lundi 5 novembre 2018

Parution en français de Douze règles pour une vie de Jordan Peterson

Présentation de l’éditeur  

Qu’est-ce que le système nerveux des homards nous enseigne sur l’importance de se tenir droit et sur la réussite ?

Pourquoi les Égyptiens accordaient-ils tant d’égards à ceux qui chérissaient leurs prochains comme les plus grands des dieux ? Quels chemins terrifiants empruntons-nous lorsque nous devenons arrogants ou revanchards ?

Le Dr Peterson nous entraîne dans un incroyable voyage au cœur de la discipline, de la liberté et de l’aventure humaine, élaborant une nouvelle sagesse à travers 12 règles de vie simples, profondes et même surprenantes.  

RÈGLE N° 1 Tenez-vous droit, les épaules en arrière

Soignez votre posture. Cessez de vous avachir et de voûter le dos. Dites le fond de votre pensée. Redressez-vous et regardez devant vous. Osez vous montrer dangereux.  


Biographie de l’auteur

Docteur en psychologie, professeur à Harvard puis à l’université de Toronto, JORDAN B. PETERSON est un intellectuel subversif. Élevé dans les terres glacées du nord de l’Alberta, il a notamment piloté un avion poids plume, vogué autour de l’île d’Alcatraz, exploré le cratère d’une météorite en Arizona et construit une habitation amérindienne sur le toit de sa maison au Canada ! Son livre 12 Règles pour une vie publié en janvier 2018 s’est immédiatement classé en tête des ventes en Amérique, devenant un véritable phénomène d’édition [plus de 2 millions d’exemplaires vendus].

Douze règles pour une vie
de Jordan Peterson,
paru chez Michel Lafon,
à Paris,
le 18 octobre 2018.
 439 pages.
ISBN-10 : 2 749 937 728
ISBN-13 : 978-2749937724

Voir aussi


Jordan Peterson et l’égalité des sexes : députée suédoise à du mal à comprendre

Tyrannie du « genre » : école annule la traditionnelle danse père-fille

Jordan Peterson et l'égalité des sexes : députée et ex-ministre suédoise a du mal à comprendre

Débat entre Jordan Peterson et la députée et ex-ministre suédoise Annie Lööf, le 26 octobre 2018 à l'émission suédo-norvégienne Skavlan

Rare visite d’un journaliste français

Jordan Peterson relate dans le National Post sa récente rencontre avec un journaliste français :

Hier soir [1er novembre 2018], j’ai été interviewé par un jeune journaliste français. Il était venu de Paris avec une cadreuse. Il avait essayé d’avoir ce qui aurait pu être — mais ce ne sera pas le cas — une discussion avec moi depuis plusieurs mois, se rendant à un moment à Rochester (New York) pour assister à l’une de mes conférences, mais il n’avait pas produit les documents appropriés à mon directeur de tournée. Il voulait me parler de l’état de dégénérescence de la masculinité moderne — et de l’aliénation ressentie par ce qui semble être un nombre croissant de jeunes hommes — et de l’attrait particulier de mes vidéos YouTube, de mes baladodiffusions et de mon livre sur ces personnes. Une partie de lui voulait vraiment savoir a-t-il affirmé en commençant notre entretien.

Je lui ai dit que le récit dominant dans notre culture repose sur l’hypothèse que l’Occident est un patriarcat tyrannique ; que toutes ses réalisations sont une conséquence de l’exploitation des dépossédés ; et que le seul moyen véritable de parvenir à une position souhaitable consiste à faire preuve de pouvoir. Je lui ai dit que les jeunes hommes sont donc confrontés à une alternative diabolique : s’ils sont ambitieux et compétents (ou même non ambitieux et compétents), ils seront traités, notamment par eux-mêmes, comme s’ils exprimaient précisément les traits qui ont produit cette terrible tyrannie, et qu’ils ne sont donc guère meilleurs que tous les oppresseurs du passé. Cela se produit parce qu’il est devenu acceptable à notre époque de proposer une version de l’histoire, du présent et de l’avenir, fondée sur une haine profonde des hommes (ou pire encore, une haine profonde des gens compétents). C’est une histoire très débilitante, démotivante et décourageante, car elle prend ce qu’il y a de mieux chez les meilleurs jeunes hommes — leur volonté d’être compétents, de participer, de construire, de se battre et de réussir — et en fait un acte criminel.

C’est la raison du désespoir des jeunes hommes. J’ai expliqué cela au journaliste français, mais il ne parvenait pas à écouter. Il avait apporté une liste de questions préparées à l’avance, des « questions difficiles », selon lui, et n’avait pas confiance en son propre désespoir et sa curiosité pour approfondir réellement les questions. Il se considérait comme un libéral [« progressiste » ?], c’est-à-dire attiré par la frange la plus extrême de la gauche, et l’histoire que je lui racontais ne lui était tout simplement pas compréhensible : pas sans la destruction de sa façon de voir le monde. Il n’avait donc pas les oreilles pour entendre et alla jusqu’à répéter la même question trois fois de plus. J’ai répondu de la même façon à chaque fois, en vain.

Voir aussi

* Paradoxe confirmé : l’égalité juridique des sexes renforce les stéréotypes sexuels (chasser le naturel, il revient au galop ?)

* Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre



* Jordan Peterson : Arguments en faveur du mariage et impacts du divorce (2 vidéos)



* Vos impôts à l’œuvre : Télé-Québec et ses capsules « éducatives » féministes


* Faiblesse des revenus masculins, une des causes de l’effondrement du mariage ?



* Parution en français de Douze règles pour une vie de Jordan Peterson

dimanche 4 novembre 2018

Plusieurs grandes études : l'égalité juridique des sexes renforce les différences sexuelles

Le Québec a une politique gouvernementale de discrimination en faveur des femmes dans les sciences

Nous avons tous appris ce qui est censé se passer lorsque les sexes deviennent juridiquement plus égaux. Tandis que les femmes brisent les plafonds de verre et diversifient l’éducation, les autres différences sont également vouées à disparaître.

Sans les entraves psychologiques liées au fait d’appartenir au deuxième sexe, les femmes sont libres de penser et de se comporter comme elles le souhaitent, de devenir ingénieurs, dirigeants de haut vol, débarrassées de stéréotypes surannés.

Pourtant, à la surprise de certains psychologues, on constate précisément le contraire. Plus l’égalité entre les sexes est grande dans un pays, plus la différence de mentalité entre hommes et femmes est grande. On pourrait appeler cela le paradoxe patriarcal. [Note du carnet : les féministes pourraient appeler cela ainsi, les autres ne voient pas le monde actuel en termes de patriarcat]

Deux nouvelles études démontrent une nouvelle fois [voir Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre] ce résultat contre-intuitif, ce qui signifie qu’il s’agit de l’une des découvertes les mieux établies en psychologie, même si [selon The Times] personne ne peut l’expliquer correctement.

Des scientifiques de l’Université de Göteborg en Suède ont montré dans une enquête menée auprès de 130 000 personnes originaires de 22 pays que les pays comptant davantage de femmes dans la population active, le parlement et l’éducation sont également ceux dans lesquels les caractéristiques psychologiques divergent davantage entre hommes et femmes.

[Détails supplémentaires : L’enquête a mesuré les « cinq grands » traits de personnalité (ouverture, conscience, extraversion, tolérance et névrosisme), catégories bien acceptées dans la recherche sur la personnalité.

Les différences moyennes entre les résultats de personnalité des hommes et des femmes ont été calculées pour chaque pays, puis comparées au niveau d’égalité de genre du pays tel que mesuré par le Forum économique mondial.

Reprenant des recherches antérieures, l’étude a montré que des niveaux plus élevés d’égalité entre les sexes étaient associés à de plus grandes différences de personnalité entre les sexes. Les pays à très forte égalité des sexes, tels que la Suède et la Norvège, ont montré des différences de personnalité entre les sexes environ deux fois plus importantes que celles de pays à plus faible égalité des sexes, comme la Chine et la Malaisie.]

En outre, un article de recherche publié par la revue en ligne Plos One a révélé que dans les pays classés comme moins égalitaires envers les femmes par le Forum économique mondial, les femmes étaient plus susceptibles de choisir des cours traditionnellement masculins tels que les sciences ou les études en ligne.

Erik Mac Giolla, chercheur principal de la première étude, a déclaré que les résultats avaient plutôt révélé une différence plus grande que celle mise en lumière par les études précédentes. La personnalité est généralement mesurée en utilisant les « cinq grands » traits. Ce sont l’ouverture, l’extraversion, l’amabilité, la conscience et le névrosisme. Les femmes obtiennent généralement des résultats plus élevés dans ces cinq catégories, mais il existe toujours un grand chevauchement entre les sexes.

En Chine, où la parité hommes-femmes reste faible, le chevauchement des personnalités entre hommes et femmes était d’environ 84 %. Aux Pays-Bas, qui comptent parmi les sociétés les plus égalitaires, ce n’est que 61 %. [Voir Peu de Hollandaises travaillent à plein temps, elles se disent très heureuses.]

« Il semble que, à mesure que l’égalité des sexes augmente et que les pays deviennent plus progressistes, les hommes et les femmes gravitent autour des normes sexospécifiques traditionnelles », a déclaré Mac Giolla. « Pourquoi cela arrive-t-il ? Je ne sais vraiment pas. »

Steve Stewart-Williams, de l’Université de Nottingham, a déclaré qu’il existait désormais trop de preuves de cet effet pour qu’on puisse considérer la chose comme un coup de chance. « Ce n’est pas que sur le plan de la personnalité », a-t-il déclaré. « Les mêmes résultats contre-intuitifs ont été observés dans de nombreux autres domaines, notamment les styles d’attachement, le choix de la spécialité universitaire, le choix de la profession, la fréquence des pleurs, la dépression, le bonheur et l’intérêt pour les relations sexuelles occasionnelles.»

« C’est à coup sûr un défi pour un courant dominant de la théorie féministe qui affirme que presque toutes les différences entre les sexes découlent de la formation culturelle et des rôles sociaux. »

Le Dr Stewart-Williams, auteur du Singe qui comprenait l’univers, a déclaré qu’une explication pourrait être que les personnes vivant dans des sociétés plus riches et plus égalitaires entre les sexes bénéficient d’une plus grande liberté qui leur permet de poursuivre leurs intérêts propres et de se comporter plus individuellement ce qui amplifie ainsi les différences [observées dans les autres sociétés.]

