jeudi 9 mai 2019

La Révolution française n’est pas ce qu’on vous a dit !


Claude Quétel présente une histoire incorrecte de la Révolution française décrite comme une folie meurtrière et inutile dès 1789. 

Une lecture iconoclaste et utile.

Chronique d’Éric Zemmour

CROIS OU MEURS ! de Claude Quétel, Taillandier-Perrin, 478 P., 21,90 €.

« La Révolution est terminée. » En prononçant cette phrase en 1989, l’historien François Furet entendait signifier qu’au bout de deux siècles de querelles historiographiques, l’interprétation de la Révolution française ne faisait plus débat, et qu’elle était arrêtée aux principes qu’il avait définis, à savoir la distinction entre une « bonne » révolution, celle des Droits de l’Homme en 1789, et une « mauvaise », grosse de tous les dérapages criminels, voire totalitaires, de la Terreur de 1793. On peut dire aujourd’hui que Furet a gagné. Le discours de nos livres scolaires comme de nos politiques, comme celui répandu dans la plupart de nos universités, suit la doxa établie par Furet. Seule une poignée d’irréductibles historiens marxistes continue de voir la Révolution comme un « bloc » (selon la célèbre formule de Clemenceau) qui suit, en dépit des violences et des échecs, son inexorable et lumineux chemin progressiste. Pour ceux-là, l’histoire de France commence avec la Révolution, 1789 sortant la nation des limbes de l’obscurantisme où l’avait plongée l’Ancien Régime.

Et si François Furet et sa vision libérale étaient fausses ? Et si la théorie du « bloc » était la plus pertinente, mais qu’il fallait, pour lui donner sa pleine saveur, la retourner comme un gant ? Et si la Révolution était un « bloc », mais un bloc de violence, de fureur, d’injustices criminelles, une catastrophe nationale du début à la fin ? C’est cette thèse audacieuse que défend Claude Quétel : « Le temps est venu de découvrir l’imposture derrière la posture et de convenir enfin que la Révolution française fut un épisode exécrable, de bout en bout, de l’histoire de France (…) Une folie meurtrière et inutile, une guerre civile (…) Le dérapage, ce fut en réalité la Révolution tout entière, dès les premiers jours des États généraux ».

Notre iconoclaste n’a rien inventé : tout son livre est contenu dans Les Origines de la France contemporaine d’Hippolyte Taine. Notre auteur le reconnaît d’ailleurs humblement et rend un hommage mérité au « grand profanateur », qui a osé affronter, seul contre tous, l’université française, soumise d’abord à l’historiographie républicaine puis, après la Seconde Guerre mondiale, à sa version communiste. Taine est inégalable, insurpassable, indémodable. Pour un lecteur de Taine, il n’y a rien de nouveau sous le soleil de Quétel. « Tout est philanthropie dans les mots et symétrie dans les lois ; tout est violence dans les actes et désordre dans les choses. » En une phrase — et en des milliers de pages, et vingt ans de travail, de 1876 à 1895 — Taine a tout dit et tout compris. Ajoutez-y les travaux d’Augustin Cochin qui, avant de mourir en héros pendant la Première Guerre mondiale, a analysé la formidable organisation des sociétés de pensées jacobines, héritées de celles des Lumières, qui ont façonné et dirigé, jusque dans les plus petites villes de France, le vote aux États généraux de 1789 : « Tout se passe comme si la France entière obéissait au mot d’ordre du mieux monté des partis, et on ne voit point de partis » ; et vous avez tout le livre de Quétel.

Mais si celui-ci n’a rien inventé, il a le grand mérite d’exhumer deux auteurs qui ont été dénigrés, et enterrés par l’université française. Mieux qu’un hommage, une résurrection. Et un pied de nez à tous les progressistes qui tiennent le haut du pavé universitaire et médiatique. Quétel nous montre que, comme le dit Malouet, député monarchien (favorable à une monarchie constitutionnelle) : « Pour tout homme impartial, la Terreur date du 14 juillet. » Il ne nous cache rien des faiblesses de la monarchie, mais nous montre avec crudité des révolutionnaires emportés par leur verbe (une majorité d’avocats), se saoulant de grands mots qui finissent par de grands crimes, et cachant derrière l’emphatique « peuple de Paris », les coups de main d’une moins ragoûtante « populace » de sans-culottes. Quétel considère que la lutte contre le catholicisme, « en achevant de donner un caractère messianique à la Révolution, porte en elle le recours à la guerre ». La guerre civile.

Michelet arrêtait l’histoire de la Révolution à la chute de Robespierre le 9 Thermidor. Quétel la poursuit jusqu’au coup d’État de Bonaparte du 18 Brumaire. C’est Bonaparte qui achève la Révolution, dans les deux sens du terme : il impose une dictature militaire pour sortir le pays de l’anarchie et de la ruine ; mais il sauve aussi l’essentiel de son œuvre en préservant la société égalitaire et méritocratique qu’elle avait fondée. Quétel ne commet pas l’erreur habituelle des historiens républicains qui appellent « guerres de l’Empire » ce qui est en vérité avant tout des « guerres de la Révolution ». En revanche, il se soumet pour une fois à la doxa contemporaine en dénonçant « la soif de conquêtes » des armées françaises. Il dénonce à juste titre ses rapines et ses pillages qui venaient combler les trous creusés par l’impéritie des révolutionnaires. Mais, obnubilé par sa juste vindicte contre les Jacobins, il passe à côté de l’essentiel, à savoir l’affrontement géopolitique entre la France et l’Angleterre pour l’hégémonie mondiale. Ce combat avait commencé avant la Révolution et la monarchie française l’avait perdu lorsque Louis XV avait dû abandonner les conquêtes au Canada et en Inde. Ce funeste traité de Paris de 1763 est, selon certains historiens anglo-saxons, la cause fondamentale de la Révolution.

En tout cas, à partir du moment où les Jacobins les plus intelligents (et survivants !) comprennent que la Révolution avait échoué à régénérer l’homme, ils mettent leur énergie, et leur patriotisme, au service de cette grande cause nationale : redonner à la France le premier rang en Europe. C’est dans les plans du Directoire que Napoléon fondera sa stratégie d’empereur et ce sont d’anciens collaborateurs de Louis XV qui permettront à Carnot d’être pour la postérité « l’organisateur de la victoire ». La Révolution aura été ainsi un énorme — et paradoxal — détour pour tenter de venger la défaite de l’Ancien Régime. Un furieux et ultime effort — et vain — de la France pour prendre sa revanche sur l’ennemi héréditaire anglais. Vaincue, la France se consolera comme elle pourra avec un grand discours prétentieux et faux sur la « grande » révolution qui avait apporté la lumière au monde. Deux siècles plus tard, on en est toujours là.

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lundi 6 mai 2019

Cours d'éducation à la sexualité, l'imposition de la théorie du genre est cruciale...

« Un plateau de débats sans idées préconçues à Télé-Québec », c’est ainsi que Télé Québec vend son émission Zone Franche. Il faut saluer cette volonté de la part des producteurs de réunir des gens aux opinions tranchées et opposées sur un plateau pour débattre d’une question de société. C’est suffisamment rare au Québec pour être salué.

Sans idées préconçues ?

Ceci dit, nous ne sommes pas certains que le débat ait été présenté sans idées préconçues de la part des producteurs de l’émission. Les termes du débat sont plusieurs fois faussés. Prenons trois exemples.

1. C’est ainsi que Mme Isabelle Maréchal pose une question « Mais est-ce qu’on peut faire confiance à l’école ? » pour y répondre aussitôt positivement « Il faut ». Dans cette question, Mme Maréchal confond l’école, nullement en question comme institution nécessaire dans le monde (tout le monde est pour) et le ministère du Québec et ses programmes (tout le monde n’est pas pour...). Ainsi donc la présentatrice répond à sa propre question — sans idée préconçue bien sûr — « parce qu’il faut donner une chance à l’école à un moment donné ». En parlant d’école plutôt que de ce programme, Mme Maréchal veut emporter l’approbation des spectateurs qui sont naturellement enclins à faire confiance en l’école de leur choix.

Mais pourquoi faire confiance dans ce programme particulier ? Nous ne faisons aucune confiance, nous n’avons aucune foi a priori dans les programmes moraux pondus par des experts ministériels. Aucune. Ils doivent mériter cette confiance.



C’est également sans idée préconçue, bien sûr, que la production présente le débat en ces termes :


2. Or la question n’est pas vraiment dans ce débat de savoir si « les cours d’éducation sexuelle ont leur place à l’école » (même sous Duplessis des prélats catholiques y souscrivaient). Ce n’est pas la question, car ces cours n’avaient jamais vraiment disparu, mais variaient d’une école à une autre, voir ci-dessous une capture d’écran du site du ministère en janvier 2017 qui nous le rappelait. Il s’agit plutôt de savoir si CE programme imposé par le Monopole de l’éducation doit l’être dans toutes les écoles sous cette forme. Poser la question dans les termes « pour ou contre l’éducation sexuelle », c’est fausser le débat. C’est vouloir rallier le commun des spectateurs à la position du « oui, bien évidemment » et de mettre la table en de tels termes que ceux qui s’opposent à CE programme d’éducation à la sexualité passent pour des olibrius attardés.


3. L’idée qu’il y a un rapport entre la fin des cours de formation personnelle et sociale (mais pas la fin de cours sur la sexualité, rappelons-le) et l’augmentation des infections transmises sexuellement est également une manière de fausser le débat par la production. Rien ne prouve qu’il y ait causalité. En effet, d’une part, il y avait encore des cours d’éducation à la sexualité (variables d’une école à l’autre) mais, d’autre part, il y a eu une recrudescence des IST dans les pays occidentaux ces dernières années sans qu’il y ait eu de changement dans l’éducation à la sexualité (États-Unis, Suède, Pays-Bas). Voir aussi Le cours d’éducation sexuelle ontarien évite-t-il l’augmentation du nombre de maladies vénériennes ?

Cette présentation d’un lien entre la fin (partielle) de l’éducation à la sexualité et hausse des IST ressemble à une autre grosse ficelle pour imposer l’idée de la nécessité de ce programme particulier.

L’émission en entier est ici.

Quelques extraits 


1. Inadmissible que les valeurs morales ou sexuelles des parents soient respectées et que les parents puissent soustraire leur enfant à des portions du cours, selon l’enseignant de secondaire V, Martin Dubé. Bienvenue au Québec, terre de libertés, pour ceux qui pensent dans les clous du sexuellement correct progressiste. Notons que M. Dubé n’hésite pas à qualifier d’« homophobe » (aversion pathologique à l’homosexualité) un parent peu enthousiaste pour un cours sur « l’homosexualité » parce qu’il trouverait, par exemple, l’hétérosexualité plus normale que l’homosexualité, préférerait que ses enfants soient hétérosexuels, sans haïr les homosexuels, et qu’il s’opposerait à ce que les agents de l’État disent l’inverse à ses enfants (Voir ci-dessous lien sur le plan interministériel contre l’« hétérosexisme » du PLQ que la CAQ ne touchera bien sûr pas). Pour ce carnet, l’État n’a pas à imposer sa morale sexuelle et n’a pas à lutter contre l’hétérosexisme.



2. Pas de cours d’éducation à la sexualité à part, il sera diffus, saupoudré dans les autres matières. Pas d’examen, mais on pourra aborder la sexualité en français, de déclarer béate une partisane du cours, dans des textes argumentatifs... Plus de classiques de la littérature, mais subtilement (ou non) du sexuellement correct partout ? Dans la pratique, les parents qui s’opposent à des portions du cours ne sauront donc pas quand retirer leurs enfants.



