dimanche 16 novembre 2008

L'athéisme bien enseigné grâce à certains cahiers d'éthique et culture religieuse

Dans un rare éditorial lucide sur le cours d'ECR en date du lundi 28 avril 2008, la Presse de Montréal avait émis d'importantes réserves à l'égard du cours d'éthique et de culture religieuse. Le journal avait, par exemple, relevé que ce programme posera des difficultés permanentes en obligeant les enfants à s'identifier en termes religieux (« relater leur vécu ») par rapport à leur camarade, ce qui est pour le moins paradoxal pour des écoles qui se veulent désormais laïques.

Ce même article nous apprenait aussi que le mot d'athéisme avait été banni des manuels d'ECR.
Que dira-ton [sic] aux enfants lorsque viendra le temps d'aborder la question de la non-croyance? (Pour compliquer les choses, le mot « athéisme » ne fera pas partie du vocabulaire employé dans les manuels. Dans un excès de rectitude politique qui frise le ridicule, le Ministère a jugé que ce terme était péjoratif)
Eh bien ! Si les manuels d'ECR ne peuvent pas utiliser ce terme, les cahiers d'activités ECR qui sont bel et bien utilisés en classe (comme les règlements le permettent), eux, peuvent parler de l'athéisme et en prononcer le nom.

C'est ainsi que le « cahier-manuel » d'éthique et de culture religieuse publié par les éditions de la Pensée en 2008 et destiné à la 2e année du 2e cycle du secondaire (soit secondaire IV) y consacre cinq pages explicitement.

Karl Marx et Jea-Paul Sartre, athées
(page 183, du cahier d'éthique et de culture religieuse, Dialogue II, publié par les éditions La Pensée, 2008)


On a droit à deux pages sur Karl Marx, Jean-Paul Sartre et Simone Beauvoir. Simone de Beauvoir est l'auteur du livre Le deuxième sexe devenu l'ouvrage de référence du mouvement féministe selon les auteurs de ce cahier d'ECR qui déjà consacrent ailleurs 28 pages au féminisme.

Simone de Beauvoir athée et féministe
(page 185, du cahier d'éthique et de culture religieuse, Dialogue II, publié par les éditions La Pensée, 2008)


Le livre demande à l'élève d'expliquer ce qu'il pense de cette pensée de Jean-Paul Sartre : « Il suffit qu'un seul homme en haïsse un autre pour que la haine gagne de proche en proche gagne l'humanité entière. »

Pensée généreuse et simpliste. Il aurait été plus intéressant de confronter cette façade avec d'autres déclarations de J.-P. Sartre : « En ce premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre. » (dans la préface des Damnés de la terre par Frantz Fanon, Paris, Maspéro, 1961, p. 16)

Ou encore « Les derniers liens furent brisés, ma vision fut transformée : un anticommuniste est un chien, je ne sors pas de là, je n'en sortirai plus jamais. » (dans Situations, IV, 1961)

Les auteurs ne parviennent pas à échapper à une question sur « La religion est l'opium du peuple » sans aucune mise en contexte. Marx voit, en effet, un double caractère à la religion que l'on comprend mieux en citant le contexte de la célèbre citation : « La détresse religieuse est en même temps l'expression de la vraie détresse et la protestation contre cette vraie détresse. La religion est le soupir de la créature opprimée, le cœur d'un monde sans cœur, tout comme elle est l'esprit d'une situation sans spiritualité. Elle est l'opium du peuple. »

Le texte ne rappelle pas, par exemple, que cette image de la religion comme opium n'est pas de Marx, que Heine l'a déjà utilisée en 1840, mais dans un sens plutôt positif ou du moins nettement moins négatif : « Bénie soit une religion, qui verse dans l'amer calice de l'humanité souffrante quelques douces et soporifiques gouttes d'opium spirituel, quelques gouttes d'amour, foi et espérance. » (Ludwig Börne, Eine Denkschrift par Heinrich Heine, 1840)

Québec Solidaire appuie le cours d'éthique et culture religieuse

On apprenait la semaine passée, le 11 novembre pour être précis, dans les colonnes du Journal de Sherbrooke que Québec Solidaire était en faveur du maintien du cours d’éthique et de culture religieuse.

Parlant de Québec Solidaire, il est intéressant de consulter le « cahier-manuel » d'éthique et de culture religieuse publié par les éditions de la Pensée en 2008 et destiné à la 2e année du 2e cycle du secondaire (soit secondaire IV).

Dans un chapitre de vingt-huit pages (28) consacré au « féminisme : un autre regard sur la justice », trois pages sont consacrées à Mme François David, chef du parti bicéphale Québec Solidaire. À titre de comparaison, le même cahier ne consacre que douze pages (12) au christianisme dans un chapitre intitulé « Colloque des savoirs en histoire et en religion ». Le même chapitre consacre 8 pages au judaïsme, 7 à l'islam, 8 à l'hindouisme, 7 au bouddhisme et 5 à l'athéisme.

