dimanche 26 septembre 2021

Allemagne — les socialistes en tête grâce à l'électorat de plus de 60 ans

Les socialistes allemands ont remporté de justesse dimanche les élections législatives marquant la fin de l’ère Merkel, mais le pays se prépare à une longue période d’incertitude sur la succession de la chancelière.

Tant le centre gauche que le centre droit de Mme Merkel, devancé de peu selon les estimations des chaînes de télévision, revendiquent en effet de former le prochain gouvernement.

Les sociaux-démocrates du SPD et leur chef de file Olaf Scholz devancent d’une faible marge, avec entre 25,9 % et 26 % des voix, soit un léger avantage sur les conservateurs CDU/CSU de la chancelière et leur candidat Armin Laschet, qui obtiennent entre 24,1 % et 24,5 %, sur la base de projections des sondeurs.

Aucune coalition n’a la préférence des électeurs

Selon un sondage des plus récents, aucune coalition parmi les principaux partis n’a l’assentiment des Allemands. Ainsi, 46 % des Allemands s’opposent à une coalition CDU/CSU (centre droit) avec le SPD (socialiste) alors que 49 % s’opposent à une coalition formée du centre droit (« Union »), des Verts et du FDP libéral.


Les jeunes ne pèsent guère dans l’électorat

On pourrait penser que les gains du SPD sont dus aux jeunes désireux de changement. Ce n’est pas le cas. Le SPD a en fait perdu du soutien chez les 18-34 ans, mais cet appui a considérablement augmenté chez les 60 ans et plus (+ 9 points pour une moyenne de 33 % par rapport à 2017).

 

Le SPD (socialiste) a perdu 5 points d’appui chez les 18-24 ans depuis 2017 et gagné 9 points chez les plus de 60 ans.  
 

Les deux partis traditionnels (Union + SPD) qui remportent le plus de voix lors de ces élections sont des partis soutenus par les personnes âgées en Allemagne. Même le parti nationaliste de droite AfD, fort dans l’ancienne Allemagne de l’Est, est un parti qui fait mieux chez les jeunes que chez les plus de 60 ans.

Mais, comme nous le rappelons ici souvent, arithmétiquement, les jeunes ne comptent plus vraiment en Allemagne. Ils sont très peu nombreux.

Les 18-20 ans représentent 3,4 % des électeurs, les 21-29 ans 11 % alors que les plus de 60 ans représentent 38,2 % des électeurs

C’est le reflet de la pyramide des âges de l’Allemagne.

Le mot islam absent des débats télévisés, l’immigration à peine mentionnée

Cela peut paraître incroyable, mais le mot « islam » n’a pas été prononcé une seule fois dans les grands débats télévisés de la campagne législative allemande. Le terme « immigration » n’a été utilisé que rarement, dans la plupart des cas par des représentants du parti d’extrême droite AfD. Bref, ces thèmes obnubilant la précampagne présidentielle française sont quasi-absents outre-Rhin. Loin, bien loin derrière l’obsession du changement climatique, où l’Allemagne relance ses centrales à charbon, l’aggravation des inégalités sociales, la modernisation des infrastructures ou la conversion au numérique. L’exemple de ces centres de santé contraints d’échanger leurs données par… fax durant la crise du Covid-19 a été abondamment ressassé.

Il faut se rappeler cependant que les Verts allemands prônent depuis plus d'un an la "tolérance zéro" face au terrorisme islamiste... Le président du parti, Robert Habeck, avait présenté l'an passé un plan en onze points proclamant «la tolérance zéro» à l’égard du terrorisme islamiste. Les menaces islamistes doivent être constamment surveillées, lit-on dans le document, notamment via un renforcement des forces sécuritaires. Les mandats d’arrêt contre les individus dangereux doivent être exécutés avec plus de célérité, les associations salafistes interdites, et les flux de financement étroitement traqués.


samedi 25 septembre 2021

Voter 15 fois, c’est possible au Canada. Une journaliste de Métro l’a vu de ses yeux.

Quand une source — appelons-la Claude — m’a contactée lors du déclenchement des élections fédérales pour me dire qu’elle avait l’intention de voter 15 fois afin de prouver la faiblesse de la sécurité du scrutin, je me suis dit qu’elle se trompait et qu’elle ne pourrait pas mener à bien ce projet.

Mais Claude avait confiance en son plan : une de ses connaissances a voté quatre fois aux élections de 2015, puis dix fois à celles de 2019. Cette personne a réussi la fraude deux élections de suite sans jamais être embêtée d’aucune façon après. « C’est facile. Je t’explique… »

Des objections me venaient en tête tout au long des explications de ma source. Elle les démontait toutes.

Je restais quand même perplexe. Si c’était vraiment si simple, frauder le système électoral pour voter plusieurs fois, comment se faisait-il que personne n’en parle ? J’avais l’impression que ce qu’on me décrivait relevait du Far West.

En faisant des recherches sur le sujet, je suis tombée sur un reportage de 2019 de Radio-Canada. Lors des dernières élections, la société d’État a fait l’exercice de tester s’il était possible de voter deux fois : une fois par anticipation, puis une fois le jour du scrutin.

La tactique qu’utilisait la connaissance de Claude, elle, permettait de voter encore plus de fois. Bien plus.

