Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
Le 25 septembre, The Lancet, une revue médicale de premier plan, twittait sa couverture : « Historiquement, l’anatomie et la physiologie des corps dotés de vagins ont été négligées ». Exit les femmes, les voilà circonscrites à leurs seules fonctions reproductives : des corps avec des vagins. Devant les réactions, le rédacteur en chef, Richard Horton, a dû présenter des excuses « pour avoir donné l’impression que nous avons déshumanisé et marginalisé les femmes »[1]. Cependant il a tenu à « souligner en même temps que la santé des transgenres est une dimension importante des soins de santé modernes, mais qui reste négligée ».
Les recommandations du corps médical
Mais l’événement n’est ni nouveau ni isolé. En 2016, la British Medical Association recommandait à son personnel d’utiliser le terme « personnes enceintes » au lieu de femmes enceintes[2]. Et en février de l’année dernière, les sages-femmes du Brighton and Sussex University Hospitals Trust ont été invitées à employer des termes tels que « lait de poitrine » au lieu de lait maternel[3]. En effet, le terme anglais fait référence aux seins et « certains hommes transgenres qui accouchent et allaitent leurs enfants » ressentiraient « une profonde détresse lorsqu’on leur rappelle qu’ils le font avec leurs seins », a-t-on expliqué aux sages-femmes.
Un nouveau combat politique ?
Dans le champ politique, le programme d’Europe Écologie Les Verts pour les prochaines élections présidentielles a remplacé le mot femme par « personne en capacité de porter un enfant »[4]. Avec un but, celui de promouvoir la “PMA pour toutes” aux hommes transgenres, des femmes devenues hommes à l’état civil.
Une écologie qui promeut un féminisme sans la femme, une médecine qui la réduit à un « corps avec un vagin » … Les mots ne devraient-ils pas être le prochain combat des féministes ? (cf. La novlangue à la conquête de la bioéthique ?). On peut douter que ce soit l’écriture inclusive qui lui redonnera sa place.
Une révolution culturelle est en marche. Elle ne vient pas de Chine, mais des États-Unis. Et elle est tout aussi dévastatrice.
Les « guerriers de la justice sociale » sont nos nouveaux gardes rouges. L’Oréal proscrit les termes « blanc » et « blanchissement » de ses catalogues, Évian présente ses excuses pour avoir fait sa promotion en plein ramadan, Lego annule ses publicités représentant des policiers en solidarité avec Black Lives Matter… Qui peut encore prétendre que le woke demeure un folklore pour campus nord-américains ?
Une révolution culturelle est en marche. Elle est née dans les départements de women's studies, black studies, queer studies des prestigieuses universités américaines. Elle a donné lieu à une « politique des identités » qui impose une radicalisation néfaste au Parti démocrate. Elle a pris la place du vieux fond protestant en déclin. En polarisant la société selon des clivages ethniques, elle menace les États-Unis d’une guerre civile. Avons-nous vraiment envie d’importer dans notre République laïque cette manière de dresser les Noirs contre les Blancs, les femmes contre les hommes, les homosexuels contre les hétéros… ?
En baby-boomer défendant les idéaux universalistes et émancipateurs des sixties, Brice Couturier interpelle la génération des millénariaux : votre hyper-susceptibilité, votre narcissisme victimaire vous poussent à censurer et à interdire. Notre génération a voulu élargir le champ des possibles. Vous êtes en train de le rétrécir. À notre détriment à tous…
Bruce Couturier qui est un « libéral » (progressiste, libertaire, soixante-huitard) de la vieille école répond aux questions (parfois pénibles, mais si modernes) de France Culture :
Brice Couturier : « La gauche woke est manichéenne, intolérante et avide de censure »
En baby-boomer assumé, défendant les idéaux universalistes et émancipateurs de sa jeunesse, Brice Couturier enquête dans OK millennials! sur « la génération woke ». Entretien publié dans le Figaro Magazine.
LE FIGARO. — Votre essai se présente comme l’enquête d’un baby-boomer sur les mythes de la génération « woke ». Mais pour commencer, qu’est-ce que la « génération woke » ?
BRICE COUTURIER. — En gros, les personnes qui ont aujourd’hui entre 20 et 40 ans. Mon livre porte essentiellement sur l’Amérique du Nord et le monde anglo-saxon parce que c’est aux États-Unis qu’il faut situer le départ de feu de cette espèce d’incendie intellectuel. Mais on connaît la chanson : que le feu parte des universités d’Evergreen ou de Berkeley, plutôt que de Pékin, de Cuba, de Moscou… ou même de Berlin, comme autrefois, c’est toujours le même bois mort qui, chez nous, s’enflamme. Ce ne sont, dira-t-on, que des modes intellectuelles. Mais elles façonnent l’esprit d’une génération, tout au long de son histoire. Voyez la mienne, avec le mythe de Mai 68…
Selon vous, une « révolution culturelle » est en marche. D’où vient-elle ? Comment se manifeste-t-elle ?
