mercredi 23 septembre 2026

PISA 2025 : les bons résultats de l’Angleterre sont-ils surestimés ?

Version courte — Les résultats anglais sont sans doute quelque peu surestimés malgré les corrections statistiques de l’OCDE, mais ce qui frappe surtout est leur bon maintien, voire leur progression, par rapport aux élèves des autres pays de l’OCDE.



Les résultats de l’Angleterre à PISA 2025 sont impressionnants. Avec 516 points en sciences, 497 en lecture et 492 en mathématiques, elle se situe nettement au-dessus de la moyenne de l’OCDE dans les trois domaines. En sciences, son score dépasse de 34 points la moyenne de l’OCDE. Mais avant d’en conclure que les élèves anglais de 15 ans ont réellement atteint ce niveau moyen, une question plus élémentaire mérite d’être examinée : qui a effectivement passé le test ?

Le rapport national anglais fournit une réponse qui mérite davantage d’attention qu’elle n’en a reçue. Sur les 7 270 élèves sélectionnés pour participer à PISA 2025, 5 619 seulement ont effectivement passé l’épreuve : 1 651, soit 22,7 %, n’y ont pas participé. Ces absences ne sont manifestement pas réparties au hasard.

Les non-participants présentent en effet un profil nettement plus défavorisé. Parmi les élèves pour lesquels les données administratives ont pu être appariées, Il en ressort que 39,6 % des non-participants avaient été admissibles aux repas scolaires gratuits au cours des six années précédentes, contre seulement 23,8 % des participants. Le contraste est encore plus marqué pour les besoins éducatifs particuliers : 25,0 % des non-participants bénéficiaient d’un soutien à ce titre, contre 10,7 % des participants, tandis que 7,1 % des non-participants disposaient d’un plan d’accompagnement spécialisé, contre 1,4 % des participants.

La sélection apparaît également dans les résultats scolaires des établissements fréquentés. Les élèves appartenant à des établissements de la catégorie de niveau scolaire la plus faible représentaient 17,8 % des non-participants, mais seulement 13,8 % des participants. À l’inverse, les établissements de la catégorie la plus élevée représentaient 21,4 % des participants contre 16,2 % des non-participants. Le rapport constate donc une relation statistiquement significative entre le niveau scolaire de l’établissement et la probabilité qu’un élève participe à PISA.

Ce constat est important, car il correspond exactement au mécanisme susceptible de gonfler une moyenne : si les élèves les plus fragiles sont moins susceptibles d’être présents dans l’échantillon testé, la moyenne des élèves testés peut être supérieure à celle de l’ensemble de la population que l’échantillon est censé représenter.

La pondération statistique corrige une partie de cette sélection. PISA ne calcule donc pas simplement la moyenne des 5 619 élèves. Les chercheurs appliquent des pondérations destinées à compenser la non-réponse. Après cette correction, la répartition des participants selon le niveau scolaire de leur établissement se rapproche effectivement de celle de l’échantillon initial : la part correspondant aux établissements les moins performants passe de 13,8 % à 14,5 %, et celle correspondant aux établissements les plus performants de 21,4 % à 19,6 %, contre respectivement 14,8 % et 20,2 % dans l’échantillon initial.

La correction est donc réelle. Mais elle ne règle pas nécessairement tout le problème. Le rapport anglais constate lui-même qu’il subsiste des indices de biais liés aux caractéristiques individuelles des élèves, notamment l’admissibilité aux repas scolaires gratuits, les besoins éducatifs particuliers et la langue parlée à la maison. Surtout, les chercheurs n’ont pas pu comparer les résultats scolaires antérieurs des participants et des non-participants. La cohorte concernée n’avait pas passé les évaluations nationales de fin d’école primaire, celles-ci ayant été supprimées en raison de la pandémie. Il est donc impossible de déterminer directement si les 1 651 élèves absents de PISA avaient, en moyenne, des résultats scolaires inférieurs à ceux qui ont passé le test.

C’est une faiblesse méthodologique importante, mais elle ne signifie pas que le biais soit nécessairement considérable. L’analyse des établissements est plutôt rassurante : après correction, le niveau scolaire moyen des établissements participants est pratiquement identique à celui de l’échantillon initial, avec un score moyen d’Attainment 8 de 46,2 dans les deux cas. Le problème se situe donc moins dans la sélection des établissements que dans la sélection des élèves à l’intérieur de ces établissements.

Le taux de participation à PISA s'est légèrement amélioré en 2025, passant de 75 % en 2022 à 77,3 %. Cette amélioration ne signifie toutefois pas que l'échantillon est nécessairement devenu plus représentatif. Le problème n'est pas seulement de savoir quelles catégories sociales sont présentes dans l'échantillon, mais aussi de savoir, à l'intérieur de ces catégories, quels élèves ont effectivement participé.

Le contexte scolaire rend cette question particulièrement importante. En 2024/25, 18,14 % des élèves anglais étaient considérés comme « absents persistants », c'est-à-dire ayant manqué au moins 10 % des séances, contre 10,86 % en 2018/19. L'absentéisme sévère, correspondant à au moins 50 % des séances manquées, atteignait 2,39 %, contre 0,85 % avant la pandémie. Au premier trimestre de 2025/26, l'absentéisme persistant atteignait encore 18,10 % et l'absentéisme sévère 2,12 %. Les suspensions ont elles aussi fortement augmenté depuis 2018/19 : les écoles publiques anglaises en ont enregistré environ 913 000 en 2024/25, contre 438 300 avant la pandémie. Ces phénomènes ne déterminent pas directement la participation à PISA, mais ils créent un contexte dans lequel la non-participation peut être socialement et scolairement sélective.

Le rapport anglais sur PISA 2025 montre précisément que les élèves qui n'ont pas participé ne présentent pas exactement le même profil que ceux qui ont participé. Sur les 7 270 élèves sélectionnés, 5 619 ont effectivement passé l'évaluation, soit 77,3 %, tandis que 1 651 n'y ont pas participé. Les non-participants étaient notamment beaucoup plus nombreux à avoir été admissibles aux repas scolaires gratuits et à bénéficier de dispositifs liés aux besoins éducatifs particuliers. Les élèves appartenant aux catégories d'établissements les moins performantes étaient également proportionnellement plus nombreux parmi eux.

Mais cette constatation ne permet pas de conclure que les résultats de PISA sont simplement « gonflés parce que les élèves défavorisés ont été absents ». La pondération statistique corrige une partie de ces différences. Surtout, le problème peut se situer à l'intérieur même des catégories sociales. Deux élèves issus de milieux comparables peuvent avoir des rapports très différents à l'école : assiduité, engagement scolaire, difficultés d'apprentissage, besoins éducatifs particuliers, parcours perturbé, voire simple probabilité d'être présent le jour de l'évaluation. Si les élèves les moins susceptibles de participer sont aussi, en moyenne, ceux qui obtiennent de moins bons résultats, une correction fondée principalement sur les caractéristiques observables ne peut pas nécessairement éliminer tout le biais.

C'est précisément ce que les données de 2025 ne permettent pas de mesurer directement. Les chercheurs auraient eu besoin d'une mesure indépendante des résultats scolaires antérieurs pour comparer les participants et les non-participants. Or les évaluations nationales que cette cohorte devait passer à la fin de l'école primaire ont été annulées en raison de la pandémie. Il n'est donc pas possible d'établir directement si les élèves qui n'ont pas participé à PISA étaient, en moyenne, moins performants que ceux qui y ont participé.

