Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
Les jésuites au Québec ont éduqué une bonne partie de l’élite dans leurs collèges, notamment le collège Brébeuf, à Montréal, fondé en 1928. Ils font partie de l’ADN canadien-français depuis que sept d’entre eux sont devenus martyrs des Iroquois au XVIIe siècle. Mais la moitié d’entre eux ont plus de 80 ans et ils sont huit fois moins nombreux qu’il y a 50 ans. Pour cette raison, à l’été 2018, les deux « provinces » jésuites du Canada seront fusionnées.
L’automne dernier, Erik Oland a été nommé « provincial » des jésuites du Canada français. Un quart acadien par sa mère, il dirige depuis huit ans le noviciat où habitent durant leur formation les futurs jésuites, à Montréal. Durant cette période, il a vu passer plus d’une vingtaine de novices, dont un seul Québécois de souche.
« Pendant trois ans, dans les années 60, il y avait tellement de jésuites au Québec qu’on a fait deux provinces pour le Canada français, explique le père Oland, en entrevue à Montréal. Je préfère parler de création d’une nouvelle province plutôt que de fusion. C’est un phénomène mondial. La France formera une nouvelle province avec la Belgique wallonne et aux États-Unis, on passera de dix à quatre provinces. »
Au Canada, ce mariage des deux solitudes est aussi l’union du passé et de l’avenir. « Le mouvement de sécularisation au Québec est beaucoup plus fort », explique Jean-Marc Biron, l’actuel provincial du Canada français, qui demeure en poste jusqu’en mars.
« Au Canada anglais et aux États-Unis, le catholicisme est une religion minoritaire qui s’est développée de manière plus défensive. L’objectif a longtemps été de conserver la foi et la culture. »
— Jean-Marc Biron
Les jésuites ont longtemps été associés au pouvoir et à l’élite, mais en 1975, les jésuites du Québec ont abandonné les collèges (à l’exception de l’Université de Sudbury) pour se consacrer aux laissés-pour-compte, par exemple, la Maison Dauphine pour les jeunes de la rue à Québec. C’est peut-être la seule province jésuite au monde à avoir abandonné le domaine de l’éducation.
La province du Canada anglais, qui compte presque deux fois plus de membres, est toujours active en éducation, notamment avec l’école secondaire Loyola à Montréal. « On a aussi des projets d’écoles dans les communautés autochtones, à Regina et à Winnipeg, dit le père Oland. À Loyola, on a des étudiants boursiers, des liens avec la communauté mohawk et on sensibilise les jeunes à la justice sociale, notamment avec des voyages dans des pays pauvres. »
Différent en France
Vu de l’autre côté de l’Atlantique, cet abandon des collèges n’est pas non plus à l’ordre du jour. « En France, il y a eu beaucoup de tensions jusque dans les années 80 entre les jésuites de collège et les jésuites ouvriers », explique le père Bertrand Heriard, qui dirige la revue Projet, l’une des deux principales publications de l’ordre en France. « Mais ni moi ni la plupart de mes collègues n’avons connu cela. Nous n’opposons plus la justice sociale et la mission d’éducation. »
Le père Oland ne veut pas nécessairement ramener les jésuites à Brébeuf. Mais il est ouvert à une implication plus grande qu’actuellement — deux jésuites font toujours partie de son conseil d’administration. À l’inverse, il n’exclut pas de transférer Loyola à une corporation laïque, comme Brébeuf en 1986 et Garnier, à Québec, en 1987, qui se réclament tous deux de la tradition jésuite. « Il n’y a pas de vaches sacrées. »
À plus court terme, il veut appliquer au Québec la formule qui a permis aux jésuites canadiens-anglais d’avoir de la relève, une main tendue vers les communautés ethniques et un responsable du recrutement à temps plein.
Responsables d’Haïti
Depuis 1953, sauf durant la période où le dictateur Jean-Claude Duvalier les a expulsés, entre 1964 et 1986, les jésuites du Canada français sont aussi responsables d’Haïti. La trentaine de jésuites haïtiens feront à partir de l’été 2018 partie de la province latino-américaine. Une trentaine de jésuites nés au Québec travaillent en outre en Haïti.
Les jésuites au fil des ans
1540
Fondation par Ignace de Loyola, un ancien soldat
1611
Arrivée des jésuites en Nouvelle-France
1634
Fondation du premier collège jésuite à Québec, qui ferme ses portes en 1776 puis renaît en 1934 sous le nom de Saint-Charles-Garnier
1773
Le pape Clément XIV dissout l’ordre, jugé trop indépendant
1814
Restauration des jésuites
1848
Fondation du collège Sainte-Marie à Montréal, qui sera incorporé à l’UQAM en 1969
Elles perdent de la matière grise dans des zones associées aux aptitudes sociales. Un mécanisme qui les préparerait au comportement maternel.
La grossesse est un moment particulier dans la vie d’une femme. Qu’elle le soit aussi pour le cerveau, personne n’en doute. Les Anglo-Saxons parlent même du « cerveau de grossesse » pour désigner les troubles de mémoire qui surviennent durant cette période chez une majorité de femmes. Est-ce que cela signifie pour autant que le cerveau des futures mères est différent de celui des autres ? C’est en tout cas ce que vient de démontrer une étude publiée par la revue Nature neurosciences en décembre.
Grâce à l’imagerie, les chercheurs ont en effet constaté que la grossesse entraîne des modifications de la taille et de la structure de la substance grise. Des changements cérébraux similaires avaient déjà été observés au cours de la puberté.
Pour obtenir ces résultats, des membres de l’unité de recherche en sciences cognitives à l’université de Barcelone (Espagne) ont étudié des IRM du cerveau réalisées avant et après la grossesse chez 25 femmes enceintes de leur premier enfant. Puis ils les ont comparées avec les IRM de 19 hommes devenus pères pour la première fois et de 17 hommes et 20 femmes n’ayant jamais eu d’enfants.
Les femmes enceintes ont présenté une diminution de la matière grise dans les régions associées aux aptitudes sociales, comme la perception et l’interprétation des désirs, des émotions, des intentions et de l’humeur d’autrui ou de soi-même. Ces modifications concernent toutes les femmes enceintes, même celles ayant eu recours à une fécondation in vitro.
« Ces changements traduisent la capacité d’adaptation du cerveau qui doit faire face à un stress énorme provoqué par le tsunami hormonal de la grossesse »
Cette réduction de la matière grise n’aurait cependant aucune conséquence sur les capacités cognitives de la mère, rassurent les chercheurs. Les femmes enceintes ont en effet obtenu des résultats équivalents au groupe de contrôle sur une série de tests. Par ailleurs, presque toutes ces réductions de matière grise étaient maintenues chez les mères près de deux ans après l’accouchement. Seul l’hippocampe, région associée à la mémoire, avait retrouvé son volume initial.
Au-delà des constatations, quelle signification peut-on donner à ces changements structurels ? « Ils traduisent la capacité d’adaptation du cerveau qui doit faire face à un stress énorme provoqué par le tsunami hormonal de la grossesse », analyse Stefania Maccari, neurobiologiste au laboratoire des neurosciences du comportement à Lille.
