mercredi 9 janvier 2019

Brésil — Le coup de pied dans la fourmillière scolaire et universitaire

Décrié sur la scène internationale, le nouveau président brésilien Jair Bolsonaro a pris ses fonctions le 1er janvier.

Pour mettre fin aux critiques, ce nationaliste dur tente de donner des gages sans renier son projet de lutte contre le gauchisme culturel. Ainsi, a-t-il nommé le Brésilo-Colombien Ricardo Velez Rodriguez, 75 ans, ministre de l’Éducation.

Intellectuel, auteur de très nombreux livres, formé notamment en France, à L’EHESS, ce spécialiste de Tocqueville a quitté la Colombie à la fin des années 1970 avant d’assister à la mise en coupe réglée de l’université brésilienne.

Sous la dictature militaire (1964-1985), la gauche a su admirablement conquérir le pouvoir culturel alors qu’elle avait perdu la guerre politique. C’est ainsi qu’un gros tiers des Brésiliens est devenu socialiste, préparant l’arrivée aux affaires du Parti des travailleurs de Lula au début des années 2000.

Aussi, Velez Rodriguez a-t-il devant lui un double défi considérable : rompre avec l’idéologisation des enseignements et enrayer la chute du niveau scolaire. Les élèves brésiliens ayant le bonnet d’âne du classement PISA qui évalue le niveau en mathématiques (58e sur 65 pays) et en lecture (55e), les plus aisés déboursent entre 1 000 et 2 000 euros par mois pour scolariser leur progéniture dans des écoles privées hors de prix.

Profil de  Ricardo Velez Rodriguez (en portugais)
« En premier lieu, que l’on se débarrasse de tous les déchets marxistes qui ont repris les propositions éducatives de nombreux fonctionnaires du ministère de l’Éducation. »

La faute en incombe notamment aux professeurs du secteur public, qui se prennent pour des clercs marxistes chargés de défaire la semaine ce que le pasteur évangélique a fait le dimanche. Acquise aux « cultural studies », la dernière session du baccalauréat local (ENEM) a atteint des sommets grand-guignolesques en novembre dernier. Les candidats ont dû analyser un texte écrit en pajuba, le « dialecte des travestis », puis disserter sur le « baiser lesbien de la grand-mère ». À aucun moment, il n’était précisé que l’extrême violence qui touche les homos et transgenres brésiliens est majoritairement le fait du crime organisé… et non des conservateurs sociaux qu'il faudrait réformer.

Voir aussi

Brésil — Nomination d'un ministre de l'Éducation conservateur



L'OQLF n'a plus analysé la qualité du français à l'école depuis 2008

Jacques Maurais, ancien coordonnateur de la recherche et de l’évaluation à l’OQLF, souligne dans une lettre ouverte que

2. L’OQLF devait publier en 2018 le bilan que l’article 160 de la Charte de la langue française lui impose de faire « au moins tous les cinq ans ». Il n’a publié aucun bilan complet depuis 2008. Je vous prie de demander à l’OQLF de mettre à jour tous les tableaux du bilan de 2008 pour que les citoyens puissent se faire une idée de l’évolution de la situation linguistique.

[...]

4. Le bilan de 2008 comportait un chapitre sur la maîtrise du français. On y trouvait des données sur le taux de réussite en qualité de la langue aux épreuves de français de 5e secondaire et à l’épreuve uniforme de français du collégial. Le ministère de l’Éducation ne met pas en ligne les résultats détaillés aux épreuves du secondaire : il importe donc que l’OQLF mette à jour les données de son bilan de 2008. Pour le collégial, nous savons que le taux de réussite au critère de la qualité de la langue est passé de 90 % en 1998-1999 à 84,8 % en 2015-2016. Les analyses que j’ai faites des données du Ministère montrent aussi que les résultats en orthographe sont en baisse depuis 1997-1998 et en syntaxe depuis 2002-2003. Le Ministère n’a pas publié les résultats de 2016-2017 et de 2017-2018. Pourriez-vous demander à votre collègue de l’Éducation de les mettre en ligne en attendant qu’ils soient intégrés au bilan de l’OQLF ?


On apprend aussi :

3. La place du français dans l’affichage à Montréal vous inquiète à juste titre. L’OQLF a publié le 29 mars 2018 une étude sur l’affichage à Montréal. On y affirmait que, de 2010 à 2017, il y avait eu une hausse dans la conformité à la réglementation. Cette hausse n’est pas étonnante quand on sait que la règlementation a été assouplie en 2016. Le Devoir a bien débusqué l’astuce quand il a titré dans son édition du 30 mars : « De nouvelles règles embellissent le portrait de l’affichage en français. » L’étude publiée en 2018 se concentre sur la conformité des commerces au nouveau règlement édulcoré mais fournit très peu de données sur la concurrence des langues dans l’affichage et encore moins sur l’évolution de cette concurrence.

Il m’a néanmoins été possible d’établir à partir de ces données parcellaires que, de 1997 à 2017, les commerces ayant pignon sur rue affichant uniquement en français sont passés de 52 % à 22,8 %, soit une baisse de 29,2 points.

Les données partielles dont nous disposons à l’heure actuelle permettent de croire qu’il y a eu un recul significatif de la présence du français dans l’affichage commercial sur l’île de Montréal depuis vingt ans.

Pendant cette période, l’Office a effectué quatre enquêtes sur le sujet. Il a reçu le mandat de suivre l’évolution de la situation linguistique. Il dispose des données nécessaires pour informer la population de l’évolution de la concurrence des langues dans l’affichage commercial à Montréal de 1997 à 2017. Il ne l’a pas fait dans son rapport de 2018. Il se doit de le faire le plus tôt possible.

