samedi 8 juin 2019

J-P. Le Goff : « L’écologie participe des nouvelles formes de spiritualités diffuses »

le Figaro a interrogé, le philosophe et sociologue français Jean-Pierre Le Goff sur l'écologie politique. Il reprend dans de larges mesures le constat fait ici sur la dimension religieuse de l'écologisme (voir, notamment, notre billet de 2008 Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne ou la recension en 2011 de Critique de la secte écocondriaque : le fanatisme de l'Apocalypse).

LE FIGARO. – En dehors des aspects politiques, quels sont, selon vous, les éléments marquants des dernières élections européennes ?

Jean-Pierre LE GOFF. – Sans prétendre à l’exhaustivité, l’importance prise par l’écologie et les différences culturelles entre les générations sont importantes à prendre en considération. Ces deux phénomènes ne renvoient pas seulement à des fractures sociales et territoriales, mais ils me paraissent symptomatiques d’un glissement de terrain civilisationnel en lien avec un bouleversement du tissu éducatif qui ne date pas d’aujourd’hui.

L’importance des thèmes écologistes dans le débat politique ne manifeste-t-elle pas une prise de conscience salutaire ? 

Jean-Pierre LE GOFF. – L’écologie comme telle n’appartient pas à un camp et cette prise de conscience ne concerne pas seulement les politiques mais l’ensemble des citoyens. Elle se rapporte à un ensemble de problèmes qu’on ne peut ignorer : réchauffement climatique, biodiversité, énergies, gestion des déchets, production agricole… Toute la question est de savoir comment on analyse ces questions et les réponses qu’on entend leur donner. Mais la référence globale à l’écologie donne lieu à des discours démagogiques et idéologiques qui s’intègrent à un nouvel « air du temps » problématique.

Comment le discours écologiste s’inscrit-il dans les différences entre les générations et ce nouvel « air du temps » ? 

Jean-Pierre LE GOFF. – La conjugaison du jeunisme et du discours écologiste est manifeste à travers la figure emblématique de Greta Thunberg qui donne des leçons au monde entier et appelle les lycéens à faire grève pour le climat chaque vendredi. Sentimentalisme et victimisation sont poussés au plus haut point quand cette jeune fille fond en larmes au Parlement européen de Strasbourg. Face à cette « image poignante », comment les adultes et les politiques n’auraient-ils pas eu envie de la consoler ? Cette jeune « messagère » porte un regard sombre sur le monde qui fait froid dans le dos. Son texte « Rejoignez-nous » est typique d’une vision du monde binaire en « noir ou blanc » où la peur et les bons sentiments délimitent d’emblée le bon camp. Le manichéisme règne en maître au sein de la culture adolescente et plus largement. Le plus étonnant est la façon dont nombre d’adultes, de journalistes et de politiques ont salué cet apolitisme moralisant comme un modèle de citoyenneté ou une nouvelle avant-garde destinée à « changer le monde » et « à prendre notre destin en main ». À l’heure du jeunisme triomphant, la peur d’apparaître comme un « réac » ou un vieux « c… » a sans doute joué un rôle dans ces prises de position. Mais, plus fondamentalement, on assiste à un brouillage des classes d’âge et des rôles quand les jeunes donnent des leçons aux adultes en matière de bons comportements. Par un jeu de miroirs infantilisant, les adultes et les militants écologistes applaudissent en fait un modèle d’écocitoyenneté qu’ils ont eux-mêmes inculqué aux nouvelles générations. Ces dernières le renvoient comme un boomerang en accusant les adultes de ne jamais en faire assez et d’être les victimes de leur inaction. Les responsables politiques imbus d’écologie ont beau leur répéter qu’ils sont de leur côté, ils récoltent les fruits du jeunisme, d’une vision éco-idéologique du monde et d’un type de comportement qu’ils ont semés et encouragés depuis des années.

Comment caractériseriez-vous cette vision « éco-idéologique » du monde ? 

Jean-Pierre LE GOFF. – Il faut faire la part des choses entre les problèmes écologiques réels et les discours qui leur donnent une signification et une portée qui ne vont pas de soi. Les idéologues et les militants mélangent aisément les deux registres en s’appuyant sur les premiers pour légitimer leurs conceptions et leurs alternatives présentées comme des évidences, avec un chantage constant : « N’importe comment nous n’avons pas le choix, la survie de la planète est en jeu… » À partir de là, on peut vous présenter la décroissance, l’arrêt du nucléaire, l’implantation massive des éoliennes ou encore la présence du loup et des ours dans les zones d’élevage… comme des nécessités impératives liées peu ou prou à la sauvegarde de la planète.

L’éco-idéologie renforce en même temps la vision noire et pénitentielle de notre propre histoire occidentale qui serait responsable de tous les maux écologiques, oubliant au passage le fait que le développement de la production, de la science et de la technique ont permis la fin du paupérisme et le progrès social. En contrepoint à cette vision noire, l’utopie d’une humanité réconciliée avec elle-même est réinvestie et naturalisée dans l’écologie : la sauvegarde de la planète devient le nouveau principe unificateur d’un monde fraternel et pacifié qui, les défis écologiques aidant, ferait fi des frontières, des différences entre les nations et les civilisations, mettrait fin aux contradictions et aux conflits. En s’érigeant comme les représentants attitrés des intérêts supérieurs de la planète et les éveilleurs de conscience d’une humanité en péril, nombre d’écologistes se placent d’emblée dans le camp du Bien. Ce sont des prophètes et des moralistes d’un nouveau genre qui annoncent l’Apocalypse pour faire prévaloir leurs idées et faire le bien des êtres humains malgré eux. Depuis ses origines, l’écologie politique s’intègre au gauchisme culturel et ne l’a pas vraiment quitté. Elle prône un « changement radical des mentalités » en insistant sur l’éducation des jeunes générations, la « pédagogie » militante et la communication. Ces « faux gentils » s’inscrivent pleinement dans le « politiquement correct » avec son lot de dénonciation des opposants qualifiés facilement de beaufs ou de ringards. Les « gilets jaunes » qui occupaient les ronds-points avaient répondu, à leur façon, par un slogan qui montre le fossé existant avec les réalités quotidiennes d’une grande partie de la population : « Les élites parlent de fin du monde, quand nous parlons de fin de mois. »

En quoi l’écologie est-elle, selon vous, symptomatique d’un « glissement civilisationnel » ?

