lundi 25 février 2013

L’État a-t-il vraiment fait progresser l’éducation au Québec?

Vincent Geloso est détenteur d’une maîtrise en histoire économique de la London School of Economics, il y poursuit des études de doctorat. Il publie ces jours-ci un livre qui devrait déboulonner quelques mythes complaisamment répandus sur la prétendue Révolution tranquille.

Il a également publié récemment un article portant sur le rôle de l'État au Québec à la fin du XXe siècle.


« Alors qu’approche la tenue d’un autre sommet pour discuter de l’avenir de l’enseignement supérieur, nombreuses sont les mentions des progrès réalisés pendant la Révolution tranquille. Le fameux rapport Parent, qui recommanda la gratuité scolaire jusqu’aux études universitaires en 1964, reste un document de référence régulièrement cité.

Cette rhétorique décrit la Révolution tranquille comme le début d’un âge d’or qui aurait permis au Québec de cesser d’être le cancre du Canada. Récemment, un chercheur [Simon Tremblay-Pepin] de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) illustrait bien cette croyance en affirmant qu’à la fin des années 1950, « le Québec était sous-éduqué, avec des taux incomparables avec les autres provinces canadiennes », et que depuis les années 1960, l’accessibilité à l’école postsecondaire n’a cessé d’augmenter au Québec.

Selon cette perspective, les vastes progrès de la Révolution tranquille contrastent avec la période l’ayant précédée, qu’on a qualifiée de Grande Noirceur (1945-1960). Par opposition avec l’obscurantisme et le laisser-faire de la Grande Noirceur, l’État interventionniste mis en place pendant la Révolution tranquille aurait permis au Québec de rattraper son retard et d’entrer dans la modernité.

Est-il vrai, toutefois, que le Québec était si en retard sur le plan éducationnel par rapport au reste du pays, avant 1960, et qu’il n’a rattrapé ce retard que grâce aux nombreuses interventions de l’État pendant la Révolution tranquille ?



L'école de la Grande Noirceur et d'aujourd'hui selon un cahier d'ECR...
Page 56 — cahier-manuel d'éthique et de culture religieuse Entretiens II pour la 1re secondaire des éditions La Pensée


Grand rattrapage

S’il est vrai que le Québec accusait un certain retard face au reste du Canada à l’aube de la Révolution tranquille, cela n’avait pas toujours été le cas. En 1901, le Québec avait en fait une légère avance sur les autres provinces canadiennes en matière d’éducation. Même si les taux d’inscription y étaient plus bas qu’ailleurs, les élèves québécois qui s’inscrivaient à l’école la fréquentaient dans une proportion plus élevée qu’ailleurs au Canada.

Ainsi, le taux effectif de fréquentation scolaire des jeunes de 5 à 19 ans à cette époque était de 41 % au Québec, contre 40 % en Ontario et 38 % dans l’ensemble du Canada.

Le Québec a toutefois commencé à perdre du terrain par la suite. Même si le taux effectif de fréquentation avait atteint 52 % au Québec en 1931, l’Ontario et le Canada dans son ensemble avaient dépassé le Québec avec des taux de 62 % et 55 %.

Ce retard grandissant du Québec se renverse complètement après 1945. À cette date, la proportion des enfants inscrits et présents à l’école au Québec était équivalente à 80 % de celle de l’Ontario et à 84 % de celle du reste du Canada. Douze ans plus tard, on voit un progrès considérable de la fréquentation scolaire au Québec : elle atteint 89 % du niveau de l’Ontario et 94 % de celui du reste du Canada. Il s’agit d’un rattrapage important entamé avant la Révolution tranquille.

Plus important encore, après 1945, lorsque les jeunes Québécois décident d’aller à l’école, ils y restent plus longtemps. C’est-à-dire que le décrochage scolaire diminuait. Pour l’année scolaire 1945-1946, seulement 28 % des jeunes qui auraient normalement dû être à l’école secondaire y étaient, contre 69 % en Ontario - un écart de 41 points de pourcentage. Pour l’année scolaire 1959-1960, cette proportion se situait à 68 %, contre 88 % en Ontario, un écart de seulement 20 points. Il s’agit d’un rattrapage remarquable.

École réelle pendant la prétendue Grande Noirceur. Région de Lanaudière, années 1950.

Les Québécois francophones étaient aussi de plus en plus nombreux à accéder aux études universitaires. À partir de 1955, la population étudiante totale à temps plein au Québec en pourcentage du groupe d’âge des 15 à 24 ans dépasse même le niveau observé en Ontario. Et on ne peut pas attribuer cette performance uniquement aux anglophones, puis que les universités francophones ont vu leurs inscriptions augmenter plus rapidement que les universités anglophones.

La propension des Québécois à aller plus longtemps à l’école a permis au Québec de combler une partie importante du retard éducationnel qu’il avait avec l’Ontario. En 1951, la proportion des Québécois de 15 ans et plus qui détenaient un diplôme universitaire était équivalente à 70 % du niveau observé en Ontario.