5. L’OQLF a publié, en 2017, une nouvelle Politique de l’emprunt linguistique [à l'anglais "windshield", "bumper" ?], « sans réelle consultation du milieu » comme l’ont écrit les auteurs de dictionnaires Marie-Éva de Villers et Jean-Claude Corbeil. Ces derniers ajoutent : « La politique de l’emprunt linguistique adoptée par l’OQLF en 2017 constitue un recul évident, un retour à la case départ des années 60. Si l’on avait appliqué les critères d’acceptabilité retenus dans la nouvelle politique de l’emprunt linguistique, jamais nous n’aurions été en mesure d’entreprendre et de réaliser les chantiers linguistiques menés par l’Office de la langue française » (Le Soleil, 23 septembre 2017). J’espère que vous n’hésiterez pas à rappeler à l’OQLF que son rôle n’est pas de décrire les usages populaires québécois mais de proposer l’usage d’un français correct dans l’Administration, l’affichage, le commerce, la publicité, l’enseignement, etc.

6. Je vous suggère, Madame la Ministre, de jeter un coup d’œil sur les priorités organisationnelles de l’OQLF. Le nombre d’inspecteurs y est passé de huit, en 2013‑2014, à quatre en 2014‑2015. On me dit que ce nombre serait toujours de quatre. Parallèlement, j’ai appris que deux terminologues ont été chargés de préparer, pendant au moins deux ans, des dossiers de « désofficialisation » de termes publiés à la Gazette officielle ces quarante dernières années : ce travail de Pénélope est-il vraiment nécessaire ? [Il s'agit donc de pouvoir utiliser dans la communication officielle des termes anglais plutôt que des termes français offciels.] L’OQLF ne pourrait-il pas mieux gérer ses ressources humaines ? Plusieurs termes qui étaient déconseillés dans les avis publiés à la Gazette officielle sont dorénavant considérés par l’OQLF comme acceptables en contexte familier. Est-ce le rôle de l’OQLF de régenter la langue familière ? Ne devrait-il pas plutôt s’occuper des usages institutionnels de la langue ?

Jordan Peterson : l'État ne devrait plus enseigner l'éducation sexuelle

Le New York Times a décrit le célèbre psychologue Jordan B Peterson dont le dernier livre s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires comme « l’intellectuel public le plus influent du monde occidental à l’heure actuelle ». Il s’est exprimé le 27 décembre 2018 dans le Scottish Catholic Observer, il revient sur la volonté politique de nombreux gouvernements en Occident d’imposer de nouveaux programmes d’éducation à la sexualité qui vont au-delà des faits biologiques et intègrent des éléments moraux, de lutte contre les « stéréotypes sexuels » ou de théorie du genre :


« Je pense que nous sommes probablement près du point où l’État ne devrait plus enseigner l’éducation sexuelle des enfants, car il n’y a pas de consentement culturel quant au contenu d’un tel programme, alors je pense que cela devrait revenir à la famille », a déclaré le Dr Peterson.

« Non pas que ce soit une solution parfaite, mais l’éducation sexuelle prescrite par l’État n’a pas été parfaite non plus, car elle est devenue tellement contaminée par une idéologie. », a-t-il ajouté.

« Je pense que les écoles devraient simplement en rester là (“leave it be”). Si des idéologues enseignent à vos enfants, vous devriez les sortir de la classe, car il n’y aucune justification à l’enseignement idéologique. » [L'ennui c'est qu'il est difficile de savoir à l'avance si un idéologue enseigne à vos enfants et même après coup, les enfants ne disent pas toujours à quel point ils ont été troublés ou ébranlés par un tel idéologue à l'école.]

« L’idée que nous n’aurions découvert la véritable nature du genre que ces cinq dernières années est le comble de l’absurdité. Je pense que la conséquence fondamentale est que cela va semer la confusion chez beaucoup plus d’enfants que cela ne les aidera. »

Voir aussi

Radio-Canada et opuscule Ayas et Gendreau : article partial à charge, généralisations, manque de contexte et distance

Jordan Peterson et les jeunes « trans » (M-à-j avis de Debra Soh sur l’augmentation de ceux-ci)

Québec — Clinique de changement de sexe débordée (épidémie psychologique sociale ?)

Étude suggère augmentation du nombre d’adolescentes transgenres est en partie un phénomène social

La priorité éducative du Québec (du moment) : Urgence : « Adapter l’école aux écoliers transgenres »

Le genre et l’université : une chape de plomb s’abat



lundi 7 janvier 2019

Sortie d'un livre sur le cours d'éducation sexuelle du Québec (m-à-j)

Le livre est maintenant disponible !



L'objectif des auteurs est de donner aux parents des pistes de réflexion en relation avec tous les thèmes et objectifs pédagogiques du programme d'éducation à la sexualité imposé par le Ministère de l'Éducation. En annexe: comment dialoguer avec son professeur pour trouver un terrain d'entente afin de retirer son enfant de la salle de classe et de donner la matière à la maison, tout en gardant l'enfant inscrit au programme.