Selon Elseline Hoekzema, auteur principal de l’article, ils pourraient refléter un mécanisme d’élagage synaptique où les synapses faibles sont éliminées, laissant place à des réseaux neuronaux plus efficaces et spécialisés. En clair, comme l’explique Stefania Maccari, « le cerveau passe de la quantité à la qualité et se prépare à avoir un comportement maternel ».
Pour les auteurs de l’étude, ce modèle pourrait ainsi être utilisé pour prédire la qualité de l’attachement des mères à leur nourrisson. À l’appui de cette hypothèse, les auteurs ont observé une augmentation de l’activité neuronale de certaines des régions cérébrales modifiées par la grossesse, lorsque les mères regardaient des photos de leurs propres nourrissons, mais pas lorsqu’elles voyaient des photos d’autres bébés.
Pourtant en 2015, la secrétaire d’État à la Famille, Laurence Rossignol, a répondu que la France doit avoir « une réflexion collective » sur « l’utilité des punitions corporelles dans l’éducation des enfants ». Mais « ça ne passera pas par la loi », a-t-elle précisé, pour ne pas « couper le pays en deux camps ».
En réalité, « c’est très très massif et clair, affirme Jérôme Fourquet, directeur du département opinion publique à l’IFOP. Sept Français sur dix ne veulent pas que la loi interdise la fessée. » Il y voit deux explications principales : « Les Français accordent sans doute à la fessée un certain nombre de vertus pédagogiques, détaille-t-il, et ils trouvent incongrue cette injonction européenne, alors qu’il y a par exemple des failles béantes sur la question de la délinquance des mineurs. » Autre élément sur ce score sans appel : « La part des tout à fait favorables à l’interdiction s’élève à 7 %, insiste-t-il. Tandis que les tout à fait opposés sont 27 %. »
Le consensus existe parmi tous les partis politiques, même si l’on note une opposition plus forte à droite qu’à gauche. Sauf auprès des électeurs (peu nombreux) d’Europe Écologie-Les Verts (un parti en fait peu soucieux de l’écologie, mais très progressiste au niveau social et migratoire), où 52 % de l’électorat est favorable à l’interdiction des châtiments corporels.
Eh, bien malgré cela le parlement français a voté le 22 décembre de manière définitive l’article 68 du projet de loi « Égalité et Citoyenneté » — ces intitulés qui fleurent bon la novlangue orwellienne — précise désormais que l’exercice de l’autorité parentale exclut « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles. » Ce texte a pour but de « contribuer à apaiser la société française, à donner sa juste place à la jeunesse, à lutter contre la délinquance et le terrorisme, et à donner tout leur sens aux termes égalité et fraternité de la devise républicaine ».
Et la Suède ?
Pourtant, le bilan en Suède où la fessée a été interdite il y a 40 ans, le bilan n’est pas que rose. » En 1979, « le pays où les enfants comptent » fut le premier à interdire la fessée. Près de quarante ans plus tard, quel bilan tire-t-il de sa loi ? « Vous ne trouverez personne en Suède pour oser la contester, répond le psychiatre David Eberhard. Cela ne se fait pas chez nous. » Les associations de protection de l’enfance sont dithyrambiques. Mais certains, comme l’avocate Ruby Harrold-Claesson, n’hésitent pas à dénoncer « une loi tout à fait inutile et même dangereuse ».
Selon une étude de 2001 sur « Les châtiments corporels sur les enfants en Suède », réalisée par la Fondation suédoise pour le bien-être des enfants, 92 % des parents déclarent que « c’est mal de donner la fessée » à un enfant. Dans les années 1960, plus de 90 % des parents admettaient frapper leurs enfants. En 2011, ils sont à peine plus de 10 %. Dans le même temps, les statistiques sur les enfants violentés s’emballent : entre 2001 et 2010, les signalements à la police pour maltraitance ont augmenté de 62 % pour les enfants de 7 à 14 ans, et de 176 % pour les moins de 7 ans. « Une plus grande tendance à signaler les abus », justifie la fondation. Tandis que le gouvernement suédois estime que « l’augmentation du nombre des signalements montre une diminution de la tolérance à l’égard des agressions contre les enfants ». Quant au médiateur pour les enfants, il précise que les enquêtes révèlent aussi « un important déclin des formes les plus graves de châtiments corporels, comme les coups de poing et l’utilisation d’objets ». « La tolérance zéro contre les châtiments corporels est efficace non seulement en ce qui concerne les “versions douces” comme la fessée, mais aussi en ce qui concerne les formes les plus sérieuses de violence familiale », se félicite-t-il.
Ce n’est pas l’avis du psychiatre David Eberhard, auteur de Les enfants suédois ont pris le pouvoir : « Ceux qui respectent la loi sont des parents qui n’en avaient pas besoin, affirme-t-il.
Pour faire baisser les sévices sur les enfants, il faut faire une loi sur les sévices sur les enfants. Vous avez déjà cela en France ! »Lui ne se dit « pas contre la loi », mais contre ses dérives : « C’est devenu peu à peu l’interdiction de corriger les enfants de quelque manière que ce soit, explique le psychiatre. Avec ce modèle d’éducation centrée sur les enfants, de “choyés”, les petits Suédois sont devenus “rois”. » « Il y a pourtant une différence entre une petite tape pour que l’enfant comprenne qu’il ne faut pas toucher au four et un abus réel !, lance-t-il. Or, en Suède, tout est mis sur le même plan. Je ne dis pas qu’il ne faut pas écouter son enfant, mais la famille, ce n’est pas la démocratie ! C’est une relation asymétrique. »
7000 plaintes pour « maltraitance »
Dans la nouvelle génération d’adultes, note le psychiatre, « il y a pas mal de gens autocentrés, qui n’ont pas appris qu’ils avaient aussi des obligations dans la société. Par exemple, on voit que les plus jeunes se mettent bien plus en congé maladie que les plus âgés ». Les troubles de l’anxiété et les tendances à des comportements autodestructeurs, ajoute-t-il, ont également augmenté en Suède.
Pour Ruby Harrold-Claesson, avocate et présidente du Comité nordique pour les droits de l’homme, un groupe de pression qui milite « pour la protection des droits de la famille », la loi a de nombreux effets pervers. « Elle a causé beaucoup de dommages à la relation entre parents et enfants, explique-t-elle. Les tribunaux appliquent la loi sans prendre en compte les circonstances entourant la fessée. De nombreux parents ont désormais peur de leurs enfants ! Ils n’osent plus les corriger, craignant d’être signalés à la police, jugés et condamnés à une amende et même de la prison. Résultat : les enfants ne peuvent jamais savoir où sont les limites. » Près de quarante ans après l’entrée en vigueur de la loi, « comment ces enfants, devenus parents, vont-ils être en mesure de fixer des limites ?, interroge-t-elle. Les conséquences de cette loi se retrouvent aujourd’hui dans la société, où nous avons davantage de parents incapables d’élever leurs enfants, d’enseignants chahutés par les élèves, de plus en plus de gangs de jeunes violents et de plus en plus d’alcool et de tabac chez les adolescents ».
