mercredi 22 juillet 2020

États-Unis — Les écoles à charte et leurs ennemis

Les écoles à charte aux États-Unis sont des établissements d’enseignement primaire ou secondaire qui ne facturent pas de frais aux élèves qui passent des examens mandatés par l’État. Ces écoles à charte sont soumises à moins de règles, de règlements et de statuts que les écoles publiques traditionnelles, mais reçoivent moins de financement public que les écoles publiques, généralement un montant fixe par élève. La subvention par élève dans les écoles à charte est généralement inférieure de 19 % à 25 % (selon les études) à celle payée aux écoles publiques.

Il existe des écoles à charte à but non lucratif et à but lucratif. Seules les chartes à but non lucratif peuvent recevoir des dons de sources privées.

En 2016-2017, il y avait environ 6 900 écoles publiques à charte dans 42 États et dans le District de Columbia accueillant environ 3,1 millions d’élèves, soit une multiplication par six du nombre d’élèves au cours des 15 dernières années.

Selon les personnes que vous écoutez ou les articles que vous lisez, les écoles à charte sont soit un succès frappant, soit une « expérience ratée et dommageable », ou même simplement une « mode ».

Ces opinions contradictoires ont conduit à d’âpres controverses qui font rage depuis des années. Mais dans son nouveau livre, « Les écoles à charte et leurs ennemis », Thomas Sowell, chercheur principal à la Hoover Institution à l’université Stanford, présente des faits concrets sur les résultats scolaires dans plus d’une centaine d’écoles de New York identifiées individuellement.

Les résultats de ces écoles sont clairement répertoriés individuellement afin que les parents, les fonctionnaires et toute personne intéressée par l’éducation des enfants puissent faire leurs propres comparaisons.

Ce que toutes ces écoles particulières ont toutes en commun, c’est que les élèves des écoles à charte et les élèves des écoles publiques traditionnelles sont éduqués dans les mêmes bâtiments new-yorkais (des classes vides de l'école publique concurrente) et passent les mêmes tests en mathématiques et en anglais chaque année. Les élèves admis aux écoles à charte sont tirés au sort à partir d’une liste d’attente ouverte à tous. Les résultats de ces tests sont répertoriés pour chacune de ces écoles, avec des données sur les antécédents de leurs élèves.

Voici quelques faits de base : Dans ces bâtiments, 14 pour cent des classes traditionnelles des écoles publiques avaient une majorité de leurs élèves atteignant un niveau défini comme « compétent » en anglais pour leur niveau scolaire par le département de l’éducation de l’État de New York.

Alors que 65 pour cent des classes d’écoles à charte dans ces mêmes bâtiments avaient une majorité de leurs élèves atteignant le niveau « compétent » à ce même test. C’est presque une disparité de cinq pour un.

Au test de mathématiques, seuls 10 pour cent des classes de ces écoles publiques traditionnelles avaient une majorité de leurs élèves atteignant un niveau « compétent ». Mais 68 pour cent des classes d’écoles à charte dans les mêmes types de bâtiments avaient une majorité de leurs élèves atteignant un niveau « compétent ». C’est presque une disparité de sept pour un.



Il n’est pas étonnant que la plupart des critiques des écoles à charte et des défenseurs des écoles publiques traditionnelles usent non pas d’arguments factuels, mais d’arguments idéologiques et rhétoriques.

Ils ne veulent pas argumenter sur la base de faits concernant les résultats des tests.

Un exemple courant de rhétorique trompeuse est une déclaration souvent répétée selon laquelle — à l’échelle nationale — les écoles à charte « dans leur ensemble » ne fonctionnent pas mieux que les écoles publiques traditionnelles « dans leur ensemble ».

Le problème avec cette rhétorique est que les étudiants blancs et asiatiques représentent la majorité des élèves des écoles publiques traditionnelles du pays « dans leur ensemble ». Écoles publiques blanches qui se trouvent dans des quartiers bien plus nantis que ces écoles à charte « noires ».

Pendant ce temps, les étudiants noirs et hispaniques représentent la majorité des étudiants des écoles à charte du pays « dans leur ensemble ». Les étudiants des écoles à charte vivent généralement dans des quartiers à faible revenu et minoritaires.

Dire aujourd’hui que les écoles à charte « dans leur ensemble » sont comparables aux écoles publiques traditionnelles « dans leur ensemble » est en réalité un résultat remarquable pour des écoles à charte surtout composée d’élèves noirs et hispaniques. On ne peut en effet pas en dire autant des écoles publiques traditionnelles à majorité noires et hispaniques « dans leur ensemble ».


En avril 2019, le Wall Street Journal a rapporté que 57 % des étudiants noirs et 54 % des étudiants hispaniques des écoles à charte avaient réussi l’examen de l’État (l’ELA), alors que seuls 52 % des étudiants blancs des écules publiques de l’État l’avaient réussi. Au test de mathématiques de l’État, 59 % des étudiants noirs et 57 % des Hispaniques des écoles à charte de la ville ont réussi alors que seuls 54 % des étudiants blancs [des écoles publiques] de l’État l’avaient réussi.

Sowell déclare : « Dans un domaine où l’échec scolaire est depuis longtemps la norme — les écoles des quartiers à faible revenu des minorités —, c’est un succès, un succès remarquable. Ce qui est tout aussi remarquable, c’est à quel point ce succès a été mal accueilli dans de nombreux secteurs. Ce qui est particulièrement remarquable, c’est que ce sont les écoles à charte qui réussissent le mieux sur le plan éducatif qui semblent avoir suscité le plus d’hostilité, à la fois en paroles et en actes. La forme la plus courante de cette hostilité est l’instauration de limitations juridiques qui déterminent le nombre maximal d’écoles à charte autorisées, indépendamment du fait que les écoles à charte produisent de bons ou de mauvais résultats scolaires. »

L’établissement éducatif, animé par le syndicat le plus puissant du pays, a les oreilles des dirigeants politiques. Il craint un énorme potentiel de perte si davantage de parents étaient en mesure de retirer leurs enfants des écoles publiques mal performantes. Par exemple, à New York, plus de 50 000 élèves sont inscrits sur des listes d’attente pour être admis dans des écoles à charte.

Seule une petite part de ces élèves sont tirés au sort et peuvent s’inscrire dans une école à charte. Sowell cite 3 000 heureux élus sur une liste de 17 000 candidats (pour la Success Academy). S’il est vrai que les candidats sont plus motivés que les autres, ils ne sont pas sélectionnés par examen et ils proviennent de milieux socio-économiques similaires. L’effet d’écrémage est très limité, voire nul. Mais surtout les 14 000 candidats rejetés par la Success Academy (parce que les autorités empêchent l’ouverture de nouvelles écoles à charte), candidats aussi motivés que ceux admis dans les écoles à charte, retournent dans le secteur public traditionnel. Pire ces élèves non tirés au sort, mais motivés qui retournent à l’école publique en pâtissent en moyenne sur le plan des résultats scolaires. (Plus détails dans la vidéo, ces candidats malheureux à la loterie ont de mauvais résultats à l’école publique. Les filles tirées au sort et qui vont dans une école à charte tombent nettement moins souvent enceintes que celles qui avaient postulé pour aller dans une école à charte, mais qui ont dû s’inscrire à l’école publique traditionnelle parce que leur numéro n’avait pas été tiré au sort. De même, les garçons sélectionnés pour aller à l’école à charte ne sont pas aussi souvent incarcérés que ceux qui n’ont pas été tirés au sort mais qui en avaient fait la demande.)


 
Les dépenses par élève à New York dépassent 20 000 dollars par an (!) Si tous les élèves inscrits sur la liste d’attente pouvaient être admis dans des écoles à charte, cela se traduirait par une perte d’un milliard de dollars pour les écoles publiques traditionnelles. Une baisse substantielle de la fréquentation scolaire publique traditionnelle signifierait moins d’enseignants employés. Cela signifierait une baisse des cotisations syndicales puisque la plupart des enseignants des écoles à charte ne sont pas syndiqués.

Le taux de croissance des écoles à charte depuis les années 90 a été considérable. De 2001 à 2016, les inscriptions dans les écoles publiques traditionnelles n’augmentaient que de 1 % tandis que celles des écoles publiques à charte avaient augmenté de 571 %.

Sowell souligne que toutes les écoles à charte ne réussissent pas. Les écoles à charte qui échouent peuvent voir leurs chartes révoquées, coupant ainsi l’accès aux fonds publics. Cela contraste de manière frappante avec les écoles publiques traditionnelles défaillantes et corrompues qui continuent de se nourrir de fonds publics garantis.

Les écoles à charte qui réussissent sont la véritable menace pour les écoles publiques traditionnelles syndiquées. Aucune école à charte de l’étude de Sowell n’a eu plus de succès que les écoles à charte de la Success Academy à Harlem, Bedford-Stuyvesant et dans le South Bronx — et aucune n’a été plus violemment attaquée en paroles et en actes. Le maire de New York, Bill de Blasio, a explicitement fait campagne contre les écoles à charte en disant : « Je suis en colère contre les privatisateurs. J’en ai assez de ces efforts pour privatiser une chose précieuse dont nous avons besoin : l’éducation publique. »

Sowell a déclaré par ailleurs : « On continue de nous dire que “la vie des Noirs importe”, mais elle ne semble avoir d’importance que lorsque cela aide les politiciens à obtenir des votes, ou lorsque ce slogan aide les démagogues à diaboliser la police. Les 99 % restants de vies noires détruites par des personnes qui ne sont pas des policiers ne semblent pas attirer autant d’attention dans les médias. »

Lors d’une réunion en 2016, le conseil d’administration de la NAACP, l’Association nationale pour la promotion des gens de couleur, a ratifié une résolution appelant à un moratoire sur les écoles à charte. La NAACP a notamment voulu que les écoles à charte s’abstiennent de « renvoyer les élèves que les écoles publiques ont le devoir d’éduquer » et « cessent de perpétuer de facto la ségrégation entre les enfants les plus performants et ceux dont les ambitions sont élevées, mais dont les talents ne sont pas encore aussi évidents. »

C’est une conception qui sous-entend qu’aucun enfant noir ne doit recevoir une éducation décente tant que tous les enfants noirs ne reçoivent pas une éducation décente. L’éducation des enfants noirs et hispaniques peut-elle être sacrifiée au nom de cette idéologie et des intérêts corporatistes qui privent ces enfants de la réussite scolaire ?


Charter Schools and Their Enemies
par Thomas Sowell
publié le 30 juin 2020
aux éditions Basic Books,
288 pages,
ISBN-10 : 1 541 675 134


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L’effondrement du mariage aux États-Unis, ses causes et ses effets

Rediffusion : Idées fausses sur les différences salariales entre hommes et femmes

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Histoire — le général de Gaulle à Québec le 23 juillet 1967



lundi 20 juillet 2020

Royaume-Uni : femme de 23 ans attaque la clinique où elle a subi une “transition de genre" à 16 ans

Comme le relaye Sky News, Keira Bell poursuit le National Health Service (NHS) pour ne pas avoir davantage remis en cause « sa décision de devenir un homme ».

Le Tavistock and Portman Trust est une clinique londonienne du National Health Service qui gère le seul service de développement de l’identité de genre du Royaume-Uni. Comme le rapporte Sky News, Keira Bell, âgée de 23 ans, attaque toutefois cet établissement. La jeune femme estime que le personnel médical aurait dû davantage remettre en cause sa décision de devenir un homme, alors qu’elle était adolescente. « On aurait dû me dire d’attendre », insiste-t-elle. Se décrivant comme « garçon manqué » alors qu’elle était enfant, elle a été orientée vers la clinique Tavistock à 16 ans. Et « après 3 rendez-vous d’une heure, [elle] s’est vu prescrire des bloqueurs de puberté », explique Sky News. D’anciens employés de la clinique avaient fait part de leurs inquiétudes quant au fait que « les adolescents qui souhaitent changer de sexe se voient administrer des bloqueurs de puberté sans évaluation adéquate ni travail psychologique ».



Un an après avoir reçu les bloqueurs de puberté, Keira s’est vu prescrire de la testostérone qui a entraîné la mue de sa voix et le développement de caractéristiques masculines. En 2019, Keira arrêtait son traitement hormonal et se déclarait « maintenant prête à accepter son sexe de femme ». Elle faisait également part de sa « colère contre ce qui lui était arrivé au cours des dix dernières années ». Au cours du procès à venir, les avocats de Keira feront valoir que les enfants ne peuvent pas mesurer l’impact qu’un tel traitement pourrait avoir sur leur vie future, y compris, par exemple, sur leur fertilité. Le NHS a déjà annoncé un examen indépendant de ses politiques quant à l’utilisation des bloqueurs de puberté. Un examen « planifié », d’après le NHS, « qui sera entrepris par un groupe d’experts indépendants ».