Jean-Pierre LE GOFF. – Par-delà l’idéologie, l’écologie prend en compte de nouvelles aspirations, interroge de façon critique notre modernité et pose des questions de civilisation qui s’intègrent au débat démocratique. Mais encore s’agit-il de savoir à quoi l’on tient dans l’héritage culturel qui nous a été transmis tant bien que mal à travers les générations. Parler, par exemple, de « démesure », de « désillusions » ou de « dégâts » du progrès est une chose, remettre en cause l’idée même du progrès en est une autre. Le changement opéré n’a rien d’anodin ou de secondaire ; il est d’ordre historique et anthropologique. À l’idée d’une histoire en marche vers toujours plus de progrès et d’émancipation dans laquelle s’inscrivaient les acteurs sociaux et politiques, s’est substitué un compte à rebours vers la catastrophe à moins qu’un « réveil des consciences » n’ait lieu.

Une conception du rapport de l’homme à la nature propre à notre culture occidentale est mise en question. Dans ce cadre, l’expression du philosophe René Descartes « maîtres et possesseurs de la nature » tient lieu de paradigme. Mais c’est aussi le projet d’émancipation des Lumières basé sur l’exercice de la raison et l’idée de progrès qui peut être interprété comme l’affirmation présomptueuse de la supériorité de l’homme sur la nature. À la limite, l’histoire – en tant qu’elle est porteuse d’un univers de significations et demeure l’oeuvre des hommes –, peut être englobée et dissoute dans un évolutionnisme naturel et cosmologique. Cette dissolution s’accompagne d’une reconsidération de la place et du statut de l’homme dans l’univers dans un sens qui relativise l’idée de sa spécificité irréductible et de son éminente dignité. L’être humain est alors considéré avant tout comme une espèce parmi d’autres, voire comme un élément d’un grand tout relié à la longue chaîne des êtres vivants, de la nature et de la matière. Dans ce cadre de pensée, le dalaï-lama avec sa bienveillance et son sourire déconcertant n’est jamais loin.

Peut-on parler d’une « religion écologique » ? 

Jean-Pierre LE GOFF. – L’écologie présente les traits d’une nouvelle « religion séculière » – pour reprendre le concept de Raymond Aron – quand elle s’érige en une explication globale du monde qui détiendrait les nouvelles clés de l’histoire et du salut de l’humanité, quand elle fixe la hiérarchie des valeurs et des bons comportements. Son aspect religieux ne se limite pas cependant à ces caractéristiques dogmatiques et sectaires. Sous une forme plus douce et aseptisée, elle participe des nouvelles formes de spiritualités diffuses qui se sont répandues dans les sociétés démocratiques déchristianisées et en crise d’identité. L’appel écologiste au « changement d’imaginaire » peut s’accompagner d’une référence à un « divin » naturel qui, passant outre l’héritage juif et chrétien, retrouve un paganisme revisité à l’aune de l’écologie. On y trouve souvent un curieux mélange entre les spiritualités asiatiques et celles des peuples premiers considérés comme des écologistes avant l’heure, sans oublier les références à l’encyclique sur l’écologie du pape François et aux évangiles réduits à l’expression des bons sentiments. Ce cocktail religieux à base d’écologie s’est diffusé en douceur dans la société sur fond de déculturation historique.

Beaucoup vous diront au contraire que ces aspects sont caricaturaux et minoritaires et n’enlèvent rien à la réalité des défis écologiques…

Jean-Pierre LE GOFF. – Certes, mais il importe de savoir avec quelles idées on aborde ces défis et passer sous silence leurs aspects problématiques, c’est flirter avec l’éco-idéologie et ses prophètes du malheur. Qu’on le veuille ou non, l’écologie est devenue l’un des vecteurs d’une « révolution culturelle » qui ne dit pas son nom. Poussée jusqu’au bout, celle-ci aboutit à remettre en cause des acquis de la culture européenne, ceux des Lumières comme ceux des religions juive et chrétienne pour qui la dignité de l’homme est première dans l’ordre de la création, qui donnent une importance primordiale à la relation avec autrui et s’enracinent dans l’histoire. Ce courant radical ne représente pas l’ensemble des écologistes, mais des messages sont désormais répétés à satiété dans les médias, dans de nombreux films et dans toute une littérature pour les petits et les grands : « Nous allons vers la catastrophe ! Réveillez-vous ! », « Changez radicalement vos façons de penser et vos comportements ! », « Nous sommes les enfants du big bang et des étoiles », « Nous sommes une espèce parmi d’autres »… L’écologie ne se réduit pas à ces conceptions, mais cette petite musique se répand dans les démocraties qui ont du mal à faire valoir leur héritage et à se réinsérer dans l’histoire. Faire du surf sur de telles idées dans une optique opportuniste et électoraliste, c’est entretenir la confusion et renforcer les fractures sociales et culturelles qui minent le pays. Il ne s’agit pas seulement de savoir dans quel état nous laisserons la planète à nos enfants, mais quelle culture nous voulons transmettre aux nouvelles générations.

Débat sur Paris Première (Éric Zemmour, Isabelle Saporta, Éric Naulleau, J.-P. Le Goff)


Sur Greta Thunberg qui vient de déclarer qu'elle arrêtait l'école l'année prochaine afin de se consacrer à la lutte pour le climat





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vendredi 31 mai 2019

Chili, loi Bachelet — les parents veulent massivement le retour à la sélection

Le gouvernement centriste chilien veut réintroduire davantage de sélection dans les lycées publics. Ces lycées sont l’équivalent des écoles secondaires et des cégeps québécois.


Élèves de l’Instituto nacional en classe

L’Instituto Nacional José Miguel Carrera est une école secondaire de garçons située dans le centre-ville. Il est historiquement le lycée le plus prestigieux du Chili.

Fondée en 1813, elle a formé 17 présidents et des dizaines d’éminents artistes et scientifiques.

Elle aide les enfants doués issus de familles pauvres à entrer dans les meilleures universités. Beaucoup font de longs trajets pour se rendre à l’école au centre de Santiago.

Son avenir et celui d’une vingtaine d’autres écoles emblématiques (en particulier ces lycées sélectifs) sont menacés.

Les mesures mises en place par Michelle Bachelet, l’ancienne présidente de gauche du pays, n’autorisent plus ces écoles à sélectionner plus de 30 % de leurs élèves sur la base de leurs résultats scolaires.  La règle prend effet à Santiago cette année. Fernando Soto, recteur de l’Instituto Nacional, affirme que son « excellence académique » sera mise en doute « si les enfants sont admis sans considérer leurs résultats scolaires ».

Sylvia Eyzaguirre, spécialiste en éducation au centre libéral d’études publiques, déclare que la loi « détruit les écoles publiques sélectives ».

Sebastian Pillera, l’actuel président centriste du Chili, veut éviter cela. Il a présenté deux projets de loi qui annuleraient partiellement les réformes de Mme Bachelet.

Le premier projet de loi permettrait à quelque 300 écoles très performantes, y compris les plus emblématiques, de sélectionner des élèves méritants.

La moitié de ces élèves méritants devraient provenir de familles désargentées. La mesure s’appliquerait à 10 % des lycéens. Un deuxième projet de loi permettrait à toutes les autres écoles non privées de choisir 30 % d’élèves en fonction de leurs programmes d’enseignement, ce qui peut inclure des objectifs autres que la réussite scolaire. Cette politique « d’admission juste » récompensera le mérite et le travail acharné, affirme le gouvernement.

L’élitisme universitaire est un sujet difficile au Chili. Le système scolaire est stratifié. Les diplômés des écoles les plus chics, comme The Grange (dont le programme est en partie en anglais), sont aussi visibles au sommet de la société que les anciens d’Eton en Grande-Bretagne.

L’assemblée des élèves de The Grange

Les deux tiers des étudiants des écoles privées qui passent l’examen d’entrée à l’université entrent dans l’une des principales universités. Mais seul un tiers de ceux issus d’écoles indépendantes financées par l’État, pour lesquels les parents paient généralement des frais supplémentaires, obtiennent la note de passage. Pour les étudiants des écoles publiques, seuls 20 % réussissent l’examen d’entrée. En 2016, 18 % des étudiants admis dans les deux meilleures universités — l’Université du Chili et l’Université catholique — provenaient d’écoles publiques alors qu’ils représentaient 37 % des inscriptions. Plus de la moitié d’entre eux provenaient de 19 écoles emblématiques. Gérées par les gouvernements locaux, elles sont le principal moyen de pouvoir se présenter gratuitement à l’université.

Les Chiliens de gauche réclament depuis longtemps plus d’égalité dans l’éducation, bien avant qu’une formation d’excellence.

Certains des élèves des écoles emblématiques -- pourtant favorisé -- ont été parmi ceux qui se sont le plus mobilisés pour davantage d’égalité en éducation. Cette mobilisation a paradoxalement nui à leurs écoles publiques.

Des occupations de bâtiments scolaires de plusieurs moins depuis 2011 ont entraîné une chute des inscriptions et des rendements scolaires. L’Instituto Nacional a ainsi perdu sa place parmi les 20 meilleures écoles du pays, selon les rendements de ses étudiants aux examens d’entrée à l’université. En 2018, il s’est classé à la 78e place.

La présidente de gauche Bachelet a légiféré dans le sens de ces élèves militants, mais à un coût supplémentaire pour leurs écoles. Mme Bachelet a limité le nombre d’élèves qui peuvent être sélectionnés en fonction de leur mérite afin de rendre le système éducatif plus égalitaire. (Elle avait également promis d’élever le niveau des écoles.)

Parmi les autres réformes, citons l’élimination de la sélection dans la plupart des autres écoles, l’élimination progressive des frais complémentaires dans les établissements indépendants et l’affectation de fonds supplémentaires aux élèves pauvres et à la formation des enseignants.

Les premiers signes montrent que le nouveau système a connu une augmentation mécanique de la diversité socio-économique au sein des écoles, a déclaré Mme Eyzaguirre. On ne sait pas cependant si le niveau des élèves a augmenté.

Mais cette diversité supplémentaire n’augmente que lentement. Et les parents favorisent nettement plus que les réformateurs et les militants. Selon un récent sondage de Cadem, 63 % des Chiliens sont en faveur de la sélection au mérite : 79 % la préfèrent à la sélection aléatoire. La plupart des Chiliens sont fiers des écoles emblématiques, ces écoles publiques sélectives qui aident les élèves de milieux défavorisés.

Cela devrait aider M. Pillera à réinstaurer la sélection, mais il doit faire face à une opposition déterminée. Sa coalition est minoritaire au congrès. « Il est difficile de créer l’inclusion si vous conservez les pratiques sous-jacentes à la ségrégation, » déclare Miguel Crispi, député de l’alliance de gauche Frente Amplio, qui a conseillé la socialiste Bachelet dans ses réformes de l’éducation.

Les législateurs comme lui condamneront probablement le projet de M. Pillera qui propose de réintroduire une dose de sélection pour toutes les écoles. Toutefois, certains législateurs de gauche ont un faible pour les écoles emblématiques. Cela donne au projet de loi destiné aux 300 écoles publiques très performantes une chance de devenir loi.



Source : The Economist

samedi 25 mai 2019

Groupe militant donnera des ateliers pro-théorie du genre dans les écoles

Dès la prochaine rentrée scolaire, l'organisme militant Groupe de recherche et d'intervention sociale de Montréal (GRIS) offrira dans les écoles un nouvel atelier pour démystifier la diversité de genre. Ces rencontres seront animées, entre autres, par des transsexuels. Le GRIS est déjà bien connu dans le milieu scolaire, car l'organisme y parle depuis 24 ans d'orientation sexuelle et d'homosexualité.

Cela fait deux ans que le GRIS travaille à mettre au point ce nouvel atelier destiné aux jeunes du secondaire.

Marie-Ève et Sam, des personnes qui se disent trans, sont des militants bénévoles au sein de l'organisme. En classe, ces intervenants se présentent, parlent succinctement d'eux et répondent aux questions des jeunes.

