dimanche 23 mai 2021

La pression médiatique de la Covid-19 en mars 2020 a connu un pic inédit depuis 1945

Cision, spécialiste en relations presse, a épluché plus de 8 millions d’articles de la Presse quotidienne nationale française pour connaître les évènements de l’histoire moderne qui ont le plus marqué les médias depuis 1945. 

Quatorze évènements majeurs ont été analysés. Par ordre chronologique : guerre de Corée, guerre d’Indochine, guerre d’Algérie, Guerre des missiles de Cuba, Mai 68, guerre du Kippour, élections présidentielles 1981 et 1988 de François Mitterrand, attentats de New York en 2001 et de Paris en 2015, élections présidentielles d’Emmanuel Macron, les gilets Jaunes et enfin la pandémie de Covid-19. Dans chaque cas, le pic hebdomadaire de l’événement a été comparé. C’est ainsi que Cision a analysé la pression médiatique en France pendant le pic d’une semaine lié au début du confinement en 2020 et les 7 jours qui ont suivi la signature des accords d’Évian qui ont marqué la fin de la guerre d’Algérie.

(Cliquez sur l’image pour l’agrandir)

Le taux de pression médiatique de la Covid-19 atteint son maximum lors de la troisième semaine du confinement de mars 2020 avec 68 % de médiatisation (soit près de 7 articles sur 10 de presse quotidienne nationale évoquent le sujet). Ce pic dépasse de peu le record absolu des événements de mai 68 qui occupaient 67 % de la médiatisation lors de la 2e semaine de grève générale.

En second plan, deux catégories d’événements se distinguent par leur médiatisation intense : les attentats et les élections présidentielles. Les attentats de Paris de novembre 2015 ont occupé 41 % de l’espace médiatique, soit 10 points de plus que les attentats du 11 septembre. Quant aux élections présidentielles, l’élection de François Mitterrand de 1988 détient le record devant Emmanuel Macron avec un taux d’occupation médiatique de 40 %.

Enfin, les guerres et conflits enregistrent une forte médiatisation. En tête, la guerre d’Algérie se soldant par la signature des accords d’Évian mobilise 30 % de la médiatisation. Notons que la chute du mur de Berlin occupera « seulement » 20 % des débats médiatiques la semaine suivant les événements.

Ces chiffres révèlent que la médiatisation de la Covid-19 — à l’exception notable de mai 68 — surpasse largement tous les événements étudiés.

Au-delà du Pic de médiatisation, il est également important d’étudier la médiatisation des évènements dans la durée. Le graphique ci-dessous illustre la courbe de médiatisation des différents évènements

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Par l’intensité de son pic et la persistance de sa forte médiatisation dans le temps, la Covid-19 bénéficie d’un traitement médiatique totalement inédit dans l’histoire de la presse.

Méthodologie : cette étude a été réalisée sur la base des archives de la Presse Quotidienne Nationale de 1945 à nos jours présente dans la bibliothèque média Europresse. L’équipe Intelligence Médias de Cision, Cision Insights, a analysé 8 695 565 articles issus des titres de presse, Le Monde, Le Figaro, Les Échos, Aujourd’hui en France, L’Humanité, La Croix, La Tribune et Libération. Après avoir identifié les grands événements qui ont marqué l’histoire des médias depuis 1945, les experts Cision Insights ont comptabilisé le nombre total de parutions de l’événement afin de déterminer leur taux d’occupation médiatique. Aussi appelé taux de pression, le taux d’occupation médiatique est le rapport entre le nombre de parution d’un sujet relativement au nombre total de parutions sur une période donnée.

Voir aussi

La psychologue Marie-Estelle Dupont sur la peur instrumentalisée pour faire adhérer la population aux mesures anti-Covid.


samedi 22 mai 2021

Pentecôte 2021

Veni Creator Spiritus est une hymne grégorienne, considérée comme la plus célèbre de toutes les hymnes de ce répertoire. Le Veni Creator fut composé par Raban Maur au IXe siècle et il est utilisé chez les catholiques mais aussi dans la plupart des Églises chrétiennes. On connait en particulier une traduction de Luther.

Latin   Traduction littérale
Veni, creator Spiritus,
Mentes tuorum visita,
Imple superna gratia
Quae tu creasti pectora.

Viens, Esprit créateur,
Visite les esprits des tiens :
Emplis de la grâce d’en haut
Les cœurs que tu as créés.
Qui diceris Paraclitus,
Altissimi donum Dei,
Fons vivus, ignis, caritas
Et spiritalis unctio.

Toi qui es appelé Consolateur,
Don du Dieu très-haut,
Source de vie, feu, amour
Et onction spirituelle,
Tu septiformis munere,
Digitus paternae dexterae,
Tu rite promissum Patris,
Sermone ditans guttura.

Toi septiforme par la fonction,
Doigt de la droite du Père,
Toi à juste titre promesse du Père,
Augmentant les langues dans le discours,
Accende lumen sensibus,
Infunde amorem cordibus,
Infirma nostri corporis
Virtute firmans perpeti.

Allume la lumière dans les sens,
Coule l’amour dans les cœurs,
En la faible force de notre corps
Donnant force pour résister.
Hostem repellas longius
Pacemque dones protinus;
Ductore sic te praevio
Vitemus omne noxium.

Repousse au loin l’ennemi
Et donne la paix sans cesse,
Qu’ainsi par toi, guide conducteur,
Nous évitions tout péril.
Per te sciamus da Patrem,
Noscamus atque Filium;
Teque utriusque Spiritum
Credamus omni tempore.

Fais que par toi nous sachions le Père,
Et que nous connaissions le Fils,
Et que des deux tu es l'Esprit
Nous croyions en tout temps.
Deo Patri sit gloria,
Et Filio, qui a mortuis
Surrexit, ac Paraclito
In saeculorum saecula.

À Dieu le Père soit la gloire,
Et au Fils, qui des morts
Est ressuscité, et au Consolateur
Dans les siècles des siècles.
Amen.
Amen

« Faire venir des immigrés pour compenser notre baisse démographique est une absurdité. Comme si les êtres humains étaient interchangeables. Faites des enfants ! »

Ce 16 mai, le commissaire au Plan en France, François Bayrou, sonnait l’alerte dans une note : la baisse inquiétante de notre fécondité met en danger notre modèle social… Pour le Haut-Commissaire au plan, deux solutions : une politique familiale ou un appel renforcé à l’immigration...

Natacha Polony prône une politique familiale plus juste, notamment avec le rétablissement du quotient familial afin de ne pas pénaliser les familles qui ont davantage d'enfants dans une même classe sociale. 

Elle se penche aussi sur les raisons moins matérielles du déclin de la natalité : la perte de volonté de transmettre, l'alignement des classes peu modestes sur les valeurs hédonistes de la bourgeoise qui s'accompagne d'une maternité reportée, la perte du sens de la lignée qui prend sans doute sa source dans la crise d'identité des Français. Pour relancer la natalité, il faut retrouver une foi dans l'avenir, une certitude de ce qu'est être Français, cela redonnerait espoir à la population et faciliterait l'intégration des étrangers.

Voir aussi 

France — Natalité en berne, abandon des politiques natalistes 

Québec — Indice de fécondité pour 2020 est tombé à 1,52 enfant/femme, il était de 1,57 en 2019 

Chine — scolarité moins longue pour augmenter la natalité  

France : « Le nombre de nos naissances n’a jamais été aussi bas. Il faut changer notre politique de natalité, en prenant exemple sur la Hongrie »  

Seul un quart des habitants de Bruxelles sont des Belges d'origine belge 

 Démographie : en 2050 pour un Européen proche de 50 ans, il y aura trois Africains de moins de 30 ans [d’âge en moyenne] 

Extrême-Orient et Occident : le boum des femmes sans enfants

La fécondité israélienne (3,1 enfants/femme) contraste avec celle de l’Occident où les pays rivalisent pour les jeunes des autres pays.

Disparaître ? de Jacques Houle : Regard franc sur l’immigration

Le monde a maintenant plus de grands-parents que de petits-enfants

Québec — Plus de 30 % des naissances issues d’au moins un parent né à l’étranger

Avortement, démographie et immigration entraînent la recomposition ethnoculturelle de l’Occident

Canada — un pays non blanc vers le milieu de ce siècle ?   

L’ONU révise à la baisse ses prévisions de la population mondiale 

La tare de l’État-providence c’est qu’éventuellement les autres finissent toujours par manquer 

Le Japon relève l’âge de la retraite à 70 ans [un quart des 128 millions de Japonais ont plus de 65 ans.] Conséquence de la faible natalité depuis 50 ans : le Japon a perdu un demi-million d’habitants en 2019. En ce début d’année 2020, les autorités japonaises craignent une nouvelle récession. Le PIB nippon du dernier trimestre 2019 s’est contracté de 1,6 %.   

Discours malthusien des écologistes qui sévit en Occident et qui préconise de ne pas avoir d’enfants pour sauver la Terre 

Corée du Sud : la surchauffe éducative, l’implosion démographique 

Qu’a-t-on mis dans la tête des jeunes ?

 

 

 

vendredi 21 mai 2021

Révision molle de la loi 101 : « tenter de freiner le déclin de la langue française dans la province francophone »

Extrait d'une chronique de Christian Rioux du Devoir, une des dernières signatures intéressantes de ce journal.

Les mots nous trahissent. Ils disent la vérité malgré nous. La semaine dernière, sur la radio de Radio-Canada, la même formule revenait en boucle. S’agissant du projet de loi 96, élus, chroniqueurs et animateurs répétaient en chœur qu’il avait pour but de « freiner le déclin du français au Québec ». La dépêche de l’AFP ne s’y trompait pas en affirmant que le projet de loi visait « à tenter de freiner le déclin de la langue française dans la province francophone ».

Personne n’aura eu la présence d’esprit d’aviser tout ce monde du sens précis du verbe transitif « freiner ». Le Grand Robert nous apprend que « freiner quelqu’un ou quelque chose » signifie le « ralentir », le « contrarier », le « diminuer », le « gêner » ou le « modérer ». Si les mots ont un sens, le projet de loi 96 ne viserait donc pas à stopper, arrêter, interrompre, enrayer, bloquer ou juguler le déclin du français. Il ne viserait qu’à le ralentir.

Tel semble en effet l’esprit du temps. C’est d’ailleurs ce qui distingue radicalement notre époque de celle de la loi 101 qui, dans l’esprit de ses concepteurs du moins, voulait stopper le déclin du français ou l’inverser, même si elle n’y est pas parvenue. Son parrain, Camille Laurin, affirmait ouvertement son intention de faire des Québécois « des citoyens d’un pays normal », des « membres d’un peuple entier […] en marche enfin vers son identité ». Ses successeurs semblent avoir intégré l’idée même d’un effritement inévitable du français au Québec, les plus hardis d’entre eux ne souhaitant plus que le ralentir ou le rendre moins douloureux.

Cette résignation n’est pas nouvelle. Elle nous a accompagnés tout au long de notre histoire. Elle fait penser aux mots tragiques d’Étienne Parent écrits en 1839 que l’on dirait pourtant taillés sur mesure pour décrire la réalité de l’assimilation dans les cégeps anglais de Montréal. « L’assimilation, sous le nouvel état de choses, disait-il, se fera graduellement et sans secousse et sera d’autant plus prompte qu’on la laissera à son cours naturel et que les Canadiens français y seront conduits par leur propre intérêt, sans que leur amour-propre en soit trop blessé. »

C’est peut-être pour protéger cet « amour-propre » que le nouveau projet de loi propose tant de mesures symboliques. On s’en réjouirait si elles n’empêchaient pas de voir les éléphants qui sont dans la pièce.

Le premier, c’est évidemment l’immigration. N’importe quel étranger qui se promène à Montréal comprend vite que le Québec a depuis longtemps dépassé ce que l’anthropologue Claude Lévi-Strauss appelait le « seuil de tolérance » au-delà duquel l’assimilation n’est plus possible. Toutes les danses du ventre et les efforts pour rendre notre langue plus « attrayante » ou même « ludique » n’y changeront rien.

Il y a des limites à croire qu’une minorité en déclin peut accueillir proportionnellement plus d’immigrants que la France ou les États-Unis. Mais, pour faire preuve d’une telle lucidité, il faudrait remettre en question ce pacte signé depuis longtemps entre un patronat avide de main-d’œuvre et cette gauche victimaire pour qui les immigrants sont devenus le peuple élu.

L’autre éléphant, c’est évidemment le cégep. En refusant la mesure la plus simple, celle qui coule de source et qui consisterait tout bonnement à élargir le champ d’application de la loi actuelle, on accepte et pérennise le déclin des dernières décennies. La rustine des quotas permettra de continuer à offrir en pâture à la culture dominante anglo-américaine une partie de notre jeunesse, notamment immigrante. Avec pour résultat de consacrer Montréal comme ville bilingue.


Malgré la pression sociale progressiste, garçons et filles semblent toujours préférer les jouets traditionnels associés à leur sexe


Cinquante ans de recherche sur les préférences des enfants en matière de jouets montrent que les enfants préfèrent généralement les jouets associés à leur propre sexe.

  • Une méta-analyse récente a passé en revue 75 études sur les préférences des enfants en matière de jouets genrés.
  • Les résultats ont révélé que « les préférences en matière de jouets genrés peuvent être considérées comme bien établies ».
  • C’est un sujet controversé : certaines personnes affirment que ces préférences découlent de la pression sociale, tandis que d’autres disent qu’elles sont au moins en partie innées.

Il est communément admis aujourd’hui que les rôles sociaux des hommes et des femmes sont devenus moins tranchés aujourd’hui qu’ils ne l’étaient, par exemple, dans les années 1950.

Ces changements ont-ils affecté une partie cruciale du développement des enfants : le jeu ? Pour être plus précis, est-ce que, au fur et à mesure que les rôles stéréotypés associés aux femmes et aux hommes sont devenus moins tranchés, la préférence des enfants envers les jouets dits genrés est également devenue moins nette ?

Il semble bien que non. Pendant des décennies, des études [1] [2] ont montré que les garçons et les filles préfèrent généralement jouer avec des jouets associés à leur sexe biologique : des camions pour les garçons et des poupées pour les filles, pour donner un exemple simple.

Ces résultats sont restés remarquablement stables au cours des 50 dernières années, selon une méta-analyse de 2020 portant sur la recherche sur les différences entre les garçons et les filles pour ce qui est de leurs préférences en matière de jouets. Publiée dans Archives of Sexual Behaviour et intitulée « La différence d’intérêt entre garçons et filles pour les jouets est restée stable depuis 50 ans ». Cette méta-analyse s’est penchée sur 75 études antérieures. 


Malgré le prêt-à-penser ambiant, il semble que des facteurs biologiques expliquent au moins en partie les préférences des enfants pour les jouets habituellement associés à leur sexe.

Les auteurs de l’étude, Jac T.M. Davis et Melissa Hines, ont trouvé « une grande cohérence des résultats dans l’ensemble des recherches sur les préférences des enfants en matière de jouets genrés : les enfants ont montré une préférence notable et affirmée pour les jouets qui étaient liés à leur sexe. Ainsi, selon notre analyse, les préférences en matière de jouets genrés peuvent être considérées comme bien établies. »

La même revue érudite a reçu une lettre adressée à la rédaction pour contester ces résultats en fournissant une analyse différente, elle concluait que les enfants passent en réalité moins de temps à jouer avec des jouets typiques à leur sexe ces jours-ci.

Les auteurs de cette analyse faisaient l’hypothèse que la raison de ce déclin « pourrait refléter les pressions sociales récentes pour que les enfants soient moins sexistes dans leur comportement ». En d’autres termes, ce déclin s’expliquerait par le désir des parents d’être plus en phase avec les idées progressistes sur la fluidité des sexes.

Cependant, Davis et Hines s’opposent à ce diagnostic. Pour eux, ce prétendu déclin ne s’expliquait que par la méthodologie choisie par leurs contradicteurs. En outre, ils ont remarqué que les publicités de jouets utilisaient en fait plus de stéréotypes de genre pour stimuler les ventes au cours des dernières décennies — une découverte qui complique l’explication selon laquelle les pressions sociales poussent les enfants à passer moins de temps à jouer avec des jouets typiques à leur sexe.

Davis et Hines concluent :

Il peut être tentant de penser que les changements sociaux au fil du temps pourraient réduire le temps que les enfants jouent avec des jouets typiques pour leur sexe, eu égard à l’idée selon laquelle jouer avec un plus grand nombre de jouets serait bénéfique tant pour les garçons que pour les filles. Malheureusement, les grands changements dans les rôles sociaux des hommes et des femmes ne semblent pas avoir influencé le choix de jouets des enfants, peut-être parce qu’ils ont été contrecarrés par une commercialisation plus ciblée de différents jouets auprès des filles et des garçons ces derniers temps.

Pourquoi sommes-nous si préoccupés par les jouets avec lesquels les enfants jouent ?

Mais la société veut-elle vraiment que les enfants jouent avec des jouets moins typiques à leur sexe ? Certaines recherches suggèrent que la réponse est oui. Une enquête menée en 2017 par le Pew Research Center a révélé qu’une majorité d’Américains considéraient qu’il était « plutôt bon ou très bon » d’orienter les enfants vers des jouets et des activités traditionnellement associés au sexe opposé (même si les répondants étaient moins enthousiastes à l’idée de le faire pour les garçons que pour les filles).

Encourager les enfants à jouer avec une gamme plus large de jouets pourrait apparemment être bénéfique. Ainsi, une étude de 2020 publiée dans Frontiers in Human Neuroscience a révélé que lorsque les garçons et les filles jouent avec des poupées, ils activent davantage les régions du cerveau associées à l’empathie et à la prise de perspective. Pour que ce soit considéré comme bénéfique, il faut cependant penser que les garçons devraient être plus empathiques, plus « féminins ». Au nom de quoi ?

Mais peu importe ce que les valeurs progressistes désirent, il convient de noter qu’il semble y avoir des facteurs biologiques derrière les préférences des enfants pour les jouets genrés.

Des études ont notamment montré que les bébés ont tendance à préférer les jouets associés à leur sexe, une constatation qui suggère que leur préférence est innée parce qu’ils sont trop jeunes pour avoir été influencés par la socialisation. À l’appui de cet argument, des études montrent que les bébés singes affichent également une préférence pour des jouets genrés. Voir encadré ci-dessous. Les preuves de facteurs biologiques sont controversées, mais de plus en plus nombreuses. C’est ainsi que les filles qui ont été exposées à des niveaux élevés d’androgènes fœtaux sont connues pour faire des choix de jouets relativement masculins

 

Les jeunes chimpanzés femelles jouent à la poupée et sont moins agressives

Deux éthologues américains ont aussi observé que si les jeunes primates jouent tous avec des bâtons, les femelles aiment les porter et les bercer.

Les deux chercheurs américains ont observé pendant quatorze ans la vie des chimpanzés de la communauté Kanyawara dans le parc national de Kibale en Ouganda. Les résultats de leur dernier travail, publiés en décembre 2010 dans la revue Current Biology, montrent clairement que si les jeunes primates jouent tous avec des bâtons, les femelles aiment les porter, les bercer, comme des poupées, de manière maternelle sans équivoque. Il y a quelques années, de jeunes singes en captivité s’étaient vu offrir des monceaux de jouets de toutes sortes. Les femelles s’étaient précipitées vers les poupées, les mâles vers les tracteurs.

Dans leur dernière étude, cette même équipe a découvert que les jeunes chimpanzés mâles étaient généralement plus agressifs que les jeunes femelles. La source ultime de cette différence de comportement entre les chimpanzés mâles et femelles se trouverait donc dans une différence sexuée précoce de l’utilisation de l’agression physique. Pour les chercheurs, « ces résultats mettent en évidence le fait que les nourrissons et les jeunes façonnent activement leurs expériences sociales, plutôt que de n’être que des objets passifs d’une socialisation différenciée et appellent à un examen plus approfondi sur la manière dont l’expérience peut interagir avec d’autres aspects du développement, comme les taux d’hormones, pour façonner les différences sexuées dans le comportement des adultes. »

Pourtant, il est facile de voir comment les pressions sociales peuvent affecter les préférences des enfants en matière de jouets à mesure qu’ils grandissent. Ainsi, la question de savoir pourquoi les enfants préfèrent les jouets qu’ils font se résume probablement à une réponse familière : un écheveau de facteurs environnementaux et biologiques. 

 Voir aussi 

Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre

 

Biologie — L’expression de 6 500 différences génétiques distinguent l’homme de la femme 

Étude — La testostérone change la structure du cerveau

Le cerveau des femmes est mieux préparé que celui des hommes pour faire face aux défauts génétiques

Paradoxe confirmé : l’égalité juridique des sexes renforce les stéréotypes sexuels (chasser le naturel, il revient au galop ?)

Boris Cyrulnik : l’école valorise la docilité des filles et dévalorise la hardiesse des garçons
Cerveau masculin et cerveau féminin

Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre

Étude norvégienne — Plus un homme participe aux tâches ménagères, plus il y a risque de divorce

Jordan Peterson et l’égalité des sexes : députée et ex-ministre suédoise à du mal à comprendre

Pourquoi l’éducation jouerait un rôle moins important qu’on ne le pense

Étude de 2018 (n=2064) : pas d’effet de menace du stéréotype sur résultats en maths des filles

Jordan Peterson sur l’écart salarial, l’imposition des pronoms trans et la gauche radicale
 

 

jeudi 20 mai 2021

La Nouvelle-Zélande va réduire l’immigration « peu qualifiée » et se recentrer sur les immigrants riches

La Première ministre Jacinda Ardern (au centre) avec le ministre du Tourisme, Stuart Nash (à gauche)

Le lundi 17 mai, le gouvernement travailliste (de gauche) néo-zélandais a annoncé qu’il resserrerait l’accès à ceux qui espèrent émigrer ou travailler dans le pays, en particulier ceux qu’il qualifie de travailleurs « peu qualifiés » et à bas salaires. Il a annoncé simultanément de nouvelles mesures pour attirer les investisseurs riches.