Oui, c’est une révolution culturelle. De la même ampleur que celle qui, dans les années 1960, a coûté la vie à des millions de Chinois — et qui a eu d’énormes répercussions, en Occident, sur ma propre génération… Mon livre est une enquête intellectuelle sur les manifestations actuelles du mouvement « woke » et sur les étapes qui ont mené à un renversement cul par-dessus tête de tout ce qui faisait la culture de l’Occident démocratique et libéral. Cela a commencé par une « déconstruction » de toutes les idées admises et des institutions établies. On les a décrites comme des « constructions sociales », arbitraires et exclusivement destinées à conforter le pouvoir des hommes blancs, bourgeois et hétérosexuels.
Après avoir ainsi « déconstruit » les fondements mêmes de notre culture, est venu le temps d’une reconstruction sur des bases identitaires : on étudie (et on invente) des cultures féminine, noire, homosexuelle, etc. Et chacun est renvoyé à son identité particulière, enfermé dans sa case et mis au service d’un combat spécifique. L’idée d’universel est dénoncée comme un mythe. La rationalité, comme une manipulation au service du colonialisme. L’objectivité, comme une illusion raciste. Dans un troisième temps, font leur apparition les « guerriers de la justice sociale ». Revanchards, manichéens, intolérants, avides d’interdits et de censure, ils sont devenus la terreur des campus, les moines-soldats d’une religion nouvelle.
N’exagérez-vous pas la force de ce mouvement qui demeure ultraminoritaire en France ? Ne devrait-on pas l’ignorer ou le traiter sous l’angle de la dérision ?
Non, parce que c’est exactement ce qui s’est passé aux États-Unis. À l’époque du « politiquement correct », dans les années 1980-1990, tout le monde ricanait : remplacer chairman (président) par chairperson et sourd par « différemment entendant », de telles absurdités ne sortiront jamais des facs, se disaient les gens. Ils avaient tort : les anciens étudiants sont devenus professeurs, éditorialistes, hauts fonctionnaires, cadres supérieurs du privé…
Et ils ont progressivement imposé à une majorité très réticente des mots nouveaux (le genre, l’équité raciale, l’adjectif queer, l’expression « masculinité toxique », etc.), derrière lesquels il y a toute une idéologie. Et là-bas, elle est en train d’être imposée, dans les grandes sociétés, à coups de séminaires obligatoires sur la « diversité » et l’« inclusion ». Pour les membres des classes dirigeantes et fortunées, cela permet de se positionner à gauche à peu de frais, tout en conservant l’avantage de salaires très élevés… C’est pourquoi les classes populaires se tournent, pour se venger, vers des leaders populistes.
Les professeurs, dans de nombreuses universités, sont soumis à des rituels humiliants, comme celui consistant à confesser leurs « privilèges » de Blancs au début de l’année universitaire. Ils sont surveillés et parfois mis en cause par toute une bureaucratie « diversitaire » dont les procédures ne respectent aucune des règles exigées par la justice en démocratie. Il règne à présent, aux États-Unis, une atmosphère de chasse aux sorcières digne de l’époque de La Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne. Je donne des exemples. Des tas de gens perdent leur job et sont mis au ban de la société pour une blague mal comprise lors d’une soirée arrosée, ou pour un vieux twitt, retrouvé par des chasseurs de sorcières professionnels. Et surtout pour « pensée incorrecte », refus de se conformer aux rituels idéologiques obligatoires. C’est orwellien.
On voudrait nous faire honte de voyager en avion ou de manger de la viande. Et en raison de leur prétendue « toxicité », les hommes devraient être « déconstruits » !
Brice Couturier
Le titre OK millennials! sonne comme une réponse à l’expression « OK boomer ». Vous êtes-vous senti directement visé ?
Oui, dans un sens précis : je me réclame de certains des idéaux des sixties, comme l’émancipation individuelle, l’universalisme, la laïcité, la tolérance, l’ouverture d’esprit… Et voilà que nous arrive une génération d’idéologues qui entend, au nom du « respect », restreindre le champ des possibles, limiter, censurer. Ma génération a réclamé des cours de sexologie. Eux, c’est la collapsologie.
Signe des temps. Au nom d’une vision d’apocalypse, promue par sainte Greta Thunberg, on voudrait nous faire honte de voyager en avion ou de manger de la viande. Et en raison de la prétendue « toxicité » de la masculinité, les hommes devraient être « déconstruits » ! Sur les réseaux sociaux, les wokes croient me clouer le bec avec leur mantra « OK Boomer ». Il signifie : tu es vieux, dépassé, tu ne mérites pas qu’on t’oppose des arguments. Je rétorque : « OK millennials! » Et j’ai voulu montrer au public français, peu conscient en général de la gravité de ce qui nous menace, de quoi il retourne au juste. Afin que les gens puissent identifier l’origine des discours dont on commence à les abreuver dans certains médias.
Ne craignez-vous pas de passer pour un vieux grincheux avec ce livre ?
Tant pis ! Je ne supporte plus de voir les idéaux de ma jeunesse, comme l’antiracisme, le féminisme, altérés et dénaturés. Nous étions colour-blind (indifférents aux couleurs de peau), comme le prêchait Martin Luther King. Eux ne voient que ça, la couleur, le genre, l’orientation sexuelle. Ils font de leurs « identités » des politiques. Chacune défendant ses intérêts au détriment des autres et donc de la société tout entière. Nous étions égalitaristes. Eux classent les gens selon tout un système hiérarchique, leur fameuse « intersectionnalité » : au sommet, il y a les transsexuels — au détriment des féministes historiques —, puis viennent les femmes noires homosexuelles… et, tout en bas, les hommes blancs hétérosexuels. Nous nous battions pour l’égalité des droits ; eux pour des droits spécifiques aux communautés.
Des marxistes aux conservateurs en passant par les libéraux dans mon genre, nous avons tous en commun une culture qui devrait nous permettre de résister à l’esprit woke
Brice Couturier
Plus sérieusement, n’êtes-vous pas devenu conservateur avec le temps ?
Dans le combat anti-woke, tel qu’il est mené actuellement dans les pays anglo-saxons, il y a, certes, des conservateurs, comme la jeune essayiste noire Candace Owens, l’essayiste Christopher Caldwell, Heather Mac Donald ou le Britannique Douglas Murray. Mais ils sont épaulés par de grandes figures du centre gauche libéral, telles que le romancier Bret Easton Ellis, l’universitaire Mark Lilla, la journaliste Bari Weiss — démissionnaire du New York Times —, Helen Pluckrose ou Todd Gitlin, qui fut l’un des leaders du mouvement étudiant américain des sixties. Ils se battent ensemble pour la rationalité, les Lumières, le bon sens et le respect des faits.
Des marxistes aux conservateurs en passant par les libéraux dans mon genre, nous avons tous en commun une culture — héritée des Lumières — qui devrait nous permettre de résister à l’esprit woke. Or, il est en train de débarquer sur nos rivages. Voyez, du côté Vert, Sandrine Rousseau, Alice Coffin et consorts… Et Sciences Po baigne déjà dans ce jus.
D’une certaine manière, la génération woke n’est-elle pas l’héritière et le fruit de la génération du baby-boom et de ses dérives ? La gauche soixante-huitarde a été la première à parler de déconstruction, puis la gauche morale, à travers SOS Racisme, est la première à rompre avec notre modèle républicain universaliste en prônant le « droit à la différence »… Bref, les millénaux ne sont-ils pas tout simplement les enfants rebelles des baby-boomers ?
Vous avez raison : au sein du mouvement antiraciste, dans les années 1980, il y avait à la fois ceux qui revendiquaient le droit à la différence, mais aussi ceux qui réclamaient le droit à l’indifférence. Ces derniers brandissaient les idéaux républicains, ils exigeaient leur juste place dans la société et ne voulaient pas renverser la société au nom de leur « différence ». Il en va de même avec le mariage homosexuel : pour les uns, il s’agit de normaliser la situation des couples stables du même sexe, pour d’autres, de miner de l’intérieur l’institution du mariage.
Je cite, dans mon livre, des propos ignobles tenus par certains militants gay à l’encontre de Pete Buttigieg, candidat aux primaires démocrates en 2020. Marié avec un instituteur, menant une vie parfaitement respectable, il a été, pour cette raison, ridiculisé en tant que pseudo-gay. Pas assez queer.
La grande différence entre la génération woke et les précédentes, est-ce finalement son côté victimaire ?
J’ai ouvert mon livre sur les traits psychosociologiques qu’on peut repérer dans cette génération. Elle a été trop couvée par ses parents. Beaucoup se considèrent comme des petits flocons de neige : ils ressentent la moindre contrariété comme une épouvantable blessure narcissique. Ils confondent la douleur physique et les « blessures symboliques ». Ils exigent qu’on les protège des idées qui leur déplaisent. L’essentiel de leurs relations sociales passant par le numérique, le face-à-face interpersonnel leur est souvent pénible. En outre, je le montre, chiffres à l’appui, c’est une génération qui est tentée politiquement par l’autoritarisme.
La gauche woke se présente comme « progressiste » ; y voyez-vous au contraire une résurgence du puritanisme ?
Mais ce n’est nullement contradictoire. Et c’est sans doute le plus troublant. La jeunesse est théoriquement l’âge où l’on fait des expériences, où l’on teste ses limites. Cette génération, au contraire, exige des protections, des bornes strictes à ce qu’on peut dire et faire. Elle prohibe l’érotisme et tient le désir pour un péché. Aux États-Unis, les relations hommes-femmes tournent à la guerre des sexes. C’est d’une tristesse !
Selon vous, cette idéologie peut nous conduire à la guerre civile. Pourquoi ?
La démocratie est fondée sur le dialogue raisonnable entre intérêts divergents et idées différentes. Elle exige un sens du compromis. Elle postule l’existence d’un intérêt collectif supérieur aux intérêts particuliers. Mais les identités, elles, ne sont pas négociables. Et l’idée que les wokes se font de la société est celle d’un jeu à somme nulle, où ce qui est gagné par les uns l’est nécessairement au détriment des autres. À l’horizon, ce qui menace, c’est une espèce de guerre raciale. Qui veut de cela dans notre pays ?