Chaque année, « il y a au moins 7000 plaintes pour “maltraitance” d’enfants à la police et 10 % des cas sont poursuivis en justice, détaille l’avocate. Le problème, c’est que tout est qualifié de “maltraitance” ! Parfois des enfants racontent n’importe quoi pour se rendre intéressants ou se venger de leurs parents ». Elle rapporte par exemple l’histoire de cet homme interpellé parce qu’il avait giflé sa belle-fille, qui lui avait craché au visage parce qu’il venait de lui refuser l’achat d’un DVD. Ou de cette fillette de 6 ans, qui a appelé la police, en colère contre sa mère qui ne voulait pas lui offrir un sac. « Dès qu’une plainte est déposée contre les parents, les services sociaux placent l’enfant dans un foyer », précise l’avocate. Depuis 2012, Ruby Harrold-Claesson bataille pour qu’un couple de Ghanéens récupère son enfant. « Arrivée à 6 ans en Suède, objet de moqueries car seule Noire dans sa classe, cette petite ne voulait plus aller à l’école, raconte l’avocate. Un matin, sa mère, en retard, lui a donné une petite fessée. Cela a suffi pour que les services sociaux la placent. Et même si les parents ont été complètement innocentés fin 2014, ils n’ont toujours pas pu ramener leur fille à la maison. »
Chaque année, de plus en plus de parents décident de sortir leurs enfants de l’école et de se charger eux-mêmes de leur instruction. Parmi eux, beaucoup d’enseignants, rebutés par ce qu’ils ont vu dans l’école publique. Et déterminés à expérimenter d’autres méthodes pédagogiques.
Huit heures du matin, un vendredi du mois de septembre. Dans la maison des Hérino, parents et enfants s’activent dans la cuisine, entre tartines, café et galettes de riz. Pourtant, des cinq membres de la famille, seul Rodolphe, 43 ans, doit partir à temps pour arriver à l’école. Il est professeur de physique-chimie dans un collège ; sa femme, Claire, est institutrice, en « disponibilité » depuis plusieurs années. S’ils le voulaient, leurs trois enfants, Martin, Marion et Antoine, pourraient aller se recoucher une fois le petit déjeuner englouti : aucun d’eux n’est scolarisé. Du tout, ni dans le public, ni dans le privé. Rodolphe reconnaît qu’il lui a fallu plusieurs années pour assumer le paradoxe : « Je vis d’un système que je refuse pour mes enfants. Au début, c’était très culpabilisant. »
Bande-annonce d'Être et Devenir
En toute légalité
Un choix atypique, certes, mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, pas illégal. Car si, depuis Jules Ferry, l’instruction est obligatoire, l’enseignement, lui, est libre, et chaque parent peut choisir le mode d’éducation qu’il estime adapté pour son enfant. Dès lors qu’il accède au fameux « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » — ce qu’un inspecteur de l’Éducation nationale est censé contrôler annuellement —, tout est possible. En 2015, près de 25 000 petits filous ont ainsi échappé à l’appel du maître, sans même avoir besoin de s’inventer une fièvre en posant le thermomètre sur le radiateur. Sur 8,1 millions d’enfants soumis à l’obligation scolaire, le chiffre peut sembler dérisoire. Sauf qu’il est en constante augmentation : en sept ans, il a même été multiplié par deux, au point d’alerter le ministère de l’Éducation nationale qui se dit désormais « préoccupé » par la tendance. D’autant que, dans le documentaire Être et devenir (1), sorti en 2014, qui retrace les parcours de familles pratiquant l’instruction à domicile, la proportion d’enseignants parmi les dissidents est pour le moins saisissante... Et un brin déstabilisante. Comment des professeurs, témoins privilégiés et acteurs principaux du système, sont-ils devenus des apostats de l’école ?
Sur le papier, Soline Lucas avait coché toutes les cases d’une scolarité exemplaire. Excellente élève, benjamine de sa promotion à la Femis, prestigieuse école de cinéma parisienne, elle se décrit comme un « pur produit de l’Éducation nationale ». « Mais, socialement, j’étais une handicapée de la vie, assène la trentenaire en guise d’introduction. Je n’ai pas profité de cette réussite scolaire. J’ai subi du harcèlement scolaire, des moqueries. J’ai été témoin de violences ordinaires et d’humiliations auxquelles je ne voulais pas exposer mes enfants. »
Très intéressée par les pédagogies alternatives, Soline commence par se mettre en quête d’une école Montessori pour ses petits garçons. Cette méthode, mise en place au début du XXe siècle par une pédagogue italienne, favorise l’autonomie des élèves : rarement assis derrière une table, ils sont en circulation constante dans l’espace, en fonction des activités qu’ils choisissent eux-mêmes d’entreprendre. « Pour moi, c’était la panacée ! » sourit-elle. Elle-même passe le concours de professeur des écoles, avec l’idée d’adapter ses enseignements dans cette direction. Double échec. Les écoles Montessori sont chères et trop éloignées du domicile familial. Quant aux résultats qu’elle-même obtient en tant qu’institutrice dans sa classe de moyenne section du XVe arrondissement de Paris, ils ne sont pas à la hauteur de ses ambitions. « Je n’arrivais pas à aller au bout de ce que je voulais mettre en place, reconnaît-elle franchement. Ils s’emmerdaient. Mais ils s’emmerdaient vraiment ! » Résultat : tout le monde est rentré à la maison, Soline comprise, son congé parental en bandoulière. C’est alors qu’a débuté pour la famille Lucas une expérience pour le moins radicale.
Car ce n’est pas pour faire l’école à la maison que les enseignants rencontrés par Marianne ont claqué la porte de l’Éducation nationale, mais pour tenter l’aventure de « l’apprentissage autonome ». Pas de programme scolaire, pas de matières séparées les unes des autres, pas de leçon, pas de contrôle, ni de notes : les enfants ne s’intéressent qu’à ce qu’ils veulent, et à leur rythme. L’idée peut sembler dingue, elle n’est pourtant pas nouvelle. Dès 1971, le penseur autrichien Ivan Illitch publie Une société sans école, un livre de référence chez les adeptes de la non-scolarisation. Farouche contempteur de la société de consommation, Illitch insiste sur les capacités d’apprentissage naturelles de l’enfant : « Ce n’est pas l’école qui apprend à l’enfant à parler, à jouer, à aimer, à se sociabiliser, qui lui apporte la connaissance d’une deuxième langue, le goût de la lecture », écrit-il.
« Gourou de secte »
Aux États-Unis, une abondante littérature documente ces théories ; l’école Sudbury, pour ne citer qu’elle, les applique depuis près de cinquante ans. En France, en revanche, quiconque se recommande de tels principes passe vite pour un gourou de secte. Car l’apprentissage autonome suppose d’accepter des situations... inhabituelles. Comme le fait, par exemple, qu’un enfant de 12 ans soit un virtuose de piano, mais sans savoir déchiffrer une ligne de texte. Même les plus détendus des parents reconnaissent d’ailleurs quelques sueurs froides : pendant des semaines, Antoine, 7 ans, ne s’est intéressé qu’à l’histoire de la Première Guerre mondiale, à l’exclusion de tout autre sujet. « Bien sûr, que nous avons des peurs, aujourd’hui encore, affirme Claire, la maman du jeune expert en poilus. Mais on a aussi la certitude que suivre les aspirations profondes d’un enfant, ça marche. »
Attablée dans le jardin de sa maison corrézienne, Claire raconte comment, malgré sa profonde aspiration à enseigner, elle a renoncé à consacrer son temps à l’Éducation nationale. Ingénieur agronome de formation, elle commence par donner naissance à trois enfants, puis passe le concours de professeur des écoles. Mais, devant sa première classe, le rêve se fissure. « Les élèves étaient très nombreux, se souvient-elle. Il y avait le fait d’être enfermée dans une salle, de passer le plus clair de mon temps à faire de la discipline... Et puis, surtout, de voir à quel point ils s’en foutaient. » L’expérience aidant, la jeune femme aurait sans doute encaissé la déception. Mais il se trouve que, parallèlement à ces débuts difficiles, le fils aîné du couple développe une phobie scolaire carabinée.
