lundi 19 décembre 2022

Climat : on a cueilli des fraises mûres à Noël à Liège au Moyen-âge (en 1116)

 

À l’heure du réchauffement climatique, devenu changement climatique (c’est plus sûr, ça marche à tous les coups, le climat changeant sans cesse), puis dérèglement climatique pour certains militants afin de « mobiliser » les bourgeois assoupis, il est grand temps de lire l’excellent livre d’Olivier Postel-Vinay, Sapiens et le climat, une histoire bien chahutée, consacré aux changements climatiques qu’a connu notre espèce.

Olivier Postel-Vinay montre que notre espèce fut confrontée tout au long de son histoire à des changements climatiques brutaux de durées et intensités sans commune mesure avec ceux de notre époque. 


Sapiens et le climat

Une histoire bien chahutée
par Olivier Postel-Vinay,
paru aux Presses de la Cité,
à Paris,
le 8 septembre 2022,
352 pp,
ISBN-13 : 978-2258200937

 

Résumé de quelques changements climatiques récents mentionnés par Olivier Postel-Vinay

L’Optimum Romain est marqué par un climat d’une stabilité exceptionnelle avec des siècles chauds bien arrosés et des pluies de printemps abondantes, favorisant l’essor de Carthage et de Rome, sur le pourtour méditerranéen.

C’est au cours de cet Optimum qu’Hannibal traversa (en 218 av. J.-C) les Alpes avec ses éléphants, situation impensable aujourd’hui. Cet Optimum climatique romain (OCR) connu depuis assez longtemps (au moins depuis 1999 avec la première mention dans un article de Nature) est resté assez discret dans la littérature, cette dernière se portant plus volontiers sur l’Optimum climatique médiéval (autour de l’an mil), plus proche de nous. Pourtant de nombreux articles suggéraient que l’OCR est l’Optimum le plus chaud de la période récente, du moins pour les deux ou trois derniers millénaires. Un article récent de Maragritelli et coll. (2020), en Open Access dans Nature, a montré que c’est bien le cas, à savoir que l’OCR fut la période la plus chaude de ses 2000 dernières années (de plus 2 °C, en moyenne par rapport à aujourd’hui dans la région étudiée de la Sicile et de la Méditerranée occidentale) et que l’augmentation de température fut principalement le fait de l’activité solaire (Margaritelli et coll., 2016).

Selon Olivier Postel-Vinay, « les années 21-50 apr. J.-C. représentent les trente années les plus chaudes de notre ère jusqu’aux années 2000, avec des températures de juillet d’au moins 2 °C supérieures à celles du milieu du XXe siècle. Une détérioration du climat a lieu vers 150 apr. J.-C. et le climat devient plus instable à partir de 250 apr. J.-C. avec refroidissement et sécheresse. Le grand glacier d’Aletsch en Suisse recommence à grossir. Il existe une coïncidence entre “la crise climatique” du IIIe siècle et la première chute de Rome. Cette crise du climat en Méditerranée et en Europe de l’Ouest a aussi affecté l’Europe centrale, et une terrible sécheresse entre 338 et 377 apr. J.-C. dans les steppes d’Asie centrale sera à l’origine d’une migration des Huns vers l’Europe ». Notons également, sur d’autres continents, « une sécheresse centenaire, par exemple dans le bassin de Mexico vers 550 apr. J.-C., à l’origine de migrations de populations à la recherche de meilleurs pâturages, suivie par trois siècles de grande sécheresse qui verront l’abandon des populations mexicaines de Monte Alban ». 

L’épisode PEGAT (ou Petite ère glaciaire de l’Antiquité tardive) marque un refroidissement avec multiplication des famines. La température de la Méditerranée baisse, deux énormes éruptions volcaniques dans l’hémisphère Nord font des années 536 apr. J.-C. et 540 apr. J.-C. des années « sans été ». Les cernes des arbres des Alpes autrichiennes et de l’Altaï suggèrent que la décennie 540 apr. J.-C. est dans cette région du monde la plus froide de tout l’Holocène. Une synthèse est proposée par Büntgen et coll. (2016) pour la période de 536 apr. J.-C. à 660 apr. J.-C.

L’Optimum médiéval est la dernière période la plus chaude proche du XXe siècle. Le premier Viking arrive accidentellement en Islande en 860 apr. J.-C. à la faveur d’une tempête au large des Hébrides, au nord-ouest de l’Écosse. Ensuite Erik le Rouge découvrira le Groenland en 982 apr. J.-C.. Lors de cet Optimum, il faisait un peu plus chaud qu’aujourd’hui et aussi chaud (voire plus) que lors de la première partie de l’Optimum romain, de 230 av. J.-C. à 40 apr. J.-C.. Vers 1100 un chroniqueur de Liège note que les fraises sont mûres à Noël… Tous les hivers ne sont pas aussi doux, ils furent par exemple plus froids qu’aujourd’hui entre 1070 apr. J.-C. et 1179 apr. J.-C.. La Meuse gèle à Waulsort (près de Dinant) en 1143 apr. J.-C.. La tendance générale pendant deux siècles au moins, jusqu’en 1300 apr. J.-C., est qu’il faisait aussi chaud qu’aujourd’hui.

En se basant sur les différents types de cultures, les dates de moissons et vendanges, etc., les historiens ont accumulé de nombreuses données paléoclimatiques et par exemple montré que le vignoble européen s’étendait à l’époque de 500 km au-delà de sa limite septentrionale actuelle (Lamb, 1964, Le Roy Ladurie, 1967, Deconinck, 2009). La vigne était cultivée dans des régions où elle était absente auparavant, comme la Belgique, l’Angleterre, l’Allemagne dès le IXe siècle. Elle disparaîtra de ces régions vers l’an 1350. Durant l’Optimum climatique médiéval, on note aussi la faible extension des glaciers alpins bien en dessous des valeurs actuelles (Le Roy Ladurie, 1967). Une des premières études détaillées de cet épisode est celle de Lamb (1964) de l’Office Météorologique d’Angleterre. Il estima à partir de données historiques, faunistiques, botaniques, glaciologiques et météorologiques que la température en Angleterre fut de 1,2-1,4 °C supérieur à « la température moyenne globale » actuelle et que les précipitations étaient de 10 % supérieures. À l’échelle mondiale, des températures plus élevées d’environ 1-2 °C étaient la règle, et localement jusqu’à 4 °C de plus le long de la côte du Groenland.

La vigne est remontée vers le nord, à la suite de la petite période chaude de Charlemagne en 800, ensuite le climat se refroidit jusqu’en 1200 avec des tempêtes monstrueuses (Van Vliet-Lanoë et coll. 2014) en relation avec une forte instabilité des courants-jets (contraste thermique entre Arctique froid et tropiques chauds, comme actuellement). Ensuite la vigne remontait jusqu’au sud du Danemark. Le glacier du Théodull à côté du Cervin dans les Alpes n’existait plus et le col qu’il recouvrait servait de passage pour les échanges commerciaux avec l’Italie.