Seulement dix ans plus tard, cette proportion avait bondi à 85 %, et ce sont principalement les femmes qui ont contribué à ce rattrapage.

La plupart des historiens prétendent que le Québec est devenu une société de plus en plus arriérée sur le plan de l’éducation durant les années d’après-guerre. Les statistiques officielles démontrent le contraire.

Somme toute, cet impressionnant rattrapage a permis à la scolarité moyenne des Québécois (mesurée en années d’éducation accomplies) de passer de 87 % à 92 % du niveau observé en Ontario, entre 1951 et 1961. Un écart existait toujours entre le niveau d’éducation des jeunes Québécois et celui des autres jeunes Canadiens, mais cet écart allait rapidement en s’amenuisant.

Ces simples faits retirent une partie importante de la crédibilité accordée à la rhétorique populaire. Comment peut-on expliquer qu’une partie considérable du rattrapage du Québec se soit produite alors que l’État intervenait moins en éducation ?

Progrès décevants

Ce rattrapage s’est-il poursuivi pendant la Révolution tranquille ? Plus précisément, est-ce que le rattrapage du Québec s’est accéléré ou a-t-il décéléré ? Soyons clairs, les progrès en termes absolus qui ont été réalisés depuis 1960 sont gigantesques. Toutefois, lorsqu’on compare ces progrès avec ceux accomplis durant la même période dans le reste du Canada, ils sont moins impressionnants - voire décevants.

Au-delà de la rhétorique de la « démocratisation » de l’éducation avancée par des sociologues comme Guy Breton, les faits ne concordent pas. Les données illustrant la participation scolaire au Québec démontrent que plus de la moitié du terrain que le Québec a gagné sur l’Ontario et le reste du Canada a pris place entre 1945 et 1960.

D’une part, cela signifie que le rattrapage scolaire du Québec face au reste du Canada s’est effectué en grande partie avant que l’État ne décide de s’impliquer davantage dans le domaine de l’éducation. D’autre part, cela indique que pendant la Révolution tranquille, le Québec n’a pas fait meilleure figure relativement au reste du Canada que dans les années qu’on qualifie — à tort — de Grande Noirceur.

En fait, on observe même des signes indiquant que le rattrapage du Québec a ralenti pendant et après la Révolution tranquille. Alors qu’il affichait un taux de participation aux études universitaires des 15 à 24 ans supérieur à celui de l’Ontario à partir de 1955, ce n’est plus le cas après 1964, alors que la participation commence à tirer de l’arrière, tant par rapport à l’Ontario qu’aux autres provinces.

Entre 1951 et 1961, la proportion des Québécois de 15 ans et plus qui détenaient un diplôme universitaire avait augmenté plus vite qu’ailleurs au Canada. En fait, cette proportion atteignait 98 % du niveau observé dans le reste du Canada en 1961 — c’est-à-dire que le Québec était virtuellement à parité avec le reste du pays.

Après 1961, les Canadiens des autres provinces sont plus nombreux que les Québécois à s’inscrire à l’université. En 1981, la proportion des Québécois de 15 ans et plus qui détenaient un diplôme universitaire équivalait à 78 % du niveau en Ontario et à 84 % du niveau dans le reste du Canada.

Selon les données les plus récentes provenant des recensements, la situation n’a guère changé, et ce fossé demeure. Il s’agit là d’un fait important puisque le Québec était en meilleure posture relativement au reste du Canada en 1961 qu’il ne l’est aujourd’hui.

À tout cela, ajoutons qu’aujourd’hui le Québec a un taux de décrochage scolaire dans les écoles secondaires dépassant celui de toutes les autres provinces canadiennes. La situation relative du Québec sur ce plan s’est dégradée depuis les années 1990.

En bref, l’héritage de la Révolution tranquille a été beaucoup moins glorieux qu’on le prétend.

Paramètres de discussion

De nombreuses études ont été réalisées ces dernières années par des économistes qui documentent le lien entre la performance scolaire et l’autonomie des écoles — indépendamment du niveau d’enseignement ou de leur nature religieuse.

Toutes choses étant égales par ailleurs, plus les écoles sont autonomes et que les parents ont un mot à dire dans les activités de celles-ci, plus la performance scolaire et la qualité de l’éducation augmentent.

En contrepartie, les régimes où l’État centralise davantage, contrôle le programme scolaire et bureaucratise le domaine de l’éducation sont marqués par des résultats décevants au titre de la performance et de la qualité.

Entre 1945 et 1960, l’État québécois intervenait très peu dans le domaine de l’éducation. Les écoles étaient largement autonomes et les parents avaient une influence importante sur le parcours scolaire de leurs enfants.

Après 1960, c’est l’inverse qui se produit : l’État intervient lourdement à tous les niveaux — des portes de la garderie jusqu’à la sortie de l’université. Et les résultats sont conformes à la théorie : lors que l’État intervenait peu, un rattrapage s’observait, et quand il s’est mis à intervenir, il y a eu ralentissement.