Âgé de 7 ans à l’époque, Antoine est malade à la seule idée de franchir le seuil de la classe. « C’était insupportable de le laisser dans un état pareil », se souvient Rodolphe, son père. Démunis, les parents décident de « sortir » Antoine de l’école, qualifiant la décision de « mesure d’urgence ». Claire demande et obtient une mise en disponibilité, qui lui permet de quitter l’Éducation nationale pour un temps, sans démissionner. L’année suivante, les deux autres enfants du couple rentrent aussi à la maison. « Marion avait 6 ans, et elle n’était pas aussi mal que son frère à l’école. Mais, quand elle en est sortie, j’ai remarqué très vite un changement énorme en matière de créativité, c’était manifeste. » Aujourd’hui, Marion a 15 ans ; elle fabrique des bijoux et se passionne pour le cinéma. Son frère cadet, Martin, n’a su lire qu’à 12 ans. Mais d’un seul coup, et impeccablement.
« Il s’est mis à dévorer J.K. Rowling ou Timothée de Fombelle, sans aucune forme de transition en termes d’apprentissage », se souvient sa mère. Quand il ne s’adonne pas à l’une de ses activités sportives, natation ou rugby, Martin lit aussi des livres de cuisine, dont il teste les recettes en famille. Quant à Antoine, 17 ans, il s’est formé à un logiciel d’animation en 3D grâce à un Clom, ces cours disponibles gratuitement sur Internet. Il travaille en ce moment à ses premières réalisations cinématographiques. À les observer tous les trois, beaux comme des astres, racontant leurs projets avec enthousiasme autour de la soupe concoctée avec les légumes du jardin, on soupçonnerait presque la famille Hérino d’avoir trouvé la recette du bonheur...
Une lubie pour riches bobos ?
Ce sont les parents eux-mêmes qui tempèrent les enthousiasmes. La tribu habite en rase campagne, à quarante minutes de voiture de Limoges. Claire a passé de longues heures à faire le taxi pour accompagner ses enfants à un stage chez un menuisier ou au cours de guitare ; le prix à payer pour éviter l’isolement social. Dans un avenir proche, les Hérino aimeraient développer une pratique plus collective, constituer « une communauté éducative », selon leurs termes, qui serait accessible à tous, y compris à ceux qui vont à l’école. « Pour qu’un enfant qui souhaite apprendre le russe, par exemple, puisse être soutenu dans son élan, explique la jeune quadragénaire. On ne dit pas que la déscolarisation est le meilleur choix pour tous. Il se trouve que, moi, ça m’a passionnée, parce que ça entrait en résonance avec ma vocation personnelle. Je le vis comme un cadeau non prémédité. »
[...]
Pour l'instant, l'Education nationale a tendance à tenir ce projet à distance, en renforçant plutôt le contrôle des familles qui pratiquent l'instruction à domicile. Pour l'institution, il s'agit évidemment d'éviter que certains parents ne partent en roue libre et ne privent leurs enfants de l'accès à la connaissance ; chez les adeptes de l'apprentissage autonome, ce «fliquage» est perçu comme une entrave à la fameuse liberté d'enseignement, inscrite dans la loi. «Il y aurait pourtant des choses à apprendre de nous, notamment sur les façons de préserver les capacités d'adaptation et d'innovation des enfants !» estime Soline Lucas. En termes d'expérience, cette maman de trois petits garçons non scolarisés en connaît un rayon : la famille vit en itinérance, dans une caravane, en mode carpe diem. «Il faudrait nous considérer comme des chercheurs», propose la jeune femme. Chercheurs ou savants fous, tous ont le mérite d'interroger les conditionnements... Et de bousculer les certitudes.
Extrait d’un article d’Eugénie Bastié publié cette semaine dans Le Figaro :
Depuis l’affaire Dreyfus, la gauche s’est toujours conçue comme le parti des intellectuels. Celui de l’intelligentsia guidant le peuple vers les Lumières de la Raison. Avec Mai 68, la domination était devenue sans partage. Intellectuel de gauche était un pléonasme : au Flore, c’était une évidence. Les nouveaux philosophes et Sartre étaient reçus par Giscard à l’Élysée. Foucault manifestait avec les sans-papiers, et Bourdieu avec les cheminots de Lyon. Ô tempora, ô mores… Pour un Raphaël Glucksmann qui alterne sur son compte Twitter indignation et compassion 2.0, ce sont les « réacs » qui monopolisent aujourd’hui les unes des hebdos !
[Note du carnet : Il omet de dire que c’est souvent pour les abreuver de critiques acerbes. Comme le signale Mathieu Bock-Côté par ailleurs : « le multiculturalisme contrôle encore le récit public, même si sa puissance d’intimidation auprès du commun des mortels est bien moins grande qu’il y a vingt ans. J’ajoute que les multiculturalistes, devant la contestation de leur modèle de société, ont tendance, comme on dit, à se «radicaliser». Ils diabolisent comme jamais leurs adversaires. » Nous ajouterions que ce n’est pas que le multiculturalisme qui domine encore le récit public par ses relais médiatiques, scolaires et universitaires, mais toute la panoplie des idées dites « progressistes », même si en France peu d’intellectuels de talent défendent encore ces attaques « boboïstes » contre la famille, contre la culture, l’identité, la majorité, contre la nation, les frontières, contre les limites en général y compris dans l’identité sexuelle et contre un conservatisme prudent.]
En librairies, les conservateurs triomphent. Critique de l’Europe, nécessité de frontières, retour de l’identité, exigence de sécurité, rejet de l’immigration massive : les thèmes à l’opposé de la gauche progressiste dictent l’agenda médiatique. On ne veut plus changer la vie, mais sauver ce qui peut encore l’être. Il est désormais plus tendance d’avoir raison avec Alain Finkielkraut que tort avec Jean-Michel Aphatie [un journaliste militant de gauche tendance bobo, flagorneur avec les puissants de gauche et narquois avec ceux qui ne le sont pas].
Labellisés « réacs »
« Les idées, les slogans, les partis que nous avons portés, lancés, soutenus, sont devenus inaudibles. Nous — qui croyons encore au projet européen, au cosmopolitisme républicain, à la société ouverte — sommes ébranlés », admet Raphaël Glucksmann dans un papier amer intitulé « La gauche sociale-libérale est morte ». Voilà l’inédit : cette défaite de la pensée est reconnue. [...]