Ruquier sur le service public (financé par les Français) stigmatise Zemmour-le-virus : la tentation totalitaire par la gauche caviar.
Mathieu Bock-Côté répond au sujet du « virus » Zemmour : « Laurent Ruquier nous rappelle les heures les plus sombres, il fascise l’adversaire en utilisant le vocabulaire du fascisme », le 4 octobre 2021, CNews.
Une épidémie, le virus Zemmour progresse, Ruquier s'emporte contre Zemmour à la télé gouvernementale:
« Ce sera une première au Québec : une drag-queen qui anime une émission pour enfants », affirme fièrement La Presse.
Barbada, alias Sébastien Potvin, enseigne la musique à l’école primaire et lit, travesti de manière outrancière en femme, des contes dans les bibliothèques et apparemment les garderies depuis des années. Voir la capture d’écran du site de Barbada ci-dessous.
« Le projet était au stade de création depuis 2017. Il a été retardé par la pandémie, mais on vient d’avoir le go pour aller en production. » Le travesti a annoncé être « très emballé » face à ce projet qui fera assurément couler beaucoup d’encre lors de sa diffusion. C’est ce matin, lors de la conférence de presse du lancement de la programmation 2021-2022 de Tou.TV, animé par Véronique Cloutier, que l’annonce a été faite. ICI Tou.tv est un site web de vidéo à la demande lancé le 26 janvier 2010 par la Société Radio-Canada (SRC). La SRC recevait plus de 1,2 milliard de dollars du gouvernement fédéral (vos impôts) en 2019.
Le Journal de Montréal décrit avec enthousiasme cette « offre » (à nos frais) : « Plusieurs curiosités meubleront également la section non payante d’ICI Tou.tv. Parmi elles, “Barbada”, terrain de jeu de l’attachante drag-queen du même nom, où celle-ci fera découvrir la musique aux bouts de choux. »
La drag-queen sera aussi l’une des vedettes de la chaîne OUTtv, qui diffusera à l’automne Call Me Mother (Appelle-moi mère), une téléréalité durant laquelle des travestis canadiens en tous genres (drag-queens [homme travesti], drag-kings [des garçonnes], bio queens [une femme qui joue une « folle », une drag queen], etc.) relèveront d’innombrables défis en équipes. OutTV est une chaîne de télévision canadienne spécialisée en langue anglaise qui diffuse des émissions à l’intention des lesbiennes, homosexuels masculins, bisexuels et transgenres.
Le chercheur Frédéric Lacroix vient de publier un nouvel essai intitulé Un libre choix ? Cégeps anglais et étudiants internationaux : détournement, anglicisation et fraude.
Commentant cet ouvrage dans Le Devoir du 23 septembre, Marco Fortier résume ainsi la thèse de Frédéric Lacroix : le Québec a pu demeurer largement francophone grâce à une série de facteurs, y compris [d'abord la natalité importante des francophones pendant des siècles mais on n'aime plus rappeler ces réalités...] la sélection d’immigrants qui ont une bonne connaissance de la langue française.
Mais au cours de la dernière décennie, Ottawa a ouvert les vannes de l’immigration temporaire — sur laquelle le Québec n’a pas de prise — pour attirer des travailleurs dont le pays a bien besoin. La vaste majorité des immigrants arrivent désormais au Canada grâce à des permis temporaires d’études et de travail qui mènent par la suite à une résidence permanente. […] Les universités et les cégeps orientent ainsi une part importante de l’immigration en fonction de leurs propres intérêts […] La solution serait d’exiger que les candidats à la résidence permanente aient suivi un programme d’études en français.
Le consentement du Québec
Je ne conteste pas ce diagnostic de Frédéric Lacroix, comme résumé par Marco Fortier, sauf quand il affirme que l’immigration temporaire est une réalité sur laquelle Québec n’a pas de prise. Dans l’Accord Canada-Québec relatif à l’immigration et à l’admission temporaire des aubains, signé en 1991 et mieux connu sous l’appellation « entente Gagnon-Tremblay–McDougall », il est écrit en toutes lettres, à l’article 22 : « Le consentement du Québec est requis avant l’admission dans la province :
de tout étudiant étranger qui n’est pas choisi dans le cadre d’un programme du gouvernement canadien d’assistance aux pays en voie de développement ;
de tout travailleur temporaire étranger dont l’admission est régie par les exigences du Canada touchant la disponibilité de travailleurs canadiens ;
de tout visiteur étranger venant recevoir des soins médicaux. »
Concrètement, le consentement du Québec est donc requis pour la presque totalité des étudiants étrangers, pour une forte proportion de travailleurs temporaires et pour tout étranger venant recevoir des soins médicaux. Ce consentement obligatoire du Québec date en fait de l’entente Cullen-Couture conclue entre les gouvernements Lévesque et Trudeau en 1978. Et il constitue une forme de veto qui vient limiter le pouvoir d’Ottawa en matière d’immigration temporaire.