Source : Valeurs actuelles

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Bjorn Lomborg: les climato-alarmistes nous mettent en danger avec de fausses données

Bjørn Lomborg (né le 6 janvier 1965) est un statisticien danois, professeur à l’école de commerce de Copenhague et ancien directeur de l’Institut d’estimation environnementale à Copenhague. Ancien membre de Greenpeace, il a acquis une renommée internationale pour son livre L’Écologiste sceptique (publié en danois en 1998, puis en français en 2004).

Il vient de publier un nouveau livre : « False Alarm: How Climate Change Panic Us Cost Trillions, Hurts the Poor, and Fails to Fix the Planet » (Basic Books) [Fausse alarme : comment la panique autour du changement climatique nous coûte des milliers de milliards de dollars, nuit aux pauvres et ne remet pas la planète en état.].

Nous en publions des extraits résumés.


« VOUS MOURREZ de vieillesse, je mourrai du changement climatique », déclarait une affiche typique tenue par des adolescents lors de rassemblements climatiques à travers le monde. Les médias, les militants et même les politiciens se livrent sans vergogne à l’alarmisme climatique, attisant les craintes de millions de personnes.

Les livres sur l’implosion imminente de la civilisation due au changement climatique encombrent les étals des librairies du monde entier. Les médias ne parlent plus de changement climatique, ils parlent désormais d’« urgence climatique » ou même de « dégradation du climat ». La couverture du magazine Time nous commande : « Soyez inquiet. Soyez très inquiet. »

Sans surprise, cet alarmisme amène la plupart d’entre nous à considérer l’avenir comme catastrophique. Les enfants grandissent terrifiés, six adolescents américains sur dix ont maintenant peur du changement climatique. L’alarmisme a atteint un tel crescendo que maintenant la moitié de la population mondiale croit vraiment que le changement climatique mettra probablement fin à la race humaine.

Cet alarmisme est non seulement infondé, mais moralement injuste. Cela nous amène à prendre de mauvaises décisions basées sur la peur, alors que le monde s’est non seulement enrichi, mais qu’il continuera de s’enrichir et d’améliorer ses conditions de vie au cours du XXIe siècle.

N’oubliez pas que le monde d’aujourd’hui est bien meilleur dans presque tous les domaines mesurables. En 1900, l’espérance de vie moyenne était de 32 ans. Aujourd’hui, elle a plus que doublé pour s’établir à 72. La disparité en matière de santé entre riches et pauvres s’est réduite, le monde est beaucoup plus alphabétisé, le travail des enfants a chuté et nous vivons dans un des moments les plus paisibles de l’histoire. La pollution de l’air intérieur, auparavant le plus grand tueur environnemental, a diminué de moitié depuis 1990. Quatre personnes sur cinq étaient extrêmement pauvres en 1900 et aujourd’hui — malgré l’impact dévastateur du coronavirus - moins d’un sur cinq l’est.


L’estimation modérée du Groupe des Nations Unies sur le climat pour la fin du siècle est que nous serons encore mieux lotis qu’aujourd’hui. Il ne restera pratiquement plus personne vivant dans l’extrême pauvreté, tout le monde sera éduqué beaucoup plus longtemps et le revenu moyen par personne dans le monde sera 4,5 fois plus haut qu’il n’est aujourd’hui. Pourtant, pour Bjorn Lomborg le climat demeure un véritable défi, au niveau de la planète il aura un impact négatif. Mais voilà cet impact négatif paraîtra dérisoire par rapport à notre enrichissement planétaire prévu pour atteindre 450 %. Sur la base de trois décennies d’études, l’ONU et le seul économiste climatique au monde ayant reçu un prix Nobel estiment que le réchauffement climatique réduira l’augmentation du bien-être du 21e siècle de 450 % à « seulement » 434 % des revenus d’aujourd’hui.

De toute évidence, c’est un problème. Mais une réduction de 3,6 % de notre potentiel d’enrichissement d’ici la fin du XIXe siècle n’est pas une menace existentielle.

Il est peu probable que le recours à la panique et à l’hystérie soit utile. En effet, l’un des auteurs du Groupe d’experts des Nations Unies sur le climat a mis en garde contre cette dérive : « Nous risquons de perdre l’adhésion du public avec des propos extrémistes qui ne sont pas soigneusement étayés par la science. »

Comment est-il possible que la représentation médiatique des impacts du changement climatique soit si éloignée de la réalité ? Simplement parce que les facteurs simples et modérateurs sont omis. L’année dernière, par exemple, un article a généré de nombreux titres et clics affirmant que la future élévation du niveau de la mer inonderait 187 millions de personnes.

Mais c’était spectaculairement trompeur. Il fallait supposer que personne ne s’adapterait au cours des 80 prochaines années. En fait, la recherche a montré que, comme les gens s’adaptent évidemment, seul 0,3 million de personnes devront déménager. Le nombre effrayant est 600 fois trop grand.

Cette rhétorique trompeuse conduit les politiciens à faire des promesses irréalistes. Nous avons pour la plupart renié nos promesses climatiques au cours des trente dernières années et il est fort probable que nos gouvernements ne respecteront pas leurs promesses climatiques de Paris d’ici 2030. Cela conduit également les pays à faire des promesses exorbitantes de neutralité carbone d’ici 2050, ce qui coûtera plus cher que les arrêts de nos économies pendant le confinement en réaction à la pandémie de coronavirus. Seule la Nouvelle-Zélande a demandé une évaluation indépendante du coût de sa politique climatique. Elle devrait coûter 16 % de son PIB chaque année d’ici 2050, ce qui le rendra plus coûteux que l’ensemble des dépenses publiques de la Nouvelle-Zélande pour l’éducation, la santé, l’environnement, la police, la défense, la protection sociale, etc.

Dépenser 16 % du revenu d’un pays pour résoudre une petite partie d’un problème qui causerait une baisse de croissance de 3,6 % est une mauvaise politique. De plus, il est peu probable que cela se produise. Nous avons besoin de solutions plus intelligentes.

Les études économiques climatiques montrent de manière convaincante que l’un des meilleurs investissements « pour réparer » le climat à moyen terme est d’investir massivement dans la recherche verte. [Nous ne sommes pas du tout convaincus que le Canada, la Scandinavie ou la Russie pâtiront globalement d’un réchauffement climatique ; ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas s’adapter à des conditions climatiques moins froides dans nos contrées boréales, bien au contraire.]