3. La Théorie du genre est un cheval de Troie de ce programme déclare Me Jean-Yves Côté. Cela inquiète de nombreux parents. Lili Boisvert, activiste progressiste qui fait des capsules militantes sur Télé-Québec (voir cette vidéo navrante payée avec vos impôts) essaie d’abord de ridiculiser l’idée, de ne pas comprendre le lien avec le cours ou de ne pas comprendre le scandale. Nesrine Bessaïh, partisane du cours, elle, a très bien compris le rapport et insiste que c’est un sujet essentiel du programme, car il touche à ce que vivraient les enfants, ce serait selon elle au centre des problèmes des élèves. À savoir la pression vers des rôles et des comportements stéréotypés masculins et féminins. Rappelons que c’est écrit noir sur blanc dans le programme : lutter contre « les effets nuisibles [sic] des versions traditionnelles » des rôles sexuels. La vie privée, l’intimité est maintenant du ressort de l’État. Un garçon plus petit, plus frêle qu’un autre se fait traiter d’efféminé... Vite ! Une dose de théorie du genre par un agent de l’État. Tu seras « queer » ou « bispirituel », les options sont infinies, fluides. Peu importe si l’adolescent a un simple retard de croissance. L’État doit intervenir. Et s’il est gros, laid ? Que fera l’État de plus qu’apprendre la courtoisie et l’amabilité aux enfants ? Développer tout un programme scolaire ?




Me Jean-Yves Côté fait référence à ce dessin (une infinités de genres, de sexes, d'orientations) :



Zemmour rappelait déjà que les programmes scolaires socialistes en France (ce sont politiquement ceux de la CAQ au Québec, avec plus d’insistance sur les connaissances en France) parlaient aussi de « lutter contre les stéréotypes sexuels ». C’est le nouveau vocable de la novlangue de gauche pour remplacer la « théorie du genre ».




Pour aller plus loin (en anglais), selon le professeur de psychologie Jordan Peterson dire que l’identité de genre est indépendante du sexe biologique est faux, c’est un non-sens. Les données scientifiques sont très claires, irréfutables, c’est aussi faux que de dire que la Terre est plate. Ceci ne veut pas dire qu’il n’y ait pas des femmes masculines et des hommes efféminés. Mais même si l’identité de genre n'était qu'une convention, purement performative, il faut que le reste de la société sache comment répondre à cette identité et cela n’est pas purement subjectif, cela nous est imposé par les autres. Vouloir choisir parmi une infinité d’identités de genre est la recette pour être complètement aliéné. Et vouloir imposer sa propre définition, sa propre identité de genre unique et originale (puisque les choix sont infinis) est une manière de dominer les autres, c’est foncièrement narcissique. De nombreux transgenres ont contacté le prof. Peterson.  Les militants autodésignés du « genre » ont rendu la vie de ces personnes nettement plus difficile. Ces personnes qui ont effectué leur transition aspirent surtout à passer inaperçues et à adopter une identité stéréotypée. Le militantisme LGBTQ les gênent dans ce désir.



Quelques remarques sur la captation

Un échange intéressant entre Rébecca Thérien et la sexologue a été coupé au montage. En substance, interrogée sur sa connaissance du dossier et si elle avait tout lu, Mme Thérien a répondu qu’elle avait lu tout ce qu’il y avait de disponible sur le site du ministère. À quoi la sexologue lui a répondu qu’elle n’avait pas pu tout lire puisque certains documents qui fondaient le programme n’étaient disponibles qu’aux personnes dûment habilitées.  Mme Thérien a conclu qu’on demandait aux parents de faire confiance à l’État qui imposait ce programme, mais que celui-ci leur interdisait dans un manque de transparence évident l’accès à tous les documents...

Selon des personnes dans l’audience, une bonne part du public était constitué d’étudiants en sexologie et en communications de l’UQAM. Cela expliquerait certains applaudissements visiblement partisans, par exemple quand Lili Boisvert intervient lors de la discussion sur la théorie du genre. Beaucoup d’applaudissements partisans ont cependant été coupés au montage.

Urbania qui produit cette émission produit aussi Sexplora, émission animée par Lili Boisvert qui apparaît dans la vidéo sur la théorie du genre. Urbania se dit « Anti-conformiste, curieux, irrévérencieux ». Les émissions de Mme Boisvert nous semblent pourtant très conformistes et prévisibles de la part de cercles qui se veulent progressistes, modernes et féministes.

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Programme d’éducation à la sexualité du Québec : lutter contre « les effets nuisibles des versions traditionnelles » des rôles sexuels

Détourner la lutte contre l’intimidation et intimider les hétérosexistes 

Pas de classiques de la littérature, mais la lutte contre l’hétérosexisme en classe de français, d’anglais, d’histoire et de mathématiques



Billet originel du 30 avril

Cours d’éducation à la sexualité du Monopole de l’Éducation du Québec

L’entrée en vigueur du nouveau programme québécois d’éducation à la sexualité crée de la résistance.

Depuis septembre 2018, une formation sur différents aspects de la sexualité et à la théorie du genre est imposée à près d’un million de jeunes des niveaux primaire et secondaire au Québec. Une fois de plus aucune échappatoire... Le Premier ministre Legault (que certains prétendent conservateur) a brutalement fermé la porte à toute forme de contestation.

Pourtant, pour des groupes de parents inquiets et des organisations religieuses, la question n’est pas réglée. Ce programme d’éducation à la sexualité particulier doit-il être imposé à tous les élèves ?