Le Groenland connaissait des « températures moyennes annuelles » de 2-4 °C supérieures à l’actuelle. Il faut simplement retenir que l’OCM était caractérisé par des températures élevées, au moins égales aux actuelles, probablement supérieures. De nombreux indicateurs historiques montrent clairement que l’OCM était en effet une période particulièrement chaude, mais instable. 

Terminons cet Optimum Médiéval avec la question très discutée des températures. Selon Olivier Postel-Vinay (p.207) « Après des décennies de débats parfois houleux, les paléoclimatologues confirment que les étés entre 1100 apr. J.-C. et 1320 apr. J.-C. étaient chauds et secs, avec des températures de 1 °C à 2 °C supérieures à celles de la période de référence des années 1961-1990 ».

La Petite Ère glaciaire met un terme à l’Optimum climatique médiéval avec l’apparition d’une période de plus en plus froide illustrée dans les tableaux de Brueghel et caractérisée par une forte poussée des glaciers alpins. Emmanuel Le Roy Ladurie (1967, 2009) en a donné une excellente description résumée ci-dessous. 

 
Paysage hivernal (1565) près d’Anvers (Belgique). Il ne gèle plus ainsi depuis longtemps en Flandre belge. Peinture de Pierre Brueghel l’ancien.

Les premières manifestations apparaissent à la fin de XVIe siècle, précisément en 1588 dans les Alpes suisses où le glacier de Grindelwald défonce sa moraine terminale. Dès lors, la fin de la décennie et les trois siècles suivants verront les glaciers descendre de plus en plus bas dans les vallées avec tous les dégâts que cela suppose. Une chronologie des poussées glaciaires « agressives » est établie à partir de nombreux documents historiques (dates des vendanges, datation des arbres fossiles pris sous les moraines, avancées morainiques et modifications des topographies). Les maxima historiques des glaciers alpins se situent en 1599-1600 et entre 1640 et 1650. Dès 1660 un reflux modéré a lieu dans les Alpes témoignant d’une variabilité du climat à l’échelle décennale. Ces périodes d’avancées (« crues glaciaires ») et de reflux sont la règle tout au long de ces siècles de période globalement plus froide. Ces reflux sont également moindres que les reflux de notre époque plus chaude : par exemple le retrait alpin à la fin du XVIIe siècle et à l’extrême début du XVIIIe siècle est limité à 500 m au plus, au lieu de 1 à 2 km au XXe siècle. Il faut noter que ces oscillations présentent un caractère local à l’échelle pluridécennale (entre 25 et 50 ans) comme le montrent notamment les positions des langues glaciaires terminales (Lliboutry, 1964). Pour cet auteur, ce décalage serait plus le fait de facteurs météorologiques (locaux) que des caractéristiques intrinsèques des glaciers (temps de réaction, dimension, débit). Au final les phases paroxysmales des glaciers alpins de la Petite Ère Glaciaire se sont individualisées en 1660-1610, 1628, 1640-1650, 1676-1680 et 1716-1720 avec la plupart du temps des glaciers nettement plus importants qu’au XXe siècle. Des périodes de décrue secondaire ont parfois lieu avec par exemple 200 à 300 m de retrait horizontal à Chamonix en 1784-1790. La période paroxysmale des glaciers est autour de 1740-1750 pour l’hémisphère Nord.

Le reflux commencera ensuite dès les années 1860-1870 et concerne tous les glaciers alpins : l’ampleur du recul est considérable, et pour la première fois depuis trois siècles un point de non-retour est assez rapidement atteint. La mer de Glace (Chamonix) recule de 150 m en un an (1867-1868) et de 757 m en dix ans (4 nov. 1868 – 27 sept. 1878), soit 76 m par an. La phase multiséculaire de crue glaciaire est donc terminée et inaugure la période actuelle. Le réchauffement se marquera par de premières neiges plus tardives et de dernières neiges plus précoces, traduisant le raccourcissement de la saison froide. Pour visualiser ces oscillations, se reporter à Emmanuel Le Roy Ladurie (2007) retraçant l’histoire complexe des grands glaciers alpins du XVIe au XXe siècle.

Ces événements sont documentés par Olivier Postel-Vinay qui en élargit la géographie hors Europe : « famines, pandémies, tempêtes de sable et neige récurrentes (1368, 1587, 1618) en Chine à Pékin et dans le delta du Yang Tsé (fleuve Bleu). En 1587, la population du fleuve Jaune se nourrit d’herbes et de plantes sauvages… Dans le Guangxi (Kouang-Si) les gens se mangent les uns les autres et les cadavres jonchent le sol… le froid s’accentue en décembre 1633 et le cours moyen du fleuve Jaune est pris par les glaces… les affamés mangent jusqu’aux graines trouvées dans les excréments des oies.. ». Une éruption volcanique aux Philippines accentue les effets de la Petite Ère glaciaire. En Europe, « le vin gèle dans les caves, il faut le casser à la hache… l’encre gèle dans les encriers… le Rhin et le Rhône gèlent jusqu’au fond de leur lit… le port de Marseille gèle… il pleut des grêlons de 600 grammes… ». L’éruption en 1815 du Tambora en Indonésie injectant des aérosols soufrés dans l’atmosphère, est ressentie dans de nombreuses régions : « année sans été appelée année du mendiant en Allemagne… famine et épidémie en Irlande… destruction des récoltes aux États-Unis… sécheresse dramatique en Afrique du Sud… famine dans le Yunnan… ».

Hors Europe où il fut défini, la Petite Ère glaciaire a connu aux XIVe et XVe siècles une série de fortes sécheresses, sans équivalent actuel, pendant plusieurs années et décennies (presque un siècle) en Asie, dans le nord de Chine, l’Inde centrale et le Vietnam Sud. Elles étaient liées à un régime des moussons particulièrement actif (Sinha et al. 2010).   

• La Période Moderne connaît aussi de nombreux aléas climatiques. Citons quelques événements repris par Olivier Postel-Vinay : « dans les années 1930, le Dust Bowl, dans les plaines centrales des États-Unis, représente la plus grande catastrophe climatique de ce pays. L’arrivée de tsunamis de particules de terre et de sables hauts comme un gratte-ciel ou davantage ensevelit tout… Les cultures étaient anéanties par la couche de poussière, ou “blizzards noirs”, jusqu’à 6 m par endroits, et le bétail mourrait… ». L’événement est lié à plusieurs années de sécheresse de grande étendue accompagnée par une forte augmentation des températures. « D’autres sécheresses encore plus sévères étalées sur des décennies avaient déjà affecté ce territoire, et par exemple avaient conduit à la disparition de la civilisation des Pueblos à la fin du XIIIe siècle ». L’URSS « connaît dans les années 1930 une série de sécheresses catastrophiques de l’Ukraine à l’Oural ». Un refroidissement « est sensible dans tout l’hémisphère Nord, de l’Europe à la Chine… En 1956, la lagune gèle à Venise et en France les ceps gèlent… En Angleterre, c’est l’hiver le plus froid depuis 1740… ».

Les alertes à un mini retour de la Petite Ère glaciaire ou d’un refroidissement planétaire firent la une de la presse américaine (Newsweek, New York Times, Time). Citons l’exemple du « The Coming Ice Age » annoncé par Stephen Schneider, 1978. Olivier Postel-Vinay mentionne un rapport de la NASA (1971) montrant que la densité d’aérosols dans l’atmosphère l’emporte de beaucoup sur le réchauffement de l’augmentation du gaz carbonique : « ce rapport conclut qu’un accroissement seulement d’un facteur 4 de la concentration moyenne d’aérosols peut suffire à entraîner une baisse de température de 3,5 degrés ».

Les températures étant redevenues clémentes, la thèse du refroidissement global passe aux oubliettes. Elle est remplacée à partir de 1988 par la thèse du réchauffement climatique sans précédent d’origine anthropique (Hansen, 1988). Depuis lors le réchauffement est entièrement expliqué par le « bouton CO2 », toute autre explication pour le phénomène complexe qu’est la variabilité du climat reçoit une fin de non-recevoir.

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En Australie, l’état de la Grande Barrière de corail s’améliore. Selon l’Institut australien des sciences marines, les parties situées au nord et au centre de la Grande Barrière de corail ont, l’an passé (2021), enregistré une nette croissance de la couverture corallienne, pour la première fois depuis 36 ans, date de la mise en place d’une surveillance de ce vaste site classé au patrimoine de l’Unesco.

 

 

 

dimanche 18 décembre 2022

Emmanuel Macron et Justin Trudeau, élus pires défenseurs de la langue française

Comme chaque année, l’académie de la Carpette anglaise récompense deux membres des élites qui, selon le jury, se sont distingués par leur « acharnement à promouvoir la domination de l’anglais en France ». Fait rare, ils ont nommé le président.

« Regardez ce que font notre président de la République et ses ministres au gouvernement ! ». Réunis ce jeudi 15 décembre autour d’une table de la brasserie française Lipp, située dans le quartier parisien de Saint-Germain-des-Prés, les membres de l’académie de la Carpette anglaise écoutent fulminer l’un d’entre eux. Les jurés de ce prix, créé en 1999, ont pour but d’élire un membre des élites françaises qui s’est distingué par son « acharnement à promouvoir la domination de l’anglo-américain en France et dans les institutions européennes au détriment de la langue française ».

Au sein des membres du jury figurent une dizaine de personnalités littéraires et amoureuses de la langue française : Philippe de Saint Robert, président de l’institution, Marc Favre d’Échallens, son secrétaire, mais aussi la journaliste du Figaro Eugénie Bastié, l’écrivain Benoît Duteurtre, l’ancien ambassadeur Albert Salon, l’ancien député Paul-Marie Coûteaux, Marie-Josée de Saint Robert et Guillemette Mouren. Parmi ces membres, certains sont également engagés dans des associations de défense et de promotion de la langue française : Avenir de la langue française, Association pour l’essor de la langue française (ASSELAF), Défense de la langue française (DLF) et le Droit de Comprendre (DDC).

Les candidats en lice pour l’année 2022 sont l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), la SNCF (dont le PDG Guillaume Pepy était déjà lauréat en 2013) pour le nom de sa nouvelle application « SNCF Connect ». « Pourquoi le mettre en anglais alors qu’il s’agit d’un service adressé aux Français ? », s’interroge Eugénie Bastié. Sont également cités la ville de Nice pour son « I Love Nice », et enfin le président de la République, Emmanuel Macron.

« Cette règle de ne pas désigner le président était élégante, lance à la cantonade, Julien Köberich du cercle littéraire des cheminots français. Ce pacte de non-agression doit être rompu. Car on n’a jamais vu un président de la République à ce point s’attaquer à notre langue. » Jusque-là, l’académie s’était toujours fixé la règle de ne pas désigner un président en exercice. Des principes que le jury décide exceptionnellement de lever.


Dominance de l’anglais au sein de l’UE

« Le président a accepté la prédominance de l’anglais dans les institutions européennes alors qu’il s’était engagé à ne pas le faire », commente Philippe de Saint-Robert. Deux autres raisons sont évoquées en défaveur d’Emmanuel Macron : le fait d’avoir confié la direction de l’OIF à Louise Mushikiwabo, « une ancienne ministre qui avait exclu le français comme langue d’enseignement dans son propre pays », mais aussi pour avoir nommé marraine du prochain sommet de la Francophonie — qui se tiendra en 2024 en France — une artiste, Yseult, « qui chante essentiellement en anglais ».

Par ce vote, le jury souhaite rappeler au président l’article II de la Constitution qui stipule que « la langue française est la langue de la République » et aussi qu’il s’agit de « la langue officielle de la plupart des institutions internationales ». Il n’accepte pas la dominance de l’anglais au sein des institutions européennes alors même qu’elle n’est la langue nationale d’aucun pays membre (le Brexit étant passé par là). Le prix spécial du jury à titre étranger a, lui, été décerné au Premier ministre canadien Justin Trudeau pour avoir nommé Mary Simon au poste de gouverneur général du Canada, alors qu’elle ne parle pas français, seconde langue officielle du pays, bien qu’elle soit née au Québec. Elle a fait ses classes primaires en anglais au Québec et a enseigné pendant quatre ans à l’université anglophone McGill à Montréal (1969 à 1973).

Alors que le niveau des élèves en français baisse en France, le ministre de l’Éducation de Macron, Pap Ndiaye, pense d’abord à améliorer le niveau d’anglais.

L’an dernier, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avait été distingué pour avoir mis en service une nouvelle carte nationale d’identité sous-titrée en anglais. En 2017, c’était la maire de Paris Anne Hidalgo qui avait été élue pour l’utilisation prioritaire de l’anglais comme langue de communication de la ville de Paris à destination des touristes et des étudiants étrangers. Elle avait fait projeter en février 2017 sur la tour Eiffel le slogan « Made for Sharing » de la candidature de Paris aux Jeux olympiques de 2024.

Quant au prix étranger, il était décerné en 2021 à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, pour avoir décidé seule de promouvoir l’anglais au rang de langue unique de travail de l’institution, au détriment des autres langues européennes et, notamment, de la langue française, en dépit du Brexit.

Voir aussi E. Macron : « Son idée pour le français » et les nôtres pour le sauver !


jeudi 15 décembre 2022

« Immigration, notre pays s'enfonce dans la tiers-mondisation »

Guillaume Bigot revient sur le déclin de la qualité des services publics.

« En dollars constants, le revenu par tête des Français était de 45.000 $ en 2008, cela a dégringolé à 38.000 $ en 2020. »

« Les étrangers consomment 62 % de services sociaux de plus » que les Français.

De nombreux étrangers sont souvent comme des resquilleurs au niveau des services publics : ils ne contribuent pas assez et cela a un effet sur la qualité des services qui se dégradent et le prix augmente pour les autres. On parle aussi dans ce sens économique de passagers clandestins ou de parasitisme.

Voir aussi  

Pierre Brochand : « Pourquoi l’immigration est l’enjeu central de notre vie publique »  

Noël — députée écologiste belge suggère-t-elle de brûler les églises ?

Margaux De Ré, députée au Parlement de Bruxelles, présidente de la Commission égalité, écologiste a affiché la semaine passée sur Instagram cette photo d'une banderole « Que votre vieux monde brûle » apposée contre la façade d'une église. La photo est accompagnée de deux émojis de son crû : 🔥 (feu) et 💪 (biceps contracté, force). Depuis, cette photo a disparu de son compte Instagram.

Voir aussi 

Soixante-huit églises incendiées ou vandalisées au Canada, timide réaction du PM Trudeau qui organise un sommet sur l'islamophobie (m à j)

mercredi 14 décembre 2022

La patience comme facteur de réussite scolaire et économique

Les tests internationaux PISA (Programme international pour le suivi des acquis) qui mesurent les performances scolaires des élèves dans le monde donnent à voir des différences marquées entre les pays. 


Beaucoup se sont déjà demandé à quoi ces différences sont attribuables. Un article récent, signé notamment par Eric Hanushek (Université de Stanford), jette un éclairage nouveau. Il met en évidence le rôle de la patience, c’est-à-dire de la capacité à renoncer à des gratifications immédiates.
 
Ce seul facteur pourrait expliquer jusqu’à deux tiers de la variation des résultats PISA : moins la culture d’un pays est tournée vers l’immédiateté, plus la performance de ses élèves est élevée.

Cette étude complète de nombreux autres travaux plus anciens qui lient la patience au processus de civilisation : la patience permet de ne pas tout consommer immédiatement, donc d’accumuler des ressources, et requiert le développement de facultés cognitives nécessaires à la projection vers l’avenir.

Les plus patients sont les plus riches

Mais pourquoi la patience ne serait-elle bénéfique que dans le domaine scolaire ?

En utilisant un sondage couvrant 76 pays, les auteurs montrent que les différences de patience entre pays expliquent jusqu’à 40 % des variations en matière de richesse. 

Le même résultat vaut au sein de chaque pays : les individus les plus patients sont ceux qui acquièrent le plus haut niveau d’éducation et de richesse. 

À l’heure où l’aptitude paraît en chute, on est en droit se s’inquiéter.

Si ces résultats sont intéressants, ils appellent une autre question plus difficile : d’où proviennent les différences de patience entre pays et régions du monde ? N’y a-t-il que des facteurs culturels en jeu ?

mardi 13 décembre 2022

France — Orthographe, grammaire, calculs… chez les aspirants professeurs aussi, le niveau a baissé

Les résultats au concours 2022 de recrutement des professeurs des écoles sont tombés et, pour certains, ils ne sont pas bons du tout. Grammaire, orthographe, conjugaison, syntaxe et mathématiques : les correcteurs décrivent des candidats à « la langue pauvre », peu cultivés, qui citent des programmes de téléréalité ou des films Disney.


Alors qu’on se désole régulièrement de la baisse du niveau des élèves, les aspirants professeurs des écoles ne font pas beaucoup mieux, si l’on en croit les rapports des jurys du Concours de recrutement des professeurs des écoles (CRPE). Que ce soit à Lille, Besançon, Clermont-Ferrand, Strasbourg ou Marseille, les correcteurs s’inquiètent du manque de culture générale des candidats et de leurs lacunes de base en orthographe, grammaire ou encore en mathématiques. « Très peu de candidats citent des sources qui permettraient de démontrer une culture personnelle déplore par exemple le rapport de l’académie de Lille. Certains le font en se trompant d’auteur, en citant une émission de téléréalité ou des dessins animés de Disney. Une petite minorité est en mesure de citer quelques lectures personnelles. »

La forme n’est pas en reste : « Beaucoup de correcteurs s’étonnent encore du manque de maîtrise de la langue française, relèvent énormément d’erreurs orthographiques (accords de base), des fautes de syntaxe et des expressions familières, note le même rapport. La ponctuation est absente de certaines copies, les virgules, d’une manière générale, sont peu utilisées. »

Des connaissances « chancelantes »

Un exemple édifiant du niveau de certains candidats : la définition du mot « chancelant », que « très peu de candidats » sont en mesure de donner « au grand étonnement des correcteurs, puisque le contexte était fortement aidant ». Dans la grande majorité des cas, les candidats de l’Académie de Lille relient cet adjectif (qui signifie « vacillant ») au radical « chance » ou « chant » : « Il en découle donc que des enfants “chancelants” sont des enfants qui ont de la chance, qui sont joyeux, innocents, insouciants… » Le jury de Besançon fait, pour sa part, remarquer que « les mots familiers tels que “cool” n’ont pas lieu d’apparaître dans une copie de concours qui vise à recruter de futurs experts qui auront responsable d’enseigner la langue française aux plus jeunes élèves ».

À Marseille, la moyenne générale des aspirants professeurs des écoles dans la partie « lexique et compréhension lexicale » est de 1,84/4. Une note assez basse pour faire dire aux jurys « que le point faible des candidats demeure le lexique. Cela avait déjà été observé l’année dernière, mais le constat est à nouveau alarmant cette année, en atteste la moyenne obtenue à cette partie. » Ces mêmes correcteurs dénoncent l’« inculture littéraire et artistique » de « nombre de candidats ». À Limoges, les correcteurs alertent sur le nombre de pénalités infligées pour des problèmes de langue, « dans toutes les épreuves puisque toutes les copies sont pénalisées, avec des caractéristiques plus fortes en français (45 % obtiennent la pénalité maximale) et en épreuve d’application (41,4 % obtiennent la pénalité maximale) qu’en mathématiques (26,4 % obtiennent la pénalité maximale) ».

« Des propos vagues et sans consistance »

À Clermont-Ferrand, même constat. Un nombre « significatif » de copies accuse une expression qui « n’est pas bonne, voire fautive à l’excès » ; certaines « ont mis en évidence une faiblesse des connaissances dans le domaine de la langue française. » Des candidats, note le jury, répondent « à peu près au hasard aux questions posées. Ce sont aussi l’identification et l’analyse de l’emploi des temps verbaux qui ne sont pas du tout réussies, collectivement. » Les correcteurs se désolent que « plusieurs copies […] se soient contentées de généralités passe-partout, souvent empruntées à l’expérience personnelle, et donc sans réelle pertinence dans un développement de cette sorte » soit « de propos vagues et sans consistance, semblables à ceux que l’on pourrait entendre dans une conversation relâchée ».

En mathématiques, le niveau ne semble guère meilleur. Le jury de Besançon note même que « le nombre de copies affichant des non-réponses est en nette augmentation » ; alors que le sujet est jugé « accessible » et que les « formules de calcul sont données », les résultats très faibles des candidats interrogent les correcteurs « sur la qualité de maîtrise par les candidats des contenus des programmes de l’épreuve et des notions mathématiques convoquées ». Et même ici, le niveau de langue « relâché » semble poser problème, puisque « des expressions familières, une grande impropriété lexicale, une langue pauvre, au lexique répétitif et sans pertinence, ainsi qu’une mauvaise orthographe » émaillent les copies de mathématiques. À Strasbourg, de « très nombreux candidats ne connaissent pas la définition d’un nombre décimal ». Difficile dans ces conditions de faire monter le niveau.

Source : Marianne


lundi 12 décembre 2022

Pierre Brochand : « Pourquoi l'immigration est l'enjeu central de notre vie publique »

Le 15 novembre, l’ancien patron des services secrets et ambassadeur a prononcé un discours sur l’immigration à l’Amicale gaulliste du Sénat. Un texte exceptionnel que Le Figaro s’est procuré. Pierre Brochand y résume tous les enjeux que fait peser une immigration incontrôlée et propose des solutions.

Pierre Brochand a été directeur général de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) de 2002 à 2008, ainsi qu’ambassadeur de France, notamment, en Hongrie et en Israël. Il est intervenu lors d’un colloque de la Fondation Res Publica sur le thème : « Pour une véritable politique de l’immigration ».

Immigrés qui ont pris un taxi pour arriver à la frontière du Québec en provenance des États-Unis et se disent « réfugiés ». Ils sont acceptés à grands frais par le Canada et le Québec.
 
 AMICALE GAULLISTE DU SÉNAT

Intervention de Monsieur Pierre Brochand, Ambassadeur de France
15 novembre 2022 — Salons de Boffrand de la Présidence du Sénat
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président de l’Amicale gaulliste,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Je vous remercie de votre invitation. Elle est un grand honneur, pour quelqu’un qui a commencé à servir la France sous le Général de Gaulle et en garde, évidemment, une admiration inconditionnelle.

Vous m’avez demandé de parler d’immigration et j’ai suggéré qu’on ajoute « enjeu central ». J’aurais pu aussi bien proposer « enjeu principal ».

Pour deux raisons :

  •  D’un côté, j’estime que, de tous les défis qu’affronte notre pays, l’immigration est le seul qui menace la paix civile et, à ce titre, j’y vois un préalable à tous les autres.
  •  D’un autre côté, l’immigration exerce sur l’ensemble de notre vie collective un impact transversal, que je tiens pour globalement négatif.

Mais, faute de temps, je négligerai ce second aspect, qui se traduit concrètement par une tiers-mondisation rampante de la société française et sa régression continue dans des domaines clés, tels que l’éducation, la productivité, les services publics, la sécurité, la civilité, etc.

En d’autres termes, si tout ce qui va mal en France n’est pas la faute de l’immigration, tant s’en faut, elle y participe dans une mesure, à mon avis, très sous-estimée.

Disant cela, je précise aussitôt que mon sujet n’est pas l’immigration en général, laquelle n’est pas du tout un mal en soi, mais bien l’immigration très particulière que nous subissons depuis 50 ans.

Qui suis-je pour sonner le tocsin ?

A priori, je n’y étais pas destiné, puisque j’ai suivi un parcours exclusivement extérieur. Mais, avec le temps, je me suis aperçu, non sans angoisse, que les dures leçons, tirées de mes expériences au-dehors, s’avéraient de plus en plus pertinentes au-dedans, dès lors que, par le jeu de l’immigration, ce « dehors » était devenu notre « dedans ».

Quels sont ces enseignements ou ces vérités pas toujours bonnes à dire ?

D’abord, que le réel du monde n’est ni joli ni joyeux, et qu’il est suicidaire de l’insulter, car, tel un boomerang, il se venge au centuple. Ensuite, que, dans l’action, le pire des péchés est de prendre ses désirs pour des réalités. Que, si le pire n’est pas toujours sûr, il vaut mieux le prévoir pour le prévenir. Que les sociétés « multi » sont toutes vouées à se déchirer. Que nous ne sommes pas plus « malins » que les Libanais ou les Yougoslaves, pour faire « vivre ensemble » des gens qui ne le souhaitent pas.

Et, enfin surtout, que, dans les relations entre groupes humains, personne ne fait de cadeaux à personne, que les conseilleurs — fussent-ils le New York Times ou SOS Méditerranée — ne sont jamais les payeurs et que, si nous ne prenons pas en charge nos intérêts vitaux, nul ne le fera à notre place.

Deux indications complémentaires :

  • D’une part, je ne m’embourberai pas dans les chiffres. Car, avec près d’un demi-million d’entrées annuelles et un taux de 40 % d’enfants de 0 à 4 ans d’origine immigrée, la cause me paraît entendue sur ce plan.
  • D’autre part, il est clair qu’à ce niveau-là, nous ne sommes plus dans l’addition de cas individuels — tous singuliers —, mais bien dans la réactivation de puissantes forces collectives, ancrées dans l’Histoire. Si bien que procéder à des généralisations raisonnables — ce que l’on conspue en général sous le nom d’amalgames — n’a en fait, pour moi, rien de scandaleux.

Ceci posé, je diviserai mon intervention en trois parties :

  1.  D’où venons-nous ?
  2.  Où en sommes-nous ?
  3. Où allons-nous ?

dimanche 11 décembre 2022

« Je ne vois pas pourquoi les gens n’auraient pas le droit de s’inquiéter de leur héritage politique et culturel »

Selon un récent recensement dans plusieurs grandes villes britanniques, on peut désormais évoquer une « minorité blanche » : ainsi de Birmingham, Manchester ou Londres. L’essayiste anglais Douglas Murray (ci-contre) analyse cette mutation à l’œuvre et ses conséquences. Entretien publié dans Le Figaro.
 
 — Selon un recensement, la part des « Blancs » en Angleterre et au pays de Galles est en forte baisse depuis vingt ans. De même, les chrétiens représentent désormais moins de 50 % du pays, tandis que les musulmans augmentent rapidement. Est-ce un changement dans l’histoire de la Grande-Bretagne ?

Douglas MURRAY. —   C’est un changement, mais il s’inscrit dans une trajectoire déjà ancienne. Dans les années 1990, la migration nette moyenne vers le Royaume-Uni était de quelques dizaines de milliers de personnes par an. Dans les années qui ont suivi la victoire des travaillistes au pouvoir en 1997, ce chiffre est passé à des centaines de milliers par an. L’année dernière, il a atteint le chiffre record d’un demi-million. Bien sûr, ces phénomènes ont un effet et avec le temps, la population change. J’ai décrit cela après la publication du dernier recensement, il y a dix ans, et j’ai écrit sur les effets plus larges pour la Grande-Bretagne et notre continent tout entier dans L’Étrange Suicide de l’Europe. Mais les gens ne savent toujours pas quoi faire en matière d’immigration. C’est la même chose partout dans le monde développé. Les politiciens sont trop faibles pour faire appliquer la loi, la population change et quiconque dit qu’il n’aime pas cela est dénoncé comme raciste. Je trouve remarquable que nous ayons fait si peu de chemin face à des changements aussi énormes. Nous avons l’impression d’être coincés dans le même piège, partout et toujours.

