samedi 14 septembre 2024

Islamisme d'État au Canada ?


Québec — 70 % des médecins seraient bientôt des femmes, « une bonne nouvelle »


De plus en plus de femmes deviennent médecins au Québec : Elles représenteront bientôt 70 % de la main d’œuvre. « Une bonne nouvelle pour les patients qui bénéficient de leur écoute et de leur empathie mais qui suscite aussi des changements dans l’organisation du travail », a constaté Le Journal de Montréal.

Les facultés de médecine n’ont pas l’intention de mettre en place des mesures discriminatoires pour recruter plus d’hommes, même si la proportion de femmes ne cesse de croître.


«On veut aller chercher les meilleurs étudiants qui ont les compétences importantes [...] pour faire des bons médecins», assure Julien Poitras, doyen de la Faculté de médecine de l’Université Laval et président de la Conférence des doyens des facultés de médecine du Québec. «L’humanisme est très important.»

La parité en médecine a été atteinte en 2018, selon les données du Collège des médecins du Québec. Or, la progression des femmes se poursuit et rien ne laisse entrevoir une baisse.

Selon le Journal de Montréal, « les hommes doivent évoluer ».

Malgré ce déséquilibre, les syndicats de médecins se disent à l’aise avec ce taux et ne pensent pas non plus qu’il faille intervenir dans la sélection des candidats.

«S’il y a moins de gars, ça veut juste dire que les garçons doivent faire des choses différentes et évoluer. »

«Peut-être que nous, les hommes, on a quelque chose à apprendre de nos collègues féminines», souligne Cédric Lacombe, président de l’Association des médecins résidents du Québec.

En 1995, le Comité des femmes en médecine a été aboli au Collège des médecins du Québec pour cause de «mission accomplie».

Il reste à abolir toutes les politiques et bourses discriminatoires.

L'Allemagne accueillera 250 000 Kenyans dans le cadre d'un accord sur l'emploi

Signature de l'accord entre la RFA et le Kenya à Berlin (13/IX/2024)

Alors que le gouvernement allemand de coalition en feu « tricolore » (socialiste, verts, libéraux) Ampel, avec l'appui du centre-droit (CDU/CSU) prévoit de procéder à des expulsions, des refoulements et des contrôles aux frontières à grande échelle, il conclut en même temps une série d'accords migratoires avec des pays du Sud afin d'attirer dans le pays des travailleurs qualifiés (et semi-qualifiés) dont le pays aurait un besoin urgent.

Un troisième accord de ce type a été signé vendredi dans le cadre de la visite d'État de deux jours du président kényan William Ruto à Berlin. L'accord, qui selon Ruto a été précédé d'un an de discussions préparatoires, a été signé par la ministre fédérale de l'Intérieur Nancy Faeser (SPD) et le ministre des Affaires étrangères du Kenya, Musalia Mudavadi.

Trois accords migratoires ont déjà été signés avec le Maroc, l'Inde et ce vendredi le Kenya. Dimanche un accord similaire devrait être signé avec l’Ouzbékistan.

L'accord prévoit d'une part la réadmission des citoyens kényans qui devaient être expulsés de la République fédérale d'Allemagne. Ce volet est toutefois plutôt secondaire étant donné que, selon les données officielles, seuls 15.000 Kényans vivent en RFA, dont 800 seraient expulsables. Le deuxième volet de l'accord migratoire est bien plus important, à savoir le recrutement d'environ 250.000 travailleurs qualifiés (et semi-qualifiés) kenyans pour le marché du travail allemand.

Vendredi, lors d'une conférence de presse commune à l'issue des discussions, Ruto et le chancelier allemand Olaf Scholz (SPD) ont tenté d'éviter toute impression de « fuite des cerveaux » du Kenya et ont parlé d'un bénéfice mutuel pour les deux États.

Dans le détail, les autorités berlinoises envisageront également de prolonger les permis de séjour temporaires pour les travailleurs kényans qui ont trouvé un emploi approuvé. Les Kényans se verront également délivrer des visas de longue durée pour étudier ou suivre une formation professionnelle en Allemagne. « À l'expiration du visa de long séjour, les Kenyans peuvent recevoir un permis de séjour temporaire à des fins d'études en Allemagne pour une durée maximale de deux ans », précise l'accord. Le permis de séjour temporaire peut être prolongé si l'objectif du séjour n'a pas encore été atteint mais qu'il peut l'être dans un délai « raisonnable », ajoute l'accord.

Selon l'accord, les spécialistes des technologies de l'information du Kenya seront autorisés à entrer et à travailler en Allemagne, même s'ils n'ont pas de qualifications officielles. Le pays européen a besoin de plus d'infirmières, mais ses détracteurs estiment qu'il ne devrait pas priver le Kenya des professionnels de la santé dont il a tant besoin. L'accord comprend également des dispositions relatives à la réadmission et au retour des citoyens entre les deux nations. Des médecins, des infirmières et des enseignants devraient profiter de ce programme.

Pour Ruto, l'accord est surtout l'occasion de se décharger au moins d'une partie de la jeunesse mécontente, qui manque de perspectives dans son pays. 35 pour cent de la population kényane est âgée de 15 à 34 ans, 67 pour cent de cette tranche d'âge est sans emploi. Au lieu de développer un programme efficace pour construire leur propre économie, ces jeunes - formés aux frais du Kenya - devront désormais tenter leur chance en RFA.

Ruto, qui dirige l’État d'Afrique de l'Est depuis presque deux ans, a fortement rapproché son pays de l'Occident en matière de politique étrangère. Alors que ses prédécesseurs cherchaient encore à coopérer avec la Chine, le Kenya a été nommé « allié majeur non-OTAN » , seul État d'Afrique subsaharienne dans ce cas. Le pays est l'un des rares membres du « Groupe de contact sur l'Ukraine » (groupe Ramstein) issu du Sud global. En outre, Ruto a envoyé près de 1.000 policiers dans l'État caribéen instable d'Haïti pour y soutenir, à la demande des États-Unis, le gouvernement de transition mis en place.