Françoise David dit merci aux éditions de la pensée
(page 198, du cahier d'éthique et de culture religieuse, Dialogue II, publié par les éditions La Pensée, 2008)


Yvon Landry dans les colonnes de la Voix de l'Est dénonçait cette publicité gratuite en ces termes :
Sur le féminisme, il y a une superbe photo en médaillon de Françoise David que les auteures décrivent comme étant sans doute l'une des féministes aujourd'hui les plus connues au Québec. Mme David souhaite maintenant faire progresser sa version de justice sociale par le biais de la politique. Ce paragraphe vaut une publicité d'un million de dollars pour le parti Québec solidaire dont Mme David est la représentante.
Rappelons que Québec Solidaire est un parti sans représentation parlementaire et que Mme David est le seul personnage politique québécois à bénéficier de ce type de publicité dans ce manuel.

Françoise David dit merci aux éditions de la pensée (suite)
(page 199, du cahier d'éthique et de culture religieuse, Dialogue II, publié par les éditions La Pensée, 2008)


On demande ensuite à l'élève de se pencher sur le programme de Mme David et de justifier un des points de son programme à l'aide de cet exercice pour lequel on réserve 22 lignes blanches de réponse :
2. François David énumère une série de choses urgentes à régler. Crois-tu qu'il s'agisse réellement de priorités ? Pourquoi ? Si tu devais choisir un élément particulier, lequel serait-il ? Justifie ta réponse.

L'article 41 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec selon un cahier d'ECR publié en 2008

Version désuète de l'article 41 de de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec selon un cahier d'éthique et de culture religieux publié en 2008.


Article 41 désuet
(page 228, du cahier d'éthique et de culture religieuse, Dialogue II, publié par les éditions La Pensée, 2008)


Rappelons que cet article a été modifié par l’adoption de la Loi 95 en juin 2005. Cette loi a pavé la voie au cours d’éthique et culture religieuse. Pour imposer ce cours, la Loi 95 abolit en pratique la liberté de choix des parents :
  1. en abrogeant l’article 5 de la Loi sur l’instruction publique ;
  2. en modifiant l’article 41 de la Charte québécoise.
Cette Loi abroge également l’article 20 de la Loi sur l’instruction publique, qui prévoyait la liberté de conscience pour les professeurs en matière d'enseignement de cours à contenu moral ou religieux.

Le projet de loi 95 a modifié l’article 41 de la Charte québécoise de la façon suivante :
Article 41
(avant le projet de loi 95)(depuis le projet de loi 95)
Enseignement religieux ou moral.Éducation religieuse et morale.
41. Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d'exiger que, dans les établissements d'enseignement publics, leurs enfants reçoivent un enseignement religieux ou moral conforme à leurs convictions, dans le cadre des programmes prévus par la loi.41. Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d'assurer l'éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs convictions, dans le respect des droits de leurs enfants et de l'intérêt de ceux-ci.


Plus d'exigence. Plus de choix. Et qui veillera au respect de l'intérêt de l'enfant si ce n'est l'État qui étend ainsi explicitement son droit de supervision à la transmission des valeurs et des convictions des parents, et ceci même hors de l'école qui n'est plus mentionnée dans la nouvelle formulation de l'article 41 ?

Le Projet de loi 95, opérant cette modification à la Charte, a été adopté sans vote par appel nominal [1] de l’Assemblée nationale.

[1] Procès-verbal de l'Assemblée nationale du 15 juin 2005 (n° 169) : page 1723 pour l’adoption du projet de loi 95, Annexe pour les votes par appel nominal aux pages 1725-1726 : le projet de loi 95 n’y figure pas.

samedi 15 novembre 2008

Pour le Mouvement laïque québécois « Le nouveau programme d'éthique et culture religieuse est un outrage à l'intelligence »

Le Mouvement laïque québécois poursuit son opposition au programme d'éthique et de culture religieuse.

Dans le numéro 13 de Cité Laïque, hiver 2008, la revue du Mouvement laïque québécois, Marie-Michelle Poisson, professeur de philosophie au Collège Ahuntsic à Montréal mène une charge sévère contre le volet « culture religieuse » du cours d'éthique et de culture religieuse.

Extrait :
Incohérence inavouable

Les finalités du programme sont tellement incompatibles avec certains faits religieux que les enseignants ne pourront aborder les religions autrement que de manière partielle et partiale. Ne pourront être présentés que les manifestations religieuses compatibles avec la reconnaissance de l'autre et la recherche du bien commun en passant sous silence tout ce qui est moins compatible avec ces finalités. Seront alors occultées les manifestations religieuses qui accordent une supériorité de l'homme sur la femme ou encore une supériorité d'un peuple « élu de dieu » [Dieu ?] sur les autres peuples. Seraient aussi omises les interventions religieuses qui ont longtemps été ouvertement hostiles à la recherche du bien commun comme le fait indéniable que certaines religions réprouvent les plaisirs, méprisent les bonheurs terrestres, font obstacle aux progrès de la science et à l'acquisition des richesses matérielles pour les plus démunis. Un enseignement religieux amputé de sa part la plus sombre serait alors un enseignement partial des religions assimilable à de la propagande ou à de la fausse représentation.

