dimanche 22 mars 2020

Pandémie : la TÉLUQ prête à admettre de nouveaux étudiants

L’université à distance du Québec (TÉLUQ) dit être en mesure d’accueillir de nouveaux étudiants dans le contexte où le gouvernement du Québec autorise les institutions d’enseignement supérieur à maintenir la formation à distance.



«En tant qu'université entièrement à distance et leader dans ce créneau depuis près de 50 ans, notre corps professoral, nos personnes tutrices et chargées d'encadrement sont en mesure de poursuivre notre mission d'enseignement auprès de nos étudiants», a dit vendredi le directeur général par intérim, André G. Roy, par communiqué.

«Avec nos 125 programmes et plus de 450 cours, nous permettons déjà à des milliers de personnes d'obtenir un diplôme universitaire à distance», a-t-il ajouté.

Les admissions et les inscriptions à la TÉLUQ peuvent se faire à tout moment, et les cours se déroulent sans contrainte de distance et d'horaire, rappelle-t-on. Les étudiants peuvent donc faire leur formation à leur propre rythme.

La TÉLUQ rappelle par ailleurs qu’elle «offre son soutien à toute autre université au Québec, au Canada, et même ailleurs dans le monde».

«Nous accueillons annuellement plusieurs milliers d'étudiants par entente interuniversitaire et nous croyons que notre formule d'admission, d'inscription et de cours en continu offre une flexibilité unique qui permettrait d'accueillir rapidement des étudiants qui souhaitent éviter les impacts des situations exceptionnelles comme celles causées par la COVID-19», a-t-on indiqué.

Québec — Un réseau collégial de plus en plus anglophone

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie du Devoir.

L’annonce au début du mois de mars de la création d’un nouveau cégep [fin du lycée] bilingue à Vaudreuil-Dorion a suscité une levée de boucliers dans certains milieux au Québec. Un mois plutôt, la pression avait été mise sur le cégep de la Gaspésie et des Îles pour qu’il revoie le fonctionnement de son antenne montréalaise, qui offre depuis 2015 des cours uniquement en anglais à des étudiants étrangers venus surtout de l’Inde et de la Chine. Certains voient là une pente très glissante vers l’anglicisation de Montréal et la relégation du français au Québec.

Une situation d’autant plus tendue que l’on constate depuis plusieurs années qu’un nombre grandissant d’étudiants francophones optent pour les cégeps de langue anglaise, déjà très prisés des allophones. Entre 2013 et 2018, selon le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, tous les établissements francophones de Montréal ont vu leur effectif étudiant à temps plein diminuer (en excluant la formation continue).

Du côté anglophone, ceux du collège Dawson — le plus gros au Québec — et du collège John Abbott ont plutôt progressé. Seul Vanier enregistrait une petite baisse de moins de 1 %. On retrouve actuellement 19 % des places d’études de niveau collégial dans le réseau anglophone, alors que cette communauté représente environ 8 % de la population québécoise.

Double impact


Pour Yannick Lacroix, professeur de philosophie au cégep de Maisonneuve, cette tendance génère deux effets néfastes. Le premier est quantitatif puisque les deux réseaux se trouvent en concurrence et que la popularité des établissements de langue anglaise tend à réduire le nombre d’étudiants dans les établissements de langue française. Or, le financement se distribue en fonction de l’effectif. Le déclin du réseau francophone s’accompagne donc de sa paupérisation. Le deuxième effet négatif est qualitatif, car les cégeps anglophones peuvent choisir les meilleurs candidats. Les cégeps anglophones comptent sur 20 % de francophones et 38 % d’allophones.

Ce glissement est également de mauvais augure pour l’épanouissement de notre communauté francophone. « Le cégep est le lieu par excellence de la passation de la culture en français au Québec, avance Yannick Lacroix. Le déclin du réseau collégial français m’inquiète donc beaucoup, à la fois comme professeur et comme citoyen québécois. » Il indique qu’au rythme où vont les choses, le préuniversitaire en français risque de devenir minoritaire sur l’île de Montréal d’ici trois ans.

Un argument souvent entendu, notamment de la bouche de l’ex-Premier ministre du Québec Philippe Couillard, est celui selon lequel il est souhaitable que les jeunes Québécois deviennent bilingues. Aller apprendre l’anglais dans un cégep serait donc une bonne chose. Mais Yannick Lacroix rappelle que l’immense majorité des Montréalais du réseau francophone parlent bien l’anglais dès la fin du secondaire. Selon lui, s’ils choisissent le collégial en anglais, c’est pour intégrer cette communauté. « Ils perçoivent l’anglais comme la langue du succès ; elle a pour eux une valeur marchande et symbolique plus élevée », estime-t-il.

Pour contrer cette tendance, Yannick Lacroix juge que le gouvernement du Québec doit intervenir en étendant les dispositions scolaires de la loi 101 aux cégeps. « C’est une question de cohérence, croit-il. La politique linguistique du Québec est d’ériger le français en langue commune, et la promotion de cette langue constitue l’une des missions importantes des cégeps. Or, en ce moment, le système d’éducation public s’en éloigne. »

Financer sa marginalisation

Une position que partage entièrement Robert Laplante, directeur de la revue Action nationale. Cette publication a consacré de nombreux articles à ce sujet, dont un récent signé Frédéric Lacroix qui illustre très bien, chiffres à l’appui, les tendances à l’œuvre dans l’anglicisation de l’enseignement collégial, notamment à Montréal.

M. Laplante s’élève contre un autre argument maintes fois entendu : celui du libre choix des étudiants. « Il ne s’agit pas d’interdire le cégep en anglais, mais d’empêcher l’argent public de servir à la déstructuration du réseau collégial francophone, soutient-il. Nous devons donner le signal clair que la majorité francophone ne financera pas sa propre marginalisation. »

Selon lui, l’offre de services éducatifs en anglais, qu’il ne remet pas en cause, devrait être financée à la hauteur du poids démographique des anglophones et de ceux qui ont droit à ces services, comme défini par la loi 101. Il considère comme une aberration que le collège Dawson constitue le plus gros cégep du Québec en raison d’étudiants francophones et allophones, alors qu’il devrait servir la minorité anglophone.

Il juge que la tendance actuelle contribuera à dévaloriser la langue française et à réduire notre capacité à la préserver comme langue du travail au Québec. Il assure que l’on s’illusionne si l’on croit que les deux langues peuvent se voisiner dans les établissements d’enseignement. « L’histoire l’a maintes fois démontré, lorsqu’une langue dominante cohabite avec une langue minoritaire, cette dernière tend à devenir de plus en plus marginale, affirme-t-il. Le bilinguisme au cégep produira le même effet au Québec. »

vendredi 20 mars 2020

Du sport en famille pendant le confinement !

De courtes vidéos, en partenariat avec l'association Georges Hébert et le Centre hébertiste d'Orléans. Retrouvez aujourd'hui un premier entretien avec Audry Huguet du Lorin et une première vidéo d'entraînement







mercredi 18 mars 2020

La moitié des écoliers dans le monde privée d'établissement scolaire

Plus de 850 millions de jeunes dans le monde, soit près de la moitié de la population d’écoliers et d’étudiants, devaient rester chez eux, sans accéder à leurs établissements d’enseignement, en date de mardi, a annoncé mercredi l’UNESCO.

Avec des fermetures d’établissements scolaires et universitaires totales dans 102 pays, partielles dans 11 autres en raison de la pandémie de COVID-19, le nombre d’apprenants privés d’école a plus que doublé en quatre jours et devrait encore augmenter, a précisé l’organisation de l’ONU responsable de l’éducation, des sciences et de la culture, basée à Paris.

« L’ampleur et la vitesse des fermetures d’écoles et d’universités représentent un défi sans précédent » pour le secteur de l’éducation, a-t-elle ajouté, en soulignant que, partout dans le monde, les autorités responsables de l’éducation cherchent à pallier les fermetures d’établissements par des solutions d’enseignement à distance, qu’il s’agisse de solutions requérant des moyens technologiques perfectionnés (classes en direct par vidéo) ou moins élaborés (programmes éducatifs à la télévision ou à la radio).

« La situation actuelle impose aux pays d’immenses défis pour être en mesure d’offrir un apprentissage continu à tous de manière équitable. Nous renforçons notre action sur le plan mondial en créant une Coalition pour assurer une réponse rapide et coordonnée. Au-delà de l’urgence, cet effort est l’occasion de repenser l’éducation, de développer l’apprentissage à distance et de rendre les systèmes éducatifs plus résilients, plus ouverts et plus innovants », a déclaré la directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay.

Dès que les écoles ont commencé à fermer à travers la planète, l’UNESCO a affirmé soutenir la mise en œuvre de programmes d’apprentissage à distance à grande échelle, recommandant des applications et des plateformes éducatives en accès libre. L’organisation a mis en place un groupe de travail chargé de conseiller et d’aider les gouvernements à trouver des solutions alternatives.

