vendredi 12 juin 2020

Californie : un professeur de UCLA suspendu pour avoir refusé de favoriser les étudiants noirs dans leur notation

Des étudiants « alliés », c’est-à-dire non noirs, avaient fait pression sur le professeur pour adapter la notation des élèves noirs, sur fond de la mobilisation Black lives matter. Un incident qui n’est pas une première dans le pays, et souligne la radicalisation de nombreux campus.

La semaine dernière, un groupe d’étudiants se définissant comme « non Noirs, mais alliés » demande à Gordon Klein (ci-contre en mortaise), professeur de gestion, d’adapter sa notation pour les étudiants Noirs du cours de comptabilité, et de reculer les dates limite d’envoi de certains travaux. Répondant par courriel, le professeur objecte qu’il lui serait difficile de modifier ses évaluations, n’ayant pas à « identifier » les élèves en fonction de leur race. Gordon Klein s’amuse également de la possibilité « d’étudiants métis, par exemple mi-Noirs mi-Asiatiques » : faut-il alors « une clémence totale, ou partielle ? ». Après d’autres arguments, le professeur conclut avec un parallèle historique : « Une dernière chose me frappe : souvenez-vous que Martin Luther King a dit [...] que les gens ne devaient pas être jugés selon leur couleur de peau. Ne pensez-vous pas que votre demande va à l’encontre de cet avertissement ? »

Un argumentaire qui a fortement déplu à certains étudiants, qui y ont vu un ton ouvertement dédaigneux voire « moqueur », spécifiquement envers les minorités. Rapidement, des appels à son éviction ont été diffusés sur les réseaux sociaux, avant qu’une pétition soit lancée par Preet Bains, un étudiant en climatologie.

Celle-ci exigeait que « le poste du professeur Klein soit résilié pour sa réponse extrêmement insensible, dédaigneuse et terriblement raciste à la demande d’empathie et de compassion de ses étudiants, pendant une période de troubles civils ». Le texte remarquait également que « les étudiants du pays — en particulier les étudiants noirs — ont du mal à se concentrer sur leurs études quand il y a des troubles sociopolitiques massifs qui les concernent, et l’avenir de leur sort dans ce pays ». Malgré cette étrange condescendance, la pétition a collecté à ce jour plus de 20 000 signatures. Et a déjà remporté une première victoire : l’école de management de l’Université a suspendu le cours de Gordon Klein pour trois semaines jusqu’au 25 juin, le temps de statuer sur le sort définitif de l’enseignant.

Plein de précautions, l’étudiant à l’initiative de la pétition a remercié dans la foulée de la décision tous les signataires, mais leur a demandé de continuer à partager le texte « pour s’assurer [que Gordon Klein soit] complètement démis de ses fonctions ». Avant d’aller plus loin : « La lutte pour lui faire assumer ses propos n’est pas encore terminée ». D’après le Daily Mail, le domicile de l’enseignant serait à présent sous protection policière en raison de menaces concrètes. Seul soutien dans le milieu, la Fondation des Droits individuels dans l’Éducation, spécialisée dans la défense de la liberté d’expression, a déclaré soutenir le professeur.

Un autre enseignant à UCLA, W. Ajax Peris, fait également l’objet d’une « enquête » après avoir fait prononcer le mot « nègre » dans son cours sur l’histoire du racisme. Le terme venait d’une lettre de Martin Luther King lue à haute voix, et W. Ajax Peris est connu pour ses positions libérales, mais rien n’y a fait : des étudiants ont fait état de situations de « stress » et de « colère », et demandent actuellement son éviction.

Un chantage idéologique de plus en plus pressant

Des cas qui sont loin d’être une première aux États-Unis, ou dans l’ensemble des lieux d’enseignement supérieur occidentaux. Plusieurs incidents similaires émaillent chaque année les semestres académiques, au fur et à mesure de la montée en puissance d’une certaine forme de militantisme dépassant le simple cadre de l’argumentation.

En 2015, une enseignante à l’Université de Yale s’était retirée, après un tollé provoqué par un courriel dans lequel elle défendait le droit des étudiants à se déguiser comme ils le voulaient pour Halloween, se demandant pourquoi il n’était plus possible d’être « un peu inapproprié, provocateur ». Elle et son mari, qui vivaient sur le campus, avaient été pris à partie par plusieurs étudiants, et avaient été poussés à quitter le campus.

À Evergreen State College, situé dans l’État de Washington, Bret Weinstein, professeur de biologie, avait dû quitter son poste après avoir mis en garde l’université contre l’organisation d’un jour « d’absence volontaire » des blancs sur le campus. L’objectif de l’événement était d’organiser des conférences réservées aux personnes de couleur. Après plusieurs altercations avec des étudiants, Bret Weinstein avait été poussé vers la sortie, l’affaire se concluant par un procès contre l’université et un règlement juridique.

Ces étudiants radicalisés des campus américains, en plus de ces « raids » sur le corps enseignant, élaborent depuis plusieurs années des concepts ensuite repris à travers le monde, démontrant une capacité d’influence idéologique intacte des facs américaines. C’est ainsi que s’est développée dans les universités la pratique du « Trigger Warning », avertissement de l’enseignant à ses élèves avant d’aborder un point considéré comme sensible, voire traumatisant. Étude d’ossements humains en archéologie, mais également analyse de certains événements historiques considérés comme « offensants », de nombreux professeurs se voient obligés de prendre des précautions nouvelles dans leurs enseignements. Le premier amendement de la Constitution en jeu

Une forme de prophylaxie intellectuelle, par laquelle les élèves qui la réclament assument une forme de fragilité devant la liberté d’expression traditionnelle des États-Unis. Cette dernière, sacro-sainte par le biais du premier amendement de la constitution*, devra-t-elle s’adapter ? En juin 2019, Lee Bollinger, président de l’Université Columbia, assurait qu’elle se portait « très bien », en réponse à Donald Trump qui insistait sur la pluralité des intervenants extérieurs dans les facultés, et se plaignant que ses soutiens y soient régulièrement malmenés ou désinvités. « Les normes concernant le premier amendement évoluent » avait argumenté le juriste.

En 2018, dans une tribune pour l’Association du barreau américain, une avocate, Monique Altman, faisait néanmoins le constat inverse, osant même un parallèle historique concernant les campus universitaires américains, « devenus des bastions de la censure de la liberté d’expression ». Elle rappelait que les plus zélés partisans du parti nazi, alors aux portes du pouvoir, se trouvaient parmi les étudiants des universités allemandes, « où ont eu lieu les premiers autodafés et agressions à l’égard de professeurs réfractaires ». Aujourd’hui, si la censure sur les campus est présentée « comme une défense contre la haine et les propos offensants », elle n’en étend pas moins ses principes, immuables.

*« Le Congrès n’adoptera aucune loi relative à l’établissement d’une religion, ou à l’interdiction de son libre exercice ; ou pour limiter la liberté d’expression, de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement ou d’adresser au Gouvernement des pétitions pour obtenir réparation des torts subis ».

Source : Le Figaro

jeudi 11 juin 2020

Nouvelle traduction « antiraciste » d'Autant en emporte le vent

La couverture de la nouvelle traduction linguistiquement correcte
Cette nouvelle traduction, qui sort ce jeudi, permet de revisiter une œuvre superbe et flamboyante, mais aussi jugée par beaucoup terriblement datée et scandaleuse dans sa façon de décrire les rapports raciaux dans le Sud esclavagiste.