La recherche étant relativement bon marché, nous pouvons explorer de nombreuses alternatives, de meilleures énergies renouvelables et stockage de batteries, à la capture et à la fusion du carbone, à la fission, aux algues productrices de pétrole neutres en carbone, et plus encore. Si, par l’innovation, nous pouvons produire de l’énergie verte moins chère que celle issue des combustibles fossiles, tout le monde changera — pas seulement les riches bien intentionnés, mais aussi la plupart des Chinois, des Indiens et des Africains. Les modèles montrent que chaque dollar investi dans la recherche et le développement sur l’énergie verte éviterait onze dollars de dégâts climatiques.

Il est impératif que nous nous concentrions nos efforts sur l’innovation — des efforts qui ont fait leurs preuves tout au long de l’histoire. Nous devons lutter intelligemment contre le climat et veiller également à ce que l’accent monomaniaque sur le changement climatique n’évince pas les investissements urgents dans les nombreux autres dossiers cruciaux comme la santé, l’éducation, l’emploi et la nutrition.

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La « Pravda » du progressisme américain

Chronique de Mathieu Bock-Côté dans le Figaro du 18 juillet.


Le New York Times (NYT) passe pour le titre le plus prestigieux de la presse outre-Atlantique, incarnant l’aristocratie du journalisme américain. On lui prête une intelligence exceptionnelle pour raconter et décrypter l’époque et le cours des événements. Pourtant, en 2016, le NYT s’est montré ébaubi devant la victoire de Donald Trump, qu’il n’avait même pas été capable d’imaginer, tant cette possibilité lui semblait absurde. Une inquiétude est apparue dans la direction : se pourrait-il que le quotidien soit déconnecté de la société avec laquelle il prétend entretenir un lien privilégié ?

Pour sortir de son insularité mentale, le NYT a donc décidé de s’ouvrir à des voix un peu plus « conservatrices » et a embauché Bari Weiss, pour diversifier ses pages opinions. Sa mission dans l’équipe éditoriale : permettre au journal de renouer avec cette part de l’Amérique et du monde qu’il ne parvenait plus vraiment à comprendre, ou plus exactement, qu’il vomissait. Elle s’y est vouée, convaincue que sa mission était de contribuer à la restauration de la conversation démocratique. Elle ne devinait pas que sa tâche serait quasiment impossible.

Parce qu’au même moment où le NYT entendait s’ouvrir à d’autres voix que la sienne, le journal s’enfonçait dans une posture militante décomplexée, se dévoilant notamment dans le ton des reportages, se distinguant à peine de celui des chroniques. Il fallait automatiquement présenter Trump comme un monstre raciste et sexiste représentant le visage hideux du suprémacisme blanc dans son pays. Le NYT ne se contentait pas de critiquer vigoureusement Trump, mais menait une campagne trahissant les règles élémentaires de l’honnêteté journalistique. L’idéologie diversitaire y était sacralisée.

À l’intérieur même du journal, un climat sectaire s’est imposé, au point que Weiss a décidé de le quitter le 14 juillet. Dans sa lettre de démission, elle parle franchement : il devenait de plus en plus difficile de publier dans les pages débats des tribunes allant contre l’orthodoxie du journal. Les journalistes « liberals » à l’ancienne avaient beau ne pas aimer les conservateurs, ils croyaient quand même à la liberté d’expression. Ce n’est pas le cas de la nouvelle génération de journalistes — militants croyant à une forme de vérité révélée, à laquelle il n’est pas permis de déroger. Le New York Times est devenu la Pravda du régime diversitaire.

La démission de Weiss arrive dans un contexte particulier. Le 7 juillet, 150 intellectuels, journalistes et écrivains pour la plupart associés à la gauche libérale anglo-saxonne faisaient paraître dans Harper’s une lettre ouverte pour dénoncer la « cancel culture » [culture de l’annulation] et la nouvelle censure portée par la gauche radicale. La manière était prudente : les signataires s’inclinaient d’abord devant la gauche radicale et ses objectifs, pour se donner le droit de douter de ses méthodes. Ils ajoutaient que Trump était un danger et que l’illibéralisme menaçait le monde, mais réclamaient néanmoins la restauration d’une éthique du débat.

Les conservateurs qui mènent la bataille contre le politiquement correct depuis plus de trente ans auraient pu accueillir avec bonheur ces renforts. Certains confessèrent néanmoins un certain scepticisme en remarquant que plusieurs signataires de cette lettre ne s’étaient pas empêchés, il n’y a pas si longtemps, de diaboliser les conservateurs en les extrême-droitisant et en justifiant leur mise au ban de la cité. Faut-il comprendre que la gauche libérale tolérait la censure lorsqu’elle frappait la droite, mais pousse des cris d’horreur lorsque c’est son tour de la subir ? La révolution dévore toujours ses enfants. En d’autres mots, la gauche libérale se rallie certes à la cause de la liberté d’expression en s’alliant à ceux qui la défendaient déjà, mais elle prétend surtout l’anoblir, en expliquant que ses anciens défenseurs étaient suspects, mais qu’elle, au moins, a le cœur pur. L’histoire se répète. Tant que l’anticommunisme était porté par la « droite », il était réactionnaire. Il devint légitime quand les progressistes autoproclamés s’en emparèrent. Il en fut de même pour la critique de l’islamisme. Il faut d’abord avoir été de gauche pour avoir le droit de ne plus l’être. Il faut avoir été de gauche pour avoir la permission de critiquer ses dérives.

La culture de l’annulation représente une radicalisation du politiquement correct et témoigne de son emprise de plus en plus grande sur les institutions culturelles. Elle a débordé des campus où elle avait pris forme, et contamine la vie publique dans son ensemble en créant un climat d’inquisition permanent, entretenu par des milices de journalistes-militants de la gauche diversitaire. Cette tendance se fait sentir des deux côtés de l’Atlantique. Elle oblige à nommer un tabou : c’est moins ce qu’on nomme la droite populiste que la gauche radicale qui représente aujourd’hui l’ennemi véritable de la démocratie.

dimanche 19 juillet 2020

Ces maires de gauche qui veulent « dégenrer » les cours de récréation (m. à j. vidéo)

L’équipe « progressiste » du service public français (émission la Quotidienne de France 5) vante en termes dithyrambiques « la cour d’école qui favorise la mixité filles-garçons » très couteux (le seul bitume de la cour coûte la bagatelle de 500.000 euros) :
Espace de vivre-ensemble mixte. À 4 min 15 : « C'est toi arrête t'es méchante » dit le petit garçon.

