation sexuelle. En réalité, à part les eurodéputés polonais, il n’y avait à peu près personne. Il s’agissait, pour reprendre les mots du député du PiS Ryszard Legutko, « non pas de débattre, mais de créer l’événement ». Dans la semaine qui a suivi sa défaite électorale, l’opposition gaucho-libérale polonaise tentait de renouer avec sa stratégie de 2015-16, à savoir d’organiser des manifestations de rue et de demander à l’UE de faire pression sur le PiS. L’occasion lui en était cette fois donnée par une nouvelle initiative citoyenne, qui a recueilli 265,00 signatures (il en faut au moins 100 000 pour porter un tel projet au parlement) et que la Diète sortante a adoptée le 17 octobre en première lecture avec les voix du PiS.



Le projet de loi citoyen en question, intitulé Stop Pedofilii (« Stop à la pédophilie »), sera donc examiné en commission par la nouvelle Diète. Il a été lancé par l’organisation pro-vie Pro-Prawo do Życia (« Pro-Droit à la Vie »). Présenté par une partie de l’opposition comme interdisant l’éducation sexuelle à l’école, ce projet de loi prévoit en réalité d’interdire et punir toute action entreprise par des adultes en vue d’inciter les mineurs à avoir des relations sexuelles, ce qui inclut les ateliers d’éducation sexuelle conduits par des militants souvent liés aux milieux LGBT qui, avec l’accord de directeurs d’école naïfs ou idéologisés, viennent expliquer aux enfants, à l’insu des parents, que se masturber et regarder de la pornographie est quelque chose de tout à fait naturel et même de très sain, que les identités sexuelles et les sexualités sont fluctuantes et se valent toutes, qu’en cas de problème pour ceux qui choisiront l’hétérosexualité il y a l’avortement (même si l’avortement est interdit dans la majeure partie des cas en Pologne), et que tout ce qui compte est le consentement mutuel des participants à l’acte sexuel. En bref, il s’agit avec ce projet de loi de s’opposer à cette vision de l’éducation sexuelle proposée dans un document élaboré en 2010 en Allemagne par l’OMS — Région Europe et le Centre fédéral pour l’éducation à la santé (BZgA) à l’intention des gouvernements européens, intitulé « Standards pour l’éducation sexuelle en Europe ».

Ce sont justement ces standards que le maire de Varsovie, Rafał Trzaskowski, du parti libéral Plateforme civique (PO), promettait de mettre en œuvre dans les écoles de la capitale polonaise lorsqu’il signait en février dernier une « charte LGBT+ » qui allait enflammer le débat avant les élections européennes et contribuer, en portant ce débat sur le terrain sociétal, à l’éclatante victoire du PiS en mai.

L’initiative citoyenne attribuée à tort au PiS par ses critiques et par certains médias n’interdit donc pas l’éducation sexuelle en tant que telle, contrairement à ce qu’a prétendu le député polonais et militant LGBT Robert Biedroń, chef du parti d’extrême gauche Wiosna, lors du débat au Parlement européen. En réalité, il stipule des peines de 2 à 3 ans de prison pour toute personne « qui promeut ou vante publiquement les comportements à caractère pédophile » ou « qui promeut ou vante publiquement les actes sexuels chez les mineurs ». Ces clauses visent aussi les personnes qui agiraient ainsi par le biais des médias ou en relation avec leur poste ou leur profession ou encore en relation avec une activité liée à l’éducation ou l’enseignement.

Le 25 octobre était justement la date choisie pour l’édition 2019 du « vendredi arc-en-ciel » organisé dans certaines écoles polonaises par l’ONG polonaise Kampania Przeciw Homofobii (KPH, Campagne contre l’homophobie »). Une action qui suscitait comme l’année dernière de fortes résistances. Cette année, pour éviter d’être tenue responsable, la KPH passe par les associations d’élèves comme celle qui prétendait organiser le 24 octobre, dans un lycée de Poznań, une « journée de la jupe » lors de laquelle les élèves des deux sexes étaient invités à venir en jupe. Si cette journée avait eu lieu, ce qui n’a pas été le cas en raison des réactions négatives, les garçons en jupe avaient la promesse qu’ils ne seraient pas interrogés par leurs professeurs ce jour-là.

Pour revenir au projet de loi citoyen « Stop à la pédophilie », plusieurs manifestations et événements ont été organisés dans la semaine qui a suivi les élections du 13 octobre sous l’intitulé « Automne moyenâgeux ». Parmi ces actions de protestation, une discothèque avec drapeaux LGBT a été organisée sous la fenêtre depuis laquelle le pape Jean-Paul II s’adressait aux habitants de Cracovie quand il s’y trouvait lors de ses pèlerinages en Pologne. C’était le 16 octobre, pour le 41e anniversaire de l’élection de Saint Jean-Paul II au trône de Saint Pierre. Pourtant, ce n’est pas l’Église qui est à l’origine du projet de loi citoyen contre lequel les manifestants souhaitaient protester.