L'expérience de 2022 fournit néanmoins un précédent important. Dans son analyse du biais de non-réponse au Royaume-Uni, l'OCDE indique qu'une étude menée en Angleterre avait estimé qu'après les corrections statistiques il subsistait un biais à la hausse d'environ 0,07 écart-type en compréhension de l'écrit et 0,09 en mathématiques, soit de l'ordre de 7 à 8 points PISA. Ce biais résiduel provenait de la non-participation des élèves : l'analyse n'a pas mis en évidence de biais significatif imputable à la non-participation des établissements.

On ne peut évidemment pas transposer mécaniquement cette estimation à 2025. Le taux de participation est un peu meilleur et les conditions statistiques ne sont pas identiques. Mais le précédent de 2022 montre qu'un biais de plusieurs points peut subsister après pondération lorsque les élèves qui ne participent pas ne constituent pas un groupe choisi au hasard. Ce n'est donc pas une possibilité purement théorique : un tel biais a effectivement été mesuré en Angleterre.

Il serait excessif de considérer les scores publiés comme une mesure parfaitement neutre de l'ensemble des jeunes Anglais de 15 ans. La question n'est pas seulement celle de la composition sociale de l'échantillon, mais celle de la sélection des élèves qui, au sein de chaque milieu, sont effectivement présents et participent à l'évaluation. Les données disponibles ne permettent pas de mesurer précisément l'ampleur de cet effet en 2025.

On ne peut donc pas honnêtement transformer le score de 516 en sciences en un hypothétique « 508 » ou « 509 » en lui retirant mécaniquement les 7 à 8 points estimés en 2022. Ce serait attribuer aux données de 2025 une précision qu'elles ne possèdent pas. Mais l'inverse serait tout aussi injustifié : traiter les 516 points comme si aucune sélection des élèves évalués ne pouvait affecter le résultat.

La conclusion la plus solide est donc intermédiaire. Les résultats de PISA 2025 établissent que l'Angleterre obtient un niveau élevé parmi les élèves effectivement évalués. Ils ne permettent pas de déterminer avec la même précision le niveau de l'ensemble des jeunes Anglais de 15 ans. La non-participation n'est manifestement pas entièrement aléatoire, et l'expérience de 2022 montre qu'elle peut laisser subsister un biais à la hausse de plusieurs points malgré les corrections statistiques.

Le score de 516 en sciences est ainsi une estimation pondérée fondée sur les élèves ayant participé à l'évaluation, et non une mesure directe de la performance de chaque jeune Anglais de 15 ans. L'écart de 34 points avec la moyenne de l'OCDE est bien présent dans les données PISA ; ce que ces données ne permettent pas d'établir avec la même précision, c'est l'ampleur exacte de cet écart pour l'ensemble des jeunes Anglais de 15 ans.

Il faut enfin distinguer le niveau atteint de son évolution dans le temps. Le premier reste difficile à interpréter avec une précision absolue en raison de la non-participation sélective. La seconde peut être plus robuste si le biais de sélection est resté d'un ordre comparable entre les deux éditions.

En sciences, le score de l'Angleterre est passé de 503 points en 2022 à 516 en 2025, soit une progression de 13 points. On ne peut pas supposer que le biais de non-participation est identique les deux années, mais s'il est resté du même ordre, cette progression est plus solide que ne l'est le niveau absolu de 516 points. En lecture et en mathématiques, les résultats anglais sont en revanche restés pratiquement stables.

Cette stabilité prend un sens particulier dans le contexte international : les moyennes de l'OCDE ont reculé de 9 points en mathématiques et de 14 points en compréhension de l'écrit. L'Angleterre se distingue donc moins par une forte progression dans ces deux matières que par l'absence du recul observé dans de nombreux autres systèmes. En sciences, en revanche, la hausse de 13 points constitue une évolution nettement plus marquée.

Le résultat de 516 doit donc être interprété avec prudence, mais la progression de 503 à 516 mérite d'être prise au sérieux. L'incertitude sur le niveau absolu ne permet pas d'effacer une évolution mesurée entre deux éditions de la même évaluation.

Aucun commentaire: