jeudi 13 août 2026

Un bilan peu flat­teur pour la loi aus­tra­lienne qui interdit les réseaux sociaux au moins de 15 ans


Il n’y a qu’Ins­ta­gram qui a banni notre fils. Il a tou­jours accès aux autres réseaux sociaux. La loi n’a pas eu d’impact sur ses habi­tudes en ligne.» Ce témoi­gnage d’un parent d’un ado­les­cent de 14 ans en rejoint un autre d’un col­lé­gien du même pays : « Cer­tains de mes amis ont perdu l’accès à leurs comptes. Mais pour moi, rien n’a changé. » Ces ver­ba­tim sont extraits d’un rap­port de l’ins­ti­tu­tion gou­ver­ne­men­tale aus­tra­lienne esa­fety, char­gée du suivi de la bonne mise en appli­ca­tion d’une loi pion­nière entrée en vigueur au prin­temps dans le pays : l’inter­dic­tion des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Et le moins que l’on puisse dire est que ce pre­mier bilan, trois mois après le « grand ban­nis­se­ment » des ado­les­cents aus­tra­liens d’Ins­ta­gram, Tik­tok, You­Tube ou Twitch, n’est pas flat­teur.

Avant la loi, 53,7% des Aus­tra­liens âgés de 10 à 15 ans avaient un compte per­son­nel sur un réseau social au moins. Ces der­niers auraient dû dis­pa­raître en vertu de la nou­velle légis­la­tion. Il n’en est rien. Trois mois plus tard, la pro­por­tion n’a baissé que de 10 points, à 42,1 %. Dans le détail, elle est pas­sée de 34,5 % à 23,3% chez YouTube, de 29,9% à 23,3 % chez Snap­chat, de 29 % à 21,7 % chez Tik­tok, et de 23,5 % à 19,3 % chez Ins­ta­gram. On note même une hausse sur la contro­ver­sée pla­te­forme vidéo Kick, pas­sée de 0,4 % à 0,6 %.

La rai­son n’est pas un recours mas­sif des col­lé­giens aus­tra­liens aux VPN, ces logi­ciels qui per­mettent de faire croire aux sites inter­net qu’on se connecte depuis un autre pays. La faute revient aux failles des réseaux sociaux dans leurs opé­ra­tions de contrôle de l’âge, selon le rap­port.

Manque de fia­bi­lité des véri­fi­ca­tions d’âge

Les son­deurs ont demandé aux ado­les­cents ayant tou­jours leurs comptes pour­quoi ils sont pas­sés entre les mailles du filet. Dans la moi­tié des cas, la réponse est simple : les pla­te­formes sociales ne leur ont jamais demandé de jus­ti­fier leur âge! Et quand cette véri­fi­ca­tion a lieu, elle n’est pas tou­jours fiable. Ainsi, cer­tains ado­les­cents ont menti en chan­geant leur date de nais­sance afin de faire croire qu’ils ont plus de 16 ans - ce qui a mar­ché (37,1 %). Et dans 18,2 % des cas, les outils de véri­fi­ca­tion de l’âge se sont trom­pés, en esti­mant qu’ils étaient plus âgés qu’ils ne le sont réel­le­ment.

Le rap­port note aussi que cer­taines pla­te­formes peuvent être consul­tées sans avoir besoin de se connec­ter à un compte, ou bien en uti­li­sant un compte fami­lial. C’est le cas notam­ment de YouTube, bien sou­vent pré­sent sur la télé­vi­sion du foyer. 73,6 % des 10-15 ans conti­nuent ainsi de regar­der des vidéos sur la pla­te­forme de Google. « En l’absence des mesures réel­le­ment effi­caces et robustes mises en œuvre par les pla­te­formes, la réduc­tion du nombre de comptes déte­nus par des ado­les­cents res­tera modeste », pré­vient l’étude.

Et qu’en est-il des ado­les­cents qui ont perdu accès à leurs réseaux sociaux ? Ont-ils lâché leurs smart­phones pour reve­nir à des acti­vi­tés sociales « dans la vraie vie » ? Eh bien, pas vrai­ment. Le rap­port montre au contraire une hausse de la fré­quen­ta­tion des mes­sa­ge­ries en ligne : la moi­tié (52,3 %) des 10-15 ans s’y connecte chaque jour, contre 40,5% avant la loi. Un quart d’entre eux déclarent s’y rendre « plu­sieurs fois par jour » (19% aupa­ra­vant), et 8,9% « une à deux fois par heure » (5,6 % avant la loi). Même phé­no­mène pour les jeux vidéo en ligne : 29 % des jeunes son­dés déclarent s’y connec­ter chaque jour, contre 26 % avant la loi. A contra­rio, les acti­vi­tés hors ligne, comme la pra­tique du sport, de la musique, des arts, n’ont pas pro­gressé. Et ces col­lé­giens voient à peine plus qu’avant leurs amis « en vrai ».

Der­nier point pro­blé­ma­tique : la pro­por­tion des parents igno­rant que leur enfant de 10 à 12 ans se rend sur les réseaux sociaux a for­te­ment aug­menté depuis l’entrée en vigueur de la loi, pas­sant de 35 à 49%! «Une consé­quence inat­ten­due » de la légis­la­tion, note le rap­port. L’ins­ti­tut esa­fety conti­nuera de publier des études régu­lières sur l’impact de la loi, mais pré­vient déjà :

« Des pro­grès signi­fi­ca­tifs, comme la réduc­tion du temps d’écran, la moindre expo­si­tion aux dan­gers du numé­rique, une meilleure santé men­tale et une réduc­tion des conflits intra­fa­mi­liaux, ne dépen­dront que du ren­for­ce­ment des mesures prises par les pla­te­formes sociales. »

Source : Le Figaro

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