Quelle que soit la raison des constations établies par ces études, le Dr Stewart-Williams fait valoir que cela signifiait que nous devrions cesser de penser que les différences entre les sexes dans la société sont automatiquement le produit de l’oppression [il manque le mot « patriarcale » !]. « Ces différences observées pourraient indiquer le contraire : on a affaire à une société relativement libre et juste », a-t-il déclaré. Si cela contredit certaines analyses féministes, pour le Dr Stewart-Williams cela a surpris également à peu près tout le monde. [Note du carnet : des études scandinaves précédentes, de moindre ampleur, il y a près de 10 ans concluaient la même chose, voir la vidéo ci-dessous.]



« Il semblait tout à fait raisonnable de penser que, dans des cultures où les hommes et les femmes sont traités de manière très différente et se voient offrir des possibilités très différentes, ils se seraient nettement plus différents que dans des cultures où ils sont traités de manière plus similaire et bénéficient des mêmes chances. »

« Mais il s’avère qu’on observe précisément l’inverse. Traiter les hommes et les femmes de la même façon les rend différents, et les traiter différemment fait de même. Je ne pense pas que quiconque ait prédit cela. C’est bizarre. »  

[Pour le Dr Jordan Peterson ce n’est en rien étonnant : les femmes et les hommes ont des intérêts différents. Les femmes sont en moyenne plus portées à s’intéresser aux gens, les hommes aux choses. Plus de libertés et de prospérité permettent à chacun des sexes de se tourner vers ce qui les intéresse alors que, dans des pays pauvres, il faut d’abord songer à faire bouillir la marmite, d’où la présence importante de femmes dans des métiers techniques en Inde, en Asie ou en Afrique. La lutte contre les « stéréotypes » n’y est pour rien.]



Source : The Times (de Londres), le 15 septembre 2018, par Tom Whipple, rédacteur scientifique

Écologie — Augmentation de la biomasse et des surfaces boisées à l'échelle planétaire

Un groupe d’universitaires australiens, chinois et néerlandais a récemment publié, dans la revue scientifique Nature Climate Change, une étude portant sur 20 ans et mesurant la quantité précise de la « biomasse terrestre » de la Terre, c’est-à-dire la masse totale d’organismes vivants, dont la plupart sont des plantes. Ils ont utilisé deux décennies de mesures satellitaires par micro-ondes, une méthode précise de mesure de la biomasse afin de déterminer l’évolution de la masse d’êtres vivants sur notre planète.

Unité : Mg C ha-1 an−1
Variation annuelle moyenne du carbone dans la biomasse aérienne (épigée) entre 1993 et 2012

Ce que l’étude révèle d’abord est connu : entre 1993 et ​​2002, la masse mondiale de plantes a diminué — en grande partie à cause de la déforestation à grande échelle dans les forêts tropicales humides du Brésil et de l’Indonésie.

Mais ensuite, entre 2003 et 2012 (la dernière année analysée), quelque chose d’étonnant s’est produit : les arbres ont commencé à repousser. Les mesures prises montrent que la déforestation au Brésil et en Indonésie a fortement ralenti, tandis que de meilleures conditions de croissance dans les savanes du nord de l’Australie et de l’Afrique australe — des pluies plus abondantes — ont ajouté de la biomasse et, surtout, que les vastes forêts de Chine et de Russie ont repoussé à une vitesse considérable. Le dernier point est particulièrement significatif : la forêt boréale, qui couvre le nord du Canada et la Russie, stocke près de 60 % du carbone mondial (les forêts pluviales tropicales en stockent environ moitié moins).

Selon les auteurs, le résultat était « un gain global » de la matière végétale absorbant le carbone dans le monde — résultat qui a été reproduit dans d’autres études récentes montrant une expansion des puits de carbone à l’échelle planétaire. Une autre étude, publiée en juillet, a révélé que la part des émissions de carbone dues à la déforestation avait diminué d’un tiers au cours de la dernière décennie.

samedi 3 novembre 2018

Vu aux États-Unis, bientôt en France... très bientôt au Québec ?

« Aux États-Unis, les féministes et les militants noirs organisent leur propre ségrégation. Les existentialistes les plus fanatiques inventent l’essentialisme des » races et des genres le plus implacable Dans un livre très documenté, Géraldine Smith offre une description apocalyptique du progressisme américain qui transforme le pays en enfer. Et qui a déjà contaminé la France. Géraldine Smith vit depuis onze ans en Caroline-du-Nord. L’ancienne journaliste raconte l’Amérique sur le même ton vif et engagé qui a fait le succès de son précédent livre, Rue Jean-Pierre Timbaud, Une vie de famille entre barbus et bobos, paru chez Stock en 2016.

Présentation de l’éditeur

Sous l’Amérique d’aujourd’hui perce la France de demain. La « flexibilité » à l’américaine — de l’emploi, des horaires d’ouverture des magasins, du départ à la retraite, de la vie familiale désynchronisée —, on connaît déjà. Voici maintenant la revendication de « lieux sûrs », de l’entre-soi, du « droit » de se promener en pyjama dans la rue, des pronoms aussi fluides que le genre. En attendant la dépendance sur ordonnance, la prescription de pilules pour améliorer les résultats scolaires, l’épuration de la littérature, la prohibition de la danse « sexuellement agressive » et du port du sombrero. En huit histoires, toutes de première main, ce livre raconte l’Amérique comme vous ne l’avez jamais vue, la France telle que vous ne la connaissez pas… encore.

Chronique d’Éric Zemmour au sujet de ce livre


Le livre s’intitulait Scènes de la vie future. Georges Duhamel décrivait l’Amérique qu’il avait visitée en 1929 ; une société rongée par le matérialisme, le consumérisme, le puritanisme (en pleine prohibition). Il s’effrayait de l’influence américaine sur une France qui ne demandait qu’à être contaminée par les virus venus d’outre-Atlantique. L’ouvrage publié en 1930 connut un immense succès. Sans le savoir, Duhamel avait inventé un genre éditorial en soi : le vu en Amérique, bientôt en France.

Géraldine Smith n’a ni l’élégance littéraire, ni la vaste culture, ni la hauteur de vue de son lointain prédécesseur. Son style journalistique est sans goût ni saveur, mais il a le mérite d’être concret et pédagogique. Ses analyses sont pauvres, mais ses descriptions sont riches. Comme dans son précédent ouvrage, qui racontait l’échec du « vivre ensemble » dans le XIe arrondissement de Paris, notre observatrice s’avère une bobo contrariée par le réel, mais qui a le mérite, contrairement à la plupart de ses pairs, de ne pas refuser de voir ce qu’elle voit. On peut lui reprocher ses illusions, pas son honnêteté intellectuelle. Bien sûr, elle ne décèle dans ce qu’elle dénonce que « des effets pervers » d’idées justes, puisque provenant du fonds idéaliste de gauche, sans comprendre — ou admettre — que c’est son idéalisme de gauche qui est pervers. Géraldine Smith est une des innombrables incarnations contemporaines de la fameuse phrase [approximative, voir [1]] de Bossuet : « Dieu rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »

Pourtant, à part Dieu, personne n’a envie de rire après avoir lu ce qu’elle raconte. Installée depuis dix ans en Caroline du Nord, elle nous montre une Amérique toujours plus riche avec toujours plus de pauvres ; avec moins de chômeurs que jamais, mais toujours moins de protection sociale aussi. Le travail du dimanche désagrège une vie de famille déjà minée par le divorce de masse ; le règne du « cool » dans les vêtements fait songer à la célèbre phrase d’Einstein sur « l’Amérique passée directement de la barbarie à la décadence ». Un Américain sur quatre va quotidiennement au fast-food ; et les autres se nourrissent de pizzas ou de sushis avalés n’importe comment, n’importe où, à n’importe quelle heure. Bien la peine de dépenser des milliards de dollars dans des campagnes contre l’obésité ! Le chapitre sur les enfants traités par amphétamines pour obtenir de meilleurs résultats scolaires fait froid dans le dos. Un médecin explique : « Notre société a décidé que modifier l’environnement de l’enfant coûterait trop cher. Nous avons donc décidé de modifier l’enfant. » Un professeur de psychiatrie analyse les conséquences du laxisme des parents et des profs : « À l’école, on punissait les enfants qui ne restaient pas assis. Aujourd’hui, on les envoie en thérapie et on les drogue. » Pas étonnant que l’Amérique soit aussi le pays où des millions de malades sont devenus de véritables « drogués » après qu’on les eut soignés avec des dérivés de l’opium pour atténuer les effets de la douleur. Le pays également où des parents conduisent leurs enfants de 10 ans chez des médecins afin que ceux-ci bloquent par des traitements chimiques leur puberté, parce que leur fille ne se sent pas à l’aise dans son identité de genre.

Mais c’est à l’université, sur les campus que le monde entier leur envie, que l’Amérique fabrique son avenir. Et le nôtre. Un avenir paradoxal, à la fois hyperprotecteur et hyperconflictuel. La protection de tous ceux qui ne peuvent supporter les « microagressions » concernant leur sexe, leur genre, leur couleur de peau, leurs origines. Ceux-là ont le droit à des « trigger warnings » (déclencheurs d’alerte) et des « lecteurs de sensibilité » pour éviter tout ce qui pourrait les choquer : « Les livres ne sont pas le lieu où un lecteur doit faire face à une représentation nocive ou stéréotypée de ce qu’il est. » En clair, les femmes ne doivent plus lire Madame Bovary, les Juifs ne s’aventureront plus dans la lecture de Rebatet ou de Barrès, ou même de Balzac ou Voltaire ; les homosexuels ne chanteront plus du Brassens ou du Brel et les hétérosexuels ne liront pas Jean Genet. Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées, disait le dicton populaire d’antan. C’est exactement ce que nous montre Géraldine Smith, lorsqu’elle nous relate la mésaventure de son fils et d’un de ses amis noirs, à qui la « fraternité noire » (sorte de confrérie étudiante, NDLR) interdit de s’installer ensemble dans le campus. Ou ces femmes noires qui refusent la promiscuité avec les femmes blanches accusées d’être des « privilégiées ». Ou ces filles qui s’écrient : « Stop! You are making me really unconfortable! » [Arrêtez ! Vous me mettez vraiment mal à l’aise ! »] dès qu’elles ont un désaccord avec un garçon. Ou cet étudiant sanctionné par l’université pour une « danse sexuellement agressive ». L’Amérique qui sort de ce tableau édifiant est à rebours des idéaux de ceux qui l’ont forgée : les féministes et les militants noirs organisent leur propre ségrégation. Les existentialistes les plus fanatiques inventent l’essentialisme des races et des genres le plus implacable. Ressuscitent le vieux principe de l’apartheid : « séparé, mais égal ». Comme le reconnaît, effarée, Géraldine Smith : « Les parents noirs cherchaient à se fondre dans l’Amérique blanche ; leurs enfants les accusent de [blanchissement/lavage à blanc] “white washing” ; les premiers luttaient pour le droit de s’asseoir à la même table, les seconds veulent qu’on leur dresse une table de même taille, mais séparée. »