À l'impossible, nul n'est tenu

La « posture professionnelle » de l'enseignant qui doit se soumettre à un « devoir supplémentaire de réserve » tel que stipulé dans le préambule du nouveau programme s'avère dès lors intenable. Trois cas de figure, tous aussi impraticables l'un que l'autre, sont envisageables.
  1. Un professeur intègre [dans une perspective « laïque »] pourrait décider de respecter intégralement les finalités propres de l'éthique en soumettant les contenus religieux aux critiques qui découlent nécessairement de l'application rigoureuse du principe de respect de la dignité humaine et du bien commun. En ce cas l'enseignant pourrait être accusé de manquer de réserve en exprimant des opinions critiques envers les religions qui ne manifestent pas spontanément une réelle reconnaissance de l'autre ni un réel soucis du bien commun.
  2. Un professeur conscient des erreurs et incohérences du programme mais peu combattif pourrait décider d'appliquer le programme à la lettre tout en maintenant une attitude distanciée. En ce cas il fait, même de manière passive, le jeu de la propagande pro-religieuse et de la fausse représentation et court le risque de s'exposer aux critiques de ceux, parents et/ou élèves qui souhaiteraient un enseignement rigoureux et conséquent de l'éthique. Ces enseignants seraient donc aussi susceptibles d'être accusés de manquer de réserve.
  3. Mais les plus à plaindre sont les enseignants qui adhèrent sincèrement aux finalités erronées du programme et qui sont par conséquent incapables de percevoir les incohérences que cela suscite. En reproduisant candidement les inepties prescrites par le programme, ces professeurs seraient de la même façon accusés de manquer de réserve par ceux qui ont une approche plus réaliste et donc plus critique des « faits » religieux.
Outrage à l'intelligence et injure à la philosophie

Le nouveau programme d'éthique et culture religieuse est un outrage à l'intelligence dont souffriront d'une manière ou d'une autre les enseignants qui auront à pâtir des incohérences insolubles inhérentes à un programme dont la structure est bancale.

Le nouveau programme d'éthique et culture religieuse est aussi une injure à la philosophie, discipline pourtant directement interpelée par deux des trois compétences du nouveau programme à savoir l'éthique philosophique et l'aptitude au dialogue (ou dialectique [hmmm, pas sûr de cette identité avec la dialectique]). Pourtant les contenus philosophiques de portée universelle ont été escamotés cavalièrement pour laisser place à un étalage encyclopédique de connaissances religieuses extrêmement détaillées, trop souvent anecdotiques ou désuètes.

Ce programme a été conçu en vase clos, dans le plus mystérieux des secrets par des gens moins soucieux du bien commun que de la promotion de leurs propres intérêts corporatistes ou de leurs convictions personnelles. Des gens qui, au vu des erreurs, des incohérences et des graves lacunes relevées dans le programme sont ou bien des incompétents ou de sinistres manipulateurs qui se seraient évertués à « trouver de nouvelles façons de sauvegarder l'essentiel de la confessionnalité scolaire, tout en la faisant évoluer ». [1]

Le plus navrant dans toute cette histoire c'est que la ministre de l'Éducation ainsi que ses conseillers du Comité sur les affaires religieuses semblent insensibles au sort des jeunes enfants et des adolescents qui, à cause d'un programme qui s'avère inadéquat en ce sens qu'il n'a pas su proposer une solution viable et définitive à l'épineux problème de l'enseignement religieux en milieu scolaire, se trouvent au cœur de querelles d'adultes. Finalement ce sont les êtres les plus vulnérables et influençables de notre société qui font actuellement les frais de ce gâchis lamentable qui a mené, à ce jour, à plus de 1200 demandes d'exemptions [dans les écoles publiques] et qui mènera encore à bien des malentendus et des déconvenues si la ministre ne daigne pas y apporter les rectificatifs qui s'imposent.


[1] Le CJF : l'incarnation d'un christianisme critique au sein de l'Église Propos tenus par par Christine Cadrin-Pelletier le 10 mars 2008 lors de l'événement soulignant les 25 ans du Centre Justice et Foi. Rappelons que Madame Christine Cadrin-Pelletier, théologienne de formation, fut sous-ministre associé de foi catholique de 1995 à 2000, responsable du Comité catholique avant d'occuper le poste de Secrétaire aux affaires religieuses de 2000 à 2005.

Charest prétend que l'imposition du cours d'ECR est le reflet de la volonté générale, décidément plus c'est gros !

Le Soleil rapporte diligemment que pour M. Charest, il n'est pas question d'abolir le cours d'éthique et de culture religieuse pour favoriser le retour de l'enseignement catholique dans les classes du Québec, dit Jean Charest.

« C'est un cours qui est là pour rester, a dit le chef libéral, samedi. On va le mettre en place [euh, il n'est pas déjà en place ?] et on l'évaluera comme on le fait normalement. Je respecte le point de vue de ceux qui ne sont pas d'accord, mais je pense que ça reflète le consensus général de la population du Québec. »

Est-ce que M. Charest est à ce point mal renseigné ? Les médias ne lui ont peut être pas rappelé que
  1. un sondage Léger-Marketing commandé par le Devoir nous apprend que 45 % des Québécois sont contre ! C'est un consensus général ça ?
  2. qu'un autre sondage Léger-Marketing nous révèle que 69 % des Québécois et 72 % des parents sont justement pour le choix entre le cours d'ECR et un cours confessionnel !
Le Soleil ne fait pas mention de ces contradictions flagrantes.

Manifestants attendaient M. Charest

À un de ses arrêts, la caravane libérale était attendue par une trentaine de parents qui refusent le nouveau cours implanté par le gouvernement Charest.

Jean Tremblay contre le cours d'ECR

Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, fervent partisan libéral qui prédit deux sièges à Jean Charest dans sa région, est de ceux qui s'opposent au cours d'éthique et de culture religieuse. Selon lui, on devrait enseigner les religions catholiques, musulmanes ou autres là où le nombre le permet et en fonction du désir des parents.