Elle a aussi lancé une « coalition planétaire pour l’éducation » avec le secteur privé, dont Microsoft et GSMA, pour aider les pays à se doter des instruments qui leur font défaut.

Elle entend enfin continuer d’organiser des réunions virtuelles d’échanges d’expérience entre pays membres, dont plus de 70 avaient participé la semaine à une visioconférence qu’elle avait organisée sur les moyens d’assurer la continuité de l’éducation.

À cette occasion Mme Azoulay avait dit redouter que la situation ne soit surtout préjudiciable aux enfants pauvres : « Les enfants défavorisés et plus vulnérables sont plus susceptibles d’y perdre dans leurs apprentissages et de manquer des soutiens adéquats ».

dimanche 15 mars 2020

Covid-19 : groupe Hachette Livre propose un accès gratuit à 600 manuels en ligne

En prévision de la fermeture de tous les établissements scolaires à dater du lundi 16 mars jusqu’à nouvel ordre dans le cadre de l’épidémie de coronavirus, les éditeurs scolaires du groupe Hachette Livre ont décidé de mettre à disposition gratuitement les manuels scolaires en ligne.

Les éditeurs scolaires du groupe Hachette Livre (Hatier, Hachette Éducation, Istra, Foucher et Didier) s’associent au plan de continuité pédagogique mis en place par le ministère de l’Éducation dans le cadre de l’épidémie de covid 19 et de la fermeture des établissements scolaires à dater du lundi 16 mars en proposant un accès gratuit à tous leurs manuels en ligne, afin que les élèves puissent continuer à travailler de chez eux plus facilement pendant cette période.


MESMANUELS.FR/ALAMAISON : UNE ADRESSE OÙ RETROUVER 600 MANUELS SCOLAIRES EN LIGNE DU CP À LA TERMINALE

Ainsi, 600 manuels, du CP à la Terminale, sont librement accessibles aux élèves depuis leurs domiciles à ce lien : mesmanuels.fr/alamaison

Soutien au personnel hospitalier et au peuple italien

Soutien au personnel hospitalier et au peuple italien. Les parents qui instruisent à la maison peuvent continuer comme de coutume.


Quelques vidéos.

D'abord triste, sur les conséquences du covid-19 à Bergame, un des foyers de la pandémie.



Puis, la solidarité des Italiens confinés chez eux.







Et dans le registre tragico-comique, une « explication » de M. Justin Trudeau. Au Canada, Justin Trudeau tergiverse et esquive (« esquisse », comme il a déjà dit). Tout cela dans un mauvais français au débit hésitant et où il semble confondre « voyageur étranger » et « travailleur outremer » (overseas traveller?)... Au moins 4 fautes de français en une longue phrase ondoyante en langue de bois avec force appels aux experts, à la science et aux mesures vagues.



mercredi 11 mars 2020

Aller au cégep anglais pour apprendre l'anglais ? Vraiment ?

Frédéric Lacroix est un chercheur essentiel sur les questions qui touchent à la démographie et à l’avenir linguistique du Québec. Dans un contexte politique où la question du cégep français, je l’ai interviewé pour mieux comprendre les motivations des jeunes Québécois francophones qui passent à l’anglais. Comment l’expliquer ? De quoi est-elle symptomatique ? Entretien avec Mathieu Bock-Côté.

Mathieu Bock-Côté : Pour la première fois depuis des années, on a beaucoup parlé, ces derniers jours, de la place de plus en plus compromise du français au niveau collégial, au point même où certains veulent y appliquer la loi 101, une idée qui était disparue du radar depuis plusieurs années. Mais il faut néanmoins poser la question correctement : qu’est-ce qui explique le désir de plus en plus fort des jeunes francophones et allophones de passer à l’anglais au cégep ? Est-ce, comme on l’entend souvent, parce qu’ils veulent parfaire leur anglais ? Ou doit-on repérer d’autres motivations derrière cette tendance ?

Frédéric Lacroix : La tendance qui ressort des statistiques d’inscription au collégial est en effet très claire : de 1995 à 2018, le nombre de francophones (langue maternelle) qui étudie en anglais au collégial au Québec est passé de 4150 étudiants à 7686, soit une augmentation de 3536 (85 % d’augmentation). Et cette tendance à la hausse s’accélère nettement depuis 2007. L’augmentation du nombre d’allophones dans les cégeps anglais depuis 1995 est aussi nette : ils sont passés de 6383 en 1995 à 8820 en 2018, soit une augmentation de 2437 (ou 38 %). L’augmentation du contingent francophone et allophone au collégial anglais représente donc 5973 étudiants depuis 1995. Ce n’est pas négligeable : ceci est presque équivalent de la taille de John Abbott College (parmi les plus gros cégeps au Québec), par exemple.

Et ceci, soit l’effectif collégial, ne recense que les étudiants qui ont la moyenne générale requise pour entrer dans un cégep anglais. Comme les cégeps anglais sont en mesure d’écrémer seulement les meilleurs étudiants, les statistiques d’effectif collégial ne donnent pas une idée juste du désir d’études en anglais parmi les jeunes.

Nous apprenions il y a quelques semaines que Dawson College acceptait seulement 30 % des demandes d’admission qui lui sont adressées. Ce qui signifie que Dawson reçoit grosso modo 10 000 demandes d’admission par année et refuse environ 6000 étudiants qui auraient aimé s’y inscrire. Ce chiffre, absolument renversant, donne une bonne idée de la situation du français au collégial. Le désir d’études en anglais est absolument massif.

La question que l’on peut se poser est la suivante : pourquoi, après 11 années de cours d’anglais à chaque année de la première année du primaire à la fin du secondaire, un francophone ressent-il le besoin d’aller dans un cégep anglophone pour apprendre une langue qu’il devrait déjà savoir ? Les cours d’anglais au Québec seraient-ils si mauvais, si catastrophiques, qu’il faille absolument passer par des études en anglais (et non seulement des cours d’anglais) pour maîtriser cette langue ?

Un lecteur perspicace, Akos Verboczy, me fait remarquer que la chose peut aussi être vue à rebours : plutôt qu’un déficit de maîtrise, n’est-ce pas plutôt la maîtrise grandissante de l’anglais chez les jeunes francophones (et allophones scolarisés en français) qui les incite à poursuivre leurs études postsecondaires en anglais ?

Il faut « inverser, toujours inverser » disait Charlie Munger, le partenaire d’affaires de Warren Buffet dans le conglomérat multimilliardaire Berkshire Hathaway, qui affirmait que cette technique était son outil de travail le plus important pour résoudre des problèmes. Ceci permettait souvent, selon lui, en changeant complètement de perspective, de voir et de comprendre les choses sous un éclairage nouveau.

Derek Sloan s'insurge contre projets de loi qui criminalisent l’affirmation positive de son corps

Le gouvernement de Justin Trudeau (ci-contre) a déposé un projet de loi en chambre (C-8) qui vise à criminaliser ce qu’il appelle les «  thérapies de conversion » et leur publicité. Le Sénat a proposé un projet de loi similaire, mais plus bref (S-202).

Extrait de C-8 :
Thérapie de conversion
Définition de thérapie de conversion

320 ‍101 Aux articles 320.‍102 à 320 ‍106, thérapie de conversion s’entend d’une pratique, d’un traitement ou d’un service qui vise soit à rendre une personne hétérosexuelle ou cisgenre, soit à réprimer ou à réduire toute attirance ou tout comportement sexuel non hétérosexuels. Il est entendu que la présente définition ne vise pas les pratiques, les traitements ou les services qui se rapportent :
a) à la transition de genre d’une personne ;
b) à l’exploration ou à la construction de son identité.

Thérapie de conversion forcée
320.‍102 Quiconque, sciemment, fait suivre une thérapie de conversion à une personne contre son gré est coupable :
a) soit d’un acte criminel passible d’un emprisonnement maximal de cinq ans ;
b) soit d’une infraction punissable sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire.

Thérapie de conversion : enfant
320.‍103 (1) Quiconque, sciemment, fait suivre une thérapie de conversion à une personne âgée de moins de dix-huit ans est coupable :
a) soit d’un acte criminel passible d’un emprisonnement maximal de cinq ans ;
b) soit d’une infraction punissable sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire.

[...]

Publicité de thérapie de conversion
320.‍104 Quiconque fait sciemment de la publicité pour offrir de la thérapie de conversion est coupable :
a) soit d’un acte criminel passible d’un emprisonnement maximal de deux ans ;
b) soit d’une infraction punissable sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire.

Avantage matériel
320 ‍105 Quiconque bénéficie d’un avantage matériel, notamment pécuniaire, qu’il sait provenir ou avoir été obtenu, directement ou indirectement, de la prestation de thérapies de conversion est coupable :
a) soit d’un acte criminel passible d’un emprisonnement maximal de deux ans ;
b) soit d’une infraction punissable sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire.