Elle voit juste : tout ce qu’elle décrit viendra en France — y est déjà. Nous allons vivre une nouvelle vague d’américanisation : après celle des années 30 (décrite par Georges Duhamel), celle de l’après-guerre (le yé-yé et la société de consommation), celle des années 80 (McDonald’s et antiracisme multiculturel), nous subirons celle qui vient : séparation de plus en plus conflictuelle des races et des sexes. Comme si, contrairement à tous les lieux communs progressistes, c’était le patriarcat blanc, assis sur la civilisation occidentale, qui s’avérait en dépit de ses limites et de ses crimes le plus « inclusif », car porteur d’une raison universaliste, héritée de l’Antiquité grecque, romaine et chrétienne. Georges Duhamel l’aurait volontiers expliqué à Géraldine Smith, qui ne l’aurait sans doute pas cru.



VU EN AMÉRIQUE BIENTÔT EN FRANCE.
de Géraldine Smith,
paru chez Stock,
17 octobre 2018,
à Paris
257 pages,
19,50 €.
ISBN-13 : 978-2234083745


[1] La vraie citation est en fait la suivante : « Mais Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je? Quand on l’approuve et qu’on y souscrit[.] » On la trouve au livre IV de l’Histoire des variations des églises protestantes, 2. Le Trouble de Mélancton

Québec — exigences rehaussées pour l’admission dans les programmes universitaires en enseignement ?

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, veut serrer la vis aux futurs enseignants en rehaussant les exigences pour l’admission dans les programmes universitaires en enseignement.

« On a l’intention de placer le test de français en début de baccalauréat, d’en faire une condition d’entrée et que les reprises se fassent strictement au cours de la première année. Ça va placer la barre assez haute », a-t-il affirmé lors d’un entretien avec Le Journal de Québec jeudi.

Selon les plus récents chiffres disponibles, jusqu’à trois étudiants sur quatre échouent à l’examen de français obligatoire pour les futurs professeurs à leur première tentative, certains ayant dû le passer jusqu’à 11 fois avant de le réussir. Les résultats varient d’une université à l’autre, mais dans une majorité d’établissements, plus de la moitié des étudiants ne réussissent pas le test du premier coup.

La situation est « préoccupante », affirme le ministre Roberge, qui n’est toutefois pas surpris puisque le portait est sensiblement le même depuis l’entrée en vigueur de l’examen, il y a une dizaine d’années. Voir par exemple : Épreuve de français pour enseignants — « démission calamiteuse » (2011), Les futurs enseignants peinent à réussir le nouvel examen de français (2010) et Encore plus de chances de passer l’examen de français pour les futurs enseignants.

Pressé d’agir

Le rehaussement des exigences d’admission dans les programmes universitaires d’enseignement pourrait se faire « assez rapidement », a ajouté le ministre, qui veut aussi limiter à trois le nombre de reprises autorisé. « J’ai donné l’orientation de poursuivre les travaux en disant que j’étais assez pressé d’agir sur ce front-là », dit-il.

Ces mesures font partie du plan de valorisation de la profession enseignante de la Coalition avenir Québec, rendu public en mai.

L’examen de français devra être réussi à l’entrée ou au cours de la première année d’étude en éducation, puisque les compétences en français devraient être acquises dès l’entrée au baccalauréat, affirme M. Roberge. « Ce n’est pas au cours du baccalauréat qu’on apprend les règles de grammaire et d’écriture », lance-t-il.

Pascale Lefrançois, doyenne à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, croit au contraire que cet examen doit être passé plus tard au cours de la formation pour laisser le temps aux étudiants de parfaire leur maîtrise du français. « Quand on sort du cégep, c’est normal qu’on ne soit pas prêt à aller enseigner », affirme-t-elle.

À l’Université de Montréal, tous les étudiants en enseignement suivent au moins un cours de français obligatoire au cours de leur baccalauréat.

Dans le réseau universitaire, plusieurs se demandent aussi comment les critères d’admission pourront être rehaussés dans un contexte de pénurie, alors que le nombre de demandes d’admission est déjà en baisse.

L’examen obligatoire de français, qui doit actuellement être réussi avant que l’étudiant entreprenne le troisième stage de sa formation, doit être « vu comme une continuité de la formation plutôt que comme une exigence d’entrée », selon Serge Striganuk, président de l’Association des doyens et directeurs pour l’étude et la recherche en éducation au Québec (ADEREQ).

Voir aussi

Le nouveau ministre de l’Éducation du Québec : une vision étriquée face au choix des parents

Singapour — Il est permis de copier (Formation plus exigeante et continue. Le gouvernement paie bien ses enseignants, mais les classes sont plus importantes [la moyenne est de 36 élèves contre 24 dans l’ensemble de l’OCDE et 12 dans les classes dédoublées des banlieues immigrées en France]


jeudi 1 novembre 2018

Chronique de la parentalité moderne : une femme qui se dit homme et qui accouche est-elle le « père » de son bébé ?

Au Royaume-Uni, un femme qui se dit homme transgenre accouche d’un enfant, mais refuse d’être mentionnée sur l’acte de naissance comme étant sa mère. Elle propose d’être désigné comme étant simplement son « parent ». Elle explique en effet qu’ayant fait la démarche sociale, publique et juridique d’être devenu homme, il ne pourrait pas supporter d’être désigné par un terme « intrinsèquement féminin ». « Cela revient à définir le mot mère : est-ce que cela signifie la mère de l’enfant ou la personne qui a donné naissance à l’enfant ? Il semble que le registraire général [de l’État-Civil] va faire valoir que cela signifie la personne qui a donné naissance à l’enfant ».

Ce n’est pas la première fois qu’une femme qui se dit homme donne naissance à un enfant, ni au Royaume-Uni, ni dans le reste du monde, mais c’est la première fois qu’il refuse le qualificatif de mère. Le « parent 2 » existe déjà sur les formulaires, pour les couples de même sexe, en cas d’adoption, cet homme transgenre réclame l’introduction du « parent 1 ».

Par ailleurs, en France, à l’inverse, un homme « devenu femme » réclame le statut de mère de son enfant... La cour d’appel de Montpellier est saisie d’un dossier « complexe » : Bernard et Marie sont mariés et parents de deux enfants, lorsqu’en 2011, Bernard « décide de devenir une femme, sans pour autant subir d’intervention chirurgicale ». Ce changement de sexe est accepté juridiquement par le tribunal de Montpellier qui reconnait « de façon irréversible son appartenance au sexe féminin, sans qu’aucune opération de réassignation sexuelle n’ait été exigée ni pratiquée ». Trois ans plus tard, Marie donne naissance à un troisième enfant « conçu biologiquement avec Bernard devenu entretemps Claire ». Pour cet enfant, Marie et Claire veulent être reconnues comme mères de l’enfant, ce qui est impossible. Claire refuse par ailleurs de passer par une procédure d’adoption, et ne peut pas être « qualifiée de père puisqu’elle est femme ». Saisi, le tribunal de grande instance de Montpellier estime alors que par « son acte de procréation masculine qu’elle revendique, Claire a fait le choix de revenir de façon unilatérale sur le fait qu’elle est désormais reconnue comme une personne de sexe féminin, et doit en assumer les conséquences ». C’est de cette décision que les « deux femmes » ont fait appel, et que la cour d’appel de Montpellier devra trancher le 14 novembre prochain.

Pour l’avocat de l’enfant, « Claire doit être reconnue comme le père de l’enfant ». Ainsi « ce troisième enfant aura lui aussi une mère et une filiation paternelle. Même si elle est assurée par une femme. Cela donne à cet enfant une égalité de droit par rapport à ses frères, et cela stabilise sa filiation » estime-t-il.

Sources : BioEdge, Jessica Smith (29/X/2018) et La Dépêche (24/X/2018)



mercredi 31 octobre 2018

Toujours plus d'État et de monopole : convertir les garderies privées en CPE

Les chercheurs d’un institut qui se dit indépendant et « progressiste » (étatiste serait un meilleur terme) recommandent de cesser de créer de nouvelles places en garderies privées au Québec et de convertir l’ensemble des garderies privées non subventionnées en centres de la petite enfance (CPE).

L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) précise dans une note publiée mardi que l’État doit, selon lui, créer précisément 67 246 places en CPE et rétablir le financement des services de garde subventionnés au niveau de 2013. Les auteurs de la note affirment qu’une telle conversion permettra de diminuer le crédit d’impôt pour garde d’enfant. L’IRIS a observé que depuis 2007, le nombre de garderies privées non subventionnées a augmenté de 1 382 %. L’Institut salue la promesse du nouveau gouvernement du Québec de mettre fin à la modulation des frais de garde, mais la note préparée par le militant Philippe Hurteau — qui écrit dans le magazine d’extrême gauche Presse-toi à gauche !] démontrerait selon ses dires qu’il faut aller plus loin. Il suggère au gouvernement de consacrer 892,4 millions $ pour que chaque enfant inscrit dans une garderie privée non subventionnée puisse avoir accès à un CPE pour profiter, à son avis, de meilleurs services éducatifs [*], d’un milieu de socialisation et de repas de qualité.




[*] Aucune étude sérieuse ne prouve que les résultats à long terme des CPE sont globalement meilleurs que ceux des garderies privées, ni bien sûr des enfants gardés à la maison par un parent (ce serait plutôt l'inverse dans ce cas). Les études qui insistent sur la qualité des CPE mesurent celles-ci non sur les résultats des jeunes à l’école, au secondaire par exemple, mais en prenant des critères qui favorisent les CPE : des éducatrices plus formées (mais de manière vraiment utile ?), plus de dépenses, des locaux payés par le contribuable plus conformes à la réglementation, etc.


Voir aussi

Je me suis intéressé aux garderies universelles lorsque Michael Baker est venu à Queen’s et a présenté les résultats de la recherche qu’il avait faite avec Kevin Milligan et Jon Gruber. Ils avaient constaté que le programme de garde d’enfants du Québec, l’accès à des services de garde subventionnés universels, aboutissait à une augmentation d’effets comportementaux défavorables chez l’enfant et de résultats préjudiciables dans la famille.

Je vais être franc : je n’y avais pas cru. Je pensais l’inverse.

[...]

Lorsque les parents envoient leurs enfants à la garderie [ou le CPE, débat un peu stérile au Québec], ils finissent par s’occuper nettement moins de ceux-ci, ils lisent notamment nettement moins à leurs enfants. Les parents supposent que leur enfant bénéficie de nombre d’activités éducatives dans les garderies. Ils pensent qu’il s’agit plus d’une éducation précoce que d’une garde précoce. Ce que nous avons constaté, c’est que les enfants qui sont vraiment très peu stimulés à la maison bénéficient de la garderie qu’ils y reçoivent plus de stimulation qu’à la maison. Mais pour les autres enfants, ils finissent par s’en tirer plus mal parce qu’une garde collective n’est pas aussi efficace qu’une garde individuelle.



Garderies privées et CPE : plus ciblées, moins universelles, de meilleure qualité et soutenir d’autres choix...

La maternelle à 4 ans au Québec, étude : peu d’effets positifs


Une nouvelle étude souligne les conséquences néfastes des garderies « universelles » québécoises

« Le Québec, leader en matière de petite enfance » (Mais comment le Québec a-t-il atteint sa première place et la Saskatchewan sa mauvaise note ? Par un effet de système qui favorise les provinces dépensières dans le domaine, pas par une mesure réelle de l’efficacité quelconque des sommes dépensées.)

Les CPE québécois ne sont pas un exemple à suivre

Allemagne — Légère baisse de la natalité après quatre années de petite hausse

En 2017, le nombre des naissances a baissé en Allemagne par rapport à l’année précédente, selon les données publiées mercredi par l’Office fédéral de la statistique (Destasis).

En 2017, environ 785 000 nourrissons étaient nés, soit 7 000 de moins que l’année précédente. Le taux de natalité se situait à 1,57 enfant par femme contre 1,59 enfant par femme, en moyenne, l’année précédente.

Les données font apparaître une différence significative — en termes de taux de natalité — entre les femmes qui ont un passeport allemand (1,45 enfant par femme en moyenne) et les femmes qui vivent en Allemagne, mais qui sont ressortissantes d’autres pays (2,15 enfants par femme en moyenne). Les taux de natalité observés parmi les femmes étrangères vivant en Allemagne ne sont pas aussi élevés, cependant, qu’il y a un an.

À l’exception de Berlin, les taux de natalité en Allemagne de l’Est (qui votent le plus pour les nationalistes de l'AfD) étaient supérieurs à ceux de l’Allemagne de l’Ouest. Les taux les plus faibles ont été enregistrés à Berlin (ville très à gauche sur le plan des mœurs).

Les chiffres officiels suggèrent que le léger regain dont l’Allemagne a bénéficié entre 2012 et 2016 ne se poursuit pas, même si les taux de natalité se stabilisent à un niveau relativement élevé pour l’Allemagne. En 2011, l’indice de fécondité était de 1,39 pour l’Allemagne. Rappelons qu’il faut 2,1 enfants par femme pour que la population se renouvelle. La natalité allemande est désormais similaire à la natalité québécoise. Avec 1,45 enfant par femme allemande, quatre grands-parents ont 2,9 enfants et, si ceux-ci ont la même fécondité, 2,1 petits-enfants allemands.

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Pourquoi le patriarcat a de l’avenir

Allemagne — La formation des réfugiés un énorme défi

Bavière — Une croix dans chaque bâtiment public (M-à-j : réactions)

Démographie : la population de la Turquie rejoint celle de l'Allemagne à 82,8 millions d'habitants en 2018 (Rappel de la population de l'Allemagne en 1927 : 63,9 millions, Turquie en 1927 : 13,7 millions).

lundi 29 octobre 2018

Ensauvagement — Où sont les pères ?