Les raisons du Québec de donner ou non son consentement à l’admission de ces visiteurs étrangers sur son territoire ne sont mentionnées nulle part dans l’entente, mais l’un des considérants de l’accord Canada-Québec de 1991 proclame la volonté du gouvernement du Canada et du gouvernement du Québec de conclure une nouvelle entente, inspirée de l’entente Cullen-Couture, pour fournir au Québec de nouveaux moyens de préserver son poids démographique au sein du Canada et d’assurer dans la province une intégration des immigrants respectueuse du caractère distinct de la société québécoise.
Selon cette logique, je vois mal ce qui empêcherait le Québec de s’attaquer, en amont, aux problèmes dénoncés par M. Lacroix en limitant très sérieusement le nombre d’étudiants recrutés à l’étranger pour des programmes d’études non offerts en français ou, en aval, d’exiger des étudiants déjà sur place qu’ils aient suivi « un programme d’études en français » pour être sélectionnés par le Québec en vue d’obtenir le statut de résident permanent, comme le suggère Frédéric Lacroix.
Le [manque de] courage politique
Il suffirait à nos gouvernants d’avoir le courage politique de poser pareil geste. Car, comme le souligne à juste titre M. Lacroix, c’est sur l’échiquier québécois que les universités et les cégeps, sous-financés et en mal de clientèles payantes, orientent une part importante de l’immigration temporaire en fonction de leurs propres intérêts. Et il en va de même des entreprises, pour qui le recrutement des travailleurs dont elles ont besoin devrait obéir, selon elles, aux seules lois aveugles du marché.
Le Québec ne cesse de réclamer de nouveaux pouvoirs en matière d’immigration. Peut-être devrait-il se servir des pouvoirs qu’il possède déjà pour faire contrepoids à ses propres groupes de pression et faire valoir les droits légitimes du français au sein d’un continent où l’anglais règne en maître et impose de plus en plus son empire à l’échelle de la planète.
Un «libre choix» ? : Cégeps anglais et étudiants internationaux
par Frédéric Lacroix
paru octobre 2021,
aux éditions du Mouvement Québec français
à Montréal
174 pages,
ISBN : 9782981924223
14,95 $
Un texte de Joseph Facal dans le Journal de Montréal.
La situation des Québécois francophones au Canada et en Amérique du Nord fait irrésistiblement penser au village gaulois d’Astérix.
La double différence est que nous n’avons ni sa potion magique ni sa formidable solidarité.
Pour dire les choses crûment, une partie de notre élite travaille activement contre nous.
Les uns le font par inconscience, les autres le font parce qu’ils ont compris qu’on peut faire de belles carrières en couchant avec le plus fort.
Comédie
Je vous donne trois exemples.
Prenons d’abord notre patronat.
Il se plaint continuellement de la pénurie de main-d’œuvre.
Le sujet est complexe et on pourrait en discuter longtemps.
Mais nos patrons n’ont rien à cirer de la complexité. Ils n’ont qu’une solution à la bouche : immigration, immigration, immigration.
Toujours plus, toujours plus, toujours plus.
Pas un mot sur les salaires, les conditions de travail, l’automatisation, la formation, le type d’immigration, etc.
C’est exactement la même cassette à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), chez les Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) et au Conseil du patronat (CPQ).
Une cassette alimentée par des statistiques souvent tronquées sur les supposées aptitudes linguistiques des nouveaux arrivants.
Le Conseil du patronat est dirigé par un ex-député libéral, mais c’est sans doute sans rapport. Je dois m’imaginer des affaires.
Prenons maintenant, deuxième exemple, la CAQ.
Devant le miroir, elle [la CAQ] gonfle ses beaux muscles nationalistes.
Quand il s’agit de monter sur le ring, elle est nettement moins virile : voyez les dossiers Dawson, Royal Vic et la question de l’imposition de la loi 101 au cégep.
On a l’impression que les députés de la CAQ ne comprennent rien à rien de la réalité montréalaise.
Je me reprends tout de suite : ce n’est pas une impression, ils ne comprennent vraiment rien à la réalité montréalaise puisqu’ils sont élus à l’extérieur de celle-ci.
Autre possibilité : ils la comprennent tellement qu’ils se sentent vaincus d’avance et ont choisi de ne pas livrer les batailles qui comptent vraiment.
Dans leur cas, pour revenir à ma distinction initiale entre ceux qui nous nuisent inconsciemment et ceux qui nous nuisent consciemment, je pencherais pour l’inconscience.
Prenons enfin, troisième exemple, le PLQ.
Dominique Anglade a compris que, pour se redresser dans le Québec francophone, le PLQ doit redevenir plus nationaliste.
Mais un des principaux députés libéraux, André Fortin, conseille Justin Trudeau en cachette, et un autre, Gregory Kelley, qui nous fait le coup de l’anglophone gentil et ouvert, a été surpris en train d’associer la défense du français... à Joyce Echaquan et au racisme systémique.
De kessé ?
Quant aux positions officielles du PLQ en matière linguistique, elles rappellent la barbe à papa des parcs d’attractions : colorée, fondante et dépourvue de la moindre protéine.
Intérêts
Ne blâmons pas les immigrants ou les anglophones butés de Montréal.
Ils savent où est leur intérêt et le défendent. Tout simplement.
Quand une partie importante du Québec français agit comme elle le fait, nous n’avons même plus besoin d’ennemis.
Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu'il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu'il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien, et si volontiers, qu'on dirait à le voir qu'il n'a pas seulement perdu sa liberté mais bien gagné sa servitude.
Pareillement les tyrans, plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur baille [donne], plus on les sert, de tant plus ils se fortifient et deviennent toujours plus forts et plus frais pour anéantir et détruire tout ; et si on ne leur baille rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits et ne sont plus rien, sinon que comme la racine, n’ayant plus d’humeur ou aliment, la branche devient sèche et morte.
Discours de la servitude volontaire
Étienne de la Boétie mort à 32 ans probablement de la tuberculose
L’originalité de la thèse soutenue par La Boétie est de nous démontrer que, contrairement à ce que beaucoup s’imaginent quand ils pensent que la servitude est forcée, elle est en vérité toute volontaire.
Combien, sous les apparences trompeuses, croient que cette obéissance est obligatoirement imposée. Pourtant, comment concevoir autrement qu’un petit nombre contraint l’ensemble des autres citoyens à obéir aussi servilement ? En fait, tout pouvoir, même quand il s’impose d’abord par la force des armes, ne peut dominer et exploiter durablement une société sans la collaboration, active ou résignée, d’une partie notable de ses membres.
Le secrétaire à l’Éducation de Biden, Miguel Cardona, n’est pas parvenu à dire jeudi lors d’un échange avec le sénateur Mike Braun (républicain de l’Indiana) que les parents sont les « premières » parties prenantes de l’éducation de leurs enfants.
Lors d’une audition de la commission sénatoriale sur la santé, de l’éducation, du travail et des retraites, Braun a demandé à Cardona : « Pensez-vous que les parents devraient être responsables de l’éducation de leur enfant en tant que principal éducateur ? »
« Je crois que les parents sont des parties prenantes importantes — », a commencé Cardona, et, après que Braun lui a rappelé qu’il lui a demandé s’ils étaient les « premiers » intéressés, a poursuivi, « mais je pense également que les enseignants ont un rôle dans la détermination des programmes éducatifs. »
Unbelievable.
“Do you think parents should be in charge of their child’s education as the primary stakeholder?”
« Je pense que c’est un peu flou, a déclaré Braun. Je pense que les parents sont présents dans tous les domaines liés à l’éducation, car ils paient les factures et élèvent leurs enfants. À ce titre, ils devraient probablement être les principaux porte-parole de leurs propres enfants. »
Les commentaires de Cardona surviennent deux jours seulement après que l’ancien gouverneur de la Virginie, Terry McAuliffe (démocrate), a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux à la suite de sa remarque : « Je ne pense pas que les parents devraient dire aux écoles ce qu’elles devraient enseigner. »
Au cours de son débat avec le candidat républicain au poste de gouverneur Glenn Youngkin mardi, McAuliffe a ajouté, en réponse aux critiques de Youngkin sur sa décision passée d’opposer son veto à un projet de loi qui aurait permis aux parents de retirer des livres controversés de leurs bibliothèques scolaires, « Je ne vais pas laisser les parents entrer dans les écoles, retirer des livres et prendre des décisions par eux-mêmes ».
Youngkin, cependant, a affirmé : « Je pense que les parents devraient être responsables de l’éducation de leurs enfants. »
Glenn Youngkin a précisé sur Tweeter : « Terry McAuliffe devrait apprendre le droit de Virginie. » Youngkin a ensuite cité la loi de la Virginie (VA Code § 1-240.1 [2020]) : « § 1-240.1. Droits des parents. Un parent a le droit fondamental de prendre des décisions concernant l’éducation, l’instruction et la garde de son enfant. »
§ 1-240.1. Rights of parents. A parent has a fundamental right to make decisions concerning the upbringing, education, and care of the parent’s child. https://t.co/0EDigYoCzepic.twitter.com/shFwGDg8Lf
Sean Parnell, candidat républicain au Sénat fédéral pour la Pennsylvanie, a tweeté en réponse au commentaire de McAuliffe : « Pendant un instant, McAuliffe vous a montré ce qu’il croyait vraiment et cela devrait effrayer tous les parents. »
« La réalité est que tous les gauchistes radicaux pensent de cette façon », a ajouté Parnell. « Ils croient savoir ce qui est le mieux pour vous et vos enfants. Ils veulent un contrôle total du gouvernement sur tous les aspects de votre vie. »
Confrontés au révisionnisme décolonial et à la censure historique au prétexte de ménager les sensibilités des minorités, des professeurs d’université, en Grande-Bretagne et dans le Commonwealth, ont entrepris de « récupérer l’histoire » et de résister à « l’effacement ». À Oxford, la statue de Cecil Rhodes a déjà sauvé sa tête.