Ces projets de loi ont suscité une réaction de Derek Sloan, un jeune député ontarien, unilingue, avocat de formation qui brigue la présidence du Parti dit conservateur du Canada (PCC).  Il est considéré comme un des chefs de file des conservateurs sociaux. Richard Décarie, éliminé par une camarilla non élue du PCC, a demandé à ses partisans de le soutenir. Nous avons traduit son communiqué puisqu’il ne semble pas l’avoir publié en français (...).
Une astuce courante de la gauche progressiste [« liberal » en anglais] consiste à changer le sens des mots afin de masquer la vérité.

La « thérapie de conversion » en est le dernier exemple orwellien.

La gauche condamne sous le nom de « thérapie de conversion » l’idée que les parents puissent aider un enfant à se sentir bien dans sa peau et heureux du corps avec lequel il est né, alors qu’elle se félicite qu’on donne à un enfant des hormones et qu’on lui fasse subir une chirurgie plastique irréversible en appelant cela de l’« affirmation de genre ».

Si ces termes vous paraissent inversés, c’est parce que c’est le cas. En fait, pour les adolescents souffrant de dysphorie de genre, cela peut être un cauchemar.

Les idéologues du genre enseignent aux enfants dans les écoles publiques (ou partout ailleurs où ils peuvent les atteindre) que leur « genre » est fluide et qu’ils peuvent ne pas être des « garçons » ou des « filles » contrairement à ce que leurs familles leur ont dit.

Ensuite, les idéologues du genre attirent les enfants désorientés qui développent une dysphorie de genre pour leur faire prendre des hormones afin de modifier leur corps encore en croissance.

Mais, lorsque cette « conversion » de garçon en fille ou de fille en garçon n’est pas tout à fait terminée, et que les enfants demandent de l’aide, ou que leurs parents demandent de l’aide en leur nom pour arrêter cette « conversion », les idéologues du genre crient « comment osez-vous essayer d’arrêter ça ? » Et puis les idéologues du genre condamnent les efforts en matière de conseil en les nommant une « thérapie de conversion ».

Cette semaine, le gouvernement libéral de Trudeau a annoncé un projet de loi, le projet de loi C-8, il vise à interdire tout ce que les idéologues du genre considèrent comme une « thérapie de conversion ».

Il fait suite à la législation en vigueur à l’Île-du-Prince-Édouard, en Nouvelle-Écosse et au fameux « projet de loi 77 » de l’Ontario, présenté par les libéraux de Kathleen Wynne en 2015.

Maintenant, les idéologues de genre du Parti libéral fédéral veulent entraîner le reste du Canada dans un monde chamboulé, cul par-dessus tête, qui élimine les droits parentaux dans ce domaine. Bien plus : l’interdiction de ces « thérapies de conversion » empêche en fait les mineurs souffrant de dysphorie de genre d’obtenir une aide psychologique, même s’ils la sollicitent.

C’est de la folie.

Des études montrent que, pour la grande majorité des enfants qui s’identifient comme « trans », il ne s’agit qu’une phase et que, à l’âge adulte, ils finissent par s’identifier avec bonheur au corps avec lequel ils sont nés, quelle que soit leur orientation sexuelle.

Les « interdictions » prônées sont beaucoup trop vastes et représentent une atteinte dangereuse aux libertés individuelles et aux droits parentaux.

Bien sûr, chaque député responsable devrait soutenir les mesures visant à empêcher des conseils coercitifs qui nuisent aux patients. Mais cette nouvelle loi, le projet de loi C-8, empêchera les Canadiens d’un océan à l’autre de s’engager librement dans des conversations et des conseils privés, à l’instar de la situation à laquelle nous sommes actuellement aux prises en Ontario.

Au début de l’hiver, je me suis entretenu avec l’animateur de CTV Power Play Evan Solomon sur ce sujet :




Après la diffusion de cet entretien, j’ai reçu de nombreux messages de soutien, y compris certains de la part des membres de la communauté LGBT qui reconnaissent que la vie des enfants est sacrifiée au nom de l’« idéologie du genre » destructrice.

Pour ma part, je voterai contre le projet de loi C-8.

J’espère et je prie que d’autres députés — en particulier mes collègues conservateurs — se joindront à moi pour vaincre cette nouvelle tentative d’imposer une idéologie de genre aux enfants du Canada.

Un de nos contacts s’était insurgé dans les commentaires du site de la société d’État contre ces projets de loi qui visent à interdire des séances de « conseil en affirmation corporelle » (dans les termes de Derek Sloan) alors que le gouvernement n’interdit pas les thérapies de conversion pro-LGBTQ qui modifient de façon permanente l’anatomie des enfants par l’utilisation d’hormones. La société gouvernementale de diffusion a censuré son message. Plus d’un milliard de dollars de subventions à l’œuvre.



Rappelons aussi que les juges et les associations militantes LGBT en Colombie-Britannique empêchent un père de s’opposer aux traitements hormonaux imposés par le tribunal à sa fille et d’en parler à quiconque (voir vidéo ci-dessous enregistrée aux États-Unis).



Voir aussi

Colombie-Britannique : Cour suprême interdit aux parents de s’opposer au traitement hormonal de transition de leur fille de 14 ans

Trans — Médecins inquiets que des enfants s’exposent à des « dégâts à long terme » en raison de groupes de pression et de parents agressifs

Endocrinologues mettent en garde contre le traitement hormonal de la dysphorie sexuelle chez l’enfant

Grande-Bretagne — enfants autistes poussés à s’identifier comme transgenres ?

Fonctionnaires contre père : qui décide si un enfant mineur peut subir une thérapie de transition de genre ? (le cas en Cour d’appel)

mardi 10 mars 2020

Coronavirus : l’école française face au défi des cours à distance

Plus de 300 000 élèves, sur 12 millions d’enfants scolarisés en France, sont concernés par la fermeture de leurs établissements.

Mère de deux enfants âgés de 6 et 9 ans, Sophie a appris ce week-end que l’école privée de ses enfants à Mulhouse (Haut-Rhin) était fermée par précaution pendant quinze jours pour éviter la propagation du coronavirus. « Pour le moment, ce sont mes parents qui s’occupent des petits », raconte-t-elle. Les grands-parents sont âgés, ce n’est pas l’idéal, « mais mon mari et moi-même sommes commerçants. Nous ne pouvons pas arrêter le travail ». Sophie a bien « reçu un courriel de l’école promettant un contact mercredi pour d’éventuels devoirs », mais, faute de temps, elle ne s’y est pas encore intéressée.

Comme pour beaucoup de parents, son urgence, c’est d’abord de trouver une solution de garde pérenne. Dans les Hauts-de-France, Amélie s’appuie ainsi depuis la semaine dernière sur les « quelques consignes » envoyées « en une fois » via un mail par l’enseignante de sa fille de 10 ans : « on fait des révisions le matin. Mais en une heure, elle a fait le tour. Je l’envoie dans sa chambre pour lire, mais elle passe aussi du temps devant la télé. Car moi-même je travaille à distance pour mon entreprise. » Au total, plus de 300 000 élèves, sur les 12 millions scolarisés en France, de la maternelle au lycée, sont concernés en ce début de semaine par la fermeture de leurs établissements scolaires. Pour assurer une « continuité pédagogique », le ministère de l’Éducation nationale a prévu des dispositifs d’enseignement à distance, dans l’Oise, le Haut-Rhin et Ajaccio. Quelques classes ont par ailleurs été fermées lundi après des cas positifs chez des élèves ou enseignants à Paris, Woippy (Moselle), Louvres (Val-d’Oise).


Les enseignants des collèges et lycées « jouent plutôt le jeu », car ils ont « l’habitude, comme leurs élèves » d’utiliser des espaces numériques de travail et d’y glisser documents et devoirs, selon Hubert Salaün, porte-parole de la PEEP (deuxième fédération des parents d’élèves de l’enseignement public).

Dans le lycée de sa fille à Chantilly (Oise), une professeur de français a même mis des vidéos de ses cours en ligne. « Certes, l’engagement des enseignants est variable, poursuit Hubert Salaün. L’un d’eux a demandé de bénéficier d’un droit de retrait. C’est choquant, mais exceptionnel. On n’était d’ailleurs pas surpris quand on a vu le nom du professeur… »

Quant aux parents et aux élèves, si tous disposent d’un téléphone relié à internet, certains n’ont pas forcément ordinateur ou tablette à domicile, ce qui peut être handicapant. C’est dans les écoles primaires que la continuité est la plus difficile à assurer, la plupart des élèves et professeurs ne disposant pas d’espace numérique de travail.

« Classe virtuelle »

Les enseignants n’ont à leur disposition que les courriels des parents. Certains ont bien envoyé des « fiches » par ce biais, assure Francette Popineau, du principal syndicat d’enseignants du primaire. De petites révisions pour l’essentiel « qui ressemblent à ce qu’on trouve dans les cahiers de vacances », raconte une enseignante de Senlis (Oise). Beaucoup renvoient aussi vers le Cned, le Centre national d’enseignement à distance, qui propose une plateforme avec des exercices pour chaque niveau de classe, censée compléter les directives des enseignants.