[Immigration nette d’un demi-million cela signifie qu’au cours de l’année se terminant en juin 2022 : 1,1 million de personnes ont migré vers le Royaume-Uni et 560 000 personnes en ont émigré, laissant une migration nette de 504 000 personnes.  Les Anglais quittent donc en grand nombre leur pays et sont remplacés par deux fois plus d’étrangers. Voir aussi Angleterre : le nombre de musulmans a doublé en 10 ans, les chrétiens ne sont plus majoritaires]

 — N’est-ce pas une évolution logique puisque la Grande-Bretagne est un ancien empire et conserve le Commonwealth ?

Douglas MURRAY. —  Pas nécessairement, bien que certaines personnes aiment avancer cet argument, généralement avec délectation. Ils disent « L’empire contre-attaque », comme si la citation d’un film de La Guerre des étoiles était suffisamment spirituelle pour repousser une véritable discussion. Je ne vois aucune raison pour expliquer le laxisme de la Grande-Bretagne à l’égard de ses frontières à partir des années 1950. Avant cela, nous avons eu une population très homogène pendant un millier d’années. Mais une fois que les politiciens ont perdu le contrôle de l’immigration — et dans certains cas l’ont favorisée — ils n’ont jamais pu le reprendre. Puis deux choses se sont produites en même temps. Nous avons largement sous-estimé le nombre de personnes qui voulaient venir sur nos côtes et nous avons largement surestimé notre capacité à intégrer ces personnes.

— La mutation démographique actuelle s’accompagne-t-elle de bouleversements culturels et politiques ?

Douglas MURRAY. — Bien sûr. La migration affecte tout. Elle affecte les modes de scrutin, les modèles sociétaux, les attitudes, l’harmonie sociale et les décisions que le pays est en mesure de prendre. Par exemple, il est bien connu (depuis une fuite du ministère de la Défense, il y a quelques années) qu’il y a certaines questions de politique étrangère dans lesquelles la Grande-Bretagne — comme la France — ne pourra jamais s’impliquer. En raison des populations qui existent aujourd’hui dans notre pays, si le Pakistan entre en révolution par exemple — ce qui pourrait tout à fait arriver — que pourrait ou voudrait faire le gouvernement britannique, compte tenu de la population de notre pays ? Sur un plan national, lorsqu’un film a été projeté dans certains cinémas au début de l’année et a été accusé de blasphémer l’islam, des foules de musulmans en colère ont protesté et le film a été retiré. La police pense que c’est une grande victoire pour la paix. Je pense que c’est une terrible capitulation devant des gens qui ne devraient pas être ici s’ils ne comprennent pas la liberté d’expression.

Mais il s’agit aussi de l’âme d’une nation. Une telle âme ne se transmet pas du jour au lendemain. Les personnes qui ont grandi dans un pays, qui ont une relation profonde avec ce pays, ont un lien différent de celui de quelqu’un qui est arrivé hier. C’est inévitable. Donc, plus il y a d’immigration, plus votre pays change, plus ses attitudes changent — et cela inclut ses vertus, soit dit en passant. Je suis seulement surpris que les gens soient si réticents à reconnaître cela. Je ne peux que supposer que c’est parce qu’ils souhaitent qu’il n’en soit pas ainsi. Mais souhaiter qu’une chose soit vraie n’est pas la même chose qu’elle le soit. Nos pays parlent de l’intégration comme s’il s’agissait d’une science bien comprise. En fait, l’intégration est une non-science très instable.

— Le porte-parole du Premier ministre Rishi Sunak — lui-même de religion hindoue et d’origine indienne — a déclaré : « De toute évidence, le Royaume-Uni est un pays diversifié, c’est quelque chose qui devrait être salué », « cela inclut la diversité des religions ». Certains peuples occidentaux expriment la crainte de voir leur héritage culturel et politique disparaître.

Douglas MURRAY. — Je ne vois pas pourquoi les gens n’auraient pas le droit de s’inquiéter de leur héritage politique et culturel. Le reste du monde l’est. Si un recensement venait d’être effectué en Inde et qu’il révélait que Delhi, Jaipur, Mumbai et Bangalore avaient désormais des populations indiennes minoritaires, je pense que les Indiens se demanderaient pourquoi. Bien sûr, c’est compliqué. D’une certaine manière, c’est une bonne chose que notre système soit ouvert et diversifié. Je suis fier qu’une personne d’origine indienne puisse devenir Premier ministre au Royaume-Uni, même s’il est impossible d’imaginer qu’un homme blanc d’origine britannique puisse atteindre le même poste en Inde. Pourtant, comme je l’ai souvent dit, et comme on me l’a reproché à l’infini, les avantages de la diversité ne sont pas inépuisables. Il y a un stade où vous avez effectivement dilué votre culture à tel point que vous n’êtes plus ce que vous étiez. Ou même reconnaissable. Certaines personnes s’en réjouissent. Ce n’est pas mon cas, en grande partie parce que j’aime mon pays et ma société, et ce que nous étions, et que je n’apprécie pas que ce qui s’est passé avec l’immigration se soit produit contre les souhaits clairs, déclarés et répétés à chaque élection, de l’opinion publique.

— Même si les flux migratoires sont maîtrisés à l’avenir, la question de l’intégration se pose dans la plupart des sociétés occidentales. Comment relever ce défi ?

Douglas MURRAY. — Trois choses seulement comptent en matière d’immigration : la vitesse, la culture et le nombre. Si la vitesse et le nombre sont trop importants, vous ne pouvez pas y faire face et tous les politiciens transfèrent simplement le problème à leurs successeurs. La question de la « culture » est difficile. Personnellement, je préférerais que l’immigration provienne de cultures similaires plutôt que de cultures très différentes. Mais ceux d’entre nous qui avaient ce point de vue ont manifestement perdu, dans la vaste mêlée d’activistes de gauche et d’autres qui ont déclaré publiquement qu’ils aimaient le désordre de l’immigration du XXe siècle parce que (comme l’a dit un apparatchik travailliste) il « met le nez de la droite dans la diversité ». Nous verrons assez rapidement s’ils continuent à apprécier ce spectacle et s’ils pensent toujours que les risques qu’ils ont fait courir à l’avenir de notre société en valaient la peine.

samedi 10 décembre 2022

France — un déclin délibéré

Un texte de Jacques Julliard, paru dans Le Figaro le 5 décembre 2022. Jacques Julliard est éditorialiste à l’hebdomadaire « Marianne ».