« Lorsque nos frontières rouvriront, nous ne pourrons pas nous permettre de simplement ouvrir le robinet de l’immigration en utilisant les critères précédents », a déclaré le ministre du Tourisme, Stuart Nash, dans un discours lundi soir.

« La Covid-19 a clairement mis en évidence notre dépendance à l’égard de la main-d’œuvre migrante — en particulier de la main-d’œuvre migrante temporaire. La pression que nous avons constatée sur le logement et les infrastructures ces dernières années signifie que nous devons devancer la croissance démographique », a-t-il déclaré.

Les niveaux élevés d’immigration ont contribué à 30 % de la croissance démographique totale de la Nouvelle-Zélande depuis le début des années 90, a déclaré Nash. La dépendance de la Nouvelle-Zélande envers les travailleurs temporaires — la plus élevée de l’OCDE — « signifie que les entreprises ont pu compter sur une main-d’œuvre moins qualifiée et freiner la croissance des salaires plutôt que d’investir dans l’optimisation et l’automatisation des installations pour augmenter la productivité, que d’employer des Néo-Zélandais ou d’améliorer les compétences des travailleurs néo-zélandais », d’ajouter le ministre.

Les premiers changements porteront sur les catégories d’immigration de travailleurs migrants temporaires et qualifiés. Le discours du ministre contenait peu de détails précis quant à la manière dont ces catégories de visas seraient modifiées, mais il a déclaré que le gouvernement « renforcerait à la fois les exigences minimales de l’employeur et les critères du marché du travail à respecter avant qu’un immigrant ne puisse être embauché ».

Le gouvernement « encouragera les employeurs à embaucher, former et perfectionner davantage de Néo-Zélandais afin de répondre à la pénurie de main-d’œuvre », a déclaré Nash.

Ces propositions font partie d’un ensemble plus important de changements en matière d’immigration en Nouvelle-Zélande. Le gouvernement a également annoncé de nouvelles stratégies pour cibler les investisseurs fortunés. Nash a déclaré que cela permettrait à plus de 200 riches investisseurs internationaux de s’établir en Nouvelle-Zélande au cours des 12 prochains mois.

Dans un discours prébudgétaire aux chefs d’entreprise jeudi dernier, la Première ministre, Jacinda Ardern, avait signalé certains changements à venir. « Permettez-moi d’être claire. Le gouvernement cherche à réduire l’immigration peu qualifiée, à attirer des migrants hautement qualifiés et à répondre aux réelles pénuries de compétences », a-t-elle déclaré.

Lundi, Ardern a déclaré que le gouvernement se servait de la pandémie Covid-19 pour réévaluer différentes politiques comme celle de l’immigration. Elle n’a pas voulu aborder le nombre de personnes concernées par les changements envisagés, affirmant qu’il fallait privilégier les résultats pour la Nouvelle-Zélande et non de « chiffres bruts ». La politique d’immigration du gouvernement travailliste, après son élection en 2017, consistait à réduire le solde migratoire d’un tiers environ, soit 20 000 à 30 000 migrants par rapport au total d’alors d’environ 73 000.

Le gouvernement de gauche d’Ardern avait adopté des lois en 2018 pour interdire à de nombreux étrangers non résidents d’acheter des maisons existantes en Nouvelle-Zélande, dans le cadre d’efforts visant à contenir l'augmentation des prix des logements et à réduire le grand nombre de sans-abri.

Malgré ces efforts, le temps d’attente pour un logement subventionné bat des records et le taux de sans-abrisme continue de grimper dans tout le pays.

Les prix des logements en Nouvelle-Zélande sont parmi les plus inabordables au monde, Auckland étant la quatrième ville la plus chère pour acheter une maison, et les trois grandes villes du pays sont considérées comme « extrêmement inabordables » dans l’enquête internationale Demographia sur le logement abordable. Auckland est classé moins abordable que Toronto, mais un peu plus abordable que Vancouver. Avant même la pandémie (en 2019), les prix de l’immobilier en Nouvelle-Zélande avaient grimpé de plus de 50 % au cours de la décennie précédente.

Source : The Guardian

Étude — Les étudiants n'apprennent pas davantage auprès de professeurs bien notés par les étudiants

Selon une méta-analyse sur l’efficacité pédagogique du corps professoral parue dans Studies in Educational Evaluation, il n’existe aucune corrélation entre l’évaluation de l’enseignement effectué par les étudiants et la qualité de l’apprentissage des étudiants. Une autre étude publiée plus tôt indiquait que l’évaluation des professeurs par les étudiants pourrait expliquer que le nombre d’heures consacrées à étudier avait diminué alors que les notes des étudiants avaient augmenté. Au Canada, les notes étaient ainsi passées en 30 ans d’un C en moyenne à un B+/A-. Ces évaluations seraient, en outre, souvent injustes selon The Economist.

L’évaluation de l’enseignement par les étudiants est utilisée pour tenter d’évaluer l’efficacité de l’enseignement du corps professoral sur la base d’une croyance largement répandue selon laquelle les étudiants apprennent davantage auprès de professeurs très bien notés.

Les principales preuves citées à l’appui de cette croyance sont des méta-analyses d’études multisections qui indiquent des corrélations faibles à modérées entre les évaluations de l’enseignement et le rendement des élèves (par exemple, Cohen, 1980, Cohen, 1981 ; Feldman, 1989). Les auteurs de l’étude publiée dans Studies in Educational Evaluation ont réanalysé les méta-analyses publiées précédemment. 