En juin, des dizaines de manifestants ont été tués et des centaines d'autres blessés lors de la répression de manifestations de masse, principalement de jeunes Kényans, contre les hausses de taxes sur les produits alimentaires de base. Le gouvernement allemand et d'autres gouvernements occidentaux se sont contentés d'exprimer leur « inquiétude » et d'appeler à la « retenue ».

Ce dimanche, le chancelier Scholz doit se rendre en Ouzbékistan, en Asie centrale, où, selon les médias, un accord similaire devrait être conclu.

Des accords similaires sont prévus avec la Moldavie, la Colombie, le Ghana, le Kirghizstan et les Philippines.


   Sources : Tagesschau, Junge Welt, BBC

vendredi 13 septembre 2024

En Turquie, l’enfant unique deviendrait la norme

La crise économique aurait fortement accéléré la baisse de la natalité.

La Turquie est l’un des pays d’europe où la fécondité a le plus baissé ces vingt dernières années.
 
Au milieu de jouets et de crayons de couleur échappés du cartable, Aylin observe sa fille avec une tendresse fatiguée. Ela, 7 ans, est son unique enfant. À 51 ans, elle n’en aura pas d’autre, «et c’est très bien comme ça », sourit cette professeur d’anglais à l’université. « J’ai grandi en fille unique. Quand j’étais plus jeune, je pensais avoir deux enfants, raconte-t-elle. J’ai été absorbée par mes études et ma carrière, je me suis mariée assez tard, j’ai donc eu ma fille assez tard. Ma priorité a été de m’en occuper du mieux possible. »

Dans la Turquie des années 1970, les couples élevaient en moyenne quatre enfants.
Mais en 2024, la famille à un seul enfant est presque une banalité. L’indice de fécondité dépasse à peine 1,5 enfant par femme en moyenne, contre 2 en 2018 et 2,4 en 2001. Ces cinq dernières années, la tendance s’accélère, en dépit des appels du gouvernement turc à fonder des familles nombreuses.

« Nous anticipions une baisse », explique Sutay Yavuz, chercheur à l’université des sciences sociales d’Ankara. Mais ni les démographes, ni les autorités n’avaient prévu un tel emballement. « L’indice de fécondité actuel, nous l’attendions pour les années 2040 », poursuit Sutay Yavuz.

Les dynamiques de long terme sont connues : l’urbanisation, les nouveaux modes de vie, la hausse du niveau d’études des femmes, donc l’âge de plus en plus tardif de la première grossesse (27 ans aujourd’hui)… La Turquie n’est pas différente des autres pays développés qui enregistrent un recul des naissances. Mais pour comprendre la dégringolade, les experts pointent du doigt des facteurs conjoncturels. En l’occurrence : une crise économique marquée par une inflation à deux chiffres depuis 2017, qui dépassait encore les 50 % sur un an en juillet.

Les lamentations d’Erdogan

« À cause des politiques menées ces dernières années, la Turquie est entrée dans un climat inflationniste auquel personne ne s’attendait, explique le démographe Sutay Yavuz. Et comme cette situation se poursuit, et que les gens n’ont pas d’espoir qu’elle s’améliore de sitôt, les moins de 30 ans attendent davantage pour faire un enfant. »

Yasemin, une Stambouliote de 39 ans, ne souhaite pas davantage agrandir sa famille. « Les frais de scolarité de l’école privée de notre fils ont encore doublé cette année. Nous devons payer plus de 450000 livres (environ 12000 euros, NDLR), sans compter la cantine et le transport, s’émeut cette mère au foyer mariée à un ingénieur. Il y a un an, quand nous avons appris que j’étais à nouveau enceinte, mon mari et moi avons passé des nuits d’angoisse à faire des calculs, à envisager des crédits… Finalement, j’ai fait une fausse couche. Nous étions soulagés… Ce qui n’a fait qu’ajouter à ma peine. »

La Turquie, malgré ses 85 millions d’habitants, est l’un des pays d’Europe où la fécondité a le plus baissé ces vingt dernières années. En 2023, son indice de fécondité est même passé sous la moyenne des pays de l’Union européenne (1,54 enfant par femme). Pour le président Recep Tayyip Erdogan, qui exhorte depuis plus de quinze ans les Turcs à avoir trois enfants, c’est un échec et un tourment. « Nos statistiques de naissances constituent une menace existentielle pour la Turquie. C’est une catastrophe, se lamentait en mai le chef de l’état. En tant que nation, notre population est notre plus grande force, et nous devons la protéger. »

Le pouvoir a certes adopté de timides politiques natalistes, notamment depuis 2015.

Mais ces mesures – qui se résument pour l’essentiel à des congés supplémentaires et à des aménagements du temps de travail – visent surtout les femmes actives, dans un pays où seul un tiers des femmes travaillent légalement. Un nouveau « paquet de soutiens aux mères actives » doit être annoncé prochainement.

« En réalité, le vivier de femmes qui pourraient potentiellement faire remonter l’indice de fécondité, ce sont les femmes qui ne travaillent pas, note le démographe Sutay Yavuz. Or, le gouvernement n’a développé aucune politique pour les encourager à avoir davantage d’enfants et les soutenir en ce sens. Par ailleurs, les hommes ont totalement été oubliés. Rien n’est fait pour encourager et soutenir la paternité. »

Ce spécialiste estime que la Turquie dispose, tout au plus, d’une dizaine d’années pour tenter d’inverser la tendance, à condition de prendre les mesures adéquates. « Si les conditions économiques s’améliorent rapidement, peut-être que ceux qui hésitent à faire un enfant se décideront à devenir parents, et que ceux qui n’ont qu’un enfant seront encouragés à en faire un deuxième, suppose Sutay Yavuz. Mais si la situation économique actuelle se prolonge, alors cette fécondité basse risque de se figer et d’être répétée par les générations suivantes. Autrement dit, de devenir une norme sociale. »

Autre inconnue de l’équation : le poids de l’immigration. Plus de trois millions de Syriens sont réfugiés dans le pays, dont une bonne moitié d’enfants. Leur intégration à la société et la naturalisation d’une partie d’entre eux pourraient permettre à la Turquie de redresser son indice de fécondité déclinant. « J’ai l’habitude de dire, en plaisantant à moitié, que le troisième enfant dont rêvent les dirigeants turcs est arrivé de Syrie », observait il y a quelques années la chercheuse Alanur Çavlin, de l’Institut d’études démographiques de l’université Hacettepe à Ankara. Mais le sujet est si polémique, et la présence des réfugiés tellement impopulaire, qu’une telle éventualité n’a jamais été évoquée publiquement.