« On se méprise nous-même, a déclaré M. Tremblay. On méprise nos valeurs et on est à genoux devant des valeurs qui nous viennent de nulle part et qu'on comprend plus ou moins. C'est un cours qui ne mène à rien. On devrait l'abolir. »

Malgré ces nombreuses protestations, Jean Charest n'a pas l'intention de faire marche arrière. Selon Le Soleil, il aurait justifié cette intransigeance par cette déclaration : « Les choix religieux que nous faisons relèvent d'abord des familles et ce sont des choix individuels, souligne-t-il. L'État ne peut pas se substituer aux individus dans le choix
qu'ils sont appelés à faire sur des questions morales ou de religion. »

M. Charest a-t-il lu le programme d'éthique et de culture religieuse ? Pense-t-il vraiment qu'il n'aura aucun effet sur la formation morale, éthique ou religieuse des élèves ? Aucun effet ? Alors pourquoi le donner ?

L'ancienne juge Ruffo pour les parents comme véritables éducateurs pas l'État

Dans une érablière pleine à craquer à Lévis, 'ancienne juge de la Chambre de la jeunesse Andrée Ruffo a pris la parole devant près de 300 militants adéquistes ce samedi. L'ancienne juge Ruffo est connue pour sa défense des droits des enfants ; elle avait démissionné en 2006 afin de pouvoir jouir d'une pleine liberté de parole et de dénoncer certains errements.

Rappelant les paroles de Clemenceau qui disait que l'État avant trop d'enfants pour être un bon père de famille, Mme Ruffo a déclaré « Je crois encore aux familles. [...] Ce n'est pas vrai que c'est l'État qui donne de l'amour aux enfants », a-t-elle lancé en allusion au programme de garderies. Et d'ajouter : « Il faut revenir à la communauté et c'est urgent de le faire ».



Opposée au cours d'éthique et de culture religieuse dès six ans

Au sujet du cours d'éthique et de culture religieuse, auquel Mario Dumont s'oppose, elle a déclaré que « des enfants de 6 ans, ça ne peut pas avoir accès à une large culture, à l'histoire des religions ».

Qui va vraiment aider les familles ?

Elle estime qu'il y a « urgence de se recentrer sur les enfants », notamment ceux qui sont « parqués » dans les centres de réadaptation.

« Mais qui va se lever et va vraiment aider les familles à faire en sorte que leurs enfants deviennent de grands et beaux citoyens ? », s'est interrogée Mme Ruffo.

vendredi 14 novembre 2008

Éducation civique, favoriser la cohésion sociale...

« C’est l'État qui forme les individus aux vertus civiques, les rend conscients de leur mission, les amène à l’unité ; il harmonise leurs intérêt dans la justice ; il transmet les conquêtes de la pensée dans le domaine des sciences, des arts, du droit et de la solidarité humaine »


[...]



Benito Mussolini, le 12 décembre 1929.

Pauline « le-libre-choix-continuera-d'être-offert » Marois contestée au Saguenay pour ses promesses trahies

Mme Pauline Marois du Parti québécois faisait campagne aujourd'hui au Saguenay où elle a été accueillie très fraîchement par des parents qui tenaient à lui rappeler ses promesses de 1997 dans le dossier du libre choix de l'enseignement moral et religieux.

Rappelons qu'à l'époque Mme Pauline Marois avait solennellement déclaré le 26 mars 1997 à l'Assemblée nationale :
« L'école publique se doit donc de respecter le libre choix ou le libre refus de la religion, cela fait partie des libertés démocratiques. »

« Le libre choix entre l'enseignement moral et l'enseignement religieux catholique et protestant continuera d'être offert, en conformité avec la Charte québécoise des droits et libertés. »

« Cette école devra être capable d'offrir le libre choix aux parents qui la fréquenteront... c'est-à-dire aux parents des enfants qui la fréquenteront, soit la possibilité d'une formation religieuse catholique, protestante ou une formation morale. »

« Je répète, M. le Président, que l'école publique doit respecter le libre choix comme le libre refus de la religion qu'expriment les parents. » 




Mme Pauline Marois est ici présentée souriante et polie. Elle était nettement moins souriante auparavant quand la police a menacé d'expulser cette trentaine de manifestants.

Remarquons que le journaliste de TVA ne donne pas la parole aux protestataires pour recueillir leur opinion quant aux affirmations lénifiantes de la chef souriante du Parti québécois et l'innocuité prétendue du cours d'Éthique et de culture religieuse.

Plus de détails à venir....

Dénatalité et politique familiale

Le Devoir publie aujourd'hui un long texte de Sophie Mathieu, doctorante en sociologie à l'université Carleton.

Les allocations de naissance censément inefficaces

L'article rappelle qu'
« entre 1988 et 1996, Québec offrait une allocation à la naissance qui atteignait jusqu'à 8000 $ pour la troisième naissance et les subséquentes. »
Mme Mathieu affirme ensuite que
« Cette mesure fut toutefois abolie en 1997, en raison de son inefficacité. La solution à la dénatalité proposée par l'ADQ est donc basée sur une affirmation erronée, soit que l'allocation à la naissance en vigueur de 1988 à 1996 a augmenté la natalité au Québec, alors que la tendance est réapparue lorsqu'on a mis fin à cette mesure. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: bien que la natalité grimpa de 1988 à 1990, elle reprit sa pente descendante dès 1991, bien avant l'abolition du bébé-prime [il faudrait parler de prime-bébé]. »
Cette prétendue inefficacité a été analysée dans deux rapports bien étayés, celui du CREFE en 2001 et celui de l'Institut CD Howe en 2002. Ces deux rapports concluaient pourtant que l'allocation à la naissance avait eu des effets importants sur la fécondité.

Comment réconcilier cette baisse avant la fin du programme — fortement accélérée après la fin du programme au demeurant ! — et cette conclusion sur l'efficacité en définitive de ce programme ?

Il faut d'abord considérer que la natalité n'est pas influencée par un seul élément et par une seule mesure politique. Il faut donc essayer d'isoler l'effet de la prime-bébé. À cette fin, il est intéressant de comparer l'évolution de la natalité du Québec avec celle du reste du Canada (RdC) qui ne bénéficiait pas de la prime-bébé mais partageait bien d'autres paramètres comme l'économie. Le RdC constitue donc un groupe de contrôle approprié. Il convient de prendre note que celui-ci ne présume pas une absence de différence dans les caractéristiques des Québécoises et des résidentes du RdC, mais plutôt que ces différences restent constantes sur une période de temps.

Or, qu'observe-t-on dans le schéma ci-dessous correspondant à cette évolution ?

courbe natalité du Québec et du Canada

Le taux de fécondité du Québec et celui du RdC ont divergé pendant toutes les années 80. L’écart le plus important s’est produit en 1986, lorsqu’il a atteint 0,3 enfant par femme. Il a légèrement diminué en 1987 et en 1988, avant que l’allocation à la naissance ait pu influer sur la fécondité. À partir de 1989, l’écart entre le taux de fécondité du Québec et celui du RdC s’est réduit rapidement et considérablement. De 1989 à 1996, l’écart s’est resserré de 86 %, passant de 0,29 à 0,041 enfant par femme. Tout au long des années 90, l’écart s’est maintenu assez constant, à environ 0,08 enfant par femme.

En outre, si le taux des premières naissances au Québec est passé de 0,656 par femme en 1987 à 0,755 en 1993, soit une hausse de 15 %. Durant la même période, cette hausse était de 7 % dans le RdC. Par contraste, le taux des troisièmes naissances et plus au Québec s’est accru de 35 %, passant de 0,217 par femme, en 1987, à 0,294 en 1993, alors qu’il chutait de 3 % ailleurs au Canada. Cette tendance bien plus forte chez les Québécoises vient appuyer l’hypothèse que l’allocation à la naissance (plus forte pour le troisième enfant) influait sur les décisions à l’égard de la famille.

Désir de plus d'enfants

On ne peut donc suivre Mme Mathieu quand elle déclare :
« La solution aux problèmes de dénatalité ne se situe donc pas dans une allocation à la naissance. Ni dans un retour aux valeurs traditionnelles.
Ah, les valeurs traditionnelles honnies ! Elles ont bien vite bon dos.
Une étude menée dans les années 80 a démontré que les aspirations des Québécoises en matière de fécondité n'étaient pas comblées: les femmes n'ont pas le nombre d'enfants qu'elles souhaiteraient avoir. »
C'est exact.

La conciliation-travail prétendument seule solution
Il semblerait que, lorsque confrontées aux difficultés engendrées par la conciliation travail-famille, les femmes reverraient à la baisse le nombre d'enfants auquel elles désirent donner naissance.
C'est une conclusion hâtive. Ce n'est pas nécessairement la conciliation travail-famille qui pose problème. Cela peut être un problème. Le problème plus large est simplement qu'avoir des enfants coûte cher et que ce coût freine certaines familles et force souvent les femmes à travailler même quand elles préfèreraient rester à la maison. C'est alors qu'intervient pour beaucoup la conciliation du travail et de la famille. Mais, avec une aide financière supplémentaire consentie directement aux familles, certaines de ces femmes ne seraient pas forcées de travailler ou, si elles continuaient de travailler, trouveraient leur charge financière d'autant allégée et envisageraient à nouveau cet enfant supplémentaire souhaité.

Un peu plus loin, très occupée à défendre les mesures de conciliation travail-famille, Mme Mathieu ressort un lieu commun :
« À l'opposé, les pays n'offrant pas aux femmes la possibilité de réconcilier leurs responsabilités familiales et professionnelles ou, dit autrement, les pays où les femmes doivent faire le choix d'être une mère ou une travailleuse, sont ceux où la dénatalité reste la plus aiguë (les États-Unis faisant exception). Je fais ici référence à l'Italie, à la Grèce et à l'Espagne, des pays où la famille reste pourtant au cœur de la vie sociale. »
Ce que Mme Mathieu oublie de dire c'est que la politique familiale de ces pays est quasi inexistante : pas plus de conciliation travail-famille que d'allocation importante à la naissance.

Les garderies : non universelles, ruineuses et aux effets aléatoires

Comme il est à la mode dans les cercles progressistes, Mme Mathieu qui tient par-dessus tout à ce que les femmes ne restent pas au foyer préconise plus de places de garderies, mais enfin à des heures flexibles. Ce n'est pas sot. Le bât blesse quand on considère cette solution comme la seule et que le gouvernement doit être en charge de cet effort plutôt que de laisser les parents choisir la forme de garde.

Quels sont les problèmes liés aux garderies comme seul axe d'une politique familiale ?

Le premier problème c'est que les garderies ne satisferont jamais toutes les femmes, on en punira donc certaines dans les faits pour ne pas avoir adopté la solution politiquement correcte : le retour au travail le plus vite possible, l'éducation des jeunes enfants par des tiers.

Le second problème en est un d'efficacité au niveau de la natalité. Quel est le « retour sur investissement » de cette mesure nettement plus chère que les primes-bébés ? En effet, une seule année de subventions de garderie pour un enfant coûte quasiment aussi cher que la prime-bébé versée une seule fois par enfant. Or les enfants peuvent rester plusieurs années en garderie. Et enfin quels sont ces études qui prouvent que les garderies ont réellement produit un mini baby-boom quand on considère l'embellie économique connue par le Québec jusqu'à récemment et qu'on la compare aux conditions difficiles de la fin des années 80 et du début des années 90 quand le gouvernement avait mis en place les allocations de naissance ?

Enfin, s'il est possible que les enfants défavorisés profitent de la stimulation offerte par les garderies, les bénéfices pour l'ensemble des enfants sont loin d'être évidents. C'est ainsi que, d’après une étude de 6 ans réalisée par l’université de Durham l'année passée et portant sur 35 000 enfants, le programme britannique de garderie SureStart (« Départ assuré ») qui a coûté près de 45 milliards de $ canadiens n’a eu aucun effet sur les compétences et le niveau de développement des enfants quand ils sont testés à leur entrée à l’école primaire.

Ces résultats confirment l’évaluation du programme SureStart effectuée en 2005; celle-ci n’avait également trouvé aucune amélioration globale chez les enfants des milieux défavorisés qui constituaient les cibles de ce programme à son origine.

Rappelons que des études antérieures ont démontré des désavantages notables liés à une garde trop précoce des enfants d'âge préscolaire. C'est ainsi que le Bureau national de recherche économique, un organisme renommé de recherche des États-Unis, a récemment publié ce qui est l'étude la plus complète et la plus récente sur le système de garderie du Québec. Dans leur résumé, les professeurs d'économie Michael Baker, Jonathan Gruber et Kevin Milligan écrivent que l'introduction de ce programme a eu des conséquences négatives autant sur les parents que sur les enfants:

« [N]ous avons découvert des preuves frappantes que les enfants ont subi des détériorations dans un éventail d'aspects comportementaux et liés à la santé, allant de l'agression aux aptitudes motrices et sociales en passant par la maladie. Notre analyse suggère aussi que le nouveau programme de garderie a mené à des pratiques parentales plus hostiles et moins cohérentes ainsi qu'à une détérioration de la santé parentale et des relations parentales. »

jeudi 13 novembre 2008

Fallardeau a-t-il raison ? Il y aurait donc des journalistes mal renseignés et suiveux ?

Ah ! Le Québec a vraiment des journalistes de haut calibre. Prenons pour exemple cet article de Mme Michèle Ouimet sur le soutien (un peu confus) de Mario Dumont aux parents qui désirent avoir la liberté de choix en matière de formation morale et religieuse dans les écoles publiques et privées. Le texte de Mme Ouimet est bordé d'un liseré bleu.
« Selon M. Dumont, le multiculturalisme prôné par Pierre Elliott Trudeau hante le programme. À quelle page a-t-il lu ça ?
Par exemple à la page 71 de la version approuvée du cours d’ECR pour le primaire. Elle indique les noms du divin que l’enfant devra apprendre dès l’âge de 6 ans :
Des noms du divin :
• Dieu, Seigneur, Hashem, Adonaï, les esprits protecteurs, Allah, Brahma, Shiva et Vishnu, etc. [1]
Il faut aussi rappeler ici la doctrine interculturelle prônée par MM. Bouchard et Taylor et qui dans les faits est peu distincte du multiculturalisme quoi qu'en dise M. Bouchard.

C'est ainsi que dans un ouvrage collectif paru l’année dernière (Questions d’équité en éducation et formation, Éditions Nouvelles), Fasal Kanouté, professeur au Département de psychopédagogie et d’andragogie et spécialiste de l’éducation interculturelle, écrivait : « La littérature anglophone parle d’éducation multiculturelle au même titre que la littérature francophone parle d’éducation interculturelle. [...] Nous sommes d’avis que les uns et les autres disent la même chose sur la prise en compte de la diversité ethnoculturelle par l’école. »

Rappelons que le rapport Bouchard-Taylor soutenait fortement l'imposition du cours d'éthique et de culture religieuse par l'État au nom de l'interculturalisme.
Précisons d'abord que le cours d'éthique n'est pas sorti du cerveau malveillant des bureaucrates qui voulaient annihiler l'identité québécoise.
L’article intitulé « L’enseignement du fait religieux dans l’école publique » [2], Fernand Ouellet, père du cours ECR [3], commente ainsi les assertions de l’auteur Gallichet sur la « pédagogie du conflit » à privilégier dans le cadre d’un tel cours :
Dans le contexte actuel, il ne suffit pas d’éduquer à la reconnaissance et au respect de l’autre. Il faut aussi apprendre à ébranler la « suffisance identitaire » et à s’intéresser à l’autre par delà les divergences et les conflits de valeurs :

« On saisit à partir de là les principes de ce que pourrait être une éducation à la citoyenneté et à la responsabilité. Le problème n’est pas d’inculquer telle valeur ou ensemble de valeurs plutôt que tel autre. Il est de permettre l’émergence d’un questionnement, d’une inquiétude qui arrache l’enfant ou l’adolescent au confort d’un plein et serein accord avec soi-même (…) Il est donc moins de « construire une identité » que, à l’inverse, d’ébranler une identité trop massive et d’y introduire la divergence et la dissonance; il n’est pas de préparer à la coexistence et à la tolérance, mais au contraire, de mettre en scène l’incommensurable abîme qui me sépare d’autrui et m’oblige (au sens moral du terme) à m’intéresser à lui. C’est donc une « pédagogie du conflit » à la fois entre les individus mais aussi en chacun. » (p. 146) [4]
La laïcisation des écoles a suivi un long processus. En 1998, les commissions scolaires ont perdu leur statut religieux pour devenir linguistiques. C'est Pauline Marois qui a mené cette délicate opération.
C’est vrai.

Pauline Marois, alors ministre de l'Éducation, déclarait le 26 mars 1997 à l'Assemblée nationale :
« L'école publique se doit donc de respecter le libre choix ou le libre refus de la religion, cela fait partie des libertés démocratiques. »

« Le libre choix entre l'enseignement moral et l'enseignement religieux catholique et protestant continuera d'être offert, en conformité avec la Charte québécoise des droits et libertés. »

« Cette école devra être capable d'offrir le libre choix aux parents qui la fréquenteront... c'est-à-dire aux parents des enfants qui la fréquenteront, soit la possibilité d'une formation religieuse catholique, protestante ou une formation morale. »

« Je répète, M. le Président, que l'école publique doit respecter le libre choix comme le libre refus de la religion qu'expriment les parents. » [5]
Stéphane Dion, alors Ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, déclarait le 22 avril 1997 à la Chambre des Communes :
« Si les Québécois approuvent une déconfessionnalisation des structures, un grand nombre tient à l'instruction religieuse. La ministre de l'Éducation du Québec, madame Pauline Marois, a déjà indiqué que les écoles qui le désirent pourront conserver leur orientation confessionnelle. De surcroît, le droit à l'enseignement religieux demeure garanti par l'article 41 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. »
Le 1er octobre 1997, il renchérissait en déclarant, toujours à la Chambre des communes :
« Qui plus est, le droit à l'enseignement religieux demeure garanti par l'article 41 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, un document ayant une valeur quasi constitutionnelle selon la Cour suprême du Canada. »
Deux ans plus tard, les écoles sont devenues laïques. Dans l'indifférence générale. En septembre, le dernier jalon a été posé: la religion a été remplacée par un cours d'éthique et de culture religieuse. Il y a eu des consultations. On est loin de la dictature des bureaucrates.
La chronologie de Mme Ouimet omet ici un fait important : l’adoption de la Loi 95 en juin 2005. Cette loi a pavé la voie au cours d’éthique et culture religieuse. Pour imposer ce cours, la Loi 95 abolit en pratique la liberté de choix des parents :
  1. en abrogeant l’article 5 de la Loi sur l’instruction publique ;
  2. en modifiant l’article 41 de la Charte québécoise.
Cette Loi abroge également l’article 20 de la Loi sur l’instruction publique, qui prévoyait la liberté de conscience pour les professeurs en matière d'enseignement de cours à contenu moral ou religieux.

Le projet de loi 95 a modifié l’article 41 de la Charte québécoise de la façon suivante :
Article 41
(avant le projet de loi 95)(depuis le projet de loi 95)
Enseignement religieux ou moral.Éducation religieuse et morale.
41. Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d'exiger que, dans les établissements d'enseignement publics, leurs enfants reçoivent un enseignement religieux ou moral conforme à leurs convictions, dans le cadre des programmes prévus par la loi.41. Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d'assurer l'éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs convictions, dans le respect des droits de leurs enfants et de l'intérêt de ceux-ci.


Plus d'exigence. Plus de choix. Et qui veillera au respect de l'intérêt de l'enfant si ce n'est l'État qui étend ainsi explicitement son droit de supervision à la transmission des valeurs et des convictions des parents, et ceci même hors de l'école qui n'est plus mentionnée dans la nouvelle formulation de l'article 41 ?

Le Projet de loi 95, opérant cette modification à la Charte, a été adopté sans vote par appel nominal [6] de l’Assemblée nationale.

À l'école primaire, j'étais obligée d'apprendre le petit catéchisme par coeur.
L’argument du « petit catéchisme » commence vraiment à dater. Il a peu de résonance auprès des parents de la génération actuelle, ceux qui sont confrontés au cours d’ECR.
J'ai donc inscrit ma fille aux cours d'enseignement moral. Elle apprenait des évidences d'une renversante insignifiance. Dans le cours d'éthique et de culture religieuse, il y a du contenu, de l'histoire avec, en filigrane, un regard critique. Il était temps.
Certaines personnes se déclarent satisfaites du contenu du cours; il représente à leurs yeux une amélioration par rapport à l’ancien cours de morale. Tant mieux pour eux. La Coalition pour la liberté en éducation (CLE) ne vise pas à faire interdire le cours : elle veut que les parents retrouvent leur liberté de choix.

Madame Ouimet décrit dans son article une époque où l’enseignement de la religion était marqué par la coercition. En obligeant tous les enfants à suivre obligatoirement le cours ECR et en abolissant la liberté de choix garantie par la Charte, le gouvernement ne nous ramène-t-il pas à un régime de coercition relativement à l’enseignement du phénomène religieux ? La ministre de l’éducation Michelle Courchesne a annoncé, en avril dernier, qu’aucune exemption au cours ECR ne serait accordée. Pourtant, ce droit d’exemption existe à l’article 222 de la Loi sur l’Instruction publique. La ministre a déclaré très messianique : « On ne négocie pas un virage aussi important sans écraser d’orteils » [7]. Nous disons à la inistre que ces « orteils », ce sont nos droits fondamentaux : droit à la liberté de choix, droit à la liberté de conscience et de religion, droit d’éduquer nos enfants en conformité avec nos convictions religieuses ou philosophiques. En démocratie, il n’est pas permis à la ministre d’écraser ces droits.
Seule une poignée de farouches catholiques ont protesté.
C’est faux. La Coalition pour la liberté en éducation regroupe non seulement des catholiques, mais aussi des protestants et des orthodoxes. À la manifestation du 18 octobre, réunissant plus de 2000 personnes à Montréal, des usulmans se sont joints à nous, ainsi que des athées. Pour avoir une bonne idée de la diversité autour de laquelle la CLE s’est construite et se développe, voir les photos de cette manifestation ici.

Notons aussi que 72 % des parents québécois sont pour le libre choix en matière d'éducation morale et religieuse et soutiennent donc le manifeste de la Coalition pour la liberté en éducation.
Lundi, des Bérets blancs, des ultras catholiques, ont applaudi M. Dumont. À sa place, j'aurais été gêné.
Mais ces Bérets blancs n'avaient pas été invités ni bienvenus. Ils étaient huit sur plus de 200 personnes dans l'assistance. Les médias se sont focalisés sur eux. Enfin, M. Dumont a bien dit qu'il n'appuyait pas leur position vers un retour à la confessionnalité des structures scolaires. Il s'agit ici plus d'opportunisme de la part des Bérets blancs et des journalistes que d'une identité de vues entre M. Dumont et ces catholiques qui font fort démodés.
Seulement 1448 élèves, sur un total d'un million, ont demandé d'être exemptés du cours d'éthique et de culture religieuse. »
D'une part, ce chiffre augmente sans cesse. Radio-Canada une semaine auparavant parlait de 1 200 personnes. Mme Courchesne n'en trouvait que 1 112 le 22 octobre 2008 lors de la période des questions à l'Assemblée nationale. Voilà une belle progression et tout cela alors que ces parents sont assurés de voir leur demande refusée et de se signaler souvent ainsi comme des « extrémistes » aux yeux de la direction de leur école et de leur commission scolaire !

D'autre part, ce chiffre est tronqué. Le Québec compte un million d’élèves au total, pour le secteur public et privé. Or, le chiffre avancé ne vise que le secteur public. Il ne tient pas compte des demandes d’exemption émanant du secteur privé. C'est ainsi que le Collège Loyola, à Notre-Dame-de-Grâce, enregistre à lui seul 600 demandes d’exemption.

Enfin, il est inquiétant que cette journaliste de haute volée brandisse l’argument du nombre comme condition du respect de libertés individuelles protégées par les Chartes. Laissons Me Julius Grey disposer de cet argument troublant :
On vient de rendre public le contenu des cours d'éthique et de culture religieuse pour nos écoles. Hélas, ce cours est un autre exemple de rectitude politique et de répression de la pensée indépendante.(…) Chacun de ces accrocs à la liberté est plutôt mineur. Toutefois, ensemble, ils présagent une société qui garde les formes d'une démocratie mais impose un conformisme rigoureux. Une société où le concept douteux de « droit collectif » non seulement remplace la solidarité entre individus, qui était à la base de grandes réformes sociales au 20e siècle, mais obtient une préséance sur les libertés individuelles. Bref, une démocratie totalitaire.[8]



[1] Plan du cours d’Éthique et culture religieuse pour le primaire, version approuvée, page 71.

[2] Ouellet F., L’enseignement du fait religieux dans l’école publique ?, Carrefours de l’éducation 2002/2, n° 14, pp. 40-58.

[3] Cette information est confirmée par trois (3) sources :
  1. une déclaration écrite de Jean-Pierre Proulx
  2. la page 6 du volume de Georges Leroux intitulé « Éthique et culture religieuse » publié en 2007 par la maison d’édition Fides ;
  3. par le livre « Mélodie — Éthique et culture religieuse », manuel scolaire destiné aux élèves du cours d’ECR et publié aux éditions Modulo.
[4] Carrefours de l'éducation.

[5] Journal des débats, 26 mars 1997, Déclaration ministérielle de la Ministre de l’Éducation à l’Assemblée nationale.

[6] Procès-verbal de l'Assemblée nationale du 15 juin 2005 (n° 169) : page 1723 pour l’adoption du projet de loi 95, Annexe pour les votes par appel nominal aux pages 1725-1726 : le projet de loi 95 n’y figure pas.

[7] Conférence de presse du 18 avril 2008. Voir :"Le cours de culture religieuse obligatoire", LE SOLEIL, 19 avril 2008.

[8] JOURNAL DE MONTRÉAL: "Une démocratie totalitaire" (chronique de Julius Grey), 28 avril 2008.