En vente pour moins de 10 $


Version papier : https://www.amazon.ca/dp/2981797700/

Version électronique Kindle : https://www.amazon.ca/dp/B07MLMTQ33/

Sur le même sujet : Jordan Peterson : l'État ne devrait plus enseigner l'éducation sexuelle

Radio-Canada et opuscule d'Ayas et Gendreau : article partial à charge, généralisations, omissions, manque de contexte




Communiqué des Parents premiers éducateurs ::

Message aux parents interpellés par le programme "Éducation à la sexualité" imposé dans toutes les écoles du Québec, publiques comme privées

 Publication de livre lundi 7 janvier en après-midi

Plusieurs parents croient que le gouvernement impose des enseignements sexuels trop tôt et d'une manière qui contrevient à leurs valeurs. L'ex-Ministre de l'Éducation Sébastien Proulx a déclaré qu'il n'y aura pas de droit de retrait de ce cours.

Pour sortir de cette impasse, Dr Raouf Ayas et l'abbé Robert J. Gendreau ont rédigé un outil pédagogique qui répond aux objectifs du Ministère de l'Éducation, tout en étant respectant le développement des enfants.

Le livre sera vendu sur Amazon pour 10$ le lundi 7 janvier 2019 en début d'après-midi. Pour acheter votre copie le jour même, cherchez le nom du livre dans la barre de recherche http://www.amazon.ca/ : Réflexions pour susciter le dialogue parents/enfants sur le programme Éducation à la sexualité du Ministère de l'Éducation du Québec de la maternelle à la 3e année du primaire ou bien cherchez le livre par le nom des auteurs.

De courtes vidéos explicatives seront bientôt mises sur cette page Facebook Parents Premiers Éducateurs et sur YouTube.

Les cours commencent déjà partout au Québec, il n'y a plus de temps à perdre.

Rappel: le Dr Raouf Ayas et l'abbé Robert J. Gendreau tiennent une conférence le mercredi 16 janvier 2019 à Saint-Laurent (Montréal), plus de détails ici







samedi 5 janvier 2019

Chine — Malgré la fin de la politique de l'enfant unique, la natalité continue de baisser

Des démographes chinois ont déclaré que le nombre de nouveau-nés en 2018, la troisième année après la mise en œuvre complète de la politique en faveur des deux enfants, aurait peut-être diminué de plus de 2 millions et que le nombre de naissances continuera de diminuer. Le nombre de bébés nés en 2018 aurait chuté de plus de deux millions par rapport à 2017, qui avait déjà connu une chute de 3,5 % par rapport à l’année précédente.

La Chine sera-t-elle vieille avant d’être riche ? Contrairement au Japon qui a commencé à vieillir après être devenu riche, ce qui est plus facile à gérer.

L’âge médian de la Chine était de 22 ans en 1980. En 2018, il était de 40 ans. Il passera à 46 ans en 2030 et à 56 ans en 2050. Aux États-Unis, l’âge médian était de 30 ans en 1980 et de 38 ans en 2018. En 2030, il sera de 40 et 44 ans en 2050. L’âge médian au Québec a atteint 42 ans en 2016, par rapport à 34 ans en 1991 et à 26 ans en 1971. À titre de comparaison, l’Inde avait un âge médian de 20 ans en 1980 et de 28 ans en 2018.

« Bien que les données nationales sur la naissance de nouveau-nés n’aient pas encore été publiées, les données révélées par les services de santé locaux ont montré que le nombre de nouveau-nés en 2018 avait diminué d’au moins 15 % par rapport à l’année précédente », a déclaré mardi He Yafu au Global Times. He Yafu est démographe et auteur d’un livre sur l’impact de la politique de population de la Chine.

« Le nombre de naissances en 2017 était de 17,23 millions. Selon les calculs actuels, le nombre de nouveau-nés à travers le pays pourrait chuter de plus de 2 millions », a-t-il prédit.

Il a ajouté que le nombre de naissances en 2018 pourrait tomber en dessous de 15 millions de personnes, citant une source proche de la Commission nationale de la santé.

Yi Fuxian, chercheur à l’Université du Wisconsin à Madison, et Su Jian, directrice du Centre national de recherche économique de l’Université de Pékin, ont également déclaré au Global Times que le nombre de nouveau-nés en 2018 diminuerait de plus de 2 millions, une baisse qui contredit les prédictions optimistes des autorités de la santé chinoises. La plus haute autorité sanitaire du pays avait également prévu que le nombre de nouveau-nés en 2018 dépasserait de 790 000 naissances celui de 2017, alors qu’on assisterait plutôt à une baisse trois plus forte.

Baisse de la population en 2018 de 1,27 million

On apprend également une nouvelle qui serait une première en 70 ans ! La population de la Chine a baissé l’an dernier. Les chiffres officiels ne seront connus que courant janvier, mais le spécialiste Yi Fuxian, chercheur basé aux États-Unis à l’université du Wisconsin-Madison, estime que la population de la Chine a reculé l’an dernier de 1,27 million de personnes. Une paille par rapport à une population totale de 1,39 milliard d’habitants…

Dogme de l’enfant unique

Décidé afin d’éviter qu’un accroissement trop rapide de la population ne freine le développement économique, l’impopulaire dogme de l’enfant unique, introduit en 1979, a provoqué de terribles dérives, comme les stérilisations et les avortements forcés. Même si elle comportait des exceptions, cette politique répressive a également dangereusement accéléré le vieillissement de la population chinoise. D’où le revirement du gouvernement dès fin 2013 : les couples dont l’un des membres est enfant unique ont eu le droit d’avoir un deuxième rejeton. Deux ans plus tard, cette possibilité était étendue à l’ensemble des foyers, pour une entrée en application début 2016.

La Chine est confrontée à une véritable bombe à retardement. Le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus devrait atteindre 487 millions en 2050, soit près de 35 % de la population, contre 241 millions fin 2017, selon des estimations des autorités chinoises. De quoi mettre en péril les fragiles systèmes de santé et de retraite du pays. Et menacer l’économie nationale. La population en âge de travailler (de 16 à 59 ans) a en effet chuté de près de 5,5 millions de personnes en 2017, déclinant pour la sixième année consécutive.

Véritable politique nataliste

L’assouplissement de la réglementation n’a pour l’instant pas eu les effets attendus. Après un rebond des naissances en 2016, leur nombre a chuté en 2017. Plus de 53 % des couples ayant déjà un enfant n’ont pas l’intention d’agrandir la famille, selon une enquête réalisée en 2016 par l’Association des femmes de Chine. Le coût de l’éducation, de la santé et du logement décourage notamment les parents. « De nombreux jeunes Chinois n’ont pas envie d’avoir d’enfant du tout ou de deuxième enfant, car ils craignent de faire chuter leur niveau de vie », souligne Chen Youhua, professeur à l’université de Nanjing, pour qui la multiplication des enfants uniques a contribué au développement de l’« individualisme » et de l’« hédonisme » en Chine. Les réticences sont particulièrement fortes au sein de la classe moyenne, précise-t-il. « La génération née après 1979 a grandi avec la propagande de l’enfant unique : l’idée d’avoir peu de descendants est ancrée dans leur mentalité », complète Yi Fuxian, démographe à l’université du Wisconsin à Madison.

Beaucoup d’experts estiment que la Chine va devoir se lancer tôt ou tard dans une véritable politique nataliste. « Il faut des réformes draconiennes dans toute la société », avec un système de sécurité sociale qui encourage les naissances, une baisse des coûts de l’immobilier, d’éducation et de santé, ou une prise en charge du congé maternité par l’État et non par l’employeur, insiste Yi Fuxian.

Mais, « quelles que soient les mesures, elles n’auront pas de réelle efficacité durant les trente ou cinquante prochaines années », indique le professeur Chen Youhua, tant la faiblesse du taux de fécondité est structurelle. « Des dizaines d’années de planification familiale ont dévasté la structure démographique de la Chine. Les problèmes ne peuvent pas être résolus du jour au lendemain », renchérit Yi Fuxian, qui rappelle que les enfants nés aujourd’hui n’entreront sur le marché du travail que dans une vingtaine d’années au plus tôt…


Québec — Passer aux actes pour défendre la langue française

Robert Dutrisac souligne avec justesse dans le Devoir de ce 5 janvier :

François Legault a eu beau exprimer ses craintes quant à l’avenir du français au Québec, son discours d’ouverture ne mentionnait aucune mesure pour défendre ou promouvoir la langue française. Manifestant la même préoccupation, la ministre Nathalie Roy a écarté d’emblée tout renforcement de la loi 101, promettant seulement de se montrer plus ferme dans l’application des règlements actuels sur la langue d’affichage commercial, comme si c’était suffisant.

Pendant près de quinze ans, les libéraux se sont refusés à affermir la Charte de la langue française (CLF) ; ils l’ont plutôt assouplie, en encadrant les écoles passerelles ou l’affichage des marques de commerce anglaises. En matière de langue de travail, ils n’ont rien fait, sinon déployer avec la Chambre de commerce du Montréal métropolitain une « stratégie commune d’intervention », faite de mesures volontaires, dans le but d’inciter les plus petites entreprises à se franciser, stratégie dont les résultats ont été des plus modestes. Mais au moins, la passivité libérale s’expliquait [au mieux] par une vision jovialiste de la situation de la langue française au Québec.

Pour l’heure, la stratégie linguistique du gouvernement Legault repose essentiellement sur une meilleure francisation des immigrants.

Suite ici

Comme en éducation, on attend un vrai changement plutôt que des mesurettes qui ne modifient rien sur le fond.


vendredi 4 janvier 2019

Accès à l'université — Sélectivité et égalité sont-elles antithétiques ?

La sélectivité et l’égalité sont souvent considérées comme antithétiques ; mais il y aurait des preuves contraires dans le domaine de l’éducation. The Economist s’est penché sur la question.

Le mois dernier, parmi les demandes des Gilets Jaunes qui défilaient dans les rues de France, certains étudiants protestaient contre la manière dont le gouvernement avait modifié le système d’admission à l’université, en passant d’un système qui admettait à peu près tout le monde à un système qui mettait en place un minimum de sélectivité.

Les mécontents se plaignent que les changements sont inégalitaires. Mais les chiffres de l’OCDE semblent démontrer que certains pays parmi les plus égalitaires d’Europe ont les systèmes universitaires les plus sélectifs, et inversement. Voir le graphique ci-dessous.


L’enseignement supérieur finlandais est l’un des plus sélectifs d’Europe. Seul un tiers des candidats sont acceptés. La Finlande a également l’un des niveaux les plus élevés de mobilité intergénérationnelle en Europe, qu’il soit mesuré par les résultats scolaires ou par la différence entre les classes sociales des parents et des enfants. L’enseignement supérieur finlandais jouit d’un degré d’autonomie inhabituel : la plupart de ses universités sont indépendantes de l’État.

