dimanche 16 mars 2008

Granby — des centaines de personnes manifestent pour la liberté de choix

Granby, le 15 mars 2008 — Des centaines de personnes — près de 400 selon la Voix de l'Est, 500 pour les organisateurs — ont participé à une marche de protestation aujourd'hui à Granby, répondant ainsi à l'appel de la Coalition pour la Liberté en Éducation (CLÉ).

banderole grandby 15 mars 2008

D'une seule voix, ces parents de diverses confessions religieuses, dont certains athées, ont dénoncé l'imposition du cours obligatoire d'éthique et de culture religieuse qui sera enseigné dans les écoles primaires et secondaires en septembre prochain. Et ceci y compris dans les écoles confessionnelles ! Ils ont réprouvé l'attitude de l'État qui se substitue à la volonté parentale et ils ont réclamé l'exercice d'un droit fondamental : celui de choisir pour leur enfant un enseignement conforme à leurs convictions et croyances.

La représentante de la CLÉ dans la région de la Haute-Yamaska, madame Marie-Josée Croteau, était ravie du succès de l'évènement: « Voir autant de gens qui se déplacent pour venir exprimer leur mécontentement, voilà qui lance un message clair au gouvernement : nous parents, voulons défendre notre liberté de choisir comme premiers éducateurs de nos enfants. »

Une des personnes ayant pris la parole sur le podium, monsieur Patrice Gagnon, enseignant de confession protestante, abondait dans le même sens ajoutant que « le gouvernement manque réellement d'éthique dans cette démarche, nous avions un droit de choisir ! »

Lors de son intervention, la présidente de l'Association des parents catholiques du Québec, Mme Jean Morse-Chevrier, a renchéri en soutenant que « cela consiste en une négation du droit à la liberté religieuse et de conscience et en un accommodement qui brime l'ensemble des parents. » Car selon elle, « bien que ce cours se présente comme un cours de culture religieuse, les éléments du contenu de ce cours sont en large partie comparables aux contenus que l'on retrouverait dans un cours d'enseignement religieux et à ce titre, selon nous, consiste en une initiation à diverses religions. Ce fait va à l'encontre de la liberté de religion et bon nombre de parents catholiques ou autres s'opposent à l'introduction obligatoire de leurs enfants et adolescents à d'autres religions et à une approche relativiste face aux questions morales. »

devant la commission scolaire grandby 15 mars 2008

Me Jean-Yves Côté, avocat membre de la CLÉ, a présenté aux parents présents un formulaire d'exemption s'appuyant sur l'article 222 de la Loi sur l'instruction publique § 2 : « L'article stipule qu'il est permis aux parents de présenter une demande d'exemption s'ils estiment que le cours peut porter préjudice à leur enfant » a précisé Me Côté.

Pour exiger une exemption, les parents doivent avoir un motif valable. L'avocat en propose six sur le formulaire :
  1. Perte du droit de choisir une éducation conforme à leurs propres principes moraux et religieux ; brimer les libertés fondamentales de religion, de conscience, d'opinion et d'expression de l'enfant et de ses parents en forçant l'enfant à suivre un cours qui ne correspond pas aux convictions religieuses et philosophiques dans lesquelles ses parents ont le droit et le devoir de l'éduquer;
  2. Être mis en situation d'apprentissage par un enseignant non adéquatement formé en cette matière et qui a été dépouillé de sa liberté de conscience, parce qu'on l'oblige à effectuer cette tâche;
  3. Perturber l'enfant en l'exposant trop jeune à des convictions et croyances différentes de celles privilégiées par ses parents;
  4. Aborder le phénomène religieux dans le cadre d'un cours qui prétend à la « neutralité »;
  5. Être exposé, dans le cadre de ce cours obligatoire, au courant philosophique mis de l'avant par l'État : le relativisme moral et religieux;
  6. Porter atteinte à la foi de l'enfant.
Dans les établissements publics, les parents devront signer le formulaire puis le remettre à la commission scolaire. Dans les écoles privées, le formulaire sera remis à la direction. Le cas échéant, les dirigeants devront transmettre pas écrit les conditions de refus. Ensuite, une demande de révision pourra être formulée. « Si c'est encore refusé, peut-être devrons-nous nous tourner vers les tribunaux » a avancé Me Côté.

La CLÉ, qui regroupe des parents catholiques, protestants et athées, invite les parents voulant soustraire leur enfant à ce cours à remplir ce formulaire d'exemption et à l'acheminer à leur école d'ici la fin de la présente année scolaire.

Le formulaire est disponible sur le site internet de la Coalition pour la Liberté en Éducation à l'adresse : www.coalition-clé.org.

jeudi 13 mars 2008

Demande d'exemption au cours d'ECR (école privée)

formulaire d'exemption

GUIDE D’UTILISATION D’UNE DEMANDE D’EXEMPTION
  1. Le parent ou son mandataire, s’il est d’accord avec l’énoncé des motifs évoqués, signe la demande d’exemption.
  2. Cette demande d’exemption signée doit être remise au directeur d’école.
  3. Une copie de la demande peut être envoyée par télécopieur à la Coalition pour la liberté en éducation.
  4. Si la demande est acceptée, l’enfant sera dirigé vers une activité autre que le programme ÉCR durant l’heure de classe.
  5. Dans une école PRIVÉE, le directeur d’école a l’autorité pour décider d’accorder ou non l’exemption.
  6. Dans une école PUBLIQUE, la décision provient de la commission scolaire. Si la réponse est négative, le ou les parents peuvent s’adresser au conseil des commissaires pour obtenir une révision de la décision.
  7. Si le parent qui s’est vu refuser la demande d’exemption par les autorités d’une école publique ou d’une école privée n’est pas satisfait, un recours peut être intenté en Cour Supérieure du Québec pour demander un jugement déclaratoire sur la validité des motifs invoqués par le parent. La CLÉ n’entreprendra pas cette procédure, mais peut aider le parent dans sa démarche.
Certains lecteurs se sont demandés ce qui passerait si une école privée confessionnelle exemptait ses élèves. Est-ce que le Monopole de l'Éducation (MELS) pourrait retirer le permis à l'école confessionnelle ? Selon certaines sources juridiques, un tel retrait de permis ne peut que rappeler l'arrêt très important Roncarelli c. Duplessis : abus de pouvoir de la part de l'État ou de fonctionnaires condamné par la Cour suprême.

Introduction de cours de religion musulmane à l'école allemande

Le ministre allemand de l'Intérieur Wolfgang Schäuble a proposé d'introduire des cours de religion islamique dans les écoles :
« Nous recourons à tous les moyens contre les prédicateurs de la haine. Avec des cours de religion islamique, nous leur faisons pour ainsi dire concurrence. Car, si nous envoyons les enfants à des cours de religion dans des écoles d'Etat, cela nous conduira à un changement de l'exercice de la religion dans les mosquées ».
Ces cours devront être donnés en allemand. Cette proposition s'inscrit dans le cadre de la 3e Conférence sur l'islam qui se tenait à Berlin. En Allemagne, la Constitution garantit le droit d'organiser des cours de religion dans les écoles, qui sont des « matières officielles ». Le contenu doit être déterminé « en concordance avec les principes des communautés religieuses ».

Le gouvernement du Québec lui semble préférer imposer un point de vue laïciste et pluraliste à tous (ah! si tous les enfants pouvaient devenir athées !), plutôt que de respecter les différentes religions dans leur particularisme.

France — le retour de l'internat ?

Aujourd'hui, seuls 4,1 % des élèves sont internes. Une proportion qui n'a cessé de baisser ces vingt dernières années. Mais les temps changent. Les ministres de l'Éducation souhaitent, les uns après les autres, relancer l'internat.

Le ministère de l'Éducation national met en place un « annuaire des internats » contrôlés par l'État qui permet d'obtenir des informations sur les offres d'hébergement proposées aux élèves par les établissements publics et privés sous contrat. Les établissements libres hors contrat ne sont pas répertoriés.

L'explosion des familles décomposées, l'échec scolaire et les problèmes de discipline semblent réhabiliter l'internat scolaire.

mercredi 12 mars 2008

Affiche marche de Grandy le 15 mars 2008 contre imposition du Monpole en matières religieuse

Qui de la Table de concertation protestante appuie vraiment le cours d'éthique et de culture religieuse ?

L'anthropologue Paul Gosselin adresse une longue lettre ouverte aux signataires de la Table de concertation protestante sur l'éducation concernant le cours d'Éthique et de culture religieuse où il les exhorte de se « dissocier publiquement du document émis par la Table de concertation protestante et de prendre publiquement la parole contre le cours d'ECR afin de contrer les effets que vont subir les enfants de famille évangélique. »

Le document intégral de la Table de concertation protestante sur l'éducation se trouve sur ce site. Pour la liste des représentants protestants et évangéliques qui auraient appuyé ce document, cliquez ici.

Dans une mise à jour du 11 mars 2008, il ajoute :
Le document émis par Direction chrétienne[1] laisse entendre que les leaders évangéliques et protestants dont les noms paraissent dans l'annexe ont été consultés touchant le cours d'ECR et ont donné leur appui au document de la Table de concertation protestante sur l'éducation et appuient aussi le programme d'ECR. Depuis peu, des informations qui me sont parvenues laissent entendre que certains leaders dont les noms figurent à l'annexe n'ont même pas été consultés, encore moins donné leur appui...

À suivre...

[1] Document assez comique et faux quand il déclare que la Coalition pour la liberté en éducation « a vu le jour autour de Mgr Ouellet, évèque[sic] de Québec ». Comme si Mgr Ouellet devait jouer le rôle d'épouvantail à protestants. Ceci est faux, car il existait déjà une association de parents catholiques qui était opposée au programme d'ECR, nul besoin de créer une nouvelle structure pour cela. C'est pour regrouper des parents de toute confession que la coalition a vu le jour. Et on peut affirmer avec certitude que, parmi les membres les plus actifs, on retrouve des protestants puisqu'ils ont pris la parole pendant les réunions publiques de la CLE regroupant parfois plus de 250 personnes ! Enfin cette coalition a été fondée avant que le cardinal Ouellet n'intervienne publiquement sur le sujet.

Document comique, à son insu, quand il déclare « Nous croyons que les parents sont les premiers responsables de la transmission de leur foi à leurs enfants. Les temps sont révolus, ce n'est plus au MELS de le faire ! » Alors que désormais seul le Ministère décidera — et non plus les parents justement ! — ce qui sera enseigné obligatoirement à l'école en matière d'éthique et de « culture religieuse » aux enfants... Et ceci même dans les écoles confessionnelles et contre l'avis des parents !

On comprend également que M. Gosselin se demande jusqu'à quel point Direction chrétienne, organisme qui semble vivre de subventions, puisse être considéré comme un organisme indépendant quand il doit commenter un programme gouvernemental.

mardi 11 mars 2008

France — Une étude dévoile la loterie des notes du bac

Une même copie de bac peut atteindre jusqu'à un écart de onze points d'un correcteur à l'autre ! C'est le constat d'une récente étude de l'Iredu (Institut de recherche sur l'éducation) intitulée « La loterie des notes au bac ». Ces conclusions ne vont pas rassurer les futurs bacheliers [fin du CEGEP pour le Québec]. Bruno Suchaut, chercheur, y présente les résultats de cette expérience, révélée par l'Agence éducation formation (AEF). En 2006 et 2007, il a soumis trois copies d'élèves passant l'épreuve de sciences économiques et sociales à la correction d'une trentaine de professeurs, dans deux académies. Puis il a recueilli les notes et les appréciations sur chaque copie.

La conclusion est sans appel : il existe, pour chaque dissertation, des variations très fortes d'un correcteur à l'autre (de 5 à 16 sur 20 pour l'une d'entre elles ou de 8 à 18 pour une autre). L'écart de notation peut aller jusqu'à onze points, ce qui est énorme. En moyenne, il est cependant plus proche de deux ou trois points. Autre enseignement, il n'existerait pas de correcteurs « indulgents » ou «sévères», selon le chercheur : ces derniers ne sont pas « constants » dans leur pratique de notation. Ils peuvent noter très sévèrement une copie, puis généreusement les deux autres ou inversement !

Les commentaires des professeurs pour justifier leurs notes peuvent être parfois très contradictoires. Pour l'une des copies, le correcteur numéro 57 a attribué un 3. L'introduction n'est « pas satisfaisante », le propos n'est « pas très clair ». Le plan annoncé est « trop peu précisé, et la troisième partie est hors sujet… » Il a même la sensation que le candidat fait « du remplissage ». À l'inverse, le correcteur numéro 61 attribue un 13 à cette même copie. Pour lui, le «sujet est assez bien cerné ». Les notions clés sont « utilisées », les arguments sont « développés » et « permettent de mettre en évidence les différents mécanismes » du thème abordé.

France — l'école catholique sous contrat de plus en plus « laïque » ?

La Fondation de Service politique a réalisé fin 2007 une enquête sur la liberté scolaire (enseignements public et privé confondus) auprès de ses 30 000 correspondants. Alarmée par les réponses qu’elle a obtenues concernant les atteintes à la liberté religieuse, elle a lancé à nouveau un appel à témoignages. Plus de 3 000 réponses lui sont parvenues au total qui attestent de la gravité de la situation en général, d’autant plus que « les vexations à l’encontre de la foi catholique existent aussi au sein même de l’enseignement catholique ».

Sans prétention scientifique, cette démarche constitue tout de même un indice qualitatif sérieux sur la nature de la liberté religieuse jusque dans l’Enseignement catholique. Elle corrobore ce que maints parents ont vécu ou vivent encore avec leurs enfants scolarisés dans l’école sous-contrat.

Les parents, très majoritairement pratiquants, sont globalement insatisfaits de la qualité de l’enseignement dispensé tant dans le public que dans le privé catholique. Les réponses concernant les questions sur la liberté religieuse sont plus alarmantes encore. « L’enseignement public respecte-t-il la liberté de conscience de vos enfants ? » Réponse : « non » à 67 % ! Petit échantillon de quelques réponses révélatrices sur les torts subis à cause de la foi catholique dans l’Enseignement dit catholique (plus parfois encore que dans le public) :

— Nos sept enfants sont tous allés à l’école primaire dans l’enseignement public. Là, aucun problème, et même un respect total lorsque nous demandions en cas de voyage scolaire que nos enfants assistent à la messe du dimanche…

Alors que :

— Venez en province dans nos collèges soi-disant catholiques, vous serez édifiés. Sans compter que l’aumônerie des collèges publics est bien mieux que la pastorale proposée dans le sein du collège « catho »…

— Ma fille était au collège Saint-X. Elle est arrivée en classe avec une médaille très ordinaire. Le surveillant général l’a publiquement réprimandée en lui demandant de l’enlever parce qu’il était soi-disant « choqué par ce signe ostensible de religion », étant lui-même protestant…

— Ma fille s’est vu demander de rentrer sa médaille de baptême sous ses vêtements pour qu’elle ne soit pas visible.

— L’institutrice a arraché la médaille de ma fille.

— Mes enfants font l’objet de façon régulière de moqueries de la part des autres enfants parce qu’ils se disent ouvertement catholiques, parce qu’ils vont aux rares messes ou aux confessions proposées par le collège privé catholique.

— Un professeur à un élève : « Monsieur X, tout le monde sait bien ici que vous êtes un petit bourgeois catholique, n’ayant pas plus de jugeote que ce vieux débris qui vous sert de pape. » (Dans ce cas précis, des élèves musulmans prirent la défense de l’élève et… du pape.)

— L’année dernière en début d’année, le responsable de la catéchèse de l’école catholique a demandé à la classe d’une de nos filles : « Qui va à la messe le dimanche ? » Notre fille Marie a été la seule à lever le doigt. Le reste de son année n’a été que moqueries, méchancetés de la part de certains élèves de la classe. Nous envisageons de la mettre dans le public.

On induit évidemment de tous ces exemples le constat fait par Mgr Cattenoz (courage isolé dans l’épiscopat) : « Avouons-le, aujourd’hui beaucoup d’établissements catholiques n’ont plus de catholique que le nom (...). Je crois que la loi Debré, de 1959, qui avait pour but d’intégrer progressivement les écoles catholiques dans l’enseignement public, est finalement arrivée à ses fins. » Si bien qu’on pourrait reprendre à l’endroit de l’Enseignement catholique la mise en garde qu’adressait naguère à son beau-frère le P. de Foucauld concernant l’école publique soi-disant neutre : « L’air général y est mortel pour les âmes… » qui savait de quoi il parlait, lui le mécréant et le fêteur dans sa jeunesse.

lundi 10 mars 2008

France — l'école à la maison et les préjugés

Plus de 10 000 enfants sont instruits à domicile. Parmi eux, 1 000 à 3 000 ne sont pas même inscrits à des cours par correspondance. Incultes, mal élevés ? Pas du tout. Les « non-sco » égratignent le mythe de l'école républicaine.

Le magazine Le Point a enquêté, quelques extraits :

Car le pays se méfie de l'instruction en famille (IEF), craignant qu'elle ne masque maltraitances et dérives sectaires. En 1998, une loi renforçant les contrôles est votée. Au Sénat, Ségolène Royal s'inquiète : « La scolarisation des enfants doit être la règle [...] Interdire à l'enfant cette expérience fondamentale, c'est l'exclure de l'humanité, c'est le soumettre aux hasards des influences, c'est le rendre plus vulnérable en le faisant moins libre. » Bigre !

Face à cette méfiance, les familles se crispent. Il y a quelques semaines, une conférence de presse organisée par l'association Les Enfants d'abord a failli mal tourner : les journalistes relaient les habituelles interrogations. Une maman se révolte, leur demande quels sont leurs « préjugés ». Un jeune adulte qui n'a jamais mis les pieds à l'école élude une à une les questions qui, selon lui, « n'ont pas de sens ». Le ton monte, on frôle l'incident.

Surmontant ces « préjugés », nous nous sommes donc rendus dans des familles « non sco ». Surprise : ce ne sont pas ces parents raidis de principes, soucieux de contrôler étroitement leur progéniture, mais des familles plutôt « no logo », souhaitant éduquer leurs enfants « sans violence » mais non sans règles, et se mettre à l'écoute de leur spontanéité. Leur but : en faire des individus sûrs d'eux-mêmes, responsables et libres.

Claudia Renau a ainsi beaucoup réfléchi à l'éducation. C'est bien normal : elle était professeur d'histoire-géographie. « Il suffit d'interroger des élèves trois semaines après la leçon pour s'en rendre compte : ils ne se souviennent de rien. L'école ne s'appuie pas sur la motivation des enfants et échoue à transmettre les savoirs. Par contre, elle excelle à transmettre les valeurs souterraines de la société : la compétition, la soumission à la hiérarchie. » Claudia est donc aujourd'hui une adepte de l'unschooling [non-sco, dé-sco] pour ses filles, Auriane, 7 ans et demi, Loline, 5 ans, et Lilou, 2 ans. C'est la version la plus radicale de l'IEF, qui consiste à intervenir le moins possible. « A la limite, déclare Claudia, mon rôle se borne à leur fournir un accès Internet et un abonnement à une bibliothèque. » Auriane a appris à lire « à raison d'un ou deux mots par jour ». Elle écrit et passe de longs moments à découvrir les mots et l'orthographe, l'anglais ou l'espagnol sur un PC qui lui est propre. Pendant que Claudia explique ses choix, Loline fait de la peinture, joue à cache-cache avec sa petite soeur.

[...]

Bien, mais la socialisation des filles ? Claudia sourit. Elle est « relais Paris » de l'association Les Enfants d'abord, et c'est elle qui organise le calendrier des activités. Toutes les semaines, un atelier de bricolage, une visite à la Cité des sciences, une initiation au cirque, au foot, etc. « Les enfants ne limitent pas leurs relations à des camarades issus du même milieu social ni du même âge. » La vraie mixité sociale et affective, c'est l'IEF qui la réaliserait.

[...]

voici Dali, une Française d'origine serbe, surdiplômée et mère de trois jeunes garçons. La petite famille vit au Blanc-Mesnil, dans une cité HLM, avec moins de 1 500 euros par mois. Dali aussi a beaucoup réfléchi : pourquoi cumuler deux salaires, consommer toujours plus et livrer ses enfants à ce « non-sens éducatif » qu'est l'école ? « Les élèves y vont par classe d'âge, séparés des aînés et ligués contre les adultes, alors que les enfants ne peuvent apprendre que par l'imitation ! » Autre lieu, autre ambiance : les Sanson sont catholiques et la maman ne voulait pas que son aîné redouble. Les cinq enfants suivent les cours du CNED. Les Evans, eux, sont des globe-trotteurs : à 6 ans, en Belgique, Mickael tombe sur un instituteur « très rigide » et devient agressif. Ni une ni deux, il est retiré de l'école. Son frère cadet, du coup, n'a jamais mis les pieds en classe !

[...]

Certains ados sont pourtant curieux d'essayer l'école. Mickael Evans, notamment, voulait savoir comment c'était, le lycée. « J'ai tenu trois mois. Quelle perte de temps ! Cinq à sept heures de cours par jour alors qu'à la maison, en deux heures, c'est plié. » Elsa Magnier a eu exactement la même expérience : « Quand j'ai repris le lycée en terminale, j'ai dû laisser tomber toutes mes activités. Etre enfermée six heures à ne rien faire m'épuisait. » Désocialisation patente ? Voire ! Mickael s'apprête à quitter le foyer familial pour suivre une première année universitaire en Angleterre, et Elsa a fait une prépa avant de poursuivre en école d'ingénieurs... à 19 ans !

À écouter les récits, la non-scolarisation n'a que des avantages. Des vacances au ski quand les pistes sont vides, des enfants « jamais malades », qu'on ne tire pas du lit le matin et dont la curiosité s'épanouit hors du carcan des programmes.

[...]

Aucune difficulté ne semble insurmontable aux familles, si ce n'est... ces fichus contrôles de l'inspection ! Des histoires terribles circulent sur le Net, comme celle de cette mère suspectée de dérives sectaires parce qu'elle faisait du yoga ! On n'ose y croire, mais la lettre que Claire a reçue de l'inspection académique est, elle, bien réelle : on lui refuse l'instruction en famille au prétexte que sa fille de 7 ans atteint, en fin de CP, un niveau de lecture de milieu de CP ! De la part d'une institution qui envoie bon an mal an 15 % d'illettrés au collège, cela ne manque pas de sel ! « L'école n'a qu'une obligation de moyens. Nous, une obligation de résultats », soupire Claire. Lisant la lettre, son mari, qui n'était pas chaud au départ pour déscolariser les petites, s'est exclamé : « Mais ce pays est communiste ! »

En France[ et au Québec], on pense volontiers que l'État fait mieux que l'individu, y compris en matière d'éducation. Aux Etats-Unis, on fait davantage confiance à la famille. Il y aurait 2 millions de home schoolers [comme on dit à Paris...] et pas seulement pour des motifs religieux. Des études ont montré que non seulement le quart de ces enfants avaient au moins un an d'avance sur les autres, mais que, contrairement à leurs pairs scolarisés, leurs origines sociales ou ethniques ne pesaient pas sur leurs résultats. En France, aucune étude à ce jour. Pourtant, les solutions bricolées des « non sco » méritent mieux que la suspicion de l'administration. Sandrine n'a pas son bac. Son aînée a appris à lire dans une méthode Boscher, qualifiée de réactionnaire par les « pédagos » [pire, cette méthode marche!]. Mais, pour les maths, Sandrine s'appuie sur une méthode canadienne très novatrice : « On voit les enfants comprendre au fur et à mesure, l'intelligence s'allumer dans leurs yeux. »

Alors, la journaliste, qui tous les matins abandonne la chair de sa chair aux griffes de l'institution scolaire, se rebiffe. Les mères n'ont-elles pas tout simplement le droit de souffler et de se décharger d'une partie de leurs responsabilités ? Un tel sacerdoce n'est pas à la portée de tous ! Valérie Vincent se récrie : « Quel sacerdoce ? Je ne scolarise pas mes enfants parce que je les aime. » Elle se reprend : « Euh... Cela ne signifie pas que les autres ne les aiment pas ! » On respire !

Ils ne sont pas allés à l'école

Maud Fontenoy

Dernier ouvrage : « Le sel de la vie » (Arthaud).

Sept jours après sa naissance, Maud embarque à bord d'une goélette avec ses parents et ses deux frères pour un périple de quinze ans, et sa scolarité se déroule par correspondance : « Mon père parfois blaguait : " Attention ! si tu ne travailles pas, tu iras à l'école ! ", comme s'il s'agissait de la pire des punitions. Et c'est vrai qu'à mon arrivée en terminale, ce fut un choc. L'école était l'inverse de tout ce que nous avions appris : la liberté, l'autodiscipline, la responsabilité. Mon premier combat a été de réussir mon bac. L'école a refusé de me présenter et j'ai dû m'inscrire en candidat libre. Je l'ai eu du premier coup. Plus tard, je me suis réconciliée avec l'Éducation nationale. Mais, si j'ai des enfants, j'aimerais bien leur rendre le temps et l'amour que mes parents m'ont donnés. »

Christopher Paolini

Auteur de la trilogie « Eragon » (éditions Bayard).

Le livre « Eragon », une sorte de « Seigneur des Anneaux », a été vendu à 8 millions d'exemplaires dans le monde, traduit en une quarantaine de langues et adapté au cinéma. Il est pourtant sorti de l'imagination d'un Américain de... 15 ans qui n'a jamais mis les pieds à l'école. Dans cet ouvrage de presque 2 000 pages, Christopher Paolini invente une géographie et pas moins de trois langues. « Je ne sais pas si, à la maison, on reçoit une meilleure éducation qu'à l'école, a-t-il expliqué à des fans qui l'interrogeaient. Mais le fait est que cela m'a laissé du temps pour écrire. » Certes.

Pierre-Gilles de Gennes

Prix Nobel de physique 1991, mort en 2007.

De santé fragile, le futur prix Nobel de physique ne met pas les pieds à l'école avant la 5e [12 ans]. Plus tard, sa mère le retire du lycée durant un an pour « parfaire [son] éducation au Louvre ». Tout cela ne l'empêche pas d'entrer à l'Ecole normale supérieure. D'où sa proposition décoiffante de réforme de l'Education nationale : « Je me pose parfois sérieusement la question de savoir si, actuellement, à nombre d'enseignants égal [...] il ne serait pas préférable de prendre les gens individuellement une heure ou deux par jour, [...] plutôt que de soumettre chaque gamin à la moulinette de la classe. [...] »

Pour La Pastorale, le cours d'éthique & culture religieuse est exempt de vraie culture religieuse et contraire au « vivre ensemble »

La revue catholique La Pastorale  du mois de mars publie un article assez percutant du philosophe Gérard Lévesque qui s'intitule : « Un programme sans véritable culture religieuse et contraire au «vivre ensemble ». L'article est cosigné par les professeurs de philosophie MM Marcel Bérubé, Charles Cauchy, Maurice Cormier, Michel Fauteux, Michel Fontaine, Richard Lussier et Gaston Nadeau.

La critique du cours s'articule le long de cinq axes :
  1. ce programme favorisera la transmission d'un savoir religieux superficiel,
  2. il pourrait plutôt susciter le dégoût du religieux et conduire à l'acquisition d'une inculture religieuse,
  3. les élèves (seront) laissés à eux-mêmes en les plaçant dans l'inconfort et l'angoisse de ne pouvoir faire la part des choses entre les diverses interprétations possibles,
  4. les auteurs affirment également que le savoir religieux pouvant répondre aux questions existentielles est non seulement ignoré, il est discrédité par la démarche générale que le programme préconise,
  5. enfin le programme ne va en rien faciliter le « vivre ensemble » en traitant les croyances des autres avec tant de superficialité, il en fera plutôt le sujet de quolibets, de critiques insignifiantes et de ridicules.
Quelques extraits :
[...]
Un savoir religieux de surface

Étrangement, les contenus de cours de culture religieuse du programme et leur description détaillée aux pages 67 à 74 ne font aucune mention du coeur même du phénomène religieux, la foi elle-même. Ce que les jeunes élèves auront à apprendre, ce sont plutôt divers aspects de la pratique religieuse, tels les rituels et les symboles religieux, les objets et lieux de culte, les célébrations et calendriers des fêtes, les fondateurs et guides spirituels, les postures de prière. C’est précisément parce que ces facettes extérieures ne constituent pas le cœur des croyances que de nombreuses personnes se disent croyantes même si ces aspects extérieurs n’ont pas
d’importance à leurs yeux, étant non pratiquantes.

C’est [pourtant] en allant derrière de telles manifestations extérieures qu’on peut commencer à comprendre une religion.

[...]

Au surplus, on sait que le caractère insolite, cocasse ou obsolète de certaines pratiques extérieures des religions témoigne de la difficulté qu’il y a à se faire des religions et de leurs pratiques une juste perception. La posture de prière particulière des musulmans ou le port chez les Juifs hassidiques du couvre-chef noir sur cheveux bouclés ne manquent pas de nous apparaître parfois étranges. Seule la connaissance de l’intérieur d’une religion permet de saisir le sens de telles manifestations. Les élèves du primaire ne pourront donc pas s’en faire une
juste perception. Il n’est pas exagéré de penser que les élèves pourront s’amuser de telles bizarreries et se moquer de ceux qui paraissent prendre tout cela au sérieux.

Le programme n’assurera donc aucunement le fait que les élèves deviendront respectueux des pratiques religieuses, ni respectueux des adeptes de ces pratiques ou des croyances qui s’y rattachent. Au contraire, le phénomène religieux risque fort de leur apparaître comme un bien drôle de phénomène !

Le dégoût du religieux
Pour que les élèves réussissent les examens, on les obligera à mémoriser une longue liste de mots difficiles servant à désigner ces aspects accessoires des diverses religions. Le programme n’en indique qu’une partie mais elle occupe déjà près de dix pleines pages : la croix huguenote, la menorah, le kirpan, le khanda, l’id el Adha, l’Id el Fitr, le Wesak, le Divali, le Tripitaka, le Bahgavad Gita, l’Aataentsic, le Nanajobo, le Glouskap, le Siddharta Gautarna ; et ainsi de suite de tout le reste qui n’a pour effet que d’allonger ce plantureux et indigeste menu scolaire.

Ce savoir encyclopédique, ésotérique et éclectique risque fort de s’avérer une culture du vide. Les élèves devront mémoriser la nomenclature de ces noms de rites, de célébrations, d’objets, de lieux, de symboles, car leur mémoire sera soumise à des évaluations et examens. Ils devront de plus se souvenir précisément à laquelle des nombreuses religions se rattache chacun de ces noms. Il n’y a pas de programme scolaire qui aura autant pour effet de faire des élèves, comme dit Montaigne, « des têtes bien pleines mais non bien faites ».