Vaste et récurrent sujet chez les partisans de la gauche radicale : les cours de récréation qui perpétueraient les stéréotypes de genre. Chose qui serait grave chez des élus dits écolos.

La Révolution dite « écologique » passe aussi par l’école.

Cour de récréation traditionnelle (genrée, mal)

« Les cours d’école de nos enfants ressemblent à des stationnements en bitume, brûlantes en été et trop réservées aux pratiques des garçons, a lancé le 8 juillet sur Twitter Éric Piolle, maire écologiste de Grenoble, réélu avec le soutien d’EELV, La France insoumise ou encore le Parti animaliste. La solution : débitumiser, dégenrer, végétaliser et potagiser ! », poursuit l’élu, qui accompagne son propos d’une école en chantier.

Torrent de réactions sur Twitter, où le terme « dégenrer » fait particulièrement réagir. « Les cours de récréation ne sont pas genrées ! (…) Plutôt que de les politiser, agrandissez-les ! », s’indigne un internaute. « Les garçons prennent toute la place pour leurs jeux de balle et excluent les filles », affirme un autre.

Vaste et récurrent sujet que celui des cours de récréation qui perpétueraient les stéréotypes de genre et le sexisme.

« Une appropriation inégalitaire » de l’espace, disait constater en 2014 un rapport du Commissariat général à la stratégie et à la prospective, remis à la ministre de la France des Droits des femmes, la socialiste Najat Vallaud-Belkacem, quand le Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes (HCR) évoque, en 2017, « une géographie de la cour de la récréation très sexuée », avec des garçons qui « investissent l’essentiel de la cour par des jeux mobiles et bruyants ». Les garçons devraient-ils devenir des filles comme les autres ?


Plus tempéré, le rapport de l’Éducation nationale sur l’égalité entre les filles et les garçons constate, en 2013, que « les aménagements de cour de récréation articulent plutôt des logiques “jeux calmes et jeux plus sportifs”, ce qui peut correspondre entre autres à des différences entre les filles et les garçons ».

À Trappes ou à Rennes, villes de gauche, mais aussi à Bordeaux, passée aux mains des écologistes de gauche, se sont développées ces dernières années des cours de récréation « non genrées ». Fini le terrain de sport au centre de l’espace. À Grenoble, les travaux dans les trois cours de l’école Clemenceau prévoient — outre des surfaces « perméables végétalisées » et des « espaces verts » — de « repenser l’organisation de l’espace et des rôles dans la cour de récréation ».



samedi 18 juillet 2020

France — Fonds d’urgence pour l’école libre

Créer son école, en partenariat avec la Fondation Kairos – Institut de France (www.fondationkairoseducation.org), a mis en place un Fonds d’urgence pour l’école libre, dont l’objectif est de soutenir les établissements scolaires privés indépendants ayant été déstabilisés financièrement par la crise liée à la pandémie du Coronavirus et connaissant des difficultés financières majeures, qui pourraient encore s’aggraver au premier trimestre de la prochaine année scolaire et menacer leur pérennité.



Des dons jusqu’au 31 juillet 2020 pour le Fonds d’urgence

Les donateurs sont toujours invités à faire des dons à la Fondation Kairos (en affectant le don expressément au Fonds d’urgence) ou à l’association Créer son école pour financer ce fonds d’urgence. Ce fonds sera clôturé au 31 juillet 2020. La Fondation Kairos et ses partenaires continueront ensuite bien sûr à recevoir des dons et à soutenir les établissements privés entièrement libres selon des modalités normales, c’est-à-dire hors du cadre de ce dispositif exceptionnel.

Versement des aides aux établissements


Les établissements gravement déstabilisés par la crise sont invités à faire parvenir leur demande d’aide à Créer son école qui coordonne l’octroi de dons pour cette opération. Seuls les établissements à but non lucratif peuvent candidater. La procédure est volontairement très simple.

Les demandes d’aide sont à adresser exclusivement par le biais du formulaire ci-dessous. Seuls les dossiers complets seront pris en compte.

Calendrier du Fonds d’urgence

Délais de dépôt des demandes : avant le 31 juillet 2020

Décision d’octroi des dons : août

Décaissement des dons : fin août

Pour plus de détails et demander une aide financière au titre du fonds d'urgence pour l'école libre

vendredi 17 juillet 2020

France — À l’université, des résultats étonnamment bons : bienveillance et triche à distance

À la bienveillance des professeurs s’est ajouté la triche, visiblement massive avec les examens à distance.

Le 6 mai dernier, à Rouen, une étudiante en biologie prépare ses examens du second semestre qui ont eu lieu en ligne le jour du déconfinement.

Une réussite en nette augmentation, dans tous les domaines. Après les résultats exceptionnels du bac 2020 - 95,7 % d’admis après les rattrapages —, les universités vont à leur tour connaître une explosion de leur taux de réussite. C’est en tout cas ce qui ressort des premiers chiffres révélés par les différents établissements d’enseignement supérieur. « Cette année, dans notre université, le taux de réussite va augmenter d’une dizaine de points », atteste Pierre Denise, le président de l’université de Caen Normandie. Même constat à l’université Paul-Valéry de Montpellier, qui anticipe également une augmentation de près de 10 points de la réussite sur l’ensemble de l’établissement. « Nous avons même quelques filières où la hausse est supérieure à 15 points. C’est par exemple le cas en première année de licence d’information-communication, où le taux de validation passe d’un peu plus de 70 % à 90 % », renseigne Patrick Gilli, le président de l’établissement. Les chiffres sont également éloquents à l’université d’Angers, où les étudiants de première année de droit sont 56 % à avoir validé leur année, contre moins de 40 % les années précédentes.

Les raisons de cette hausse sont multiples. Il y a tout d’abord la bienveillance dont tous les enseignants ont fait preuve dans leur notation. « Avec le confinement, les cours en ligne, les examens à distance, nous avons demandé à nos collègues d’être compréhensifs à l’égard des étudiants », explique le président de l’université Paul-Valéry. Les partiels du second semestre n’ont d’ailleurs porté que sur une petite partie du programme. « Nous avons allégé les examens et interrogé les étudiants uniquement sur les cours qu’ils avaient suivis en présentiel », témoigne Mohammed Benlahsen, président de l’université de Picardie Jules-Verne. « Certains syndicats étudiants souhaitaient que l’on attribue la moyenne à tout le monde, nous avons refusé. Mais nous devions tout de même tenir compte de la situation exceptionnelle, nous avons donc élaboré des sujets moins difficiles et été plus souples dans la correction », confirme Pierre Denise (université de Caen).