Invités

• Jean-Yves Côté, avocat à l’Association des parents catholiques du Québec
• Martin Dubé, professeur en secondaire 5
• Israël Poulin, père de famille opposé au programme d’éducation à la sexualité
• Nesrine Bessaïh, présidente de la Fédération du Québec pour la planification des naissances
• Rébecca Thérien, mère de famille opposée au programme d’éducation à la sexualité chez les tout-petits
• Lili Boisvert, militante féministe qui fait aussi des capsules pour Télé-Québec, elle anime l’émission Sexplora, produite par Urbania.
• Julie Lemay, sexologue M.A. à la commission scolaire des Patriotes
• Célestine Uhde, élève de secondaire 5

Un peu d’amalgames bien orientés de la part des producteurs

Les producteurs insinuent sournoisement dans leur communiqué annonçant cette émission : « selon le ministère de la Santé, les cas d’infections transmises sexuellement ont augmenté depuis 2002, soit peu de temps après l’abolition du programme de formation personnelle et sociale. »

L’ennui c’est que les infections transmises sexuellement ont augmenté un peu partout en Occident ces dernières années sans qu’on y ait aboli les cours d’éducation sexuelle (voir liens ci-dessous). Voyons si la production de l’émission osera ressortir cet amalgame simpliste lors de la diffusion de l’émission.

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L’absence de nouveau programme d’éducation sexuelle explique-t-elle la hausse des MST ?

Programme d’éducation à la sexualité du Québec : lutter contre « les effets nuisibles des versions traditionnelles » des rôles sexuels

Éducation à la sexualité : « les craintes des parents sont légitimes » (Ce texte aurait mené à l’exclusion de la professeure Nadia El-Mabrouk d’un colloque syndical à cause de ses positions sur la laïcité et l’éducation à la sexualité.)

Le cours d’éducation sexuelle ontarien évite-t-il l’augmentation du nombre de maladies vénériennes ?





Intolérable question : « Peut-on s'adapter aux changements climatiques ? »

Beaucoup de bruit la semaine passée autour de la question d’examen de français de la dernière année du secondaire au Québec (à la fin de la 11e année de scolarité, vers 16/17 ans).

Pour les lecteurs non québécois, il faut préciser que cet examen de français ne porte sur aucun auteur classique ni sur des connaissances littéraires. Il s’agit plutôt d’écrire une courte lettre ouverte dont le thème est connu à l’avance, thème préparé en classe sur la base d’un dossier fourni par le ministère. Lors de l’examen, l’élève peut amener le matériel suivant : une feuille de notes basées sur le dossier et la préparation à l’examen, un ​dictionnaire, une grammaire et un recueil de conjugaison. Apparemment, même dans ces conditions, certains élèves parviennent à échouer l’épreuve.


Les jeunes avaient donc reçu quelques jours auparavant un « dossier préparatoire » qui indiquait que la question à l’examen porterait sur « les changements climatiques ». Mais ce n’est que jeudi matin qu’ils ont appris la nature précise de la question, comme le prévoient les règles pour cette épreuve d’écriture de trois heures et un quart qui consistait à rédiger une « lettre ouverte » de 500 mots.

« Question si maladroite » pour Le Devoir

Pour le Devoir, « une question d’examen posée sur le réchauffement climatique était si maladroite que des milliers d’élèves ont écrit sur une page Facebook pour se moquer le ministère de l’Éducation. »

Quelle était donc cette question ?

« Peut-on s’adapter aux changements climatiques ? » La question, posée jeudi dans l’épreuve uniforme de français des élèves de secondaire V partout au Québec, a causé une vague d’indignation dans des groupes d’élèves militants.

Vendredi matin, plus de 35 000 comptes Facebook avaient rejoint un groupe qui avait été créé, au départ, pour que les finissants du secondaire échangent sur l’examen en question.

Maladresse envers toute une génération

Selon Radio-Canada, la page Facebook, intitulée « Examen du ministère 2019 » a pris une autre tournure lorsque les milliers d’élèves ont voulu dénoncer l’angle de la question au sortir de l’examen.

« C’est normal que ça intéresse les élèves. On fait des mouvements pour l’environnement. Il n’y a rien qui se passe et on nous fait passer un examen là-dessus », affirme Francis Claude, administrateur et créateur du groupe Facebook en question.

L’élève à l’école secondaire du Mont Sainte-Anne estime que le ministère de l’Éducation a fait preuve de maladresse envers sa génération. Toute une génération, rien que cela...

Il ne faut pas s’adapter aux changements climatiques. Il faut tenter de les inverser.

« On veut faire changer les choses [par rapport aux changements climatiques]. On fait des recherches et on se rend compte qu’il faut agir vite. […] On fait des manifestations, et la réponse du gouvernement, c’est de nous faire passer des examens là-dessus. Tout ce qu’on va écrire dans nos textes, ils ne liront jamais ça. On dirait qu’ils rient de nous », affirme-t-il.

Étrangement, ce dossier de préparation ne peut être divulgué au public... Serait-il partial ?

Pourquoi prendre au sérieux cette indignation ?

Pourquoi cette question suscite-t-elle ce rejet de la part de ces élèves et Le Devoir n’hésite-t-il pas à parler de question « si maladroite » ?

Il s’agissait d’un examen de français, pas d’un examen de science, ces élèves pouvaient donc dire qu’il n’est pas possible de s’adapter, qu’il vaut moins atténuer ou inverser les changements climatiques, si c’est leur opinion... Pour peu qu’ils rédigent leur lettre correctement, de manière structurée, en présentant des arguments de façon éloquente et dans un bon français.

Sur le fond, s’adapter au réchauffement climatique n’exclut pas de vouloir atténuer ou inverser les « changements climatiques ». Aucune incompatibilité logique.

D’ailleurs, des militants écologiquement corrects prônent l’adaptation aux « changements climatiques » comme la Fondation Suzuki.


Pourquoi cette indignation donc ?

Parce que militants et encore très jeunes, ces élèves manichéens et peu subtils ne comprennent pas qu’agir n’est pas incompatible avec s’adapter, que s’adapter c’est déjà agir ?

