Cette question fondamentale touche au cœur de la démarche scientifique. Dans le domaine de la recherche sur l'immigration, une étude innovante et ses réanalyses récentes révèlent un phénomène troublant : les convictions personnelles des chercheurs peuvent influer, souvent à leur insu, sur leurs conclusions scientifiques. Cette analyse met en lumière un déséquilibre idéologique marquant qui soulève des interrogations profondes sur l'objectivité de la recherche en sciences sociales.
Le paradoxe entre opinion publique et conclusions scientifiques
L'étude fondatrice : un exercice collectif révélant l'incertitude cachée
Le protocole expérimental
Toutes les équipes ont ensuite reçu exactement les mêmes données et la même question de recherche : « L'immigration réduit-elle le soutien des habitants à un État-providence généreux ? »
Des résultats d'une diversité stupéfiante
Malgré ces précautions, les conclusions ont varié de manière spectaculaire. Sur les 71 équipes :
- 13,5 % ont jugé l'hypothèse non testable avec les données disponibles
- 60,7 % l'ont rejetée (l'immigration ne réduit pas le soutien aux politiques sociales)
- 28,5 % l'ont confirmée (l'immigration érode effectivement le soutien)
La source de cette dispersion
- Quel type de modèle utiliser ? (multiniveaux avec effets aléatoires, régressions linéaires simples, approches bayésiennes)
- Comment traiter la variable dépendante ? (comme continue, ordinale ou binaire)
- Quelles variables de contrôle inclure ? (revenu national, inégalités, etc.)
- Faut-il pondérer les données ? Exclure certains pays ou vagues migratoires atypiques ?
Le déséquilibre idéologique révélé
Les réponses à la question sur les lois d'immigration sont particulièrement éloquentes. Parmi les chercheurs participants :
- 72,6 % estiment que les lois devraient être assouplies (notes 5 ou 6 sur l'échelle)
- 17,2 % les jugent adéquates en l'état (note 3 ou 4)
- Seuls 7,7 % souhaitent un durcissement (notes 1 ou 2)
- Aucun chercheur n'a choisi l'option la plus restrictive (note 0)
La réanalyse décisive : comment les convictions influencent les conclusions
- « Pro-immigration » : plus de la moitié des membres aux notes 5 ou 6 (44 % des équipes)
- « Anti-immigration » : au moins un membre aux notes 1 ou 2 (13 % des équipes, les vues restrictives étant rares)
- « Modérées » : le reste (44 %, notes 3 ou 4)
Les mécanismes profonds du biais et leurs conséquences
Au-delà des choix statistiques techniques, le biais opère à plusieurs niveaux. Les chercheurs favorables à l'ouverture, largement majoritaires (72 %), pourraient privilégier certaines hypothèses ou certains ensembles de données qui minimisent les impacts négatifs de l'immigration :
- On étudie plus souvent les bénéfices pour les immigrés que les coûts potentiels pour les populations de souche.
- On cherche à corriger les « croyances erronées » du public en se concentrant sur des statistiques positives (contribution économique globale) plutôt que sur des aspects plus sensibles.
- On sélectionne des cadres théoriques qui orientent d'emblée vers certains types de conclusions.
Les implications pour la crédibilité scientifique
Pour y remédier, plusieurs pistes méritent d'être explorées :
- Promouvoir une plus grande diversité idéologique dans les équipes de recherche;
- Adopter des méthodes plus transparentes, comme la déclaration préalable de leur choix méthodologique (quel modèle statistique, quelles variable de contrôle, critère d'exclusion, etc.) avant de voir les données;
- Généraliser les évaluations aveugles où les évaluateurs ignorent l'identité des auteurs;
- Encourager les approches multi-analystes pour révéler l'incertitude inhérente aux données.
Cette étude nous enseigne une leçon fondamentale : la science, même rigoureuse et bien intentionnée, reste profondément humaine. Sur la question de l'immigration, les conclusions actuelles de la recherche reflètent davantage les convictions majoritaires au sein de la communauté scientifique qu'une vérité objective et impartiale.
En identifiant clairement les sources potentielles de biais, en adoptant des méthodologies plus transparentes et en cultivant une véritable diversité intellectuelle, les sciences sociales peuvent aspirer à une objectivité plus authentique. Le premier pas vers l'impartialité consiste à reconnaître honnêtement que nous ne sommes jamais totalement impartiaux, encore plus si nous avons l'opinion politiquement correcte.
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