Le 9 juin 2020, des milliers de personnes ont manifesté devant l’Oriel College, à Oxford, pour exiger que la statue de Cecil Rhodes (en haut, au-dessus du porche), figure du colonialisme britannique en Afrique australe, soit retirée de la façade de l’institution universitaire.
Il a vacillé sur son socle, mais tient toujours bon sur ses jambes. Finalement, Cecil Rhodes ne sera pas déboulonné. Sa statue restera au centre de la façade de l’Oriel College à Oxford. Un consensus s’était pourtant dégagé pour faire tomber la représentation de l’« impérialiste britannique », bienfaiteur de l’institution. Mais l’affaire s’est révélée trop compliquée. On en est donc resté aux « bonnes » intentions.
L’impérialiste Cecil Rhodes vu par les Allemands en 1941. Cecil Rhodes est en blanc.
Taillée dans de la pierre de Portland, la statue trône au-dessus du porche, flanquée plus bas par deux souverains qui se passèrent le relais au moment où le bâtiment fut édifié, Édouard VII et George V. « Grâce à la généreuse munificence de Cecil Rhodes », dit une inscription en latin. Un jeu de lettres en majuscule date l’édifice, 1911, année durant laquelle fut inaugurée l’immense bâtisse construite grâce aux 100 000 livres léguées par Cecil Rhodes à sa mort. Il est représenté dans une attitude naturelle, chapeau à la main. Il regarde vers le bas, comme s’il semblait découvrir la foule des manifestants demandant sa tête post-mortem.
Lancée en 2015, la campagne Rhodes Must Fall a trouvé un sang nouveau dans le sillage du mouvement Black Lives Matter l’an dernier. En juin 2020, des milliers de personnes ont manifesté aux cris de « Enlevez-la ! » et « Décolonisons ! ». À l’époque, la fièvre montait en Angleterre, après que la statue du marchand d’esclaves Edward Colston avait été jetée à la mer à Bristol. Figure du colonialisme britannique en Afrique australe, Cecil Rhodes est vite entré dans le collimateur. Fondateur de la British South Africa Company et du géant des diamants De Beers, il fut aussi Premier ministre de la colonie du Cap. Il a donné son nom à deux territoires africains, les Rhodésie du Nord et du Sud, devenues respectivement Zambie et Zimbabwe.
Une « démarche nihiliste »
La direction de l’Oriel College et la commission indépendante créée pour l’occasion se sont accordées sur le retrait de la statue. Avant de renoncer, invoquant les « défis réglementaires et financiers » imposés par cette façade classée. Qui plus est, la politique du gouvernement est de « maintenir et expliquer », en les contextualisant, ces symboles de l’héritage colonial. C’est ce que fera l’Oriel College, assure son doyen, Neil Mendoza, qui entend « améliorer l’expérience quotidienne des étudiants issus de la diversité ». Mais des professeurs, furieux de cette reculade, ont refusé de venir faire cours aux élèves, leur faisant payer le prix de leur posture.
La reine elle-même a fait les frais de la vague de « cancel culture » courant sur les gazons d’Oxford. En juin dernier, des étudiants du Magdalen College ont voté en faveur du retrait d’un portrait d’Elizabeth II d’une salle commune parce que la souveraine personnifiait « l’histoire coloniale récente ». Peu importe que la décolonisation se soit faite sous son règne. Le cadre a été remisé dans un placard. Le chef de file de ce groupe d’épurateurs, Matthew Katzman, est un étudiant… américain. Pour lui, ce lieu doit être « accueillant et neutre pour tous les membres ». Bref, n’offenser personne et pour cela « annuler » la reine.
Spectaculaires, médiatisées, ces batailles culturelles ne sont que la partie émergée du phénomène. De manière plus sourde et plus large, le « wokisme » se répand dans les universités britanniques dans le sillage de leurs cousines américaines. Qu’il s’agisse des programmes, de la sélection des étudiants ou du corps enseignant, un mouvement de fond est à l’œuvre, menaçant pour certains la liberté d’expression que la sphère intellectuelle devrait chérir.
Les théories avant les sources
Pour mener la contre-offensive, un groupe d’universitaires vient de lancer une initiative posée sur un site internet History Reclaimed (l’histoire récupérée). À la manœuvre, David Abulafia, professeur émérite d’histoire méditerranéenne, et Robert Tombs, professeur émérite à Cambridge lui aussi, spécialiste de la Commune — et par ailleurs Brexiter convaincu. Ils sont pour le moment plus d’une quarantaine, issus de sept pays anglo-saxons. Aux côtés d’autres éminents historiens britanniques, comme Andrew Roberts ou Vernon Bogdanor, on trouve aussi l’Américaine Elizabeth Weiss, l’Australienne Bella d’Abrera, le Canadien John Bonnett, des Irlandais et des Néo-Zélandais.