Parce qu’il fallait sortir un peu de sa bulle de confort ? Parce que pour répondre à la question, il faut présenter et développer des arguments étayés (mais pas nécessairement imparables sur le plan scientifique) et cela demande un effort de rédaction ? Parce que défiler dans la rue c’est plus facile, plus valorisant ?

Ou s’agit-il simplement d’un prétexte pour parler d’inverser la courbe du « réchauffement » dans les médias et dénoncer l’idée même d’adaptation qui pourrait séduire le commun des mortels plus pragmatiques ?



Ministre Roberge, flagorneur et climatiquement correct

Questionné sur la situation lors d’une étude de crédits, le ministre de l’Éducation a affirmé qu’il n’était pas au courant de la question, qui relevait plutôt des fonctionnaires du ministère de l’Éducation.

« Drôle de question, en effet », a commenté vendredi le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, sur Twitter à propos de la question formulée par son ministère. « À mon avis, on aurait dû demander comment lutter contre les changements climatiques, et non s’il était possible de s’y adapter. »

« Je me réjouis de la réaction des élèves. Je trouve intéressant qu’ils soient en mode solution, proactifs, dans la lutte contre les changements climatiques. Je suis encouragé. Les élèves disent : on veut participer aux solutions », a-t-il ajouté, en entrevue au Devoir, avant de préciser que cette « question n’a rien à voir avec la politique du gouvernement du Québec ».

Qu’un ministre de l’Éducation applaudisse sur Twitter aux erreurs de raisonnement de ces jeunes en disant qu’à son avis, « on aurait dû demander comment lutter contre les changements climatiques, et non s’il était possible de s’y adapter » est affligeant. Car il faudrait plutôt admettre l’évidence : même si l’on arrêtait demain matin de produire des gaz à effet de serre, même si l’on croit qu’il y a des changements en cours qui doivent être arrêtés ou inversés (nous n’en sommes pas convaincus, le Québec pourrait bénéficier d’un climat plus chaud), même si l’on croit qu’il y a urgence (ce dont nous doutons), même dans ce cas les changements ne s’arrêteront pas d’un coup : il y a en effet une inertie des systèmes physiques, il faudra donc bien s’adapter aux « changements climatiques » qui ont toutefois le dos large. Voir De plus en plus d'inondations à cause des « changements climatiques », vraiment ?


samedi 4 mai 2019

« La légende noire du clérico-natalisme »

Nous avons tous entendu l’histoire de la mère de famille canadienne française qui s’est fait refuser les sacrements, car elle n’enfantait pas suffisamment aux vues du curé. Que disent les documents historiques ?

L’historien Jean-Claude Dupuis fait la lumière sur cette question avec sa présentation : « La légende noire du clérico-natalisme. » M. Dupuis parlera aussi du problème démographique actuel.



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Du Grand Rattrapage au Déclin Tranquille (vidéo)

vendredi 3 mai 2019

Réformes Blanquer : les nouvelles épreuves d'histoire-géographie au bac sont scandaleuses



Quelques citations :

« Les programmes scolaires d’Histoire/Géographie sont faits avec une chape de plomb idéologique. »

« les élèves sont des cobayes d’une déconstruction de notre Histoire, de notre géographie et de notre culture »

« La réforme du bac [par Blanquer, à 18 ans], les épreuves histoire-géographie sont scandaleuses, cette nouvelle formule revient à des épreuves du brevet des collèges [à 15 ans], plus de composition, plus de dissertation ».

Patrick Boucheron dont il est question dans la vidéo ci-dessus est un spécialiste du Moyen Âge et de la Renaissance, particulièrement en Italie. Selon Éric Aeschimann, de l’hebdomadaire de gauche L’Obs, dans un article consacré à la leçon inaugurale de Patrick Boucheron, avec l’arrivée de ce dernier « le Collège de France vire à gauche ». En 2017, sous sa direction est publiée une Histoire mondiale de la France, encensée par de nombreux médias conformistes. Pour Alain Finkielkraut, cet ouvrage est un « bréviaire de la bien-pensance et de la soumission ». Il décrit ses auteurs comme des « fossoyeurs du grand héritage français » qui « n’ont que l’Autre à la bouche et sous la plume » mettant en doute que le fait qu’affirmer qu’il n’y a pas de civilisation française et que la France n’a rien de spécifiquement français puisse contribuer à résoudre la crise du vivre-ensemble. Pour sa part, Éric Zemmour dénonce dans Le Figaro une manière de faire de l’histoire qui revient à « dissoudre la France ». L’ouvrage s’inscrit, selon lui, dans une volonté de déconstruction de notre « roman national » présente dans l’Éducation nationale depuis les années 1970. Il dénonce une histoire selon laquelle il n’y aurait « pas de races, pas d’ethnies, pas de peuple », mais que des « nomades » et estime que Boucheron veut « renouer avec le roman national, mais ne garder que le roman pour tuer le national ». Dans cet ouvrage, le parti pris est évident : « tout ce qui vient de l’étranger est bon ». L’essayiste Philippe Conrad note dans La Nouvelle Revue d’histoire que si certaines collaborations sont intéressantes, la volonté de Patrick Boucheron de présenter la France uniquement comme une construction idéologique et de réduire à néant ce que les auteurs dénoncent comme un « roman national » n’échappe pas parfois au ridicule comme pour la réduction de l’année 1917 à une révolte des Canaques en Nouvelle-Calédonie ou l’assimilation du mouvement Nuit debout à la Commune de Paris.

Note sur l'école à la maison

Madame Barbara Lefebvre distingue habituellement clairement la mission d’instruction du ressort de l’école choisie par les parents et celle d’éducation qui ressortit aux parents.