Si le PiS a refusé de rejeter ce projet de loi en première lecture, ce qui est un engagement de principe pris avant les élections de 2015 pour ce qui concerne les initiatives citoyennes, il n’est pas dit que cette nouvelle initiative ne subira pas le sort de celle qui voulait interdire les avortements eugéniques (pour motif d’anomalie ou maladie grave et incurable de l’enfant à naître) et que le PiS a, après son adoption en première lecture en 2017, bloqué en commission jusqu’à la fin de la législature.

Source : Visegradpost

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Législatives en Pologne : les « ultra-conservateurs » natalistes conservent la majorité absolue

L'empire du bien continue d'empirer

La chronique d’Éric Zemmour à l'occasion de la réédition de l’un des chefs-d’œuvre de Philippe Muray publié pour la première fois en 1991. Toujours aussi jubilatoire. Et prophétique.

Il est devenu une légende. Un mythe. Une référence suprême. On se passe ses bons mots comme autant de clins d’œil complices, de codes de reconnaissance et de connivence, entre une blague de Coluche ou Desproges et une citation de grands écrivains de ce XIXe siècle qu’il connaissait si bien. Il est de ces auteurs que Fabrice Luchini aime à lire au théâtre et la figure tutélaire d’une « réacosphère » que les progressistes n’osent pas égratigner. Trop drôle, trop féroce, trop lucide, Philippe Muray est intouchable. Depuis sa mort en 2006, il a acquis un statut de prophète de notre monde hyper-individualiste qui noie dans la fête (homo festivus) sa vacuité spirituelle. Alors, quand l’occasion est donnée de relire le maître, de se délecter de ses trouvailles et bons mots, on se précipite pour aller voir si sa réputation de Cassandre ne s’est pas démentie avec le temps. Lui-même avait exercé ce devoir d’inventaire en 1998, soit sept ans après la parution de son célèbre Empire du Bien, pour une préface à la hauteur de sa réputation : « Depuis l’empire du Bien, le bien a empiré, attaquait-il. Le bien, en 1991, était dans les langes, mais ce petit Néron de la dictature de l’Altruisme avait déjà de sérieux atouts de côté. » Il en profitait pour aligner dans son viseur Jack Lang, qu’il se reprochait d’avoir dédaigné en dépit de ses coupables états de service d’ancien ministre de la Culture socialiste, et grand ordonnateur des fêtes officielles, Fêtes de la musique, Gay Pride, etc. : « dindon suréminent de la farce festive […] combinaison parfaite et tartuffière de l’escroquerie du bien et des méfaits de la fête. »

Encore vingt ans plus tard, où en sommes-nous ? Muray est victime à son tour de la malédiction du « en même temps. » À la fois dépassé et indépassable. Homo festivus n’est plus maître du monde. Il se défend — de plus en plus mal - contre le retour du tragique. Ses ours en peluche et ses bougies font pâle figure après les attentats meurtriers commis par les djihadistes. L’internationalisme démocratique et droit de l’hommiste de « la fin de l’Histoire » (le livre de Fukuyama est contemporain de celui de Muray, et les deux viennent tout naturellement après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du communisme) recule partout face à la realpolitik des leaders nationalistes qui ont émergé dans les vieilles nations — et les anciens Empires — qui entendent bien ressusciter : le Russe Poutine, le Turc Erdogan, le Chinois Xi Jinping, ou encore l’Indien Modi. Les peuples occidentaux se révoltent contre leurs élites qui avaient programmé leur douce euthanasie : c’est le populisme, ce cri des peuples qui ne veulent pas mourir, qui sape les fondements de l’Empire du bien au cœur même de l’Empire : Trump, le Brexit, sans oublier la Hongrie, la Pologne, l’Italie…

Mais c’est au moment où l’histoire semble le rendre désuet que notre Muray nous est le plus utile. Devant l’adversité, le « petit Néron de la dictature de l’Altruisme » a encore grandi. Le tyran s’est entièrement dépouillé de ses habits de lumière festifs. Il donne désormais toute sa mesure tyrannique, voire totalitaire, que Muray avait annoncée, cette « envie de pénal » qu’il avait détectée : lois liberticides étouffant les paroles rebelles sous couvert de lutte contre « les fake news » [bobards], procès en rafale contre tous les dissidents enfermés dans « la cage aux phobes », selon sa formule géniale, sans oublier l’utilisation massive du tapis de bombes des médias pour accoucher du monde nouveau. Lisons-le : « Le consensus n’est qu’un autre nom pour servitude […] L’intéressant, c’est que le lynchage prend maintenant des masques progressistes. Le lynchage accompagne le consensus comme l’ombre accompagne l’homme […] La passion de la persécution reprend, je le répète, un poil de la bête terrible sous les croisades philanthropes. »

Au début des années 1990, on pouvait encore croire que certaines excroissances de l’Empire du Bien ne toucheraient pas la France, pays protégé par son archaïsme même, sa futilité, sa légèreté, son génie propre : « Un pays où le féminisme anglosaxon et le déconstructivisme derridien n’ont jamais pu réellement adhérer, prendre racine en profondeur, ne peut être tout à fait mauvais. C’est bien pour cela que nous inquiétons. Il faudra un jour nous liquider. Nous coloriser nous aussi. Nous convertir intégralement. »

C’est fait. Ou presque. Il y a encore quelques résistances, quelques Catherine Deneuve pour défendre les « porcs », quelques universitaires pour affronter à mains nues la mouvance décoloniale, mais ils sont submergés par la puissance de feu (médiatique, judiciaire, politique, économique) de « l’Empire du bien ». Celui-ci, d’abord surpris par une rébellion populaire qu’il n’attendait plus est passé à la contre-offensive : « “Jamais l’égoïsme ne s’était montré plus à découvert, mais le bien public, la liberté, la vertu même étaient dans toutes les bouches”, constatait Mme de Ménerville dans l’ambiance de 1789. Nous en sommes là exactement. Je cite quelques écrivains parce qu’ils sont seuls à avoir su, à avoir su voir, à avoir su dire, que ce sont toujours les pires salauds qui s’avancent le cœur sur la main. » Muray ne serait pas surpris par l’arrivée de Macron à l’Élysée : « À chaque siècle son Tartufe. Le nôtre a un petit peu changé. Il s’est élargi, étoffé. Il est membre fondateur de plusieurs SOS-Machin, il a fait les Mines ou l’ENA, il vote socialiste modéré, ou encore progressiste-sceptique, ou centriste du troisième type. »

« L’Empire du bien » s’impose toujours avec le cœur en drapeau : « Nous sommes en pleine dévotion cordicole. En plein culte du Cœur-roi. En plein nœud cordien. » Mais il ne cache plus désormais son gros bâton pour réprimer tous ceux qui osent ne pas se soumettre. À l’époque de Muray, l’illusion consensuelle avait encore cours. Ce temps-là est révolu. Là aussi, Muray nous l’avait annoncé : « Le pamphlet à Cordicopolis serait devenu un genre impossible ? Et si c’était le grand contraire exactement ? Si tout grand livre, désormais, si tout récit de mœurs bien senti, tout roman un peu énergique, devait de plus en plus virer, comme fatalement, même sans le vouloir, au pamphlet le plus véhément ? […] Car l’avenir de cette société est de ne plus pouvoir rien engendrer que des opposants ou bien des muets. »

À chacun de choisir son camp, opposant ou muet.


L'Empire du bien
de Philippe Muray
paru le 29 août 2019
chez Perrin,
à Paris,
dans la collection Tempus,
142 pp.
ISBN-10 : 2262080771
ISBN-13 : 978-2262080778

Non, la France n'a pas toujours été terre d'immigration

Un entretien avec Michèle Tribalat dans les colonnes du Figaro. La démographe juge que le président de la République a une vision erronée de l’histoire de l’immigration en France. Son dernier ouvrage paru est « Statistiques ethniques, une querelle bien française », L’Artilleur, 2016.

LE FIGARO. —Dans Valeurs actuelles, Emmanuel Macron juge que « nous avons toujours été une terre d’immigration ». Partagez-vous cette appréciation ?

Michèle TRIBALAT. – S’il est vrai que des étrangers ont de tout temps voyagé en Europe, on ne peut en déduire que la France a été de tout temps une terre d’immigration. En 1851 on ne compte que 381 000 étrangers en France, soit 1 % de la population. Il s’agit de voisins européens installés en France, des Belges en grand nombre, notamment. C’est vrai que la France a connu une immigration étrangère précoce par rapport à la plupart de ses voisins, où celle-ci s’est surtout développée dans les années 1960 ou après. La grande vague migratoire des années 1920 a amené en France de nombreux Italiens et Polonais. En 1931, la proportion d’immigrés (nés étrangers à l’étranger) était de 6,6 %. Je suis donc sidérée par les erreurs du président qui déclare, dans Valeurs actuelles, après avoir affirmé que « nous avons toujours été une terre d’immigration », qu’« on a toujours eu 10 à 14 % de la population qui était d’origine étrangère ». En réalité, la France a connu trois grandes vagues migratoires, celle des années 1920, interrompue par la récession et la guerre ; celle des Trente Glorieuses, suivie d’une décrue lors du dernier quart du XXe siècle ; et la vague qui a démarré avec le XXIe siècle et qui est d’intensité comparable, pour l’instant, à celle des Trente Glorieuses. Comment pourrait-on avoir eu une population d’origine étrangère d’une grande stabilité, ne serait-ce que sur cette longue période ? Et qu’entend le président par population d’origine étrangère ? D’après les dernières données diffusées par l’Insee, nous aurions un peu plus de 14 millions de personnes d’origine étrangère sur deux générations en 2018, soit 21 % de la population. J’avais déjà été frappée par la bévue de Gérard Collomb, qui, devant la commission des Affaires étrangères, « évaluait » à 200 000 la population d’origine étrangère en Île-de-France, ce qui lui paraissait déjà beaucoup, sans choquer personne dans l’assistance. Pourtant, ça ne représenterait que 1,7 % de la population de la région ! Le président n’a pas d’idées plus claires sur les tendances de l’immigration étrangère et ses effets démographiques.




– Quels enseignements tirer de la comparaison des vagues d’immigration ?

– La composition par origine de la population immigrée a beaucoup changé. En 1982, en France métropolitaine, 56 % des immigrés étaient d’origine européenne et 33 % étaient originaires d’Afrique. Dans l’ensemble de la France hors Mayotte en 2018, ces proportions sont respectivement de 33 % et 46 %. Le courant migratoire qui a le plus augmenté est celui en provenance de l’Afrique hors Maghreb (près de 18 % dans l’ensemble de la France hors Mayotte en 2018, contre 4,3 % en 1982 en métropole). L’effacement de la contribution européenne est encore plus visible sur les jeunes d’origine étrangère de moins de 18 ans : en France métropolitaine, en 2017, seulement 22 % de ceux-ci sont d’origine européenne, 40 % d’origine maghrébine et 20 % originaires du reste de l’Afrique. Ce qui a beaucoup changé aussi, c’est l’intensité des concentrations, que nous avons mesurée avec Bernard Aubry, pour les jeunes d’origine étrangère de moins de 18 ans. À la fin des années 1960, la proportion de jeunes d’origine étrangère dans les communes d’au moins 5000 habitants était proche de 15 %. Elle s’est beaucoup accrue, notamment dans les communes d’au moins 30 000 habitants, où elle dépasse 37 % en 2015. On ne peut guère comparer les immigrés européens venus après la guerre à ceux d’aujourd’hui. Les premiers étaient chrétiens et l’endogamie religieuse a favorisé la mixité des unions avec des Français d’origine. Pour les musulmans venus du Maghreb ou du Sahel, l’endogamie religieuse est un obstacle à cette mixité. Par ailleurs, la manière dont était envisagée l’intégration dans les années 1960 n’a rien à voir avec la conception multiculturaliste à laquelle la France souscrit désormais.

– Le président Macron évoque ces citoyens qui font « sécession » avec la République…

– Emmanuel Macron parle de sécession, mais n’a pas l’air de prendre très au sérieux la ferveur religieuse qui se développe notamment chez les jeunes musulmans. Il y voit une compensation, une provocation de la part de personnes qui « se moquent de la religion » qu’elles « utilisent pour provoquer la République », laquelle n’aimerait pas les musulmans. Constat qu’il semble partager. C’est une manière d’accréditer la posture grief. Le président place la responsabilité du côté de la France, qui n’en aurait pas fait assez pour intégrer économiquement les pères et les frères des filles qui se voilent. On retrouve ici la priorité qu’il accorde aux conditions matérielles. D’ailleurs, c’est à la fin de « la fabrique de l’intégration par le modèle économique » des Trente Glorieuses qu’il attribue les problèmes actuels. Manifestement, la fracture culturelle ne l’intéresse pas ou il la juge suffisamment superficielle pour disparaître avec la prospérité. Je ne vois pas de grand changement par rapport à sa déclaration de campagne niant l’existence d’une culture française.

– Macron souligne l’échec des politiques d’assimilation. Qu’en penser ?

– Le mot « assimilation » n’a pas franchi ses lèvres. Il parle de « l’échec de notre modèle » (sans autre précision) qui, conjugué à « la crise que vit l’islam », expliquerait que des filles ou petites-filles d’immigrés se voilent. C’est un peu court ! De quel modèle parle-t-il ? J’ai bien peur que ce soit du modèle économique plus inclusif qu’il appelle de ses vœux. Le modèle d’assimilation français est mort. Il a été abandonné par les élites et officiellement par l’État, sous Jacques Chirac en 2004, lorsqu’il a souscrit au modèle d’intégration multiculturaliste ainsi défini par la Commission européenne : « L’intégration est un processus dynamique à double sens d’acceptation mutuelle de la part de tous les immigrants et résidents des États membres. » L’assimilation, au contraire, est un modèle asymétrique qui privilégie la continuité historique en accordant un privilège à la culture du pays d’accueil. Elle n’a pas tant besoin de politiques particulières que d’un engagement du corps social dans son entier, élites comprises.