La Turquie tente d'expulser les réfugiés syriens vers une zone de guerre

Depuis cinq ans, des scènes similaires se déroulent chaque jour à Esenyurt, un quartier d'Istanbul. Toutes les quelques minutes, des policiers embarquent un jeune homme dans un bus. Esenyurt abrite l'une des plus grandes communautés de Syriens de Turquie. Dans tout le pays, les autorités rassemblent les migrants sans papiers. Plus de 34 600 Syriens ont été arrêtés cette année ; la plupart d'entre eux seront expulsés vers la zone de guerre.

Officiellement, 3,1 millions de Syriens vivent en Turquie. Si l'on y ajoute ceux qui s'y trouvent illégalement, le chiffre réel est bien plus élevé. Leur vie, déjà désespérée, devient de plus en plus difficile à mesure que le gouvernement turc restreint leurs droits.

En 2021, 66 % des Turcs déclaraient vouloir que les Syriens retournent dans leur pays. Les attitudes se sont durcies. À l'approche des élections de 2023, l'opposition a promis de tous les expulser. En juillet, des maisons, des entreprises et des voitures appartenant à des Syriens ont été attaquées lors d'émeutes contre les réfugiés.

Les racines du mécontentement sont complexes. L'anti-arabisme en Turquie remonte à l'effondrement de l'empire ottoman. De nombreux Turcs craignent que la présence de réfugiés syriens et de leurs enfants (le ministre turc de l'intérieur affirme que plus de 700 000 bébés syriens sont nés en Turquie depuis 2011) n'entraîne un changement culturel et démographique qui éloignerait la Turquie de l'Occident.

M. Erdogan n'est peut-être pas opposé à ce changement, mais les réfugiés constituent désormais un casse-tête politique pour lui. Il se présentait autrefois comme leur protecteur et comme le champion de l'opposition syrienne. À mesure que les Turcs se sont retournés contre les réfugiés et que de plus en plus de pays ont rétabli des relations avec Bachar el-Assad, le président syrien, M. Erdogan a tenté de se réaligner. Mais la Turquie reste profondément impliquée dans la guerre en Syrie. Et il sera très difficile de persuader des millions de Syriens de retourner dans un pays qui, pour beaucoup, est aussi dangereux que lorsqu'ils l'ont quitté.


Sources: Le Figaro et The Economist

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jeudi 12 septembre 2024

Chine — La politique de l'enfant unique est terminée, mais le taux de fécondité continue de baisser

La politique de l'enfant unique en Chine est terminée. Pourtant, le taux de fécondité en Chine continue de baisser et ne sera plus que de 1,02 naissance par femme en 2023.

Un rappel de l'histoire de la Chine en matière de contrôle brutal de la population, et de la façon dont les répercussions des politiques passées se font encore sentir aujourd'hui.

La politique de l'enfant unique en Chine a finalement pris fin en 2015.  Le tollé suscité par l'avortement forcé de Feng Jianmei en 2012, après que des photos explicites (ci-dessous) eurent été diffusées de manière virale en Chine, a été l'un des éléments déclencheurs de la fin de cette politique.

Quels que soient les arguments avancés pour justifier la politique de l'enfant unique, ils n'avaient plus aucun sens en 2012. La capacité de la Chine à se nourrir ne faisait aucun doute et sa fécondité était inférieure au taux de remplacement depuis deux décennies.

Pourtant, les autorités locales ont maintenu cette politique avec une ferveur grotesque.

Les récits de l'application de la politique de l'enfant unique en Chine sont atroces, d'autant plus tristes que l'on se rend compte que tout cela était inutile (tous les pays d'Extrême-Orient ont vu leur natalité diminuer rapidement), et que la Chine serait bientôt confrontée à une crise de déclin démographique rapide.

L'un des moyens d'application de cette politique consistait à refuser les papiers de citoyenneté aux enfants nés en violation de la politique, ce qui compromettait leur avenir. Ainsi, He Shenguo a-t-il tué deux fonctionnaires qui refusaient d'enregistrer la naissance de son enfant. Dans la photo ci-dessous, il fait ses adieux à sa femme avant d'être exécuté.

Aujourd'hui encore, des millions de personnes nées en violation de cette politique restent des citoyens de seconde zone, sans papiers, dans le seul pays qu'ils aient jamais connu.

Le livre de Paul R. Ehrlich intitulé « La bombe P», publié en 1968 afin de semer la panique, a eu un impact profond sur les dirigeants du PCC et a été l'une des principales raisons de la politique de l'enfant unique.

L'idéologie anti-nataliste d'Ehrlich a aujourd'hui de nombreuses ramifications destructrices, dont le mouvement pour l'extinction de l'espèce humaine.

L'un des effets persistants de la politique chinoise est un déséquilibre démographique entre les hommes et les femmes, avec un « excès » de jeunes hommes allant jusqu'à 40 % dans certaines régions de Chine.

Bien que la Chine souhaite désespérément augmenter son taux de natalité, trop peu de jeunes filles sont nées pour devenir des épouses et des mères aujourd'hui.

Pire encore, la culture confucéenne pro-famille qui avait soutenu la Chine pendant des millénaires a été pratiquement anéantie.

Dans certaines provinces du nord, où la politique a été appliquée avec plus de fermeté, le taux de fécondité ne représente que la moitié de celui du sud, où la politique a été appliquée avec moins de fermeté.

La fécondité de la Chine risque de baisser encore davantage, car les intentions de fécondité des jeunes Chinois sont les plus faibles du monde.

Que peut faire la Chine pour augmenter son taux de natalité ?

La Chine devra tirer un trait sur l'ère du contrôle de la population et reconnaître sincèrement ses erreurs passées, faute de quoi les efforts en faveur de la natalité seront accueillis avec cynisme.

D'une manière générale, la Chine devra peut-être embrasser la liberté religieuse si elle veut que des sous-cultures à fécondité plus élevée s'enracinent.

Le démographe William Huang écrit : « Le parti communiste chinois ne tolérerait jamais l'existence d'une communauté religieuse fermée. Mais regardons les choses en face : les amish n'existent que parce que la Constitution américaine garantit la liberté de religion et que ce principe est effectivement appliqué en Amérique.
Si une telle communauté venait à s'implanter en Chine, les amish qui se déplacent à cheval et en buggy seraient envoyés dans des camps de travail, leurs enfants seraient rééduqués de force ou les femmes seraient tout simplement stérilisées en masse ».

Espérons que Huang se trompe. Peut-être la Chine autorisera-t-elle la liberté de croyance lorsqu'elle reconnaîtra que des cultures aussi variées pourraient jouer un rôle clé dans le redressement démographique, tout comme elles constituent une part importante de la vitalité de l'Amérique.

Outre la religion, la culture du travail en Chine pose problème. La culture dite « 996 » (travail de 9 heures à 21 heures six jours par semaine) ne laisse guère de temps pour une vie sociale, et encore moins pour une famille.

Enfin, le style de construction de la Chine au cours des dernières décennies a certainement été antinataliste, avec une mer de gratte-ciel dans chaque ville.

La Chine est peut-être coincée avec le parc immobilier qu'elle a construit, à moins qu'elle ne soit prête à démolir nombre de ses tours modernes.

À l'avenir, la Chine devrait construire autant de maisons unifamiliales que possible, pour au moins donner à ceux qui veulent essayer d'avoir une famille plus nombreuse une base de travail.
 
 On pourrait penser que le taux de fécondité ne pourrait pas être plus bas que le chiffre apparemment impossible de 0,72 naissance par femme en Corée du Sud en 2023 ? Pourtant, Macao tend vers 0,49 naissance par femme en 2024. Une leçon évidente serait de ne pas concevoir des logements comme à Macao si l'on veut que son pays ait un avenir.

Macao

Le fait que la plupart des habitants de Macao soient irréligieux ou que la religion la plus répandue, le bouddhisme, ne soit pas favorable à la famille par rapport aux religions abrahamiques ne favorise pas les choses.

Les variables qui expliquent la baisse de la natalité sont nombreuses, mais la densité en est une importante, mais pas la seule. Mais que préconiser ? Réduire l'éducation des femmes ? Il est difficile d'imaginer que cela serait populaire. Devrions-nous plutôt supprimer la contraception ? Cette idée est loin d'être gagnée d'avance.

On pourrait objecter que Le Caire, avec sa forte densité, a une population très jeune, mais même Le Caire a une fécondité plus faible que le reste de l'Égypte. La plus grande différence entre Le Caire et la Chine est qu'il y règne une religion extrêmement pronataliste, l'islam.

Forte densité et faible natalité

Mais le lien entre densité plus élevée et faible fécondité se vérifie partout, même en Afrique.

Considérons quelques études.

Tout d'abord, Lutz et coll. (2006) ont examiné 145 pays et, en tenant compte de plusieurs variables socio-économiques, Lutz et coll. concluent : « La densité de population est désormais le facteur le plus important pour expliquer le niveau de fécondité, seule l'alphabétisation des femmes s'en rapprochant le plus. » Lutz et coll. indiquent que le taux de fécondité diminue avec l'augmentation de la densité dans de nombreux pays.


En outre, dans 94 régions d'Europe, la taille idéale de la famille est corrélée négativement avec la densité de population.
 
 
Dans une étude portant sur 174 pays et menée sur une période de 69 ans, Rotella et coll. (2021) ont constaté une relation négative robuste entre la densité et la fécondité, tant à l'intérieur des pays qu'entre les pays, même en tenant compte d'une série de variables. Ils écrivent que « les différences entre les pays et les changements de densité à l'intérieur des pays au fil du temps prédisent les taux de fécondité, représentant 31 % de la variance de la fécondité » (p < 0.001).

Cette corrélation négative se vérifie dans tous les pays développés et dans la plupart des pays en développement.

De plus, de la Croix et coll. (2017) rapportent que dans 44 pays en développement, une augmentation de la densité de 10 à 1000 habitants par km² entraîne une diminution de la fécondité d'environ 0,7 enfant. En utilisant 20 groupes de densité, les auteurs trouvent une relation négative entre la densité et la fécondité qui est significative à un niveau de p<0,01. 

Enfin, Testa (2004) constate dans un article intitulé Population Density and Fertility que pour l'Indonésie, la fécondité est fortement corrélée négativement avec la densité dans toutes les provinces. 

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Le gouvernement de la Chine a annoncé jeudi passé la fin de son programme d’adoptions internationales 32 ans après son lancement, en 1992. La majorité des 160 000 enfants chinois adoptés dans le monde depuis 1992 sont ainsi des femmes.  En effet, beaucoup de familles chinoises voulaient que le seul enfant auquel ils avaient droit soit un garçon, les hommes ayant longtemps été perçus comme les pourvoyeurs de leurs familles, les filles rejoignant leur belle-famille.

  • Indice de fécondité (nombre d'enfants par femme) en Malaisie par ethnie, basé sur les données des naissances de janvier-juin 2024 (2023 entre parenthèses) :
  • Total 1,55 (1,65)
    • Bumiputera [malais de souche] 1,88 (2,00)
    • Chinois 0,79 (0,80)
    • Indiens 1,03 (1,13)
  • L'ISF chinois est stable jusqu'à présent en raison de l'effet de l'année du dragon.
  • Et de même pour Singapour, ISF en 2024 (2023 entre parenthèses) :
  • Total 0,93 (0,97) [chaque génération est deux fois plus petite que la précédente]
    • Chinois 0,81 (0,81)
    • Malais 1,55 (1,65)
    • Indiens 0,94 (0,95)

Tours d'habitation à Singapour nommées l'Avenir (en français...)

 

mercredi 11 septembre 2024

Suède — Le système éducatif est décentralisé, le privé y est entièrement subventionné

Comme son nom l’indique, l’Internationella Engelska Skolan offre une formation internationale bilingue (anglais et suédois) aux élèves du primaire et du secondaire (6 à 16 ans), dans la banlieue d’Upplands Väsby, au nord de Stockholm. Elle occupe d’anciens locaux administratifs d’une chocolaterie voisine. Les quatre édifices portent des noms de dieux scandinaves, soit Odin, Freya, Thor et Idunn. Une journaliste de M, le magazine du Monde, a visité le minicampus récemment et proposé une comparaison avec les maisons de l’école de sorcellerie Poudlard, de la série Harry Potter.

« Dans une vitrine à l’entrée, parmi des trophées remportés par les élèves, trône le livre de Barbara Bergström Tough Love (non traduit, Ekerlids, 2018), décrit le reportage. Dans ce manifeste à la gloire de l’enseignement privé, la fondatrice de l’école, âgée de 77 ans, raconte comment, en trente ans, elle est parvenue à bâtir un empire, en devenant propriétaire de quarante-six établissements en Suède. Des écoles primaires et des collèges qui lui ont rapporté plus de 85 millions d’euros depuis 1993. »

L’année précédente, le gouvernement du conservateur Carl Bildt lançait un programme de réformes du système scolaire national qui accordait à chaque élève un « chèque éducation » permettant son inscription dans l’école de son choix (en fait du choix de ses parents). La somme distribuée annuellement par les 290 communes du royaume correspondait d’abord à 85 % des frais. Elle a vite gonflé pour les couvrir entièrement.

Le libre-choix 100 % subventionné, selon la logique de la socialisation des risques et de la privatisation des profits, a donc stimulé la création d’un réseau parallèle tentaculaire et la constitution d’empires scolaires cotés en Bourse. Seuls 1 % des jeunes Suédois fréquentaient une école privée avant la réforme. Ils totalisent maintenant 16 % des effectifs au primaire et 30 % au secondaire.

« Il faut une longue perspective historique pour comprendre cette transformation », dit au Devoir le professeur Håkan Forsberg, de l’Université d’Uppsala. Il explique que la Suède a développé un système d’éducation extrêmement centralisé et très inclusif en instaurant l’école obligatoire pour tous dès un très jeune âge et jusqu’à 15 ans, système qui propose des formations techniques et générales dans les mêmes établissements. Les problèmes économiques des années 1970 et 1980 ont sapé les fondations de l’État-providence et forcé les remises en cause.

« Les tensions et les discussions ont duré deux décennies, et ce sont les sociaux-démocrates qui ont avancé les premiers la possibilité d’une déréglementation et d’une décentralisation, ajoute le professeur. L’idée du bon a ensuite été imaginée pour permettre au privé de concurrencer et de stimuler le public tout en offrant le libre-choix subventionné aux parents. »

Stockholm-en-Québec

Lui-même ancien enseignant d’histoire et de suédois au secondaire, M. Forsberg est spécialisé en sociologie de l’éducation. Ses recherches quantitatives portent principalement sur le marché scolaire. Elles cherchent à expliquer comment les familles s’y comportent et les effets de la ségrégation socioéconomique engendrés ou accentués par la grande privatisation.

« En fait, on peut observer un mouvement semblable dans plusieurs pays du monde, fait remarquer le professeur. La Chine a aussi choisi de déréglementer son système pour permettre la concurrence entre différents types d’offres de services. » Il ajoute qu’en Suède, le mouvement de déréglementation et de privatisation a aussi touché le système de santé et ainsi permis la mise en place de cliniques privées et de tout un réseau d’hospices pour les personnes âgées.

Qu’en est-il au Québec, où nous aimons bien nous comparer aux pays scandinaves, souvent à notre désavantage ? La Révolution tranquille n’a pas osé s’attaquer aux écoles privées. Il s’en trouve maintenant environ 270, qui attirent quelque 125 000 élèves, dont 70 % sont au secondaire, 25 % au primaire et 5 % au préscolaire. Au total, un élève québécois du secondaire sur cinq (20 %) fréquente une école privée, surtout en milieu urbain.

Un système « à trois vitesses », qui comprend également le réseau public « ordinaire » et les écoles publiques à programmes enrichis qui viennent concurrencer le privé, s’est ainsi développé ici. La subvention accordée par Québec au réseau privatisé représente 60 % des frais alloués au public.

[...] les écoles privées du Québec sont des OBNL [sans but lucratif] qui ne peuvent générer de profits [alors qu'elles le peuvent en Suède], et il n’est plus possible d’obtenir ici un permis pour en ouvrir une nouvelle.

Lutte des classes

Les premières initiatives privées suédoises venaient parfois de coopératives d’enseignants sans but lucratif. Les entreprises commerciales ont vite pris le relais. « On se retrouve en situation de quasi-monopole sur le marché, dit le professeur Forsberg. La plupart des écoles privées appartiennent maintenant à quelques grands groupes. Il n’y a aucune limite à leur niveau de rentabilité. Les réseaux les plus importants sont maintenant milliardaires en couronnes suédoises. »

L’Internationella Engelska Skolan est du nombre. Le poids lourd AcadeMedia s’internationalise, lui qui compte pas moins de 100 000 élèves répartis dans ses écoles de la Suède, mais aussi de la Norvège, de l’Allemagne et, plus récemment, des Pays-Bas. Le groupe compte 700 écoles, y compris dans le secteur de l’éducation aux adultes. Il emploie plus de 18 500 personnes. Le holding AcadeMedia AB a réalisé un profit de plus de 35 millions de dollars canadiens au dernier trimestre, dont près de 23 millions distribués à ses actionnaires.

Toutes les compagnies scolaires ne s’en tirent pas aussi bien. En 2013, la faillite du groupe JB Education a laissé en rade 11 000 élèves et un millier d’enseignants. Le service national d’inspection a fermé 25 écoles au cours des cinq dernières années pour divers manquements, dont l’embauche d’enseignants non qualifiés.

Qualité variable du public selon la zone géographique

N’empêche que le développement des empires scolaires dans le pays réputé social-démocrate découle aussi du libre-choix donné aux parents suédois. Alors pourquoi certains favorisent-ils les écoles privées avec leur « chèque éducation » ?

Le professeur Forsberg a beaucoup étudié la situation à Stockholm, là où le réseau privé s’étend le plus, comme ici, dans la région métropolitaine. Il explique que sa société très égalitaire négocie avec une importante « ségrégation résidentielle » qui stimule le choix de certaines écoles au détriment de certaines autres. Comme au Québec, quoi, où des parents préfèrent se saigner pour inscrire leur progéniture au magnifique collège privé situé à quelques kilomètres de la maison plutôt que de l’envoyer dans la polyvalente-bunker déglinguée de leur quartier.

Le professeur envoie ses propres enfants dans le réseau public, mais il précise habiter un secteur privilégié de sa ville universitaire, où les écoles sont excellentes. Des programmes particuliers du réseau privé, offrant par exemple une éducation bilingue ou promettant de transformer les jeunes en futurs entrepreneurs du numérique, s’avèrent aussi attrayants pour certaines clientèles.

« Il reste qu’au niveau secondaire, les meilleures écoles sont encore celles du réseau public », conclut le professeur Forsberg. Un sondage diffusé en juin 2022 montre en plus que 60 % de la population suédoise est favorable à l’interdiction des profits en éducation.

« Pourtant, nous n’avons qu’un seul parti à gauche qui se déclare contre ce système privatisé, alors que le lobby des grands groupes scolaires fait beaucoup pression sur les autres partis. Chose certaine, la Suède se retrouve dans une situation dérégularisée extrême, assez unique au monde et inédite en Scandinavie. »

Source : Le Devoir

mardi 10 septembre 2024

La rentrée littéraire automne 2024, moins de romans mais toujours trop


Selon le magazine de la profession, Livres Hebdo, le nombre de parutions à la rentrée d’automne 2024 n’est que de 459 romans. C’est 1,5 % de moins que les 466 de l’année précédente.

Moins de romans, mais encore trop pour les libraires : les éditeurs réduisent légèrement leur offre pour la rentrée littéraire 2024, même si les rayons de livres débordent toujours.


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Le magazine de la profession, Livres Hebdo, recense 459 romans prévus en août, septembre et octobre, dont 68 premiers romans (9 % de moins de primo-romanciers, ils étaient 74 en 2023) ainsi que 148 livres étrangers (trois de plus qu’en 2023). C’est 1,5 % de moins que les 466 de l’année précédente et 35 % de moins que le record de 2010, où les librairies avaient été submergées par 701 nouveautés.

« Pour la troisième année consécutive, le nombre de parutions à la rentrée d’automne 2024 sera sous la barre des 500 titres », commente Livres Hebdo sur son site internet. On retrouve ses habituelles têtes de rentrée dont Amélie Nothomb, Emma Becker, Muriel Barbery, mais également Gaël Faye, Philippe Jaenada, Grégoire Bouillier, Maylis de Kerangal…

Un appel à une « baisse draconienne »


La rentrée littéraire est une tradition française bien établie, où les grands éditeurs placent des titres qui concourent aux grands prix d’automne (Goncourt, Renaudot, Femina, etc.), tandis que les moins connus espèrent profiter de la fréquentation des librairies à cette époque.

Les libraires, justement, quoiqu’ils profitent de ce coup de projecteur médiatique sur la littérature, sont devenus très critiques face à la surabondance.

Pour donner un exemple de ce qui les attend : sur deux jours seulement, le mercredi 21 et le jeudi 22 août, ce sont près d’une centaine de romans qui sortent simultanément. Les mettre tous immédiatement en rayon ? Impossible. Pourtant, être présent en librairie est une question de vie ou de mort pour chacun de ces titres.

« Nous appelons à une baisse draconienne de cette production », disait à la presse début juin la vice-présidente du Syndicat de la librairie française (SLF), Amanda Spiegel. « Ce serait une mesure très saine pour toute la profession, pour l’environnement et pour les lecteurs ».

« Aujourd’hui, des nouveautés, il y en a quatre fois plus que dans les années 80 (…) alors que le lectorat s’est certainement rétracté », expliquait-elle. Pour ces libraires, cela implique des choix, qui ont tendance à bénéficier aux auteurs les plus connus. « Évidemment qu’on n’achète pas toute la production. Sinon, on aurait des librairies des années 70 avec des livres du sol au plafond », selon Mme Spiegel, qui est libraire à Montreuil à côté de Paris.

Une « option stratégique »

Le SLF plaide pour un accord collectif des entreprises du syndicat national de l’édition pour se fixer un objectif chiffré de réduction du nombre de romans. Les éditeurs y voient une utopie. « Un accord général avec l’ensemble de la profession pour produire moins est illusoire », disait déjà en 2018 l’éditeur Olivier Nora, le respecté patron de Grasset, à Livres Hebdo.

Restreindre peu à peu l’offre se heurte à une difficulté pratique. Cela signifie refuser certains livres d’auteurs fidèles à une maison ou recruter moins de nouveaux auteurs, avec le risque de laisser filer des talents chez la concurrence.

Mais publier moins « est une option stratégique sur laquelle nous allons nous pencher et il est possible que l’on baisse un peu ce nombre de références », disait en avril Arnaud Lagardère, alors PDG de Hachette Livre, qui a depuis abandonné ses fonctions après avoir été mis en examen dans le cadre d’enquêtes sur le financement de dépenses personnelles par ses sociétés.

Cela n’empêche pas Grasset, maison phare du numéro un français de l’édition, de publier une dizaine de romans en août et septembre, quand Albin Michel en fait paraître une vingtaine et Gallimard une douzaine.

Source : Le Figaro

Brevet — Confusion entre « la » ou « l’a» n’est pas considérée comme une faute car l'élève a eu l’idée du son

 Myriam Meyer (professeure de français et de latin) affirme que « Pour le brevet des collèges, si l’élève écrit "la" ou "l’a", cela n’est pas considéré comme une faute car il a eu l’idée du son. C’est l’une des consignes que nous recevons. »

 

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Myriam Meyer se confie sur ses années en tant que prof dans un collège appartenant à un réseau d'éducation prioritaire (REP) et nous livre son regard sur les actions de l'Éducation nationale.

 

 LA VRAIE VIE D’UNE PROF DE BANLIEUE

Pendant six ans, cette jeune prof a enseigné le français, le latin et le grec dans un collège de la banlieue parisienne. Avoir encore foi en son métier quand on se retrouve face à des enfants de culture étrangère, dans une société qui ne croit plus à l’exemplarité ni à la transmission, est un combat de tous les jours. Elle le raconte avec talents dans un livre publié chez Robert Laffont, « Wesh, Madame ?! ».

Ses élèves l’ont baptisée la « Sénégauloise », parce que Myriam Meyer est née au Sénégal, où sa mère était prof et que non, elle n’est pas « une rebeu qui a réussi », même si elle s’appelle Myriam. En découvrant son prénom, les enfants de l’immigration du collège du Val-de-Marne où elle enseignait pensaient volontiers qu’elle était arabe – à l’époque où elle y a été parachutée, elle ne portait pas encore le nom de son mari, Meyer. A l’Éducation nationale, les affectations dépendent d’un système complexe de points. Au bout de trois ans seulement d’expérience professionnelle, enseigner en réseau d’éducation prioritaire (REP) n’était pas le choix de cette trentenaire. Mais avec le recul, ces six années auront été « les plus fécondes, les plus riches et les plus fortes » de sa carrière, comme elle l’écrit dans l’avantpropos de son livre. Myriam Meyer a le talent de faire partager ses émotions au lecteur de Wesh, Madame ? ! Rires et larmes d’une prof de banlieue. Enseigner le français, mais aussi le latin et le grec à des jeunes qui ne parlent parfois que la langue de leurs parents, sans même l’écrire, est une gageure. Cette frêle jeune femme relève le défi avec humour.

Au début, les cours de langues mortes de « Madame Vieuxmots » – un autre de ses surnoms – n’attirent pas les foules. Elle n’a que six élèves. Les collégiens sont réticents, pour des raisons parfois incongrues. Elle s’entend dire : « J’veux pas faire de latin, Rome, c’est trop la honte […] Ça a fait les Roumains. C’d’la merde les Roumains, les Roms. »

CONTRE LA VICTIMISATION

Mais les malentendus finissent par être levés et Myriam Meyer se retrouve avec des classes de 25 élèves. Les parents, dans ces banlieues où le chômage sévit, pourraient douter de l’utilité du latin et du grec pour leur progéniture, mais c’est souvent le contraire qui se produit selon le professeur : « Pas mal de parents me suppliaient de prendre leur enfant parce qu’ils étaient convaincus que c’était le meilleur moyen qu’il se retrouve avec de bons élèves. Du coup, je pouvais avoir dans la même classe des gamins superbrillants, superdisciplinés, et des vrais terribles qui passaient six mois à se demander ce qu’ils faisaient là. »

En cours, l’enseignante montre « à des enfants qui viennent d’environnements et de pays très différents que la France appartient à une culture commune, fondatrice pour notre civilisation, la littérature, la philosophie, la poésie, l’art en général. » Le récit des conquêtes romaines lui permet, au passage, de démonter les discours de victimisation identitaire en expliquant qu’ « Européens ou Africains, on a tous été colonisés à un moment donné, qu’il n’y a pas les oppresseurs et les opprimés ».

Pas facile de lutter contre les idéologies délétères, mais aussi contre ce que Myriam Meyer appelle les « forces obscures », « l’attraction des écrans et de l’argent facile », à une époque où, regrette-t-elle, « l’exemplarité a disparu, dans les familles comme dans la société ». Mais à la lire, elle y parvient souvent, entre rires et larmes.

Wesh, madame ?!,
Rires et larmes d'une prof de banlieue,
par Myriam Meyer
publié chez Robert Laffont,
le 22 août 2024,
240 pp,
ISBN-13 : 978-2221277225

lundi 9 septembre 2024

Pour une école diverse et donc inégalitaire dans ses résultats

Un texte de Pascale Bourgeois, chargée de cours au département d’éducation et pédagogie, Faculté des sciences de l’éducation, de l’Université du Québec à Montréal paru dans le Journal de Montréal.

 

 […] s’il est bien une idée en éducation qui s’est transformée en véritable slogan au cours des dernières décennies, c’est bien celle de l’égalité. Du projet, tout à fait raisonnable, d’égalité d’accès à l’éducation, dans un système méritocratique où chacun progresse selon ses capacités, elle s’est peu à peu transformée en exigence d’égalité face à la réussite. Tout le monde doit désormais jouir des mêmes « chances » de réussir. Pour y parvenir, des mesures compensatoires sont d’abord offertes aux élèves qui présentent des difficultés. Puis, de plus en plus, on prône des approches « positives » qui se concentrent strictement sur les capacités de l’élève.

Autrement dit, pour que tous puissent vivre des réussites, on propose de cesser de confronter l’élève à ses lacunes et à ses déficits. Or, à ne jamais être exposé à ses insuffisances, on demeure inconscient de la distance, parfois abyssale, qui nous sépare de l’excellence.