Si certains cours et exercices sont très interactifs, d’autres ressemblent à des pages peu attractives, émanant de manuels papiers

La qualité est assez inégale, mais « elle a été mise en place très rapidement. C’est un travail colossal », observe Stéphane Crochet du syndicat enseignant Se-Unsa. Si certains cours et exercices sont très interactifs, d’autres ressemblent à des pages peu attractives, émanant de manuels papiers. La directrice de l’école Viefvillers (Oise), fermée jusqu’au 20 mars, a demandé lundi aux parents de s’y inscrire, et donné des consignes très générales. Pour les CP « revoir les différents sons étudiés, les tables d’addition et les nombres jusqu’à 59 ». Pour les CE2 et CM1 « revoir les verbes au présent, les tables de multiplication 1 2 3 5 et faire un résumé du livre Les Doigts rouges… ».

Quant à la « classe virtuelle » proposée par le Cned, elle ne fait pas recette auprès des enseignants qui se disent « insuffisamment formés » selon Francette Popineau. « Il faut bien reconnaître que les enseignants ne sont pas du tout habitués au télétravail », note Stéphane Crochet de l’Unsa, selon qui il n’est « pas évident de donner du travail à distance à des enfants très jeunes, encore non autonomes. D’autant plus que de nombreuses familles parlent mal le français surtout en zones d’éducation prioritaire (REP et REP+) ».


Il ne faudrait pas non plus que ces cours et devoirs créent des conflits entre parents et enfants, craignent des enseignants : « suivre les devoirs trente minutes le soir, c’est plus facile que de suivre son enfant une matinée chaque jour », soutient-il. « C’est assez éprouvant, reconnaît Stéphanie, confinée avec ses enfants collégiens dans l’Oise, additionner sa journée de travail et un semblant de cours de mathématiques ou de physique, c’est vraiment la double peine. Je ne tiendrai pas des semaines. Et pourtant mes enfants sont plutôt bons élèves. »

Source : Le Figaro

L'anomie d’une société régie par le seul principe des droits individuels

Chronique d’Éric Zemmour sur une critique de l’anomie [de ἀνομία en grec : absence (a — ) de loi (nomos), de valeurs communes] d’une société régie par le seul principe des droits individuels, due à l’un des grands héritiers de la tradition libérale française, et qui reparaît en édition de poche.


Rien ne va plus dans le monde enchanté du libéralisme. Alors que les « gilets jaunes » ont sonné la révolte des victimes de la mondialisation, montrant la face sombre du libéralisme économique, on pensait au moins que sa version philosophique, solidement assise sur la Déclaration des droits de l’homme, n’était contestée que par des réactionnaires grincheux (tout réactionnaire ne peut être que grincheux aux yeux de nos éminents progressistes) ou des communistes qui n’avaient rien appris ni rien compris. Et voilà que l’un des plus éminents philosophes libéraux, un élève de Raymond Aron lui-même, un de nos plus glorieux héritiers de la tradition tocquevilienne française, Pierre Manent, dynamite les fondements mêmes de notre régime en opposant la loi naturelle aux droits de l’homme. Pourtant, depuis les années 1980, la cause semblait entendue : la Déclaration des droits de l’homme, notre titre de gloire aux yeux de l’humanité, était la version laïcisée, moderne, de la loi naturelle qui devait servir de rempart aux tentations liberticides du pouvoir, car tout pouvoir est tenté d’en abuser, selon la célèbre formule de lord Acton : « Le pouvoir rend fou, le pouvoir absolu rend fou absolument. »

Cette vulgate libérale fonde notre « État de droit » qui a peu à peu transformé l’État en dispensateur de droits individuels, toujours plus étendus, toujours plus indiscutables, toujours plus impérieux.