« Cette crise de la pensée de gauche révèle un élément constitutif : face à un réel qui lui donne tort, la gauche refuse d’entrer en crise avec une obstination doctrinaire qui dépasse l’entendement », constate le politologue Dominique Reynié. Un refus de l’aggiornamento dont Alain Badiou est l’illustration la plus éclatante. Philosophe maoïste régnant en maître à l’université, Badiou continue à minimiser les crimes commis par le communisme. « La gauche n’a pas poussé jusqu’au bout la critique du socialisme, comme l’a été celle du fascisme, c’est là la clé de l’impuissance actuelle de ses intellectuels », analyse l’essayiste Jacques Julliard. Un refus de mise à jour du logiciel qu’on retrouve aussi dans une complaisance obstinée envers l’islamisme, en dépit de la réalité. Aux États-Unis, on dit qu’un néoconservateur est un démocrate giflé par le réel. Ce réel tragique, l’historien de gauche Pierre Nora y a fait référence lors de son discours de réception d’Alain Finkielkraut à l’Académie française, confessant : « Peut-être les événements de cette dernière année sont-ils en train de me donner tort. »
« La gauche n’a pas livré bataille. Elle a abandonné en rase campagne toutes les idées sur lesquelles reposait son alliance avec le peuple : laïcité, école républicaine, sécurité, nation », poursuit Jacques Julliard. Tel Flaubert qui au siècle dernier s’émouvait des Bohémiens (« Je suis pour toutes les minorités », écrivait-il à George Sand) et souhaitait l’écrasement de la Commune (« Que le peuple est stupide », écrivait-il à Louis Ménard), une partie de l’intelligentsia de gauche s’est détournée du peuple pour vouer un culte aux minorités. Les musulmans, les migrants, les Roms et les transsexuels sont devenus les nouveaux damnés de la terre. Et elle préfère le bidonville de Calais aux hauts-fourneaux désaffectés de Florange [en Lorraine dont la sidérurgie s’est effondrée].
Coincée entre paléomarxisme et boboïsme flaubertien, la gauche peine à se réinventer. Faute d’ouvrir des pistes, elle fait des listes. Faute d’idées, elle « fait barrage » à celles de droite. C’est la « gauche castor » selon les mots du politologue Laurent Bouvet ou encore la « gauche réflexe, cette grenouille disséquée dont l’appareil nerveux fonctionne encore, mais dont le cerveau est mort ». Ceux qui à gauche osent s’emparer de certains débats dits « populistes » se voient immédiatement labélisés « réacs » : Alain Finkielkraut, Michel Onfray, Jacques Sapir, Jean-Pierre Le Goff, Jacques Julliard, Christophe Guilly n’ont plus le droit de se dire « de gauche ». Le républicain Régis Debray ou l’anti-euro Emmanuel Todd sont de plus en plus suspects. Quant à Jean-Claude Michéa, on le lit plus dans les cercles de droite que chez les militants du MJS [jeunes socialistes].
Signe des temps, Jean-Christophe Cambadélis [ancien militant d’extrême gauche, aujourd’hui président du Parti socialiste français] n’a vendu que 326 exemplaires de son dernier livre. Faut-il pour autant proclamer la mort clinique du « gauchisme culturel » ? Il lui reste quelques bastions. « Dans l’université et en particulier dans les sciences sociales, la domination de la gauche s’affermit », assure Dominique Reynié. Ce que Pierre Nora décrit comme « une radicalisation à gauche de “la basse intelligentsia” ». Claquemurée sur elle-même, cette gauche universitaire ne veut plus exister médiatiquement. Depuis Bourdieu qui refusait de se rendre à la télévision en présence d’un contradicteur, nombre de ses épigones répugnent à entrer dans l’arène pour affronter les monstres qu’ils prétendent dénoncer. C’est l’écrivain Édouard Louis qui refuse avec son ami philosophe Geoffroy de Lagasnerie de participer aux Rendez-vous de l’histoire de Blois au motif que l’universitaire Marcel Gauchet, « ce militant de la réaction », y est invité. Méprisant les plateaux télé, ces intellectuels se réfugient dans la citadelle des sciences sociales. « Pour une certaine gauche universitaire, intervenir dans le débat public de façon généraliste, c’est se commettre », estime Laurent Bouvet. « Ce gauchisme de la chaire a perdu contact avec la société », assure Jacques Julliard. « Il ne lui reste plus que le paradigme de la déconstruction par lequel elle entend déconstruire ces catégories du réel qui lui donnent tort », dit Dominique Reynié. « Double humiliation »
L’espace d’un moment, cette gauche radicale a voulu croire qu’elle serait sauvée par la politique. En 2010, le succès de librairie de Stéphane Hessel, [avec le minuscule opuscule] Indignez-vous !, qui s’appuyait sur un renouveau de l’idée « sartrienne » d’engagement révolutionnaire, s’écoulait à 2 millions d’exemplaires [le faible prix de cette plaquette et le peu de pages à lire expliquent en partie ce succès à notre avis, les médias firent également un battage important au tour de ce personnage et de son petit livre]. L’émergence de Syriza en Grèce, de Podemos en Espagne, de Bernie Sanders aux États-Unis, de Jeremy Corbyn au Royaume-Uni ou l’actuelle campagne de la « France insoumise » de Jean-Luc Mélenchon témoignent de cette métamorphose de la gauche post-marxiste. Dans À demain Gramsci, le politologue Gaël Brustier théorisait les enjeux de ce nouveau « populisme de gauche », inspiré des travaux d’Ernesto Laclau et de Chantal Mouffe, qui voudraient propager en Occident les révolutions d’Amérique latine. Prônant un « néo-gramscisme », il ambitionne de reconstruire une « Weltanschauung alternative à la superstructure “nationale-populiste” qui est en train de devenir dominante partout en Occident ». Las !, Chavez et Castro sont morts [et il n’est pas évident qu’ils ne s’appuyaient pas sur un certain populisme nationaliste, pardon anti-impérialiste], Tsipras a baissé les bras, Podemos est sur le déclin, Nuit debout s’est recouchée pendant les vacances et la « radicalité » est retournée à son aporie.
Comme le temps passe… En 1985, après le tournant de la rigueur, le « concert des potes » de SOS Racisme rassemblait un million de personnes place de la Concorde autour de la « France multiculturelle ». Chanteurs et intellectuels de gauche communiaient dans la lutte contre le Front national et le rejet du « libéralisme sauvage ». Trente ans plus tard, la jeunesse vote Marine Le Pen, défile contre le mariage homo ou rêve de vivre entre Londres, Chang-haï et San Francisco…
Impuissante à conjurer l’hégémonie de la mondialisation néolibérale, la gauche s’est retrouvée prise au dépourvu par le retour du religieux et de l’identitaire. Là est sans doute la clé du désamour qu’elle inspire. « C’est une crise de l’imagination de l’avenir », expliquait Marcel Gauchet dans l’émission « Répliques ». « L’une des caractéristiques de la gauche, c’est la maîtrise du devenir, or nous vivons sous le signe d’une histoire subie », ajoutait l’auteur du Désenchantement du monde, concluant : « La gauche se montre incapable de penser une société différente. » Comme le dit Jean Birnbaum : « La gauche se vivait comme le parti de l’égalité, or elle voit “son” peuple saisi par un vigoureux désir anti-égalitaire. La gauche se vivait comme le parti de l’universel, or elle constate la puissance d’attraction de l’internationalisme djihadiste. C’est une double humiliation. » Elle n’a même plus de Sartre pour lui dire qu’elle est « ce grand cadavre à la renverse où les vers se sont mis ». Ni de BHL pour s’en faire l’écho. Reste un acronyme d’agence bancaire : la Belle Alliance populaire. [Note du carnet : ou de terrible défaite française, la Bataille de Belle-Alliance étant le nom que les Allemands donnaient à ce que les Anglophones appelèrent la Bataille de Waterloo et qui fut d’abord connu sous le nom de bataille de Mont-Saint-Jean en France.]
« Le sens du passé n'est pas seulement ce qui nous donne le pouvoir de méditer sur les ruines des civilisations disparues ou de se lamenter sur la folie éternelle des hommes. Il est aussi - et peut-être même avant tout - ce qui permet à chacun (individu ou peuple) de s'inscrire dans une continuité historique et dans une sommes de filiations et de fidélités et d'échapper ainsi à l'illusion adolescente d'un recommencement absolu. »
Jean-Claude Michéa,
Le complexe d'Orphée. « La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès »
Et en prime :
« C'est évidement pour cette école du grand nombre que l'ignorance devra être enseignée de toutes les façons concevables. Or c'est là une activité qui ne va pas de soi, et pour laquelle les enseignants traditionnels ont jusqu'ici, malgré certains progrès, été assez mal formés. L'enseignement de l'ignorance impliquera donc qu'on rééduque ces derniers, c'est-à-dire qu'on les oblige à « travailler autrement :», sous le despotisme éclairé d'une armée puissante et bien organisée d'« experts en sciences de l'éducation ». La tâche fondamentale de ces experts sera, bien entendu, de définir et d'imposer les conditions pédagogiques et matérielles de ce que Debord appellait la « dissolution de la logique » : il s'agit, notons-le d'une véritable révolution culturelle car, comme le précise Debord, jusqu'à une période récente, « presque tout le monde pensait avec un minimum de logique, à l'éclatante exception des crétins et des militants ». En ce sens, on pourrait dire que la réforme scolaire idéale, du point de vue capitaliste, est donc celle qui réussirait le plus vite possible à transformer chaque lycéen et chaque étudiant en un crétin militant. »
Jean-Claude Michéa, L’Enseignement de l’ignorance, 1999.
Sur Michéa et son Complexe d'Orphée :
Michéa est surtout connu pour sa critique du libéralisme, ce qui lui a valu de passer pour un gauchiste auprès de certains lecteurs. Dans ce livre il critique plus spécifiquement la gauche, ce qui peut être déconcertant. Uniquement quand on oublie le lien généalogique entre le libéralisme et la gauche.
Orphée, le prince des poètes, nous précise la mythologie grecque, eut le privilège de rechercher son amour dans l'Hadès, à la seule condition qu'au moment de sortir, il ne devait se retourner. Contrevenant à l'instruction des dieux, Orphée vit disparaître à tout jamais celle qu'il chérissait. Deux fondements mentaux président l'univers de la gauche libérale : le sens de l'histoire qui par nécessité va de la droite à la gauche en passant par le centre, et l'impérieux besoin de "vivre avec son temps". La conjonction des deux se traduit non seulement par un rejet du passé, mais par la haine de celui-ci. Il devient vital pour l'homme de gauche d'échapper à un passé psychologiquement insupportable. Affirmer par exemple que du passé, des valeurs peuvent être retrouvées, affirmées, revient à être un réactionnaire.
Semblable donc au pauvre Orphée, le nouvel Adam libéral est condamné à gravir le sentier escarpé du « Progrès » sans jamais pouvoir s'autoriser le moindre regard en arrière. Voudrait-il enfreindre ce tabou — « c'était mieux avant » — qu'il se verrait automatiquement relégué au rang de Beauf, d'extrémiste, de réactionnaire, tant les valeurs des gens ordinaires sont condamnées à n'être plus que l'expression d'un impardonnable « populisme ». C'est que la « Gauche » et la « Droite » ont rallié le mythe originel de la pensée capitaliste : cette anthropologie noire qui fait de l'homme un égoïste par nature. La première tient tout jugement moral pour une discrimination potentielle, la seconde pour l'expression d'une préférence strictement privée. Fort de cette impossible limite, le capitalisme prospère, faisant spectacle des critiques censées le remettre en cause. Comment s'est opérée cette, double césure morale et politique ? Comment la gauche a-t-elle abandonné l'ambition d'une société décente qui était celle des premiers socialistes ? En un mot, comment le loup libéral est-il entré dans la bergerie socialiste ? Voici quelques-unes des questions qu'explore Jean-Claude Michéa dans cet essai nourri d'histoire, d'anthropologie et de philosophie.
Jean-Claude Michéa est l'auteur de nombreux ouvrages, tous publiés aux éditions Climats, parmi lesquels : L'Enseignement de l'ignorance (1999), Impasse Adam Smith (2002, Champs-Flammarion, 2006), L'Empire du moindre mal (2007) et Orwell, anarchiste tory (4e édition, 2008). La Double Pensée, recueil inédit d'interventions, a paru en 2008 dans la collection Champs-Flammarion.
Jean-Claude Michéa
chez Climats
publié à Paris
le 5 octobre 2011
357 pages
ISBN-13: 978-2081260474
Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)
À l’occasion de la sortie de son livre La Cause du peuple, Patrick Buisson évoque Nicolas Sarkozy, Donald Trump, le hiatus entre les promesses de campagne et l’action politique, le combat entre « les enracinés du local » et « les agités du global », l’absence de culture de la classe politique, l’identité, l’amitié française, le lien social, les enjeux métapolitiques, la révolution conservatrice, le fait religieux, le sursaut identitaire, la possible guerre civile... mais aussi son espérance : nous sommes à la fin d’un cycle et au début d’un autre.
Pour Patrick Buisson, la gauche progressiste est incapable de comprendre le fait religieux et que l’homme est un animal religieux qui a un besoin de sacré (ce n’est pas une phase dépassée).
Cette même gauche est une des principales responsables de la radicalisation islamiste en France : « “le mariage pour tous”, la banalisation de l’avortement, la dépréciation des valeurs masculines, la théorie du genre, l’ABC de l’égalité [la lutte contre les “stéréotypes sexuels” à l’école], la pornographie à la télévision, tout cela est vécu comme des agressions [par les croyants musulmans qui considère leur religion-culture comme supérieure et moins décadente]. Et cette radicalisation de l’islam, elle est vue -- effectivement -- à l’évolution de notre société sous l’impulsion de la gauche progressiste qui a considéré que c’était des avancées sociales et qui est finalement confrontée à ce qui est son imposture fondatrice et fondamentale. »
À savoir que la gauche progressiste veut bien reconnaître la différence culturelle, et même l’exalter en paroles, mais dès qu’elle s’affirme quotidienne, alors là elle doit être bannie de l’espace public. Cette gauche veut bien aimer l’Autre, à condition qu’il renonce à être lui-même.
Depuis six ans, les sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition vivent dans l’horreur de la bataille d’Alep.
Très émue à l’évocation de son quotidien douloureux, sœur Archangella vous livre le témoignage de sa vie « en enfer » et raconte comment la guerre a éprouvé sa foi. En dépit des bombardements et des combats, « devant la violence, devant les morts, on ne peut pas se résigner » : chaque jour, les sœurs sauvent des vies à l’hôpital Saint-Louis d’Alep.
Faites un don si vous souhaitez aider les Chrétiens d’Orient en participant au financement des missions menées par SOS Chrétiens d’Orient et ses bénévoles.
Un enseignant a été congédié, il y a une semaine, par une prestigieuse école secondaire privée de Colombie-Britannique après qu’une étudiante s’est plainte qu’il avait exprimé son opposition personnelle à l’avortement lors d’un cours de droit.
Le récit des derniers jours de cet enseignant anonyme dans une école privée « chic » a été raconté mercredi dans le National Post par la chroniqueuse Christie Blatchford.
À la lecture de cet article, John Hof de l’organisme pro-vie, United for Life BC, a déclaré : « C’est atroce. Cela dépense les bornes du bon sens. Il prive ce gars de ses libertés fondamentales. Il s’agit d’un exemple extrême de rectitude politique ».
John Carpay du Centre juridique pour les libertés constitutionnelles a ajouté : « Bien qu’une l’école privée puisse décider de ses propres règles internes, je me demande ce que les parents qui envoient leurs enfants à cette école pensent de cette réaction extrême. Est-ce qu’ils veulent vraiment que leurs propres enfants soient élevés dans de délicats cocons qui les protègent de toute idée contrariante et qu’ils se mettent à crier “on me provoque” dès qu’ils entendent des propos qui leur déplaisent ? »
L’enseignant avait été amené à mentionner son propre point de vue sur l’avortement en classe de droit en dernière année de cette école (12e année) pour expliquer qu’« Il y a une différence entre la morale souvent privée et la loi. Je désapprouve personnellement l’avortement, mais la loi est souvent différente de nos opinions personnelles. »
Peu après, le cours a été suspendu pour une pause. Plusieurs élèves ne sont pas revenus, l’une d’entre elles était en train de se plaindre à l’administrateur sur le fait que l’enseignant avait l’« avait provoquée » (triggered dans le jargon moderne de politiquement correct) et que l’opinion de son professeur l’avait fait sentir « en danger ».
« Ce qui arriva à l’enseignant les deux jours suivants rappela la Révolution culturelle dans la Chine de Mao », de déclarer Blatchford. Dans un premier temps, la jeune fille, flanquée d’un enseignant qui la soutenait, brava le professeur hérétique. « Alors que je ne faisais pas montre de suffisamment de contritions [parce qu’il considérait qu’un couloir bondé était le mauvais endroit pour traiter de cette question], je fus convoqué à l’étage et je fus bombardé de questions par deux administrateurs qui m’ont dit que je risquais mon poste. »
Les administrateurs ne purent définir son crime, mais ils lui ont clairement fait comprendre que si ses excuses n’étaient pas satisfaisantes, il serait congédié. Bien qu’il ait été un bon professeur, le « confort » de l’étudiant prenait le pas, déclara-t-il.
Le professeur fut ensuite soumis à une séance de critiques devant sa classe de droit alors que les administrateurs de l’école et l’élève offensée répertoriaient ses infractions et lui dictait la manière de s’amender. Sa tentative d’excuse devant toute la classe fut loin d’être satisfaisante pour le tribunal scolaire : quand l’enseignant déclara à la plaignante qu’il pensait qu’elle était une bonne élève et qu’il l’aimait bien, celle-ci s’enfuit de la classe en larmes et les supérieurs de l’enseignant le « fustigèrent », pour reprendre les paroles de Blatchford, car il avait été « trop personnel ».
Le 30 novembre, on lui interdit l’accès à sa classe alors qu’il s’y rendait en classe, il fut illico amené devant le principal de l’établissement et sommairement licencié, puis ramené à la porte de l’école. « Tel est le coût, écrit Blatchford, d’un petit faux pas dans un monde à la rectitude politique écrasante ».
L’enseignant refuse pour l’instant d’identifier l’école si ce n’est en la caractérisant comme un établissement visiblement militant dans son soutien à la cause LGBT au point de soumettre les enseignants à une « formation sur le genre » animée par le groupe de pression Qmunity qui, selon les souvenirs du professeur, leur disait que « nul n’est à 100 % homme ou femelle (même si visiblement dans ce cas, le professeur hérétique était trop mâle pour pouvoir exprimer son opinion sur l’avortement.) »
Le professeur refuse de nommer l’école, il ne veut pas donner une mauvaise réputation : « Ils m’ont mal traité, dit-il, mais je suis réticent à l’idée de donner un mauvais nom à l’école... Elle valorise et aide beaucoup d’enfants qui, autrement, seraient laissés pour compte... », a-t-il déclaré.
Voici un petit glossaire destiné à clarifier autant que faire se peut le vocabulaire et les notions employés dans le système éducatif français. Les mauvaises langues qui prétendent que le système français est sclérosé en seront pour leurs frais. Il a en effet fallu introduire un grand nombre de mots nouveaux et certaines entrées ont dû être presque entièrement réécrites. Preuve, s’il en est, du dynamisme du métier d’enseignant.
Traitement préférentiel ou discrimination positive. Recommandation de l’OQLF pour gommer toute réaction et qui vient de donner à cette expression sans éclat, qui peut inclure tant de sens possibles et aucun, la définition suivante : « Ensemble cohérent de mesures prises pour éliminer la discrimination subie par un groupe de personnes et remédier aux inégalités de fait en leur accordant temporairement certains avantages préférentiels, notamment en matière de recrutement. »
appréhender la signification
Comprendre.
apprenant
Celui qui apprend. Les élèves, les étudiants, les stagiaires, et tous ceux qui apprennent sont des apprenants. Construit sur le modèle d’enseignant. L’apprenant va à l’école pour apprendre, et l’enseignant pour enseigner. Le « rapport enseignant/enseigné » était autrefois considéré comme un sujet douloureux. Sans doute le problème a-t-il été réglé, puisque personne ne parle du « rapport enseignant/apprenant ».
apprenant à réussite différée (ARD)
Sorte d’apprenant dont la réussite scolaire est reportée dans un futur plus ou moins proche. Repose sur une conception optimiste de l’échec scolaire. Synonyme moins optimiste : élève en grande difficulté (EGD). Synonyme archaïque : cancre (l’usage de ce terme est déconseillé). L’EGD et l’ARD ne produisent pas de perles, comme leur ancêtre le cancre. « Le problème de l’apprenant à réussite différée, c’est sa difficulté à maîtriser les savoirs et les savoir-faire, sans parler du savoir-être ». L’apprenant à réussite différée contribue à créer divers types d’emplois : psychologue scolaire, surveillant, didacticien, chercheur en sciences de l’éducation, psychiatre (pour les enseignants). Sa contribution à la richesse nationale est ainsi considérable. C’est une des raisons pour lesquelles il convient de le conserver précieusement. Voir aussi orientation.
appui au vivre ensemble
Lutter contre la radicalisation et l’intimidation.Le gouvernement du Québec a décidé d’octroyer 400 000 $ au Collège de Maisonneuve pour y « implanter des mesures d’appui au vivre ensemble », comprendre « Lutter contre la radicalisation islamiste et le climat d’intimidation qui règne au collège ».
auto
Préfixe clé de la pédagogie nouvelle. On le trouve partout : depuis que les établissements sont autonomes, l’élève est lui aussi prié de développer son autonomie. Il doit apprendre à s’auto-enseigner, à s’auto-aider, à s’auto-piloter. Il devient même un s’auto-apprenant.
avoir droit à
Être obligé de. Les élèves du Québec « ont droit au service de l’éducation préscolaire et aux services d’enseignement primaire et secondaire prévus » (reportage d’Émilie Dubreuil le 29/IV/2014, à la SRC). Les parents qui ne veulent pas profiter de « ce droit » et préfèrent une autre éducation sont dans la mire des services gouvernementaux.