« Du jamais vu »

Autre facteur qui a pesé dans cette réussite accrue : le « présentéisme » des étudiants lors des examens. Là où, tous les ans, les universités constatent de nombreuses absences lors des partiels de fin de semestre, elles ont cette année remarqué une participation en nette augmentation. À l’université de Caen par exemple, 95 % des étudiants ont composé lors des partiels à distance du second semestre. « Du jamais vu », selon le chef d’établissement. « Nous avons eu un taux de défection beaucoup plus faible que les années précédentes. Il semble que les partiels à la maison aient connu un meilleur succès que les examens en présentiel », abonde Christian Roblédo, le président de l’université d’Angers.

Des partiels en ligne qui ont permis aux étudiants de tricher plus facilement. Pendant la période des examens, nombre d’entre eux ne s’en sont d’ailleurs pas cachés et l’ont clamé sur les réseaux sociaux. « Dans ma fac, la plupart des étudiants ont triché. C’est le cas de tous mes camarades de promotion, mais aussi, de tous mes amis d’autres filières », avoue une étudiante. Si les universités jurent avoir tout fait pour limiter et détecter les fraudes, elles reconnaissent que les tricheries ont pu jouer un rôle dans la réussite exceptionnelle des étudiants cette année. « Il est fort possible que les cas de fraude aient augmenté, mais nous ne pouvons pas chiffrer cela », concède Patrick Gilli (université Paul-Valéry). « Au-delà des cas de triches, certains étudiants ont composé dans un environnement extrêmement favorable et ont pu être aidés par leur entourage », complète Denis Varaschin, le président de l’université Savoie Mont-Blanc. Une fois de plus, cette réussite inédite pose une question essentielle : celle de la valeur des diplômes obtenus par les étudiants dans ces conditions.

Source : Le Figaro

Histoire — Jules Brunet, le vrai-faux dernier samouraï

Ce Français a écrit une des pages décisives de l’histoire du Japon.

Son destin incroyable a inspiré Hollywood et offert à Tom Cruise un de ses plus beaux rôles : Jules Brunet (ci-contre à Ezo en 1869), lieutenant de l’armée de Napoléon III, a combattu aux côtés des derniers shoguns Tokugawa de l’ère Edo, au Japon, en 1868. Mais qui était-il vraiment ?

En arrivant au port de Marseille, le 19 novembre 1866, Jules Brunet est loin de se douter qu’il gagnera dans l’Histoire l’étrange surnom de « dernier samouraï ». Alors qu’il s’apprête à embarquer sur le Péluse, un paquebot impérial affrété dans le cadre de la mission française au Japon, le jeune lieutenant de 28 ans revient tout juste de l’expédition du Mexique, sous les ordres du général Bazaine. Il a participé à la prise de la capitale du pays, en 1863, et à l’installation sur le trône d’empereur du Mexique de Maximilien de Habsbourg. Ses hauts faits militaires lors de la bataille de Puebla lui ont valu d’être décoré de la Légion d’honneur par Napoléon III en personne. À son retour, il a été choisi pour participer à une autre aventure : défendre les intérêts de la France dans un Japon qui s’ouvre lentement au monde extérieur.

Fils d’un vétérinaire militaire, saint-cyrien et polytechnicien, féru de peinture et lui-même artiste, il va se retrouver plongé — comme témoin et acteur — dans une des périodes les plus tumultueuses, les plus cruciales de l’histoire du Japon : le Bakumatsu. C’est-à-dire le moment où le pays bascule — non sans douleur — du régime féodal et isolationniste de l’époque Edo à l’ère impériale Meiji, qui prône une ouverture de l’île au monde. Après des escales à Alexandrie, Ceylan, Singapour et Saïgon, le lieutenant Brunet touche le sol japonais cinquante-deux jours après son départ de Marseille, le 13 janvier 1867.

Il y arrive en qualité d’oyatoi gaikokujin — littéralement « étranger employé » —, au service du shogunat Tokugawa. Un régime qui, après deux siècles et demi de règne sur un pays en paix, brille de ses derniers feux, est ébranlé par plusieurs fiefs souhaitant une restauration de l’autorité impériale. C’était pourtant justement un empereur qui, au XVIe siècle, avait délégué la plupart de ses pouvoirs politiques effectifs à Ieyasu Tokugawa, grand stratège militaire grâce à qui le Japon avait été unifié en mettant fin à plus d’un siècle de guerres intestines entre les daimyos — les seigneurs des différentes provinces. Une parenthèse de paix qui s’était ouverte à l’issue de la bataille de Sekigahara, en 1600, point d’orgue de la période de règne des samouraïs, entamée au XIe siècle. Près de 150 000 hommes s’étaient affrontés pendant plus de six heures dans une vallée plongée dans le brouillard. Durant cette gigantesque tempête de bois et d’acier, de grands guerriers servant leurs maîtres avaient combattu avec lances, arcs, arquebuses et sabres, en suivant non pas le budo moderne, creux et vide, mais le bujutsu : l’art de la guerre et de tout ce qui s’utilise pour combattre sur un champ de bataille. Miyamoto Musashi, le samouraï le plus célèbre et bretteur émérite, auteur du Livre des cinq anneaux, dont la vie de solitude et de combat inspirera La Pierre et le Sabre, d’Eiji Yoshikawa, était lui-même présent à Sekigahara — dans le camp des perdants. Deux cent soixante-huit ans plus tard, c’est une autre bataille qui referme l’ère des samouraïs : Toba-Fushimi. Nous sommes alors en 1868, quinze ans après l’arrivée du commandant américain Perry et de ses quatre canonnières à Uraga — l’un des événements déclencheurs du Bakumatsu. Toba-Fushimi est l’inverse, en tout point, de Sekigahara : ici luttent dans les deux camps des samouraïs boursouflés aux katanas émoussés par plus de deux siècles de paix, qui côtoient des hommes formés et équipés par les pays occidentaux présents au Japon : Américains, Anglais, Hollandais et… Français, donc.

