mardi 10 mars 2026

La dénatalité au Québec : un silence politique résigné assourdissant

Les données récentes de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), mises à jour au 2 mars 2026, confirment une tendance préoccupante pour la démographie québécoise. En 2025, le nombre de naissances s'est établi à environ 78 200, marquant une légère hausse par rapport à 2024 (77 400 naissances) et 2023 (77 950 naissances). 

Cette très faible augmentation brute de la natalité (+800 naissances environ entre 2024 et 2025) semble positive à première vue, mais elle doit être nuancée. Le taux brut de natalité (naissances par 1 000 habitants) reste stable ou en légère baisse, car la population québécoise a elle aussi augmenté, passant à environ 9,058 millions d'habitants au 1er octobre 2025. 

Ainsi, le taux brut est d'environ 8,6 pour 1 000 en 2025, contre 8,7 en 2024, reflétant une stagnation ou un recul relatif.Quant à l'indice de fécondité (nombre moyen d'enfants par femme), il a atteint un creux historique à 1,33 en 2024, et les projections pour 2025 suggèrent une stabilité ou une légère baisse supplémentaire, potentiellement autour de 1,32 ou moins, en raison de facteurs comme le manque de formation de ménages, le report des projets familiaux et les contraintes socio-économiques. 



Cette fécondité bien en deçà du seuil de renouvellement des générations (2,1) illustre une dénatalité persistante, accentuée dans les grands centres comme Montréal (1,11 enfant par femme) comparé aux régions plus rurales comme Chaudière-Appalaches (1,65). L'immigration concentrée dans les villes n'augmentent en rien la fécondité.

Plus de décès que de naissance, cette différence augmente

Du côté de la mortalité, 80 450 décès ont été enregistrés en 2025, contre 78 800 en 2024 et 77 798 en 2023, confirmant une hausse liée au vieillissement de la population. 

Pour la deuxième année consécutive, les décès dépassent les naissances, avec un déficit naturel de 2 250 personnes en 2025 (contre 1 400 en 2024). 

Ce solde négatif s'explique par l'arrivée des baby-boomers aux âges de forte mortalité, et il risque de s'aggraver, avec des projections indiquant une population en légère baisse d'ici 2030 (-0,9 %, soit -80 000 personnes) si l'immigration diminue. 

 Globalement, ces chiffres soulignent un vieillissement accéléré.

Outre les données officielles de l'ISQ, plusieurs médias ont couvert cette dénatalité et ses enjeux. Par exemple, un article du Journal de Québec discute de la nécessité de stimuler la natalité face à la baisse de l'immigration pour protéger le français, soulignant l'absence de débat sur ce "creux historique". 
La Presse rapporte une population en hausse malgré une fécondité en baisse, avec un creux à 1,33 en 2024. Radio-Canada prévoit une diminution démographique due à la fécondité basse et aux politiques d'immigration. Le Devoir explore les disparités régionales, notant une fécondité plus élevée en régions éloignées. Enfin, Les Affaires alerte sur le déclin amorcé, avec des données préliminaires de 2025 montrant un déficit mensuel alarmant.  Ces sources convergent vers une urgence démographique souvent sous-estimée.
Illustration de la contraction rapide de la population avec 1,4 enfant/femme : 4 grands-parents n'auront que 2 petits-enfants. Avec 1,32, c'est encore moins.

Pourtant, ce phénomène passe souvent inaperçu dans les débats publics, comme si la société acceptait avec résignation et tacitement un avenir marqué par le déclin démographique.

Il est regrettable de constater que cette dénatalité persistante n'entraîne aucune remise en question profonde des valeurs sociétales qui la sous-tendent. Les priorités contemporaines – carrières intenses valorisées pour tous mais plus particulièrement des femmes, individualisme exacerbé, éducation prolongée sans qu'on sache si cela en vaille la peine, report incessant des projets familiaux, « guerre des sexes » – semblent éroder le désir d'enfants sans que l'on s'interroge sur leurs conséquences collectives. Où est le dialogue l'impact des normes culturelles qui valorisent l'autonomie au détriment de la transmission générationnelle ? Quel est l'impact démographique de la lutte contre le conservatisme ou la religion traditionnelle du Québec,  le christianisme, dont s'enorgueillissent nombre de Québécois ? La question démographique se pose avec une acuité particulière pour une société minoritaire comme le Québec, entourée d’un espace anglophone de près de 400 millions de locuteurs en Amérique du Nord seulement. Dans un contexte où la démographie est également perçue comme un enjeu stratégique, Israël affiche un indice de fécondité d’environ 2,87 enfants par femme.

Qu'en pense Mme Fréchette qui brigue la présidence de la CAQ au pouvoir ? Combien d'enfants a-t-elle ? Un ? Quid des chroniqueurs nationalistes dans les médias ? Combien d'enfants ont-ils ?

Ce manque d'intérêt pour une question aussi fondamentale que la perpétuation de notre société révèle une forme d'indifférence collective, qui risque de compromettre l'avenir économique et culturel du Québec.

Face à cela, il serait temps de déplorer non seulement les chiffres, mais de dénoncer le silence qui les entoure. Sans un examen critique de ces dynamiques sociétales, le Québec pourrait se diriger vers une stagnation démographique irrémédiable, dépendant exclusivement de l'immigration pour pallier ses faiblesses internes. Une réflexion posée et collective s'impose, pour que la dénatalité ne devienne pas une fatalité acceptée, mais un défi relevé avec lucidité.

Source: Pourquoi la moitié des Canadiennes ont moins d’enfants qu’elles en voudraient


Voir aussi
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Les Québécoises ont moins d’enfants qu’elles le désirent, que fait le gouvernement ?

Lien croissant entre mariage, fécondité et appartenance politique

Pourquoi les Français font moins d’enfants qu’ils n’en voudraient

Des « seuils astronomiques » d’immigration peuvent nuire à la natalité

« Faire des bébés, c’est payant... mais personne au Québec n’en veut! »

Quelle majorité assimile quelle minorité dans les écoles montréalaises ?

Le projet de constitution québécoise inquiète les pro-avortements (et les pro-vie) [Ah, l'avortement ça c'est important pour les partis politiques au Québec, la natalité par contre...]


Aucun commentaire: