Il n’y a qu’Instagram qui a banni notre fils. Il a toujours accès aux autres réseaux sociaux. La loi n’a pas eu d’impact sur ses habitudes en ligne.» Ce témoignage d’un parent d’un adolescent de 14 ans en rejoint un autre d’un collégien du même pays : « Certains de mes amis ont perdu l’accès à leurs comptes. Mais pour moi, rien n’a changé. » Ces verbatim sont extraits d’un rapport de l’institution gouvernementale australienne esafety, chargée du suivi de la bonne mise en application d’une loi pionnière entrée en vigueur au printemps dans le pays : l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Et le moins que l’on puisse dire est que ce premier bilan, trois mois après le « grand bannissement » des adolescents australiens d’Instagram, Tiktok, YouTube ou Twitch, n’est pas flatteur.
Avant la loi, 53,7% des Australiens âgés de 10 à 15 ans avaient un compte personnel sur un réseau social au moins. Ces derniers auraient dû disparaître en vertu de la nouvelle législation. Il n’en est rien. Trois mois plus tard, la proportion n’a baissé que de 10 points, à 42,1 %. Dans le détail, elle est passée de 34,5 % à 23,3% chez YouTube, de 29,9% à 23,3 % chez Snapchat, de 29 % à 21,7 % chez Tiktok, et de 23,5 % à 19,3 % chez Instagram. On note même une hausse sur la controversée plateforme vidéo Kick, passée de 0,4 % à 0,6 %.
La raison n’est pas un recours massif des collégiens australiens aux VPN, ces logiciels qui permettent de faire croire aux sites internet qu’on se connecte depuis un autre pays. La faute revient aux failles des réseaux sociaux dans leurs opérations de contrôle de l’âge, selon le rapport.
Manque de fiabilité des vérifications d’âge
Les sondeurs ont demandé aux adolescents ayant toujours leurs comptes pourquoi ils sont passés entre les mailles du filet. Dans la moitié des cas, la réponse est simple : les plateformes sociales ne leur ont jamais demandé de justifier leur âge! Et quand cette vérification a lieu, elle n’est pas toujours fiable. Ainsi, certains adolescents ont menti en changeant leur date de naissance afin de faire croire qu’ils ont plus de 16 ans - ce qui a marché (37,1 %). Et dans 18,2 % des cas, les outils de vérification de l’âge se sont trompés, en estimant qu’ils étaient plus âgés qu’ils ne le sont réellement.
Le rapport note aussi que certaines plateformes peuvent être consultées sans avoir besoin de se connecter à un compte, ou bien en utilisant un compte familial. C’est le cas notamment de YouTube, bien souvent présent sur la télévision du foyer. 73,6 % des 10-15 ans continuent ainsi de regarder des vidéos sur la plateforme de Google. « En l’absence des mesures réellement efficaces et robustes mises en œuvre par les plateformes, la réduction du nombre de comptes détenus par des adolescents restera modeste », prévient l’étude.
Et qu’en est-il des adolescents qui ont perdu accès à leurs réseaux sociaux ? Ont-ils lâché leurs smartphones pour revenir à des activités sociales « dans la vraie vie » ? Eh bien, pas vraiment. Le rapport montre au contraire une hausse de la fréquentation des messageries en ligne : la moitié (52,3 %) des 10-15 ans s’y connecte chaque jour, contre 40,5% avant la loi. Un quart d’entre eux déclarent s’y rendre « plusieurs fois par jour » (19% auparavant), et 8,9% « une à deux fois par heure » (5,6 % avant la loi). Même phénomène pour les jeux vidéo en ligne : 29 % des jeunes sondés déclarent s’y connecter chaque jour, contre 26 % avant la loi. A contrario, les activités hors ligne, comme la pratique du sport, de la musique, des arts, n’ont pas progressé. Et ces collégiens voient à peine plus qu’avant leurs amis « en vrai ».
Dernier point problématique : la proportion des parents ignorant que leur enfant de 10 à 12 ans se rend sur les réseaux sociaux a fortement augmenté depuis l’entrée en vigueur de la loi, passant de 35 à 49%! «Une conséquence inattendue » de la législation, note le rapport. L’institut esafety continuera de publier des études régulières sur l’impact de la loi, mais prévient déjà :
« Des progrès significatifs, comme la réduction du temps d’écran, la moindre exposition aux dangers du numérique, une meilleure santé mentale et une réduction des conflits intrafamiliaux, ne dépendront que du renforcement des mesures prises par les plateformes sociales. »
Source : Le Figaro
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