L’inculture religieuse

Quant aux questions au cœur du phénomène religieux que le désir de connaître de l’élève ne manquera pas de soulever, le programme misera sur la « combinaison » des contenus religieux avec les contenus du premier volet du programme sur les questions éthiques, et sur le dialogue entre élèves. Le programme illustre cette combinaison par un exemple qui déjà laisse perplexe : le grand récit de Noé et du Déluge servira à sensibiliser l’élève à bien traiter les autres êtres vivants, dont les petits animaux : chats, lapins, hamsters !

Pour prendre un exemple de notre cru relatif aux humains entre eux, on peut concevoir aisément qu’une interprétation éthique de la parabole de L’Enfant prodigue peut y voir le bienfait du pardon dans les relations interpersonnelles. Mais une lecture avec ces lunettes de l’éthique ne peut jamais être plus qu’une lecture de premier niveau; elle est incapable de rendre compte du véritable message du récit religieux.

Ainsi le récit de L’Enfant prodigue est tout normalement lié intrinsèquement au coeur du religieux, plus précisément à la préoccupation première et spécifique des grandes religions, la destinée humaine ultime. L’exégèse chrétienne enseigne que ce récit évangélique illustre l’ouverture des portes de l’au-delà grâce à la miséricorde de Dieu le Père représenté par le père de la parabole, malgré la faiblesse des humains qui en sont les créatures et les enfants, représentés par l’enfant prodigue accueilli à bras ouverts dans la maison familiale suite à ses mésaventures.

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Le programme ne manifeste nulle part le moindre souci que les choses religieuses soient interprétées d’une façon conforme à cette véritable culture religieuse. Là aussi, il s’en tient à la surface des écrits sacrés pour en faire un usage réducteur qui les rapetisse: il les subordonne à l’éthique, laquelle est d’origine et de portée simplement humaines, forcément non religieuses et non confessionnelles.

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C’est à l’élève, pourtant maintenu dans l’ignorance du savoir religieux véhiculé par la tradition, qu’est laissée la difficile tâche d’interpréter les textes sacrés. Le « rôle » de l’enseignant et sa «posture professionnelle» se limiteront à être un animateur, non un guide bien informé ou expert en la matière, et à se faire un devoir de « ne pas influencer les élèves dans l’élaboration de leur point de vue ». Parce qu’on est conscient que l’élève ne pourra y arriver correctement, même suite aux diverses interprétations issues de la discussion avec ses pairs, aussi peu éclairés que lui, le programme n’exige de l’élève que cette seule compétence à acquérir : « reconnaître les diverses façons de penser, d’être et d’agir à l’intérieur d’une même tradition religieuse, dans différentes religions de même que dans la société. » Il est hautement navrant de constater que les activités d’apprentissage sont vouées à cultiver l’ignorance et à jeter le jeune esprit des élèves dans l’inconfort et l’angoisse de ne pouvoir faire la part des choses entre les diverses interprétations possibles.
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Le discrédit sur les croyances

Le savoir religieux pouvant répondre aux questions existentielles est non seulement ignoré, il est discrédité par la démarche générale que le programme préconise. Intarissable quand il s’agit de faire état des actes de la raison pure et froide (définir, analyser, discuter, élaborer un point de vue, délibérer, explorer, interroger, faire des liens, etc.

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En soumettant le contenu religieux au seul examen de la raison éthique, le programme ne peut que disqualifier les croyances et l’univers religieux. C’est là une façon de miner à la base l’existence même de la foi et de la croyance religieuse. Bref, le programme omet de faire état de ce que le phénomène religieux contient de plus précieux relativement au cœur même des préoccupations humaines mentionnées ici dès le tout début. Il préfère mettre abondamment l’accent sur ce qu’il montre en surface et qui ne manque pas d’apparaître plein de bizarreries. Il n’y a donc rien dans ce programme pour représenter adéquatement et respecter les diverses confessions religieuses présentes au Québec. Ce programme est davantage une injure à l’égard du fait religieux comme tel, et une insulte aux croyants de toutes les confessions.

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Or le programme vient amplifier cette difficulté [de dialogue et de vivre ensemble]. Il met la table à une situation comparable à celle où les vues de chacun, rabaissées à leur plus simple expression, sont rendues injustement insignifiantes ou ridicules, et où les intervenants ont tout ce qu’il faut pour montrer du doigt et dénoncer les failles et les côtés farfelus des convictions de leurs interlocuteurs.

Nous sommes en présence d’un programme dont les lacunes sont suffisamment graves et nombreuses pour ne pas pouvoir y donner notre adhésion.