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jeudi 23 mai 2019

Certains jeunes Français n’ont-ils vraiment que 400 mots de vocabulaire ?

La pauvreté du langage peut aussi être synonyme d’exclusion. Un chiffre - souvent cité dans la presse - laisse croire que 10% des Français ne maîtriseraient que 400 à 500 mots. Premiers concernés : les jeunes et les plus démunis. Sauf que cette statistique semble largement exagérée. Il n'en demeure pas moins qu'il existe cependant bien une différence de richesse de vocabulaire entre les élèves.




lundi 20 mai 2019

Panique morale sur l’environnement : ces idées fausses qui polluent de plus en plus le débat politique

Sylvie Brunel est géographe, économiste et écrivain. Elle est notamment l’auteur de Famines et politique (Presses de Sciences Po, 2002), Nourrir le monde. Vaincre la faim (Larousse, 2009) et Plaidoyer pour nos agriculteurs (Buchet-Castel, 2017)


Sylvie Brunel publie « Toutes ces idées qui nous gâchent la vie » (JC Lattès). « C’est la fin du monde. La Terre se meurt. Nous vivons au-dessus de nos moyens. Changeons nos modes de vie avant qu’il ne soit trop tard ! » Voici ce que nous entendons tous les jours. Des formules accusatrices qui nous somment de nous amender. La vie devient plus difficile. Les gilets jaunes descendent dans la rue. L’écologie devient un mot négatif, à bannir, alors qu’elle aurait dû nous mobiliser et nous passionner. Et si ceux qui nous culpabilisent en prétendant nous imposer maints sacrifices se trompaient du tout au tout ? Si leurs diktats et les sacrifices qu’ils justifient reposaient sur des indicateurs biaisés ? Oui, le monde se transforme, mais il n’est pas pire qu’hier. C’est même plutôt l’inverse : les choses vont en s’améliorant, contrairement aux discours toujours accusateurs des tenants de l’apocalypse, cette science de l’effondrement annoncé qui a désormais un nom : la collapsologie…


Extraits d’un entretien dans Atlantico.


Sylvie Brunel — La collapsologie ou science du désastre fait recette. Ce qui n’a qu’un seul effet, démobiliser : à quoi bon agir si tout est foutu ? Au lieu de nous galvaniser, tous ensemble, dans la recherche de solutions durables – ce qui a toujours été le propre de l’humanité, sinon nous ne serions pas passés d’un milliard à 7,5 milliards d’hommes en deux siècles, vivant beaucoup plus longtemps et en meilleure santé, cette vision larmoyante de l’écologie crée de la violence, de l’apartheid, des délires de mortifications individuelles et collectives, particulièrement en Europe, qui est pourtant le continent qui a le plus fait pour l’écologie. L’ère des « désastrologues », comme les appelait déjà Rabelais, ne peut qu’engendrer un vaste retour en arrière. Particulièrement sur ces questions essentielles que sont l’agriculture et l’énergie.

Ce qui est curieux, c’est que les prédictions dramatiques, celles du Club de Rome (qui, avec Les Limites à la croissance, nous annonçait déjà dans les années 70 la fin du gaz et du pétrole pour le début des années 90), ou celles d’économistes convaincus à la même époque de l’imminence de la famine généralisée en Asie, ne se sont jamais produites. Au contraire : nous croulons sous les réserves énergétiques, et la faim est passée du tiers au onzième de la population mondiale dans l’intervalle. Mais cela n’empêche nullement des institutions dont le fonds de commerce repose sur la dramaturgie de continuer à nous asséner leurs prédictions alarmistes, qui reposent toujours sur des projections linéaires, sans tenir compte des effets du progrès technique, de l’apparition de nouvelles ressources, d’une meilleure gestion de celles qui existent.

Les gilets jaunes disent stop. Stop à ce délire de normes, de taxes, d’interdictions, qui ne prennent pas en compte les contraintes quotidiennes de ces classes moyennes qui ne vivent pas au cœur des mégalopoles et subissent donc au quotidien les fractures territoriales et sociales. Stop, parce que la transition énergétique s’impose quand les solutions proposées sont meilleures, mais qu’on ne l’impose pas au prix de coûts insupportables, pour l’économie tout entière comme pour les ménages, quand les techniques ne sont pas encore au point. La voiture électrique ne l’est pas. Et vouloir le tout électrique sans nucléaire [ou d'énormes barrages dont on ne parvient pas à vendre toute l'hydro-électricité] une aberration. Pour l’instant. Les gilets jaunes le disent avec justesse : pour eux, la fin du mois passe avant la fin du monde, surtout quand celle-ci est juste un argument destiné à terrifier les masses.

— Dans votre essai, vous contestez notamment la pertinence des concepts d’« empreinte écologique » et de « jour du dépassement ». Pourquoi ces gadgets font-ils tant recette dès lors, et ce aussi dans une presse universitaire ou intellectuelle abondante ?

— Parce que plus personne ne prend la peine d’aller voir comment sont fabriqués les indicateurs. Le concept d’empreinte écologique est une fumisterie qui reprend le même biais méthodologique que le pasteur Malthus en 1798, quand il prétendait qu’au banquet de la terre, les pauvres ne pouvaient avoir leur place. Pas plus que Malthus n’avait anticipé ce que les progrès agronomiques allaient permettre dans l’agriculture, l’empreinte écologique ne prend en compte le progrès des techniques, qui permet de découpler la production de bien-être et la consommation de ressources. Son calcul traduit surtout une haine de l’humanité et du progrès. L’accroissement du nombre des hommes et l’élévation de leur niveau de vie dégradent mécaniquement l’empreinte écologique ! Or c’est justement quand un pays se développe qu’il trouve les solutions et les moyens pour améliorer son cadre de vie.

— La façon dont le réchauffement climatique provoque une mobilisation internationale est comparable selon vous à une « danse de la pluie ». Pourquoi considérez-vous donc que le GIEC, les COP, les personnalités écolos convaincues ou autres acteurs internationaux influents de l’écologie font les choses à l’envers ?