Texte de Chantal Delsol, de l’Institut. Dernier ouvrage paru : « Un personnage d’aventure : petite philosophie de l’enfance » (Cerf, 2017)

La stupeur domine à voir un garçon de 13 ans tué à coups de barres de fer par des adolescents de son âge aux Lilas (Seine–Saint-Denis). On a le sentiment — le souvenir ? — que « cela n’arrivait pas avant ». Les rixes et les règlements de comptes existent dans toutes les zones urbaines, et certaines en sont coutumières. Mais un jeune ado, presque un enfant ! Puis, on nous informait que, à Créteil, un lycéen a braqué un pistolet à bille sur son professeur afin d’être marqué présent pendant qu’un de ses camarades filmait la scène et la diffusait sur les réseaux sociaux…

L’enfant n’est pas le bon sauvage de Rousseau. Il attend son humanisation. Si on ne l’humanise pas d’une manière ou de l’autre il se hâte de demeurer au chaud dans la barbarie primitive. Ainsi, ce ne sont pas de mauvais enfants qui vont chercher la barre de fer pour assassiner le voisin de cité — ce sont des enfants qu’on a renoncé à humaniser. Ou pire encore, qu’on se refuse d’humaniser, par utopisme, par démagogie, par lâcheté d’adulte. Dans les sociétés mondiales, l’ordre social, celui qui permet d’éviter ce genre d’insupportable meurtre, peut être atteint de deux manières possibles. Ou bien l’enfant est éduqué à la liberté, c’est-à-dire en permanent apprentissage de la responsabilité personnelle, ce qui est en principe le cas dans les sociétés démocratiques qui sont des fabriques de citoyens. Ou bien l’enfant est élevé dans la soumission, et un État autocratique vient réprimer tout écart, en général avec tant de sévérité que finalement l’ordre règne. Dans le premier cas, l’enfant n’ira pas chercher la barre de fer parce qu’on lui a appris patiemment à remplacer la violence par les mots, et parce qu’il est contrôlé et accompagné par ses parents. Dans le second cas, il n’ira pas chercher la barre de fer parce qu’il sait que la police sera là avant lui, et que sa vie est ruinée s’il se livre à ce genre d’agression.

Le problème est que chacun de ces modèles sous-entend des conditions spécifiques. Notre modèle, celui occidental qui préfère l’apprentissage de la liberté et de la responsabilité, et la fabrique de citoyens, requiert une éducation soignée, qui ne s’arrête pas à l’affection et au dressage. Éduquer à la responsabilité exige généralement deux parents, c’est-à-dire deux pôles d’autorité capables de maintenir l’équilibre entre l’affection essentielle et la prise de risque que nécessite tout apprentissage de la liberté. Pour cela, les psychiatres le savent bien, il faut généralement un père. L’affirmation s’entend évidemment de façon générale sans préjuger des exceptions nombreuses. On constatera que dans toutes les sociétés dont les pères sont absents ou lointains (sociétés polygames, sociétés matriarcales), le gouvernement est autocratique. Il n’y a pas de hasard si les sociétés occidentales démocratiques sont en même temps, traditionnellement, des sociétés patriarcales (mais certaines sociétés patriarcales peuvent être en même temps autocratiques, comme la Chine).

Aussi y a-t-il une grande incohérence à vouloir écarter les pères et récuser l’autorité des parents (interdire la fessée !), ou à vouloir comme c’est le cas des lois en cours, programmer délibérément des enfants sans père. On aura remarqué l’enthousiasme frénétique avec lequel nos médias tentent de nous convaincre des bienfaits du matriarcat. Lors de son 50e anniversaire, en 1995, les Nations unies ont déclaré que les Moso (une minorité ethnique de Chine, NDLR), une société matriarcale sans père ni mari, étaient un « peuple modèle », une « société parfaite » (je cite) !

On croit rêver. La société sans père est autocratique, parce qu’il faut bien à un moment donné stopper les méfaits du jeune barbare. Et la mère seule a beaucoup de mal à éduquer à la liberté en même temps qu’elle apporte l’indispensable affection, car l’un et l’autre s’entrechoquent et se contredisent. Des études sociologiques américaines et norvégiennes (un résumé de nombre de ces études figure dans Le Coût social de la famille déstructurée, de Paul C.Vitz, in Revue éthique, 1996, n° 21, équivalent en anglais disponible en ligne) ont été faites depuis vingt ans sur le devenir des enfants élevés par la mère seule. Sur des chiffres importants qui garantissent le sérieux des enquêtes, les résultats sont impressionnants. Les jeunes garçons délinquants sont le plus souvent ceux qui ont été privés de père. En France, on renâcle à publier ces enquêtes, et, placés devant ces chiffres, les sociologues ont tendance à récuser la corrélation, qui pourrait « discriminer » les familles monoparentales… Elle existe pourtant, sur le long terme et dans des pays fort divers (États-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Norvège… des dizaines d’études sont référencées dans l’article cité ci-dessus).

Si on ne veut pas de pères dans les maisons, on aura un jour prochain la police dans les lycées et une sévérité pénale singapourienne. Aujourd’hui, le garçon de 13 ans est assassiné parce que nous sommes dans une situation politico-sociale de transition : nous avons une société démocratique (et non un État policier) et en même temps l’autorité parentale et paternelle est dénigrée ou récusée. Nous ne pourrons pas demeurer longtemps dans cette situation. Il nous faudra accepter de légitimer une autorité d’un côté ou de l’autre — aucune société ne peut vivre dans une situation anomique, où les enfants s’entretuent.

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