Il convient de se demander si les progrès en éducation auraient continué au même rythme sans la bureaucratisation de l’éducation. Certes [?], il fallait circonscrire le rôle de l’Église en la matière, mais la littérature économique et les développements observés laissent croire que les progrès auraient réalistement pu être plus importants sans l’intervention accrue de l’État.
»



Voir aussi

Du Grand Rattrapage au Déclin tranquille : déboulonner la prétendue Révolution tranquille

Baisse relative du nombre de diplômés par rapport à l'Ontario après la Grande Noirceur

Grande Noirceur — Non, l'Église n'était pas de connivence avec le gouvernement et les élites

La Grande Nouérrceurrr : portrait de famille monochrome, rictus, pénurie francocentrique et ânonnements (5 pages)

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Le « mythe » de la Révolution tranquille

Héritage de la Révolution tranquille : lent déclin démographique du Québec ?

Révolution tranquille : Entre imaginaire et réalité économique et sociale





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Du Grand Rattrapage au Déclin tranquille : déboulonner la prétendue Révolution tranquille

Présentation de l'éditeur

Dans ce livre iconoclaste et richement documenté qui bouleverse plus- ieurs lieux communs et idées reçues qui se sont imposés dans la perception de la plupart des Québécois quant à leur histoire au cours du XXe siècle, l’historien économique Vincent Geloso procède à une solide démonstration prouvant que ce qui a été largement présenté comme une « Révolution Tranquille » (1960-1976) n’était pas une véritable révolution, ni ne fut réellement synonyme de progrès général pour les Québécois.

Vincent Geloso propose la thèse, inédite et audacieuse, que c’est la période allant de 1945 à 1960, à laquelle on a accolé l’étiquette infamante de « Grande Noirceur », qui devrait plutôt être vue comme le début de ce qui aura été pour la société québécoise un authentique « Grand Rattrapage ». Comme le montre l’auteur avec une indéniable rigueur intellectuelle, de fortes tendances modernisatrices étaient observables au Québec bien avant 1960, et non seulement la soi-disant Révolution Tranquille n’aurait pas innové autant que le prétend la version historique officielle, mais elle aurait même contribué à ralentir certains progrès pourtant bien nécessaires.

Voici en somme un ouvrage qui fait exploser certains mythes jusqu’à présent bien ancrés, tout en permettant d’aborder l’histoire du XXe  iècle québécois à partir des faits tels qu’ils étaient. Ce faisant, l’auteur rend aux Québécois le visage de la société ouverte et audacieuse qu’ils ont bâtie durant une époque injustement dénigrée et dont en réalité ils auraient toutes les raisons d’être fiers.

Du Grand Rattrapage au Déclin tranquille

par Vincent Geloso
chez Accent grave
à Montréal
250 pages
Date de parution  fin février 2013

ISBN: 978-2-924151-12-9
24,95 $





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samedi 23 février 2013

Québec — Doutes sur l'utilité de la maternelle dès 4 ans et les dépenses consenties

Extraits d'un article intéressant du Devoir qui remet en cause une autre « action » du gouvernement péquiste :

Vendredi midi, la ministre de l’Éducation du Québec, Marie Malavoy, a profité d’une tribune à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain pour confirmer son intention de mettre en place, dès septembre prochain, des maternelles pour les enfants de quatre ans dans les milieux défavorisés.

Au même moment, l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) tenait une conférence de presse pour dénoncer « la précipitation » du gouvernement et « les risques liés à l’implantation des maternelles quatre ans ».

La passion de la ministre

Après avoir rappelé sa « passion de l’éducation », ainsi que les progrès accomplis en matière de persévérance scolaire, Mme Malavoy s’est attachée à vendre son programme de maternelle quatre ans dans les quartiers défavorisés. À l’heure actuelle, 27 % des enfants de quatre ans n’ont accès ni à un service de garde ni à une prématernelle, a constaté la ministre. Pour cette dernière, le passage du douillet cocon familial à l’école représente un « choc » trop important pour ces enfants. « C’est pour eux qu’il faut faire quelque chose. C’est eux, le commencement. Ce sont ces petits enfants de quatre ans qui, si on ne fait rien, risquent de commencer leur parcours scolaire avec déjà l’impression qu’ils sont moins bons que les autres et qu’ils ne réussiront pas. […] On pense que dans ces 27 %, il y en a un bon nombre qui vient de ces quartiers défavorisés. »

Aucune étude qui démontre l'impact positif, stress indu

Hélène Gosselin, vice-présidente de l’AQCPE, tempère ce point de vue. « Il n’existe aucune recherche qui montre que la scolarisation précoce favorise la réussite scolaire. » Elle en veut pour preuve une étude publiée par Statistique Canada, qui classe les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en fonction de la réussite des élèves de 15 ans au Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA). Le Québec s’y classe très honorablement septième en lecture et cinquième en mathématiques, loin devant la France, la Belgique ou l’Italie, où les enfants sont scolarisés dès l’âge de trois ans. Il est cependant à noter que la Corée du Sud, Hong-Kong ou Singapour, pays plutôt connus pour la rigidité de leurs systèmes scolaires dès le plus jeune âge, occupent systématiquement les premières places de ce classement.

[Note du carnet : il existe des études qui prouvent au contraire que la maternelle n'a aucun impact bénéfique sur les résultats scolaires ultérieurs des jeunes enfants.

Voir

Une étude de Cambridge conclut que les enfants de cinq ans sont trop jeunes pour commencer l’école

Maternelle publique et gratuite : sans effet sur les résultats au primaire


D'ailleurs, l'AQCPE mentionne aussi ce genre d'études dans son communiqué. « Des études internationales ont aussi démontré que la scolarisation précoce risque de créer un stress indu et de tuer le plaisir d’apprendre », mais le Devoir qui recopie la phrase suivante sur les résultats PISA n'a pas jugé opportun de parler de ces aspects négatifs. Notons enfin que l'AQCPE prêche pour sa paroisse, mais des études montrent que le programme de CPE a aussi des effets indésirables sur l'anxiété des enfants et que les bénéfices pédagogiques de ce programme sont globalement nuls. ]

[...]

Très peu d'enfants de quatre ans restent à domicile

L’AQCPE cite pour sa part les résultats d’une étude de l’Institut de la statistique du Québec, qui révèle que seuls 3 % des enfants des familles vivant dans des « conditions matériellement et socialement plus défavorables » restent à domicile. « À l’évidence, les énergies investies dans la mise en place des maternelles pour les enfants de quatre ans issus de milieux défavorisés ne visent pas beaucoup d’enfants », conclut le document de l’AQCPE.

Des cobayes

Mme Gosselin demande plutôt au gouvernement de prendre le temps de mettre en place une véritable étude sur les moyens et les besoins. « On ne peut pas se servir d’enfants de quatre ans, et venant de milieux défavorisés, comme des cobayes pour un projet pilote, puis analyser les résultats ensuite ! »

Voir aussi

Les CPE, un échec ?

« Le système de garderie universel en Suède forme des enfants moins instruits »

Épidémie de détresse chez les enfants en CPE et chez les enfants nantis

Le système de garderies, les syndicats sont-ils tombés sur la tête ?




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mercredi 20 février 2013

Joseph Facal : « L’essentiel est invisible »

Texte intéressant de Joseph Facal publié aujourd'hui.

Voyez les mots qui encombrent nos débats en matière d’éducation : taux de diplomation, compétences transversales, financement, endettement. L’essentiel est pourtant ailleurs.

Mon grand-père paternel est né dans le nord-ouest de l’Espagne, dans une famille de cultivateurs pauvre et nombreuse. Comme il n’était pas l’aîné, il n’héritait pas de la terre ancestrale.

Responsabilité

Au début du siècle dernier, il fait donc son baluchon et traverse l’Atlantique en bateau. Il avait 16 ans. Destination: Montevideo, capitale de l’Uruguay.

Débarqué le matin, il faisait de la pâte dans une pizzeria l’après-midi même. Plus tard, il a ouvert un restaurant, puis un autre.

Il ne lui serait jamais venu à l’idée que quelqu’un d’autre que lui-même était responsable de sa vie. Rien n’était plus important pour lui que ce qu’il n’avait jamais eu: une éducation.

Ses lourds silences suffisaient pour imposer son autorité. Ses deux fils avaient intérêt à marcher droit à l’école. Mon père est devenu médecin et son frère, banquier.

En 1970, c’est le chaos en Amérique latine. En Uruguay, la police et l’armée arrêtent et torturent sans retenue. On voit venir le coup d’État militaire.

Mon père décide qu’on recommencera tout au Québec. On arrive ici en juin 1970.

Puis, quand j’étais enfant, j’ai le souvenir de plusieurs de mes anniversaires. Mon père et moi allions à la librairie et il choisissait pour moi : Alexandre Dumas, Jules Verne, Dickens, Poe.

Je lisais jusqu’à ce que les yeux m’en tombent. Je fouillais aussi dans la bibliothèque de mon père et tombais sur des livres dont je ne comprenais pas la première phrase. J’allais au Collège Stanislas.

Puis, c’est à mon tour d’avoir des enfants. Mon garçon est maintenant en 3e secondaire, et la plus petite termine le primaire. Il fréquente une de ces écoles privées qui sont dans le haut de ce sulfureux classement que L’Actualité ne publie plus. Sa sœur y entre l’an prochain.

Ils savent parfaitement que rien n’est plus important à mes yeux que les bulletins qu’ils me ramèneront. J’examine les travaux de près.

Sacrifices

Comme j’essaie d’être un père moderne, je suis un chauffeur à temps plein. Quand je m’installe à la sortie des élèves pour attendre mon garçon, je suis toujours frappé par la proportion très élevée d’enfants d’origines maghrébine et asiatique.

Je parle beaucoup à leurs parents pendant que nous attendons. Plusieurs d’entre eux ont des petits dépanneurs, conduisent un taxi ou sont préposés aux bénéficiaires à l’hôpital.

Ils ne disent jamais: «Mon fils apprendra à se débrouiller comme moi.» Ils font d’immenses sacrifices pour que leurs enfants aient une vie meilleure que la leur. Je repense alors à mon grand-père.

Aucun gouvernement, aucun Sommet, aucun plan de réussite conçu par un «lologue» ne remplacera cela. L’essentiel est invisible.






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La bonne éducation – Autrefois, l’homme avait des devoirs envers le monde

Mathieu Bock-Coté dans les colonnes du Journal de Montréal revient sur ce que l'école contemporaine ne fait plus selon lui.

Pourquoi sentons-nous que l’école québécoise a fait faillite ? Je ne parle pas d’une faillite financière, mais d’une faillite morale et culturelle. La réponse est simple : c’est parce qu’elle ne comprend plus sa propre mission. Elle ne sait plus ce que veut dire éduquer. Éduquer, c’est-à-dire transmettre un savoir, des connaissances, introduire le jeune dans la société des adultes. Éduquer, c’est-à-dire inculquer des valeurs. Mais nous ne voulons plus éduquer, car nous ne voulons plus transmettre une culture. C’est notre vision de l’être humain qui a changé. Autrefois, l’homme était un héritier. Il savait qu’il entrait dans un monde qui le précédait. Il savait que le monde lui survivrait. Il avait des devoirs envers le monde. Pour le lui faire comprendre, on lui apprenait l’histoire. L’homme savait qu’il ne vivait pas dans un présent perpétuel, mais qu’il était situé dans le temps. Il développait un sentiment d’appartenance à sa collectivité.

Apprendre à admirer

À travers l’histoire, l’homme apprenait aussi à admirer. Il admirait les grands hommes, les grandes œuvres. Les actions héroïques aussi. L’histoire permettait de comprendre qu’on ne s’élève qu’en regardant plus haut que soi. Pour l’aider à s’inscrire dans le monde, on lui apprenait la littérature. Il savait qu’on ne maîtrise bien la langue qu’en lisant ceux qui l’ont pleinement déployée. Il comprenait qu’on ne parle pas comme on grogne. Surtout, on comprenait que l’homme ne saura jamais exprimer ses émotions s’il n’a pas les mots pour le dire. Un homme au vocabulaire trop limité est enfermé dans une terrible prison. Il n’aura pas accès à toutes les nuances de sa propre humanité. Cette vision a changé. Pire, elle s’est effondrée. Il y a une quarantaine d’années, on a voulu « libérer » l’être humain. On s’est dit que l’homme ne devait plus sentir sur lui la pression de la société. Des devoirs ? Non, merci. Que des droits, qui se résument en un seul : le droit de jouir. Surtout, on s’est dit qu’on devait libérer l’homme de la société. L’histoire ne devait plus l’obliger. La littérature ne devait plus le former. La morale ne devait plus le structurer. L’histoire devenait alors passéiste. La littérature, prétentieuse. L’enfant devait même espérer s’éduquer lui-même. Sans contrainte. Il fallait valoriser son authenticité. Sa créativité absolue. C’était l’heure de la pédagogie ouverte. De l’éducation exagérément permissive.

L’école contemporaine

À cette lumière, on comprend l’école contemporaine. Elle a renoncé aux connaissances parce qu’elle les croyait autoritaires. Imposer des connaissances, c’est transmettre une culture. C’est supposer que le passé doit alimenter le présent et inspirer l’avenir. On comprend alors d’où viennent les fameuses « compétences ». Avec les compétences, on mise sur l’autonomie absolue de l’élève. Il doit construire lui-même son savoir à partir de sa propre personnalité. Le professeur aussi change de mission. Il devait transmettre autrefois une matière. Désormais, il doit accompagner le jeune dans la construction de son savoir. Ne soyons pas surpris que certains veulent les remplacer par des ordinateurs. Cette révolution délirante a mené au désastre. L’homme n’est pas « libéré », il est déculturé, déraciné. L’essentiel n’est pas de pomper des milliards $ en éducation, mais d’imposer un changement de philosophie. Il faudra en revenir à une conception classique de l’éducation.




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Chttt ! Le mot d'ordre de « la droite » aux conservateurs sociaux

Pour les partis de « droite », il ne faudrait parler que d'économie, les conservateurs sociaux doivent se taire et laisser la discussion sociale à la seule gauche, aux seuls « progressistes », « féministes », « écologistes » et « homosexualistes » dans les écoles, au parlement, dans les associations. Progressistes qui, par leur lutte métapolitique à l'école, dans les médias et les universités, rendent normal l'étatisme, l'État-Nounou qui est là pour assurer l'égalité et la justice sociale.

Brian Lilley en a assez de voter pour ces gens qui se disent de droite qui lui demandent de se taire et qui, de toute façon, ne respectent même pas leurs promesses budgétaires et fiscales !

En deuxième partie, un entretien avec le chef du Parti libertarien de l'Ontario, Allan Small sur le programme de son parti en matières d'éducation : un vrai choix des programmes et des écoles.

 Le site du Parti libertarien de l'Ontario (en anglais uniquement).





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mardi 19 février 2013

Mario Dumont et « Le droit de grève » des étudiants


Pourquoi les associations étudiantes sont plutôt tièdes à l'idée d'une loi qui inscrirait le « droit de grève » des étudiants.





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Des médécins refusent d'être complices d'euthanasie, ils demandent plus de soins palliatifs



C’est dans le cadre historique du Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal que le Collectif de médecins du Refus médical de l'euthanasie a lancé aujourd’hui un appel à leurs collègues et à la population pour les sensibiliser clairement aux dangers de l’euthanasie et à la fragilité du consensus entourant le futur projet de loi québécoise créant le geste de « l’aide médicale à mourir ».

Leur offensive passe par la publication de leur manifeste dans les médias (La Presse, Le Soleil) ainsi que sur les réseaux sociaux (Facebook et Twitter avec le mot-clic/croisillon #tuernestpasunsoin).

Publicité parue dans les journaux

Selon le Dr Patrick Vinay, chef d’une unité de soins palliatifs et porte-parole du Collectif, « l’euthanasie par injection létale n’est pas un soin, mais la fin définitive de tous les soins. Les malades ne devraient jamais être obligés de renoncer à leur droit d’être soignés. » Les Drs Catherine Ferrier et Marc Beauchamp ont aussi pris la parole, rejettant « un processus où les médecins perdraient tout jugement professionnel et deviendraient légalement tenus de tuer leurs patients sur demande et non de les soulager de leur mieux. » Le Collectif tient à ce que les hôpitaux demeurent des lieux entièrement sécuritaires, où personne ne puisse craindre qu’un proche soit supprimé. Les enjeux de ce projet de loi sont mal compris, mal définis et véhiculent une perte  importante de droits tant pour les malades que pour les soignants.

Le Collectif de médecins invite leurs collègues à signer le manifeste et la population à l’appuyer en visitant le site internet www.soignertoujours.com.


Le Collectif de médecins du Refus médical de l'euthanasie regroupe à ce jour 317 membres (dont 238 du Québec)  qui considèrent que toute loi permettant aux  médecins de mettre fin à la vie de leurs patients intentionnellement est contraire aux buts de la médecine et à l'intérêt des patients. Une telle législation met en péril des patients, surtout les personnes faibles, démunies ou qui ne peuvent pas élever la voix pour se défendre.

Disponibles sur la Toile www.refusmedical.blogspot.ca: le message du Collectif publié dans les quotidiens du jour, ainsi que sur Facebook, ainsi que la conférence de presse dans son intégralité.





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Ôtez ce col romain, monsieur l’abbé !

Résumé d’un article paru dans Convivium écrit par Douglas Farrow, professeur de théologie à McGill, sur la décision de la Cour d’appel du Québec à l’encontre du collège Loyola. Douglas Farrow a été un des témoins experts du collège Loyola dans l’affaire qui l’oppose au Monopole de l’Éducation.

Pour Farrow, les jugements contradictoires de la Cour supérieure du Québec et de la Cour d’appel du Québec soulèvent des questions juridiques qui devraient intéresser la Cour suprême du Canada auquel le collège montréalais a fait appel. Parmi celles-ci, on retrouve la question cruciale de savoir si un établissement comme Loyola peut prétendre à la liberté de religion. Cette seule question a d’énormes répercussions pour le vaste réseau d’établissements et institutions religieuses qui contribuent à former le tissu social du Canada. Mais il existe au moins deux questions essentielles pour tous ceux qui se soucient des libertés fondamentales inscrites dans la Chartre canadienne des droits et libertés.

Tout d’abord, est-il vrai – comme le prétend le ministère et désormais la Cour d’appel – que la décision de Loyola d’enseigner le programme d’éthique et de culture religieuse (ECR), comme toutes les autres matières, d’un point de vue catholique rend cette école incapable d’atteindre les deux objectifs d’ECR, à savoir « la reconnaissance de l’autre » et la « poursuite du bien commun » ?

Car, si c’était le cas, on pourrait alors soutenir que l’enseignement catholique en tant que tel ne doit plus être considéré comme une forme légitime d’instruction (c'est-à-dire agréée et subventionnée par l’État). Cette question, en passant, se pose également en Ontario, mais dans des circonstances quelque peu différentes.

Une réponse affirmative à cette question ne pose pas seulement problème eu égard à la place qu'occupe l’enseignement catholique dans la Constitution, mais elle est absurde en soi. Car ces objectifs étaient des objectifs catholiques avant qu’ils ne deviennent ceux de l’État…tout comme l’éducation publique était l’œuvre de l’Église avant que l’État ne se l’approprie. La seule manière de rendre rationnelle une réponse affirmative est d’avancer que le « bien commun » a désormais un nouveau sens qui exclut le sens que lui donne l’Église catholique et d’accorder à ce nouveau sens un monopole dans la sphère publique.

En second lieu, et c’est encore plus vital, un gouvernement ou un tribunal peut-il obliger un établissement confessionnel à mettre de côté – peu importe l’objectif et la durée – sa propre identité et ses croyances pour plutôt adopter la posture imposée par l’État. Et si l’État peut le faire – ou plutôt légitimement tenter de le faire en appliquant des sanctions pénales – quel sens a encore la garantie constitutionnelle accordée à la liberté religieuse ?