En revanche, le système universitaire français est une branche de l’État depuis que Napoléon l’a décrété en 1808, et c’est l’un des systèmes les moins sélectifs de l’Europe. Notons, toutefois, que les universités sont les parents pauvres de l’éducation supérieure en France, alors que les prestigieuses grandes écoles françaises sont extrêmement sélectives. Mais cette étude de l’OCDE est intéressante pour les pays où l’accès à l’université est très peu sélectif. L’entrée à l’université en France est considérée comme un droit dès lors qu’ils réussissent le baccalauréat (le DEC au Québec). Or le taux de passage au bac ne fait qu’augmenter : il était de 87,9 % en 2017 pour tous les candidats qui s’y présentaient, allant jusqu’à 90,6 pour le baccalauréat général, premier diplôme universitaire. Les bacheliers français peuvent s’inscrire dans des filières et pour des matières dont ils ne connaissent rien. Les réformes de l’année dernière, qui permettent aux universités d’obliger les étudiants à suivre des cours de rattrapage s’ils le jugent nécessaire, n’auront que peu de conséquences.

Pourtant, malgré ce système tertiaire français inclusif, la mobilité intergénérationnelle est faible en France, qu’il soit mesuré par les résultats scolaires ou par la catégorie professionnelle. C’est peut-être en partie parce que seuls 40 % des étudiants en France obtiennent leur diplôme dans les délais prévus, ce qui représente un gaspillage financier important. Les taux d’abandon ont tendance à être plus élevés chez les étudiants défavorisés.

L’approche universitaire finlandaise est également rentable sur le plan de la qualité. Le pays se classe en tête de l’indice Universitas 21, qui classe 50 pays en fonction de la qualité de leur université et du PIB par habitant. La France arrive en 19e place, derrière la Grèce et la Chine.

Source : The Economist

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Pourquoi l’université serait-elle le seul secteur où toute sélection serait bannie ?

Japon — la sélection à l'entrée des universités

Angleterre : retour de la sélection dès l’entrée dans le secondaire, disparue depuis 50 ans

Universités — Quand le refus de la sélection engendre la spirale du gaspillage

Effet d'écrémage lié à la liberté scolaire : faible ou déjà présent (notamment par la géographie)

États-Unis ­– Inflation du taux de passage en fin de secondaire ?


La hausse des taux d’obtention du diplôme de fin d’études secondaires aux États-Unis semble exagérée. 

Arne Duncan,
de Chicago comme Barack Obama
À une époque, la performance des écoles secondaires publiques de Washington (DC) était considérée avec émerveillement. Malgré une pauvreté généralisée (trois élèves sur quatre sont issus de familles pauvres) et la ségrégation raciale, la capitale des États-Unis avait considérablement augmenté le taux de diplomation de ses élèves sous Barack Obama. En 2012, seuls 56 % des élèves du secondaire avaient obtenu leur diplôme de fin d’études. En 2017, ce taux avait grimpé jusqu’à 73 %. Arne Duncan (ci-contre), secrétaire à l’éducation de Barack Obama, avait précédemment présenté les résultats du district comme un exemple de « ce qui peut se produire lorsque les écoles adoptent des réformes novatrices ».

Puis la vérité a émergé. Cela a commencé par des reportages dans les médias sur des manigances à l’école secondaire Ballou, une école secondaire uniquement fréquentée par des élèves non blancs ou de milieu pauvre située dans le coin sud-est de la capitale nationale. Le taux de diplomation y était passé de 50 % en 2012 à 64 % en 2017. Lorsque des évaluateurs externes se sont penchés sur les dossiers du district, ils ont constaté que 34 % de tous les diplômes obtenus en 2017 avaient été délivrés de manière irrégulière. Un grand nombre de ces diplômes couronnaient ainsi les efforts d’élèves qui ne se présentaient que rarement à l’école. Le taux de diplomation à l’école secondaire Ballou est depuis retombé sur Terre.

À l’échelle nationale, les taux de diplomation au secondaire ont augmenté de façon constante, alors même que d’autres mesures d’apprentissage et de réussite — examens internationaux, tests standardisés prescrits par l’État, scores aux tests d’admission à l’université — restaient inchangées, voire diminuaient légèrement. Cela pourrait être dû au fait que les enfants s’en tirent mieux, mais uniquement à l’école et dans les examens locaux, ou parce que les écoles sont moins exigeantes.

Il existe des cas de réussite réelle : les écoles à chartes très performantes dans les villes ont permis la réussite de nombreux élèves de familles peu nanties ou de minorités ethniques, les plus à risque de décrocher s’ils étaient restés dans des écoles publiques traditionnelles. Mais pour le reste du pays, les témoins virent peu à peu au rouge. L’État de l’Alabama, qui avait enregistré une augmentation remarquable de 17 points de pourcentage du taux de diplomation entre 2011 et 2015, a depuis admis que ce nombre avait été gonflé. De Charlotte (Caroline du Nord) à Atlanta (Géorgie), en passant par New York et Los Angeles, surgissent des accusations plausibles d’inflation du taux de diplomation.

Un élément omniprésent dans ces cas d’augmentation rapide des taux de diplomation est le recours aux classes de rattrapage en ligne. Il s’agit de cours de rattrapage dispensés par ordinateur que les étudiants peuvent suivre s’ils échouent au cours, au lieu de suivre des classes pendant l’été ou de redoubler. Jeremy Noonan, un ancien professeur de sciences du comté de Douglas, en Géorgie, a eu comme mission de surveiller ces cours de « récupération de crédits » (qui augmentent la note finale) en 2016. M. Noonan a déclaré qu’un collègue lui avait dit que son mandat était de gérer le cours de sorte que les étudiants obtiennent une note moyenne d’au moins 80 %, ce qui leur permettrait d’obtenir leur diplôme même s’ils échouaient aux examens de fin de trimestre.