Comme aujourd’hui les choses changent, et avec quelle vitesse ! Les choses, ou plutôt la perception que nous en avons. Tenez : naguère encore, il était du dernier ridicule de soupirer, s’agissant de la France, que « c’était mieux avant » : c’était là le fait d’un esprit immobile et même rétrograde. Aujourd’hui, qui ne souscrirait au jugement implicite contenu dans le titre du livre brillant de Franz-olivier Giesbert La Belle Époque (Éditions Gallimard, 20 octobre 2022), qui traite des années Pompidou et Giscard, c’est-à-dire de nos années 1970 ? En parler comme de la « belle époque », c’est sous-entendre que la nôtre l’est beaucoup moins.

Les reculades françaises

Commençons par le commencement, c’est-à-dire la natalité. C’est la vigueur de cette natalité qui a fait de la France la première puissance européenne à l’époque de Louis XIV, de la Révolution française, de Napoléon Ier, de Napoléon III [c’était déjà nettement moins le cas], et encore près de nous de Charles de Gaulle. Las ! En 2020, avec 740 000 bébés, la France a enregistré son niveau le plus bas depuis 1945, même si un léger sursaut, dû peut-être au confinement, a été enregistré l’année suivante. En tout cas, l’avantage relatif de la France par rapport aux autres puissances européennes n’a cessé de diminuer. Elle est en train de perdre la bataille des berceaux.

Continuons avec l’éducation, qui est plus que jamais la mère de toutes les batailles. Tout le monde ou presque connaît les classements PISA (programme international pour le suivi des acquis des élèves) qui mesurent les performances des différents pays. J’ai beau avoir été un très médiocre élève en mathématiques, mon cœur saigne qu’au pays de Blaise Pascal, d’Évariste Galois et d’Henri Poincaré, la France ne soit classée qu’au vingt-troisième rang dans cette discipline reine, loin derrière la plupart des grands pays asiatiques, mais aussi des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de la Pologne (enquêtes 2018).

Dans les disciplines littéraires, et notamment l’enseignement du français, les choses ne vont pas mieux. Il est invraisemblable que des « méthodes de psychologie inacceptables », telles que la lecture globale, selon le conseil scientifique de l’éducation nationale, continuent d’être utilisées en cours préparatoire (selon Caroline Beyer dans Le Figaro du 2 novembre dernier), alors que depuis des années elles ont fait la preuve de leur nocivité.

Dans mes rêves les plus fous, j’imagine le président de la République me nommant pour une durée limitée d’un mois, — que dis-je ? d’une semaine — ministre de l’éducation nationale, le temps de donner rue de Grenelle et dans ses tentacules un grand coup de balai au royaume de l’incompétence et de l’imposture. Mais non, il a nommé Pap Ndiaye. Comment attendre le redressement de la part d’un homme qui apparemment ne croit guère à l’universalisme républicain, et qui ne s’en cache pas quand il est à l’étranger ? Quand donc Emmanuel Macron, beaucoup plus politicien qu’on ne le dit, cessera-t-il de se servir de la nomination des ministres comme prétexte à « faire des coups » au lieu de nommer des gens compétents et énergiques ?

Dépêchons-nous, mes enfants, dépêchons-nous, comme disait Péguy. Au tour de l’industrie maintenant. Il a fallu que la France, qui était en train de perdre sa primauté européenne en matière agricole (cette agriculture qui a fait la IIIe République) devienne simultanément un pays industriellement sinistré, par le choix de nos élites, nées malines, qui avaient inventé, à la fin du siècle dernier « l’industrie sans usines », le tout-au-tertiaire. Résultat, la part de l’industrie dans le PNB est passée en un quart de siècle de 20 à 10 %, un score digne du tiers-monde. Le décrochage d’avec nos amis allemands est devenu irrémédiable.

Les écologistes, des étourneaux malfaisants

J’ai gardé pour la fin — il y aurait tant d’autres secteurs à considérer le pompon, le chef-d’œuvre absolu de nos écologistes, ces étourneaux malfaisants, à savoir le saccage de notre parc nucléaire, encore un don posthume du général de Gaulle.

La crise mondiale de l’énergie, qui ne fait que commencer, nous permet de mesurer l’imbécillité à l’état pur que fut le renoncement volontaire à notre avance dans ce domaine. Fessenheim est un nom qui a tout pour devenir le symbole de la sottise des élites. Qu’il me soit permis de saluer ici la mémoire de mon ami très cher, Georges Besse, le concepteur de Pierrelatte, l’un des pères du nucléaire pacifique, l’un de ces grands capitaines d’industrie au service de l’état, à qui on demanda en catastrophe de sauver la régie Renault, autre symbole de l’état entrepreneur qui devrait avoir les faveurs de la gauche. Ce qu’il fit avec son énergie, son patriotisme, son sens de l’état. C’est cet homme exceptionnel que les Brigades rouges à la française (Rouillan, Ménigon et compagnie) assassinèrent lâchement, stupidement, ignoblement.

À quoi il faut ajouter l’incurie d’EDF, incapable d’assurer l’entretien des centrales nucléaires dans un délai raisonnable : actuellement 21 réacteurs — 21 sur 56 — sont en réparation.

La fin, vraiment la fin ? Pas tout à fait : il manquait la contribution propre d’Emmanuel Macron à ce masochisme suicidaire, à savoir la destruction méthodique de l’État, qui commence par la suppression de l’ENA (on ne saura jamais pourquoi), qui continue par celle des grands corps administratifs (diplomatiques, préfectoraux, inspection). Cet appauvrissement délibéré des moyens d’action de l’état s’accompagne d’un recours massif aux cabinets de conseil extérieurs, qui viennent valider l’idée que cet État n’a plus les ressources pour diagnostiquer ses propres insuffisances et pour y porter remède. En libéral pur égaré dans la politique, l’actuel président de la République pense que « l’État est le problème ».

C’est du reste, à ma connaissance, le seul homme politique français à user du terme d’« État profond » propre à la droite populiste américaine.

J’ajoute enfin à ce bilan des abandons de la période récente, la dégradation dans les élites du climat intellectuel et des outils conceptuels dont Mai 68 avait fait une joyeuse ripaille. C’est ainsi que nous avons vu le sexe se dégrader et s’exaspérer en genre, la libération des femmes en féminisme sécessionniste, l’anticolonialisme en nostalgie décoloniale, l’antiracisme en racisme identitaire, l’universalisme en différentialisme, le projet autogestionnaire en individualisme forcené. Les idées meurent aussi en une interminable agonie, et sous prétexte d’extension, se gigantisent et s’affaissent sous leur propre poids. C’est cette dégénérescence que nous vivons.

Si l’on ne voulait qu’une preuve de ce déclin français, c’est dans les échecs de notre politique étrangère qu’il faudrait aller la chercher : dans leurs rapports, les États ne font pas de sentiment et ne respectent que la force. Certes, il faut tenir compte de la maladresse propre d’Emmanuel Macron, de ses foucades et de ses inconséquences. Mais au-delà, la liste de ses déconvenues s’allonge chaque jour. La France a été obligée de quitter le Mali, où elle est remplacée par la Russie, ou plutôt Wagner ; au Liban, après les rodomontades du président, nous ne comptons plus guère.

Le pire affront nous a été infligé par nos chers alliés australiens, mais aussi américains et britanniques, avec l’annulation brutale (15 septembre 2021) de la commande de douze sous-marins par l’Australie à la France au profit des Américains. Agit-on ainsi avec un État que l’on respecte ? Il y a une trentaine d’années, l’Allemagne — qui s’en souvient ? — était qualifiée d’« homme malade de l’Europe ». Aujourd’hui, c’est la France qui est passible d’un tel qualificatif, et du reste l’Allemagne fait preuve d’une désinvolture croissante à l’égard du prétendu « couple franco-allemand », auquel nous sommes désormais les seuls à nous référer. Que d’humiliations en si peu de temps.

Sottise des gens intelligents

Or ce tableau trop long et pourtant très incomplet n’avait qu’un but : montrer que le déclin français, que tout le monde a fini par reconnaître, n’est pas dû à des causes extérieures, auxquelles il eût été impossible de résister. Notre déclin, nous l’avons fabriqué de nos propres mains, par démagogie sans doute, mais surtout par inintelligence des situations, et même, disons le mot au pays qui s’enorgueillit sans cesse du rôle de ses intellectuels, de la sottise la plus difficile à combattre, celle des gens intelligents.

Prenons l’exemple de la natalité. Certes, il existe dans le monde développé une tendance générale à sa réduction. Mais les marges restent importantes. Or s’il a existé en France quelque chose de commun à la IIIe République, au régime de Vichy, et à la IVe République, c’est bien, contre vents et marées, l’encouragement à la natalité. C’est cette continuité politique qui est rompue en 2014, sous François Hollande, quand on décide de subordonner les allocations familiales à des conditions de ressources. Même chose en ce qui concerne le quotient familial. Pourquoi, sur cette lancée, ne pas supprimer la gratuité de l’enseignement obligatoire ? Après tout, si les plus riches n’ont pas besoin de l’aide de l’État pour nourrir leurs enfants, ils n’en ont pas besoin non plus pour les faire éduquer. En revanche l’universalisme des aides a une signification profondément ressentie : c’est la volonté de mettre en œuvre, au-delà des inégalités, une société cohérente.

Quand l’égalitarisme l’emporte sur l’universalisme, c’est l’essence même de la République qui est secrètement mise en cause.

Il ne serait pas difficile de démontrer — je laisse au lecteur le soin de le faire — que, dans tous les cas évoqués plus haut, l’école, le nucléaire, ce sont des choix délibérés, au nom d’autres objectifs, qui ont conduit au déclin. Partout si « le niveau baisse », c’est qu’on l’a bien voulu.

La politique en question

Est-il possible d’inverser la tendance ? L’exemple allemand, évoqué partout, en est la preuve. Dans un pays aux mille ressources, le problème cardinal est de les mobiliser et de les fédérer.

Les partis en sont-ils capables ? Je réponds clairement non, par incapacité structurelle. Malgré le rôle que leur reconnaît la Constitution de la Ve République, leur concours à l’expression du suffrage, ils sont organisés pour défendre les intérêts de clientèles particulières. Cela n’est pas déshonorant, mais ne répond pas à la question posée. Il s’agit en effet de subordonner tous les intérêts particuliers à l’intérêt général.

Ce n’est pas par hasard, ni même par antiparlementarisme systématique, qu’à l’aube du Consulat, du Second Empire, de la Ve République gaullienne, les partis ont été plus ou moins énergiquement écartés des affaires par un homme et son équipe, appuyé sur un large consensus populaire, vérifié par plébiscite ou référendum. Et l’espèce de parlementarisme rampant qui se fait aujourd’hui en France, du fait de l’absence de majorité absolue autour du chef de l’état, ne fait que confirmer l’incapacité des partis dans des circonstances exceptionnelles.

On ne voit ni à gauche ni à droite l’apparition d’un grand dessein ou d’un leader incontestable. D’évidence, Emmanuel Macron s’est montré incapable, faute de continuité ou peut être d’imagination, d’être l’homme d’un dessein national. À défaut d’être de Gaulle, il eût pu au moins être Pompidou ou Giscard. C’est raté. Seul, dans l’opposition, Jean-Luc Mélenchon était susceptible, à l’image de son mentor d’hier François Mitterrand, de fédérer autour d’un projet patriotique d’abord toute la gauche, et dans la foulée toute la France. Il ne l’a pas voulu.

Tant pis pour lui, tant pis pour nous. Ce que les Français ressentent, c’est l’impuissance de la classe politique tout entière, ou peut-être de l’instance politique elle-même.

Pour un nouveau patriotisme

Il est tout de même stupéfiant que dans tous les baromètres mesurant la popularité des hommes politiques, aucun d’entre eux, qu’il soit de gauche de droite ou du centre, de la majorité ou de l’opposition, n’obtienne un solde positif. Tous dans le rouge !

Le sens d’un pareil désaveu, même s’il n’est pas nouveau, est clair : la France ne se redressera pas sans un investissement massif des citoyens — on disait naguère la société civile dans le politique proprement dit, et non dans la seule revendication catégorielle. On n’oubliera pas que le retour de De Gaulle au pouvoir (1958) fut précédé, accompagné, conforté par l’investissement dans la politique des grandes centrales syndicales, la multiplication des associations à but civique, une floraison soudaine de clubs. Il ne s’agit nullement de renforcer la gauche ou la droite, mais d’inventer ou de redécouvrir un nouveau patriotisme, prenant des chemins inattendus. En 1958, parallèlement au retour du Général, fut fondé le club Jean-Moulin, dont les animateurs, parmi lesquels Daniel Cordier, ancien secrétaire du héros de la Résistance intérieure, pensaient devoir s’opposer à l’autoritarisme du Général. Au bout d’un certain temps, ils devinrent les cadres intellectuels et techniques du nouveau régime. Aujourd’hui j’espère, je réclame, je pressens la naissance dans le peuple et dans les élites d’une nouvelle citoyenneté, d’un nouveau patriotisme qui, dépassant sans les récuser les critères traditionnels de la gauche et de la droite, permettrait la renaissance d’un projet national. Après, il ne resterait plus à son tour à l’histoire qu’à faire son travail.


vendredi 9 décembre 2022

« Sciences-Po m'a fait savoir que si j'acceptais de ne plus dire 'homme et femme' pendant mes cours je pourrais continuer à être prof ! »

« [La haute école] Sciences-Po m'a fait savoir que si j'acceptais de ne plus dire 'homme et femme' pendant mes cours je pourrais continuer à être prof ! »

La professeur de danse écartée de Sciences-Po Paris : « Ils ont remplacé les termes "homme-femme" par "leader-follower" [en anglais, car c'est l'élite!] J'ai continué à dire "homme" et "femme". Un élève a porté plainte. La direction m'a dit que je devais m'excuser ou partir. »