Parmi eux, Jules Brunet. En sa qualité d’oyatoi gaikokujin, l’officier impérial encadre les forces du shogun Tokugawa. En particulier un de ses corps d’élite : le denshutai. Fort de 900 hommes issus des familles les plus modestes, ses soldats ont été formés à l’infanterie, à la cavalerie, à l’artillerie et sont équipés de fusils Chassepot M1866. Bien que plus nombreuses et bénéficiant des conseils de la mission française des deux Jules (Chanoine et Brunet), les armées du shogun sont mises en déroute par celles des fiefs de Choshu et Satsuma (soutenus dans l’ombre par les Britanniques…) ; partisans du retour de l’Empereur, leurs chefs sont aussi farouchement hostiles aux « barbares » (comprendre : les étrangers), dont l’influence grandit depuis l’ouverture en force du pays par l’Américain Perry, en 1853. Équipées de mitrailleuses automatiques Gatling, qui leur confèrent une puissance de feu décisive et compensent leur infériorité numérique, les troupes de l’Empereur japonais parviennent à s’emparer de la capitale du shogunat, Edo, le 7 avril. Et obtiennent la reddition du shogun Yoshinobu Tokugawa. Le 3 septembre 1868, la ville est renommée Tokyo (littéralement « la capitale de l’Est »). Mutsuhito investit le château d’Edo — le palais impérial.


La présence de la mission française n’est alors plus souhaitée et son retour en France programmé. Mais le désormais capitaine Brunet, animé par sa loyauté envers les hommes qu’il a formés, décide de rester pour continuer de soutenir ceux qui demeurent fidèles à la cause du shogun malgré sa reddition. Début octobre, il remet sa démission de l’armée française par courrier et accompagne l’amiral Enomoto Takeaki sur l’île actuelle d’Hokkaido. Avec d’autres officiers français, il l’aide à fonder la république sécessionniste d’Ezo en fédérant cette région peuplée de tribus indigènes (les Aïnous). Il organise aussi les troupes (quelques milliers d’hommes) avec un autre commandant japonais : Otori Keisuke. Mais l’armée impériale, désormais bien plus fournie que la leur et soutenue par les canonniers anglais, parvient à s’emparer de la ville portuaire de Hakodate et à acculer les forces d’Enomoto et de Brunet dans une forteresse.


Le 9 juin 1869, alors que Hakodate s’apprête à tomber et que ses camarades français ont été blessés dans les bombardements, le capitaine Brunet accepte d’être évacué à bord d’un navire français, le Coëtlogon. Un an plus tard, ayant réintégré un régiment d’artillerie en France, il reprend les armes… contre la Prusse. Il finira général de division après avoir été chef de cabinet d’un ministre de la Guerre qu’il connaît bien depuis son aventure japonaise : Jules Chanoine. Quand il meurt en 1911, il a aussi été élevé au grade de grand officier du Trésor sacré du Mikado…

Son histoire est infiniment romanesque. Et cinématographique. Le réalisateur Edward Zwick ne s’y est pas trompé. Il s’est inspiré de son destin en 2003 pour réaliser Le Dernier Samouraï, avec Tom Cruise. Mais en prenant de nombreuses libertés avec la réalité historique. Dans ce film qui totalisa un demi-milliard d’euros au box-office, Brunet n’est pas français mais américain ; il n’est pas officier artilleur mais forme les cavaliers japonais ; il n’arbore pas une élégante moustache mais une crinière de longs cheveux soyeux que même les plus sanglantes batailles ne parviennent pas à décoiffer ; il n’a pas participé aux campagnes mexicaines de Napoléon III mais aux guerres indiennes d’Amérique du Nord ; il n’arrive pas au Japon en 1867 mais près de dix ans plus tard, en 1876. D’ailleurs, dans le film, Jules Brunet n’est même pas Jules Brunet mais Nathan Algren. En réalité, ni Jules Brunet ni Nathan Algren ne sont réellement le « dernier samouraï ». Quand Jules Brunet débarque au Japon, les samouraïs ont disparu depuis longtemps. Ceux qui se qualifient ainsi ne sont que les descendants putatifs des guerriers légendaires et se reposent sur les exploits de leurs aïeuls. Ils sont devenus des notables arborant à leur ceinture le daisho (littéralement « grand et petit », ensemble de deux sabres composé d’un katana et d’un wakizashi), mais qui n’ont jamais connu eux-mêmes les horreurs de la guerre. « Des guerriers qui n’en étaient plus, mais ne pouvaient le faire voir, selon l’ancien directeur de la Maison franco-japonaise de Tokyo, Olivier Ansart. Des hommes qui devinrent des serviteurs et qui, sous le masque de la loyauté, complotaient contre leurs maîtres ; des truqueurs sans vergogne de généalogies imaginaires ; des amateurs de confort douillet qui brandissaient des armes qui n’étaient plus que des symboles vides. »

Les figures qui nous viennent à l’esprit lorsque nous entendons le mot samouraï, qui définit un homme dévoué à son maître jusqu’au sacrifice suprême, sont mortes plus de deux siècles avant l’arrivée de Brunet. Mais si l’on veut absolument en retenir un à l’époque de Brunet, il s’agirait de Saigo Takamori.


Fer de lance de la philosophie Sonno-joi (littéralement « révère l’Empereur, expulse les barbares »), qui avait permis de fédérer les provinces de Choshu et Satsuma contre le shogun, Takamori a été déçu par l’ère ouverte avec la chute des Tokugawa qu’il a lui-même précipitée. Devant la tournure prise par l’ère Meiji, qui a finalement choisi d’ouvrir ses portes aux étrangers, il s’est senti floué par l’Empereur et s’est retranché dans son fief pour organiser une rébellion en 1877. Mais elle sera bientôt écrasée à Shiroyama par l’armée impériale. Comme le dernier soupir du Japon féodal.

Les événements du film Le Dernier Samouraï font donc plutôt référence à la rébellion de Satsuma, dans laquelle est propulsé l’Américain fictif Nathan Algren, qu’à la résistance de la république d’Ezo et de Jules Brunet, sept ans plus tôt. Mais qu’elles soient réelles ou fictives, les trajectoires de ces trois hommes finissent par se rejoindre sur un point : la fidélité à un idéal. À l’essence de ce qui fait un vrai samouraï (la racine du mot vient d’un terme signifiant « servir » en japonais). À un amour nostalgique pour le Japon des samouraïs, évaporés dans une ère de paix où ces guerriers n’ont plus leur place. À la permanence d’un combat pour maintenir en vie l’esprit sublime de la chevalerie japonaise, fille orpheline d’une féodalité défunte. À une fascination pour l’esprit de résistance, l’honneur, la fidélité et le courage. Autant de valeurs disparues en partie avec les samouraïs. Au Japon comme ailleurs.


Source : Figaro Magazine

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mercredi 15 juillet 2020

À partir de 2064 la population mondiale devrait diminuer rapidement

La population mondiale devrait diminuer rapidement, déclenchant un « changement radical dans l’ordre de préséance » des nations, prévoit un nouveau rapport.

Foule à Kinshasa, la population du Congo (RDC) devrait passer de 81 millions en 2017 à 246 millions en 2100


Alors que les prédictions d’une explosion démographique potentiellement catastrophique abondent depuis des années, de nouvelles recherches suggèrent une contraction imminente majeure d’ici 2100, moment auquel les personnes âgées seront plus nombreuses que les jeunes.

Le Lancet vient de publier sa « Global Burden of Disease Study » qui cite une baisse accélérée des taux de fécondité dans le monde développé au cours des prochaines décennies. Le rapport prédit que la population mondiale culminera en 2064 à 9,7 milliards de personnes, avant de chuter brusquement à 8,8 milliards en 2100.

Cette nouvelle étude contredit les prévisions de l’ONU qui évoquait près de 11 milliards d’habitants en 2100.

C’est « une bonne nouvelle pour l’environnement (moins de pression sur les systèmes de production alimentaire et moins d’émission de CO2) », indique Christopher Murray, directeur du respecté Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) à Seattle, qui a mené cette étude.

L’Asie et l’Europe devraient perdre des habitants. Elles abritent une grande partie des 23 pays qui devraient voir leur population réduite au moins de moitié : le Japon (128 à 60 millions), la Thaïlande (71 à 35), l’Espagne (46 à 23), l’Italie (61 à 31), le Portugal (11 à 4,5), la Corée du Sud (53 à 27). Quelques pays y échappent, comme la France, où le maintien d’un taux de fécondité relativement élevé permettrait de limiter la perte de population à 67 millions à la fin du siècle (contre 70 millions en 2050 et 65 millions en 2017).

Selon les chercheurs, les personnes âgées représenteront un pourcentage plus élevé de la population mondiale, les octogénaires devant être plus nombreux que les tout-petits de moins de cinq ans par deux à un au tournant du siècle prochain.

Les populations de quelque 23 pays, dont le Japon, la Thaïlande, l’Italie et l’Espagne, pourraient se contracter d’au moins 50 %, tandis que 183 des 195 pays inclus dans la recherche auraient des taux de fécondité inférieurs au niveau de remplacement de 2,1 naissances.

D’une part, la Chine et 34 autres pays devraient connaître une baisse de la population de plus de 25 %, mais d’autre part, la Lettonie et le Salvador connaîtront un déclin de la population de plus de 75 %.


Classement des 25 principales économies par PIB en 2017 et scénario de référence en 2030, 2050 et 2100


Le rapport cite l’accès à la contraception et une éducation des filles où l’on insiste sur de petites familles comme principaux catalyseurs « Accélérer les baisses de fertilité et la croissance démographique lente. »

« La croissance démographique mondiale continue au cours du siècle n’est plus la trajectoire la plus probable pour la population mondiale », a déclaré le Dr Christopher Murray, qui a dirigé l’étude, ajoutant que les gouvernements du monde entier doivent « Commencer à repenser leurs politiques en matière de migration, de main-d’œuvre et de développement économique. »

Le rapport envisage un déclin important des populations en âge de travailler en Chine et en Inde, des puissances économiques émergentes à l’heure actuelle qui devraient probablement s’estomper si cette évolution démographique se produisait comme prévu. Les États-Unis pourraient réapparaître en tant que première puissance économique mondiale d’ici 2098 après une baisse de la population et de l’influence économique.

L’étude a suggéré des politiques d’immigration massives comme moyen d’atténuer le déclin de la population et de soutenir la croissance économique, en particulier pour les pays industrialisés comme les États-Unis, l’Australie et le Canada.

Pendant ce temps, l’Afrique subsaharienne connaîtra probablement une explosion démographique jusqu’à trois fois, en raison d’une baisse combinée des taux de mortalité et d’une augmentation simultanée du nombre de femmes en âge de procréer. Selon les auteurs de l’étude, le Niger pourrait connaître une croissance de 765 %, une croissance de 710 % au Tchad, 594 % au Soudan du Sud et 321 % au Mali.

Pour cette raison, l’Afrique éclipserait probablement l’Asie en tant que région la plus peuplée du monde au tournant du siècle prochain.

L’étude prévoit également l’émergence d’un monde beaucoup plus multipolaire avec l’Inde et le Nigeria qui devraient rejoindre les États-Unis et la Chine en tant que puissances mondiales dominantes, tandis que davantage de pays africains et arabes prendraient les rênes en tant que leaders économiques mondiaux.

L’Afrique subsaharienne pourrait, quant à elle, voir tripler sa population (de 1 à 3 milliards), tirée notamment par le Nigeria — 206 à 790 millions d’habitants — qui deviendrait en 2100 le deuxième pays le plus peuplé au monde derrière l’Inde, mais devant la Chine.

« Ce sera véritablement un nouveau monde, un monde auquel nous devrions nous préparer dès aujourd’hui », a commenté le rédacteur en chef du Lancet Richard Horton. […]

Pour modifier la trajectoire démographique, ils évoquent à l’inverse des « politiques sociales » pour aider les femmes à travailler tout en ayant le nombre d’enfants qu’elles souhaitent. Mais aussi des « politiques d’immigration libérales ». « Nous estimons que plus tard dans le siècle, les pays qui ont besoin de travailleurs migrants devront rivaliser pour attirer ces migrants », qui devraient venir principalement d’Afrique subsaharienne et du monde arabe, indique Christophe Murray.

La France échappe à la décroissance

Quelques pays y échappent, comme la France, où le maintien d’un taux de fécondité relativement élevé permettrait de limiter la perte de population à 67 millions à la fin du siècle (contre 70 millions en 2050 et 65 millions en 2017).

Une population divisée par deux en Chine

La Chine pourrait elle perdre près de la moitié de ses habitants - 1,4 milliard aujourd’hui, 730 millions en 2100 - avec un déclin du nombre de personnes en âge de travailler qui va « entraver » sa croissance économique.

Les États-Unis, appelés à perdre prochainement leur place de première économie mondiale, pourraient ainsi repasser devant la Chine d’ici la fin du siècle, si l’immigration continue à pallier la fécondité en baisse, selon l’étude. Évidemment, une autre solution consiste à augmenter la natalité des Américains.

Triplement en Afrique subsaharienne

L’Afrique subsaharienne pourrait quant à elle voir tripler sa population (1 à 3 milliards), tirée notamment par le Nigeria — 206 à 790 millions d’habitants — qui deviendrait en 2100 le deuxième pays le plus peuplé au monde derrière l’Inde, mais devant la Chine.