Dans le cas de l’école à la maison, elle s’insurge que des parents musulmans se prémunissent de cette possibilité pour éviter une nouvelle obligation d’aller à l’école dès 3 ans. Madame Lefebvre ne s’oppose pas, paradoxalement, à ce choix des parents musulmans pour des raisons liées à l’instruction (savoir lire, écrire, compter) mais pour des raisons idéologiques (ces musulmans se replient dans un monde moralement trop rigoriste, distinct de la communauté nationale française). Cela peut se comprendre, mais cela n’a rien à voir avec l’instruction, d’autant plus que les bénéfices de l’école obligatoire à 3 ans ne sont en rien évidents... En effet, la France est déjà un pays où 97 % des enfants vont à la maternelle à 3 ans et pourtant ses résultats aux tests PISA sont mauvais, alors que la Finlande qui réussit nettement mieux que la France n’oblige la scolarisation qu’à partir de 7 ans !

Mais l’on comprend que le manque d’intégration de populations issues de l’immigration justifie aux yeux de Mme Lefebvre cette volonté d’éduquer par l’État les jeunes de 3 à 6 ans. Et l’on voit bien là une conséquence d’une immigration trop importante qui s’intègre mal, notamment parce qu’elle est trop nombreuse et peut ne pas ressentir la nécessité de s’intégrer à une société d’accueil parfois perçue comme étrangère ou en déclin.

On assiste au même phénomène au Québec où le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a décidé de serrer la vis à tous les parents qui instruisent leurs enfants à domicile dans le but apparent de lutter contre des élèves juifs hassidiques qui continueraient à aller à des écoles talmudiques (c’est permis pourtant !) en prétendant, selon M. Roberge, apprendre les matières scolaires de base à la maison.  Rappelons que ces élèves juifs étaient pourtant déjà suivis par leur commission scolaire (malheureusement anglophone...) et déjà évalués.

L’immigration de masse de populations très diverses aboutit à la limitation des libertés des populations historiques dans le but d’assimiler ces populations étrangères. C’était déjà l’argument utilisé pour abolir les programmes d’éducation morale ou religieuse et les remplacer par le contesté programme d’éthique et de culture religieuse. Gageons que dans le cas des juifs hassidiques ce resserrement sera sans effet au niveau de l’assimilation culturelle, mais que les parents québécois eux subiront bien des contrôles tatillons supplémentaires, le plus souvent inutiles ou mésadaptés.

mercredi 1 mai 2019

Éducation, l'échec d'un système ?

Barbara Lefebvre, enseignante dans le secondaire jusqu’à l’an passé, dresse un constat est accablant : la nouvelle génération présente tous les signes d’un individualisme grandissant.

La faute à un système d’éducation en déliquescence et démissionnaire. Elle développe cette thèse pessimiste tout au long de son ouvrage Génération « J’ai le droit » aux Éditions Albin Michel.


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Un homme qui se dit femme fracasse quatre records d'haltérophilie féminine

Un homme biologique qui s’identifie comme une femme a provoqué un scandale dans le monde du sport en battant quatre records mondiaux d’haltérophilie. Ses homologues féminins jugent qu’il est injuste de reconnaître les performances d’un sportif qui ne soit pas physiquement comme ses rivales.

« Mary » Gregory (ci-contre), un haltérophile, a suscité une réaction très négative chez certaines Olympiennes après avoir annoncé qu’il avait battu quatre records du monde d’haltérophilie féminine à une compétition de 100 % Raw Weightlifting Federation aux États-Unis.

Mary Gregory a déclaré sur Instagram qu’elle avait remporté la victoire « neuf fois sur neuf », notamment en établissant quatre nouveaux records mondiaux.

L’ancienne nageuse olympique britannique, Sharron Davies, s’était déjà prononcée auparavant contre la participation de transgenres aux compétitions, affirmant sur Twitter : « Tous les records établis par une femme transgenre (un homme né avec une biologie et des avantages masculins) doivent être effacés lorsque toute cette confusion et cette injustice sont comprises. »

​Cette fois-ci, la sportive a prétendu qu’il s’agissait d’un « terrain de jeu injuste ».

« C’est une femme transgenre, un corps masculin avec une physiologie masculine, qui établit un record mondial et remporte une compétition féminine en haltérophilie en Amérique. Une femme avec une biologie féminine ne peut pas rivaliser. C’est un terrain de jeu injuste et inutile », a-t-elle écrit.


Une autre athlète olympique britannique, Kelly Holmes, a commenté le message de Mme Davies sur Twitter, affirmant qu’elle « se préparait à ce que les femmes biologiques boycottent certains événements ». « C’est une sacrée bonne blague », a-t-elle ajouté.

Tyrannie de la modernité : Des jeux vidéo à l’école...

Texte de Mathieu Bock-Coté :

Une des plus grandes peurs de l’homme de notre temps, c’est de ne pas être assez moderne. Elle le hante. Alors il guette les modes, vestimentaires, culturelles, politiques et intellectuelles en cherchant chaque fois à se mettre au diapason de son époque. S’il n’y parvient pas, il se sentira déclassé, déphasé et ringard. On le traitera de conservateur. Et même de réactionnaire.

La plupart de nos contemporains, qui n’ont pas l’estomac assez solide pour supporter la controverse, décident alors de suivre la vague. Faire le mouton, ça peut être très rassurant.

Technologie

Et cette très vilaine manie s’est emparée de l’école. Depuis longtemps d’ailleurs. Alors qu’elle était porteuse d’une riche tradition humaniste, l’école s’est laissée réformer au cours des dernières décennies par mille innovations pédagogiques plus loufoques les unes que les autres. Il fallait relativiser, ou même abolir, le rapport entre le maître et l’élève, et cela, au nom d’une éducation anti-autoritaire.

Il fallait aussi rendre la culture moins intimidante. On a chassé les grands textes de la littérature pour proposer une lecture plus proche du quotidien de l’élève. On a ainsi favorisé un processus de déculturation à grande échelle. La nouveauté n’est pas toujours créatrice. Elle peut être destructrice. Illusion du progressisme !

Mais cela dit, cette quête de la modernité à tout prix se révèle surtout aujourd’hui dans la volonté de connecter l’école aux nouvelles technologies. Le grand fantasme, c’est d’enseigner avec un écran. On rêve à l’école-iPad. On cherche à tout prix à transformer le téléphone portable en instrument pédagogique. Et maintenant, on veut en faire de même avec les jeux vidéo, en les intégrant au domaine des « sports électroniques ».

Dans une société cyberdépendante, où la jeunesse est soumise à un conditionnement technologique sans précédent, qui relève à certains égards de l’hypnose collective et de la manipulation des consciences, la présence hégémonique des écrans est en train de devenir un problème de santé publique.

C’est un tout autre rapport à l’éducation qu’il faudrait privilégier. Je m’imagine un instant ministre de l’Éducation. J’aurais un objectif clair : dés-écran-iser l’école. C’est-à-dire que je romprais avec la culture des écrans.


C’est autour d’un slogan qu’il faudrait se rassembler : à l’école, on se débranche ! À l’école, on renoue avec la concentration. [Lire : L'utilité de l'école : la formation de la faculté d'attention ] À l’école, on renoue avec la lecture. On renoue avec le livre. Et quand vient le temps de faire du sport, on en fait vraiment, sans la médiation d’une console de jeux vidéo. En d’autres mots, l’école devrait moins chercher à se plier à l’esprit de l’époque que résister à ses tendances destructrices.

Tradition

On nous répondra que les choses sont plus compliquées. Qu’il ne faut pas caricaturer. Qu’on peut faire un usage subtil et intelligent des jeux vidéo à l’école sans s’aplatir devant la civilisation du Nintendo.

Mais je ne le crois pas.

Un professeur qui connaît sa matière ; une classe attentive faite d’élèves au moins minimalement disciplinés ; une pédagogie fondée sur la culture et la transmission d’un patrimoine de civilisation : telle devrait être l’école québécoise.


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Fresque dans une école de Chicago : Cachez ces blancs que je ne saurais voir


Une fresque murale de l’époque de la Grande Dépression et qui représente des enfants blancs jouant à l’extérieur en hiver a été retirée de l’école moyenne (12-16 ans) Percy Julian à Oak Park dans les environs de Chicago, car, dans les mots des responsables de l’école, elle ne représentait pas la diversité actuelle de l’école.

« Enfant et sports - hiver », une fresque murale enlevée de la cafétéria de l’école moyenne Percy Julian.
Alors que d’aucuns ont déclaré que la fresque bouleversait les élèves de couleur qui se sentaient « exclus », un historien local a comparé cette suppression à un « autodafé moderne ».

Le directeur de l’école, Todd Fitzgerald, a annoncé l’élimination de la fresque en fin de semaine dans un courriel envoyé lundi au personnel de l’école.

« Des étudiants m’ont fait remarquer que cette image ne représente pas notre corps étudiant ni la diversité d’Oak Park », a écrit Fitzgerald. « Nous allons travailler avec le Cercle de justice sociale et notre Comité sur la diversité pour créer une fresque ou une toile qui représente mieux l’école moyenne Julian. »

Cynthia Brito Millan, coordinatrice du Cercle de justice sociale du collège, a déclaré que la campagne en vue de supprimer la murale avait commencé en février lors d’une réunion du conseil scolaire de district. Les élèves se sont dits frustrés par une ambiance d’exclusion à l’égard des étudiants de couleur — lesquels constituent 45 % du corps étudiant. Ces élèves ont cité la fresque comme exemple.

« Cette fresque occultait la présence d’élèves, car elle ne reflétait pas le corps étudiant actuel », a déclaré Brito Millan. « Comment un élève peut-il apprendre dans un environnement sain s’il se sent ignoré ? »

Brito Millan a déclaré que l’enlèvement de la fresque n’était pas un processus aisé et qu’il avait nécessité plusieurs réunions avec un conservateur. Elle espère que les élèves pourront collaborer avec un artiste local sur une future peinture murale représentant davantage de diversité.

La peinture murale — nommée « Enfant et sports - Hiver » — se trouvait dans le bâtiment depuis 2002. Elle était auparavant à l’école primaire Lowell qui a depuis lors fermé. Ethel Spears a peint cette œuvre en 1937 avec un financement de la Works Progress Administration (WPA), une agence New Deal créée en 1935 dans le but de créer des emplois pour les chômeurs et d’améliorer l’infrastructure du pays.

Dans le cadre du Projet artistique fédéral, le WPA a financé de 1935 à 1943 des artistes au chômage afin de doter d’œuvres artistiques des lieux publics tels que les écoles. La peinture murale est l’une des huit fresques réalisées à Oak Park. Une des fresques sœurs, « Enfant et sports - Été », se trouve à l’école moyenne Gwendolyn Brooks, dans la partie ouest de la banlieue. Les Blancs sont également les seules personnes représentées sur cette fresque.

D’autres peintures murales financées par WPA ont suscité l’indignation dans une autre école à Oak Park et dans d’autres villes, notamment certaines comprenant « des images stéréotypées de Noirs ou d’Amérindiens ».


La fresque était située en haut d’un mur de la cafétéria

« On ne peut pas effacer l’histoire »

David Sokol, professeur retraité d’histoire de l’art américain à l’Université de l’Illinois à Chicago, a qualifié l’enlèvement de la fresque murale d’« autodafé des temps modernes ».

«  La fresque n’a rien d’offensant ; elle montre seulement des enfants blancs qui jouent », a déclaré Sokol, auteur et résident d’Oak Park. « Ce n’est pas parce qu’il n’a pas d’enfants noirs que cela devient offensant. Elle ne contient aucun stéréotype [offensant]. C’est à cela que ressemblait Oak Park. On ne peut effacer l’histoire. »


Barbara Bernstein, fondatrice du New Deal Art Registry, a déclaré que le retrait de la fresque était une occasion manquée pour les étudiants de se familiariser avec l’histoire qui les entourait.