L’initiative entend remettre les faits et la nuance à l’honneur afin d’équilibrer un débat dans lequel la condamnation est trop souvent préférée à la compréhension. « Pour les activistes “woke”, regarder en face un passé présenté comme culpabilisant est la voie vers un avenir meilleur et plus inclusif, commente Robert Tombs, mais cette lecture caricaturale et souvent fausse de l’histoire ne fait qu’aggraver les divisions, les ressentiments, voire la violence. C’est une démarche nihiliste, qui sape la légitimité de nos démocraties alors que nos sociétés libres ont besoin de confiance, de solidarité, d’un but commun et d’une estime de soi. Une histoire partagée est un socle nécessaire. » Pour l’historien, considérer que notre passé est uniformément glorieux est absurde, mais le décrire comme massivement honteux l’est tout autant. Et si des voix diverses doivent pouvoir s’exprimer, « aucune ne doit être imposée comme une nouvelle orthodoxie ». Il s’inquiète que de nombreuses institutions — universités, musées, collectivités locales — aient capitulé devant la tendance « woke » en acceptant parfois des contre-vérités pour acheter la paix.
Pour David Abulafia, le problème n’est pas tant ces thèses, qui méritent d’être entendues, mais la façon dont elles sont assénées. « Ce sont des vérités absolues, il n’est pas possible d’en débattre. C’est le parti unique. Nous devons accepter ces théories, un point c’est tout », dit-il. Il déplore une grille de lecture uniquement fondée sur le racisme et l’impérialisme, qui a viré à l’obsession. « L’histoire est vue comme une invention capitaliste. Ils imposent une vision politique radicale sur le passé puis adaptent le passé à ce prisme politique ». Il reproche aux « historiens woke » de poser leurs théories avant de travailler les sources et de tout interpréter ensuite d’après cela. « Même les historiens marxistes discutaient des faits et étudiaient des théories critiques… », souligne-t-il. La simplification de l’histoire le désole : « Personne ne nie l’esclavage et ses horreurs, mais expliquer les révolutions industrielles uniquement par les profits qu’il a dégagés est si réducteur. C’est un fait non discutable, mais il y a eu aussi bien d’autres facteurs, comme la transformation agricole. »
S’il reconnaît qu’une frange d’activistes d’extrême gauche a développé une approche « intolérante », Alan Lester, professeur à l’université du Sussex et spécialiste de l’histoire coloniale, estime de son côté que la guerre culturelle est alimentée par les conservateurs « qui refusent de voir aujourd’hui combien notre passé impérial fut raciste et violent. » Pour lui, ce mouvement ne vise pas à « annuler », mais à « ajouter » des éléments à l’histoire.
Chape de plomb
Le problème n’en reste pas au débat d’idées, mais a des conséquences sur le corps professoral et sur les trajectoires des étudiants. Des cours de formation sont organisés pour encadrer la pensée des professeurs. « Émettre de simples objections peut compromettre une carrière universitaire », regrette David Abulafia. Des étudiants doivent recourir à l’anonymat pour témoigner. Comme Jeremy, étudiant en « classics » à Cambridge, effondré par la campagne de « décolonisation » de ces études. « Ces militants estiment que les études classiques, qu’il s’agisse de Rome ou de la Grèce, servent à soutenir l’impérialisme européen et le suprémacisme blanc. » Écœuré par cette chape de plomb, il s’apprête à renoncer à la carrière universitaire dont il rêvait.
Des professeurs invités sont déprogrammés sous la pression de ceux qui ne les jugent pas « conformes ». Si un enseignant déplaît, des lettres ouvertes sont envoyées par des étudiants et des professeurs pour demander plus ou moins implicitement sa mise à l’écart. C’est ce qui est arrivé à David Butterfield, maître de conférences en lettres classiques à Cambridge. On lui reprochait un article où il « minimisait l’existence d’un racisme systémique et la sous-représentation des personnes noires, asiatiques et ethniquement minoritaires (Bame) dans les départements classiques. »
Professeur de philosophie, Arif Ahmed a mené le combat pour que la liberté de parole ne soit pas ébréchée à Cambridge. En mars 2020, la direction de l’université a voulu faire passer un texte stipulant que les opinions devaient être « respectueuses » des vues et des identités de chacun. « En clair, cela revenait à se donner les moyens d’interdire tout ce qui ne plaît pas et — soi-disant — offense, commente Arif Ahmed, alors que les universités ne doivent pas avoir peur de ce qui dérange, choque et provoque. C’est cela qui nourrit le débat. » Avec d’autres, il a réussi à faire voter un amendement remplaçant le mot respect par « tolérance » envers les différentes opinions. L’acteur Stephen Fry, peu suspect de tropisme conservateur, a soutenu l’initiative. Depuis, le gouvernement travaille sur une loi garantissant la liberté de parole dans les universités. « Dans nos enceintes et dans le pays en général, de plus en plus de gens sont effrayés par la radicalité du “wokisme”, mais ils ont peur de s’exprimer tant l’intimidation est forte et les risques lynchage grands », commente-t-il.
Incohérence wokiste
La volonté de nettoyage des justiciers « woke » a parfois ses limites. « Il est étonnant de voir des universités dénoncer notre passé colonial et accepter en même temps la manne financière de la Chine, qui embastille ses opposants et oppresse les Ouïgours, dit Roberts Tombs. Tous ces gens sont beaucoup plus sensibles aux violences du passé qu’à celles du présent… »