Le programme informatique utilisé pendant ces cours de rattrapage permettait aux étudiants de repasser des examens qu’ils avaient ratés, en présentant souvent les mêmes questions. « J’ai tout de suite compris qu’il ne s’agissait que de manipuler le système », dit-il. « La plupart des enseignants ont simplement donné aux élèves les réponses sans prendre la peine d’expliquer le contenu du cours », explique Ayde Davis, ancienne enseignante dans une école publique de Del Rio, au Texas, qui a signalé ces abus à l’agence texane de l’éducation. « Les étudiants pouvaient terminer leurs cours à un rythme accéléré, l’administration était heureuse et les professeurs du programme de rattrapage qui coopéraient étaient félicités publiquement. »

Les étudiants ont passé les examens à une vitesse beaucoup trop rapide : l’un d’entre eux a terminé un examen de physique en quatre minutes et a obtenu une note de 80 %, selon les documents officiels qu’elle a conservés. Les documents de Mme Davis montrent que pendant l’année scolaire 2015-2016, 144 crédits ont été accordés pour des cours de rattrapage terminés en moins de dix heures. Selon les concepteurs du logiciel de récupération de crédits, chaque cours dure entre 60 et 75 heures.

On ne sait à quel point ces programmes de recouvrement de crédits sont utilisés comme usines à diplômes. Mais l’usage de ces cours en ligne est désormais très fréquent. L’Institut Fordham, un groupe de réflexion sur l’éducation, estime que 69 % de toutes les écoles secondaires américaines les utilisent. Dans certaines écoles secondaires, plus de la moitié des élèves sont inscrits à des programmes de récupération de crédits. Ils sont particulièrement populaires dans les écoles secondaires urbaines fréquentées par des élèves pauvres ou appartenant à des minorités ethniques — en d’autres termes, précisément dans les endroits où les taux de diplomation ont augmenté le plus rapidement.

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Les écoles à charte monopolisent les meilleures places aux États-Unis

L’avenir des élèves québécois hypothéqué par des enseignants incompétents indéboulonnables

Québec — enseignante dénonce niveau « épouvantablement faible » de ses élèves en français — preuves à l’appui —, la commission scolaire y a vu une tromperie à l’égard du public, une preuve de déloyauté

États-Unis — fraude systématique depuis dix ans dans les écoles publiques d'Atlanta

http://www.pouruneécolelibre.com/2015/06/quebec-enseignants-incites-gonfler-les.html

Inflation des notes dans les universités nord-américaines ?

Universités québécoises : « diplômes au rabais, notes gonflées, cours inutiles »

mercredi 2 janvier 2019

Québec — le programme ECR serait là pour de bon selon le ministre Roberge

Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a été catégorique au sujet du cours d’Éthique et culture religieuse (ÉCR) lors de son entrevue à l’émission Les Francs-tireurs, le 12 décembre dernier : pas question d’abolir cette matière enseignée dans les écoles primaires et secondaires du Québec depuis 2008. L’entretien fut très cordial.

Richard Martineau implore à genou le ministre Roberge d’abolir le controversé programme ECR, il répliquera d’un bref « non » suivi de lieux communs pour défendre ledit programme

M. Roberge, qui a donné le cours d’ÉCR lorsqu’il était instituteur au primaire, concède qu’il y a « des affaires à corriger ».

Rappelons que si la CAQ avait bien décidé en congrès en 2012 à Victoriaville d’abroger le controversé programme d’ECR au primaire. M. Roberge s’était alors publiquement élevé contre cette abolition avant de perdre le vote à main levée de la part des militants. M. Roberge a toujours été un fervent partisan de cet « apprentissage » multiculturaliste imposé par l’État. [Voir La CAQ vote pour l’abolition du programme ECR au primaire].

Selon le ministre du Monopole de l’Éducation du Québec, le programme ÉCR comporte un volet « philosophique » encourageant les élèves à « pratiquer le dialogue ». À ses yeux, le cours d’ÉCR permet donc d’amener les étudiants à « décoder lorsque leur interlocuteur [...] prend un stéréotype, prend un raccourci intellectuel » et à comprendre « l’autre ». M. Roberge résume ce volet du programme comme équivalent à faire de la philosophie avec les « ados ». À 6, 7, 8, 9, 10, 11 ans ?



S’il est vrai que le programme comprend un pan qui enseigne les principaux « sophismes » et paralogismes à éviter (notamment comme ne faire ressortir que de bons points annexes pour excuser un tout critiquable...), on ne voit pas très bien l’utilité de ce pan au primaire ni comment il peut servir à justifier le reste du programme, car on peut facilement enseigner ces notions dans d’autres sujets comme le français (techniques de débats, apprentissage de textes argumentatifs), l’histoire ou même, de manière plus surprenante peut-être, en mathématiques.

Pour ce qui est de la lutte aux « stéréotypes » qu’évoque le ministre du Monopole de l’Éducation, notons, tout d’abord, que le volet religieux d’ECR valorise une vision stéréotypée des croyants (voici à quoi ressemble un musulman, il se vêt ainsi, il pense ceci, il fait ces gestes rituels).  D’autre part, la « lutte aux stéréotypes » est un outil très prisé par les féministes (Roberge ressort l’éculée importance des « femmes en sciences »), les progressistes et la coterie LGBT pour remettre en question les traditions culturelles et sociales de nos sociétés considérées comme misogynes, patriarcales ou transphobes par ces groupes influents. Voir à ce sujet Détourner la lutte contre l’intimidation et intimider les hétérosexistes et programme gouvernemental interministériel de lutte contre l’hétérosexisme.