« Je pense que d’ôter une œuvre d’art historique c’est vraiment rendre un mauvais service », a déclaré Bernstein. « Votre environnement ne peut pas toujours vous refléter parfaitement. »

Sokol préférerait plutôt que l’école conserve la fresque et s’en serve comme d’un objet pédagogique ou l’équilibre en faisant peindre une autre fresque représentant l’Oak Park « ethnique » actuel.

Sur la façade de l’école figure déjà une mosaïque en hommage à Percy Julian, un scientifique afro-américain qui a vécu à Oak Park. L’école se nomme Julian Percy en son honneur. Un grand tableau de l’école représente également un enfant noir et un enfant blanc en train de grandir ; à un moment donné, on les montre se donnant la main.

Élèves devant la mosaïque à l’entrée de l’école


mardi 30 avril 2019

Eschyle interdit, Finkielkraut insulté: sectarisme à l’université

Faut-il s’habituer à de telles scènes ? Après avoir été chassé de Nuit debout, puis agressé en marge d’une manifestation des « gilets jaunes », c’est désormais en plein Saint-Germain-des-Prés, dans l’une des écoles les plus prestigieuses de France, que le philosophe Alain Finkielkraut a été pris à partie. Une poignée d’étudiants « antifas » du groupuscule Sciences Po en lutte Institut Clément Méric (sic) ont voulu empêcher la tenue d’une conférence organisée à l’IEP de Paris par une association d’étudiants souverainistes de l’école, Critique de la souveraineté européenne, qui avait convié l’auteur de L’Identité malheureuse.

Ces fondamentalistes d’extrême gauche avaient appelé sur Facebook au « rassemblement contre la venue » d’un homme « dont les propos ouvertement racistes et sexistes sont aussi dangereux qu’intolérables ». « Il ne peut pas exister de dialogue lorsque des individus aussi profondément réactionnaire qu’Alain Finkielkraut, par leur propos et leurs idées, mettent nos vies et nos existences en danger », soutenaient ces activistes. Heureusement, la conférence eut bien lieu grâce à la détermination des organisateurs, et le soutien de l’administration de Sciences Po, qui, il faut le souligner, fut à la hauteur des enjeux de la liberté d’expression. Avec dignité, Finkielkraut exprima son désarroi : « Je suis fatigué, bouleversé, de ne pas pouvoir mettre le nez dehors sans que des gens veuillent me faire la peau. »

« Cela en dit long sur le climat dégradé de la vie intellectuelle française », a aussi constaté l’intellectuel. En effet, ce genre d’intimidations se multiplie : il y a un mois, une représentation de la pièce Les Suppliantes d’Eschyle, qui devait se tenir à la Sorbonne, a été annulée, sous la pression de « groupuscules antiracistes ». Motif : certains comédiens blancs se seraient rendus coupables de « blackface » en portant des masques noirs.

Répétition de la pièce d’Eschyle avec les masques

Cet inquiétant sectarisme intellectuel qui gangrène nos écoles est aussi le énième symptôme de l’américanisation de la vie universitaire française. Sur les campus américains, en effet, il est devenu banal de faire annuler la venue d’un conférencier jugé intolérable pour une minorité d’activistes, qui privatisent l’espace public au nom de la revendication du droit à un « safe space », un espace protégé de paroles estimées offensantes. Chaque année d’ailleurs, l’association conservatrice William F. Buckley Jr, à Yale, honore une figure publique qui a été « désinvitée » d’un campus. Hasard du calendrier, l’association recevait justement il y a deux jours son lauréat de l’année, qui n’était autre que l’ancien secrétaire d’État américain Henry Kissinger. À 95 ans, le diplomate a été réduit au silence par des étudiants de la New York University (NYU) qui l’ont traité de « nazi » et de criminel de guerre, lui qui a pourtant fui l’Allemagne hitlérienne pour échapper aux persécutions et a pourchassé des officiers de la Gestapo à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les étudiants lui reprochaient d’être le symbole de la « domination blanche notamment, », par dans son la implication, guerre du Vietnam.

Voilà qu’on traite des juifs de nazis, et qu’on prétend chasser le décrété « intolérant » au nom de la tolérance. « Je leur ai dit : “Les fascistes, c’est vous ; les années 1930, c’est vous ; les autodafés de livres, c’est vous” », a réagi vivement Alain Finkielkraut mardi soir. Dans les années 1960, c’était les commandos d’extrême droite qui intervenaient pendant la pièce de Genet Les Paravents, à l’Odéon. Mais aujourd’hui, ce n’est pas le GUD qui perturbe pièces de théâtre et conférences. D’ailleurs, l’ancien trotskiste Edwy Plenel lui-même eut les honneurs de l’amphithéâtre principal de Sciences Po l’an dernier, sans qu’aucune protestation, et c’est normal, n’ait eu lieu. Il faut se rendre à l’évidence : ce n’est plus désormais l’extrême droite qui menace la liberté d’expression sur les campus, mais l’extrême gauche [qui continue de le faire comme par le passé].

Cet incroyable renversement de la liberté d’expression a été magistralement analysé par Mathieu Bock-Côté dans son dernier livre, L’Empire du politiquement correct (Éd. du Cerf). « Les sensibles et les offusqués réinventent à leur manière le blasphème en mettant en avant le droit de ne pas être offensés », souligne le sociologue québécois. La bataille qui a eu lieu mardi soir n’est qu’un épisode dans une guerre de longue haleine qui se mène au cœur de nos démocraties libérales. C’est l’honneur de la France de résister à ce nouvel empire et de défendre bec et ongles la liberté de penser, la faculté de débattre, et la possibilité d’une conversation qui fonde la vie civique.



Source : Eugénie Bastié