Claude et moi avons convenu qu’il n’était pas nécessaire de se rendre jusqu’à l’isoloir pour prouver le problème du système. À partir du moment où on peut s’inscrire plusieurs fois sur la liste électorale et que, chaque fois, le fonctionnaire nous offre de voter, la démonstration est faite.

Le jour du scrutin, Naomie, une journaliste de Métro, s’est rendue au premier bureau de vote choisi par Claude, dans une circonscription de Montréal. Elle a vu Claude s’y inscrire une première fois sur la liste électorale. Claude avait pourtant déjà voté par anticipation. Personne ne le lui a fait remarquer. Jusqu’ici, donc, Claude aurait pu voter deux fois.

Nous avons poursuivi l’exercice.

Claude et Naomie ont marché jusqu’au prochain bureau de vote de l’itinéraire, où Claude a pu s’inscrire et se faire offrir de voter à nouveau, en utilisant le même nom qu’au bureau de vote précédent : son vrai nom. La stratégie comportait un mensonge, oui, mais pas à propos de son identité.

Puis, Claude et Naomie ont cheminé vers le troisième bureau de vote, où le même exercice a été refait sans le moindre souci. Claude l’a répété une quatrième fois. Et une cinquième. Et une sixième. Et une dixième… Naomie me faisait le compte-rendu de leur parcours, et je n’en revenais pas. Le 20 septembre 2021, Claude a pu s’inscrire sur la liste électorale 15 fois.

À un moment, les deux bureaux de vote étaient dans des bâtiments l’un à côté de l’autre. On est entré dans le premier faire l’inscription, puis on est entré dans l’autre sans que personne ne remarque.

Naomie

Leur parcours a commencé à 9 h 30, à l’ouverture des bureaux de vote, et s’est terminé en fin d’après-midi. Ce n’est pas la fermeture des bureaux qui a mis un terme à leur balade, ce sont leurs autres obligations à tous les deux. Naomie, notamment, devait se préparer pour couvrir les résultats électoraux en soirée.

Quinze fois. Claude a pu s’inscrire 15 fois sur la liste électorale.

Comment est-ce possible ?

Comment se fait-il que personne, à aucun de ces bureaux de vote, n’ait remarqué que quelque chose clochait, qu’une personne se baladait à travers la ville et réclamait un peu partout des bulletins de vote qu’on ne lui refusait pas ?

Pour ne pas donner l’impression d’inciter les citoyens à reproduire la fraude, nous n’allons pas donner le détail de la méthode utilisée par l’ami de Claude en 2019 et 2015, et testée ici. Disons tout de même que l’exercice nécessite moins d’imagination qu’il en faut au personnage de DiCaprio dans Arrête-moi si tu peux

. Sans tout dévoiler, nous pouvons quand même identifier le cœur du problème qui permet ces potentiels votes successifs. D’une part, la faille est due au fait qu’on peut s’inscrire le jour même du scrutin sur la liste électorale. D’autre part, elle est attribuable au fait que les bureaux de vote ne communiquent pas entre eux par le biais d’un système informatisé qui signalerait qu’une personne a déjà voté. Le système ne voit pas les doublons.

[La faille réside sans doute dans le fait qu’on peut s’inscrire le jour même en présentant successivement des preuves d’adresse établies à des adresses différentes correspondant au bassin de chaque bureau de vote ou en se faisant accompagner d’un tiers dûment documenté qui certifie l’adresse de la personne qui n’a pas de pièce d’identité adéquate. La liste de ces preuves d’adresse est très longue… Voir ci-dessous.

]

Aujourd’hui, en 2021, je dois avoir un code QR pour aller au restaurant, mais à l’échelle du Canada, personne ne peut savoir si je vote plus d’une fois.

Scrutin aux élections québécoises plus sûr

J’ai demandé à Claude si la même chose était possible avec les élections provinciales.

« Non. À cause du référendum, les règles provinciales ont été resserrées et on ne peut pas s’inscrire le jour du scrutin. »

Les Canadiens, nous aimons bien nous voir comme des personnes gentilles et polies, qui disent s’il vous plait et merci. Mais est-ce suffisant pour se fier à la bonne foi de tous ?

Les systèmes ne sont jamais parfaits, d’accord. Mais la facilité avec laquelle ma source a bel et bien réussi sa démonstration est frappante. Claude aurait pu voter 15 fois à cette élection (en plus de son vote par anticipation) sans que personne ne l’arrête. Sans que personne ne remarque non plus la redondance de son identité sur la liste électorale.

Depuis hier, je me demande combien d’autres Canadiens, comme la connaissance de Claude, passent leur après-midi à voter quand vient le temps d’élire le prochain gouvernement.

Et je me demande aussi, à côté, j’ai l’air de quoi, moi, avec mon petit bulletin de vote unique ?

Source : Métro


La population en âge de travailler a déjà baissé dans un quart des pays du monde

« Une bombe démographique. » Nikkei Asia consacre son dossier de la semaine au ralentissement spectaculaire du taux de croissance de la population à l’échelle mondiale depuis la fin des années 1960.

Le taux de croissance démographique a atteint un pic à la fin des années 1960 avec 2,09 %, un chiffre qui va passer sous la barre des 1 % en 2023. La population en âge de travailler a déjà baissé dans un quart des pays. Selon les prévisions, à l’horizon 2050, la population de 151 des 195 pays du monde sera en baisse.

Une situation qui devrait entraîner à cette date un déclin démographique et un vieillissement général.

Le Nikkei Asia souligne combien les politiques publiques doivent être redéfinies afin de trouver un nouvel équilibre face à ce paradigme du vieillissement des populations.


Zemmour c. Mélenchon : débat, florilège, fausses vérifications de BFMTV

Le débat en entier

La vérif des vérificateurs de BFMTV

1) Charles Prats remet la pendule à l’heure après le «#factchecking» [c'est Paris anglomane] de BFMTV sur la fraude sociale dont parlait Éric Zemmour lors du son débat avec Jean-Luc Mélenchon.

2) La vérificatrice de BFMTV et les chiffres de la déliquance

 

3) pour Hervé le Bras (l'« expert » militant cité par BFMTV) ceux qui quittent la France sont principalement des immigrés, les chiffres démontrent le contraire 



Un succès d'audience qui laisse dans la poussière un débat entre droite classique et ministre

20 heures. Place au direct. BFM TV interrompt son programme pour filmer l’arrivée dans ses studios des deux bretteurs : Éric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon. Ces images rappellent les débats présidentiels d’entre-deux-tours. La mise en scène est travaillée. Mélenchon arrive avec des notes, Zemmour, quant à lui, avec son allant naturel. 21 heures. Le match s’engage. C’est parti pour deux heures de débat.

Immigration, insécurité, fracture sociale et écologie, les deux débatteurs campent sur leurs positions. Elles sont connues. Malgré quelques envolées et un ton parfois élevé, Jean-Luc Mélenchon et Éric Zemmour proposent un échange de qualité. Le leader de La France insoumise se montre parfois agressif et aux antipodes de son adversaire. Toutefois, une certaine complicité se dégage entre les deux protagonistes, qui, jadis, se fréquentaient.

Sur Twitter, l’avant-garde des deux parties s’écharpe. Les deux camps veulent savoir si leur champion triomphe ou gît à terre. Égalité parfaite. Le niveau de l’émission fait l’unanimité. « On peut critiquer le débat #ZemmourVsMelenchon, mais les débats ne sont pas si fréquents où sont cités Talleyrand, Rabelais, Bainville, Marx, Glissant, Montesquieu, Rousseau, de Gaulle… », commente Jean-Christophe Buisson, directeur-adjoint du Figaro Magazine.

L’audience est assez éloquente : 3 810 000 téléspectateurs, 18,7 % de part de marché, selon Médiamétrie. Le débat Zemmour-Mélenchon est une réussite. Devançant le programme de TF1, il a totalement occulté celui de France 2. Le face-à-face entre la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, et le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, n’a attiré que 5,1 % d’audience. Un très faible résultat pour l’émission Élysée 2022 animée par Léa Salamé et Thomas Sotto. Entre Zemmour et Mélenchon, le match pour la présidentielle est lancé.


Ces Kényans qui aident les étudiants anglophones à tricher

Votre prof vient de vous rajouter un énième devoir à faire pour la semaine prochaine. Et en plus de ça, vous avez toujours votre mémoire à boucler, celui sur lequel vous n’avancez plus depuis des semaines. 

Vous vous demandez comment vous allez arriver à tout gérer. Ce sentiment, on l’a tous déjà vécu. Pour résoudre ce problème, certains étudiants peu scrupuleux n’hésitent pas à faire appel à des services de « rédaction universitaire ». 

Un euphémisme pour parler de triche. En résumé, cela consiste à faire faire ses travaux scolaires ou universitaires par des rédacteurs à l’autre bout du monde, contre rémunération. Si le phénomène existe aussi en francophonie à très petite échelle, il est surtout répandu dans le monde anglo-saxon. La BBC a donc décidé d’y consacrer une grande enquête. Celle-ci l’a conduite au Kenya, véritable plaque tournante de ce commerce très particulier.

Des profils « blancs » pour rassurer

Bien sûr, le Kenya n’est pas le seul pays à s’engouffrer dans la brèche de la triche organisée, on peut par exemple également citer l’Inde ou encore l’Ukraine. Mais il est l’un des plus actifs, pour plusieurs raisons. Il s’agit d’un pays anglophone, avec un bon système éducatif, mais où les perspectives économiques sont souvent très faibles, surtout pour les jeunes.

Pourtant, les étudiants qui font appel à ce type de services ne savent souvent pas que leurs travaux sont rédigés à l’autre bout du monde. En effet, les plateformes de mises en relation entre étudiants et rédacteurs mettent souvent en avant des profils d’universitaires blancs. Mais, derrière ces faux comptes et les fausses photos, se cachent parfois plusieurs Kényans qui triment pour réaliser le plus de devoirs possible afin de s’assurer des revenus supérieurs à la moyenne. « C’est une question de survie », disent-ils.

Beaucoup de ces sites sont basés aux États-Unis et en Europe de l’Est et la part payée à ces sites peut représenter jusqu’à la moitié des frais. Le montant payé par le client varie selon qu’il s’agit d’une simple rédaction ou, à l’autre bout de l’échelle, d’une thèse de doctorat complète. 

Sortir de la pauvreté

« Mes parents ne peuvent pas me permettre de continuer mes études. J’ai donc compris que je devais chercher un moyen de subvenir à mes besoins et peut-être aussi de contribuer aux revenus de la famille dans son ensemble », explique David, un étudiant kényan en dernière année à l’université. Tout son temps libre, il le consacre à son activité de rédacteur. « Je peux travailler du lundi au vendredi, de jour comme de nuit, mais la fin de semaine, je me la garde pour mes études ». En aidant les Occidentaux à tricher, il peut non seulement poursuivre ses études, mais il peut également investir dans son avenir. « J’ai pu louer des terres agricoles dans mon village et engager de la main-d’œuvre pour faire pousser des cultures. »

Kennedy, un trentenaire, explique gagner « beaucoup plus qu’avant » depuis qu’il enchaine rédactions et autres dissertations. Aujourd’hui, il gagne 1710 dollars canadiens (1150 euros) par mois, soit un peu plus que le salaire moyen. Ironie de l’histoire, cet homme était auparavant… enseignant. « Parfois, il faut d’abord survivre avant de penser à la morale », explique-t-il. Lorsque la BBC lui demande si ça ne lui fait pas mal de penser que les étudiants qu’il aide gagneront plus que lui, il répond simplement : « nous ne luttons pas contre eux, mais contre la pauvreté ».

Selon Kennedy, les rédacteurs qu’il emploie peuvent compléter jusqu’à 200 rédactions ou examens en ligne par mois. « Vous vous connectez en utilisant les nom et mot de passe d’un étudiant et passez les examens à sa place », ajoute-t-il. 

Malgré tout, certains sont conscients d’œuvrer contre la société. Certains de leurs clients font en effet partie du milieu médical. « C’est vraiment dangereux, ça donne la chair de poule », confie un autre rédacteur qui souhaite laisser tomber tout cela dès qu’il aura trouvé un travail dans son domaine.

Sous-traitance

David est sous-traitant pour quelqu’un de plus expérimenté dans l’industrie qui a un compte de rédacteurs sur l’un des grands sites Web de rédacteurs étrangers. Mais obtenir un compte n’est pas facile. 

Certaines entreprises insistent pour que les candidats passent des examens universitaires. 

 

Une publicité avec un visage occidental placé sur le compte Facebook d’une « fabrique à rédactions » par des rédacteurs kényans

Un d’un groupe Facebook placé par un écrivain kényan vendant un compte d’usine d’essai avec une photo de profil blanche. source de l’image, Facebook Légende de l’image

Les comptes cotés cinq étoiles par les clients sont des produits très recherchés. Ils s’achètent et se revendent dans des groupes de rédaction universitaires. 

C’est ainsi que les étudiants tricheurs sont eux-mêmes bernés. Ils peuvent penser qu’ils font rédiger leurs essais par un rédacteur bénéficiant de témoignages élogieux. Mais en réalité, il peut s’agir simplement de quelqu’un qui a racheté un compte avec une bonne réputation. « J’ai acheté plus de 10 comptes », dit Kennedy. « Certains coûtent jusqu’à 500 000 shillings kényans (3 800 euros ou 5 700 $ canadiens). Il n’y a pas d’autre moyen d’obtenir des clients. » 

Posséder un tel compte est une chose à laquelle David aspire une fois diplômé. À seulement 23 ans, il forme déjà la prochaine génération. Il apprend les ficelles du métier à des rédacteurs débutants et leur refile de petits boulots pour les lancer. « De là, nous avons noué des amitiés et nous nous entraidons. C’est donc une industrie qui se développe. » 

Un fléau dur à combattre

Même si elles sont conscientes de l’existence de telles plateformes, les universités anglophones ne parviennent pas à endiguer le phénomène, plus difficile à détecter que le simple plagiat. 

Certains pays prennent des mesures. L’année dernière, l’Australie a interdit les services de vente de rédactions. Une législation similaire est également envisagée en Angleterre. Mais on ne sait pas encore dans quelle mesure ces lois parviendront à arrêter un commerce qui traverse si facilement les frontières internationales. 

Si ces pays ne trouvent pas un moyen d’interdire purement et simplement le recours à ces pratiques, celles-ci risquent donc de perdurer de nombreuses années.

Sources : La Libre et la BBC


La Covid-19 en Norvège peut désormais être comparée à la grippe, selon le chef de la santé

Le coronavirus peut désormais être classé parmi plusieurs maladies respiratoires à variations saisonnières, a déclaré Geir Bukholm, directeur adjoint de l’Institut norvégien de santé publique.

Depuis un an et demi, le Covid-19 est classé comme une maladie généralement dangereuse. Cependant, cela pourrait changer bientôt, car le directeur adjoint de l’Institut norvégien de santé publique (NIPH), Geir Bukholm, a déclaré que le coronavirus peut désormais être classé dans la même catégorie que des maladies telles que la grippe, le rhume et le VRS (virus respiratoire syncytial). Le virus respiratoire syncytial est la cause la plus fréquente, dans le monde, d’infections respiratoires des jeunes enfants. Très contagieux, ce virus infecte principalement les nourrissons âgés de moins de deux ans. Chez l’adulte, l’infection à VRS est rare, bénigne (sauf chez le sujet âgé), elle est responsable d’une rhinite ou d’un syndrome pseudogrippal.

« Nous sommes maintenant dans une nouvelle phase où nous devons considérer le coronavirus comme l’une des nombreuses maladies respiratoires à variations saisonnières », a déclaré Bukholm au journal VG.

La semaine dernière, le ministère de la Santé et des Affaires sociales a demandé à l’Institut norvégien de santé publique d’évaluer si Covid-19 était toujours une maladie dangereuse.

Alors que l’Institit n’a pas encore rendu ses conclusions, son directeur adjoint a clairement indiqué que le niveau de danger de la Covid serait abaissé.

La gravité de la Covid pourrait désormais être comparée à celle du rhume et de la grippe, car la grande majorité des personnes les plus à risque de développer une maladie grave lorsqu’elles sont infectées sont désormais complètement vaccinées.

« C’est parce que la grande majorité des personnes à risque sont protégées », a expliqué Bukholm.

« Et bien que l’infection circule toujours, le nombre d’hôpitaux reste faible. Ainsi, le coronavirus n’entraînera pas une lourde charge pour les services de santé. Pour les personnes vaccinées qui peuvent être infectées et développer des symptômes, la grande majorité présentera de légers symptômes ressemblant à un rhume. »

Cependant, Bukholm a averti que même si Covid pouvait désormais être comparé à d’autres maladies respiratoires courantes, la pandémie était loin d’être terminée.

« La pandémie n’est pas terminée tant qu’elle existe dans le monde et dans les pays où la couverture vaccinale est encore faible. Tant que les maladies se propageront dans le monde, il y aura toujours une pandémie », a averti Bukholm. [Même là, le coronavirus existe dans des réservoirs animaux, il est douteux que ces animaux seront tous vaccinés…]

VG a émis l’hypothèse que le déclassement de la maladie pourrait être un signe que la levée des dernières restrictions nationales de Covid-19 pourrait être imminente.

Le document pointe le Danemark où les restrictions liées à la Covid-19 ont été levées le 10 septembre quand les autorités ont déclaré que le coronavirus n’était plus considéré comme une maladie dangereuse.

Voir aussi

Covid — Le Danemark dépasse la Suède et devient le pays nordique avec le moins de restrictions

Bienvenue au Danemark, le pays qui a « vaincu » le Covid-19

jeudi 23 septembre 2021

Des professeurs autrement qualifiés


Depuis quelques jours, de nombreux articles traitent des enseignants « non légalement qualifiés » qui sont dans notre réseau scolaire. Julie Stea (ci-contre) croit qu’il faut arrêter d’avoir peur des professeurs « non légalement qualifiés » et les considérer comme des professeurs « autrement qualifiés ».
Sa lettre ouverte :

Ces derniers sont compétents, ont un parcours différent mais sont très bien qualifiés pour faire ce travail. Ils ont des diplômes universitaires dans des domaines pertinents et souvent beaucoup d’expérience auprès des jeunes.

Je suis moi-même une enseignante « non légalement qualifiée ». Le mot important ici est « légalement » et c’est, à mon avis, ce qui devrait changer.

Nous sommes découragés d’être perçus négativement par la population. J’ai plus de 20 ans d’expérience avec les jeunes, j’ai un diplôme universitaire, j’ai passé mon examen de français du premier coup avec une excellente note et j’adore ce travail ! Je me sens aussi compétente qu’une enseignante qualifiée avec le parcours traditionnel. J’ai beaucoup de facilité à travailler dans les écoles, j’ai d’excellentes relations avec les directions et, surtout, avec mes collègues qui préfèreraient de loin que je puisse continuer avec eux au lieu de me faire remplacer par une jeune étudiante sans expérience ! (Rien contre l’étudiante, elle va apprendre et acquérir de l’expérience comme tout le monde.)

Une solution à la pénurie

Monsieur le Ministre de l’Éducation, les universités ainsi que le système nous mettent des bâtons dans les roues pour rendre nos qualifications légales. À 47 ans, faire une maîtrise qualifiante (d’une durée de quatre ans à temps plein) me prendrait sept ans ! D’autres avant moi l’ont fait et c’est le temps que cela leur a pris : sept ans, car nous avons des familles et devons travailler en même temps. Si M. Roberge permettait aux enseignants « qualifiés autrement » (qu’on appelle les « non légalement qualifiés ») de bénéficier de certaines équivalences, d’être évalués sur le terrain, de rendre légales et valides leurs qualifications et surtout leur expérience, d’une autre façon qu’avec la maîtrise qualifiante, alors il n’y aurait plus de pénurie dans le domaine de l’éducation !

D’ailleurs, il y a seulement quelques années de cela, il était possible d’être légalement qualifié en ayant terminé des études universitaires dans un domaine précis (par exemple : histoire, géographie, physique, musique, etc.) et en faisant ensuite une mineure ou un certificat de 30 crédits en éducation. Depuis quand et pourquoi n’est-il plus possible de cheminer de cette façon ? Pourquoi ce changement et à qui profite-t-il ?

Ceux qui ont déjà un diplôme universitaire ont quatre ans ou plus d’études dans leur champ. Ils acquièrent encore plus de connaissances que ceux qui ont un parcours traditionnel. Ce n’est pas logique de leur demander encore quatre ans d’études pour une maîtrise qualifiante.

Pensez-vous que ces gens diplômés et passionnés par leur domaine vont vouloir se tourner vers l’éducation si on leur impose encore quatre ans d’étude ? La conséquence est néfaste, nous perdons ces passionnés qui sont souvent les meilleurs pour captiver et transmettre leur passion à nos jeunes.

Nous sommes nombreux dans cette situation, à avoir les compétences adéquates, et nous ne demandons qu’à être légalement qualifiés. J’ai même dû faire la passation de la classe que je souhaitais cette année, et où j’étais l’an dernier, à une jeune qui sortait directement de l’université. La directrice a même appelé les ressources humaines pour essayer de me garder dans l’équipe. C’est moi qui ai ouvert la classe cette année les deux premières semaines. Lorsque le poste a été accordé à ma successeure, je suis restée une journée avec elle (j’ai vu toutes les lacunes dues à son manque d’expérience) et l’ai aidée à se familiariser avec les jeunes, les parents, le fonctionnement de l’école, etc.

La direction et mes collègues auraient bien aimé que je puisse conserver le poste. Moi, encore plus. Tout cela nous donne vraiment l’impression que nous n’avons aucune valeur, mais ce n’est pas le cas ! Ma valeur, je la connais, mes collègues de travail la connaissent, les parents des élèves auxquels j’ai enseigné la connaissent, les élèves eux-mêmes la connaissent et même la direction de l’école où j’étais la connaît… Mais sur le plan administratif et aux yeux de la population, nous, les « qualifiés autrement », on ne vaut rien. Cela doit changer car malheureusement, la société québécoise perd de très bons professeurs qui sont compétents et qui adorent le métier.

En espérant que ce message reçoive une écoute et apporte un changement dans la façon dont nous sommes perçus, nous, les « non légalement qualifiés ».

Voir aussi 

Québec — Les intérêts du ministère et des syndicats au centre du système scolaire ?

On se rappellera cette histoire rapportée dans Le Devoir d’un excellent prof de latin qui, lui aussi, n’était pas qualifié au sens de la Loi. Il avait dû renoncer à son poste et enseigner le latin à son successeur qui ne le connaissait pas ou peu, mais qui détenait le diplôme nécessaire en pédagogisme. La chose avait même ému Josée Boileau dans le Devoir qui dénonçait « un incroyable salmigondis administratif, goutte d'eau qui s'ajoute à un parcours fait d'obstacles syndicaux et bureaucratiques qui ne peuvent faire rire que dans les films de Denys Arcand ou un épisode des Bougon. »

Les cégeps, les étudiants étrangers et l’anglicisation de Montréal

L’explosion du nombre d’étudiants étrangers qui ne maîtrisent pas le français menace l’équilibre linguistique à Montréal. Dans un nouvel essai à paraître le 7 octobre, que Le Devoir a obtenu, le chercheur Frédéric Lacroix braque les projecteurs sur ce qu’il considère comme un angle mort du projet de loi 96 : le recrutement massif de futurs citoyens du Québec par la porte d’entrée de l’enseignement en anglais.

Des étudiants du collège Dawson, à Montréal. Selon l’essayiste Frédéric Lacroix, la hausse fulgurante du nombre d’étudiants étrangers menace l’équilibre linguistique de la métropole.

L’arrivée de milliers d’étudiants internationaux est en train de changer le visage de Montréal, qui risque de devenir une « cité-État anglophone » si Québec ne réagit pas, affirme Frédéric Lacroix. Il livre ce plaidoyer dans l’ouvrage Un libre choix ? Cégeps anglais et étudiants internationaux : détournement, anglicisation et fraude, édité par le Mouvement Québec français [ISBN : 9782981924223].

Pour l’auteur, il ne fait aucun doute que le « bonjour / hi » extrêmement répandu dans les commerces du centre-ville est dû en bonne partie au recrutement de milliers d’étudiants étrangers n’ayant aucune maîtrise du français. Ces jeunes étudient, travaillent et consomment en anglais. Ce n’est pas de cette façon qu’ils deviendront des citoyens à l’aise avec la langue nationale, estime l’auteur.

« On socialise ces nouveaux arrivants en anglais. On les intègre au Québec anglophone, après on les accepte comme immigrants permanents et on prétend les franciser en leur offrant un cours. Cette stratégie-là est démentielle à mes yeux. Au mieux, ils auront des connaissances en français, mais ils n’auront pas l’usage du français », affirme l’auteur au Devoir.

Son ouvrage Pourquoi la loi 101 est un échec, publié en 2020, a remporté le prix du président de l’Assemblée nationale remis à l’essai politique de l’année. Frédéric Lacroix espère que son nouveau livre aura autant de retentissement dans la classe politique, tandis que le projet de loi 96 visant à renforcer le français est étudié en commission parlementaire.

L’auteur ne remet aucunement en question le droit de la communauté anglophone du Québec à l’éducation, aux soins de santé et à une série d’autres services dans sa langue. La fréquentation des universités et des cégeps de langue anglaise dépasse toutefois largement le poids de la minorité anglaise à cause de l’engouement des francophones et des allophones pour l’enseignement supérieur dans la langue de Shakespeare.

Cela augure mal pour l’avenir des cégeps francophones, malgré la hausse de près de 22 000 étudiants dans le réseau prévue d’ici 2029, estime Frédéric Lacroix. Il croit que le gel de l’effectif des cégeps anglais au niveau de 2019, décrété par Québec, est insuffisant : les anglophones sont déjà minoritaires dans les cégeps anglais de Montréal, où ils forment environ 40 % de l’effectif. Les allophones (38 %) et les étudiants ayant le français comme langue maternelle (21 %) continueront de peupler massivement les cégeps anglais de l’île, au détriment des établissements francophones.

« Facteur majeur d’anglicisation »

Le libre choix de la langue d’enseignement au collégial est un « facteur majeur d’anglicisation de Montréal », dénonce l’auteur. Il est convaincu que le gouvernement Legault doit étendre la loi 101 au réseau collégial, y compris aux collèges privés non subventionnés, qui rappellent les fameuses « écoles passerelles » permettant d’accéder à l’éducation en anglais au primaire et au secondaire.

Des collèges privés non subventionnés profitent largement de cette « marchandisation de l’éducation ». Radio-Canada et Le Devoir ont documenté comment ces collèges remplissent leurs classes de jeunes venus de l’Inde en offrant à gros prix de courtes formations en anglais, qui mènent à un permis de travail, puis à la résidence permanente pour les étudiants et leur famille. Ces collèges vendent d’abord et avant tout l’accès au Canada, fait valoir Frédéric Lacroix.

Des étudiants du collège Dawson. La hausse des étudiants étrangers a été fulgurante au collégial, où leur nombre a plus que triplé entre 2014 et 2019.

Le Québec a pu demeurer largement francophone grâce à une série de facteurs, y compris la sélection d’immigrants familiers avec la langue française, rappelle l’auteur. Or, Ottawa a ouvert les vannes de l’immigration temporaire — sur laquelle le Québec n’a pas de prise — au cours de la dernière décennie pour attirer des travailleurs dont le pays a bien besoin : la vaste majorité des immigrants arrivent désormais au Canada par des permis temporaires d’études et de travail, qui mènent par la suite à une résidence permanente.

Le recrutement massif d’étudiants étrangers fait partie de la stratégie d’immigration du gouvernement fédéral. L’objectif était de doubler le nombre d’étudiants venus d’autres pays entre les années 2014 et 2022.

Cette immigration temporaire de travailleurs et d’étudiants était autrefois marginale. Elle est devenue la principale porte d’entrée au pays, et c’est majoritairement en anglais que cela se passe, même au Québec, déplore Frédéric Lacroix.

Une hausse fulgurante

« Quand on regarde les chiffres, c’est vraiment renversant. Il y a eu une croissance exponentielle du nombre d’étudiants internationaux et de l’immigration temporaire. En moins de 10 ans, on est passés d’une situation où ce n’était pas sur l’écran radar à un facteur majeur d’anglicisation », dit-il.

Le nombre d’immigrants temporaires au Canada a été multiplié par sept entre 2000 et 2018, pour atteindre 429 300 personnes. En 2019, le Québec a accueilli 158 965 immigrants temporaires (et 40 565 permanents).

La courbe du nombre d’étudiants étrangers suit la même tendance. En 2019, il y avait 73 505 étudiants étrangers de niveau postsecondaire au Québec, la majorité pouvant s’exprimer en anglais. Plus de 70 % d’entre eux (63 050) étaient inscrits sur l’île de Montréal. La hausse a été fulgurante au collégial, où leur nombre a plus que triplé en cinq ans (de 6285, en 2014, à 22 805 en 2019). Ce bond de 16 520 étudiants équivaut à deux fois l’effectif du collège Dawson.

Les universités et les cégeps orientent ainsi une part importante de l’immigration en fonction de leurs propres intérêts, souligne Frédéric Lacroix. La solution serait d’exiger que les candidats à la résidence permanente aient suivi un programme d’études en français.


mercredi 22 septembre 2021

Garderies & syndicats — 11 000 travailleuses des CPE prêtes à déclencher une grève de 10 jours

Des dizaines de milliers de parents pourraient se retrouver sans garderie dès le 24 septembre. 11 000 travailleuses et travailleurs des centres de la petite enfance (CPE) affiliés à la CSN ont annoncé jeudi le déclenchement d’une grève de 10 jours.

« C’est à 97 % que nos membres ont adopté le mandat de grève, a indiqué Stéphanie Vachon, représentante du secteur des CPE à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS – CSN), dans un communiqué. Il s’agit pour nous d’un message extrêmement fort envoyé au gouvernement ; vos offres déposées en juillet sont insuffisantes et si vous souhaitez en arriver à une entente, vous devrez revenir à la table avec une proposition sérieuse ».

Le premier jour de grève se tiendra le 24 septembre et touchera 700 CPE. Les neuf autres jours de grève seront décrétés au moment opportun, a précisé le communiqué. « Par respect pour les parents, qui sont très nombreux à nous appuyer, nous nous engageons à les informer à l’avance afin de leur permettre de trouver des solutions de rechange », a indiqué Stéphanie Vachon.