— Que la terre se réchauffe est une réalité, même si les variations locales, sur le même territoire, peuvent être colossales (entre villes et campagnes, ubacs et adrets, périodes de l’année, jours et nuits, zones boisées et zones ouvertes…). Considérer le changement climatique comme un drame en revanche, en considérant qu’il y aurait un optimum (lequel ? Aujourd’hui ? Il y a cinquante ans ? Dans cinquante ans ?), me paraît une erreur, surtout lorsque l’on voit à quel point il réjouit les pays des hautes latitudes [comme le Québec si froid actuellement]. Dans les années 70, c’était le refroidissement annoncé de la terre qui paniquait. Qu’il faille mieux utiliser les ressources, en créer d’autres, ce qui suppose une coopération internationale accrue, préparer les territoires aux incertitudes à venir et à l’accumulation des hommes sur des espaces vulnérables, comme les littoraux, est une nécessité, d’autant que le CO2 présent dans l’atmosphère va y rester un siècle. Mais cela s’appelle l’adaptation, et les financements qui lui sont alloués sont très faibles comparé à tout ce qui relève de l’atténuation. C’est l’atténuation, la danse de la pluie. Elle s’apparente surtout à une guerre des technologies vertes (alors que la coopération s’imposerait si le véritable mobile était vraiment d’agir pour la planète), et à une course aux financements par la culpabilisation à outrance. Sans la moindre certitude que tous ces efforts ruineux aboutissent à quoi que ce soit, car nous n’avons aucune idée des besoins des générations futures, ces fameux « tiers absents », au nom desquels les prophètes de l’écologie, sans jamais rien se refuser pour eux-mêmes, pourrissent la vie des classes moyennes qui viennent enfin de s’arracher à la pauvreté.

— Vous vous en prenez aussi à l’idée de décroissance énergétique. Notre façon de consommer de l’énergie n’est-elle cependant pas excessive ou inadaptée, malgré de bonnes évolutions ? Ne doit-on pas prendre compte de l’aspect limité de certaines ressources sur notre planète ?

— Sobriété énergétique, meilleure utilisation des ressources, découplage, on est d’accord. Mais ne donnons pas de leçon sans fournir les techniques qui vont avec à ces populations qui émergent enfin de la pauvreté ! Ne parlons pas de décroissance à des gens qui souffraient hier encore de la faim, qui voyaient leurs enfants mourir de maladies aisément combattables, qui accèdent enfin au confort et à la mobilité ! Ne sacrifions pas au nom de maux futurs et incertains l’aspiration à vivre mieux des pauvres d’aujourd’hui ! L’écologie ne doit pas être la cerise sur le gâteau des nantis, mais un effort collectif et solidaire pour avoir accès et gérer des ressources qui restent virtuelles tant qu’on ne maîtrise pas les techniques pour les mobiliser. Il n’y a pas de « ressource limitée », pas de « gâteau » à se partager, mais un processus infini de création de ressources, qui suppose l’éducation et la coopération.

— Autre idée très en vogue que vous battez en brèche l’obsession animale de notre temps qui pousse certains écologistes de présenter l’homme comme l’ennemi de la nature. Là encore, les chiffres présentés semblent souvent alarmants, ne trouvez-vous pas ?

— De quelle nature parlons-nous ? Quand on parle de la biodiversité, ce mot-valise, nous pouvons y mettre tout ce que nous voulons. Les grands mammifères considérés comme nobles, mais aussi les virus, les bactéries, les parasites, qui peuvent être les pires choses pour l’humanité. Notre vision de la nature est une construction sociale, qui ne cesse d’évoluer (exemple : les zones humides, hier craintes pour leur insalubrité et asséchées, aujourd’hui vénérées), nos paysages sont des héritages, produits par des siècles d’occupation et d’intervention humaines. Que faut-il préserver ? Les écosystèmes ne cessent d’évoluer. Certains prétendus défenseurs de la nature se permettent des stratégies de « triage » entre bonnes et mauvaises espèces (celles qualifiées d’invasives) qui passent par de véritables massacres, et par la sanctuarisation — vitrification — de territoires de plus en plus étendus, au détriment des populations qui y vivent et les ont précisément façonnés.

—  En jeu, il y a aussi l’idée que l’agriculture telle qu’on l’a pratiquée jusqu’à l’arrivée du bio et du véganisme était nécessairement barbare. En quoi met-on en danger les fondements mêmes de l’agriculture en agissant ainsi ?

— Hier l’humanité mourait de faim et vivait brièvement. Et puis les révolutions vertes sont arrivées et ont permis de mieux utiliser les territoires, de vaincre les famines, de nourrir des hommes de plus en plus nombreux, qui vivaient de plus en plus longtemps, et qui pouvaient se consacrer à autre chose qu’à gratter la terre en guettant les caprices du ciel. Mais nous avons tellement oublié la peur de manquer que nous préconisons le retour à des modes de production qui supposent plus de main d’œuvre dans les campagnes (alors que le monde est de plus en plus urbain et que l’agriculture peine à recruter !), des productions plus coûteuses, plus incertaines. Quand ceux qui souffrent de la faim sont précisément ceux qui n’ont pas de pouvoir d’achat et pas les techniques pour vaincre les aléas de la nature ! Le bio, le végétal, les circuits courts, la permaculture, pourquoi pas ? Mais pas en stigmatisant cette agriculture performante et innovante qui nous nourrit en toute sécurité sans cesser de faire évoluer ses méthodes pour répondre à nos attentes ! Sans agriculteur, un pays meurt. Sans paysans performants, c’est l’embroussaillement, la friche, l’incendie. Libre à chacun de se nourrir comme il le souhaite. Mais le prix de la nourriture reste une donnée fondamentale. Quant à bannir l’élevage, n’oublions pas que la moitié de la superficie agricole de notre pays est composée de prairies, de bocages et d’alpages soigneusement entretenus par des éleveurs soucieux de la santé de leurs bêtes, et que c’est justement ce qui fait la beauté, les emplois et la gastronomie de notre pays ! [Voir aussi :  Écologie — Soyez écolo, mangez de la viande !]






Toutes ces idées qui nous gâchent la vie,
Alimentation,  climat, santé, progrès, écologie...
de Sylvie Brunel
publié le 24 avril 2019
chez JC Lattès
à Paris
280 pages
ISBN-10 : 270966531X
ISBN-13 : 978-2709665315

Divulgâcher, fachosphère, ubériser… Quels sont les nouveaux mots du dictionnaire ?