Hasard de calendrier : alors que le classique du cinéma Autant en emporte le vent a été retiré temporairement de HBO Max, le temps d’ajouter « de la contextualisation » politiquement correcte à ce film jugé raciste par de nombreux universitaires militants, une nouvelle traduction de l’œuvre originale de Margaret Mitchell paraît ce jeudi aux petites éditions Gallmeister.

Publiée en deux volumes (720 pages chacun), en format poche, cette nouvelle version a nécessité un an de travail et « de recherches » de la part de la traductrice Josette Chicheportiche qui a eu la difficile tâche de revisiter une œuvre superbe et flamboyante, surannée, mais considérée par certains militants comme scandaleuse dans sa façon de décrire les rapports raciaux dans le Sud esclavagiste.

Fresque intemporelle sur l’amour et la guerre, Autant en emporte le vent raconte l’histoire de Scarlett O’Hara, fille de riches propriétaires sudistes, qui va voir son monde s’effondrer avec la guerre de Sécession qui ravage le Sud. Réfugiée à Atlanta à la suite d’un chagrin d’amour, elle y croisera l’aventurier Rhett Butler, avec qui elle partagera une passion tragique...


« J’ai essayé d’avoir un style chantant »

Dans la version française éditée depuis 1939 par Gallimard, le traducteur « historique » de Margaret Mitchell, Pierre-François Caillé (1907-1979) avait choisi de faire parler les Noirs de la plantation de façon caricaturale remplaçant notamment les sons « r » par une apostrophe. Ce que la nouvelle traductrice Josette Chicheportiche a décidé d’enlever :
« On part du principe que les Noirs peuvent prononcer le “r”. Je trouve ça quand même incroyable de virer les “r” et de les remplacer par des apostrophes », a-t-elle indiqué à BFMTV. « J’ai regardé comment Maupassant ou George Sand faisaient parler les paysans et j’ai essayé d’avoir un style chantant, un peu musical dans leur façon de parler. »

Dans la version française éditée depuis 1939 par Gallimard, le traducteur « historique » de Margaret Mitchell, Pierre-François Caillé (1907-1979) avait choisi de faire parler les Noirs de la plantation en imitant l’accent antillais.
« C’est-y la bonne de vot'enfant ? Ma'ame Sca'lett, elle est t’op jeune pou' s’occuper du fils de missié Cha'les ! »,
dit ainsi un personnage noir dans la version de 1939 (page 180). Sous la plume de Josette Chicheportiche cela devient :
« C’est la nurse de vot'enfant ? Ma'ame Scarlett, l’est trop jeune pour s’occuper du seul bébé de m’sieur Charles ! »
L'original anglais est pourtant très « dialectal », très petit nègre :


Parallèlement à la sortie de la nouvelle version du roman politiquement correct, Gallimard publie également jeudi, dans sa collection de poche Folio, une nouvelle édition en deux volumes de l’unique livre de Margaret Mitchell. Les lecteurs y retrouveront la traduction de Pierre-François Caillé, mais découvriront aussi une partie de la correspondance inédite entre le traducteur français et l’écrivaine américaine décédée accidentellement en 1949.

Margaret Mitchell approuvait l’utilisation du dialecte dans la traduction française

Dans une des lettres, le traducteur de l’édition classique Pierre-François Caillé explique à la romancière Margaret Mitchell ses choix de traducteur.

« Vous remarquerez, l’omission de la consonne r caractéristique de ce langage que nous appelons souvent petit nègre. Je crois qu’il n’y avait pas d’autre façon de procéder »,  explique-t-il dans une lettre datée de décembre 1937.

« Je crois que votre traduction est la seule traduction étrangère de mon livre dans laquelle les personnages nègres parlent en dialecte », le félicite en retour la romancière.

Dans le domaine public depuis le 1er janvier

La traduction classique
« Bien qu’étant indéniablement un produit de son temps, au même titre que le roman », la traduction de Pierre-François Caillé « continue de ravir par son charme et d’impressionner par sa rigueur », soutient Gallimard qui a détenu les droits exclusifs du livre jusqu’au 1er janvier, avant que le roman tombe dans le domaine public.

Succès mondial

Le livre fut publié en juin 1936, dès Noël plus d’un million d’exemplaires était vendu. Autant en emporte le vent sera traduit en 14 langues et publié à plus de 35 millions d’exemplaires dans le monde. Il fera l’objet d’un film dès 1939, devenu lui aussi un film culte, vu par des centaines de millions de spectateurs.

Le succès exceptionnel du roman est dû à ce que pour la première fois depuis la fin de la guerre de Sécession (1865), le drame subi par les populations du Sud est décrit avec beaucoup de passion et de réalisme.

En effet, cette guerre est la Première Guerre totale qui suit la Révolution industrielle, qui multiplie de manière exponentielle les moyens de destruction ; dans un contexte de type
La traduction classique
« napoléonien », ou de guerre européenne du type XVIIe siècle, le Sud aurait pu l’emporter parce que la majorité des cadres de l’armée s’y étaient ralliés et que les sudistes, majoritairement d’origine paysanne, étaient plus habitués que ceux du Nord à la vie rurale et donc à une campagne militaire.

Or l’industrie du Nord a produit en masse des quantités énormes d’armements et d’équipements logistiques, comme les chemins de fer, qui ont submergé les armées confédérées, mal équipées ; la prise et le sac d’Atlanta, le 1er septembre 1864, anticipent les batailles de Madrid, pendant la guerre d’Espagne (1936-1939) et celles de Stalingrad et Berlin, pendant la Seconde Guerre mondiale ; les ravages subis par les États du Sud, entre septembre 1864 et la fin de la guerre en avril 1865 anticipent les destructions subies par l’Europe au cours des deux guerres mondiales.

Par la publication de ce roman, l’opinion américaine prend conscience de ce que plusieurs dizaines de millions d’Américains ont subi et que l’unité de la nation américaine s’est forgée dans une épreuve très dure, loin de l’histoire officielle.

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Québec va financer l’agrandissement du Collège [fin lycée] anglophone Dawson, à Montréal

François Legault a affirmé en anglais qu’il favorisait l’expansion et le financement public des cégeps anglophones et qu’il n’étendrait pas la loi 101 aux cégeps (qui ne sont jamais que la fin du secondaire en Europe).



Nous ne parvenons pas à comprendre ce qui fait passer M. Legault pour un homme de droite  nationaliste, certaines osent même dire conservateur.

Il n’a donné qu’un gage aux nationalistes : une loi 21 sur la laïcité de l’État qui ne changera fondamentalement rien à ce qui est d’abord un problème démographique (la très faible natalité des Québécois francophones 1,5 enfant par femme, soit une descendance diminuée de 25 % à chaque génération et l’afflux de populations nombreuses qui ne partagent pas les valeurs historiques, linguistiques de la majorité francophone de souche du Québec).

Il suffit de tourner ses yeux vers la France pour se rendre compte que la laïcité ne résout pas les problèmes d’intégration, bien au contraire serait-on tenté de dire, la neutralité n’ayant jamais rien assimilé.