Par ailleurs, M. Roberge explique que le Programme comprend un volet s’adressant à la lutte contre l’intimidation. C’est vrai. Mais ce n’est, à nouveau qu’un aspect secondaire et l’on peut se demander comment cette lutte est mise en œuvre dans une école et un programme d’enseignement politiquement correct. S’opposer à l’islamisme ou même l’islam serait-il de la « discrimination » ? Ne pas s’extasier devant l’immigration serait-il acceptable (se rappeler le Controversé projet scolaire sur l’immigration à une école secondaire de Karoumaska et des sorties enflammées de politiciens comme M. Trudeau en Beauce quand on critique l’immigration) ? Quid d’une désapprobation du transgenrisme ? Etc.

Quant aux notions d’histoire des religions, elles peuvent s’apprendre en histoire, en univers social. Et sans doute pas au primaire quand on considère les lacunes des écoliers québécois en français par exemple. M. Roberge n’hésite pas à avancer que le cours ECR permettra à comprendre les raisons des guerres dans le Levant, c’est fort peu probable, car le programme est très superficiel et qu’il n’est précisément pas un programme d’histoire des religions. Notons que le même genre d’argument avait été soutenu à l’époque de l’imposition du controversé programme ECR. Lors d’une réunion à Valcourt en 2008, les représentants du ministère prétendirent que ce programme devait permettre de comprendre les cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques de Pékin... Gageons que ce ne fut pas le cas ou que cela aurait pu être fait dans un cours de géographie ou d’histoire. Les éléments de langage du Monopole de l’Éducation ne changent décidément pas...

M. Roberge insiste : « si on essaye de transmettre la foi [par l’entremise du programme ÉCR], j’ai un gros problème, un très gros problème », déclare-t-il avec fermeté toute télévisuelle.

Comment appelle-t-on cette ruse rhétorique qui consiste à présenter la position de son adversaire de façon erronée ? Ah, oui, le paralogisme de l’épouvantail. Aucun parent à notre connaissance n’a critiqué le programme ECR en disant que ce cours tente de transmettre la foi catholique... De quelle foi parle donc le ministre Roberge ? M. Roberge veut-il dire une vague spiritualité ? Les parents s’opposaient plutôt à ce qu’on dévalorise leur religion, qu’on la mette sur le même pied que les mythes amérindiens, le père Noël, Superman, les autres religions aux yeux des enfants et cela dès six ans. Ils affirmaient que « présenter des doctrines religieuses fondamentalement incompatibles comme étant aussi légitimes et crédibles l’une que l’autre pourrait impliquer qu’elles sont toutes les deux également fausses. » Ce que leur concèderont les juges de la Cour suprême dans le second procès ECR (Loyola).



Pour l’avocat Me Mark Phillips, ECR est tout sauf un cours d’histoire des religions. En réalité, le programme ECR interdit de donner un tel cours. Ainsi, le programme ECR interdit de présenter les religions de manière séquentielle et linéaire, mais prescrit qu’elles doivent être présentées en juxtaposition entre elles et avec des êtres mythiques et surnaturels. Ce qui ne veut pas dire, en passant, que tous les professeurs suivent ces prescriptions.

Mais surtout M. Roberge oublie de considérer les critiques quant au fait que le programme ECR est un cours de multiculturalisme 101. Il fait comme si ces critiques n’existaient pas. Voir Joëlle Quérin et « La face cachée du cours Éthique et culture religieuse ».

Le sociologue Gary Caldwell sur le cours d’éthique et de culture religieuse (1re partie)

Enfin, Roberge écarte de la main les manuels approuvés par le Bureau d’approbation du matériel didactique, officine du Monopole de l’Éducation. Ils ne représenteraient pas le programme ECR (Madame Courchesne dès janvier 2010 disait la même chose aux évêques catholiques inquiets de ce qu’ils voyaient dans le matériel didactique du programme ECR, M. Roberge fait décidément dans la continuité). M. Roberge n’est pas contredit dans l’entretien très bienveillant de Richard Martineau. Pourtant, des questions viennent immédiatement à l’esprit. Pourquoi ces manuels si souvent critiqués ont-ils donc été approuvés par le Monopole de l’Éducation ? C’est bien que le programme ECR peut s’enseigner ainsi, non ? Notons aussi que l’enseignant peut utiliser en classe des cahiers d’activités non approuvés qui sont souvent pires, plus caricaturaux que les manuels approuvés. La liberté d’interprétation du programme (très vague, en rien « encyclopédique ») permet à des enseignants militants tous les excès : l’enseignante qui donne son cours d’ECR habillée en femme prêtre pour dénoncer le patriarcat catholique, faire venir ses sectes préférées (Hari Krichna) ou affirmer à petite fille croyante : « Marie s’est fait violer, elle a inventé l’histoire du Saint-Esprit, Joseph a gobé son histoire », les cérémonies wiccan (sorcières modernes) comme activités pédagogiques, etc.

 
Activité ECR dans une école privée sur l’île de Montréal. On remarquera l’épée, la cape et, sur la table drapée, le crâne et les bougies très wiccan.

Finalement, sur le plan de l’éducation morale et religieuse, le programme n’est en rien complet, il est au mieux inutilement contraignant pour des écoles et des parents qui voudraient insuffler à leur enfant autre chose que le correctivisme politique et le multiculturalisme correct. C’était d’ailleurs le grief principal du collège Loyola : même dans un cours d’éthique et de culture religieuse une école catholique doit pouvoir affirmer la morale et la tradition catholique comme préférable, cela lui était interdit. Évidemment, Richard Martineau, virulemment athée, ne pouvait aborder cet aspect...