C’est à ce libéralisme devenu fou que le libéral Manent s’en prend. Il se retrouve curieusement dans la peau de ces intellectuels communistes qui reniaient leur idéal de jeunesse en observant les ravages causés par le socialisme réel. Il le fait dans un texte court, dense, ardu, jusqu’à devenir en certaines pages abscons. Parfois, au milieu de pages d’une lecture difficile, une phrase lumineuse éclaire et récompense le lecteur : « L’État moderne entend régler un monde humain qui se croit ou se veut sans loi ni règle », ou encore : « La loi désormais se propose de donner aux sociétaires les seuls commandements qui leur sont nécessaires pour mener une vie sans loi. »

C’est à cette contradiction fondatrice de nos sociétés contemporaines que Manent fait un sort. Il en analyse les causes et les effets. Les causes, en remontant aux grands transgresseurs originels, de Machiavel à Luther, retrouvant à sa manière, le triptyque cher à Balzac : réforme, révolution, démocratie. Manent décrit le combat séculaire mené par le libéralisme pour abattre la loi naturelle chrétienne. « Les philosophes les plus importants ou les plus influents dans l’élaboration du projet libéral (Hobbes, Spinoza, Bayle) sont pour ainsi dire tous des critiques résolus et explicites de la conception grecque du choix réfléchi comme de la conception chrétienne du libre arbitre et de la conscience. »

Il en décrit les effets par le menu. Que ce soit sur la sexualité : « Tandis que le sexe est dénaturalisé en genre, l’homosexualité est naturalisée en “orientation sexuelle”. (…) Plus l’orientation homosexuelle est naturalisée, plus elle ôte de son pouvoir ou de son autorité à la différence sexuelle. (…) [Avec le mariage homosexuel] il s’agit d’obliger les sociétaires à reconnaître par leurs paroles et leurs actions qu’il n’y a pas de loi naturelle. »

Ou sur l’appartenance à une nation : « Ce n’est plus aux cités de déterminer qui sera citoyen et à quelles conditions, puisque chacun désormais est supposé avoir le droit de devenir citoyen de la cité qu’il choisit. »

Et même sur notre rapport à la mort : « L’État moderne qui a renoncé à infliger la peine de mort pour des crimes déterminés par la loi, tend de plus en plus à accorder l’autorisation de donner la mort à des malades estimés en fin de vie. (…) Une loi prétendant régler la manière d’enfreindre le commandement le plus universel et le plus rigoureux — “tu ne tueras point” — est le contraire d’une loi. »

Manent n’est pas le premier à dénoncer ces effets pervers ni à pointer la responsabilité d’un système libéral où le seul rôle dévolu à la loi est de « protéger, garantir et promouvoir les droits constitutifs de la liberté naturelle ». Mais son originalité est de montrer l’inanité du raisonnement moderne qui oppose la loi naturelle à la loi humaine, qui, seule, a le droit de s’imposer des contraintes, tandis que la nature, elle, ne saurait légiférer : « Cette objection s’est imposée alors même et à mesure que l’on perdait toute notion un peu sérieuse de la loi humaine, de la loi politique. La loi naturelle et la loi politique ou humaine, loin d’être des notions incompatibles, sont au contraire des notions solidaires et qui pour ainsi dire s’entre-appartiennent. »

Manent tente donc de retrouver une loi naturelle qui permettrait le grand retour d’une loi politique qui ne soit pas une simple protection des droits individuels. Il tourne autour des antiques notions de « l’agréable, l’utile, l’honnête, voire du juste et du noble ». Valeurs archaïques que Manent chérit à contre-courant d’une époque qui ne veut connaître que le caprice et la transgression moutonnière. Sous sa prose philosophique, on entend l’écho de querelles plus politiques et plus brûlantes.

Ainsi, lorsque le Hongrois Orban théorise sa fameuse « démocratie illibérale », il prend soin de distinguer entre le libéralisme du XIXe siècle, qui respectait la nation, la famille et la tradition, et son homonyme du XXIe siècle, qui les nie et les désagrège. Manent n’est plus très loin de ces libéraux conservateurs, de plus en plus conservateurs et de moins en moins libéraux, lorsqu’il explique que nos sociétés ont troqué l’obéissance — rejetée au nom d’une conception maximaliste de la liberté — pour la domination : « C’est certainement une des faiblesses les plus graves du libéralisme que son incapacité à prendre la mesure de ce phénomène. (…) En nous abandonnant à l’inertie du laisser-faire, laissez-passer, nous avons perdu de vue le rôle central du commandement dans la vie pratique. »

La question qui reste est celle qui est posée par les marxistes comme Jean-Claude Michéa, qui arrivent au même point que Manent, mais par une autre route : le marché n’est-il pas le plus grand ennemi de la tradition, de la famille, de la nation, le plus grand agent révolutionnaire, le plus nihiliste et le plus impitoyable ? Bref, le libéralisme n’est-il pas le plus grand ennemi du conservatisme ?

La Loi naturelle et les droits de l’homme
par Pierre Manent
publié aux PUF (Presses universitaires de France)
dans la collection « Quadrige »,

à Paris,
le 4 mars 2020,
131 pp.
12 €.