Bigorexie, slasheur, adulescence... voici les nouveaux mots qui font leur entrée dans le Larousse.

Divulgâcher, survivalisme, ubériser... En tout, ce sont 150 mots qui intégreront la prochaine version du dictionnaire, qui sortira le 21 mai prochain.

Tous les ans, les équipes responsables de l’élaboration du Larousse repèrent de nouveaux mots ou expressions couramment utilisés par les Français. Dès le 21 mai, 150 d’entre eux feront leur apparition dans l’édition 2020 du dictionnaire, aux côtés des 60 000 déjà répertoriés dans ses pages.

Ces 150 nouveaux mots sont les vainqueurs d’un véritable « parcours du combattant » parmi plusieurs milliers de mots repérés par les lexicographes du Larousse dans la presse, les publicités et les conversations.

Parmi eux, beaucoup reflètent l’évolution de nos modes de vie ainsi que la place de plus en plus importante qu’occupent dans notre société l’écologie ou les nouvelles technologies.

Penser, vivre et consommer autrement

Dans ce lot de nouveaux mots, on retrouve par exemple le « survivalisme » (le mode de vie adopté par les personnes se préparant à une catastrophe naturelle), le « locavorisme » (la consommation de fruits et légumes de saison pour favoriser le développement durable), « l’antispécisme » (la vision qui réfute toute hiérarchie entre les différentes espèces animales), la « bigorexie » (la dépendance au sport) ou encore la « dédiésélisation » (la réduction du nombre de véhicules fonctionnant au diesel).

La « charge mentale », qui correspond au poids psychologique pesant principalement sur les femmes concernant les tâches ménagères et l’éducation des enfants, fait également son entrée dans cette nouvelle édition du Larousse. Dans la lignée des récents débats sur la place des femmes dans la société et dans la langue, le terme « inclusif » fait aussi son entrée.

La transformation du monde du travail

Le verbe « ubériser », qui se rapporte à l’utilisation de plateformes numériques pour remplacer de nombreux services, intègre également l’édition 2020 du dictionnaire.

De même que le « slasheur », cette personne qui exerce plusieurs emplois en même temps, le « bore-out » [le surennui], qui caractérise l’ennui profond éprouvé par certains salariés au travail, et la « smicardisation », qui correspond à l’augmentation du nombre de travailleurs payés au SMIC.

Les préoccupations contemporaines

Plusieurs dangers contemporains ont également été sélectionnés par les experts du Larousse. Parmi eux, on retrouve le « darknet » (partie du web inaccessible via les moteurs de recherches classiques), le « cyberdjihadisme » (l’usage d’internet pour la promotion ou l’application du djihad) ou encore la « fachosphère » (ensemble des groupements politiques fascistes et d’extrême droite).

Pour Bernard Cerquiglini, éminent linguiste et membre de la commission qui choisit ces mots, on note ces dernières années une inquiétude perceptible : « malbouffe », « obsolescence programmée », « biopiraterie »... « Le dictionnaire se fait le greffier de cette inquiétude face à l’évolution de la société », relève-t-il. Même si, note-t-il avec optimisme, apparaît aussi une forme de « réappropriation civique de la société » : « écoquartier », « vélo-route », « covoiturage »...

Car 2020 est aussi l’occasion pour Larousse de dresser un constat : celui de l’évolution de la langue dans les 20 premières années de ce siècle.

Nouvelles façons de travailler, de se déplacer, d’être parent, de s’amuser... Désormais, il sera également correct d’utiliser le verbe « divulgâcher » pour parler du fait de « spoiler » un film ou une série à quelqu’un ne l’ayant pas encore visionné. La « cryptomonnaie », « l’apatridie », le « bioplastique », « l’adulescence » et le « hackathon » seront aussi valides.

« Plus qu’un daguerréotype au temps de Pierre Larousse, plus qu’un film, le dictionnaire devient aujourd’hui un sismographe », de la société, illustre Bernard Cerquiglini. Pour découvrir les nouveaux « séismes » de la langue française, rendez-vous le 21 mai.

Du québécois et beaucoup d'emprunts à l'anglais dans le Petit Robert 2020

L'entrée dans l'édition 2020 du dictionnaire Petit Robert d'une foule de nouveaux mots vous permettra désormais de « scroller » vos écrans en « niaisant » avec votre ami « millénial » avec qui vous faites du « coworking », le tout sans commettre d'impair linguistique.

Après le Larousse qui se livrait au même exercice la semaine dernière, le Petit Robert a présenté lundi les nouveaux mots qui feront leur apparition dans les pages de son édition 2020.

Parmi les centaines de nouveaux mots qui font partie cette année des 70 000 mots et 300 000 définitions du Petit Robert, plusieurs sont d’origine québécoise, dont « niaiser », « jarnigoine » ou le célèbre « enfirouaper ».

Quelques ajouts du Québec

Enfirouaper : Tromper, duper, entuber;
Niaisage : Perdre son temps à des futilités;
Jarnigoine : Intelligence, jugement, bon sens;
Innu, e : Relatif aux peuples autochtones des régions subarctiques et boréales du Québec et du Labrador. [Bref  Montagnais...]

Des mots japonais, danois et hébreux font leur entrée

Outre le Québec, le Danemark fera aussi don de l’expression « hygge » (prononcer hugues) qui désigne l'art de vivre à la danoise. Les mots japonais « udon » et « ramen » (deux types de nouilles) seront aussi ajoutés au Petit Robert tout comme « soba » (pâtes à la farine de sarrasin).

Le terme hébreu « Krav-maga », qui désigne une méthode d'autodéfense développée en Israël, figurera lui aussi dans les 2880 pages du Petit Robert 2020.

La Belgique contribuera pour sa part à l’enrichissement de la langue française cette année avec entre autres l’expression « jober » qui signifie occuper un emploi occasionnel.

Nos compatriotes français ne sont pas en reste avec l’ajout de plusieurs nouveaux mots de leur cru, comme le mot « anticasseur », qui fait son entrée dans le dictionnaire, ou les synonymes « biérologie » et « zythologie », qui désignent l’étude de la bière.

Le mot « lanceur » verra aussi son usage élargi lorsqu’il est accompagné du terme « lanceur de balles de défense », terme utilisé dans les opérations de maintien de l'ordre en France.

L’entrée du mot « beignerie » (endroit où on fabrique des beignets) amuse aussi beaucoup les Français pour qui une « beigne » désigne un coup porté au visage.

L’entrée dans le Petit Robert du mot « tototte », un terme qui désigne le ou les seins d’une femme, cause un certain malaise en cette période de mobilisation en faveur du respect des femmes. D'autant plus que ce ne sont pas les synonymes qui manquent pour ce mot.

L'anglais gagne du terrain

Si certains mots étonnent par leurs origines régionales et leurs couleurs, d’autres, carrément empruntés de l’anglais, feront grincer des dents plus d’un défenseur de la langue française.

Plusieurs emprunts directs feront en effet leur entrée dans le dictionnaire cette année encore. C’est notamment le cas du mot « scroller », qui signifie faire défiler un document ou une page Internet sur un écran à l’aide de la souris.

Il faudra aussi s’habituer à entendre « coworking » (partager le même espace de travail), « cardiotraining » (activité sportive pratiquée pour renforcer les capacités cardiaques) ou « millénial », déjà largement utilisé pour désigner les personnes devenues adultes aux environs de l'an 2000.

D'« hypersexualisation » à « orwellien »
En ce qui a trait aux néologismes, les mots « hypersexualisation » (représentation excessive de la sexualité) et « pédocriminalité » (criminalité à caractère sexuel à l’encontre de l’enfant) feront une entrée remarquée dans l’édition 2020 du Petit Robert.

Les adeptes du Petit Robert pourront enfin désormais utiliser le terme « orwellien » pour décrire un univers totalitaire et déshumanisé ou encore le terme « démocrature », qui évoque un exercice autoritaire du pouvoir dans un régime aux apparences démocratiques.

Enfin, pour ceux et celles qui se méfient des fausses nouvelles, le terme « infox » décrira désormais une information mensongère ou délibérément biaisée.

France — la Théorie du genre enseignée (rien n'a changé avec Blanquer)

Pour la théorie du genre, notre identité n’est plus définie par notre sexe biologique, mais par nos désirs, notre ressenti, qui peuvent varier potentiellement de manière infinie à travers le temps.

Ainsi, les nouveaux manuels de SVT (Sciences de la vie et de la Terre) de seconde (15/16 ans) pour la rentrée 2019 expliquent aux élèves : « L’identité sexuelle, c’est le fait de se sentir un homme, une femme, ni l’un ni l’autre ou les deux » (manuel Hatier), ou encore que « L’identité, c’est le fait de se sentir homme ou femme », en ajustant le curseur entre les deux (manuel Nathan).

Rien n'a changé sous le ministre de l'Éducation Blanquer, parfois présenté comme un conservateur ou du moins comme un ministre qui recentrerait l'enseignement sur les savoirs fondamentaux plutôt que  sur des thématiques idéologiques « progressistes ».



Rappelons la très utile critique du programme de SVT sur ce sujet faite en 2012 par la Fondation Lejeune, elle n'a pas pris une ride.




Théorie du genre à l’école : 1 livret décrypte des éléments introduits en cours de SVT
31 janvier 2014 - COMMUNIQUÉS DE PRESSE

À l’heure où la théorie du genre fait polémique à l’école, la Fondation Jérôme Lejeune informe les parents et jeunes des lycées qu’elle met à leur disposition un livret gratuit « Théorie du genre et SVT : décryptage des manuels de 1ère ». Ce document a été édité en 2012 pour faire face à l’introduction d’éléments non scientifiques dans les manuels de SVT en classe de Première.



Avec ce livret, dans la lignée de son Manuel de bioéthique édité depuis 2006, la Fondation Jérôme Lejeune propose aux jeunes une enquête argumentée et étayée sur le contenu et le sens du chapitre « Devenir femme ou homme » introduit dans certains manuels de SVT. L’éclairage est apporté par une analyse visant à faire la part des choses entre ce qui relève de la « science de la vie » légitime dans un manuel de SVT, et ce qui n’en relève pas. Le livret de la Fondation étudie les faits scientifiques et non-scientifiques évoqués dans les manuels, les met en parallèle avec les exercices et commentaires et s’intéresse aux illustrations et à leurs légendes.

À qui s’adresse ce livret ?

Il s’adresse d’abord aux lycéens dont les manuels de SVT justifient un éclairage. Ceux qui l’ont lu ont apprécié le ton « ni trop ni pas assez technique », l’organisation simple des chapitres et la présentation pédagogique. De façon plus large, il s’adresse à toutes les personnes désirant promouvoir les valeurs de la vie et pouvant servir de relais de transmission, et donc tout spécialement aux parents et éducateurs.

Pour rappel, la Fondation Jérôme Lejeune est vigilante aux questions de bioéthique. Dans un contexte où l’accélération des progrès techniques pose à la société des interrogations fondamentales, la Fondation apporte son expertise scientifique au service de valeurs éthiques. Dans cette perspective elle se mobilise contre le détournement de la science à des fins idéologiques, particulièrement lors de la transmission des savoirs à l’école.

La Fondation Jérôme Lejeune souhaite avec des outils pédagogiques apporter aux jeunes les clés de compréhension scientifique et de discernement éthique sur des questions fondamentales auxquels ils seront confrontés au cours de leur vie et peut-être de leur métier

Le livret « Théorie du genre : décryptage des manuels de 1ère » est téléchargeable sur ici (ou sur l’image) :


Version plus grande de cette image

La version imprimée peut être commandée sur lesgratuits@fondationlejeune.org


samedi 18 mai 2019

Jules Ferry, cet inconnu




Dans son « Jules Ferry, cet inconnu » Éric Fromant retrace le parcours de ce personnage clé de la 3e République. Républicain, laïcard revendiqué et grand défenseur de la colonisation, celui qui est considéré comme le père de l’école publique a connu un parcours politique chaotique.

À travers cet ouvrage, l’auteur présente, sans complaisance ni animosité, la vie publique et privée de Jules Ferry dans un livre qui devrait rapidement devenir une référence en la matière.

Présentation de l’éditeur

Fondateur de l’école laïque et de l’empire colonial, Jules Ferry est bien plus que tout cela : intellectuel au grand courage physique, républicain engagé dans une lutte féroce avec un autre républicain, Georges Clemenceau véritable partisan de l’industrie et du libre-échange devenu adepte du protectionnisme paysan. Sa vie est un roman. Il faut la découvrir en respectant la chronologie c’est la grande originalité de ce livre, seul à présenter l’enchaînement des faits, de sa naissance en 1832 à 1893, date de sa mort.

Biographie de l’auteur

Éric Fromant est un économiste aux idées novatrices, auteur du livre Les clés du renouveau grâce à la crise ! (ems-éditions). Ancien dirigeant d’entreprise, il enseigne dans diverses grandes écoles et dirige un cabinet de conseil en stratégie.



Jules Ferry, cet inconnu
de Éric Fromant
publié le 16 novembre 2018
chez L'Harmattan
à Paris
328 pages
ISBN-10: 2343159769
ISBN-13: 978-2343159768

Alors que la « culturophobie » menace l'école, le ministre Blanquer lutte contre la transphobie

Alors que le grand problème de l’école n’est en rien la « transphobie » inconnue jusqu'à une épidémie psychologique récente, mais la culturophobie, le ministre de l'Éducation français, Blanquer, prétendûment conservateur et pragmatique, a entamé une grande campagne intitulée « L’Homophobie, ça suffit ! » dans le cadre de la lutte cotre l'homophobie et la transphobie.

On lit de moins en moins les grands auteurs (Pas de classiques de la littérature, mais la lutte contre l'hétérosexisme en classe de français, d'anglais, d'histoire et de mathématiques), mais l'écoute s'ouvre à la thématique de la coterie LGBT2QSAIP+ (voir le cours d'éducation à la sexualité du Québec imposé par une gouvernement que l'on dit de droite...).



Voir aussi


Réformes Blanquer : les nouvelles épreuves d'histoire-géographie au bac sont scandaleuses



mercredi 15 mai 2019

El Andalous — Les adeptes du mythe du vivre-ensemble ont quelque souci à se faire

Les Chrétiens dans al-Andalus, de la soumission à l’anéantissement : voilà un titre qui ne laisse guère d’alternative au lecteur. Son auteur, Rafael Sánchez Saus, est une sommité du monde universitaire espagnol. Médiéviste, il est aussi historien des idées.

Après avoir lu son essai, on se dit que les défenseurs du mythe ont quelque souci à se faire. Déjà, en 2004, un autre historien espagnol, Serafin Fanjul, avait taillé en pièces la légende dans un essai qui avait provoqué de sérieux remous, Al-Andalus, l’invention d’un mythe. La réalité historique de l’Espagne des trois cultures (Toucan, 2017).

Mais ici il s’agit d’autre chose. Autant Serafin Fanjul polémiquait avec les publicistes qui ont entretenu le mythe d’el-Andalous, autant Rafael Sanchez Saus s’en abstient. Son livre ne s’attache qu’à l’étude des faits tels que les différentes sources historiques, arabes et latines, permettent de les envisager. Ce n’est pas le livre d’un militant mais d’un scientifique qui tente de résoudre l’énigme qu’a représentée le surgissement soudain de l’islam dans un monde hispanique encore dominé au début du VIIIe siècle par une dynastie wisigothe chrétienne qui s’est écroulée sous l’assaut fulgurant des troupes berbères et arabes venues d’Afrique du Nord.

L’auteur se penche aussi sur la quasi-disparition de la chrétienté en Afrique du Nord et sur la conversion des Berbères à l’islam. S’il ne polémique pas, c’est qu’à ses yeux il n’existe plus un seul historien sérieux qui défende la vision idyllique d’une civilisation où juifs, chrétiens et musulmans auraient devisé aimablement à l’ombre de la mosquée de Cordoue.

Il ne fait aucun doute à ses yeux que l’instauration du régime islamique qui s’est épanoui sous le règne du calife omeyyade Abdel Rahmane a été d’une extrême brutalité. L’auteur insiste sur la décadence d’un monde wisigoth qui n’a pas résisté au choc de l’agression arabe. Il rappelle que les juifs, eux-mêmes opprimés par les chrétiens, ne s’opposèrent pas à l’invasion. Toute une partie de la société chrétienne, notamment les mozarabes, chrétiens culturellement arabisés, coopérèrent avec les nouveaux maîtres qui leur laissèrent au début des formes d’autonomie. Mais, peu à peu, notamment sous l’influence de l’islam malékite, extrêmement rigoriste, les marges de liberté de la société chrétienne se réduisirent comme peau de chagrin.

Tracasseries et persécutions


Connaisseur de l’islam et de ses diverses écoles, Rafael Sanchez Saus énumère toutes les prescriptions que devaient respecter les dhimmis, depuis l’interdiction de monter à cheval à celle de porter une barbe ou de posséder des armes. Sans oublier les impôts que les infidèles payaient pour avoir le droit de vivre en terre d’islam. L’historien ne nie nullement la somptuosité de l’islam andalou. [Rappelons que l'Hispanie romaine, puis wisigothe était très riche...] L’extrême cruauté et le raffinement ne sont pas incompatibles, on le sait. Mais il rappelle le prix très lourd, depuis les tracasseries jusqu’aux persécutions, qu’ont dû payer les autochtones. «Il ne s’agit pas de nier les réussites de l’islam d’al-Andalus (…) mais de lutter contre la tendance si marquée aujourd’hui à l’idéalisation d’al-Andalus par exécration de l’Espagne chrétienne », conclut l’auteur.

Une idéalisation de l’autre qui est parfois l’autre nom de la haine de soi.

Source : Figaro Littéraire

Les chrétiens dans al-Andalus:
De la soumission à l'anéantissement Broché
de Rafael Sánchez Saus
publié le 20 février 2019
aux Éditions du Rocher
à Monaco
528 pages
ISBN-10: 2268101282
ISBN-13: 978-2268101286