Bien sûr, il est parfois nécessaire de demander à une communauté religieuse, comme à toute autre communauté, de procéder à des ajustements pour le bien commun. Ou de renoncer sur un point mineur pour conserver l’essentiel. C’est ainsi que la Cour suprême a déclaré aux Frères huttérites (ou huttériens), bien que d'une manière peu généreuse selon d’aucun, si vous avez des raisons religieuses pour ne pas admettre de vous faire photographier pour votre permis de conduire, c'est parfait, mais vous ne pouvez rouler sur la voie publique pour des raisons de sécurité. [La juge Abella, dans un avis minoritaire, affirma qu'on n'avait pas prouver que la sécurité était réellement en jeu et qu’il fallait admettre le point de vue des huttériens. Pour elle, le gouvernement albertain ne s’est pas acquitté de son fardeau de démontrer que l’atteinte à la liberté de religion des huttérites est justifiée au sens de l’article premier de la Charte.]

Mais le dossier Loyola est complètement différent. La Cour d’appel fait exécuter la demande du ministère selon lequel une communauté religieuse doit se soumettre à quelque chose que — en son âme et conscience — elle réprouve : enseigner comme si elle n’était pas catholique et comme si son interprétation de son devoir de catholique était erronée ou de peu d’importance.

Le programme ECR n’impose pas seulement aux professeurs de présenter le volet « culture religieuse » et les concepts éthiques (moraux) de manière objective et juste – une exigence parfaitement raisonnable même si elle est difficilement réalisable –, mais aussi d’adopter, professionnellement, une posture complètement neutre envers tout ce qui est exprimé en classe, qu’il s’agisse du matériel pédagogique ou des propos des élèves eux-mêmes.

Si Loyola devait accéder à cette imposition, elle ne violerait pas seulement sa conscience, mais elle permettrait au tribunal de la sorte de dominer sa conscience. Dans les faits, cela reviendrait à reconnaître au ministère un magistère qui dépasse celui de l’Église catholique. Elle ne peut accepter cela et demeurer véritablement catholique.

Pour le professeur Douglas Farrow, nous n’avons donc pas affaire à une imposition sans conséquences d’une tâche en quelque sorte obligatoire, comme le prétend le juge Fournier de la Cour d’appel. [Comment-il peut-il le savoir ? Est-il vraiment catholique et enseignant ?] Il s’agit plutôt d’une abrogation pure et simple de la liberté de conscience et de religion en refusant à Loyola le droit d’accomplir la tâche (le contenu du programme) sur lequel tout le monde s'accorde conformément à son optique catholique plutôt que manière non catholique. Douglas Farrow ne peut voir de meilleure manière de dénuer de tout sens la clause de la Charte qui protège la liberté religieuse, et pas uniquement pour les catholiques. Est-ce vraiment ce que l’on veut faire ? Est-ce vraiment ce que les tribunaux supérieurs de ce pays veulent faire, de se demander le professeur montréalais ?

À nos yeux, Farrow compte beaucoup sur la communauté des visées de l’État et de Loyola : tous les deux veulent promouvoir la reconnaissance de l'autre et la poursuite du bien commun et pour insister sur la seule différence : l'optique laïque demandée par l'État qui s'oppose à la vision catholique de l'école. Il n’est pas sûr que Québec remette en doute la similitude des objectifs : il s’en servira même pour montrer que ce qu’on demande à Loyola ne porte pas à conséquence au niveau moral. À notre avis, Québec insistera sur les documents fournis par Loyola dans sa demande d’équivalence afin de montrer que le refus du ministère était raisonnable : la description fournie par Loyola était trop schématique selon le ministère, Loyola n’enseignait pas le volet « dialogue » selon la documentation fournie. Voir notre compte rendu de l’audience à la Cour d’appel pour plus de détails à ce sujet.

Voir aussi

Notre dossier Loyola

À qui sont ces enfants au juste ?





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Malgré les prédictions des Cassandre occidentaux, la démographie russe se stabilise

Texte d'Alexandre Latsa, journaliste français établi en Russie, sur la situation démographique en Russie.

Alors que les enfants et les droits d’adoption sont au cœur de l’actualité, la situation démographique russe est curieusement comme passée de mode dans le monde des médias.

Pourtant les derniers dévelop­pements démo­graphiques russes sont extrê­mement intéres­sants.

[...]

Beaucoup d’analystes ont en effet pris le train de l’information en marche, train qui affirmait à tort que la Russie ne se relèverait sans doute pas du terrible choc démographique qu’elle a connu au lendemain de l’effondrement de l’URSS. Un peu d’histoire s’impose donc.

De 1991 à 1999, à la suite de l’effondrement de l’économie russe, l’état sanitaire de la population s’est considérablement détérioré et l’espérance de vie s’est écroulée ainsi que la natalité. En 1989, la Russie a enregistré 2.160.559 naissances et 1.583.743 décès et la population a augmenté de 576.816 habitants. La dernière année qui a vu une hausse naturelle de population (naissances − décès) avec 1.794.626 naissances et 1.690.657 décès soit une hausse de population de 103.969 habitants fut 1991. À partir de cette année, la Russie est entrée dans le cycle démographique infernal de la croix russe, c’est-à-dire une faible natalité et une forte mortalité. Le nombre de naissances est tombé à 1.214.689 en 1999 contre 2.144.316 décès, soit une perte nette de population de 929.627 habitants. Le nombre de naissances remontera ensuite, n’atteignant de nouveau le niveau de 1991 (plus de 1,7 million de naissances) qu’à partir de 2011. Quant au nombre de décès, il restera très élevé et supérieur à deux millions également jusqu’à cette année 2011, qui verra 1.925.036 décès.

Cette évolution se traduira par une diminution de population continue, mais à une vitesse qui se réduira fortement à partir de 2005, la baisse naturelle de population étant de respectivement 687.066 habitants en 2006, 470.300 habitants en 2007, 363.500 habitants en 2008, 246.500 habitants en 2009, 241.400 en 2010 et finalement 131.208 en 2011. [...]

La Russie a bénéficié en 2012 de 1.896.263 naissances, contre 1.793.828 l’année dernière, soit une hausse de 5,7 % c’est-à-dire 102.435 naissances en plus. La mortalité, elle, continue à diminuer, puisque l’année a vu 1.898.836 décès, contre 1.925.036 décès l’année passée, soit une baisse de 1,4 %, c’est-à-dire 26.200 décès en moins. Avec 1.896.263 naissances et 1.898.836 décès, la Russie frôle donc cette année l’équilibre naissances − décès, avec un solde négatif de 2.573 habitants. Les grands froids historiques que le pays a connus fin décembre ont cependant accru la mortalité, décembre 2012 ayant vu 2.698 décès de plus que décembre 2011.


Affiche dans le métro de Moscou
« Le pays a besoin de vos records.
Chaque minute trois personnes naissent en Russie. »

[...]

Il y a donc des raisons d’être plutôt optimistes. Tout d’abord le nombre de naissances est dans une dynamique continue de croissance pendant que la mortalité est elle au contraire en décroissance. On imagine donc mal ces tendances soudainement s’interrompre et donc comment les prévisions démographiques d’une Russie de 130 millions d’habitants en 2015 pourraient arriver, scénario pourtant envisagé par les sources d’analyses les plus sérieuses (voir New York Times en 2000, Foreign Affairs en 2011 ou CIA Director of Central Intelligence en 2005) jusqu’à il y a quelques années. La population russe devrait se situer aux alentours de 143,6 millions d’habitants en ce premier mois de l’année 2013, soit la prévision statistique démographique la plus optimiste  parmi les scénarios démographiques de l’État russe, qui aurait dû n'être atteinte qu'en... janvier 2015!

Pour beaucoup d’analystes, ces résultats sont déjà exceptionnels et supérieurs aux prévisions des démographes russophiles les plus optimistes. Bien sûr le pire est devant nous puisque depuis 2004 on observe une baisse du nombre de femmes en âge de procréer (15-49 ans) et que depuis 2008 cette baisse concerne également les 15-29 ans, soit la tranche d’âge où se concentrent actuellement 75 % des naissances.

Cette baisse devrait se prolonger jusqu’a 2025, année quand les jeunes femmes russes de 25 ans seront vraisemblablement 35 % moins nombreuses qu’aujourd’hui. Pour faire face à cette situation, il faudrait donc que le nombre d’enfants par femmes double littéralement, soit plus que les trois enfants que le président russe a dans son discours de fin d’année estimé comme le nombre d’enfants que devait avoir chaque famille russe normale. Ou alors il faudrait que les femmes fassent des enfants plus tôt, plus tard ou les deux. Le changement des mentalités fait que les femmes russes ont des enfants de plus en plus tard. En outre, le nombre d’avortements est en forte baisse, passant de 1,8 million en 2004 à moins de 850.000 cette année. [...]

Mais le facteur migratoire pourrait jouer un rôle important dans le futur puisque la chambre basse du parlement devrait élargir la liste des personnes pouvant prétendre à la citoyenneté russe via une procédure simplifiée. Le régime s’appliquerait aux « porteurs de la langue russe et de la culture russes, les descendants directs des ressortissants de l’Empire russe ». Cette loi fait suite à une initiative du chef de l’État Vladimir Poutine qui en juillet 2012 avait soulevé la question de rapatriement des descendants de citoyens de l’URSS et de l’Empire russe en déclarant que « Les compatriotes expatriés voudraient être utiles pour leur patrie historique » et que « Les ressortissants de l’Empire russe font partie d’une même nation et civilisation ». Ainsi, grâce à  cette loi, les habitants de Finlande et de Pologne, ainsi que les Tcherkesses qui ont quitté le Caucase après la défaite dans la guerre du Caucase, pourraient obtenir la citoyenneté russe.

On imagine donc de plus en plus difficilement comment à l’avenir la population russe devrait s’effondrer comme cela a souvent été répété.


Source 



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