Ils ont constaté que les résultats de ces méta-analyses antérieures étaient un artéfact dû à la petite taille des échantillons et à des biais de publication. Alors que les études effectuées sur des échantillons de petite taille ont montré une corrélation d'élevée à modérée, les études effectuées sur des échantillons de grande taille n’ont montré aucune corrélation ou seulement une corrélation minime entre les évaluations des professeurs et la qualité de l’apprentissage des étudiants. 

Selon les auteurs de l’étude, ces résultats suggèrent que les établissements qui privilégient la qualité de l’apprentissage des étudiants et la réussite professionnelle de ceux-ci pourraient abandonner l’évaluation par les étudiants de l’enseignement comme mesure de l’efficacité de l’enseignement du corps professoral.

Points saillants de l’étude :

  • Les étudiants n’apprennent pas davantage auprès de professeurs dont les évaluations de l’enseignement par ces étudiants sont plus élevées.
  • Les méta-analyses précédentes qui se penchaient sur le lien entre l’évaluation par les étudiants de l’enseignement et l’apprentissage de ces étudiants ne sont pas interprétables. Les études antérieures montrant une corrélation s'expliquent par un biais de publication et à la petite taille des échantillons.
  • Une réanalyse des méta-analyses antérieures indique que l’évaluation de l’enseignement par les étudiants explique tout au plus 1 % de la variabilité des mesures de l’apprentissage des élèves.
  •  De nouvelles méta-analyses montrent que l’évaluation de l’enseignement par les étudiants n’est pas corrélée à la qualité de l’apprentissage des élèves.

Voir aussi

Inflation des notes dans les universités nord-américaines ?  

Les étudiants évaluent leurs professeurs, souvent injustement 

L’avenir des élèves québécois hypothéqué par des enseignants incompétents indéboulonnables ?

Québec — Enseignants incités à gonfler les notes ?

Universités québécoises : « diplômes au rabais, notes gonflées, cours inutiles »

mercredi 19 mai 2021

Instruction à la maison : Maître Lucas, le site de cours qui cartonne auprès des élèves de primaire

Il a 36 ans, et son site destiné aux élèves du premier degré et à leurs enseignants cartonne ! Découvrez le monde de Maître Lucas.

Les élèves de primaire reprennent les cours en personne, ce lundi matin. Les sites d’aides continuent toutefois de cartonner comme celui de Maître Lucas, un instit, visité des dizaines de milliers de fois. Et il a même été salué par… le président de la République française !

« À la base, j’ai bricolé ça pour ma classe de CP [élèves de 6 ans]. Je ne pensais pas que des dizaines de milliers de profs et d’élèves allaient se ruer dessus… » La force est avec Maître Lucas. Derrière l’énigmatique appellation : le « bébé » d’un instituteur de 36 ans au nom imprononçable — il s’appelle Lucas Schildknecht — qui a créé, avec son cousin Benoît, un site web de contenus pédagogiques dédié aux élèves du premier degré et leurs enseignants. 200 vidéos ludiques, 600 fiches techniques, portant sur le programme officiel du CP au CM2 [10/11 ans].

Et même si les élèves du premier degré vont retrouver leur maître ou maîtresse en vrai ce lundi, après le pont de l’Ascension, et qu’ils ont repris l’enseignement en présence depuis fin avril, ce site continue, comme d’autres, à attirer les écoliers (et leurs parents).

Du « fait maison » sans prétention, assure le professeur des écoles reconverti cette année dans la formation de ses pairs, qui a connu surtout un succès affolant lors de la semaine à distance, juste avant les vacances de printemps… La même semaine où les contenus officiels de l’Éducation nationale, notamment « Ma classe à la maison », déployée par le CNED, et les espaces numériques de travail (ENT), ont planté. En quatre jours, 87 000 enfants et profs ont visionné 170 000 contenus sur la chaîne de Maître Lucas !

De quoi attirer l’attention jusqu’à l’Élysée : le 26 avril, le président de la République français, Emmanuel Macron, s’est fendu d’un courrier aux deux cousins, les « félicitant » pour leurs « vidéos ludiques et éducatives qui illustrent l’extraordinaire esprit d’initiative et de solidarité » des Français, « en particulier nos enseignants », face à la crise sanitaire.

L’histoire démarre en 2017. « J’ai créé une chaîne YouTube pour mettre en ligne des petites vidéos sur certains aspects du programme de ma classe de CP, des choses que je cherchais en tant qu’enseignant, mais que je ne trouvais pas. Je faisais 4 ou 5 vidéos par mois, avec un petit logiciel de montage permettant de créer son personnage, doublé par ma propre voix », raconte Lucas.

Ses montages sont animés par le fameux Maître Lucas, une sorte de héros de bande dessinée qui disserte, avec des mots simples, sur, au choix, les additions, les soustractions, les volcans, les adjectifs, le système solaire ou le cycle de la vie. Modestement, il utilise l’outil pour les devoirs et les révisions à la maison, ou même en classe, pour un moment ludique. Mais tout change lors du premier confinement et la fermeture des établissements.

« C’est 100 % bénévole »

« Au plus fort, les vidéos ont été vues 50 000 fois par jour ! Des profs appelaient, proposaient des sujets, et des parents envoyaient des courriels pour dire qu’ils faisaient l’école à la maison avec nos vidéos », se remémore Benoît. En septembre, les deux cousins passent la vitesse supérieure et créent un site dédié : Maitrelucas.fr. De nouveaux personnages sont créés, dont celui de l’élève, qui n’a pas de nom, et son papy. « C’est 100 % bénévole », précisent-ils. « On y a mis plus de vidéos, inclus des fiches techniques à télécharger, le tout 100 % basé sur les programmes de l’Éducation nationale, ajoute Benoit. Cela a pris vite ! » En un mois, leur site affiche 250 000 visites en moyenne, avec un pic, donc, la semaine du 6 avril.

Cette semaine-là, Noémie, directrice d’école et professeure en CE2-CM1 dans le secteur de Metz (Moselle), n’hésite pas : « Devant le bogue généralisé des ENT et du CNED en mars 2020, j’ai utilisé les vidéos de Maître Lucas. Chaque jour, au lieu de faire des visio, j’ai envoyé des liens vers leurs vidéos à mes élèves. Je l’utilise aussi en tant que maman pour ma fille. Elle adore. L’un des avantages, c’est qu’il n’y a pas de pub, de bannière qui s’affiche, et je n’ai encore eu aucun dysfonctionnement. C’est assez clair et ludique, et très sûr, puisque ce sont les programmes officiels. Alors, en couplant à quelques exercices, je m’y retrouve. »

« On a été un recours pour pas mal d’enseignants, de familles, confirme Benoît. Nos vidéos ont été diffusées par le biais des ENT, ou le lien de nos vidéos et nos fiches directement envoyées par courriel aux parents par les profs. »

Pour autant, tout le monde est formel : le concept ne vaut pas la classe. « Rien ne remplace une instit en chair et en os pour le développement d’un élève », estime Noémie. Ce dont sont conscients les deux cousins : « On n’a pas du tout l’ambition de remplacer les profs ou l’Éducation nationale. C’est un outil modeste, mais qui peut rendre quelques services si le distanciel revient. Et le sujet de l’une de nos prochaines vidéos, c’est : Comment fonctionne un vaccin. »

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France — Histoire du baccalauréat

Une histoire du baccalauréat qui est aussi une sorte d’histoire de France depuis Napoléon. Un voyage dans les évolutions du système éducatif français et de ses impasses actuelles. L’auteur, Robert Colonna d’Istria, est historien et écrivain, auteur de nombreux ouvrages dont Une famille corse (Plon, 2018), finaliste du prix Renaudot. Une recension d’Éric Zemmour.

Les images reviennent chaque année en juin. Des images de jeunes gens joyeux, complaisamment filmés par les caméras de télévision — surtout les jeunes filles et les représentants de la « diversité » — qui exultent dans la rue pour célébrer leur baccalauréat. Des images qui font plaisir aux intéressés et sourire de tendresse leurs parents, mais qui apparaissent au mieux ridicules, au pire indécentes à tous les autres.

Le bac a plus de deux siècles. Comme la plupart de ces « masses de granit » qui ont fait la France moderne, c’est une création de Napoléon. En 1808, pour la première année, il y a 32 lauréats. Faire l’histoire du bac, c’est faire une histoire de France. C’est ce qu’a compris et voulu Robert Colonna d’Istria. Notre historien se fait aussi conteur lorsqu’il nous décrit les affres de la première femme reçue, les fraudes et les triches, les résultats du jeune Flaubert ou encore l’échec de Zola.

Mais derrière l’anecdote, il y a la politique. Le bac est une grande question politique. Depuis l’origine. Lorsque Napoléon choisit Fontanes contre Fourcroy pour être le premier « patron » de son institution naissante, il engage l’école française pour un siècle. Fontanes est un catholique, monarchiste, favorable aux humanités. Fourcroy est un révolutionnaire, favorable aux sciences. À Sainte-Hélène, Napoléon regrettera son choix et pas seulement parce que Fontanes l’aura trahi en 1814. Lui qui était à la fois un grand lecteur et un féru de mathématiques aurait voulu une synthèse harmonieuse entre les deux. En 1870, Bismarck vainqueur de l’armée française, se moquera de ces élites françaises qui ne se sont pas intéressées à la science à l’époque de la révolution industrielle.

Entre-temps, le bac aura pris ses quartiers de bourgeoisie, cette classe désormais dominante s’en servant à la fois comme d’une barrière pour se protéger de l’invasion des « barbares » populaires mais aussi comme moyen de sélection des meilleurs, afin de ne pas renouveler l’erreur de l’aristocratie au XVIIIe siècle qui s’était enfermée jusqu’à l’explosion révolutionnaire : c’est le principe de la « méritocratie » qui irrigue tout ce siècle, quel que soit le régime, monarchiste, impérial ou républicain.

C’est Victor Duruy, ministre de Napoléon III, qui instaure l’épreuve de philosophie ; c’est Jules Ferry, ministre républicain, qui impose la composition de français. Tous ont le même objectif : rendre le bac de plus en plus difficile. Et tous utilisent la même arme : substituer aux oraux des origines des épreuves écrites.

Cette politique « méritocratique » sera maintenue jusqu’à la moitié du XXe siècle : en 1945, il y a 28 000 bacheliers. On est passé de 2 à 3 % d’une classe d’âge.

Après commence la grande Révolution qui va abattre « l’élitisme républicain » au nom de « la démocratisation ». Une révolution qui se fera en trois temps. Il revenait à deux communistes de donner le premier coup de pioche avec le fameux rapport Langevin-Wallon de 1945 : la « démocratisation » concurrence désormais la transmission des savoirs. Un ministre giscardien, pétri d’angéliques intentions, René Haby, leur donne la main trente ans plus tard : c’est la fameuse loi Haby, qui instaure le « collège unique ». Enfin, c’est paradoxalement le chantre de « l’élitisme républicain », Jean-Pierre Chevènement, qui lui donne le coup de grâce, avec son objectif de « 80 % d’une génération au niveau bac ».

Dans les années 1960-1970, le dynamisme de l’économie, le développement des nouveaux métiers de « cadres », le niveau exceptionnel de l’école primaire et secondaire héritée de la IIIe République, tout permet de marier vaille que vaille démocratisation et élitisme.

À partir des années 1980, la démocratisation devient massification. C’est le temps du « bac pour tous » et du droit au bac : « On remonte les notes sur injonction du rectorat, on invite à la bienveillance ; on multiplie les options pour gagner des points ; on insiste sur les “compétences”. »

Tous les observateurs lucides s’accordent sur la décadence du parchemin : « Le bac joue le rôle social que tenait le certificat d’études primaires jusque dans les années 1960 et la licence celui qu’il tenait il y a près d’un demi-siècle. »

Mais la valeur juridique du bac n’a pas changé — le droit d’entrer à l’université — et sa valeur sentimentale auprès des Français reste élevée : d’où la désillusion, en particulier des classes populaires, quand elles constatent que leurs enfants bacheliers ont souvent des situations sociales inférieures aux leurs.

Alors que faire ? Achever le bac, que des générations de ministres depuis quarante ans ont consciencieusement étranglé ? Le dernier en date est Jean-Michel Blanquer qui, avec un discours sur l’élitisme républicain, est revenu aux épreuves orales d’origine, pour mieux cacher les béances dans l’expression écrite et le raisonnement de la plupart des élèves. Comme s’il signait discrètement son forfait.

L’alternative est donc simple, en tout cas en théorie : soit prendre acte que le bac est mort et le supprimer. Soit prendre acte que les Français y restent attachés, et reprendre la politique suivie au XIXe siècle, c’est-à-dire le rendre de plus en plus difficile et réduire sévèrement le nombre de bacheliers. En Allemagne, le nombre d’Abitur est de 33 % d’une classe d’âge, et en Suisse, les « matu » ne sont que 20 %. En France, le bac coûte cher (200 à 300 millions d’euros) et le niveau est d’une médiocrité affligeante. Mais, comme le remarque Robert Colonna d’Istria avec finesse : « Si on observait le niveau des 2 % à 3 % des meilleurs candidats au baccalauréat, on constaterait probablement qu’il est strictement identique à celui de leurs camarades bacheliers diplômés cent ans plus tôt, à l’époque où dans une tranche d’âge il n’y avait que 2 ou 3 % de diplômés. Comprenne qui pourra. »

On pourrait transposer la célèbre apostrophe révolutionnaire de Sieyès sur le Tiers-État au baccalauréat : « Qu’est-ce que le bac aujourd’hui ? Rien. Qu’a-t-il été : Tout. Que veut-il ? Redevenir quelque chose. » Mais qui osera faire la Révolution ?

 


La grande histoire du baccalauréat, 
par Robert Colonna d’Istria,
paru le 6 mai 2021,
chez Plon, 
à Paris,
352 pp.
ISBN-10 : 2 259 304 990 
ISBN-13 : 978-2259304993


France — Natalité en berne, abandon des politiques natalistes

Dans une note transmise à l’AFP, le haut-commissaire au Plan et président du Modem, François Bayrou, propose notamment un « pacte national pour la démographie ».

« Assurer notre avenir démographique » passe par « deux voies : avoir plus d’enfants ou accueillir des personnes d’autres pays », écrit le président du Modem, pour qui « la France devra jouer des deux leviers dans des proportions raisonnables qui garantissent le maintien de la cohésion nationale. »

Pour Jean-Yves Le Gallou, auteur de L’invasion de l’Europe (Éd. Via Romana, 2020) et ancien eurodéputé du Front national, le recours à l’immigration, même pour un motif lié à l’emploi, ne peut être une solution pour la relance économique et démographique du pays. « L’immigration de travail se transforme très vite en immigration familiale et en immigration d’aides sociales », avance notre interlocuteur. « Il est évident que des immigrés de langue et de culture différente ne peuvent pas se substituer aux Français ou cela porte un nom : cela s’appelle le “Grand remplacement” ! », ajoute-t-il, reprenant à son compte l’expression popularisée par l’écrivain controversé Renaud Camus.

Si la France veut sauver son modèle social, basé notamment sur le financement des retraites par répartition, Jean-Yves Le Gallou opte sans hésiter pour la première option suggérée par François Bayrou, à savoir une refonte complète de la politique familiale en faveur de la natalité. « Les politiques de soutien à la famille ont été dégradées dès l’époque Chirac et sur-dégradées à l’époque Hollande, avec une conséquence sur le taux de fécondité », dénonce-t-il.

« La solution, c’est une aide aux familles déconnectée du revenu. Il faut compenser la charge de l’enfant : cela supposerait de rétablir les quotients familiaux dans leur intégrité et d’aider les familles à partir du deuxième enfant », plaide le président de la fondation identitaire Polémia.

Pessimiste, Jean-Yves Le Gallou n’envisage toutefois pas une sortie du « paradigme immigrationniste » dans les années à venir. « Derrière le baratin pour tromper les électeurs, toute la politique des pouvoirs politique, judiciaire et médiatique consiste à faciliter l’immigration en France. Il suffit de voir la façon dont on a changé la jurisprudence pour éviter une condamnation à ce paysan de la région de Nice qui aide des clandestins [Cédric Herrou, NDLR] », illustre-t-il.

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