Billet du 8 juin.


On apprenait ces derniers jours que le gouvernement du Québec, que certains disent nationalistes francophones de centre droit, allait financer l’agrandissement du Collège [c’est-à-dire la fin du lycée ou du gymnase en Europe] anglophone Dawson, à Montréal.  Mathieu Bock-Côté a interviewé le chercheur indépendant Frédéric Lacroix sur la signification de cette décision. ***

Mathieu Bock-Côté : Que signifie, selon vous, cette annonce de la priorisation de l’agrandissement de Dawson par le gouvernement du Québec ?

Frédéric Lacroix : Le gouvernement du Québec a inscrit l’agrandissement de Dawson parmi les projets « prioritaires » à réaliser dans le cadre du projet de loi 61, la « Loi visant la relance de l’économie du Québec et l’atténuation des conséquences de l’état d’urgence sanitaire déclaré le 13 mars 2020 en raison de la pandémie de la COVID-19 ». Cet agrandissement n’est pas anodin ; il permettra à Dawson d’accueillir 800 étudiants en plus, soit autant d’étudiants qu’un petit cégep régional. Le projet n’est pas chiffré, mais, à cause de son inscription au Plan québécois des infrastructures, on sait qu’il dépasse 50 millions de dollars.


Marianopolis est un autre collège anglophone de Montréal (Westmount) subventionné par le Québec, la pancarte est bien en anglais uniquement.

Or, pendant que le gouvernement déverse ainsi des dizaines de millions de dollars sur Dawson, les cégeps français sont oubliés et ignorés : aucun projet d’agrandissement dans le réseau collégial français n’a été « priorisé » en même temps que celui de Dawson. Ceci vient confirmer, une fois de plus, le déclassement et la prolétarisation croissante du réseau collégial de langue française à Montréal.

On assiste actuellement à une véritable ruée sur les cégeps qui enseignent en anglais à Montréal ; le nombre de demandes d’admission y est en hausse constante. Dawson, par exemple, reçoit plus de 11 000 demandes d’admission par année, ce qui lui permet de sélectionner seulement les meilleurs étudiants. La demande est tellement forte que Dawson est rempli à craquer.

En même temps, les demandes d’admission dans le réseau français sont en baisse ; cela a des effets non seulement sur les effectifs, mais aussi sur la « qualité » des étudiants, qui est en baisse ; les étudiants qui « choisissent » le cégep français sont, de plus en plus, les étudiants trop faibles pour être admis à Dawson ou à John Abbott ; il y a donc un double effet : un effritement des effectifs dans les collèges français à Montréal, accompagné d’une baisse du niveau des étudiants.

Mentionnons que, de 2012 à 2018, le réseau français à Montréal a perdu 2335 étudiants au préuniversitaire et au secteur technique.

On se rappellera que le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) attribue un certain nombre de places dans les cégeps selon un « devis » ; pour Dawson, par exemple, le devis ministériel est de 7075 étudiants (voir p. 56 du « Régime budgétaire et financier des cégeps », mai 2019). Or, en 2018, Dawson en était rendu à 7889 étudiants inscrits au DEC à la formation ordinaire dans un programme préuniversitaire ou technique, soit 814 étudiants de plus que ce que son devis autorise ; depuis plus de 12 ans, Dawson excède son devis ministériel. Sans conséquence, apparemment.

Il faut savoir que dans le passé, les cégeps qui « excédaient leur devis », qui accueillaient plus d’étudiants que prévu, étaient pénalisés financièrement ; c’était là un mécanisme de répartition des étudiants en fonction des places existantes dans le réseau pour une région donnée. Mais depuis quelques années, les pénalités pour dépassement de devis ne sont plus appliquées par le MEES.

Ce que cela signifie, c’est qu’il existe des milliers de places disponibles dans le réseau français à Montréal, des places qui pourraient accueillir des étudiants sans que cela nous coûte un sou en frais d’infrastructures. Pourtant, le gouvernement du Québec juge bon de dépenser des dizaines de millions de dollars pour que ces étudiants aillent [s’angliciser] à Dawson. Pourquoi ? Je crois, en tant que citoyens et contribuables, que nous avons droit à une réponse claire à cette question.

Il faut aussi comprendre que les 800 places créées à Dawson signifient, grosso modo, 800 étudiants en moins dans le réseau français. Rappelons que la baisse de 2335 étudiants en six ans du côté français a entraîné la fermeture de quelques programmes dans les cégeps touchés par la baisse à Montréal.

Le ministre doit donc nous expliquer quels programmes il fermera du côté français pour remplir Dawson.

Mathieu Bock-Côté : Au-delà de sa mission strictement pédagogique, quelle est la fonction du cégep Dawson dans le système collégial québécois ?

Frédéric Lacroix : Les cégeps anglais en général, et Dawson en particulier, sont les institutions réservées à l’élite. L’élite académique de Montréal, celle issue de coûteuses écoles privées et de programmes particuliers, s’inscrit massivement à Dawson. Les moyennes générales requises pour accéder à Dawson font en sorte que seuls les étudiants disposant d’un important capital social peuvent y entrer. En sciences de la nature, par exemple, la moyenne générale au secondaire exigée pour entrer à Dawson est en haut de 85 %.


De plus, Dawson et John Abbott sont les club-écoles pour McGill et Concordia. Une étude effectuée en 2010 avait démontré que 90 % des finissants des cégeps anglais s’inscrivaient à McGill et à Concordia ensuite. L’agrandissement de Dawson ne vient donc pas seulement vider le réseau collégial français ; il aura aussi des impacts sur les universités de langue française, qui voient, et qui vont voir de plus en plus le flux d’étudiants postulant chez elles se tarir au fur et à mesure que le collégial anglais se développera. Cela viendra donc, par exemple, priver l’UQAM et l’Université de Montréal de 720 étudiants annuellement, environ.

Un rapport du Conseil supérieur de l’éducation publié en 2016, pointant du doigt la ségrégation qui règne dans le milieu scolaire au primaire et au secondaire au Québec, avait sonné l’alarme : « La concurrence en éducation est indissociable de la perception que toutes les écoles ne sont pas équivalentes : elle alimente donc la crise de confiance qui fragilise le système public. Cette crise de confiance accentue la tendance à regrouper les élèves selon leur profil scolaire et socioéconomique. Il en résulte une forme de ségrégation qui conduit à un système d’écoles à plusieurs vitesses. L’écart se creuse donc entre les milieux : certains établissements ou certaines classes sont considérés comme moins propices à l’apprentissage (les familles qui le peuvent les fuient) et les conditions de travail y sont plus difficiles (les enseignants qui le peuvent les fuient également). »

Les conclusions de ce rapport peuvent se transposer au niveau collégial. Au collégial, comme les clauses scolaires de la loi 101 cessent de s’appliquer [pour d’étranges raisons puisqu’en Europe ce n’est que la fin du lycée], la ségrégation basée sur le statut socioéconomique des parents qui s’exprime au primaire et au secondaire se double d’une ségrégation selon la langue d’enseignement. Les cégeps anglais jouent au niveau collégial le même rôle que jouent les écoles privées au secondaire : derrière le paravent de « l’excellence », elles permettent un regroupement des élèves provenant des classes aisées, qui n’ont pas à souffrir la mixité sociale et qui viennent s’y préparer pour aller éventuellement à McGill ou à Concordia, et pour travailler en anglais.

Ce qui est dramatique dans le cas des cégeps anglais, c’est qu’il s’agit d’institutions publiques financées à 100 % par l’État québécois. Dans le cas des écoles privées au secondaire, il y a au moins l’excuse que l’État ne débourse pas la totalité de la facture.

Il est donc sidérant de lire, dans l’article du Journal de Montréal du 6 juin (« 800 étudiants de plus au collège anglophone Dawson »), la phrase suivante, dite par le directeur du cégep Dawson, M. Richard Filion, parlant de l’agrandissement de Dawson : « Pour la grande majorité de la population, c’est une opportunité inespérée parce qu’ils ne peuvent pas se payer des camps de vacances en immersion en anglais en Ontario ou dans le nord des États-Unis, ils n’ont pas l’argent pour ça. Il faut penser à l’étudiant là-dedans. »

M. Filion affirme des choses, pour le dire poliment, qui sont le contraire de la réalité.

Comme je l’ai déjà expliqué dans un entretien précédent (« Aller au cégep anglais pour apprendre l’anglais ? Vraiment ? », publié le 10 mars 2020), les étudiants ne choisissent pas Dawson pour « apprendre l’anglais », car la majorité des étudiants qui s’y inscrivent est déjà bilingue ; la hausse des heures accordées à l’anglais à l’école française depuis 15 ans, combinée à l’omniprésence de l’anglais dans l’univers numérique qui est celui des jeunes, a conduit à une universalisation de la connaissance de l’anglais (et à une fragilisation du français), du moins à Montréal. Non seulement ça, mais les étudiants admis à Dawson sont issus, en majorité, des écoles privées et des écoles à programmes particuliers de Montréal ; ils ont eu de l’anglais « enrichi » tout au long de leur parcours scolaire.

Ils sont déjà, en majorité, « full » bilingues. Les données de recensement indiquent une hausse très importante du bilinguisme chez les jeunes dans les 15 dernières années. De plus, la motivation des jeunes pour apprendre l’anglais, pour plusieurs, ne semble plus être du type instrumental, mais du type intégratif : ils ne veulent plus seulement apprendre l’anglais (qu’ils connaissent déjà), mais s’intégrer au groupe anglophone. C’est là le rôle que joue Dawson : c’est la porte d’entrée au monde anglophone.

J’aimerais bien que M. Filion publie les données sur la provenance des étudiants admis à Dawson. Quelle proportion provient des écoles privées et des écoles à programmes particuliers ? Combien d’élèves proviennent des programmes réguliers des écoles publiques de l’est de Montréal ?

Cela explique également pourquoi, malgré le fait que la nécessité d’imposer la loi 101 au cégep crève les yeux depuis au moins une vingtaine d’années, rien n’est fait en ce sens et pourquoi notre élite est incapable de prendre position sur cette question qui est pourtant absolument vitale pour la survie du Québec français ; c’est parce qu’une bonne partie de notre élite est la première à profiter de la situation : l’anglicisation de sa progéniture est assurée par les fonds publics.

« Après moi, le déluge » est certainement l’attitude la plus répandue chez elle. Chacun veut aller chercher un avantage concurrentiel sur le marché du travail en s’anglicisant le plus possible ; peu importe que cela soit en train de causer l’effondrement du Québec français. Et c’est pour ça aussi que seul le gouvernement du Québec est en mesure d’agir efficacement sur cette question. C’est le seul en mesure de transcender les égoïsmes et les calculs individuels qui sont en train de nous mener à notre perte.

En cela, et c’est une analogie que j’aime bien, la question linguistique ne diffère pas de la question climatique.

Mathieu Bock-Côté : Comment expliquer la croissance de Dawson ? Ne doit-on pas y voir un signe manifeste de l’accélération de l’anglicisation de Montréal ? Le directeur du collège explique lui-même que son cégep attire les allophones [relativement] francisés. N’est-ce pas un terrible aveu ? N’avoue-t-il pas ainsi que la francisation n’a pas vraiment fonctionné, qu’elle n’était que superficielle ?

Frédéric Lacroix : Il est intéressant de savoir qu’il y a même plus d’allophones (langue maternelle) à Dawson que d’anglophones : en 2018, c’était 38,4 % d’anglophones, 22,1 % de francophones et 39,5 % d’allophones. Depuis 2000, les anglophones y sont minoritaires en nombres absolus et y sont maintenant, depuis 2018, minoritaires en nombres relatifs. Les anglophones sont minoritaires dans cette institution qui devrait leur être destinée en premier lieu !

Le groupe dominant à Dawson est celui des allophones. Et cela sera de plus en plus vrai à l’avenir, la proportion d’anglophones ayant passé de 49,4 % en 2000 à 38,4 % en 2018. Normalement, donc, Dawson devrait accueillir moitié moins d’étudiants qu’il ne le fait.

L’on comprend que les clauses scolaires de la Charte de la langue française sont insuffisantes pour assurer que la nette majorité des allophones scolarisés en français s’inscrive ensuite dans les cégeps et universités de langue française. Pour de nombreux allophones, tout ce que fait la Charte, c’est assurer une immersion française forcée pendant le primaire et le secondaire.

Il faut comprendre que les clauses scolaires de la Charte ne touchent qu’environ 20 % des immigrants qui s’installent au Québec, soit ceux qui sont en âge scolaire à l’arrivée. La très vaste majorité des immigrants, soit 80 %, échappe à la francisation obligatoire. Si tous les immigrants arrivaient au Québec en tant que bébés, les clauses scolaires auraient certainement un effet beaucoup plus puissant. Mais, à l’heure actuelle, tous les immigrants de 15 ans et plus qui arrivent peuvent, par exemple, s’inscrire directement dans les cégeps et universités anglaises ; le « libre choix » de la langue d’enseignement au postsecondaire défait une grande partie du travail que fait la Charte au primaire et au secondaire.

On sait aussi que l’inscription dans un cégep anglais n’est pas une simple « immersion linguistique » où l’étudiant irait apprendre l’anglais pour ensuite continuer le reste de son parcours (et de sa vie) en français, comme l’affirme pourtant le directeur de Dawson. Une importante étude de l’Institut de recherche sur le français en Amérique (IRFA), réalisée pour le compte de la CSQ en 2010, avait prouvé que le choix du cégep anglais était un véritable « choix de vie » et avait des conséquences majeures sur l’orientation linguistique et culturelle subséquente : le choix du cégep anglais menait ensuite à l’université en anglais (à 90 %), à travailler en anglais, à l’utilisation de l’anglais comme langue de socialisation avec ses amis, à l’anglais comme langue de consommation culturelle et comme langue d’usage publique. Le cégep anglais est un milieu de vie anglicisant. En comparaison, les comportements des allophones inscrits au cégep français sont presque symétriquement opposés à celui des allophones inscrits au cégep anglais. Le cégep français francise ; cela est démontré.

La seconde affirmation de M. Filion, comme quoi « il faut cesser d’accuser les cégeps anglophones d’être responsables de la “présumée anglicisation” de Montréal », est stupéfiante de mauvaise foi.

M. Filion nie l’anglicisation de Montréal, un fait solidement établi, entre autres par Statistique Canada (voir « La situation du français à Montréal : une catastrophe », sur ce blogue, publié le 26 janvier 2020).
Non seulement cela, M. Filion affirme que les cégeps anglais n’ont rien à voir là-dedans ! On sait cependant depuis l’étude de l’IRFA que les cégeps anglais sont l’un des rouages majeurs dans la mécanique de l’anglicisation de Montréal. Cela est démontré hors de tout doute raisonnable. J’en ai parlé dans plusieurs textes et je ne referai pas la démonstration ici ; le lecteur pourra s’y référer au besoin.

La position de déni de M. Filion n’est plus tenable ; il ne peut plus affirmer cela sans craindre de passer pour l’idiot du village.

Il devrait simplement admettre la réalité et dire que selon lui, il n’y a aucun problème à ce que l’élite soit formée en anglais. Et qu’il est fier que son institution y joue un rôle majeur.

Mathieu Bock-Côté : Comment inverser la tendance ? La bataille du français est-elle perdue à Montréal ?

Frédéric Lacroix : Il faut réaliser que le premier responsable du recul du français au Québec est le gouvernement du Québec lui-même, qui finance maintenant de façon « prioritaire » les institutions anglophones à Montréal. C’est le gouvernement du Québec, de par ses politiques de financement, qui finance l’érosion des institutions de langue française au Québec. C’est le Québec qui finance sa propre assimilation. Il faut d’abord prendre toute la mesure de l’absurdité de cette situation.

Comment qualifier cela de « bataille », alors que notre propre équipe est occupée à « scorer » dans ses propres buts ? Personnellement, je manque de mots pour décrire cette situation kafkaïenne et grotesque. L’aveuglement et le déni de réalité nous tiennent lieu de politique, et ce, depuis longtemps.

Mais plus que cela, avec cette décision de prioriser Dawson, la CAQ se confond avec le PLQ. On s’attendait pourtant, de la CAQ, à ce qu’elle défende le français ; c’était là ce qu’affirmait M. Legault. Doit-on comprendre qu’il dit une chose et fait le contraire ? On sait que la CAQ prépare un projet de loi sur la langue. Mais il faut comprendre que quelques mesurettes cosmétiques ne suffiront jamais à renverser les effets structurants de cette décision d’agrandir Dawson, qui va angliciser des centaines de jeunes supplémentaires par année. Cette décision est un bidon d’huile versée sur le feu qui couve de l’anglicisation de Montréal.

La solution est pourtant connue depuis longtemps : il est évident qu’il faut étendre les clauses scolaires de la Charte au niveau collégial. Il est urgent de cesser de financer notre assimilation. [Une meilleure natalité locale serait aussi une solution, l’immigration devrait diminuer afin de pouvoir donner du temps pour assimiler les immigrants.]

Mathieu Bock-Côté : Que pensez-vous de l’omniprésence de l’anglais dans les récentes manifestations tenues au Québec à la suite de la mort de George Floyd à Minneapolis ?

Frédéric Lacroix : Il est remarquable de noter que l’anglais était la langue véhiculaire, la « langue commune » des manifestations qui ont eu lieu partout au Québec en fin de semaine passée. À Montréal, à Trois-Rivières, à Québec, l’anglais était omniprésent, sur les pancartes, dans les slogans, etc. À tel point que les images des manifestations au Québec auraient pu provenir des États-Unis. Cela est, à mon avis, plus que troublant. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas dénoncer le cancer du racisme tout en s’inscrivant dans le contexte linguistique et culturel qui est le nôtre. Cela risquerait même d’avoir plus de résonance et de portée que ces manifestations tenues en anglais.

Mais je ne vois pas comment l’on peut encore, après cela, comme le fait le directeur de Dawson, nier l’anglicisation de Montréal. Mais plus encore, on voit que toute une partie de la jeunesse a intégré l’idée que l’on ne peut se projeter dans l’universel qu’en anglais. Cela témoigne, à mon avis, non seulement de l’anglicisation croissante de la jeunesse, et pas uniquement à Montréal, mais aussi de l’américanisation de cette dernière, qui se projette dans le monde en passant par les États-Unis. C’est un témoignage éloquent de la puissance du soft power américain, qui a complètement reconfiguré notre univers culturel en général, et l’univers culturel des jeunes en particulier, dans les 15 dernières années. C’est une donnée que nous n’avons pas encore intégrée dans nos politiques culturelles et dans notre politique linguistique, et qui est désespérément à la traîne.

Bref, la rupture culturelle entre les générations est de plus en plus évidente et béante. Je dirais qu’elle menace même d’engouffrer le Québec français au complet.

Manifestants BLM défigurent statue d'un des premiers abolitionnistes

Le 10 juin 2020, les manifestants de Black Lives Matter ont défiguré une statue de Matthias Baldwin devant l’hôtel de ville de Philadelphie à Philadelphie (États-Unis), avec le mot « colonisateur » et son visage peint en rouge malgré le fait que Baldwin s’est très tôt opposé à l’esclavage et aux mauvais traitements infligés aux personnes en fonction de la race.

En 1835, Baldwin donna de l’argent pour créer une école pour les enfants afro-américains à Philadelphie et continua pendant des années à payer les salaires des enseignants de sa poche par la suite. Baldwin était un fervent partisan de l’abolition de l’esclavage aux États-Unis, une position utilisée contre lui et son entreprise par des concurrents désireux de vendre des locomotives aux chemins de fer basés dans le Sud esclavagiste.

Baldwin était membre de la Convention constitutionnelle de l’État de Pennsylvanie de 1837 et a émergé en tant que défenseur des droits de vote des citoyens noirs de l’État.

Mais, Baldwin était un homme blanc mort cisgenre et hétérosexuel et puis la culture historique n'est qu'une construction colonialiste, c'est bien connu.



Voir aussi sur les iconoclastes






Personnes « racisées » devant un graffiti qui dénonce Churchill comme un raciste (7 juin 2020 à Londres)



mercredi 10 juin 2020

77% des Québécois pour suspendre l'immigration jusqu'à un vaccin Covid-19 et la résorption du chômage

Selon un récent sondage de la société ONE, la majorité des Canadiens veulent fermer les frontières et suspendre l'immigration au pays jusqu'à ce que la menace de coronavirus soit passée et jusqu'à ce que l'économie canadienne se rétablisse complètement.

Les trois quarts des Québécois (77%) et des Canadiens (76%) interrogés par ONE, une société de sondage basée à Toronto, sont fortement d'accord ou modérément d'accord avec la déclaration: le Canada devrait suspendre temporairement l'immigration jusqu'à ce qu'un vaccin soit développé pour le coronavirus et que le taux de chômage tombe à niveaux de coronavirus.

L'enquête révèle un vaste consensus sur la pause de l'immigration dans toutes les régions, tous les groupes d'âge, tous les niveaux de scolarité, tous les niveaux de revenu, la préférence des partis politiques et dans les deux langues officielles.

Les deux tiers des Canadiens qui ont voté libéral (67%) aux élections fédérales de 2019 appuient cette affirmation, tout comme les deux tiers des électeurs néo-démocrates (66%). Le consensus est encore plus fort parmi les électeurs conservateurs, 67% étant fortement d'accord et 22% modérément d'accord.


De même, 48% des électeurs du Bloc sont fortement d'accord et 39% modérément d'accord avec la pause de l'immigration.

Les Canadiens conviennent également que les programmes d'immigration temporaire du Canada devraient également être suspendus pendant cette période.

Près des deux tiers (61%) des Canadiens interrogés conviennent que «le Canada devrait suspendre temporairement le programme des travailleurs étrangers temporaires jusqu'à ce qu'un vaccin soit développé pour le coronavirus et que le taux de chômage redescende au niveau d'avant le coronavirus.»

En avril dernier, le Premier ministre Justin Trudeau a laissé entendre que la vie au Canada ne reviendrait pas à la normale avant la mise au point d'un vaccin. "La normalité telle qu'elle était avant ne reviendra pas avant que nous recevions un vaccin pour cela ... ce sera très loin", a déclaré le Premier ministre lors de sa performance quotidienne dans les médias sur COVID-19. «Nous devrons rester vigilants pendant au moins un an.»

Même si un vaccin peut prendre des années, l’économie du Canada peut avoir besoin de plus de temps pour se rétablir. Le taux de chômage en février 2020, avant la pandémie de coronavirus et les blocages qui en résultaient, était de 5,6%. Selon le rapport sur l'emploi de mai 2020, le taux de chômage au Canada est à un niveau record de 13,7%.

Avec des millions de Canadiens sans emploi et à la recherche d'un emploi, la justification de l'embauche de travailleurs étrangers temporaires pour combler le manque de main-d’œuvre ne tient pluspour les Canadiens. Plutôt que d'importer de la main-d'œuvre bon marché des pays en développement et de risquer que ces voyageurs emportent avec eux un coronavirus, cette enquête montre que les Canadiens préféreraient largement embaucher des résidents du Canada.


Histoire moderne racisée — « Les Haïtiens ont éduqué les Québécois »

Anastasia Marcelin est directrice de la Ligue des Noirs nouvelle génération. Elle était l’organisatrice de la marche « contre le racisme » de dimanche dernier. En novembre 2019, Anastasia Marcelin a publié sur Facebook cette vidéo où celle-ci affirmait que le Québec a ouvert sa porte aux Haïtiens du temps de Duvalier pour venir éduquer les Québécois, et ce, jusqu’à aujourd’hui, car selon elle, la plupart des Québécois sont des paresseux sur le bien-être social.



Le reportage de Radio-Canada sur la manifestation et qui interroge Mme Marcelin est plus lissé, bien sûr, car la culpabilisation des Québécois est une noble cause. Des milliers de manifestants se sont rassemblés au centre-ville de Montréal pour dénoncer le racisme et honorer la mémoire des victimes de la brutalité policière, pour un deuxième dimanche d’affilée. Une grande marche familiale dans les rues de la ville qui s’est déroulée dans le calme, malgré quelques moments de tension.

« Après 400 ans d’exploitation, on n’en peut plus », crie au micro Anastasia Marcelin, l’une des organisatrices. Elle fait référence aux premiers esclaves africains arrivés il y a quatre siècles en Virginie.

« Aujourd’hui, c’est la dernière marche que nous organisons », ajoute la directrice de la Ligue des Noirs Nouvelle Génération, en pleurs. Une femme parle dans un porte-voix, suivie d’une foule compacte, pendant une manifestation au centre-ville.


« No justice, no peace », scande Anastasia Marcelin, une des organisatrices de la marche. On remarquera la place de l’anglais, autre preuve de l’américanisation du Québec, en sus de l’immigration non européenne récente qui apporte son lot de luttes contre le racisme. Une société apaisée.

vendredi 5 juin 2020

PISA 2018 — les bons résultats de la Suède s'expliqueraient par l'élimination de 11 % de mauvais élèves, surtout immigrés

Le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) est un ensemble d'études menées par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), et visant à mesurer les performances des systèmes éducatifs des pays membres et non membres. Les enquêtes sont menées tous les trois ans auprès de jeunes de 15 ans dans les 36 pays membres de l'OCDE ainsi que dans de nombreux pays partenaires et aboutissent à un classement dit « classement Pisa ».


Lors du dernier classement PISA, présenté en décembre 2019, les jeunes Suédois ont obtenu de meilleurs résultats lors des tests effectués en 2018 que lors des tests précédents dans les trois matières et ont grimpé au sommet du classement international. La ministre suédoise de l’Éducation, Anna Ekström, avait qualifié cette journée « de grand jour » et de s'exclamer  : « Voilà un message fort : les écoles suédoises sont fortes ».

Rebond de la Suède dans les trois domaines d'étude PISA

Le journal suédois Expressen (circulation de 270,900 exemplaires) affirme qu’un grand nombre d'élèves nés à l'étranger ont été incorrectement retirés de l'échantillon des élèves de 15 ans qui participent aux tests PISA.

De la sorte, la Suède aurait violé les règlements officiels de l'OCDE. Les chiffres indiquent également que des élèves nés en Suède ayant de faibles compétences linguistiques ont également été retirés des échantillons soumis aux tests PISA.

Pour le quotidien stockholmois, si les règles avaient été suivies, les résultats suédois auraient été bien pires et la Suède serait probablement revenue aux bas niveaux des années précédentes dans les trois sujets étudiés (compréhension de la lecture, mathématiques et sciences) .

Pour le journal Expressen, il semble y avoir ici de graves erreurs de méthode qui ont systématiquement amélioré la moyenne. Depuis lors, l'Agence nationale pour l'éducation a utilisé cette moyenne gonflée pour donner une image trop positive de la performance de l'école suédoise, explique Magnus Henrekson, professeur d'économie qui se penche sur le rendement de l'école suédoise.

Dans le même temps, des voix critiques se sont élevées contre la Suède qui aurait le "taux d'exclusion" le plus élevé du monde. Après avoir décidé qui allait passer l'examen, onze pour cent des étudiants ont été retirés de l'échantillon, soit en raison d'un handicap, soit parce qu'ils étaient des immigrés récents avec de trop faibles compétences linguistiques pour participer. 

Selon le quotidien suédois, conformément aux règles des tests PISA, à laquelle tous les pays participants doivent se conformer, seuls les élèves nouvellement arrivés en Suède qui ont suivi un enseignement en suédois depuis moins d'un an sont autorisés à ne pas participer à l’étude. Les étudiants qui ont suivi des cours en suédois depuis un an ou plus doivent passer l'examen.

La liste des écoles participant au PISA est tenue secrète par l'Agence nationale suédoise pour l'éducation, mais l’Expressen est parvenu à en retracer certaines.

Le quotidien s’est entretenu avec trois directeurs écoles participantes, ils sont tous responsables de rendre compte à l'Agence nationale pour l'éducation dans le cadre des tests PISA. Chacun fournit des réponses complètement différentes à la question de savoir combien de temps un étudiant nouvellement arrivé aurait dû suivre un enseignement en suédois pour participer aux épreuves. Un directeur a affirmé que le seuil pour eux est de deux ans, citant la définition de « immigrant récent » de la municipalité. Ulrika Mattsson, directrice du Palmbladsskolan à Uppsala, confirme que son école a violé les règles de l'OCDE et exclu des tests PISA des élèves nouvellement arrivés qui avaient pourtant suivi un enseignement en suédois depuis plus d'un an.
COMMENT FONCTIONNE LA SÉLECTION PISA

PISA est une étude internationale menée dans des pays du monde entier qui mesure chez les jeunes de 15 ans la compréhension et les connaissances en lecture, en mathématiques et en sciences. Le test est effectué tous les trois ans depuis 2000.

La première étape consiste à échantillonner diverses écoles auxquelles étaient inscrits les élèves de 15 ans. Certaines des écoles sont exclues à cette étape sans qu’il soit clair pour nous pourquoi certaines sont exclues à ce stade. Le Québec est d’ailleurs une des juridictions qui élimine le plus des écoles choisies au préalable (20,5% des écoles québécoises d'abord choisies sont remplacées, voir tableau ci-dessous). Parce qu’elles sont d’un faible niveau scolaire ? À forte proportion immigrée ? Ont trop peu d’élèves de 15 ans ?

Chaque pays participant indique son nombre total de jeunes de 15 ans et combien d'entre eux fréquentent la 7e année scolaire ou plus. De ce groupe, un échantillon représentatif d'étudiants est invité à participer au PISA.

Dans chaque école échantillonnée, la liste de tous les élèves admissibles (soit ceux de 15 ans), indépendamment du niveau scolaire, a d’abord été dressée. Les tableaux A.1a et A.1b montrent le nombre total d’élèves exclus par province qui sont classés dans des catégories précises conformément aux normes internationales. Les élèves pouvaient être exclus s’ils faisaient partie de l’une des trois catégories suivantes pour incapacité fonctionnelle ou intellectuelle ou une connaissance limitée de la langue de l’évaluation, habituellement, les élèves ayant bénéficié de moins d’un an d’enseignement dans la langue de l’évaluation.

Chaque école signale ensuite à l'autorité responsable du pays (Agence nationale suédoise pour l'éducation) quels élèves doivent être exclus, de sorte que, pour diverses raisons, ils ne sont pas considérés comme capables de passer le test. Ces étudiants sont considérés comme "exclus". Les élèves qui ont été sélectionnés pour passer le test PISA, mais qui ne se présentent pas au test pour diverses raisons sont plutôt comptés comme n’ayant pas participé.
« C'est extrêmement grave »

L'Expressen a compilé des statistiques de l'Agence nationale pour l'éducation, de l'Agence suédoise des migrations et de Statistiques Suèden avec l'aide du professeur Magnus Henrekson de l'Institut de la recherche commerciale pour les analyser.

Sur base de ces calculs, le quotidien affirme pouvoir montrer à quoi auraient ressemblé les résultats des élèves suédois au PISA 2018 si les règles avaient été suivies.

Selon les calculs de l’Expressen montrent que les résultats suédois en compréhension de la lecture auraient été inférieurs d'au moins 5 à 13 points si la Suède avait suivi les réglementations de l'OCDE. En effet, un grand groupe d'étudiants nés à l'étranger, qui auraient obtenu des résultats bien inférieurs à la moyenne, ont été retirés de l'échantillon du PISA pour des motifs incorrects. Cinq points de compréhension en lecture correspondent à la quasi-totalité du gain de la Suède depuis le PISA 2015.

« C'est extrêmement grave, d'autant plus que les résultats du PISA ont été utilisés dans la pratique pour comparer l'école suédoise actuelle par rapport à d'autres pays et son évolution au fil du temps », explique Magnus Henrekson.

Des résultats inférieurs de 13 points auraient entraîné une nette baisse par rapport aux résultats précédents et une dégringolade de plus de dix places dans le classement international du PISA 2018.


Selon l’évaluation du professeur Magnus Henrekson, une baisse de 13 points pourrait même être optimiste, car elle est basée sur l'hypothèse que les élèves exclus auraient fait assez bien en moyenne. Même dans les deux autres matières, mathématiques et sciences, les résultats suédois auraient été bien pires si les règles de l’OCDE qui organise les tests PISA avaient été suivies et auraient probablement entraîné une baisse par rapport aux résultats précédents.

L’Agence nationale pour l’éducation suédoise se défend en indiquant que ce grand nombre d’exclusions s’explique par à l’accueil important de réfugiés en Suède ces dernières années, qu’elle pensait pouvoir légalement exclure de l’échantillon selon certaines recommandations de l’OCDE.

jeudi 4 juin 2020

Les gros médias dont la SRC mettent en avant une étude contre la chloroquine et occultent une autre en faveur

Les médias de grand chemin en sont coutumiers. Notre très chère Radio-Canada (plus d’un milliard de dollars de subventions par an) en est un bon exemple. Il faut faire très peur au sujet de la Covid-19 et n’annoncer que de mauvaises nouvelles en ce qui concerne la chloroquine, un traitement potentiel. Nous nous perdons en conjectures sur les raisons de cette ligne éditoriale, est-ce parce que Trump est optimiste et s’est déclaré en faveur de la chloroquine ? Et qu’il faut donc prendre le contre-pied ? Est-ce parce que cette panique pourrait permettre de remettre en cause l’ordre économique et politique considéré comme injuste ?

Nous ne prenons pas ici position sur le traitement à la chloroquine associée à de l'azithromycine
(est-elle efficace ou non), mais sur la sélectivité des médias comme la SRC qui tend à l'alarmisme et à ne publier rapidement que des nouvelles négatives de la chloroquine, un traitement potentiel, que Trump a dit privilégier.

Résumé de nos épisodes précédents :

1. La SRC annonce d’un air grave au Téléjournal le 6 mai que la situation s’aggrave dans les États américains qui déconfinaient, comme la Géorgie, ce n’était pas le cas et c’est encore moins le cas aujourd’hui, voir la courbe officielle des décès de Géorgie en ce jeudi 4 juin (il en va de même de la Floride qui avait aussi déconfiné) :



2. Dans le même journal télévisé, Radio-Canada interroge un expert, il est extrêmement pessimiste. Le Téléjournal soulignait par deux fois les propos apocalyptiques de cet expert (sans contrepartie plus optimiste). Le correspondant radio-canadien résume : « cela équivaut aux pires moments de la grippe espagnole, et il prévient ce n’est qu’un début : “Aussi tragique qu’ait été la situation, ce n’est que le début”. » La Grippe espagnole, rien que cela. Une époque sans antibiotique, des populations affaiblies au sortir de la Première Guerre mondiale, avec de nombreux cas empoisonnement à l’aspirine. Radio-Canada n’interroge aucun expert qui pourrait modérer cette prédiction apocalyptique.

3. Une étude controversée dès sa parution le 22 mai prétendait que la chloroquine était non seulement inefficace, mais dangereuse.  La SRC en publie tout de suite les conclusions sans aucune mise en garde, conditionnel ou prudence. En une semaine, Radio-Canada publiait près d’une dizaine d’articles sur une étude du Lancet de Londres et des conséquences négatives du traitement à la chloroquine. Moins de deux semaines après cet emballement médiatique, l’étude devenue « bidon » sous la pression des médias sociaux, est rétractée, une des rétractations les plus rapides dans l’histoire du Lancet...




Dernier épisode : la SRC publie mercredi 3 juin 2020 une étude [Boulware et al.] défavorable à la chloroquine (cela semble être la ligne éditoriale) dès sa parution. Littéralement. Et cela dans la catégorie « tout (hmmm) sur la pandémie ».

Cette étude trouve bien que moins de gens ont été infectés dans le groupe traitement à la chloroquine, mais la différence n’était pas statistiquement significative. Pas d’effets secondaires graves à la chloroquine non plus.

Notons que comme on le verra le titre est faux, l'étude trouve une faible efficacité à l'hydroxychloroquine, celle-ci n'est pas statistiquement significative, mais elle ne prouve nullement l'inefficacité car sa puissance statistique est minée par des erreurs de mesure potentielles. Bref une étude peu informative, non concluante dont les médias interprètent mal les conclusions. Mais bon, comme on pense qu'elle est défavorable à la chloroquine on en fait grand bruit.



Le chapeau sous le titre de la SRC est aussi erroné : l’étude indienne (6.) publiée plus tôt est bien randomisée (par tirage aléatoire) et en double aveugle.


Elle est tout de suite vivement critiquée (mais Radio-Canada ne s’en est pas fait l’écho), car elle n’a pas utilisé de tests PCR pour évaluer si le personnel était atteint de la Covid-19, mais s’est basé sur les symptômes souvent communs à la grippe.





Bon, j’ai maintenant lu cette étude [Boulware et al.] et, roulement de tambour, c’est encore une merde qui n’apporte rien et n’aurait jamais dû être publiée dans le NEJM et encore moins faire l’objet d’articles de presse avant même sa publication.

Notez d’abord que l’étude porte sur la question de savoir si l’hydroxychloroquine a un effet prophylactique en protégeant les personnes à risque d’être infectées. Ce n’est donc pas la question qui fait l’objet du débat le plus intense, à savoir si l’hydroxychloroquine a un effet thérapeutique chez les gens déjà malades, mais en soi ce n’est pas grave, c’est aussi une question intéressante.

Il y aurait pas mal de choses à dire sur le moment choisi de l’intervention et est-ce que ça permet vraiment de tester un effet prophylactique, mais ça n’aurait pas grand intérêt parce que cette étude souffre d’un défaut tellement énorme qu’à côté tout le reste n’a pas d’importance.

Le problème en question c’est que, en raison du manque de tests à l’époque, l’immense majorité des participants n’ont pas pu être testés par PCR. Parmi ceux qui ont été jugés positifs, l’infection a été confirmée en laboratoire dans moins de 20 % des cas.
 
Les autres ont été diagnostiqués comme souffrant de COVID-19 parce qu’ils avaient des symptômes compatibles avec la maladie. Les participants recevaient le traitement par la poste et répondaient à un questionnaire en ligne...

Or, l’étude a été réalisée en mars, à une époque où il y avait a priori encore plein de grippes et de rhumes, donc l’absence de test PCR dans l’immense majorité des cas a forcément introduit énormément d’erreurs de mesure.

Cette erreur de mesure a pour effet de réduire la puissance statistique du test en noyant tout signal éventuel, donc leur calcul de puissance pour déterminer la taille de l’échantillon dont ils avaient besoin ne vaut rien puisqu’il ne prend pas en compte l’erreur de mesure...

J’ai fait une petite simulation dans la nuit pour me faire une idée de l’effet que cette erreur de mesure a pu avoir sur la puissance statistique selon les hypothèses qu’on fait sur la taille de l’effet et les autres paramètres.

J’ai mis le code en ligne sur GitHub pour que vous puissiez essayer vous-même avec différentes hypothèses et vérifier que je n’ai pas fait d’erreur quelque part vu que j’ai fait ça rapidement à 2 h du mat. [...]

Je pense que les hypothèses que j’ai faites sont déjà très optimistes, mais par acquit de conscience j’ai essayé avec d’autres combinaisons d’hypothèses et, dans tous les cas, la puissance statistique restait bien en dessous de ce qui est désirable.

Je sais déjà que, pour défendre les auteurs et le NEJM, on va me dire que les auteurs ont pris soin de noter les « limitations » de l’étude dans le papier, mais franchement c’est une blague. Ils notent en effet comme une « limitation » le manque de tests PCR, mais ne font aucun effort pour estimer les conséquences de l’erreur de mesure que ça introduit et font un calcul de puissance purement théorique et détaché de la réalité.

La presse s’est bien sûr empressée d’obtempérer puisque, comme Trump a admis prendre de l’hydroxychloroquine à titre prophylactique, c’était l’occasion de lui taper dessus... C’est le cas du NYT et j’ai vu que le Washington Post avait fait de même.

L’article du NYT mentionne en passant que « tous les participants n’ont pas pu être testés », mais je n’avais jamais imaginé en lisant ça que la proportion était si basse !

 

Bref, encore une fois, c’est un cas d’école en termes de mauvaises pratiques scientifiques et journalistiques, mais bien sûr ni les auteurs de l’étude, ni le NEJM, ni le NYT ou le Post n’en souffriront, parce que tant que ça permet de taper sur Trump ce n’est pas grave.

Honnêtement, cette histoire d’hydroxychloroquine devient un gag, je commence à me demander si on n’a jamais une étude là-dessus qui n’est pas complètement pourrie... Ce n’est pourtant pas *si* compliqué à faire, mais apparemment personne n’a envie.

Pour l’équipe de France-Soir qui a parlé à un des membres de l’étude Boulware, le docteur Gibson McDonald :

Si on fait l’analyse comme les auteurs l’on fait, sur 1 jour à 4 jours indépendamment on trouve des différences non significatives. Cela veut dire que l’écart de mesure entre les deux chiffres ne peut pas être considéré comme pouvant entrainer une conclusion comme quoi le traitement fonctionne mieux que le placebo. Les bases statistiques apparaissent fiables même si les échantillons sont un peu petits et donc cela rend les tests statistiques plus délicats.

Mais avec la science statistique, allons plus loin.

Quand on regroupe les échantillons en personne ayant été exposées 1 à 2 jours ou 1 à 3 jours [à une autre personne infectée] donc avec des échantillons plus grands et donc plus fiables, là les tests deviennent significatifs.

Ainsi la conclusion de l’étude Boulware est erronée. Ce qui plaiderait en faveur de l’hydroxychloroquine et changerait les conclusions de cette étude.

(Pour reprendre l’interprétation avec des mots simples, dans le cas du rédacteur de l’étude, ils ont testé s’il y avait un effet significatif entre le groupe placebo et le groupe traitement. En faisant cela par tranche d’exposition au traitement ils arrivent à la conclusion que ce n’est pas statistiquement différent. L’analyste aurait dû vérifier sur des bases plus importantes en regroupant comme nous l’avons proposé. Avec ces regroupements le résultat devient statistiquement significatif. C’est-à-dire qu’il y a un effet positif de l’hydroxychloroquine)

Encore une fois le diable se trouvait dans le détail acte II.

Le docteur Gibson McDonald nous l’a confirmé « nous n’avons pas fait ces analyses statistiques ».
 En d’autres termes, plus on considère les gens qui ont pris le traitement tôt dans l’étude Boulware, plus l'effet positif de la chloroquine devient significatif !