Des solutions concrètes sont demandées pour résoudre la surcharge de travail, les difficultés de recrutement et le manque de personnel. Les employés de CPE réclament une augmentation salariale qui touche tous les titres d’emplois et pas seulement les éducatrices qualifiées, comme le propose le gouvernement avec la hausse de 12 %.

Cette grève vise aussi à protester contre les « reculs que tente d’imposer l’employeur », comme la réduction de l’accès aux congés et l’augmentation des heures supplémentaires obligatoire, a fait valoir Mme Vachon.

Sonia LeBel, présidente du Conseil du trésor, souhaite rencontrer les représentants syndicaux et patronaux « afin d’intensifier les négociations », a indiqué Samuel Bouchard Villeneuve, conseiller politique du cabinet. « Des rencontres ont eu lieu dès aujourd’hui (jeudi) », a-t-il soutenu.

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mardi 21 septembre 2021

Pénurie de place de garderies ou de parents ?

Tiré du site Le Verbe. Un texte de Florence Malenfant, détentrice d’un baccalauréat en histoire de l’art à l’université Laval et d’un certificat en révision linguistique.

On entend beaucoup parler, depuis quelque temps, du manque criant de places en garderie. Ou plutôt de la pénurie de personnel, qui occasionne la limite du nombre d’enfants acceptés dans les milieux de garde. On accuse le gouvernement de ne pas agir, de maintenir des conditions de travail trop peu intéressantes pour les éducatrices, d’embourber ceux qui voudraient ouvrir des CPE dans les méandres d’une bureaucratie digne des 12 travaux d’Astérix. Oui, oui, et oui. D’accord.

C’est bien vrai tout ça : ça prend de meilleures conditions de travail pour s’occuper des enfants, de l’avenir de notre société, de ces minichouchoux futurs contribuables.

Et si on prenait la question autrement et qu’on se demandait : ce sont les conditions de travail de qui qu’il faut changer ?

Parce qu’on a bien vu, dans les derniers mois pandémiques, que les parents se sont épuisés à s’occuper de leurs enfants à temps plein en continuant de faire des semaines de 40 heures en télétravail tout en essayant de garder une certaine santé mentale.

Avoir les enfants en permanence dans la maison, peu importe leur nombre, ça nécessite du temps et de la disponibilité. Ça demande une pleine présence d’assurer le rôle d’éducateur, surtout pour la période de la petite enfance (0-5 ans).

C’est pour ça qu’on embauche des gens pour faire ça, pour prendre soin de nos petits, pendant qu’on va travailler, pour payer l’hypothèque, l’épicerie, les deux autos, les (maudites) taxes, les vacances, le hockey de l’un, la natation de l’autre… et la garderie.

Liberté financière

Je ne compte plus le nombre de fois où, en discutant de ma situation de mère au foyer avec d’autres mamans au parc ou ailleurs, on m’a répondu : « Tu es chanceuse de pouvoir te le permettre [financièrement]. »

Je serais curieuse de voir combien de parents prendraient la décision de rester à la maison avec leurs jeunes enfants s’ils en avaient réellement le choix.

Mais l’autre jour, pour la première fois, on m’a dit : « tant que c’est un vrai choix », en faisant allusion à la pénurie de places en garderie. Et je me suis dit que jamais on ne dirait ça à une mère qui travaille, ou encore moins à un père.

Or, quand on y pense, des parents qui travaillent parce qu’ils n’ont pas d’autre choix, c’est assez commun !

Je serais curieuse de voir combien de parents prendraient la décision de rester à la maison avec leurs jeunes enfants s’ils en avaient réellement le choix. Lire : s’ils n’étaient pas pénalisés financièrement.

Si, en tant que parents, on était valorisés lorsqu’on prend la décision d’élever nous-mêmes nos enfants, d’être nous-mêmes leur milieu de garde, leur milieu familial, je suis persuadée que la situation en garderies serait complètement différente.

Entre être et faire

Je pense sincèrement, et surement bien naïvement, que la solution à cette pénurie de places en garderie commence en encourageant les parents qui le désirent à s’occuper eux-mêmes de leurs enfants.

Certes, ce rythme plus lent, demandant souvent plus d’être que de faire, il n’est pas pour tout le monde. Mais pour ceux qui y tendent ou qui le souhaiteraient, il serait peut-être plus intéressant ou même plus accessible s’il n’impliquait pas nécessairement un retrait total de toute reconnaissance sociale. Et ça pourrait peut-être commencer par une reconnaissance pécuniaire.

Parce qu’il y a une valeur réelle à tout ce temps passé par les enfants avec leurs parents, à ces matins sans course folle, à cette connaissance mutuelle développée au fil des journées, à s’observer l’un l’autre dans nos apprentissages, dans nos préférences, nos difficultés, à ce temps libre.

Si le problème des places en milieux de garde était étudié en pensant à tout cela, les parents qui choisissent librement de placer leurs enfants en garderie, pour quelque raison que ce soit, se buteraient alors sans doute moins systématiquement le nez à des listes d’attente angoissantes.

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