Pour ce qui est du ministre Roberge, il semble être un très bon élément continuateur, un ministre « conservateur » comme l’aiment ceux qui imposent le monopole pédagogique d’en haut aux enfants des autres. Rien ne changera fondamentalement. On le laissera s’amuser à réformer les structures, à mieux payer les jeunes enseignants, ce n’est pas l’essentiel.


Voir aussi

Critique laïque (Le Devoir) à la lecture de manuels ECR

ECR — Dix ans plus tard, le ministère considère corriger les manuels qu’il a pourtant approuvés

ECR — Éducation ou lavage de cerveau ? Pour Joseph Facal, c’est de l’endoctrinement.

Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne

Chasser la religion et la remplacer par la spiritualité (suite)

Prof ECR : Trois ans d’ECR, son relativisme, ses cérémonies chamaniques, les parents réduits au silence

Réflexions sur la « victoire » du collège Loyola

Gain de cause pour Loyola en Cour suprême

Québec — Congédier la messagère, mais ministre Roberge promet de changer les choses

Au début décembre 2018, Patrice Lagacé rapportait dans La Presse :
Le 25 octobre dernier, l’enseignante Kathya Dufault m’a raconté les maux de l’école moderne, comme elle les a vécus dans ses classes. Elle m’a raconté ces maux à visage découvert et j’ai publié son histoire parce que les constats de Kathya Dufault rejoignent ceux que j’entends depuis trois ans, depuis que j’écris sur l’école.


Pour cela, Kathya Dufault fait face à une procédure de congédiement de la part de la commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles (CSSMI).

L’enseignante a reçu l’avis de procédure de congédiement du nom d’« intention de résiliation d’engagement selon l’article 5-7.00 de l’Entente locale » jeudi dernier, avec copie conforme à son syndicat.

La lettre, signée par François Grégoire, directeur adjoint aux ressources humaines de la CSSMI, fait la nomenclature des déclarations et constats de l’enseignante Dufault dans ma chronique, dans sa lettre à La Presse publiée le même jour et dans des entrevues subséquentes avec Paul Arcand au 98,5 FM et Denis Lévesque, de LCN.

On ne reproche pas à Kathya Dufault d’avoir dit des choses fausses. On lui reproche d’avoir parlé, point.

Là où elle parlait d’élèves en difficulté qui ne devraient pas être dans des classes ordinaires — un constat si répandu que le nouveau ministre de l’Éducation promet d’agir là-dessus rapidement —, la commission scolaire lui reproche de les avoir décrits... « de façon péjorative ».

Là où elle constate que les directions d’école n’ont pas été en mesure de l’aider quand elle a demandé de l’aide, la commission scolaire lui reproche d’avoir « critiqué publiquement [son] employeur ».


Là où Kathya Dufault m’a décrit ce que j’ai qualifié dans la chronique du 25 octobre de niveau « épouvantablement faible » de ses élèves en français — preuves à l’appui —, la commission scolaire y a vu une tromperie à l’égard du public, une preuve de déloyauté et un manquement à un devoir de confidentialité envers la CSSMI.

(J’ai parlé à Mme Dufault, dimanche, elle a préféré ne pas m’accorder d’entrevue.)

La lettre de menace de congédiement reproche à l’enseignante Dufault d’avoir, je cite : « miné le lien de confiance des parents envers l’école publique »...

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, veut briser la « loi du silence » dans le réseau scolaire. Il souhaite ajouter dans les prochaines conventions collectives une clause garantissant la liberté de parole des enseignants qui veulent « dénoncer les travers » du système.

Notons qu’aujourd’hui les politiques des commissions scolaires musèlent souvent les professeurs, ils ne peuvent dénoncer ces travers. Il ne faut pas saper la confiance envers l’école publique. Voir les dénonciations de cet instituteur :

Le Prof muselé ?

Lors de la première journée pédago, le directeur nous a fait une présentation à propos de la nouvelle politique de la commission scolaire concernant l’éthique.

Sur le coup, j’ai immédiatement trouvé l’initiative intéressante, surtout si elle permet d’éviter les conflits d’intérêts. Or, j’ai été plutôt traumatisé par ce qui a suivi.

À l’intérieur de son code d’éthique, la CS a imbriqué ce qu’elle appelle un « devoir de loyauté ». En clair, tout employé qui critique la commission scolaire s’expose à des réprimandes. J’ai fermé ma gueule, évidemment, mais ça m’a immédiatement hérissé au plus haut point ! J’ai horreur des gens qui tentent d’atteindre à ma liberté d’expression

TA YEULE !

Comme ça a été le cas l’an passé, ma nouvelle directrice a profité de la première réunion de l’année pour nous parler du « code d’éthique » des employés de la commission scolaire. La plupart des trucs qui y sont mentionnés sont des évidences qui concernent l’intégrité, l’honnêteté et l’équité, comme si on avait besoin de se faire dire que voler ou accepter des pots de vin, c’est pas bien.

À mon avis, ce code d’éthique a été créé uniquement pour faire mieux passer une clause de « loyauté » dans laquelle on peut lire que l’employé doit :

– Respecter l’autorité hiérarchique

– Éviter tout comportement ou attitude pouvant causer du tort ou discréditer l’organisation

– Travailler dans l’intérêt de la commission scolaire et éviter de critiquer l’employeur.