Bienfaits des obstacles

Plus encore, on défend l’idée selon laquelle une école juste doit abolir les obstacles à la réussite. Dans les faits, on propose d’abolir les critères et les normes qui ne sont pas atteints par tous. S’attendre à ce que tous les élèves atteignent le même critère d’excellence relève du capacitisme, voyons ! C’est là oublier que les plus grandes leçons se trouvent dans les obstacles surmontés, dans la morsure de l’échec et le dépassement des difficultés. On ne gagne rien à franchir une piste que des adultes inquiets ont aplanie pour nous.

Synonyme de vie, d’ordre et de créativité — comme le rappelle éloquemment Nicolas Berdiaev (1918) —, l’inégalité se pose comme la condition même de l’éducation. Quel serait l’intérêt d’une éducation qui nous trouve au même point à l’entrée comme à la sortie ? Il faut bien, et c’est là le nœud de l’affaire, que la culture nous élève, qu’elle nous hisse au-dessus de nous-mêmes et de la foulée : à son plus haut niveau, ne constitue-t-elle pas l’élite ? C’est parce qu’elle nous donne de la hauteur qu’elle est si désirable.

On ne peut, dès lors, qu’espérer un égal accès à cette inégalité, comme le soutient Camus (2008). Une éducation égalitaire au sens le plus strict (et c’est malheureusement ce que l’on semble viser à l’heure actuelle) ne peut conduire qu’au nivellement par le bas… à la déculturation de la culture, afin qu’elle soit plus digeste et attrayante pour ceux qui, autrement, n’y accéderaient pas (ou n’en voudraient pas).

Force est d’admettre, si l’on fait preuve d’un brin de lucidité, que nous ne sommes pas tous égaux au départ non plus : nous n’avons pas tous les mêmes talents, les mêmes ambitions, les mêmes capacités et la même motivation à réussir académiquement. Notre environnement social, culturel, familial diffère également. À moins d’adopter des politiques d’eugénisme, l’égalité face à la réussite est tout simplement impossible à atteindre. De toute façon, à y regarder de plus près, elle n’est tout simplement pas souhaitable.

Crise de l’autorité

Deuxièmement, les auteurs [de gauche dans les médias récemment] s’empressent d’excuser les incivilités et l’indiscipline des enfants, sous prétexte qu’ils ont faim ! La crise de l’autorité à laquelle nous faisons face en éducation, depuis des décennies, serait en fait une crise alimentaire. Et si l’on en croit la pyramide de Maslow, impossible d’être poli en ayant le ventre vide. Il est vrai que ma mère, qui marchait un mille pour se rendre à la petite école de campagne qu’elle fréquentait, avait l’habitude de lancer des chaises aux bonnes sœurs qui se chargeaient de son éducation. Elle avait, voyez-vous, le ventre vide.

Évidemment, ce n’est pas là nier que certains enfants ont effectivement faim, et que de nombreux ménages peinent à couvrir leurs dépenses. Ici, rien de bien nouveau. Cependant, la solution réside-t-elle dans un programme universel offert par un état de plus en plus interventionniste ? Le philosophe et économiste Thomas Sowell nous invite à la prudence, face aux politiques dont les intentions nobles nous dissimulent bien souvent les conséquences dévastatrices…

Enfin, ce n’est pas un manque de respect de laisser aux parents la responsabilité de leurs enfants. C’est plutôt l’inverse ! Il faudrait, à cet effet, s’inquiéter de la mainmise de l’État sur l’éducation de nos enfants. La polémique qui entoure le droit des parents d’être informés de la transition de genre de leur enfant mineur à l’école en témoigne : on ne cède pas nos responsabilités parentales à l’État sans en payer le prix.

À cet effet, plutôt que d’imposer à tous un système unique — celui de l’école publique —, peut-être serait-il temps, au nom de cette diversité des intérêts et des besoins des enfants, dont on s’empresse de défendre le respect en éducation, d’envisager de redonner aux parents la liberté de choisir l’école qui convient le mieux à leurs enfants ?

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L’inégalité comme condition d’existence (Nicolas Berdiaev), vidéo 

« L’Éducation nationale est gangrénée par l’égalitarisme »

À la fin du XIXe siècle, l’État belge décide que les enfants retourneraient chez eux à midi afin de maintenir des liens familiaux

États-Unis — École de premier plan refuse de décerner les prix du mérite national pour éviter de blesser les sentiments des autres élèves

France — Le Grand oral du bac, l’examen inégalitaire

Propositions d’Éric Zemmour en éducation : vidéo et extraits transcrits de son discours de Villepinte ce dimanche 

Le ministère de la Famille du Québec ne devrait-il pas être nommé le ministère des Garderies ?

Malgré la pression sociale progressiste, garçons et filles semblent toujours préférer les jouets traditionnels associés à leur sexe (étude)

États-Unis — Suppression de classes « avancées » au nom de l’« équité » (trop de blancs et d’Asiatiques y sont inscrits)

L’égalité, un fantasme français — psychanalyse et aveux d’un brillant sujet libéral

L’égalité des chances d’une inégale éducation

Accès à l’université — Sélectivité et égalité sont-elles antithétiques ?

Plusieurs grandes études : l’égalité juridique des sexes renforce les différences sexuelles

L’égalité est-elle une « valeur » pertinente en soi indépendamment du contexte ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Seuls 30 % des Québécois en faveur de l'interdiction prévue des véhicules hydrides et à essence d'ici 2035




Seuls partisans du parti d'extrême gauche Québec Solidaire sont favorables à cette interdiction, à 54 %.

L'unanimité des députés nous imposent donc les politiques du parti le plus à gauche, très minoritaire au Québec.

 Le gouvernement du Québec a confirmé en juillet son intention d’aller de l’avant avec l’interdiction de la vente de véhicules à essence à compter de 2035 avec le dépôt d’un projet de règlement.