centration sur l’apprenant
Cri de ralliement des pédagogues. Toutes les autres centrations sont à rejeter avec force et détermination, car elles sont immorales et inefficaces. L’apprenant est au cœur de nos préoccupations de pédagogues.
classe hétérogène
Classe faible.
classe très hétérogène
Classe très faible.
classe homogène
Non attesté. On dit « bonne classe ».
compétence non acquise
Aucun travail.
compétence transversale
Ne dites plus « Le français, c’est important dans toutes les matières » mais « La maîtrise de la langue est une compétence transversale fondamentale. »
consensus social
Permet d’imposer son point de vue tout en ignorant l’avis de la majorité ou en étant intolérant envers une minorité. C’est ainsi que — même si deux sondages Léger-Marketing successifs [1] [2] révèlent que l’immense majorité des Québécois veut pouvoir choisir la formation morale et religieuse de leurs enfants et ne pas suivre le cours ECR si c’est leur choix — la présidente de la Fédération des commissions scolaires (FCSQ), Josée Bouchard, s’insurge au nom du « consensus social » contre la possibilité pour une école privée d’avoir un choix en la matière.
N’enseigne pas les langues. Dit aux autres comment faire.
dissidence
Fin de monopole, situation inquiétante.
élargir les notions
Approfondir.
encadrement
Surveillance de près de ce que les parents enseignent à leurs enfants à la maison. Il y a « un manque d’encadrement pour les jeunes qui font l’école à la maison » (J.-F. Roberge, 7/XII/2016)
ennui
(vieilli) Ne dites plus « Nicolas s’ennuie en classe, il regarde par la fenêtre », mais dites « Fâché de ne pouvoir exprimer ses potentialités de manière interne, Nicolas s’investit dans l’espace extérieur ».
géniteur d’apprenants
Parent d’élève. Parfois appelé « co-éducateurs », voir aussi « coparent » ci-dessus.
gérer l’hétérogénéité
Se dit d’un enseignant qui se débrouille dans une classe faible ou très faible.
geste antidémocratique
Géniteur qui désire choisir l’éducation de ses enfants-apprenants. Pour le chroniqueur du Devoir Louis Cornellier, « scolariser son enfant à la maison est un geste antisocial, antidémocratique ».
implicite
Ce que l’auteur a voulu dire tout en ne le disant pas explicitement. Prétexte inépuisable à l’emploi des modaux. « Il faut faire dégager l’implicite. »
interventions pédagogiques visant la socialisation égalitaire hors classe
Bannir activités parascolaires trop « genrées » qui heurtent les fonctionnaires féministes. Le Conseil du statut de la femme dans un rapport en 2016 préconise comme urgent que le gouvernement mettent « au point de nouvelles formes d’interventions pédagogiques pratiques visant la socialisation égalitaire des garçons et des filles dans les périodes hors classe. » C’est peu clair, c’est un rapport bureaucratique après tout. Nous supputons que cela signifie plus de sports ou d’activités destinés d’abord aux garçons ou aux filles. Plus de sport brutal pour les garçons, macramé et yoga pour tous ?
inspection
La voix de son maître. Fait appliquer les Instructions Officielles, quelles qu’elles soient, car les Instructions Officielles sont toujours bonnes et il faut les appliquer sans faille. Possède une
grande capacité de nuisance.
magistral
Voir « relation frontale » ; préférer la « centration sur l’apprenant ».
moderniser
Enlever toute connotation religieuse. Pour Le Soleil, l’école St-Roch, pourtant sise à Saint-Roch, « modernise son nom » quand elle opte pour le nom d’« école des berges ».
motricité
Ne dites plus « courir, sauter, nager, etc. », mais « habiletés caractéristiques de la motricité de l’enfant ».
moyen-âge
Époque où aurait existé le libre choix en matière d’enseignement. Apprenant qu’une école catholique pourrait désormais enseigner le cours d’éthique et culture religieuse dans une perspective catholique, Pauline Marois, chef du PQ, s’est exclamée « Non mais, sur quelle planète on vit ! » pour conclure par un très étayé « On n’est pas au moyen âge ! » (Pour voir comment Pauline Marois a renié ses promesses en la matière, lire ici).
négligence
Ne pas suivre le programme pédagogique gouvernemental. Devrait mener à une action de la DPJ. (Enlever les enfants ?)Souhait du député J.-F. Roberge : « la DPJ intervient seulement si un jeune est victime de négligence, et, malheureusement, une scolarisation qui ne respecte pas le programme, qui ne mène pas à un diplôme, ce n’est pas considéré comme de la négligence. » (7/XII/2016)
notions d’éducation sexuelle autour de la différence et du respect
Imposer sans exception : « Les écoles québécoises offrent un cours d’éthique et de culture religieuse ».
perspective actionnelle
Considère l’apprenant non plus seulement comme un sujet communiquant, mais comme un acteur social « ayant à accomplir des tâches (qui ne sont pas seulement langagières) dans des circonstances et un environnement donnés, à l’intérieur d’un domaine d’action particulier. Si les actes de parole se réalisent dans des activités langagières, celles-ci s’inscrivent elles-mêmes à l’intérieur d’actions en contexte social qui seules leur donnent leur pleine signification » (Cadre européen commun de référence). C’est de plus en plus compliqué d’apprendre une langue. Bientôt cela se fera en sautant à cloche-pied tout en tapant dans les mains. Ce sera l’approche créativo-corporelle.
pouvoir être laïc
Empêcher autrui de ne pas être laïc (dans le sens areligieux ou antireligieux du terme). Andrée Lajoie, professeure émérite au Centre de recherche en droit public de l’Université de Montréal, citée par la Presse du lundi 21 juin 2010 à la page 11, sortant de sa réserve universitaire, pense que, même si le gouvernement ne parvenait pas à renverser le jugement Loyola pour des raisons de liberté religieuse, il pourrait toujours utiliser la clause dérogatoire. « On verra si le Canada est un pays où l’on peut être laïc », avance-t-elle. Qu’est-ce qui empêche Madame Lajoie d’être laïque, d’envoyer ses enfants à une école laïque gratuite ? Il s’agit plutôt pour elle d’imposer à tous son point de vue laïciste.
relation frontale
Cours donné par un professeur dans une salle de classe. Lorsque le professeur est face à ses élèves, il fait de la « pédagogie frontale ». Les pédagogues lui préfèrent une « relation plus en médiation, basée sur une centration sur le sujet apprenant ». Cette « pédagogie différenciée » lui permet d’apprendre « selon son propre itinéraire d’appropriation de savoirs ».
représentation d’un jugement par un symbole
Note.
sciences de l’éducation
Les sciences de l’éducation sont à l’enseignant ce que l’entomologie est au papillon. L’entomologiste décrit le papillon ; mais le papillon, lui, il vole. Cependant, l’entomologiste ne dit pas au papillon comment voler.
situation d’apprentissage
Leçon.
situation de réinvestissement
Révision.
stratégie de recherche
Ne dites plus « réfléchir », mais « mettre en œuvre une stratégie de recherche ».
violence à l’école
Une des activités favorites de l’apprenant à réussite différée.
Se pratique volontiers dans les lieux de vie.